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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE  ET  MODERNE. 
FA— FI. 


BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE  ET  MODERNE, 

OU 

HISTOIRE,  PAR  ORDRE  ALPHABETIQUE,  DE  LA  VIE  PUBLIQUE  ET  PRIVEE  DE 
TOUS  LES  HOMMES  QUI  SE  SONT  FAIT  REMARQUER  PAR  LEURS  ECRITS  , 
LEURS  ACTIONS  ,  LEURS  TALENTS  ,  LEURS  VERTUS  OU  LEURS  CRIMES. 

OUVRAGE    ENTIÈREMENT    NEUF, 

RÉDIGÉ  PAR  UNE  SOCIÉTÉ  DE  GENS  DE  LETTRES  ET  DE  SAVANTS. 


On  doit  des  égards  aux  vivants;  on    ne   doit,   aux  morts, 
que  la  vérité.     (  Volt.  ,  première  Lettre  sur  Œdipe.  ) 


TOME   QUATORZIÈME. 


A  PARIS, 

CHEZ  l.  g!  michaud,  imprimeur-libraire, 

HUE  DES  EOIfS-ENFAKIS,  H°.  34- 

i8i5. 


V 


\  & 


(      FEB  10  19.85 


Ct 


U 


960003 


SIGNATURES   DES    AUTEURS 


DU  QUATORZIÈME    VOLUME. 


MM. 


MM. 


A.C — t.    Beuchot. 

A — d.         Artaud. 

A — D — r.  Amar-Duriyier. 

A — G — R.    AuGER. 

A.  R.— t.  Abel  Remusat. 

B— D.  BoULARD. 

B.  M — S.      BlGOT-DE-MoROGUES. 

B — i.  Bernardi. 

B — p.  BEAuCHAMr  (Alphonse   de). 

B^-RS.  BoiNVILLIERS. 

B — s.  Bocous. 

B — SS.  BoiSSONADE. 

B — u.         Beaulieu. 

C.  Chaumeton. 

C — au.      Catteau-Calleville. 
C.  G,         Cadet  Gassicourt. 
C.  M.  P.     Pjllet. 

C R— T.    COTTERET. 

C.  T — y.    Coquebert  de  Taizt. 
.0.  L.  Delaulnaye. 

D.  L.  C.     Lacombe  (de). 
D—  M— t. De  Musset. 

D — s.         Desportes  (  Boscherqn  )* 

D T.  DURDENT. 

E — c  D  d.Emeric  David. 
E — s.         Eyriès. 

F.  P — t.     Fabien  Pillet. 

E R.  FoURNIER. 

G É.  GlNGUENÉ. 

G.  F R.     FoURNIER  fils. 

G— -n.        Guillon  (  Aimé). 

G — r.        Grosier. 

J — b.  Jacgb-Kolb. 

J — "f.  Jourdain. 

L—JP—- e.  Lapobte  (Hippolite  be) 


L— s. 

Langlès. 

L~S— e. 

La  Salle. 

L— u. 

Ledru. 

L— Y. 

Lécuy. 

M— D  j. 

Michaud  jeuuei 

M— E. 

Maurice. 

M— ON. 

Marron. 

N— R. 

Ch.  Nodier. 

N—  T. 

Nicollet. 

P— C— T. 

Picot. 

P— D. 

Pataud. 

P— E. 

Ponce. 

P—X. 

Pujoulx. 

Q— R— -s 

'.  Quatremère-Roissy. 

R—u—a 

.  Renauldin. 

S— D. 

SUARD. 

S.d.  S — y.  Silvestre-de-Sacy. 

S— L. 

SCHOELL. 

S.  M— n. 

Saint-Martin. 

S.  S— i. 

SlSMONDE-SlSMONDI. 

St— t. 

Stassart. 

S— Y. 

Salaberry. 

T— D. 

Tabaraud. 

T— N. 

TÔCHON. 

II— I. 

USTÉRI. 

Y— i. 

YlSCONTI. 

V— N. 

Villemain. 

V.  S— L. 

Yincens-Saijyt-Laurent. 

V— T. 

YlTET. 

W— R. 

"Walcicenaer. 

"W— s. 

Weiss. 

XG. 

Revu  pai-  M.  Ginguené, 

X-s. 

Revu  par  M.  Suaru. 

z. 

Anonyme. 

BIOGRAPHIE 


UNIVERSELLE. 


.^^>^».-^."%.-»-VWk.x 


£  A  B  B  R  A  (  Louis  délia  ) ,  pro- 
fesseur en  médecine  à  l'université  de 
Fcrrare  ,  naquit  en  celte  ville  en 
i65r»,  et  y  mourut  le  5  mai  i^3. 
Fils  d'un  chirurgien  distingué  de  Fer- 
rare  ,  il  se  livra  avec  beaucoup  d'ardeur 
à  l'élude  de  la  médecine;  bientôt  après 
avoir  reçu  le  bonnet  de  docteur ,  il  se 
lit  remarquer,  parmi  ses  confrères, 
dans  l'exercice  de  son  art.  Le  marquis 
de  Btiitivoçîio  en  fit  sou  médrein  ,  et 
Je  détermina  à  s'établir  dans  la  ville 
de  ee  nom.  Cependant  il  fallait  un  pius 
vaste  théâtre  à  délia  Fabbra;  il  re- 
tour'a,  peu  d'années  après,  à  Fer- 
rare  ,  où  la  faculté  de  médecine  lui 
accorda  une  chaire  avant  qu'il  eût 
atteint  s»  trentième  année.  Le  jeune 
professeur  ne  tarda  point  à  se  faire 
une  grande  réputation  ,  et  la  p  ace  de 
prrrai-  r  professeur  étant  devenue  va- 
cante, ii  y  fut  unanimement  appelé 
pai  ses  collègues.  Deila  Fabbra  a  joui, 
de  son  vivant,  d'une  liante  renommée; 
il  avait  hérité  de  la  vogue  de  Jérôme 
NigrisoU,  sou  maître;  il  se  peut  que 
de  son  vivant  il  méritât ,  comme  pra- 
ticien et  même  comme  habile  profesi 
seur,  ceite  grande  régulation  ;  mais 
ce  qui  nous  reste  de  lui  ne  lui  assi- 
gna, parmi  les  écrivains,  qu'une  p'a- 
ce  obscure.  Ce  sont  des  Dissertations 
peu  e-timées  sur  divers  sujets  de  mé- 
dicine;  elles  Curent  imprimées  suc- 
cessivement ,  et  ensuite  réunies  sous 
le  litre  de  Disserlationes  physico- 
xiv. 


medicœ ,  in  -  4°. ,  Ferrare  ,  1 7 1 1, 
—  Fabbra  (Gilles),  fils  du  précédent, 
fut  aussi  médecin  et  professeur  à  l'uni- 
versité de  Ferrare.  Il  n'a  rien  laissé 
qui  lui  ait  survécu.  F — r. 

FABEK,  FABREou  LE  FÈVRE 
(Jean),  célèbre  jurisconsulte  ,  né 
dans  le  diocèse  d'Angoulême,  floris- 
sait  au  1 4(>»  siècle ,  sous  le  règne  de 
Philippe  VI.  Dans  la  souscription  de 
son  Commentaire  sur  les  Institules 
de  Justinien ,  dont  on  parlera  ci-après , 
il  est  nommé  Joan.  Runcinus ,  ce  qui 
confirme  l'opinion  de  ceux  qui  lui 
donnent  pour  patrie  le  village  de 
Ronssiues,dansl'Angoumois.  On  croit 
qu'il  remplit  l'office  de  juge  à  la  Roche- 
foucauld, et  plusieurs  prétendent  qu'il 
fut  élevé  à  la  dignité  de  chancelier  de 
France,  mais  ce  fait  n'est  pas  certain. 
Il  mourut  à  Angoulême,  en  i54o,  et 
fut  enterré  dans  le  cloître  des  Domi- 
nicains de  celte  ville,  où  on  lisait  son 
épitaphe.  Dumoulin  parle  de  Faber 
dans  les  termes  les  plus  flatteurs;  il 
remarque  que  ce  juri  consulte  a  pré- 
cédé Barlhole  et  Balde,  et  que  les 
Italiens  eux-mêmes  ont  rendu  justice 
à  son  mérite.  Personne  de  son  temps 
n'était  plus  versé  dans  le  droit  romain, 
et  Dumoulin  le  cite  souvent  à  l'appui 
de  ses  décisions  Bretonnier  trouve 
dans  ses  ouvrages  les  pures  maximes 
de  la  jurisprudence  fr.mçaise.  Le 
Commentaire  de  Faber  sur  les  Ins- 
titutes  fut  imprimé  à  Venise,  1488 

1 


2  FAB 

in-f '. ,  avec  des  corrections  de  Pierre 
Albignan ,  jurisconsulte  de  Troies. 
M.  Barbier  en  cire  une  autre  édition 
de  Lyon,  i5g5,  in-4°->  avec  des 
suppléments  d'Arca  Baudoza.  On  at- 
tribue encore  à  Faber  :  Breviarium 
in  Codicem ,  Paris  ,  1 545 ,  et  Lyon, 
i5q4,  in-4°'ï  Progymnasmata  ex 
utroquejure ,  Louvain ,  1 5g4 ,  in-8d.  ; 
mais  ce  dernier  ouvrage  paraît  plutôt 
appartenir  à  un  autre  Jean  Faber, 
jurisconsulte,  surnomme  Omalius  , 
parce  qu'il  était  né  à  Omal ,  près  de 
Liège,  et  mort  en  1622,  à  quatre- 
vingt-deux  ans.  W — s. 

FABER  (  ou  proprement  Schmidt  ) 
(  Félix  ) ,  dominicain  et  voyageur, 
était  né  à  Zurich  en  1 44 x  ou  144*2* 
Il  entra  dans  un  couvent  de  Tordre 
des  frères  prêcheurs  à  Ulm,  professa 
la  théologie,  et  passa  de  son  temps 
pour  un  excellent  prédicateur.  Deux 
fois  il  fit  le  voyage  de  la  Terre-Sainte. 
La  première  en  1 479»  ^a  seconde  en 
i485.  A  son  retour  il  occupa  diffé- 
rents emplois  dans  son  ordre,  et 
mourut  à  Ulm  le  14  mars  i5o2.  Il 
traduisit  en  allemand  la  vie  de  Henri 
Suso,et  écrivit  enlatineni489  ffis- 
toria  Suevorum.  Goldast,  qui  l'a  im- 
primé dans  son  recueil  intitulé  :  Re- 
rum  Suevicarum  scriptores,  dit  que 
la  relation  du  premier  voyage  de  Fa- 
ber, écrite  de  sa  main  et  inédite,  exis- 
tait chez  Heinzel  ,  patricien  d'Augs- 
bourg;  il  ajoute  que  ce  religieux  a 
aussi  compo.té,  sur  le  monastère  d'Of- 
fenhus ,  des  Mémoires  qui  n'ont  pas 
vu  le  jour.  I/autres  écrivains  parlent 
aussi  d'une  chronique  d'Ulm  qu'ils 
attribuent  à  ce  même  Faber,  et  font 
mention  d'un  de  ses  ouvrages  sous 
le  nom  iïEvagatorium ,  qui  n'est 
vraisemblablement  que  sa  relation 
sous  un  autre  titre.  On  trouve  celle-ci 
indiquée  dans  le  catalogue  des  livres 
de  voyages  de  Stutk,  sous  ce  titre 


FAB 

en  allemand  :  Relation  du  voyage  à 
la  Terre -Sainte  et  à  Jérusalem, 
et  du  retour  (en  1480),  i556  et 
1557,  in-4°. ,  sans  désignation  de 
lieu  d'impression  ;  le  même  ouvrage 
place  la  relation  du  second  voyage 
de  Faber  dans  le  recueil  de  voyages 
à  la  Terre-Sainte,  Francfort,  1 584  t 
in-fol.  ;  il  n'y  est  désigné  que  sous  le 
nom  de  frère  Félix;  d'autres  biblio- 
graphes nous  apprennent  que  cette 
relation  a  été  publiée  en  allemand  en 
1 56o  par  Eysengrein.  Quoi  qu'il  en 
soit,  la  relation  de  ce  voyage  fut  pu- 
bliée d'abord  en  latin  psr  Bernard 
de  Breydenbach  ,  qui  est  qualifié 
d'auteur  principal  de  l'ouvrage.  (  V, 
Breydenbach  ).  Il  eut  pour  compa- 
gnons onze  personnages  nobles  de 
ses  compatriotes ,  deux  frères  mineurs 
versés  dans  plusieurs  langues,  un  ar- 
chidiacre de  Transylvanie ,  Faber  , 
Edward  Rcwich,  peintre  habile  qui 
dessina  tous  les  lieux  représentés  dans 
le  voyage  :  enfin  plusieurs  domesti- 
ques; de  sorte  que  Breidenbach  et 
ses  compagnons  composaient  une  ca- 
ravane assez  nombreuse.  Cetle  troupe 
de  pèlerins  partit  de  Maïence  le  25 
avrd  i483,  s'embarqua  à  Venise, 
arriva  à  Jérusalem  le  1  !  juillet.  Après 
avoir  visité  la  ville  sainte  et  les  envi- 
rons jusqu'au  Jourdain,  elle  différa 
son  départ  pour  le  mont  Sinaï  à  cause 
des  chaleurs  excessives.  Le  i!\  août 
elle  se  remit  en  route,  passa  par 
Gaza,  traversa  le  désert,  gravit  les 
monts  Oreb  et  Sinaï  ,  et  quitta  le 
couvent  de  Ste.  -Catherine  pour  aller 
au  Caire,  en  longeant  le  rivage  de  la 
mer  Rouge  ;  suivit  le  Nil  depuis  la 
capitale  de  l'Egypte  jusqu'à  Rosette; 
monta  le  t5  novembre  sur  un  na- 
vire de  Venise,  et  aborda  dans  cette 
ville  le  8  janvier  i^&\.  Ce  voyape  à 
la  Terre-Sainte,  un  des  plus  anciens 
qui  aient  été  imprimés,  est  ccrtaiue- 


FAB 

inerit  un  des  meilleurs.  L'aspect  du 
pays  y  est  décrit  avec  soin:  le  ta- 
bleau au  désert  situé  entre  la  Pales- 
tine et  les  monts  Sinaï  et  Oreb  ,  ce- 
lui de  ces  deux  montagnes  et  de  tout 
le  pays  jusqu'au  Caire  ne  laissent  que 
bien  peu  de  chose  à  désirer.  Les  vé- 
gétaux étrangers  à  l'Europe  et  cultive's 
dans  les  enviions  du  Caire  sont  dési- 
gnés avec  beaucoup  de  précision  et 
d'exactitude.  On  y  trouve  un  grand 
nombre  d'observations  judicieuses  et 
'très  peu  de  choses  inutiles  ;  aussi  plu- 
sieurs voyageurs  l'ont-ils  mis  à  contri- 
bution. Le  Huen  en  a  traduit  en  fran- 
çais plusieurs  passages  de  la  pre- 
mière partie  et  toute  la  seconde  par- 
tis ,  qui  comprend  le  voyage  au 
mont  Sinaï  et  le  retour  en  Europe. 
Parmi  les  figures  d'animaux  repré- 
sentés dans  les  planches  de  ce 
voyage  on  voit  une  licorne  ;  mais  en 
lisant  le  texte  on  reconnaît  aisément 
que  les  voyageurs  avaient  aperçu  une 
gazelle  (  Voy.  Haberlin ,  F.D.,  Diss. 
de  vita,  itiner.  et  scriptis  F.  F  abri  y 
Gottingen ,  1 742  ,  in-4°.  )*    E — s. 

FABER  (Jean),  religieux  domi- 
nicain ,  surnommé  Malleus  hœretico- 
rum ,  ou  le  Marteau  des  hérétiques , 
du  titre  d'un  de  ses  ouvrages ,  naquit 
vers  1470,  à  Leuckerchen,  en  Souabe. 
Il  annonça,  dès  son  enfance,  d'heu- 
reuses dispositions  pour  les  sciences , 
et  fit  de  bonnes  études  dans  les  diffé- 
rentes universités  d'Allemagne.  L'é- 
vêque  de  Constance  le  nomma ,  en 
i5i9,  l'un  de  ses  vicaires-généraux  ; 
l'empereur  Ferdinand  le  choisit  en- 
suite pour  son  confesseur ,  et  lui  don- 
na, en  i53i,  l'évêcbé  de  Vienne.  Il 
gouverna  sagement  son  diocèse  pen- 
dant dix  années,  s'opposa  avec  succès 
aux  progrès  de  l'hérésie,  et  mourut 
le  12  juin  1 54i. Ce  prélat  n'était  pas 
moins  distingué  par  ses  vertus  que 
par  ses  talents  ,  et  on  peut  remarquer 


FAB  5 

que  des  écrivains  d'une  autre  com- 
munion en  conviennent  eux-mêmes. 
Lorsque  la  mort  le  surprit,  il  était 
occupé  à  revoir  ses  ouvrages,  dont  il 
se  proposait  de  publier  une  édition 
complète.  Le  premier  volume  parut  à 
Cologne  ,  in-fol. ,  en  1 537  ;  le  second 
en  i559,  et  le  troisième  volume  en 
1 54  t-  On  y  trouve  :  des  Sermons  ; 
un  Traité  Z?e  Fide  et  bonis  operibus; 
des  écrits  de  controverse  ;  un  opus- 
cule des  misères  et  calamités  de  la, 
vie  humaine,  dont  Pierre  Gui  de 
Saumur  a  donné  une  traduction  fran- 
çaise, Paris,  1578;  un  ouvrage  de 
la  Religion  et  des  Mœurs  des  Mos- 
covites, Baie,  1626,  in-4°. ,  inséré 
depuis  dans  le  Recueil  intitulé  :  Re- 
rum  Moscovilarum  authores,  Franc- 
fort, 1600,  in-  4Q- î  un  autre  de 
Y  Origine  des  Turks  ,  imprimé  plu- 
sieurs fois,  etc.  On  joint  à  ces  trois 
volumes  un  quatrième,  publié  à  Leip- 
zig ,  i557  y  ma's  'es  °iuatre  volumes 
ne  contiennent  pas  même  tous  les 
écrits  de  Faber.  On  y  cherchera  vai- 
nement ,  par  exemple ,  le  Malleus 
hœreticorum.  Cet  ouvrage ,  qui  fit  la 
réputation  de  son  auteur ,  mais  qu'on 
néglige  aujourd'hui ,  fut  imprime , 
pour  la  première  fois,  en  i524,  in- 
fol.  Il  y  a  aussi  une  édition  de  Ro- 
me, i56g,  in-fol.,  et  il  en  existe 
d'autres  encore.  —  Faber (  Jean), 
religieux  dominicain,  né  à  Fribourg 
en  Suisse ,  acquit  une  assez  grande 
célébrité  par  ses  talents  pour  la  chaire. 
Il  était  lié  d'une  étroite  amitié  avec 
Erasme,  et  il  prit  sa  défense  dans 
plusieurs  occasions  contre  les  théolo- 
giens catholiques  ;  mais  étant  venu  à 
Rome  dans  le  dessein  de  solliciter 
quelques  bénéfices  ,  il  rompit  avec 
Erasme ,  et  se  rangea  même  du  cote' 
de  ses  ennemis,  pour  faire  sa  cour 
aux  prélats,  dont  il  recherchait  la 
protectiou.  Faber  e'tait  bon  thcolo- 
j.. 


4  FAB 

gien ,  et  il  eut  le  titre  de  prédicateur 
de  Maximiiien  1er.  et  de  Charles- 
Quint.  Il  est  auteur  d'une  Oraison 
funèbre  de  Maximiiien ,  faussement 
attribuée ,  par  quelques  biographes , 
à  Jean  Faber,  dont  l'article  suit;  il 
mourut  à  Rome,  en  i53o,  dans  un 
âge  peu  avancé.  —  Faber  (Jean), 
religieux  du  même  ordre  que  les  pré- 
cédents, né  à'Hailbron,  vers  i5oo, 
fut  reçu  docteur  en  théologie  à  Co- 
logne ,  et  mourut  vers  1570.  Il  a 
publié  un  grand  nombre  d'ouvrages, 
parmi  lesquels  on  citera  seulement 
les  suivants  :  T.  Libellus  quod  fides 
esse  possil  sine  charitate ,  AugSi 
bourg,  1 548,  in-4'.  ,iivret  singulier, 
mais  qui  n'est  cependant  pas  recher- 
ché ;  J  I  Knchiridion  bibliorum  , 
ibid.y  1 549;  Cologne,  i568,  in-4°. ; 
III.  Fructus  quibus  dignoscuntur 
hœretici,  Augsbourg ,  in-4  •  Cet  ou- 
vrage renferme  des  particularités  cu- 
rieuses sur  Luther  et  ses  premiers  dis- 
ciples; IV.  Testimonium  scriplurœ 
et  Patri/m  B.  Pelrum  apostolorum 
Komce fuisse ,  Anvers,  1  5 55,  in-4".; 
V.  De  la  Mes  se  el  de  la  présence 
réelle  de  J.-C.  dans  le  sacrement 
de  V Eucharistie.  C'est ,  de  tous  les 
ouvrages  de  Faber  ,  celui  qui  eut  le 
plus  de  succès;  il  le  publia  en  alle- 
mand en  1  555.  Surins  le  traduisit  en 
latin,  Co'ngne,  i556,  et  Nie.  Ches- 
neau  en  français,  i564,  in-4°. 
W— s. 
FABER  (Pierre),  n'est  cité  que 
sous  ce  nom  latin:  en  sorte  qu'il  est 
difficile  aujourd'hui  de  savoir  s'il  s'ap- 
pelait Lefevre,  ou  Fabre,  ou  Faur. 
Ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il  naquit  en 
Auveigue,  et  qu'après  avoir  fait  ses 
études  à  Paris  ,  sous  le  savant  Tur- 
nebe,  il  eut  la  direction  du  collège  de 
la  Rochelle,  et  y  professa  l'hébreu. 
On  ne  connaît  de  lui  quedesiVbtejr  la- 
tines sur  l'oraison  deCicéron  pour  Cu- 


FAB 

cina,  et  un  Commentaire  sur  les  deux 
livres  des  Académiques  du  même  au- 
teur. Ce  dernier  ouvrage  ,  imprimé  à 
Paris  en  161 1 ,  et  que  Teissier  attri- 
bue à  P.  du  Faur  de  S.  Jorry  (  dont 
le  nom  latin  est  aussi  Petrus  Faber), 
a  reparu  dans  l'excellente  édition  des 
Académiques,  donnée  par  Davies , 
à  Cambridge,  en  1725.  Colomies  , 
dans  sa  Gallia  orientalis,  dit  que 
Faber  mourut  vers  161 5,  âgé  de 
quatre-vingts  ans.  B — ss. 

FABER  (Jean),  né  à  Nuremberg  , 
en  i566,  étudia  la  médecine  à  L'uni- 
versité de  Bà!e ,  où  il  obtint  le  docto- 
rat, après  avoir  soutenu  une  thèse 
sur  la  Céphalalgie.  De  retour  dans 
sa  ville  natale,  il  lut  aggrégéau  collège 
des  médecins.  Wi  1  et  Adelung  disent 
qu'il  mourut  en  prison  le  7  lévrier 
1619.  —  Faber  (  Albert  -Othon  , 
médecin  du  l 'f  '.  siècle ,  exerça  d'abord 
sa  profession  a  Lubeck ,  puis  à  Ham- 
bourg. Le  prince  de  Sulzbach  le  nom- 
ma médecin  de  ses  armées  et  de  sa 
personne  ;  enfin  il  remplit  les  mêmes 
fonctions  auprès  de  Charles  II  d'An- 
gleterre ,  et  mourut  un  an  après  ce 
monarque,  en  1686.  On  ne  cite  de 
Faber  que  deux  opuscules  qui,  mal- 
gré leur  extrême  médiocrité',  ont  ob- 
tenu les  honneurs  de  la  traduction  : 
le  premier  contient  des  paradoxes  sur 
la  Maladie  vénérienne  ;  le  second 
des  fadaises  sur  l'Or  potable. — Faber 
(Jean-Mathias  ),  né  à  Augsbourg, 
devint  premier  médecin  du  duc  de 
Wurtemberg,  médecin-physicien  de 
la  ville  de  Heilbronn  ,  membre  de  l'a- 
cadémie (\cs  Curieux  de  la  nature , 
sous  le  nom  de  Platon  1 ,  et  mourut  le 
21  septembre  i  702.  Ses  écrits  ,  peu 
nombreux,  sont  par  fois  consultés 
pour  certaine*  recherches  qu'on  ai- 
merait voir  exposées  avec  plus  de 
candeur,  et  faites  avec  plus  de  dis- 
cernement :  I.  Slrjchnoînania  cxpU- 


FAB 

tans  sirychni  maniaci  antiquorum  , 
vel  solani  furiosi  recentiorum 
(  Atropae  bellâdoni.ae  L.  ),  historiée 
monumentum,  indolis  nocumenlum , 
antidoti  documentum  ,  etc. ,  Augs- 
bourg,  1O77 ,  in-4°.,  fig.  ;ibid.  i685. 
II.  Pilœ  marinœ  anatome  botano- 
logica,  Nuremberg,     1692,  in-4° 

C. 
F  A  B  E  R  (  Samuel  ) ,  recteur  du 
collège  de  St.  Gilles,  à  Nuremberg, 
naquit  à  Altorf,  en  1657.  Son  père, 
Jean  -  Louis  Faber ,  poète  couronne' 
connu  par  quelques  poésies  latines, 
et  rc'gent  de  cinquième  à  Nuremberg , 
étant  mort  en  1678  sans  lui  laisser 
de  fortune ,  il  ne  put  achever  le  cours 
de  ses  études  qu'en  consacrant  une 
partie  de  son  temps  à  corriger  des 
épreuves  pour  les  libraires.  Ses  talents 
pour  la  poésie  le  firent  admettre,  en 
1688,  dans  l'académie  établie  à  Nu- 
remberg, sous  le  nom  de  société  des 
fleurs  de  la  Pegnitz.  Il  y  reçut  le  nom 
de  Ferrand  II ,  et  c'est  sous  ce  nom 
académique  qu'il  publia  sa  traduction 
allemande  de  la  Consolation  des 
Goutteux  de  Jacques  Balde.  Deux  ans 
après  ,  il  fut  appelé  au  collège  de 
St.  Gilles,  en  qualité  de  co-rectenr, 
et  en  obtint  le  rectorat  en  1 706.  Il  y 
mourut  le  1  o  avril  1716,  après  avoir 
publié  un  assez  grand  nombre  d'ou- 
vrages historiques  et  de  morceaux 
d'éloquence  et  de  poîilique.  Le  plus 
connu  est  son  Histoire  de  Charles 
XII,  roi  de  Suède,  en  dix  parties, 
formant  7  vol.  in- 12  (en  allemand); 
mais  le  plus  singulier  de  ses  ouvrages , 
et  qui  mériterait  d'être  plus  connu , 
est  son  Orbis  terrarum  in  nuce , 
Nuremberg,  1700,  in^4°«,  avec  47 
planches  en  taille-douce.  C'est  un  cours 
4'liistoire  et  de  chronologie  où,  par 
le  moyen  de  figures  composées  de 
la  manière  la  plus  ingénieuse,  et  des 
petits  vers  rimes  allemands  emi  lc§. 


FAB  5 

accompagnent ,  tous  les  traits  carac- 
téristiques des  principaux  événements 
et  leur  date  précise  se  fixent  dans  la 
mémoire  avec  la  plus  grande  facilité. 
Ce  travail  est  très  supérieur  à  ce  qui 
avait  été  fait  en  ce  genre  par  Buno, 
en  1672,  et  par  Winckelmaun ,  en 
1698.  La  première  idée  du  Monde 
dans  une  noix  est  due  à  Greg.-Aud. 
Scbmid,  jurisconsulte  de  Nuremberg, 
et  fut  exécutée  après  sa  mort,  d'abord 
p»r  Chr.  Weigel ,  qui  le  publia  en 
1697,  m"f°'«i  avcc  49  pi-  ;  mais  ce 
livre  se  trouvant  d'un  prix  trop  élevé 
pour  l'usage  des  étudiants  ,  Faber 
réduisit  les  planches  au  format  in-4°., 
y  ajouta  les  petits  vers  rimes  qui  en 
font  le  principal  mérite,  et  publia  sé- 
parément un  texte  explicatif,  aussi 
en  allemand.  Il  projetait  de  donner , 
d'après  ce  cadre,  un  cours  d'histoire 
beaucoup  plus  détaillé,  dont  il  com- 
posa sous  le  titre  tfllistoria  antedi- 
luviana,  un  spécimen  qui  ne  parut 
qu'après  sa  mort,  Nuremberg,  17 17, 
in  8".  Jean-David  Koelcr  donna,  en 
1  726 ,  une  nouvelle  édition  du  Monde 
dans  une  noix,  corrigée  et  refondue 
pour  \r  dernier  siècle,  et  chaque  année 
(jusqu'en  1704),  Weigel  publia  une 
nouvelle  planche  gravée  pour  la  con- 
tinuation de  cet  ouvrage,  dont  Matt. 
Cramer  donna,  en  17*22,  une  tra- 
duction française,  inférieure  à  i'or'- 
giual,  parce  que  les  petits  vers  alle- 
mands étant  traduits  en  prose  française 
non  rimée,  n'ornent  plus  le  même 
secours  pour  la  mémoire. 

C.  M.  P. 
FABER  (Jean-Ernest),  orienta- 
liste saxon,  naquit  en  février  174^, 
à  Simmershausen ,  dans  le  duché 
d'flildburghausen.  La  mort  le  priva 
de  son  père  l'année  suivante.  Au  bout 
de  quelques  années,  sa  mère  se  re^ 
maria  à  un  vieillard  d'un  caractère 
morose  et  difficile,  qui  était  ministre 


6  FAB 

dans  un  village  près  de  Rômhild.  De- 
mie, dans  cet  endroit,  de  moyens 
d'instruction,  il  obtint,  par  grâce,  la 
permission  d'aller  prendre,  deux  ou 
trois  fois  la  semaine ,  des  leçons  de 
latin,  dans  un  hameau  voisin.  Ces  dif- 
ficultés ne  firent  qu'accroître  son  ar- 
deur pour  l'étude.  Enfin,  après  beau- 
coup d'instances,  il  put  fréquenter  suc- 
cessivement le  collège  de  Hildburghau- 
sen,  le  gymnase  de  Gobourg ,  et  l'uni- 
versité de  Gottingue,  où  il  étudia  sous 
Walch  ,  Heyne,  et  Michaelis.  Son  as- 
siduité le  fit  nommer  répétiteur  dans  le 
séminaire  de  cette  ville  ;  et  y  ayant 
été  reçu  quelque  temps  après  docteur 
en  philosophie ,  il  fut  fait  pro- 
fesseur de  langues  orientales  et  de 
philosophie  dans  l'université  de  Kiel, 
en  1770,  et  dans  celle  de  léna,  en 
1772.  Cest  dans  cette  dernière  ville, 
qu'il  mourut,  le  i5  mars  1774»  au 
bout  de  quelques  jours  de  mariage , 
regretté  de  ses  amis,  pour  ses  belles 
qualités  morales,  et  des  savants ,  aux- 
quels ses  premiers  écrits  avaient 
fait  concevoir  les  plus  flatteuses  espé- 
rances. Ses  principaux  Ouvrages  sont: 
I.  Descriplio  commentarii  in  sep- 
tuaginta  interprètes .  Gottingue , 
1768-1769,2  part.  in-4°.  H.  Dissert, 
de  animalibus  quorum  fit  mentio 
Zephan,  cap.  II ,  v.  14,  ibid.,  1 769, 
in-4°.,  réimprimée  dans  les  Monu- 
ments scythes  de  la  Palestine,  de 
Cramer  ,  Hambourg  et  Kiel ,  1777; 
c'est  une  explication  d'un  passage  de 
Ja  prophétie  de  Sophonic.  III.  His- 
toria  mannœ  inter  Hœbrœos ,  sect.  1 , 
Kiel,  1770;  sect.  2,  léna,  1773.  Le 
docteur  Gruner  a  fait  réimprimer  ces 
deux  sections  à  la  suite  des  /.-/. 
Reiske  opuscula  medica,  Halle, 
1776.  IV.  Programma  novum  de 
Messid  exactis  490  annis  post  exi- 
Uum  Judœorum  Babylonicum  nas- 
cituro  ex  Zacharidj  cap.  111,  v.  8, 


FAB 

g,  10.  repetitum  vaticinium,  sptt^ 
tio  70  hebdomadum  Daniel.  ,  cap» 
VIII ,  v.24,  iisdem  natalibus  prœji- 
nito  novam  lucem  afj'undens ,  Kiel , 

1772,  in-4°.  V.  Jésus  ex  natalium 
opportunitate  Messias,  léna,  1772, 
in  8°.  VI,  archéologie  des  Hébreux, 
(en   allemand),   ire.  partie,  Halle, 

1773,  in-8°.  Outre  ces  ouvrages, 
Faber  a  donné  les  deux  premiers  nus. 
de  la  Nouvelle  Bibliothèque  philoso- 
phique, Leipzig,  1 774 ,  en  allemand* 
Cet  ouvrage  périodique  a  été  conti- 
nué par  J.  C.  Hennings.  Il  se  propo- 
sait aussi  de  publier  une  nouvelle  édi- 
tion de  l' Hierobotanicon  de  Celsius, 
et  de  la  Philologie  sacrée  de  Glass  9 
ainsi  que  divers  autres  ouvrages  de 
critique  et  de  philologie  orientale. 

J — N. 

FABER,  Voyez  Fabre,  Favre, 
Febvre,  Le  Fevre,  Schmidt. 

FABERT  (  Abraham  ) ,  né  à  Metz  , 
vers  i56o,  était  fils  de  Dominique 
Fabert,  directeur  de  l'imprimerie  de 
Charles  III ,  duc  de  Lorraiue ,  et 
anobli  par  ce  prince,  en  récompense 
de  ses  services.  Abraham  succéda  à 
son  père,  mais  il  possédait  à  Metz 
une  imprimerie  particulière  de  laquelle 
sont  sortis  différents  ouvrages  estimés. 
Le  premier  que  l'on  connaisse  est  le 
recueil  des  Emblèmes  ,  de  Boissard  , 
son  ami,  portant  la  date  de  1587. 
Dom  Calmet,  dans  sa  Bibliothèque  de 
Lorraine ,  fait  mention  d'un  Missel 
imprimé  par  Fabert  en  1  $97  ,  remar- 
quable par  la  beauté  de  l'exécution , 
et  orné  de  jolies  estampes  en  bois. 
Fabert  fut  élu  maître  échevin  de  la 
ville  de  Metz  en  161  o,  et  continué 
plusieurs  fois  dans  l'exercice  de  cette 
charge.  Il  eut  l'honneur  de  compli- 
menter Louis  X1I1,  en  cette  qualité, 
à  l'époque  de  sou  sacre  ;  reçut  le  cor- 
don de  Saint-Michel  en  i(>5o,  mou- 
rut le  -2.\  avril  i058,  et  fut  inhumé  à 


FAB 

la  cathédrale.  11  a  publie  le  Voyage 
du  roi  Henri  IV  a  Metz,  en  1 6o3 , 
Melz,  îbio,  in-fol.  Cet  ouvrage 
curieux  est  orné  de  vingt  planches  en 
taille  douce ,  dont  les  plus  importantes 
offrent  un  plan  de  la  ville  et  une 
carte  du  pays  Messin ,  qui  a  été'  repro- 
duite dans  les  différentes  éditions  de 
X Allas  d'Hondius;  on  y  remarque 
aussi  l'empreinte  des  diverses  mon- 
naies de  la  ville  de  Metz ,  et  l'ancien 
aqueduc  romain  connu  sous  le  nom 
à' Arches  de  Jouy.  On  imprima  à 
Metz,  en  1657,  un  Commentaire 
sur  la  coutume  de  Lorraine,  que  le 
frontispice  annonce  être  une  produc- 
tion d'Abraham  Fabert.  Cependant 
Dom  Calmet  et  les  auteurs  de  ÏHis- 
ioire  de  Melz  penchent  à  croire  que 
cet  ouvrage  est  de  Florentin  Thiriat , 
pendu  en  161 5,  pour  avoir  publié 
une  violente  satire  contre  les  princes 
de  ia  maison  de  Lorraine.  Quel  que 
5oit  le  mérite  de  ce  Commentaire,  très- 
vanté  par  Chevricr ,  on  ne  peut  dis- 
convenir qu'd  a  moins  contribué  â 
répandre  le  nom  de  Fabert ,  que  la 
gloire  que  s'est  justement  acquise  son 
fils  par  son  courage  et  sa  vertu. 

W— s. 
FABERT  (Abraham),  maréchal 
de  France ,  fils  du  précédent ,  naquit 
à  Metz  ,1e  11  octobre  1  $99.  Dès  sa 
jeunesse,  11  annonça  un  goût  décidé 
pour  les  armes;  et,  aussitôt  qu'il  fut 
en  âge  d'entrer  au  service,  le  duc 
d'Espernon  le  plaça  dans  un  de  ses 
régiments.  Il  donna  bientôt  des  preu- 
ves de  sa  capacité  et  de  son  courage , 
qui  lui  méritèrent  la  confiance  des 
soldats  et  l'estime  de  ses  chefs.  D'Es- 
pernon, quoique  éloigné  de  la  cour, 
le  recommanda  fortement ,  et  lui  fit 
obtenir  une  compagnie  dans  les  Gar- 
des. Fabert  s'avança  depuis  avec  beau- 
coup de  rapidité.  Chaque  grade  dont 
il  était  décoré  était  le  prix  d'une  belle 


FAB  7 

action;  il  affrontait  tous  les  périls,  et 
y  échappait  par  son  sang  froid  :  ceux 
qui  étaient  les  témoins  de  ses  exploits 
pouvaient  à  peine  y  croire ,  et  le  peu- 
ple, qui  cherche  des  causes  surnatu- 
relles à  tout  ce  qui  passe  sa   por- 
tée ,  n'expliquait  que  par  les  sciences 
occultes    les    récits    extraordinaires 
qu'on  lui  faisait  de  ce  grand  capitaine,. 
A  la  retraite  de  Maïence ,  en  i635, 
Fabert  contribua  à  sauver  les  débris 
de  l'armée  française ,  fuyant  en  désor- 
dre devant  le  vainqueur.  Le  général 
Gallas,  poursuivant  ses  succès ,  tenta 
de  pénétrer  dans  la  Champagne;  mais 
les  manœuvres  des  généraux  français 
l'obligèrent  de  se  retirer  sans  avoir 
pu  rien  entreprendre.  Fabert  fut  du 
nombre  des  officiers  chargés  de  l'in- 
quiéter dans  sa  marche.  Il  arriva  dans 
un  camp  où  l'ennemi  avait  abandonné 
une  partie  de  ses  malades  et  de  ses 
blessés.  Un  Français  cria  'qu'il  fallait 
tuer  ces  malheureux  :  «  Voilà,  dit  Fa- 
)>  bert ,  le  conseil  d'un  barbare  ;  cher- 
»  chons  une  vengeance  plus  noble  et 
»  plus  digne  de  notre  nation.  »  Aussi- 
tôt il   leur  fit  distribuer  des  vivres 
dont  ils  avaient  le  plus  grand  besoin , 
et  fit  transporter  à  Mézières  les  ma- 
lades qui,  par  reconnaissance,  s'atta- 
chèrent presque  tous  au  service  de  la 
France.  11  se  trouva  au  siège  de  Sa- 
veme,  en  [636,  à  celui  de  Landre- 
cies  en  ibS-j ,  et  à  celui  de  Chivas  en 
1 659.  Blessé  au  siège  de  Turin  ,  en 
1640,  d'un  coup  de  mousquet  à  la 
cuisse,    les    chirurgiens   déclarèrent 
qu'il  faudrait  lui  faire  l'amputation. 
Le  cardinal  de  la  Valette  et  Turenne 
l'engageaient  à  s'y  soumettre  :  «  Il  ne 
»  faut  pas  mourir  par  pièces,  leur  dit 
»  Fabert;  la  mort  m'aura  tout  en- 
»  tier  ou  elle  n'aura  rien,  et  peut-être 
»  lui  échapperai-je.  »  En  effet,  ii  guérit 
de  ses  blessures  assez  prompteraent, 
puisqu'il  se  trouva  à  la  bataille  de  la 


8  F  A  B 

Marfée  en  1641 ,  et  ensuite  au  siège 
de  Bapaume.  L'année  suivante  ,  le  ré- 
gion ot  des  gàides ,  dont  Fabert  com- 
mandait le  premier  bataillon  ,  f':t  en- 
vovédans  !e  Roussillou.  Le  maréchal 
de  la  MèilU  raye  ,  ch  ugé  de  cette  ex- 
pédition ,  s'entn  tenant  du  nombre  et 
de  la  valeur  des  troupes ,  désigna  les 
Gardes  par  le  titre  de  chanoines  de 
Fabert.  Cette  raillerie,  très  déplacée, 
piqua  Fabert  au  vif;  mais  il  crut  de- 
voir n'en  rien  témoigner.  La  campa- 
gne devait  s'ouvrir  par  le  siège  de 
Collioure.  En  marchant  vers  cette 
place ,  on  aperçut  les  Espagnols  ran- 
gés en  ordre  de  bataille  sur  une  hau- 
teur; le  duc  delà  Meitlcraye  fit  arrê- 
ter 1)  troupe  pour  faire  ses  disposi- 
tions. Lorsqu'il  passa  devant  Fabert, 
celui-ci  le  salua  en  baissant  son  es- 
ponton.  «  il  ne  s'agit  pas  de  cérérao- 
»  nie  ,  lui  dit  brusquement  la  M<  ille- 
v  raye,  quand  il  faut  aller  à  l'en- 
»  nemi.  »  Fabert ,  sensible  à  ce  re- 
proche, s'avançait  pour  en  demander 
raison  ;  mais  Tureune  le  retint  et  par- 
vint à  le  caimer,  en  se  chargeant  de 
l'explication.  Quelques  instants  après 
un  aide-de-camp  lui  apporta  l'ordre 
d'aller  parler  au  général.  «  Avez-vous, 
»  lui  dit  Fabert,  des  ordres  pour  le 
»  bataillon?  Je  les  exécuterai,  je  ne 
•»  marcl.e  p.;s  autrement.  »  La  Meil- 
Icrave  vint  lui  •  même.  «  M.  Fabert, 
»  lui  dit-il,  oublions  le  passé,  don- 
»  nez  moi  voire  avis  :  que  ferons- 
»  nous? — Voilà,  répondit  Fabert, 
»  le  premier  bataillon  des  Gardes  prêt 
»  à  exécuter  vos  ordres,  nous  ne  sa- 
»  von  s  qu'obéir  —  Point  de  rancune, 
»  répliqua  la  Meilleraye  ,  Je  viens  de- 
»  maudef  votre  sentiment.  —  C'est 
»  d'attaque*,  reprît  Fabertl  —  Mar- 
»  ehi .  cri  1  le  maréchal.  »  L<-  premier 
bataillon  de-  gaules  avança  ,  les  autres 
suivirent; ea  un  instant  !<•>  Espagnols 
furent  enfonces  et   culbutés,  ils  se 


FAB 

sauvèrent  en  désordre  jusque  dans 
Collioure,  laissant  au  pouvoir  des 
Français  une  parti.*  de  leur  artillerie 
et  un  grand  nombre  de  prisonniers. 

Cette  circonstance  hâta  la  reddition 
de  la  place ,  qui  ouvrit  ses  portes  le 
i4  avril.  On  fit  de  suite  1rs  disposi- 
tions pour  le  siège  de  Perpignan. 
Louis  Xllï,  malade,  vint  au  camp, 
et  il  chargea  Fabert  de  lui  rendre 
compte  tous  les  matins  des  opérations 
d:  la  veille.  Un  jour  le  grand  écuyer 
(  Cinq-Mars)  se  permit  de  critiquer 
le  rapport  de  Fabert.  Le  roi  lui  im- 
posa silence  d'une  manière  morti- 
fiante. Il  sortit,  eu  disant  à  Fabert  : 
0  Monsieur ,  je  vous  remercie.  — 
y>  Que  dit-il  ?  demanda  le  roi ,  je  crois 
»  qu'il  vous  menace.  - — Non,  sire, 
»  répondit  Fabert;  on  n'ose  faire  des 
»  menaces  en  présence  de  votre  ma- 
»  jesté  ,  et  ailleurs  on  n'en  souffre 
»  pas.  »  Fabert  fut  fait  maréchal-de- 
camp  en  1646;  il  prit,  la  même  an- 
née ,  Porto-Longone  et  Piombino  ;  et, 
en  i654,  Stenai.  Louis  XIV  le  ré- 
compensa de  ses  services,  en  le  créant 
maréchal  de  France  et  gouverneur  de 
Sedan.  Fabert  fit  ajouter  plusieurs 
ouvrages  aux  fortifications  de  cette 
place ,  et  voulut  payer  de  ses  épargnes 
une  partie  des  dépenses.  Srs  parents 
lui  reprochèrent  d'emplo)erde  cette 
manière  un  bien  qu'il  devait  conserver 
à  sa  famille.  «  Si,  leur  répondit-il, 
»  pour  empêcher  qu'une  place  que  le 
»  roi  m'a  confiée  ne  tombal  au  pou- 
»  \<ardcs  ennemis,  il  fallait  mettre  à 
»  une  brèche  ma  personne,  ma  fa- 
»  mille  et  tout  mon  Lien  ,  je  ne  bi- 
»  lancerais  pas  un  moment  à  le  faire.  » 
Le  roi  lui  offrit  en  1662  le  collier  de 
ses  ordres;  il  le  refusa  pat  la  raison 
qu'il  ne  pOUVàit  pas  produire  les  ti- 
\igés.  On  lui  fit  dire  qu'il  pou- 
vait présenter  ceux  qu'il  voudrait,  et 
qu'où  na  les  examinerait  pas.  Il  rt* 


FAB 
pondit  qu'il  ne  voulait  pas  que  son 
manteau  iût  décore  par  une  croix  et 
son  nom  déshonore  par  une  impos- 
ture. Louis  XIV  lui  écrivit  à  ce ttei oc- 
casion de  ta  propre  main ,  que  Je  refus 
qu'il  faisait  lui  inspirait  plus  d'estime 
pour  lui,  que  ceux  qu'il  honorait  du 
collier  ne  recueilleraient  de  gloire  dans 
le  monde.  On  prétend,  dit  Voltaire, 
que  le  cardinal  Mazarin  proposant  à 
Fabert  de  lui  servir  d'espion  dans 
l'armée,  il  lui  dit  :  «  Peut-être  faut-il 
»  à  un  ministre  des  gens  qui  le  servent 
»  de  leurs  bras  et  d'autres  de  leurs 
»  rapports  :  souffrez  que  je  sois  des 
»  premiers.  »  Aussi  le  ministre  dit-il 
à  des  personnes  qui  cherchaient  à  ré- 
pandre des  doutes  sur  sa  conduite  : 
«  Ah  !  s'il  fallait  se  méfier  de  Fabert  , 
»  il  n'y  aurait  plus  d'homme  en  qui 
»  l'on  put  mettre  sa  confiance.  »  Le 
maréchal  Fabert  mourut  à  Sedan ,  le 
17  mai  16G2,  et  fut  inhumé  dans 
l'église  des  Capucins-irlandais  qu'il 
avait  fondée.  Il  montra  dans  sa  der- 
nière maladie  la  même  fermeté  d'aine 
que  dans  le  cours  de  sa  vie.  a  Se  sen- 
tant affaiblir,  dit  un  de  ses  historiens, 
il  demanda  un  livre  de  prières  ,  et 
peu  de  temps  après  on  le  trouva  inoit 
à  genoux ,  et  son  livre  ouvert  sur  le 
psaume  Miserere  mei.Deus.  11  laissa, 
de  son  mariage  avec  Claude  de  de- 
vant,  un  fils  qui  lui  succéda  daua  le 
gouverne  ment  de  Sedan,  et  qui  mou- 
rut sans  enfants  au  siège  de  Candie 
en  1669.  Fabert  ne  savait  pas  le  la- 
tin,  et  ne  s'était  jamais  appliqué  sé- 
rieusement à  d'autre  science  qu'à  celle 
de  Ja  guerre  j  mais  la  nature  S'avait 
doué  d'un  grand  sens  et  de  beaucoup 
de  jigemcnt;  et  il  avait  senti  de 
e  heure  'a  nécessité  de  parler  et 
décrire  corrtctdmenl  sa  langue.  On 
conserve  à  la  bibliothèque  du  Roi  ses 
Lettres  écrites  d<  puis  lé  1  «  oct.  1 654 
jusqu'au  1 2  septembre  i65'2  ;  et  dans 


FAB  9 

les  archives  de  l'hôtel-de-ville  de  Sedan, 
le  Recueil  des  Ordonnances  qu'il 
avait  rédigées  pour  le  maintien  du  bon, 
ordre  et  de  la  police  dans  cette  place. 
La  Relation  de  la  bataille  de  la 
Marfée,  par  Fabert,  a  été  imprimée 
dans  les  Mémoires  de  Montrésor , 
Leyde,  i6(33.  La  Fie  du  maréchal 
de  Fabert  a  été  écrite  par  Catien 
de  Courtilz  ,  Amsterdam  ,  1 697  , 
Rouen,  1698,  in- 12,  et  par  le  Père 
de  la  Barre ,  génovéfain ,  Paris,  1 752. 
La  seconde  est  la  plus  estimée  ;  elle 
renferme  des  particularités  curieuses, 
mais  aussi  bien  des  détails  étrangers 
au  sujet ,  et  le  style  en  est  trop  pro- 
lixe. Le  comte  de  la  Platière  a  publié 
une  Notice  sur  Fabert ,  dans  la  Ga- 
lerie universelle  ;  clie  est  peu  exacte 
pour  les  dates ,  et  on  y  trouve  des 
anecdotes  suspectes. — Fabert  (Fran- 
çois-Abraham ),  frère  du  maréchal , 
servit  avec  distinction  aux  sièges  de 
Montauban  ,  La  Rochelle ,  ISanci , 
Trêves.  H  obtint ,  en  récompense  de 
ses  services,  le  cordon  de  Saint-Mi- 
chel ,  en  i658,  fut  élu  maître  éche- 
vin  de  Metz  l'année  suivante ,  et  con- 
tinué dans  cette  place  jusqu'à  sa  mort 
arrivée  en  i6C55.  —  Fabert  (  N  ) , 
cousin  des  précédents,  est  auteur  de 
l' Histoire  des  ducs  de  Bourgogne , 
depuis  Philippe-le-Hardi ,  en  i563, 
jusqu'à  la  mort  de  Charles-Quint  en, 
1 558, Cologne,  1687,^-12,  1689, 
deux  vol.  in-  il.  Le  style  en  est  mau- 
vais, mais  on  y  trouve  quelques  faits 
intéressants.  W — s. 

FAB1AÎN,  ou  FABYAN  (Robert), 
naquit  à  Londres  vers  le  milieu  du 
i5c.  siècle.  C'était  un  des  négociants 
les  plus  considérables  de  cette  ville , 
qui  le  choisit  pour  l'un  de  ses  alder- 
îticn,  et  le  nomma  shérif  en  i/\Q^.  H 
était  fort  instruit  pour  son  temps,  et 
s'étant  appliqué  particulièrement  à  l'é- 
tude de  l'histoire  1,  il  a  laissé  un  ou- 


ïo  FAB 

y  rage  intitule  :  Concordance  des 
Histoires ,  ou  Chronique  d'Angle- 
terre et  de  France,  assez  estime 
pour  le  soin  et  l'exactitude ,  spéciale- 
ment en  ce  qui  concerne  les  affaires 
de  Londres,  niais  qui  n'a  guère  d'autre 
me'rite.  a  Fabian ,  dit  Wharton ,  fait 
y>  autant  d'estime  des  maires  de  Lon- 
»  dres  que  des  rois  d'Angleterre,  et 
î)  semble  avoir  regardé  les  dîners  de 
»  Guildhali  et  les  solennités  des  cor- 
»  porations  de  la  cité  comme  des  cho- 
-»  ses  plus  intéressantes  que  nos  vic- 
y>  toi r es  en  France  et  nos  efforts 
î>  dans  l'intérieur  pour  conquérir  la 
»  liberté.  »  Ou  prétend  que  le  car- 
dinal Wolscy  en  fit  brûler  tout  ce 
qu'il  en  trouva  d'exemplaires,  par- 
ce que  l'auteur  y  faisait  connaître 
trop  clairement  les  richesses  du  cler- 
gé. Cette  chronique,  qui  s'étend  de- 
puis Brotus  jusqu'à  Henri  VII,  ne 
fut  imprimée  qu'après  sa  mort  en 
i5iG,  Londres,  2  vol.  in-fol.  Elle 
fut  réimprimée  en  i555  in-ful.  Dans 
<es  deux  premières  éditions  chacune 
des  sept  parties  qui  la  composent  est 
terminée  par  une  hymne  à  la  Vierge , 
qui  fut  supprimée  dans  les  éditions 
suivantes.  Chacune  des  deux  com- 
mence aussi  par  une  sorte  de  prolo- 
gue en  vers,  c'est-à-dire  en  prose  ri- 
mée.  Il  v  a  eu  plusieurs  autres  édi- 
tions de  l'ouvrage  de  Fabian;  la  der- 
nière est  intitulée  :  Nouvelles  cliro- 
niques  d'Angleterre  et  de  France  , 
etc. ,  avec  une  préface  biographique 
et  littéraire ,  et  un  index,  par  Henri 
Eilis  ,  i  vol.  in-4°.,  Londres,  181 i. 
Fabian  mourut  à  Londres  en  i5i2. 
X— s. 
FABIEN  (S.),  élu  pape  en  556-, 
succédaitàAntèrc.Eusèbe  raconte  que 
comme  on  procédait  à  l'élection ,  une 
colombe  vint  se  poser  sur  la  tête  de 
Fabien ,  et  que  ce  signe  fut  pris  pour 
un  présage  de  la  présence  du  St.-Es- 


FAB 

pif. Quoi  qu'il  en  soit,  Fabien,  pair 
une  conduite  digne  des  plus  grands 
éloges,  justifia  pleinement  le  choix 
qu'on  avait  fait  de  lui.  S.  Cyprien  l'ap- 
pelle un  «  excellent  homme  »,  et 
dit  a  que  la  gloire  de  sa  mort  a  ré- 
»  pondu  à  la  pureté ,  à  la  sainteté, 
»  à  l'intégrité  de  sa  vie.  »  Fabien  fut 
une  des  victimes  de  la  persécution 
suscitée  par  l'empereur  Dèce.  11  fut 
mis  à  mort  le  20  janvier  25o  ,  après 
un  pontificat  de  quatorze  ans  ,  un 
mois  et  dix  jours.  D — s. 

FABIO  1NCARNATO,  professeur 
de  théologie ,  né  à  Naples  dans  le 
16e.  siècle.  11  a  fait  une  vingtaine 
d'ouvrages  de  théologie  et  de  mysti- 
cité, dont  on  trouve  la  liste  dans  l'un 
des  plus  estimés,  intitulé:  Scruti- 
nium  sacerdotale ,  sive  modus  exa- 
ininandi  tàm  in  visitatione  episco- 
pâli  quàm  in  susceptione  ordinum , 
dédié  en  1608  au  cardinal  Aquaviva  , 
archevêque  de  Naples,  réimprimé  à 
Bracciano,  1 653 ,  in-8°. ,  et  à  Rouen , 
1642  ,  2  part,  in-80.,  édilion  aug- 
mentée par  l'auteur.  C.  T — y. 

FABIOLE  {  Ste.  ) ,  dame  romaine 
de  l'illustre  maison  Fabia,  était 
mariée  à  un  hommes  de  mœurs  cor- 
rompues ,  et  dont  le  libertinage  et  les 
débauches  furent  portes  à  un  tel  point, 
qu'elle  le  prit  en  aversion ,  et  le  quitta. 
Peu  instruite  des  lois  de  l'Eglise  sur 
le  mariage  ,  et  encore  jeune ,  elle  passa 
à  de  secondes  noces ,  quoique  son 
mari  vécut  encore  ,  et  usa  de  la  fa- 
culté que  lui  laissaient  les  lois  ro- 
maines. Mais  étant  devenue  veuve,  et 
informée  de  l'illégitimité  des  nœuds 
qui  l'avaient  unie  à  son  dernier  mari , 
elle  en  conçut  une  vive  douleur,  et 
résolut  de  se  soumettre  à  la  pénitence 
publique.  La  veille  de  Pâques ,  vêtue 
d'un  sac,  et  les  cheveux  épars,  elle  se 
présenta  avec  les  autres  pénitents  à  la 
porte  de  la  basilique  de  Saint-Jeau-de- 


FAB 
Latran.  Sa  pieté  ,  sa  douleur,  Tétat 
humiliant  dans  lequel  paraissait  une 
dame  si  distinguée,  tirèrent  des  lar- 
mes des  yeux  de  l'évêque  et  des  prê- 
tres ,  et  émurent  la  compassion  de 
toute  l'assistance  ;elle  se  tinta  la  porte 
de  l'église  jusqu'à  ce  que  l'évêque  qui 
l'en  avait  chassée  l'y  eût  fait  rentrer. 
Ayant  reçu  l'absolution  ,  elle  vendit 
tous  ses  biens  pour  en  assister  les  pau- 
vres. Elle  est  la  première  en  Italie 
qui  fonda  des  hôpitaux  ;  elle  voyagea 
en  plusieurs  pays  pour  l'accomplisse- 
ment de  son  pieux  dessein  ,  et  vint  à 
Jérusalem  en  5g5.  Elle  vit  St.  Jérôme 
qui  lui  expliqua  les  Saintes  Ecritures. 
L'invasion  des  Huns  la  força  de  quit- 
ter la  Palestine;  elle  retourna  en  Ita- 
lie, se  retira  à  Ostie,  bâtit  un  hôpi- 
tal où  elle  servait  elle-même  les  ma- 
lades ,  et  mourut  à  Ostie  ou  à  Rome , 
vers  l'an  4oo.  C'est  par  les  écrits  de 
St.  Jérôme  que  nous  avons  appris  ce 
que  l'on  sait  de  Ste.  Fahiole.  Il  y  fait 
le  plus  grand  éloge  de  cette  sainte.  De 
la  pénitence  qu'elle  fit,  les  théologiens 
catholiques  concluent  que,  dès  les  pre- 
miers siècles  de  l'Eglise  ,  c'était  une 
opinion  constante  que  les  nœuds  du 
mariage  n'étaient  point  rompus  , 
même  pour  cause  d'adultère  ,  puis- 
qu'autreraent  Ste.  Fabiole  n'eût  pas 
été  coupable,  ni  assujetie  à  la  péni- 
tence. L  — Y. 

FABIUSVIBULANUS(Quinttjs), 

sauvé  comme  par  miracle  du  massacre 
des  Fabius,  à  la  funeste  journée  de 
Crémera  (  i  ) ,  servit ,  s'il  faut  en  croire 
l'histoire  de  ces  temps  reculés,  com- 
me de  souche  aux  diverses  branches 


(0  Cette  défaite  tombe  à  l'an  de  Rome  275.  Les 
Fabius  avaient  offert  au  sénat  d'entreprendre  à 
leurs  dépens  la  guerre  contre  les  Véiens  ;  ils 
étaient  au  nombre  de  3oG,  tous  patriciens.  Après 
quelques  succès,  ils  donnèrent  dans  une  embus- 
cade et  furent  tués  jusqu'au  dernier.  Q.Fabius, 
qui  continua  cette  famille  ,  était  seul  demeuré  à 
lïome  à  cause  de  sa  jeunette,  dette  chronologie 
n'ai  pourtant  pas  sans  difficulté. 


FAB  it 

de  la  famille  des  Fabius',  que  l'on  fait 
sortir  de  lui.  Mais  l'expédition  mili- 
taire de  ces  Fabius  ,  rapportée  par 
Tite-Live,  est-elle  bien  réelle?  Denys 
d'Halicarnasse  croit  qu'elle  n'est  que 
le  produit  de  l'imagination.  Le  Fabius 
dont  nous  nous  occupons ,  fit  partie 
du  déceravirat,  cette  association  cé- 
lèbre qui  ne  parut  naître  au  sein  des 
lois  que  pour  les  mieux  fouler  aux 
pieds,  Il  se  traîna  servilement,  dans 
les  fonctions  qu'il  eut  à  remplir,  sur 
les  pas  de  l'odieux  Appius ,  et  renonça 
sous  cette  infâme  domination  à  son 
caractère  naturellement  généreux,  mais 
faible,  pour  s'asservir  aux  passions  fé  - 
roces  d'un  magistrat  factieux.  Il  avait 
montré  plus  d'énergie ,  lorsqu'étant 
préfet  de  Rome,  il  s'opposa  de  toute 
sa  force  aux  entreprises  des  tribuns , 
jaloux  du  pouvoir  consulaire.  Fabius 
eût  mérité  d'être  mis  au  nombre  des 
citoyens  de  Rome  les  plus  recomman- 
dables,  si  sa  honteuse  facilité  n'eût 
terni  l'éclat  des  victoires  qu'il  remporta 
sur  les  Volsques  et  de  ses  combats 
contre  les  Sabiiis.  On  place  l'époque 
du  consulat  de  Q.  Fabius  l'année  de 
Rome  287  f  467  av.  J.-C.  )  G.F— r. 

FABIUS  AMBUSTUS.  Voy.  Li- 
cmius  Stolo. 

FABIUS  AMBUSTUS  (  Marcus  ) , 
trois  fois  consul ,  et  depuis  dictateur , 
vers  l'an  de  Rome  4<>3  (  35 1  av.  J.-C.  ) , 
se  rendit  célèbre  par  d'éclatants  avan- 
tages remportés  sur  les  Heruiques,  suc- 
cès qui  lui  méritèrent  l'honneur  du 
triomphe.  Ce  Fabius  eut  des  droits 
à  la  reconnaissance  du  peuple,  en  évo- 
quant à  son  tribunal  suprême  la  dé- 
cision d'un  dictateur.  Son  fiis,  général 
de  la  cavalerie  sous  le  dictateur  Pa- 
pirius ,  était  poursuivi  par  ce  superbe 
et  fougueux  citoyen,  jaloux  du  pou- 
voir que  lui  donnait  sa  charge.  Sans 
nuls  moyens  de  le  sauver,  le  vieux 
Fabius,  son  père,  recourut  à  l'auto. 


is  FAB 

rite  du  peuple  ;  mais  ce  fut  un  grand 
trait  des  mœurs  de  ce  peuple  admi 
rab!e,  de  sa  discipline,  de  ses  lois, 
et  du  respect  qu'il  conservait  pour 
elles  au  mi  ieu  des  plus  vives  émotions, 
que  àr  n'oser  point  absoudre  un  fils, 
qui  n'av.ut  pour  deleiiM  urs  de  sa  cause 
que  les  larmes  et  la  tendresse  d'un 
père.  G.  F — r. 

FABIUS  MAXIMUSRULLIAMJS 
(  Qûintus  ).  Rome  reconnaissante  a 
mis  à  coté  du  surnom  de  très  grand, 
dont  elle  décorait  le  vainqueur  des 
Apuliens,  des  Liguriens, des  Sainnites, 
des  Gaulois  ,  des  Umbriens ,  des  IYÏar- 
sesetdes  Toscans,  celui  de  Rullianus, 
tiré  d'un  simple  instrument  de  labou- 
rage. Fabius  Rullianus  est  le  premier 
Fabius  à  qui  l'on  ait  décerné  le  nom  de 
Maximus.  C'est  à  ce  Fabius  que  re- 
monte l'origine  du  proverbe  latin  : 
equis  albis  :  ce  fut  lui  qui  voulut  que, 
promenés  sur  un  char  attelé  de  che- 
vaux blancs  ,  les  chevaliers  romains 
parcourussent,  tous  les  ans,  le  jour 
des  Ides  QuintiHennes,  l'espace  qui  sé- 
parait du  temple  de  l'honneur  ce  Capi- 
tule, qu'on  pouvait  regarder  comme 
le  temple  de  la  gloire.  Général  de  la 
cavalerie  sous  le  dictateur  Papirius 
Cursor,  l'an  de  Rome  45o,  il  fut ,  par 
ses  talents  mi  itaires ,  digne  d'un  tel 
chef ,  et  mérita  de  partager  sa  gloire. 
Tite-Live  les  appelle  un  couple  illustre 
par  les  exploits  qui  marquèrent  leur 
association,  mus  on  doit  déplorer  que 
ces  talents  qu'ils  devaient  a  la  patrie, 
ne  leur  aient  servi  qu'à  nourrir  une 
mésintelligence  funeste  aux  intérêts  de 
la  république.  Cinq  fois  consul,  deux 
fois  dictateur,  interroi,  prince  du  sé- 
nat, honore  du  triomphe,  couvert  de 
gloire  et  chargé  d'honneurs,  à  son 
dernier  âge  ,  il  vantait  encore  la  force 
de  son  ame  et  la  vigueur  «le  son  corps. 
Ce  fut  au  moment  de  jouir  d'une  vie 
parsemée  de  quelques  erreurs ,  mais 


FAB 

empreinte  d'un  bout  à  l'autre  d'une 
gloire  éclatante  et  solide,  que  l'impru- 
dence et  la  témérité  du  j.  une  Fabius 
Gorges  son  fils,  faillirent  remplir  «l'a- 
mertume les  derniers  jours  de  sa  carriè- 
re,  par  l'humiliation  qu'avaient  reçue 
sous  ses  ordres  les  ;.rmet  romaines. 
On  put  aussi,  dans  cette  circonstance, 
féliciter  Fabius  Rullianus  de  n'avoir 
pas  de'sesperéJTouchés  de  ses  prières, 
le  sénat  et  le  peuple  consentirent  à  lais- 
ser le  commandement  à  son  fi:s,  qu'il 
voulut  servir  en  qualité  de  lieutenant* 
On  vit  depuis  l'illustre  vieillard  suivre 
le  char  de  triomphe  de  son  jeun* 
élève  ,  qui  lui  devait  plus  que  la  vie  , 
puisqu'il  venait  de  lui  rendre  l'hon- 
neur. On  eût  dit  qu'il  triomphait  lui- 
même;  Rome  ne  voyait  que  lui ,  et  lui 
attribuait  en  effet  tout  le  mérite  du 
succès  et  toute  la  gloire  du  triomphe. 
Q.  Fabius  Maximus  était  prince  du  sé- 
nat lors  du  recensement  de  Cn.  Domi- 
Itus,  le  premier  plébéien  qui  eut 
l'honneur  de  fermer  le  lustre ,  et  l'on 
présume  qu'il  vivait  encore  lors  de 
l'invasion  de  Pyrrhus  en  Apulic,  l'an 
280  av.  J.-C.  G.  F— r. 

FABIUS  P1CTOR  (Quintus),  que 
l'on  peut  appeler  le  père  de  l'histoire 
latine,  vivait  du  temps  de  la  2e.  guerre 
punique,  an  225  avant  J.-C.  Rome, 
avant  cet  écrivain,  comptait  déjà  des 
poètes  et  des  annalistes ,  mais  elle  n'a- 
vait pas  encore  d'historien.  La  muse 
grossière  de  Naevius  avait  célébré  r 
dans  des  chants  informes,  la  gloire 
que  s'étaient  acquise  les  armées  ro- 
maines durant  le  cours  de  la  première 
guerre  punique.  Ennius  mettait  envers 
héroïques  les  annales  de. -a  patrie  adop- 
tive.  Fabius  Pictor  yinl  et  lit  prendre 
à  l'histoire  uue  loi  me  plus  convenable: 
il  lui  rendit  son  véritable  langage  ;  et 
la  poésie,  assez  riche  du  domaine  de 
la  Fable,  perdit  celui  de  l'Histoire. 
Dans  ces  premiers  temps  de  la  repu- 


FAB 

blique,  la  collection  de  quelques  Mé- 
moires, destinés  a  transmettre  le  sou- 
venir des  événements  les  plus  remar- 
quables de  chaque  année,  et  dont  !e 
séint  r^  ;;it  confié  la  direction  au  grand 
pontife,  qui  en  était  le  dépositaire, 
formait  à  eux  seuls  tout  le  corps  de 
l'histoire  romaine.  Ces  Mémoires , 
connus  sous  le  nom  de  grandes  An- 
nales ,  commencèrent  avec  Home,  et 
ne  furent  interrompus  qu'un  siècle 
après  Fabius  Pictor,  sous  le  pontificat 
de  P.  Mucius.  Ils  servirent  de  type 
à  l'ouvrage  de  Fabius ,  qui  les  fit  en- 
trer,  pour  ainsi  dire,  comme  des 
pièc<  s  de  construction  dans  l'édifice 
qu'il  élev  tit  presque  sur  leur  modèle. 
11  donna  \vï\\.ve  & Annalesh  son  his- 
toire ,  en  y  fondant  celles  de  la  répu- 
blique. Fabius  Pictor  et  ses  Annales 
sont  souventeités  avec  éloge  par  Tite- 
Live  et  par  C  céron.  fite-Ltve  n'a  pas 
dédaigné  défaire  usage  pour  son  His- 
toire, des  écrits  de  Fabius,  qu'il  regarde 
comme  le  pins  ancien  des  historiens 
de  Rome  (  Liv.  21  ).  Mais  il  s'élève, 
sur  ces  mêmes  écrits,  un  doute  qu'il 
est  pre&qu'impossible  de  résoudre;  la 
question  de  savoir  s'ils  furent  primiti- 
vement composés  en  grec  ou  en  latin 
est  indécise.  Ce  qu'il  y  a  de  certain, 
c'est  que  leur  auteur  écrivait  dans  ces 
deux  langues  ;  et  ce  qu'il  serait  peut- 
être  permis  de  présumer,  c'est  qu'il 
traduisit  lui-même  ses  Annales  eu 
latin  ,  après  les  avoir  composées  en 
grec.  On  reproche  au  style  de  Fabius 
Pictor  une  trop  grande  maigreur  et 
quelque  mpreinte  de  cette  âpreté  , 
nous  dirons  même  de  cette  grossièreté 
des  premiers  âges  ,  également  éloi- 
gnées d'une  incorrecte  mais  aimable 
naïveté,  et  de  la  pureté  do*  bons  écri- 
vains. Ces  défauts  appartenaient  au 
siècle  de  Fabius,  où  la  rudesse  de  l'his- 
toire peignait  à  merveille  les  mœurs 
agrestes  de  ceux  dout  elle  disait  les  a.o 


FAB  i3 

tions.  Les  Annales  de  Fabius  Pictor 
existaient  encore  du  temps  de  Pline 
l'Ancien,  qui  les  cite  dans  plusieurs 
endroits  de  sou  ouvragé  Les  seuls 
fragments  qui  nous  en  soient  parvenus 
ont  été  recueillis  par  différents  auteurs. 
On  peut  consulter  à  cet  égard  la  Bi- 
bliothèque latine  de  Fabricius,  et 
surtout  Vossius ,  De  histor.  lat. 
G.  F— a. 
FABIUS  '  Quintus  Maximus- 
Verrucosus  ),  surnommé  Cunctalor, 
(  temporiseur  ) ,  fut  le  héros  da  sa  fa- 
mil  e.  Consul  pour  la  première  fois, 
l'an  !e  Rome 5 1 7. il  battit  le;-  Liguriens, 
et  (  ut  l'honneur  du  triomphe.Quandia 
ville  de  Sagonte  eut  été  prise  par  les 
Carthaginois,  les  Romains  envoyèrent 
Fabius  à  Carthage,  à  la  tête  de  leurs 
ambassadeurs.  Ce  fut  lui  qui,  ayant 
relevé  un  pan  de  sa  toge  ,  dit  en  plein 
sénat  :  Nous  vous  portons  la  paix  et 
la  guerre,  choisissez.  Après  le  dé- 
sastre de  Trasimène ,  les  circonstan- 
ces demandaient  un  dictateur  :  le  choix 
tomba  sur  Fabius.  Ii  se  mit  en  mar- 
che pour  s'opposer  à  Annibal,  et  ar- 
riva en  picsence  de  ce  général ,  qu'il 
trouva  tout  prêt  à  engager  une  action; 
mais  ses  mouvements  insidieux,  ses 
marches  et  contremarches  ,  les  rava- 
ges des  terres  des  alliés,  rien  ne  put 
faire  départir  Fabius  de  son  plan  de 
guerre  défensive.  Il  conduisit  son  ar- 
mée sur  les  hauteurs,  à  peu  de  dis- 
tance de  l'ennemi ,  de  manière  à  ne 
point  le  perdre  de  vue,  et  à  ne  rien 
engager.  11  permettait  seulement  quel- 
ques escarmouches  ,  pour  aguerrir 
ses  troupes.  Le  plus  dangereux  de 
ses  ennemis  était  dans  son  camp  :  c'était 
Minueius,  maître  de  la  cavalerie, 
homme  ambitieux ,  arrogant ,  et  pré- 
somptueux, qui  apperait  hautement 
lenteur  et  timidité  la  circonspection 
du  général.  Annibal  n'ayant  pu  rien 
obtenir  contre  Fabius,  se  décida  à 


i4  FAB 

passer  dans  la  Campanie,  portant  la 
désolation  dans  le  plus  beau  terri- 
toire de  l'Italie.  Le  dictateur  menait 
toujours  son  armée  le  long  des  mon- 
tagnes. Quand  elle  fut  arrivée  à  leur 
extrémité ,  elle  se  trouva  spectatrice 
de  l'incendie  des  maisons  dans  les 
campagnes  de  Falerne  et  dans  la  co- 
lonie de  Sinucsse,  sans  qu'il  lui  fût 
permis  d'aller  au  combat.  Minucius 
alors  ne  put  s'empêcher  d'éclater  con- 
tre le  dictateur,  dans  la  harangue  la 
plus  séditieuse.  Fabius ,  les  yeux  éga- 
lement ouverts  sur  son  armée  et  sur 
l'ennemi ,  persista  dans  son  plan  tout 
le  reste  de  la  campagne,  quoiqu'il 
n'ignorât  point  que  sa  temporisation 
le  décriait  à  Rome.  Annibal,  déses- 
pérant de  l'amener  à  un  combat ,  son- 
geait à  prendre  des  quartiers  d'hiver. 
Fabius  en  fut  informé;  et,  croyant 
bien  que  l'ennemi  repasserait  par  les 
défilés  qui  l'avaient  introduit  dans  le 
territoire  de  Falerne,  il  s'empara 
des  postes  aux  passages ,  et  ramena 
son  armée  sur  les  mêmes  hauteurs 
qu'elle  avait  occupées.  Ensuite  il  en- 
voya à  la  découverte,  avec  quatre 
cents  chevaux  des  alliés,  Hostilius 
Mancinus ,  qui  avait  été  souvent  té- 
moin des  déclamations  du  maître  de 
la  cavalerie.  Ce  jeune  homme,  peu 
docile  aux  instructions  du  dictateur  , 
se  laissa  aller  à  son  impétuosité,  et 
tomba  dans  le  piège  où  Pentrainèrent 
les  cavaliers  numides.  La  cavalerie 
carthaginoise  fondit  sur  lui  et  sur  sa 
troupe,  et  les  enveloppa.  Mancinus 
périt  avec  l'élite  de  ses  gens.  Le  len- 
demain ,  il  y  eut  une  action  où  com- 
battirent les  cavaliers  des  deux  ar- 
mées. Les  Romains  perdirent  200 
hommes,  et  les  ennemis  800.  Anni- 
bal se  trouva  enfermé  par  les  posi- 
tions qu'avait  prises  le  dictateur;  mais 
il  se  tira  d'embarras  par  un  strata- 
gème. Les  choses  en  étaient  là  :  Fa- 


FAB 

bius  avait  tout  conservé  par  sa  tac- 
tique habile; cependant,  sa  circons- 
pection était  un  objet  de  mépris  à 
Rome ,  aux  yeux  des  militaires  et  des 
citoyens.  Deux  circonstances  ajoutè- 
rent à  l'envie  qu'on  portait  au  dicta- 
teur. Son  champ,  indiqué  à  Annibal, 
avait  été  seul  épargné,  au  milieu  de 
la  dévastation  générale.  Le  rusé  Car- 
thaginois voulait  faire  croire  par-là 
que  celte  faveur  était  le  prix  de  quel- 
que pacte  secret  entre  le  dictateur  et 
lui.  D'après  une  convention  faite  en- 
tre les  généraux  romains  et  carthagi- 
nois ,  lors  de  la  première  guerre  pu- 
nique, au  sujet  des  prisonniers  res- 
pectifs ,  l'excédent  de  l'échange  devait 
être  payé  en  argent.  11  se  trouvait  1^. 
prisonniers  de  plus  du  côté  des  Ro- 
mains. Comme  le  sénat  ne  statuait 
rien  pour  la  somme  à  payer ,  Fabius 
la  solda  lui-même ,  en  faisant  vendre 
ce  même  champ  épargné  par  Annibal* 
Il  revint  à  Rome,  ayant  laissé  son  ar- 
mée entre  les  mains  du  maître  de  la 
cavalerie.  Celui-ci  ne  larda  pas  à  des- 
cendre dans  la  plaine,  pour  engager 
un  combat  à  la  première  occasion.  II 
profita  habilement  de  l'éloignement 
d'une  partie  de  l'armée  d'Annibal , 
que  ce  général  avait  envoyée  au  four- 
rage. Les  troupes  des  deux  cotés  se 
trouvant  en  présence ,  on  eu  vint  bien- 
tôt aux  mains,  en  bataille  rangée.  Au 
premier  choc,  les  Carthaginois  furent 
repoussés  jusqu'à  leur  camp;  mais, 
par  l'effet  d'une  sortie  vigoureuse, 
les  Romains  furent  repoussés  à  leur 
tour.  Le  combat  fut  rétabli  par  l'ar- 
rivée inattendue  de  Nuraéricus  Déci- 
mius ,  chef  des  Samnites ,  que  Fabius 
envoyait  au  camp  des  Romains  ,  avec 
8,000  hommes  d'infanterie  et  200 
chevaux.  Quand  cette  petite  armée  se 
montra  sur  les  derrières,  Annibal 
s'imagina  que  c'était  le  dictateur  lui- 
même  qui  venait  de  Rome  avec  un 


FAB 
renfort;  et ,  craignant  quelque  embû- 
che, il  ramena  ses  troupes  dans  son 
camp.  La  perte  des  ennemis  se  monta 
à  6,000  hommes;  celle  des  Romains 
alla  bien  à  5,ooo.  Cependant  Minu- 
cius annonça  une  victoire  brillante, 
dans  la  lettre  qu'il  écrivit  au  sénat. 
Fabius  s'abstint  de  paraître  dans  les 
assemblées  du  peuple.  Il  n'était  pas 
favorablement  écouté  au  sénat,  quand 
il  parlait  avantageusement  de  l'en- 
nemi ,  et  quand  il  imputait  les  derniers 
désastres  à  la  témérité  et  à  l'impéritie 
des  généraux.  Tî  demandait  que  le  maî- 
tre de  la  cavalerie  rendit  compte  de 
sa  conduite ,  pour  avoir  combattu 
contre  sa  défense;  il  ne  dissimulait 
pas  qu'il  tirait  plus  de  gloire  d'avoir  , 
dans  les  circonstances,  sauvé  sans 
honte  l'armée,  que  d'avoir  tué  plu- 
sieurs milliers  d'ennemis.  Ces  discours 
ne  servant  à  rien ,  Fabius  retourna  à 
son  armée.  Quelque  défaveur  qu'il 
eût,  personne  n'osait  proposer  de 
faire  une  loi  de  la  motion  par  la- 
quelle un  tribun  avait  demandé  que 
l'autorité  du  maître  de  la  cavalerie  lût 
égalée  a  celle  du  dictateur.  Un  hom- 
me se  rencontra,  Varron,  né  dans 
la  condition  la  plus  abjecte,  et  par- 
venu par  une  basse  popidarité  aux 
honneurs  et  aux  dignités  (t'oyez  Var- 
ron). Il  sortait  de  la  préture,  et  aspi- 
rait au  consulat.  Il  fit  passer,  par  un 
plébiscite,  la  loi  demandée.  Fabius 
tut  le  seul  qui  n'y  vit  rien  de  désho- 
norant pour  lui.  Il  soutint  cette  in- 
justice du  peuple,  avec  la  même  fer- 
meté d'aine  que  les  accusations  de  ses 
ennemis.  Minucius,  enflé  de  ses  suc- 
cès et  de  la  faveur  populaire,  se  glo- 
rifiait de  n'avoir  pas  moins  vaincu 
Fabius  qu'Annibal.  Lors  de  sa  pre- 
mière entrevue  avec  le  dictateur  ,  il 
demanda  que  le  commandement  gé- 
néral de  l'armée  fût  alternativement 
daus  les  mains  de  l'un  d'eux;  Fabiug 


FAB  1$ 

le  fit  consentir  à  partager  entr'euxles 
légions ,  comme  il  était  d'usage  entre 
les  consuls.  Annibal,  instruit  par  ses 
espions  et  par  les  transfuges ,  de  ce 
qui  se  passait  dans  le  camp  des  Ro- 
mains, en  eut  une  double  joie.  D'un 
côté,  la  témérité  de  Minucius  se  trou- 
vait entièrement  libre;  de  l'autre,  les 
forces  de  Fabius  étaient  diminuées  de 
moitié.  Le  général  carthaginois  ne 
s'occupa  plus  que  de  faire  naître  une 
occasion  d'en  venir  aux  mains  avec 
Minucius  :  il  la  trouva  toute  naturelle 
dans  l'avantage  pour  l'une  et  l'autre 
armée  de  se  saisir  d'une  éminence  qui 
était  entre  les  deux  camps.  Après 
avoir  embusqué  5,2oo  hommes,  tant 
d'infanterie  que  de  cavalerie,  il  en- 
voya un  simple  détachement,  comme 
pour  s'emparer  de  l'émmcnce.  C'était 
là  qu'il  attendait  Minucius.  Celui-ci 
s'avança  pour  chasser  cette  poignée 
d'ennemis  ,  et  s'emparer  du  poste.  Il 
s'engagea  alors  une  action  entre  les 
troupes  légères ,  et  bientôt  les  légions 
s'ébranlèrent.  Annibal,  de  son  coté, 
fit  marcher  pour  soutenir  ses  gens. 
L'action  devint  générale;  la  cavalerie 
légère  repoussée  se  replia  sur  les  lé- 
gions, qui  tinrent  ferme,  et  qui  auraient 
défendu  le  terrain,  si  les  troupes  em- 
busquées, paraissant  tout  à  coup  sur 
les  flancs  et  les  derrières  de  l'armée 
romaine,  n'avaient  causé  un  tumulte 
et  une  terreur  qui  ôtèrent  tout  cou- 
rage pour  combattre,  et  tout  espoir 
de  fuir.  Fabius  entendant  les  cris  ,  et 
voyant  le  désordre  de  l'armée  ro- 
maine ,  ne  put  s'empêcher  de  dire  que 
la  fortune  punissait  la  témérité  comme 
il  l'avait  prévu;  mais ,  sans  perdre  de 
temps  à  blâmer  et  à  se  plaindre. 
Marchons  ,  dit-il ,  arrachons  la  vic- 
toire aux  ennemis ,  et  à  nos  conci- 
toyens l'aveu  quils  se  sont  trom- 
pés. Aussitôt  l'armée  du  dictateur  se 
montra  aux  Romains  comme  descen- 


i6  FAB 

due  du  ciel  pour  les  secourir.  Avant 
d'en  venir  à  la  portée  du  trait ,  et  à 
aucun  engagement ,  elle  an  étales  siens 
qui  fuyaient,  et  contint  l'impétuosité 
du  vainqueur.  On  se  rallia,  l'ordre 
se  rétablit.  Les  deux  armées  romaines 
n'en  faisant  plus  qu'une,  menaçaient 
l'ennemi:  Anuibal  fit  alors  sonner  la 
retraite,  disant  hautement  que  Minu- 
cius  avait  e'té  vaincu  par  lui,  et  que 
lui  l'avait  été  par  Fabius.  De  retour 
dans  son  camp,  Minucius  assembla 
ses  soldats,  et  les  invita  à  se  réunir  à 
l'armée  de  Fabius,  et  àsaluercomme 
leurs  patrons  ceux  dont  les  bras  ve- 
naient de  les  sauver;  que  pour  lui ,  il 
appellerait  du  nom  de  père  celui  qui 
le  méritait  par  son  bienfait  et  sa  di- 
gnité. La  réunion  des  deux  armées 
eut  lieu  sur-le-champ;  les  noms  de 
père  et  de  patron  furent  donnés  par 
le  général  et  les  soldats.  Minucius  ab- 
jura le  pouvoir  qui  lui  avait  été  con- 
féré par  le  peuple ,  et  remit  tout  à 
Fabius.  Quand  la  nouvelle  de  cet  évé- 
nement fut  arrivée  à  Rome ,  il  n'y  eut 
pas  de  bornes  aux  éloges  qu'on  donna 
au  dictateur.  Il  eut  encore  la  gloire 
de  faire  dire  à  Annibal  que  la  nuée 
qui  avait  coutume  de  paraître  au-des- 
sus des  moptagnes ,  avait  donné  de  la 
pluie  par  un  orage.  Les  six  mois  de 
son  commandement  suprême  étant 
expirés,  Fabius  abdiqua  la  dictature. 
Vairon,  dont  nous  avons  parlé,  ve- 
nait d'être  nommé  consul  avec  Paul- 
Emile.  Au  moment  où  ee  dernier  par- 
tait pour  se  mettre  à  la  tête  de  son  ar- 
mée, Fabius  crut  devoir  lui  faire  le 
tableau  de  la  situation  des  choses,  et  lui 
proposer  pour  uiudèle  de  conduite, 
cel.e  que  lui-même  avait  tenue  dans  de 
pareilles  cireonsianecs.  Après  la  fatale 
journée  de  Camus,  dans  la  désofa») 
tion  générale,  le  seitit  s'assembla , 
pour  aviser  aux  mesures  qui  étaient 
à  prendre  relativement  à  la  sûreté  de 


FAB 

Rome.  Fabius  en  indiqua  de  prélimi- 
naires ,  qui  furent  toutes  adoptées; 
L'an  538,  quiétit  la  cinquième  an- 
née de  la  seconde  guerre  punique,  il 
présidait  à  l'élection  des  nouveaux 
consuls  :  les  suffrages  s'étant  portés 
sur  T.  Otacilius,  et  Mircus  jEmilius 
Regillus,  il  prit  la  parole;  et  dans  son 
discours,  s'autorisant  des  événements 
passés,  il  établit  qu'il  fallait  élire 
cette  fois  des  consuls  qui  fussent  à 
l'égal  d'Aunibal:il  s'expliqua  ensuite 
avec  une  noble  franchise  sur  Regillus 
et  Otacilius.  Il  représenta  à  ce  der- 
nier qu'il  n'avait  pas  fait  sur  mer, 
avec  la  flotte  (pi' il  commandait,  tout 
ce  qu'on  avait  attendu  de  lui.  Il  lui 
conseilla  d<  déposer  un  fardeau  qui 
serait  accablant,  et  finit  en  demandant 
qu'on  retournât  aux  suffi- âges.  Malgré 
les  clameurs  d'Otaeilius  ,on  reprit  les 
voix,  et  Fabius  fut  élu  consul  pour  la 
quatrième  fois.  Marcelle  ie  fut  pour 
la  troisième.  Il  n'y  eut  pas  sous  ce 
consulat  d'opérations  militaires  im- 
portantes de  la  p :irt  de  Fabius.  Anni- 
bal était  depuis  long-temps  devant 
Capoue  :  ne  pouvant  attifer  les  Ro- 
mains au  combat,  m  pénétrer  dans  la 
place,  il  se  de^  ida  a  décamper.  L'idée 
lui  vint  alors  d'attaquer  la  ville  même 
de  Rome.  Il  pourrait,  à  la  faveur 
d'une  terreur  soudaine  et  du  tumul- 
te, s'emparer  d'une  partie  de  la  ville: 
Rome  en  danger  ferait  abandon- 
ner Capoue.  Le  sénat,  iti faune  de 
cette  résolution  par  une  l<  ttre  du  con- 
sul, s'assembla  aussitôt.  Le  premier 
avis  fut  pour  rappeler  de  toutes  les 
parties  de  l'Italie  ie  >  géndraui  et  les 
armées,  afin  de  ne  s^oceujpcr  que  de  la 
défense  de  Rome.  F. imis  fui  d'un  avis 
tout  contraire  :  il  lui  paraissait  hon- 
teux de  se  retirer  de  Gapoui  ,  et  .l'a- 
gir d'après  les  volontés  .  t  les  me- 
naces d'Annibal.  Comment  crolr  !  que 
celui  qui,  après  la  victoire  de  Garnies, 


FAB 

tl'avaif  ose  se  présenter  devant  Rome, 
se  flattât  de  s'emparer  de  cette  ville  , 
quand  il  était  repoussé  de"€apoue? 
Fabius  eut  rai>on;  le  général  cartha- 
ginois s'approcha  jusqu'à  3,ooo  pas 
de  Rome,  la  contempla,  et  se  retira. 
En  545,  Fabius,  consul  pour  la  cin- 
quième fois  ,  fut  élu  prince  du  sénat, 
par  le  censeur  Sempronius,  comme 
étant  alois,  dit  le  censeur,  le  premier 
citoyen  de  Rome.  Il  se  mit  en  campa- 
gne, pour  aller  faire  le  siège  de  Ta- 
rente.  11  recommanda  par  lettres  à 
Marcellus,  qui  le  premier  avait  été 
vainqueur  d'Annibal,  d'occuper  pen- 
dant ce  temps- là  le  général  carthagi- 
nois, en  lui  fusant  une  guerre  vive. 
IVlarcellus  la  lui  fit ,  le  battit ,  et  le 
força  à  rétrograder.  Fabius  assiégea 
Tarente ,  et  la  prit  bientôt ,  à  la  la- 
veur d'une  intelligence  qu'il  avait  dans 
la  ville.  Annibal  ne  put  arriver  à 
temps  au  secours  de  la  place.  L'histoire 
ne  nous  donue  plus  rien  sur  la  vie 
militaire  de  Fabius  ;  mais  nous  allons 
le  retrouver  au  sénat  avec  son  patrio- 
tisme et  sa  liberté  ordinaires.  Le 
jeune  Seipion,  surnommé  depuis  ÏA- 
fricain,  était  consul  (l'an  547),  et 
prétendait  avoir,  sans  tirer  au  sort, 
l'Afrique  pour  département,  et  y  por- 
ter le  siège  de  la  guerre.  11  faisait 
même  assez  entendre  que  si  le  sénat 
rejetait  sa  demande ,  il  la  ferait  au 
peuple.  Les  principaux  du  sénat 
étaient  blessés  de  la  prétention  du 
consul.  On  demanda  à  Fabius  son 
avis..  Dans  un  discours  très  étendu, 
fort  de  faits  et  de  raisonnements ,  il 
combattit  le  projet  de  Scipion  ,  et  s'et- 
foiça  de  lui  démontrer  que  s'il  aimait 
la  gloire  et  son  pays,  s'il  avait  l'am- 
bition delerminer  la  guerre,  ce  n'était 
pas  en  Afrique  qu'il  fallait  aller;  qu'il 
fallait  rester  en  Italie,  pour  détruire 
Annibal,  qui  était  la  terreur  de  Rome 
depuis  1 4  ans.  Scipion  fut  envoyé  eu 

XIV. 


FAB  17 

Sicile,  avec  la  faculté  de  passer  en 
Afrique  ,  s'il  le  jugeait  nécessaire.  Fa- 
bius vécut  assez  pour  voir  Annibal, 
après  plus  de  i5  ans  ,  quitter  en  fré- 
missant et  en  pleurant  l'Italie,  pour 
aller  au  secours  de  C  irlhage  ,  que 
Scipion  menaçait.  Cette  même  année, 
(  549  de  Rom.,  204  avant  Jésus- 
Christ  ),  Fabius  mourut  dans  un  âge 
avancé,  digne,  suivant  Tite-Live,  de 
porter  'e  premier  !e  surnom  de  Maxi- 
mus. qui  avait  été  donné  à  Fabius-Rul- 
lus,  son  aïeul.  Sa  gloire  fut  d'avoir  eu 
Annibal  pour  adversaire,  et  d'avoir, 
en  arrêtant  constamment  ce  vain- 
queur, sauvé  la  chose  publique. —  Fa- 
bius eut  un  fils  qui  poitaii  aussi  les 
noms  de  Quinttjs  Fabius  Maximus  , 
et  qui  fut  préteur  sous  son  quatrième 
consulat,  et  l'année,  d'après  consul. 
Fabius  fut  député  vers  son  fi!s,  au 
camp  de  Sucssula,  dans  l'Apulie.  Le 
fils  alla  au-devant  de  son  père,  qui 
s'avançait  à  cheval.  Comme  les  licteurs 
le  laissaient  passer  sans  rien  dire, 
par  respect  pour  son  grand  caractère, 
le  jeune  Fabius  dit  au  licteur  qui  le 
précédait  immédiatement  d'ordonner 
au  cavalier  de  descendre  :  le  vieillard 
descendit  aussitôt.  J'ai  voulu,  dit-il , 
mon  fils ,  éprouver  si  vous  saviez 
assez  que  vous  étiez  consul.  Le 
jeune  Fabius,  pendant  son  consulat, 
prit  sur  Annibal  la  ville  d'Arpi,  tant  / 
par  un  coup  de  main,  que  par  le  con- 
cours des  habitants.  On  ne  voit  pas  , 
par  la  suite  de  l'histoire  ,  ce  que 
fit  ce  digne  fils  de  Fabius- Maximus, 
ni  quand  il  mourut.  Q,R — y. 

FABIUS  MAXIMUS  jEMILI  ANUS 
(QuiiNTUS),filsdu  consul  Paul-Emile, 
passa,  par  l'adoption  ,  dans  l'illustre 
maison  des  Fabius.  Son  père  ,  qu'il 
accompagna  dans  la  guerre  contre 
Persée,  roi  de  Macédoine^  l'envoya  à 
Rome  y  porter  la  nouvelle  de  sa  vic- 
toire. Il  le  chargea  ensuite  de  mettre 
2 


18  FAB 

au  pillage  les  villes  des  Agasses  et  des 
Eginiens  ])Oiir  les  punir,  les  Agasses 
d'avoir  embrassé  de  nouveau  le  parti 
de  Perse'e ,  quand  ils  avaient  d'eux- 
mêmes  demande'  l'alliance  de  Home, 
et  les  Eginiens  d'avoir  traité  en  en- 
nemis quelques  soldats  romains  qui 
étaient  entres  dans  leur  ville.  Fabius 
eut  encore  de  son  père  la  commission 
de  ravager  le  pays  des  Illyriens,  qui 
avaient  été'  auxiliaires  du  roi  de  Ma- 
cédoine dans  la  dernière  guerre. Con- 
sul Tan  de  Rome  606,  Fabius  partit 
pour  l'Espagne  avec  deux  légions  de 
nouvelle   levée,  qu'il  joignit   à  des 
troupes  alliées,  ce  qui  lui  donna  un 
corps  d'armée  de  quinze  mille  hom- 
mes  d'infanterie  et  de  deux  mille  en- 
viron de  cavalerie.  Il  s'attacha  à  le 
fortifier  par  des  exercices  de  tous  les 
jours,  avant  de  le  mettre* en  présence 
d'un  ennemi  qui  n'était  pas  à  mépriser. 
Cet    ennemi   était  Viriatbc   (  voyez 
Viriathe),  à  la  tête  des  Lusitaniens, 
qui  battit  un  des  lieutenants  du  con- 
sul, lequel  avait  osé  se  mesurer  avec 
lui.  Fabius  accourut  au  bruit  de  cet 
échec  :  Viriathe,  fier  de  son  avantage, 
cherchait  à  l'amener  au  combat;  mais 
le  général  romain,  fidèle  à  son  plan, 
refusa  d'engager  une  action,  se  con- 
tentant d'aguerrir  ses  troupes  par  de 
fréquentes  escarmouches.  Quand  son 
infanterie  allait  aux  fourrages,  souvent 
il  la  faisait  protéger  par  de  la  cavalerie. 
Paul-Emile,  son  père,  lui  avait  donné 
ces  leçons  de  circonspection  dans  la 
guerre  contre  Persée.  Fabius  fut  pro- 
rogé dans   son    commandement  en 
Espagne,  par  une  cit  constance  assez 
particulière  (  Voyez  Galba).  Son 
armée  étant  alors  bien  aguerrie,  il  ne 
balança  pas  à  en   venir  aux  mains 
avec  Viriathe  ,  et  il  eut  l'avantage  sur 
lui  dans  deux  combats.  11  prit  une 
ville  alliée  de  l'ennemi  et  en  incendia 
mie  autre.  Ces  succès  de  Fabius  datent 


FAB 

del'an  de  Rome  608.  On  ne  le  voit  plus 
figurer  dans  la  suite  de  l'histoire.  — 
Un  autre  Q.  Fabius  Maximus,  sur- 
nomme' Servilianus,  consul  deux  ans 
après,  en  (iio,  et  commandant  aussi 
en  Espagne,  se  trouvant  à  la  tête  d'une 
armée  assez  considérable  ,   offrit  la 
bataille  à  Viriathe,  et  le  battit  com- 
plètement. Comme  les  Romains,  en 
le  poursuivant,  étaient  dans  une  sorte 
de   désordre,  le  général   espagnol  , 
avec  sa  présence  d'esprit  ordinaire, 
rallia  ses  gens ,  attaqua  les  vainqueurs, 
leur  tua  trois  mille  hommes,  et  re- 
poussa le  reste  dans  leur  camp.  Là , 
il  s'engagea  un  combat  que  la  nuit 
seule  fit  cesser.  Viriathe  se  retira  en- 
suite dans  la  Lusitanie.  Fabius,  eu 
qualité  de    proconsul  ,    continua    la 
guerre   en  Espagne ,   alla  chercher 
Viriathe,  et  se  mit  en  possession  de 
plusieurs  villes  où  ce  général  avait 
établi  des  garnisons.  11  les  traita  di- 
versement :  il  pardonna  aux  unes  , 
et  livra  les  autres  au  pillage.  De  tous 
les  prisonniers  qu'il  fit,  cinq  cents 
furent  mis  à  mort  par  ses  ordres  ,  et 
neuf  mille  furent  vendus  comme  es- 
claves. L'année  suivante  Baccia,  ville 
de  l'Espagne  ultérieure  dont  Viriathe 
avait  levé  le  siège ,  se  rendit  à  Fabius; 
il  ne  pardonna  qu'à  un  certain  Con- 
nobas ,  chef  de  brigands  qui  s'était 
remis  à  sa  foi ,  et  fit  couper  les  mains 
de  ceux  qui  avaient  été  avec  lui ,  lj 
plupart  transfuges  des  garnisons  ro- 
maines. Ce  traitement,  à  l'égard  de 
gens  qui  s'étaient  plutôt  rendus  qu'ils 
n'avaient  été  faits  prisonniers,  parut 
trop  cruel  de  la  part  du  général  de 
l'armée  d'un  peuple  aussi  civilisé  que 
le  peuple  romain.  Il  paraît  que  ce 
même  Fabius  fut  censeur  l'an  626. 
Q.  R— r. 
FABIUS  MAXIMUS  ^Quintus), 
de  la  maison  Fabia,  et  petit-fils,  par 
adoption,  de  Paul -Emile,  soutint  la 


gloire  de  ces  deux  grands  noms ,  et 
mérita  d'être  distingué  par  le  surnom 
d'Jllobregicus.  Elu  consul  en  t>3 1 , 
il  eut  pour  département  la  Gaule  tran- 
salpine; il  marcha  avec  des  forces  peu 
considérables  contre  Bituitus,  roi  des 
Arvnniens,  qui  avait  levé  une  puis- 
sante armée,  composée  de  son  peu- 
ple, des  Allobroges  ,  etc.  Ce  prince 
était  impatient  de  combattre,  se  croyant 
sûr  de  vaincre.  Cette  confiance  lui 
donna  une  trop  grande  sécurité'  dont 
profita  le  consul.  H  tira  aussi  parti  du 
terre  in  qui,  étant  voisin  des  monta- 
gnes, était  entrecoupé  de  collines  et 
d'eau;  tout,  jusqu'au  moment  de  la 
saison ,  lui  parut  favorable  pour  livrer 
bataille  à  l'ennemi.  On  était  dans  le 
temps  des  plus  grandes  chaleurs,  qui 
étaient  insupportables  aux  Gamois. 
L'activité  et  la  prudence  du  général 
romain  lui  assurèrent  la  victoire  :  elle 
fut  si  complète  qu'on  fit  monter  la 
perte  des  Arvernicns  et  des  A'<lo- 
broges  à  cent  vingt  mille  hommes  : 
celle  des  Romains  fut  très  petite.  Il 
paraît  que  l'ennemi  fut  surpris  et  en- 
veloppé de  manière  à  n'avoir  pu  se 
préparer  au  combat  ni  développer 
ses  forces»  Fabius ,  surnommé  Alla- 
Imgicus  à  cette  occasion ,  eut  la 
gloire  de  donner  la  paix  à  deux  puis- 
sants peuples.  11  éleva,  sur  le  lieu  du 
combat,  un  trophée  en  pierres,  ce 
qui  c'ait  une  chose  nouvelle  pour  les 
Romains.  Son  triomphe  eut  un  grand 
e'eiat  ;  le  roi  Bituitus  ,  remarquable 
parla  beauté' de  son  extérieur,  en  fut 
un  des  principaux  ornements  (  Voy, 
Domitius  Ahenobarbus  ).  Fabius 
fut  censeur  l'an  de  Rome  644*  La 
suite  de  sa  vie  n'est  pas  connue. 
Q.R~y. 
FABIUS  (Guillaume),  dont  le 
nom  latinisé  correspond  ,  dans,  la 
langue  flamande  ,  a  celui  de  Boo- 
naerts,  était  né  à  Hilvareu-Beeck  ?  et 


FAB  19 

il  a  eu,  comme  humaniste,  quelque 
céie'brité parmi  ses  compatriotes-  il  a 
successivement  enseigné  cà  Anvers  et 
à  Louvain;  il  professait  le  grec  au 
collège  Buslidien  de  cette  dernière 
ville,  où  il  fut  assassiné  par  des  étu- 
diants en  1590.  1!  a  laissé  une  Epi- 
tome  srntaxeos  linguœ  greecœ  ,  An- 
Vers,  1*584, irt-ii".  M — on. 

FÂBRA  (Louis  Della^.Fabbra. 

FABRE  D'I  ZÈS,  troubadour  du 
1 5e.  siècle,  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  tin  au^re  troubadour  provençal 
du  même  nom,  fut,  suivant  Crescini- 
beni,  accusé  et  convaincu  de  plagiat. 
On  a  dit ,  long-temps  après  ,  de  l'abbé 
Roquette,  qui  prêchait  les  sermons 
d*  autrui  : 

Ils  sont  bien  à  lui, 
Puisque  en  effet  il  les  achète. 

Les  ouvrages  d'Albert  ou  d'Albertet 
de  Sisteron,  que  Fabre  s'attribuait, 
lui  appartenaient  au  même  titre  ;  mais 
ses  confrères  ne  voulurent  pas  recon- 
naître ce  droit  de  propriété;  et ,  s'il 
faut  eu  croire  Nostradamus,  le  trou- 
badour fut  condamné  ou  fouet,  en 
vertu  des  lois  impériales,  qui  punis- 
saient les  larcins  poétiques,  comme 
toute  autre  espèce  de  \ol.  Dépouillé 
de  son  mérite  d'emprunt,  Fabre  reste 
réduit,  d'après  le  jugement  de  l'histo- 
rien des  troubadours,  a  à  une  mau- 
»  vaisechniison  galante,  et  à  un  poème 
»  de  morale  où  il  n'y  a  que  des  lieux 
»  communs.  »  V.  S.L. 

FABi.E  (Piebre-Jean),  médecin 
de  la  Faculté  de  Montpellier,  cxeica 
sa  profession  à  Gastelnaudary ,  où  il 
s'acquit  une  réputation  bridante  et 
très  étendue.  Humblement  asservis  à 
la  doctrine  de  Galion,  les  médecins 
empruntaient  leurs  remèdes  exclusi- 
vement à  la  pharmacie;  encore  les 
prescrivaient-ils  à  des  doses  fort  mo- 
dérées. Fabre  suivit  une  autre  route  ; 
il  puisa  presque  toutes  ses  ressources 
2.. 


20  FAB 

dans  la  chimie ,  et  re'ussit  facilement 
à  éblouir  le  vulgaire  par  quelques  suc- 
cès dus  à  cette  thérapeutique  nou- 
velle ,  et  prônes  avec  forfanterie.  Le 
docteur  languedocien  publia  en  outre 
un  grand  nombre  de  petits  écrits  dé- 
corés de  titres  singuliers  ,  et  dans  les- 
quels il  se  prodigue  les  louanges  les 
plus  pompeuses  :  I.  Palladium  spa- 
gyricum  ,  Toulouse,  1624,  in-80.; 
ibid.  iG38.  II.  Chirurgia  spagyrica, 
in  qud  de  morbis  cutaneis  omnibus 
spagyricè  et  melhodicè  agitur,  Tou- 
louse, 1626,  in-80.;  ibid.  i638.  III. 
Insignes  curaliones  variorum  mor- 
horum  medicamentis  chymicis  ju- 
cundissimd  metliodo  curatorum  , 
Toulouse,  1627  ,  in-80.;  IV.  Myro- 
thecium  spagyricum ,  sive  pharma- 
copœa  chymica ,  Toulouse,  1628, 
in-8°,  ibid.  1646,  in-8°.  V.  Alchy- 
mista  christianus  ,  Toulouse,  i652, 
in-8°. ,  le  plus  curieux  des  ouvrages 
de  Fabre.  VI.  Hercules  pio-chy mi- 
dis ,  in  quo  penitissimè  tùm  moralis 
philosophiœ ,  ium  chymicœ  arlis  ar- 
cana,  laboribus  herculeis ,  apud 
anliquos  tanquàm  velamine  obscuro 
obruta  detegunlur,  Toulouse,  1 654  ? 
in-8°.  VII.  Hydrographum  spagy- 
ricum ,  in  quo  de  mirdfontium  es- 
senlid ,  origine  et  virlute  tractatur, 
Toulouse,  iG5(),  in-8".  VIII.  Pro- 
pugnaculum  alchemiœ ,  adversùs 
misochymicos  quosdam  philosophos 
umbratiles ,  Toulouse,  i(345,  in-8". 
IX.  Panchymici,  seu  anatomiœ  to- 
tius  universi  opus ,  Toulouse  ,  1646, 
in-8'.  Ces  titres  ,  bien  que  considéra- 
blement abrégés  ,  sont  plus  que  suffi- 
sants pour  faire  connaître  la  tournure 
d'esprit  de  l'auteur.  Cependant  ces 
productions  ridicules  ont  été  très  re- 
nommées, plusieurs  fois  réimpri- 
mées ,  tantôt  isolément,  tantôt  collec- 
tivement .  trad.  en  allemand,  etc.  C. 
FABRE  (Jean -Claude),  orato- 


FAB 

rien,  ne  à  Paris,  le  i5  avril  1668, 
d'un  chirurgien  habile,  après  avoir 
régenté  la  seconde  au  collège  de  St.- 
Quentin ,  entra  dans  l'Oratoire,  et  fut 
envoyé  professer  la  philosophie,  d'a- 
bord à  Rumilli  en  Savoie  ,  puis  à 
Toulon ,  à  Riom ,  au  Mans  et  à  Nantes  j 
il  profejssa  ensuite  la  théologie  à  Riom 
pendant  trois  années  ,  et  à  Lyon  pen- 
dant le  même  espace  de  temps.  L'édi- 
tion ,  qu'il  donna  dans  cette  ville ,  du 
Dictionnaire  de  Richelet ,  le  força  de 
sortir  de  sa  Congrégation,  et  de  se 
retirer  à  Clermont.  II  se  trouva  ré- 
duit à  se  charger  de  l'éducation  de 
quelques  enfants,  et  le  produit  étant 
insuffisant  à  ses  modestes  besoins ,  il 
eut  Fhumiliation  de  recevoir  quelques 
secours  du  jésuite  Letellier.  En  17  i5 
il  rentra  dans  la  Congrégation  de  l'O- 
ratoire à  Troyes  ,  et  vint  la  même  an- 
née demeurer  à  Montmorenci.  Il  mou- 
rut le  22  octobre  1 7  53.  Le  Père  Fabre 
était  très  laborieux  j  malgré  ses  pro- 
fessorats et  ses  voyages ,  il  a  publié 
plusieurs  ouvrages  :  I.  Une  édition  de 
Richelet ,  sous  ce  titre  :  le  Nouveau 
Dictionnaire  français ,  etc.,  Amster- 
dam (Lyon),  1709,  2  vol.  iii-fol.  ; 
réimprimé  avecquelques  changements 
à  Rouen ,  1 7 19 ,  2  vol.  in-fol.  j  et  en- 
core à  Lyon,  1728,  3  vol.  in-fol., 
avec  des  remarques  et  additions  du 
P.  Aubert  (  Voy^  Aubert).  Ce  fut  au 
reste  la  publication  de  l'édition  de 
1709,  où  il  y  avait  quelques  articles 
sur  des  matières  de  théologie  contes- 
tées (et  entre  autres  le  mot  grâce , 
qu'avait  fourni  un  avocat),  qui  força 
le  P.  Fabre  de  sortir  de  l'Oratoire. 
II.  Petit  Dictionnaire  latin- français, 
in-8".,  dont  il  y  a  eu  beaucoup  d'édi- 
tions; l'auteur  en  avait  fait  un  autre 
bien  plus  étendu,  et  qui  devait  avoir 
1  vol.  in-4". ,  mais  qu'il  renonça  à  pu- 
blier, lorsque  parut  le  Novitius  du 
Père  Magniez;  III.  Œuvres  de  Vir~ 


FAB 

gile  traduites  en  français ,  avec  le 
texte  à  côté ,  et  des  notes  critiques  et 
historiques,  1721;  réimprimées  en 
1741  ,  4  vol.  in- 12;  IV.  !a  continua 
tion  de  ['Histoire  ecclésiastique  de 
Fleury,  qui  avait  laissé  l'ouvrage  au 
20e.  volume.  «  J'avais  été  ,  dit  l'abbé 
»  Goujet  ,  fortement  sollicité  moi- 
»  même  d'entreprendre  cette  conti- 
»  nuation.  Il  est  vrai  que ,  jeune  alors 
»  et  craignant  que  l'entreprise  ne  fût 
»  au-dessus  de  mes  forces,  je  résistai 
»  long-temps  aux  instances  qui  me 
»  furent  faîtes  ;  enfin  je  cédai,  et  j'a- 
»  vais  achevé  toute  l'histoire  du  con- 
»  cile  de  Constance,  lorsque  je  me 
»  vis  prévenu  par  l'impression  des 
»  deux  premiers  volumes  du  Père 
»  Fabre  (en  1726  ).  Je  fis  un  sac.ri- 
»  fice  de  ce  que  j'avais  fait.  Cette  cdi- 
»  tion  fut  aussitôt  vendue  ;  il  fallut 
»  les  réimprimer  :  on  m'engagea  de 
»  les  revoir.  Je  le  fis ,  et  j'ai  rendu  le 
»  même  service  aux  quatorze  volumes 
»  qui  ont  suivi  les  deux  premiers.  » 
Le  Discours  qui  est  à  la  tête  du  1 5'. 
volume  (  33°.  de  la  collection  entière  ) 
est  de  l'abbé  Goujet.  Les  tomes  XV 
et  XVI,  du  travail  du  Père  Fabre 
(  XXXV  et  XXXVI  de  la  collection  ) , 
furent  mutilés,  et  l'auteur  eut  ordre 
de  discontinuer  son  ouvrage.  Il  a  laissé 
cependant  en  manuscrit  un  volume, 
que  le  propriétaire  actuel  (M.  A.-M.-H. 
Boulard  )  se  propose  de  publier. 
V.  Entreliens  de  Christine  et  Péla- 
gie ,  sur  la  lecture  des  épures  et 
évangiles  des  dimanches  et  fêtes , 
17 18,  in- 12  ;  VI.  une  traduction  en 
prose  des  Fables  de  Phèdre  et  des 
Sentences  de  P.  Sjtus ,  1 7 28,  in- 1 2  ; 
VII.  la  Table  de  la  traduction  de 
l'histoire  du  président  de  Thou,  for- 
mant un  volume  in-4°.  ;  VII.  Ap- 
pendix  de  diis  et  heroibus,  ou  Abré- 
gé de  V Histoire  poétique ,  etc. ,  1 7  -j(i, 
in- 12  de  xo6  pages  :  ouvrage  plus 


FAB  ix 

e'tendu  que  celui  du  Père  Jouvenci  ; 
IX.  P.  Ovidii  Nasonis  metamor- 
phoseon  libri  XP  expurs/iti  cum 
interpretatione ,  nolis  et  Appendice 
de  diis  et  heroibus  poéticis ,  1720, 
2  vol.  in-i'i.  On  y  trouve  ,  ainsi  que 
le  titre  l'annonce ,  l'ouvrage  précé- 
dent. On  peut,  sur  cette  édition  des 
Métamorphoses  d'Ovide  et  X App en- 
dix  ,  consulter  le  N '.  1  2,0 16  du  Dic- 
tionnaire des  anonymes ,  par  M.  Bar- 
bier. On  avait  chargé  le  Père  Fabre 
de  la  Table -raisonnée  du  Journal 
des  Savants,  et  il  a  beaucoup  con- 
tribué à  ce  travail  qu'a  publié  De- 
claustre.  Il  avait  préparé  la  généalogie 
de  Lamet  et  l'éioge  de  Frornageau 
pour  la  Préface  d'une  nouvelle  édi- 
tion du  Dictionnaire  des  cas  de 
conscience.  Goujet,  qui  donna  cette 
édition  en  1755,  2  vol.  in-fol. ,  re- 
fondit cette  préface.  Le  même  Goujet 
a  fait  insérer  une  lettre  sur  le  Père 
Fabre  dans  le  journal  de  Verdun  (  jan« 
vier  1 754  )•  Depuis  et  d'après  de  nou- 
veaux renseignements  ,  il  a  donné  un 
article  imprimé  dans  le  Morcri  de 
1759.  A.  B — t. 

FABRE  (  Jean  ) ,  issu  d'une  famille 
honnête  de  commerçants  qui  profes- 
saient la  religion  protestante  ,  naquit 
à  Nîmes,  le  18  août  1727.  Il  a  rendu 
sa  mémoire  recommandable  par  un 
trait  de  piété  filiale  dont  le  souvenir 
mériîe  d'être  conservé.  Le  icr.  janvier 
1706  il  avait  accompagné  son  père 
au  désert  :  c'est  ainsi  qu'on  désignait 
les  lieux  écartés  où,  depuis  la  révo- 
cation de  l'édit  de  Nantes  r  les  réfor- 
més étaient  réduits  à  cacher  l'exercice 
de  leur  culte.  Un  détachement  de  trou- 
pes fond  sur  rassemblée.  Fabre  le  fils, 
comme  tous  ceux  qui  étaient  en  état 
de  s'éloigner,  chercha  son  salut  dans 
la  fuite  :  il  y  allait  des  galères  à  se 
laisser  prendre;  mais,  voyant  son  mal- 
heureux père  tombé  dans  les  mains 


2*  FAB 

des  soldats  .  il  revient  sur  ses  pas ,  se 
précipite  au  milieu  d'eux ,  embrasse 
les  genoux  de  leur  ebef,  demande 
comme  un  bienfait  à  prendre  la  place 
de  l'auteur  de  ses  jours,  et,  malgré  la 
résistance  d<;  l'infortuné  vietHard  , 
obtient,  à  force  de  sollicitations  et  de 
larmes  ,  le  consentement  du  comman- 
dant attendri  ,  pour  ce  généreux 
échange.  Il  fallut  repousser  avec  une 
sorte  de  violence  le  père  au  déses- 
poir, qui  persévérait  à  réclamer  ses 
fers.  Le  duc  de  Mirepoix  ,  comman- 
dant eu  chef  de  la  province  de  Lan- 
guedoc, devant  qui  le  fils  fut  tr'duit 
à  Montpellier  ,  ollnt  de  lui  rendre  la 
liberté ,  si  !e  ministre  Paul  Rabaut 
voulait  sortir  du  royaume;  mais  Fa- 
ille ,  s'immolant  pour  les  intérêts  de 
sa  secte  avec  non  moins  de  magnani- 
mité qu'il  s'était  sacrifié  pour  son 
père,  invita  lui-même  le  pasteur  et  le 
troupeau  à  ne  pas  acheter  sa  grâce  au 
prix  qu'on  voulait  y  mettre.  Sur  leur 
refus ,  l'arrêt  est  prononcé;  il  est  con- 
duit à  Toulon  ,  revêtu  de  la  honteuse 
livrée  du  crime ,  et  enchaîné,  parmi  le 
rebut  de  l'espèce  humaine ,  sur  le  fatal 
vaisseau.  L'horreur  de  sa  situation 
fit  un  moment  chanceler  son  courage; 
mais  le  sentiment  de  son  innocence, 
ou  plutôt  de  sa  vertu,  lui  rendit  bien- 
tôt toute  sa  fermeté  ;  et  il  en  avait  be- 
soin :  car,  malgié  les  égards  que  lui 
témoignaient  l'intendant  et  les  prin- 
cipaux officiers  de  la  marine  ,  sa  cons- 
tance fut  souvent  mise  à  l'épreuve  par 
l'inflexible  rigueur  du  comte  de  St.- 
Florentin ,  qui ,  ayant  dans  les  attri- 
butions de  son  ministère  les  affaires 
de  la  religion  réformée,  se  montrait 
inexorable,  et  avait  résisté  aux  vives 
instances  du  duc  et  de  la  duchesse  de 
Fitz- James  ,  que  les  parents  et  les 
amis  de  Fabre  étaient  parvenus  à  in- 
téresser en  sa  faveur.  Mais  cet  infor- 
tuné ayant  enfin  réussi,  par  un  sin- 


FAB 

gulier  détour,  «à  faire  connaître  an 
duc  de  Clioiseul  l'honorable  cause  de 
ses  malheurs,  ce  miuistre  juste  et  sen- 
sible, chargé,  entre  autres  départe- 
ments ,  de  celui  de  la  marine ,  signa, 
à  ce  litre,  l'ordre  de  sa  délivrance. 
Fabre  fut  rendu  à  sa  famille  le  21 
mai  it6'2  ,  après  plus  de  six  ans  de 
captivité  ;  mais  son  retour  même  fut 
pour  lui  une  nouvelle  source  de  cha- 
grins ;  il  ne  revit  son  père  que  pour  re- 
cueillir ses  derniers  soupirs  :  le  saisis- 
sement de  la  joie  acheva  d'user  des 
jours  déjà  consumés  par  rage  et  par 
la  douleur.  Celle  de  Fabre  ne  trouva 
d'adoucissement  que  dans  le  bonheur 
d'une  union  long-temps  désirée  :  il 
épousa  une  de  ses  pirentes,  qu'il  ai- 
mait depuis  son  enfance,  et  dont  il 
était  sur  le  point  d'obtenir  la  main 
lorsqu'il  se  livra  pour  sou  père.  Iné- 
branlable dans  sa  fidélité,  elle  avait, 
pendant  l'absence  de  son  amant,  re- 
jeté les  proposition»  d'établissement 
les  pius  avantageuses,  et  elle  n'atten- 
dit pas  même,  pour  s'unir  à  lui,  sa 
réhabilitation.  Grâces  à  l'opposition 
du  comte  de  Saint-Florentin ,  de  qui 
elle  dépendait,  le  brevet  n'en  fut  ex- 
pédié que  plusieurs  années  après,  par 
les  soins  du  prince  de  Beauvau,  qui , 
las^é  des  refus  du  ministre ,  mit  direc- 
tement sous  les  yeux  du  roi  les  preu- 
ves authentiques  du  sublime  dévoue- 
ment de  Fabre,  et  obtint  du  monarque 
même  que  ce  modèle  des  fils  sciait 
rétabli  dans  tous  ses  droits.  Mon  ac- 
tion avait  été  indiquée  par  Marraon- 
tel ,  dans  sa  Poétique,  comme  pou- 
vant fournir  le  sujet  d'un  drame  in- 
téressant. Fenouillot  de  Falban 
empira  ,  et  le  traita  sous  le  titre  de 
V Honnête  Criminel  (  V.  Falbaiue  ). 
Il  croyait  le  héros  de  cette  aveu- 
turc  mort,  et  n'avait  sur  cet  évé- 
nement que  des  notions  imparfaites. 
Le  désir    qu'il   manifesta,    lorsqu'il 


FAB 

apprit  son  existence ,  d'avoir  sur  son 
compte  des  renseignement  s  plus  exac- 
ts,   donna    lieu  à    la    lettre  qui    se 
trouve  à  la  tête  de  l'édition  de  sa  pièce 
de  1 767.  Elle  fut  d'abord  jouée  chez 
la  duchesse  de  Villeroi,  et  l'a  été  de- 
puis sur  tous  les  théâtres  de  l'Europe. 
Qnoique  assez  médiocre  sous  les  rap- 
ports de  l'art,  cet  ouvrage  produisit 
une  vive  sensation  à  la  première  re- 
présentation, et  excita  un  enthousias- 
me dont  les  effets  furent  malheureu- 
sement arrêtés  par  l'incurable  mal- 
veillance du  comte  de  Saint-Florentin. 
Il  empêcha  le  succès  d'une  souscrip- 
tion de  1 00  mille  francs  proposée  en 
faveur  de  Fabre  ,  pour  le  dédomma- 
ger de  ses  pertes.  La  duchesse  de 
Graminont  voulut  y  suppléer  par  les 
grâces  dont  son  frère  le  duc  de  Choi- 
scul  disposait.  Elle  fit  en  conséquence 
adresser,  par  ce  ministre,  à  Fabre 
une  invitation  pressante  de  se  rendre 
à  Paris;  mais,  le  surlendemain  de  son 
arrivée ,  éclata  la  disgrâce  de  son  il- 
lustre protecteur.  Cet  événement  ruina 
le  crédit  de  presque  tous  ses  autres 
appuis  ;  et  malgré  les  soins  de  Tru- 
ddinc,  dont  le  zèle  ne  se  rallcntit  pas , 
il  ne  tira  aucun  fruit  d'un  voyage  en- 
trepris sous  les  plus  favorables  aus- 
pices. De  retour  à  Ganges,  où  il  avait 
fixé  son  domicile  depuis  son  mariage, 
il  ne  chercha  plus  que  dans  sa  propre 
industrie  les  moyens  de  subvenir  aux 
besoins  de  sa  famille;  il  rassembla  ses 
débris ,  reprit  le  commerce ,  et  cultiva 
en  paix  un  petit  bien  qui  lui  restait. 
"Vingt-cinq  ans  après,  ayant  perdu  sa 
femme ,  et  sentant  se  multiplier  les  in- 
firmités de  la   vieillesse ,  il   alla  se 
réunir  à  son  fils  aîné  ,  établi  depuis 
quelques  années  à  Celte.  Il  mourut 
dans  cette  ville ,  le  5 1  mai  1 797. 

V.  5.  L. 
FABKE  (  Dom  Louis  ) ,  bibliogra- 
phe, naquit  à  Pvoujan,,  diocèse  de  J3e- 


FAB 


2} 


ziers ,  le  1 6  mars  1 7  1  o.  Tl  entra  jeune 
encore  dans  l'ordre  de  St.-Benoît  de 
la  Congrégation  de  St.-Maur ,  et  pro- 
nonça ses  vœux  au  monastère  de  la 
Dorade  de  Toulouse.  Son  érudition 
détermina  ses  supérieurs  à  le  désigner 
pour  bibliothécaire  de  la  ville  d'Or- 
léans, après  le  décès  deD.  Verninac 
en  1748.  Dom  Fabre  mit  un  nouvel 
ordre  dans  la  bibliothèque ,  et  parvint 
à  l'enrichir   par  ses    rapports  avec 
presque  tous  les  savants,  qui  se  firent 
plus  d'une  fois  un  devoir  de  le  con- 
sulter. Il  mourut  au   monastère  de 
Bonnes-Nouvelles  (  d'Orléans  ) ,  le  1 1 
février  1788,  aussi  sage  religieux  que 
bon   et  savant  ami.    On    lui  doit  : 
Catalogue  raisonné  des  livres  de  la 
Bibliothèque  publique  fondée   par 
Guillaume   Prousteau,  professeur 
en  droit  de  l'Université  d'Orléans  t 
composée   en  partie  des    livres  et 
manuscrits  d'Henri  de  Valois ,  nou- 
velle édition ,  avec  des  notes  criti- 
ques et  bibliographiques ,  Orléans , 
C.-P.  Jacob,  1777,  in-4°.  La  pre- 
mière édition  avait  paru  sous  le  titre 
de  Bibliotheca  Prustelliana ,  par  les 
soins  de  D.  Billouet  et.  de  D.  Méry , 
Orléans,    1721,   in-4°.  Dom  Fabre- 
est  reconnu   pour  l'un  de  ceux  qui 
contribuèrent  le  plus  à  jeter  du  jour 
sur  la  biographie  littéraire  de  l'Or- 
léanais. P — d. 

FABRE  D'ÉGLANTINE  (  Pm- 
ltppe-François-Nazaire  ) ,  né  à  Car-- 
cassonne  le '28  décembre  1755,  dans 
une  famille  de  bourgeoisie,  fut  livré 
dès  sa  jeunesse  à  une  extrême  dissi- 
pation,  et,  après  une  éducation  fort 
négligée,  se  fit  comédien  dans  une 
troupe  de  province.  Il  joua  successi- 
vement sur  les  théâtres  de  Genève, 
de  Lyon  et  de  Bruxelles,  où  il  obtint 
peu  de  succès.  Il  réussit  mieux  dans 
le  monde  par  les  talents  d'agrément 
qu'il  possédait  à  un  degré  assez  re- 


24  FAB 

merquable.  ïl  peignait  en  miniature, 
gravai] ,  jouait  passablement  de  phi- 
sieurs  instruments,  et  composait  de 
Ja  musique  et  des  vers.  Il  n'avait  que 
seize  ans  lorsqu'il  publia  l'Élude  de 
la  Nature,  épître  en  vers  qui  a\ait 
concouru  pour  le  prix  del'acad.  fran- 
çaise en  i  77  i .  Ayant  ensuite  obtenu  le 
prix  de  réglant  me  aux  jeux  floraux  de 
Toulouse ,  il  ajouta  à  son  nom  celui 
de  cette  fleur.  Se  croyant  dès-lors  plus 
fait  pour  cultiver  les  lettres  que  pour 
jouer  la  comédie,  il  vint  à  Paris  avec 
nue  douziinede  pièces  en  portefeuille, 
tragédies,  comédies,  opéras-comique?, 
etc.  «  Toutes  ne  furent  pas  jouées,  dit 
»  La  H-.irpe,  et  ce  qui  put  l'être  est 
»  déjà  pour  la  pius  grande  partie  ou- 
»  blié  depuis  long-temps.  Augusta , 
3>  prétendue  tragédie,  et  une  comédie 
»  du  Présomptueux ,  furent  à  peine 
»  achevées,  celle-ci  notamment,  dans 
»  un  temps  où  les  théâtres  étaient 
»  déjà  révolutionnés  et  où  Fabre  lui- 
»  même  était  devenu  une  puissance  ; 
»  m  us  il  fut  plus  heureux  dans  Vln- 
»  trigue  épistolaire  ,  qui  eut  beau- 
«  coup  de  vogue  aux  représentations, 
»  et  dans  le  Pkilinte  de  Molière,  qui 
»  attira  les  regards  des  connaisseurs.  » 
Mais  Fabraaspirait  alors  à  des  succès 
d'un  autre  genre.  D'un  caractère  am- 
bitieux, inquiet  et  né  sans  fortune, 
il  ne  pouvait  manquer  d'embrasser  le 
parti  de  la  révolution.  Il  s'«  lança 
donc  dès  le  commencement  ave;-  beau- 
coup d'ardeur.  Lié  avec  Danton  ,  La- 
croix et  Camille  Desinoulins,  il  eut 
part  à  tous  les  excès  de  ce  parti ,  et 
notamment  à  la  révolu  ion  du  10 
août,  qu'il  avait  provoquée  par  là  pu- 
blication de  plusieurs  pamphlets.  Il 
fut  d'abord  membre  de  la  commune 
qui  s'installa  aussitôt  après  la  <  hute  du 
trône,  et  ensuite  secrétaire  de  Danton. 
31  occupait  celte  pbœ  I  l'époque  du 
2  septembre,  et  on  l'a  accuse  d'avoir  été 


FAB 

l'un  des  provocateurs  du  massacre  des 
prisons,  api  es  avoir  eu  cependant  la 
précaution  d'en  faire  sortir  sa  cui- 
sinière ,  détenue  pour  dettes.  Nomme' 
député  de  Paris  à  la  Convention  na- 
tionale ,  il  débuta  dans  cette  assemblée 
par  une  motion  en  faveur  du  général 
liaffarelli  ;  ce  qui  donna  une  idée  avan- 
tageuse de  la  modération  de  ses  prin- 
cipes; mais  il  ne  se  fit  bientôt  plus  re- 
marquer que  parles  opinions  les  plus 
révolutionnaires.  Il  vota  la  mort  de 
Louis  XVI  sans  appel,  et  fut  nommé 
membre  du  comité  de  salut  public. 
Fabre  avait  coutume  de  dire  qu'il  sen- 
tait un  suspect  d'un  quart  de  lieue.  Il 
fut  l'un  des  instigateurs  du  décret 
qui  ordonna  de  ne  point  faire  de  pri- 
sonniers anglais  et  hanovriens.  Après 
le  5i  mai,  il  déposa  contre  Brissot 
et  contre  les  députés  de  la  Gironde 
devant  le  tribunal  révolutionnaire. 
Il  fit  ensuite  décréter  successivement  le 
maximum ,  l'arrestation  de  tous  les 
Anglais  qui  se  trouvaient  en  France, 
et  enfin  le  calendrier  républicain  ,  dont 
cependant  il  n'était  pas  l'auteur  (  F. 
Homme  ).  Dans  son  rapport  'sur  cet 
objet,  Fabre  d'Eglautine  montra  la 
plus  crasse  ignorance  des  premières 
règles  de  l'astronomie.  11  lui  échappa 
même  des  fautes  de  langue  qui  fu- 
rent remarquées  à  une  telle  époque. 
Il  dénonça  ensuite  aux  jacobins  et  iit 
arrêter  le  secrétaire  de  la  guerre  Vin- 
cent et  le  général  Mazuel;  ce  qui  lui 
attira  la  haine  d'Hébert  .  !-  r  protec- 
teur. Dès-lors,  Fabre  devint  suspect,  ou 
plutôt  il  excifa  l'envie  des  factions  qui 
dominaient  alors  à  la  Convention,  lii- 
rotcau  fut  le  premier  qui  l'accusa  d'a- 
voir demandé  un  roi,  d'une  manière 
détournée,  dans  le  comité  de  salut 
pubiie.  Hébert  demanda  formellement 
qu'il  fut  exclus  de  la  société  des 
Jacobins.  Obligé  de  se  justifier  de- 
vant ses  accusateurs,  il  fut  interrompu 


FAB 

par  des  cris  à  la  guillotine!  Dans 
le  même  temps,  la  société  des  Corde» 
liers  décidait  qu'elle  lui  avait  refiré 
sa  confiance  ;  et  bientôt  après  la  Con- 
vention nationale  le  décréta  d'accu.-a- 
lion,  crame  falsificateur  d'un  décret 
relatif  à  la  compagnie  de->  Indes.  Le 
véritable  tort  de  Fibre  était  d'avuir 
hésité  un  moment  dans  l'horrible  car- 
rière de  massacres  que  parcouraient 
alors  les  chefs  de  cet  affreux  sys- 
tème. Ils  l'attaquèrent  lui-même  avec 
fureur ,  et  le  firent  déclarer  chef  du 
modér autisme,  et  enfin  traître  à  la 
patrie  par  les  sociétés  des  Cordeliers 
et  des  Droits  de  l'homme.  Enfui, 
il  fut  décrété  d'accusation  comme 
complice  de  la  conspiration  de  Vé- 
tranger,  et  traduit  au  tribunal  ré- 
volutionnaire en  même  temps  que  Dan- 
ton, ayant  été  accusés  l'un  et  l'autre 
par  £»t.-Just  d'avoir  cherché  à  réta- 
blir le  fils  de  Louis  XVI.  Tout  le 
parti  d'Hébert  que  Fabre  avait  qua- 
lifié dJ 'ultra-révolutionnaire ,  deman- 
dait à  grands  cris  son  supplice ,  et 
ne  cessa  de  l'accuser  de  royalisme, 
de  concussions  et  de  friponneries. 
Lorsqu'il  parut  enfin  devant  le  tri- 
bunal ,  avec  Danton  et  d'autres  dé- 
putés, celui-ci  se  plaignit  qu'on  l'eût 
acculé  à  des  voicurs;  et  cette  plain- 
te était  dirigée  contre  Fabre  d'E- 
glantine  et  Delaunay  d'Angers.  En- 
veloppés dans  les  mêmes  accusations, 
ils  furent  l'un  et  l'autre  condamués  à 
mort  le  5  avril  1 79  \  :  Fabre  montra 
peu  de  courage  dans  ses  derniers  mo- 
ments. Mercier,  qui  était  son  collègue, 
en  parle  ainsi  dans  son  Nouveau  Ta- 
bleau de  Paris  :  «  Il  fut  promoteur 
»  du  régime  révolutionnaire,  et  son 
y>  panégyriste;  l'ami,  le  compagnon, 
»  le  conseiller  des  proconsuls  qui  pir- 
atèrent dans  toute  la  Fr.'ice,  -efer, 
»  le  feu  ,  la  dévastation  et  la  mu»  t.  Je 
»  ne  sais  si  ses  mains  furent  souillées 


FAB  s5 

»  de  dilapidations,  mais  je  sais  qu'il 
»  fut  promoteur  d'assassinats....  Pau- 
»  vie  avant  le  2  septembre  1792,  it 
»  eut  ensuite  hôtels,  voitures  ,  gens  , 
»  fi  les  ;  et  son  ami  Lacroix  lui  aida  à 
«  se  procurer  ce  train.  »  Malgré  cela , 
sa  veuve  n'eut  de  lui  qu'une  fortune 
médiocre;  et  après  le  9  thermidor  elle 
demanda  à  la  Convention  des  secours 
qui  lui  furent  accordés.  La  Harpe  a 
parlé  des  écrits  de  Fabre  d'Eglantine 
avec  toute  la  sévérité  dont  on  sait  qu'il 
usait  envers  les  auteurs  des  excès  ré- 
volutionnaires. «  Le  titre  même  de  la 
»  pièce,  dit-il,  en  parlant  du  Philinte 
»  de  Molière,  estime  fausseté  et  une 
»  ineptie.  C'est   calomnier   ridiculc- 
»  meut  Molière  ,  que  de  faire  du  com- 
»  plaisant  Philinte,  qu'il  afortàpro- 
»  pos  opposé  au  misantrope  Alceste  , 
»  un  homme  dénué  de  toute  morale 
»  et  de  toute  humanité;  en  un  mot, 
»  parfait  égoïste  ,  ce  qu'est  véritable- 
»  meut  le  Philinte  de  Fabre.  Molière 
»  opposait  un  excès  à  un  excès,  celui 
»  de  la  douceur  à  celui  de  la  sévérité; 
»  mais  il  en  savait  trop  pour  mettre 
»  en  regard  sur  la  même  ligne  les  vi- 
»  ces  du  cœur  et  les  travers  de  l'esprit. 
»  Quand  le  règne  des  bienséances  sera 
»  rétabli ,    l'on  effacera  cette  insulte 
»  publique  à  la  mémoire  de  Molière, 
»  et  la  pièce  sera  intitulée  ce  qu'elle 
»  est  :  Philinte  ou  X Egoïste.  Cette 
»  étrange    méprise  faisait   présumer 
»  que  Fabre  lui-même  n'avait  pas  bien 
»  compris  ce  qu'il  faisait.  Envenimé 
»  de  haine  ,  comme  tous  les  esprits  de 
»  la  même  trempe  ,  contre  tout  ce  qui 
»  s'appelait  homme  du  monde,  contre 
»  tout  ce  qui  avait  dans  la  société  un 
»  rang  qu'il  n'avait  pas  et  ne  devait 
»  pas  avoir,  ih  eût  bien  voulu  faire 
»  croire  que  toute  la  société  était  en 
»  <  ffet  composée  de  méchants  et  de  fri- 
»  pons  ;  et  cette  espèce  de  haine  était 
»  bassement  envieuse ,    et  pas  plus 


.»«;  far 

»  morale  que  politique.  Mais  enfin  il 
»  eut  le  mérite  de  tracer  un  caractère 
»  très  prononce'  et  trop  commun  dans 
»  la  corruption  philosophique  de  no- 
»  tre  siècle,  l'égoïsme  de  principe  et 
»  de  calcul,  sujet  essaye  deux  fois  en 
»  peu  d'années  sans  succès  (  Voyez 

»    JJARTHE;etCAILHAVA,  ClU  Supplé- 

»  ment  ).  Les  connaisseurs  lui  savent 
»  gré  de  cette  idée  vraiment  heureuse 
»  et  dramatique ,  d'avoir  fait  trouver 
»  à  l'égoïste  sa  punition  dans  son 
»  égoïsme  même ,  et  fait  retomber 
»  sur  lui  les  conséquences  de  ses  dé- 
»  testables  principes  ;  mais,  en  gé- 
»  néral ,  on  aurait  voulu  que  la  piè- 
»  ce  fût  plus  gaie  et  plus  amusante.... 
)>  Si  )'ai  nommé  le  Misantrope ,  c'est 
»  la  faute  de  Fabre  qui ,  par  son  titre 
»  même  ,  rappelle  malheureusement 
«  cet  inimitable  chef-d'œuvre,  dont 
»  lui  seul,  peut-être,  pouvait  ne  pas 
»  redouter  le  souvenir  et  la  concur- 
»  rence ,  tant  son  amour-propre  était 
»  fou.  Aussi  l'ai-je  entendu  se  vanter 
»  tout  haut  de  ne  consulter  personne. 
»  Il  regardait  les  avis  comme  des  pié- 
»  ges  ,  et  les  critiques  comme  des  in- 
»  jures.  Il  avait  cependant  de  l'esprit 
»  naturel,  et  même  sou  talent  ne  pou- 
»  vait  guère  être  autre  chose  ;  car  on 
»  peut  conclure  de  ses  écrits  qu'il 
»  manquait  d'étude  et  d'éducation. 
»  L'ignorance  de  la  langue  y  est  por- 
»  tée  à  un  excès  que  l'on  ne  retrouve- 
»  rait  dans  aucun  écrivain  depuis  cent 
»  cinquante  ans  que    la   langue   est 

»  fixée Il  affecta  de  ne  rien  eom- 

»  prendre  aux  reproches  qu'on  lui  fit 
»  sur  sa  diction,  lorsqu'il  eut  paru 
»  mériter  par  son  Philinte  qu'on  l'a- 
»  vertît  de  ses  fautes.  On  ne  voit  pas 
»  non  plus  qu'il  ait  mis  depuis  le 
»  moindre  soin  à  corriger  son  style; 
»  et  s'il  l'avait  pu,  il  est  vraiscmbla- 
»  ble  que  l'amour-propre  même  l'eût 
»  intéressé  à  rendre  au  moins  sup- 


FAD 

»  portable  à  la  lecture,  ce  que  les  bons 
»  juges  avaient  trouvé  digne  d'estime 
»  au  théâtre  ,  au  lieu  qu'il  ne  lui  res- 
»  tera  dans  la  postérité  que  le  plan 
»  bien  conçu  d'un  drame  illisible.  » 
La  Harpe  ne  traite  pas  avec  moins  de 
sévérité  les  deux  pièces  de  Fabre  qui 
ont  eu  le  plus  de  succès  après  le  Phi- 
linte. «  V Intrigue  Epistolaire ,  dit- 
»  il ,  n'est  qu'une  grossière  contre- 
»  épreuve  du  Barbier  de  Séville..^.. 
*»  Ce  n'est  qu'un  vieux  canevas  rapiécé 
»  de  lambeaux  de  l'ancien  théâtre  ita- 
»  lien  et  espagnol,  déjà  uses  depuis 
»  cent  ans  sur  le  nôtre ,  et  qu'nssuré- 
»  ment  la  broderie  du  style  de  Fabre 
»  n'était  pas  propre  à  relever....  Mais 
»  ce  qui  passe  toute  croyance  ,  c'est  le 
»  drame  posthume  intitulé  les  Pré- 
»  cepteurs,  dont  je  ne  me  pardonne- 
»  rais  pas  même  de  parler  ,  tant  il  est 
»  au  -  dessous  de  la  critique ,  si  à 
»  l'heure  même  où  j'écris ,  il  n'était 
»  joué  avec  les  plus  grands  applau  • 
»  dissements.  »  Fabre  d'Eglanline  a 
composé  dix-sept  comédies  ,  dont  i« 
plus  grand  nombre  n'a  dû  une  sorte 
de  succès  qu'aux  événements  de  la  ré- 
volution ,  auxquels  elles  avaient  rap- 
port. L'une  d'elles ,  intitulée  Y  Orange 
de  Malte,  est  peiduc  sans  avoir  été 
jouée.  Le  Présomptueux ,  représenté 
en  1  790,  établit  une  espèce  de  rivalité 
entre  l'auteur  et  Collin-d'Harleville  , 
qui  avait  traité  des  sujets  analogues 
dans  Y  Optimiste  et  les  Châteaux  en 
Espagne.  Cette  rivalité  suggéra  à 
Fabre  une  satire  intitulée  Mes  Souve- 
nances, et  dans  la  préface  du  Phi- 
linte ,  une  attaque  d'autant  plus 
odieuse  que  dans  le  temps  où  elle  fut 
publiée  (1793)1  elle  pouvait  perdre 
l'estimable  auteur  du  Célibataire.  \  oi- 
ci  le  détail  des  ouvrages  de  Fabre: 
I.  les  Amans  de  Beauvais,  Ro- 
mance, 177O,  in-80.;  II.  X Etude  de 
la  Nature y  poème,  i*;85,  m-8".; 


F  A3 
UT.  Augusia  ,  tragédie ,  jouée  en 
1787;  IV.  le  Collatéral,  ou  l'A- 
mour et  V Intérêt ,  comédie  jouée  en 
1^89  sur  le  Théâtre  de  Monsieur; 
V.  les  Gen<  de  Lettres ,  ou  le  Poète 
provincial  à  Paris ,  corne  lie  en 
cinq  actes  et  en  ver?  ,  jouée  sur 
le  Théâtre  Italien,  en  1787;  VT. 
le  Présomptueux ,  ou  V Heureux 
imaginaire ,  comédie  en  cinq  .ictes 
et  en  vers,  1790,  in-8  .  ;  VII.  Le 
Philinte  de  Molière ,  ou  la  Suite  du 
Misantrope ,  comédie  en  cinq  actes 
et  en  vers,  1790,  in  8.;  VIII.  le 
Convalescent  de  qualité ,  ou  V  Aris- 
tocrate moderne,  comédie  en  de::x 
actes  et  en  vers,  1791  ,  in-8*.  ;  IX. 
V Intrigue  épistolaire ,  comédie  en 
cinq  actes  et  en  vers,  1  791 ,  in-8°.  ; 
X.  l'Héritière ,  comédie  ea  cinq  ac- 
tes et  eu  vers,  jouée  le  5  novem- 
bre 1791;  XL  Isabelle  de  Salis  bu- 
ry,  opéra,  1791  ;  XII.  Le  Sot  or- 
gueilleux ,  comédie  en  cinq  actes  et 
en  vers,  1  791  ;  XIII.  Réponse  du 
pape  à  F.  G.  I.  S.  Andrieux,  1  791 , 
iii-8J.  ;  XIV.  les  Précepteurs,  co- 
médie en  cinq  actes  et  en  vers ,  qui 
ne  fut  jonée  et  imprimée  qu'en  1  799, 
in-8". ,  et  qui  a  été  traduite  en  alle- 
mand par  madame  Ko'zcbuc.  On  a 
donné,  en  i8o5  ,  au  théâtre  de  l'O- 
déon,  l'Espoir  de  la  faveur,  comé- 
die en  cinq  actes,  par  IV?  M.  Etienne 
et  Nantcnil.  On  croit  qne  Y  Orange 
de  Malte  en  avait  fourni  le  sujet 
ou  tout  au  moins  l'idée.  On  a  pu- 
blié ,  en  1796,  sous  le  nom  de 
Fabrc  d'Eglantine  ,  en  5  vol.  in  -  t  1 , 
une  Correspondance  amoureuse  , 
précédée  d'un  Précis  historique  de 
son  existence  morale,  physique  et 
dramatique,  et  d'un  fragment  de  sa 
vie+  écrite  par  lui-même  ,  etc.  Cette 
production  est  aussi  déboutante  par  le 
style  que  par  les  principes.  Il  était  un 
des  auteurs  des  Révolutions  de  Paris, 


FÀB  27 

journal  piuVié  par  Prudhomrne,  de 
1789  à  1  793.  On  a  imprimé  en  1 802, 
sous  !e  titre  d' 'Œuvres  mêlées  et 
posthumes  de  Fabre  d'Eglantine, 
'2  vol.  in-8'.  ou  in- 12  ,  une  compila- 
tion où  se  trouvent  les  ouvrages  in- 
diqués, et  de  plus  un  poème  de  Chd- 
Ions,  des  satires,  des  romances  et 
des  vers  dans  tous  les  genres,  et 
pour  la  plupart  d'une  imperfection 
et  d'une  négligence  au-delà  de  toute 
expression.  M — d.  j. 

FABRETTI  (Raphaël),  le  plus 
habile  antiquaire  du  dix -septième 
siècle,  naquit  à  Urbin ,  en  161 8, 
d'une  famille  noble.  N'étant  pas  l'aîné 
de  sa  famille ,  il  fut  destiné  à  sui- 
vre la  carrière  des  lettres  et  de  la 
jurisprudence,  afin  de  se  mettre  en 
état  de  remplir  les  places  honora- 
bles et  utiles  auxquelles  un  céliba- 
taire peut  aspirer  dans  les  états  du 
Pape,  dont  le  duché  d'Urbin  était 
devenu  une  des  provinces  ,  peu 
de  temps  après  la  naissance  de  Fa- 
bretti.  Il  fut  en  conséquence  envoyé 
aux  écoles  de  Gagli,  petite  ville  du 
même  duché,  où  il  étudia  les  belles- 
lettres,  et  les  langues  grecque  et  la- 
tine, sous  un  professeur  qui  avait  eu 
l'avantage  de  converser  avec  Muret 
et  Manuce,  et  de  profiter  de  leurs  le- 
çons. Cette  excellente  institution  litté- 
raire disposa  le  jeune  élève  aux  études 
de  l'antiquité,  et  le  pénétra  de  cet 
amour  pour  la  lecture  des  auteurs 
anciens,  qui  est  le  plus  sûr  garant  des 
grands  succès  dans  la  carrière  de  l'é- 
rudition. De  retour  dans  sa  patrie,  il 
y  fit  son  cours  de  droit,  et  y  fut 
reçu  docteur  à  l'âge  de  18  ans.  Alors  7 
ses  parents  l'envoyèrent  à  Rome, 
pour  s'initier  dans  la  pratique  du 
barreau ,  sous  la  direction  d'Etienne, 
son  frère ,  qui  y  exerçait  honorable- 
ment la  profession  d'avocat.  Quoique 
l'étude  des  lois  absorbât  une  grande 


28  FAB 

partie  du  temps  du  jeune  juriscon- 
sulte, elle  lui  hissait  encore  assez  de 
loisir,  pour  qu'il  pût  se  livrer  à  celle 
des  monuments  de  tout  genre,  dont 
la  capitale  de  la  religion ,  des  lettres, 
et  des  arts  était  si  riche,  et  qui  frap- 
pèrent à  un  tel  point  ses  yeux  et  son 
imagination,  qu'il  en  fit  bientôt  l'ob- 
jet presqu'unique  de  tous  ses  travaux. 
Ce  fut  à  cette  heureuse  époque  qu'il 
jeta  ,  pour  ainsi  dire,  les  fondements 
de  cette  instruction  vaste  et  solide,  et 
de  cette  critique  raison  née  qui  rele- 
vèrent, dans  la  science  des  antiquités, 
au-dessus  de  tous  ses  prëdéceseurs. 
Cependant,  il  ne  négligeait  pas  le 
barreau  ;  et  les  lumières  qu'il  y  avait 
acquises,  jointes  à  un  esprit  vif  et 
juste,  et  à  un  maintien  modeste  et  dé- 
cent, le  firent  choisir  par  le  cardinal 
Lorenzo  ïmperiali ,  pour  aller  travail- 
ler en  Espague  à  l'arrangement  de 
quelques  affaires  importantes  et  diffi- 
ciles. Fabretti  remplit  si  bien  cette 
mission,  qne  le  cardinal ,  pour  le  ré- 
compenser, obtint  pour  lui,  du  pape 
Alexandre  VII ,  la  place  distinguée  et 
fort  lucrative  de  trésorier,  et  ensuite, 
la  place  encore  plus  importante  d'au- 
diteur de  la  légation  papale  en  Espa- 
gne. Son  séjour  dans  ce  royaume  dura 
treize  ans,  et  ce  fut  pendant  ce  temps 
qu'une  lecture  plus  assidue  et  plus 
réfléchie  des  auteurs  classiques  fécon- 
da et  mûrit,  pour  ainsi  dire,  les  no- 
tions et  les  observations  archéologi- 
ques de  l'antiquaire  d'Urbin;  mais  il 
iallait  en  faire  l'application  aux  mo- 
numents mêmes  ;  et  Fabretti ,  après 
avoir  visité  ceux  qu'il  put  trouver  en 
Espague ,  sentit  qu'un  nouvel  examen 
des  monuments  de  Rome  lui  était  in- 
dispensablement  nécessaire  pour  l'a- 
vancement de  la  science.  La  fortune 
le  seconda  :1e  prélat  Charles  Bonclli, 
nonce  en  Espagne ,  fut  nommé  car- 
dinal ;  et  tu  retournant  à  Rome,  pour 


FAB 

y  jouir  de  sa  nouvelle  dignité,  em- 
mena avec  lui  Raphaël  Fabretti,  que 
de  nouveaux  honneurs  attendaient 
dans  son  pays.  Dans  le  cours  de  ce 
voyage,  il  put  visiter  Paris  et  la 
France,  ainsi  que  les  villes  principa- 
les de  l'Italie  :  il  y  fit  connaissance 
avec  les  hommes  les  plus  estimés  dans 
la  littérature  solide  et  dans  la  science 
des  antiquités;  les  Ménage,  les  Ma- 
billon,  les  Hardouin ,  les  Montfau- 
con,  devinrent  ses  correspondants  et 
ses  amis.  Arrivé  à  Rome,  il  fut 
nommé  juge  des  appellations  dans  la 
cour  du  dpitoie;  et,  quoique  cette 
charge  lui  laissât  assez  de  loisir  pour 
vaquer  à  ses  occupations  favorites,  il 
ne  se  refusa  pas  à  l'invitation  du  car- 
dinal Cesi,  qui  allait  gouverner  les 
états  d'Urbin ,  en  qualité  de  légat  du 
pape,  et  qui  l'avait  nommé  son  audi- 
teur :  les  fonctions  de  eette  place  le  dé- 
tournèrent presqu'entièriment  Je  ses 
études /pendant  les  trois  années  qu'il 
en  fut  revêtu,  et  qu'il  employa  à  amé- 
liorer ,  par  ses  conseils  et  par  son  cré- 
dit, le  sort  de  son  pays  natal ,  et  les 
affaires  de  sa  famille,  movennant  les 
sommes  qu'il  avait  apportées  d'Es- 
pagne. Ces  arrangements  lui  procu- 
rèrent une  entière  tranquillité  sur  ses 
propres  affaires,  qui,  depuis.,  ne  lui 
causèrent  aucune  distraction.  Alors, 
il  désira  de  retuurner  s'établir  à  Rome; 
et  le  cardinal  Gaspar  de  Carpcgna  , 
vicaire  du  pape  Innocent  XI,  grand 
amateur  de  l'antiquité,  et  protecteur 
des  savants ,  lui  en  offrit  l'occasion , 
eu  le  nommant  à  une  place  honorable 
dans  son  département.  Raphaël  Fa- 
bretti pouvant  alors  se  livrer  entière- 
ment à  ses  goûts,  entreprit ,  et  acheva 
deux  ouvrages  qui  fixer» ut  à  jamais 
sa  réputation  littéraire.  l*«  premier 

consiste  en  trois  Dissertations  latines 
sur  les  aqueducs  des  Romains,  fabret- 
ti ;  dans  l'examen  et  la  description  de 


FAB 

ces  superbes  ruines,  dont  l'aspect 
imposant  fait  encore  Porneineut  de 
ces  campagnes  classiques,  éclaircit 
une  foule  de  questions  sur  la  topo- 
graphie de  l'ancien  Latium,  et  dé- 
truit un  grand  nombre  d'erreurs  où 
ses  devanciers  étaient  tombés.  Au- 
cun antiquaire  n'a  répandu  sur  cette 
branche  de  l'archéographie  romaine 
une  lumière  plus  éclatante  et  plus 
durable.  Parmi  les  écrivains  dont 
il  combat  les  opinions  ,  Fabretli  ne 
ménage  pas  Jacques  Gronovius ,  au 
sujet  des  explications  qu'il  avait  don- 
nées de  quelques  passages  de  Tite- 
Live,  relatifs  à  la  topographie  du 
Latium,  cl  des  corrections  qu'il  avait 
prétendu  y  faire.  Soit  que  l'antiquaire 
d'Urbin,  choqué  des  expressions 
grossières  que  le  savant  hollandais 
employait  contre  les  gens  de  lettres 
qui  n'étaient  pas  de  son  avis,  cher- 
chât à  le  provoquer;  soit  qu'il  s'em- 
pressât de  saisir  une  occasion  pour 
donner  essor  à  une  certaine  causti- 
cité qui  lui  était  naturelle ,  et  qui  as- 
saisonnait sa  conversation  familière, 
il  faut  avouer  que  ses  remarques  con- 
tre J.  Gronovius  sont  énoncées  d'un 
ton  décisif,  qui  ne  pouvait  pas  man- 
quer de  blesser  l'amour-propre  ex- 
trêmement chatouilleux  de  ce  philo- 
logue. Gronovius  répondit  aux  criti- 
ques de  Fabrctti,  par  un  opuscule 
injurieux,  où,  faisant  allusion  à  son 
nom  ,  il  l'appelle  Faber  rusticus  (ar- 
tisan rustre):  Celui-ci  répliqua  sur  le 
même  ton.  Se  jouant  du  nom  de  Gro- 
novius, il  le  transforme  en  Grunno- 
viiiSj  par  allusion  au  grognement 
des  cochons  (  grunnitus)  ;  et  par  un 
autre  jeu  de  mots ,  il  traite  de  litivi- 
litia,  ou  de  futilités,  les  remarques 
du  premier  sur  Tite-Live.  Au  reste, 
le  fi »nd  de  la  dispute  fut  jugé  par  le 
public,  et  même  en  Hollande,  d'une 
manière  favorable  au  savant  italien  j 


FAB  29 

et  l'on  n'a  jamais  appelé  de  ce  juge- 
ment. D'ailleurs  Fabretti  ne  figura 
point  dans  cette  querelle  sous  son 
nom  ;  il  tâcha  de  donner  le  change  au 
public  sur  le  véritable  auteur-  de  sa 
brochure  :  quoiqu'elle  fut  imprimée  à 
Rome,  il  la  data  de  Naples;  il  la  si- 
gna du  nom  déguisé  de  Jasithëus,  qui 
n'est  que  la  traduction  en  grec  du  nom 
hébraïque  de  Raphaël.  Quelques  an- 
nées après,  on  le  vit  prendre  ce  même 
nom  pour  son  nom  pastoral  ou  aca- 
démique, lorsqu'il  s'aggrègea  à  l'aca- 
démie des  arcades.  Mais  Fabretti  s'é- 
tait fait,  dans  cet  intervalle,  de  temps, 
des  titres  bien  plus  solides  à  l'estime 
des  savants,  par  l'excellent  ouvrage 
intitulé:  Syntagma  de  columnd  Tra- 
jani  (  Recueil  d'observations  sur  la 
Colonne  trajane  ) ,  Rome ,  1 685 ,  in- 
fol. ,  auquel  étaient  joints  deux  autres 
Opuscules  d'un  grand  intérêt;  l'un 
sur  un  bas-relief  qui  est  maintenant 
dans  le  Musée  du  Gapilole  à  Rome , 
et  qui  représente  en  petites  figures , 
désignées  par  des  inscriptions  grec- 
ques ,  les  événements  de  la  guerre  et 
de  la  prise  de  Troie,  d'après  les  poè- 
mes d'Homère,  de  Stésichore,  d'Arc- 
tinus,  et  de  Leschès,  monument 
connu  sous  la  dénomination  de  Ta- 
ble iliaque;  l'autre  sur  le  canal  sou- 
terrain (  emissarium  ) ,  creusé  sous 
le  règne  de  l'empereur  Claude ,  pour 
donner  un  écoulement  aux  eaux  du 
lac  Fucinus,  ou  de  Celano ,  cons- 
truction digne  de  la  grandeur  ro- 
maine, et,  jusqu'à  cette  époque, très 
imparfaitement  connue.  Dans  ce  der- 
nier opuscule,  Fabretti  se  soutient  au 
niveau  de  la  réputation  qu'il  s'était 
acquise  en  écrivant  sur  les  aqueducs  ; 
mais  dans  les  deux  autres,  il  s'élève 
au  plus  haut  degré  où  l'on  puisse  at- 
teindre dans  l'archéographie  ,  c'est-à- 
dire,  dans  cette  partie  de  la  science 
des  antiquités  qui  est  le  plus  étroite- 


3o  F  A  B 

ment  liée  avec  les  beaux  arts,  et  que 
Ton  connaît  généralement  sous  la  de- 
nomination  à! Antiquité  figurée.  L'i- 
dée de  son  travail  sur  la  colonne 
Trajanc  lui  fut  suggérée  par  les  nou- 
velles gravures  que  Pielro  SantiBar- 
toli  avait  exécutées  de  ce  monument 
admirable ,  avec  ses  grâces  accoutu- 
mées, mais  avec  moins  de  fidélité 
que  le  graveur  plus  ancien  ,  dont  les 
estampes  avaient  été  publiées  avec  un 
commentaire  latin,  par  l'Espagnol 
Alphonse  Chaccon.  Au  bas  des  nou- 
velles gravures,  on  trouvait  de  cour- 
tes indications,  écrites  en  italien  par 
Bellori,  antiquaire  pour  ainsi  dire  em- 
pirique, d'une  érudition  fort  superfi- 
cielle, et  dépourvu  de  critique.  Fa- 
bretti réfuta  plusieurs  de  ces  explica- 
tions ,  qui  lui  parurent  défectueuses  , 
soutint ,  ou  corrigea  celles  de  Chac- 
con, et  en  ajouta  de  nouvelles,  qui 
sont  aussi  savantes  que  lumineuses, 
où  les  deux  guerres  des  Daces ,  qui 
font  le  sujet  des  bas-reliefs  de  la 
colonne,  une  grande  partie  de  l'his- 
toire de  Trajan ,  et  une  infinité  de 
recherches  d'archéologie  et  d'archéo- 
graphie  sont  exposées  avec  un  juge- 
ment ,  une  doctrine  et  une  clarté  qu'on 
n'avait  jamais  vues  dans  les  ouvrages 
des  antiquaires  qui  avaient  parlé  avant 
Fabrctti  sur  les  monuments  des  arts. 
C'est  lui  qui  le  premier  a  su  faire  un  bel 
et  grand  usage  de  cette  méthode  com- 
parative ,  sans  laquelle  on  ne  marche 
dans  les  labyrinthes  de  l'antiquité  figu- 
rée qu'à  une  lueur  incertaine  et  trom- 
peuse. Celte  méthode,  qui  est  devenue 
le  fondement  de  la  science,  consiste  à 
comparer  les  images  représentées  sur 
un  monument  où  elles  ne  sont  pas  as- 
sez caractérisées,  avec  des  images  sem- 
blables qu'on  découvre  sur  d'autres 
monuments,  où  l'ensemble  du  monu- 
ment même  et  les  eircon^tanrcs  dans 
lesquelles  il  a  été  élevé ,  les  iuscrip- 


FAB 

tions  et  les  accessoires  qui  accompa- 
gnent ces  images  ,  les  déterminent  et 
les  caractérisent  d'une  mnnière  moins 
équivoque.  A  l'aide  de  ces  comparai* 
sons  multipliées,  'a  science  de  l'ar- 
chéographie  parvient  à  un  degré  de 
certitude  mora'e  qu'on  aurait  à  peine 
osé  espérer;  et  l'on  atteint  a  la  perfec- 
tion de  cette  méthode ,  lorsqu'on  siit 
employer  comme  objets  de  comparai- 
son ,  non  seulement  les  monuments 
qui  existent,  mais  ceux  qui  n'existent 
plus  que  dans  les  descriptions  que 
nous  en  ont  laissées  les  écrivains  de 
l'antiquité.  On  sent  bien  que,  pour  ob- 
tenir une  certaine  justesse  dans  les 
comparaisons  de  ce  genre,  il  faut  les 
puiser  dans  le  texte  original  des  au- 
teurs anciens  et  dans  les  leçons  les 
plus  au:hentiques  de  ces  textes,  tra- 
vail immense  ,  qui  suppose  une  étude 
profonde,  une  sûreté  de  critique  et 
un  effort  de  sagacité  assez  rares  mê- 
me parmi  les  savants.  Or  cette  mé- 
thode fut  emplovée  pour  la  première 
fois,  et  avec  les  plus  heureux  résul- 
tats, dans  l'ouvrage  de  Fabretti  qui, 
pour  la  mettre  a  portée  des  lecteurs 
les  plus  étrangers  à  ce  genre  de  tra- 
vail ,  inséra ,  presqu'à  chaque  page  de 
son  livre  ,  des  dessins  grossièrement 
mais  fidèlement  tracés  par  lui-même, 
et  gravés  sur  bois  ,  d'un  grand  nom- 
bre de  monuments  anciens  ou  de  quel- 
ques-unes de  leurs  parties.  Il  fil 
de  la  même  méthode  pour  l'<xp!lca- 
tion  de  la  Table  iliaque  ,  dont  l'argu- 
ment  mythologique  a  une  grande  ana- 
logie avec  le  sujet  historique  de  la  co- 
lonne Trajane  ,  et  qui  h  de  plus  «  et 
avantage  que  les  insci  i prions  grecques, 
tracées  au  bas  des  figures ,  ne  per- 
mettent pas  a  l'interprète  de  s'égarer. 
Parmi  les  monuments  sur  lesquels 
Fabretti  appuie  ses  preuves  ou  les 
conjectures,  l'on  doit  n  marquer  un 
nombre  considérable    d'inscriptions 


FAB 

ïatines ,  pour  la  plupart  inédites  j  et 
à  la  manière  dont  il  en  fait  usage ,  on 
s'aperçoit  facilement  que  la  paléogra- 
phie latine,  ou,  comme  on  l'appelle 
plus  proprement  en  Italie,  l'étude  de 
Y  antiquité  lapidaire,  avait  fait  un 
des  objets  principaux  de  ses  occupa- 
tions littéraires.  Rome,  son  territoire, 
les  villes  et  les  campagnes  voisines 
offraient  à  cette  époque  un  nombre 
immense  de  ces  marbres  écrits,  et 
souvent  ornés  de  sculptures.  Les 
grands  recueils  d'inscriptions,  publiés 
avant  Fabretti,  n'avaient  faiteonnaître 
qu'un  certain  nombre  de  monuments 
de  ce  genre,  un  nombre  beaucoup 
plus  grand  restait  cucore  ignoré,  né- 
gligé ou  caché  sous  la  terre.  Fabretti, 
dont  les  courses  dans  les  campagnes 
pour  la  recherchedes  antiquités  étaieut 
presque  continuelles  ,  et  qui  avait  cou- 
tume de  s'arrêter  à  la  moindre  trace 
des  restes  d'un  monument,  détenir 
note  de  ce  qu'il  voyait,  de  copier  les 
inscriptions,  et  de  dessinera  la  plume 
tout  ce  qui  lui  semblait  remarquable  _, 
avait  tellement  enrichi  son  portefeuille, 
qu'il  y  trouvait  au  besoin  des  preuves 
tirées  de  monuments  inédits ,  et  sou- 
vent ignorés.  Cette  habitude  de  s'arrê- 
ter à  chaque  ruine  qu'il  rencontrait 
était  si  constante  dans  Fabretti,  qu'elle 
s'était  communiquée  à  son  cheval  au- 
quel ,  pour  cette  raison ,  ses  amis 
avaient  donné,  en  badinant,  le  nom 
du  voyageur  vénitien,  Marco  Polo. 
Ce  cheval,  moins  sujet  à  des  distrac- 
tions que  son  maître,  s'arrêtait  sou- 
vent à  la  vue  d'une  inscription  ou 
d'un  monument  épars  dans  les  champs, 
et  qui  avaient  échappé  à  l'attention  de 
l'antiquaire.  Les  fouilles  ,  qui  lui  four- 
nissaient encore  un  grand  nombre 
d'inscriptions  inédites,  étaient  heureu- 
sement presque  toutes  sous  sa  surveil- 
lance. Le  cardinal  Carpegna  qui , 
comme  vicaire  du  pape,  avait  la  haute 


FAB  3t 

inspection  sur  les  anciens  cimetières 
ou  catacombes  des  environs  de  Rome, 
regardés  comme  les  dépôts  des  corps 
des  martyrs,  et  connus  par  les  anti- 
quaires sous  la  dénomination  de  Home 
souterraine ,  avait  confié  à  Fabretti  la 
direction  immédiate  de  ce  département. 
De  plus,  il  lui  faisait  don  des  ins- 
criptions que  ces  fouilles,  qui  n'étaient 
jamais  interrompues,  rendaient  chaque 
jour  à  la  lumière.  Fabretti  forma  alors 
le  projet  de  décorer  sa  maison  pater- 
nelle de  monuments  lapidaires;  et 
comme  ces  monuments  étaient  à  un 
prix  très  modéré,  il  ne  cessa  point 
d'en  acheter  jusqu'à  ce  qu'il  en  eut  un 
assez  grand  nombre  non  seulement 
pour  orner  sa  maison  d'Urbin  ,  mais 
aussi  sa  maison  de  campagne.  Cette 
collection  a  été  le  sujet  du  dernier  ou- 
vrage de  Fabretti,  auquel  nous  re- 
viendrons après  avoir  parlé  des  places 
et  des  dignités  auxquelles  il  fut  élevé , 
et  qu'il  dut  à  la  faveur  des  deux  suc- 
cesseurs d'Innocent  XI,  et  plus  en- 
core à  son  propre  mérite  qui  lui  avait 
concilié  leur  estime.  Le  c.irdiual  Ot- 
toboni,  devenu  pape  sous  le  nom  d'A- 
lexandre VIII ,  affectionnait  tellement 
le  prélat  Fabretti  qui  avait  été  son  au- 
diteur, que  peu  s'en  fallut  qu'il  ne 
l'enlevât  pour  toujours  à  ses  occupa- 
tions littéraires.  Il  le  nomma  secré- 
taire dé  Memoriali,  ou  des  requêtes, 
charge  à  la  cour  du  pape  de  la  plus 
haute  importance,  et  d'une  influence 
générale  sur  toutes  les  affaires  de  l'état 
et  de  l'église.  Pour  mieux  pouivoir  à 
son  établissement,  il  le  nomma  cha- 
noine de  Sainte  -  Marie  Trans  -  Ti- 
berim,  et  peu  de  temps  après  cha- 
noine de  Saint -Pierre.  Mais,  dans  le 
court  espace  de  vingt-un  mois,- Alexan- 
dre VIII  fut  remplacé  par  Inno- 
cent XII,  non  moins  admirateur  de 
Fabretti,  et  qui  sut  le  placer  d'une 
manière  plus  convenable  à  ses  études, 


FAB 

el  sans  doute  plus  agréable  pour  le 
prélat ,  dont  les  manières  simples  et 
franches  devaient  paraître  un  peu 
étrangères  à  la  cour.  Il  le  nomma  pré- 
fet  des  archives  secrètes  du  Chd- 
teau-Saint-Ange  ,  c'est-à-dire  ,  d'un 
trésor  de  chartes,  la  plus  riehe  peut- 
être  de  toutes  les  archives  diplo- 
matiques qui  existent  :  la  garde  de  ces 
archives  a  toujours  clé  confiée  à  l'un 
des  prélats  les  plus  instruits  de  la  cour 
de  Rome.  Fabretti ,  content  de  sa  nour 
Telle  place,  se  logea  dans  le  Borgo  , 
ou  faubourg  Saint-Pierre ,  où  il  était 
à  portée  des  archives ,  ainsi  que 
de  la  basilique  à  laquelle  il  était  attache 
comme  chanoine.  La  maison  même 
qu'il  loua,  bâtie  d'après  les  dessins  de 
Êallhasar  Peruzzi ,  était  digne  du  bon 
goûtde  l'antiquaire.  C'est  là  qu'il  passa 
le  reste  de  sa  vie,  et  qu'il  mourut  à 
Tàge  de  quatre-vingt-deux  ans,  ayant 
toujours  conservé  sa  santé  et  sa  vi- 
gueur, quoique  pendant  ses  trente 
premières  années  il  eût  été  valétudi- 
naire. Ce  ne  fut  que  dans  sa  vieillesse 
que  Fabretti  consentit  à  être  sous- 
diacre,  mais  il  ne  voulut  point  être 
ordonné  prêtre.  Sa  maison  était  le  ren- 
dez-vous de  tout  ce  qu'il  y  avait  de 
plus  distingué  dans  la  littérature  et  à 
la  cour  qui,  à  cette  époque,  était 
toute  lettrée;  c'est  là  qu'il  acheva  son 
dernier  ouvrage,  son  grand  recueil 
d'inscriptions.  Les  Gruter,  les  Rei- 
ncsius  ,  les  Spon,  et  tous  ceux  qui 
avant  lui  avaient  formé  des  compila- 
tions du  même  genre,  s'étaient  bor- 
nés à  donner  de  ces  monuments  écrits 
des  copies  les  plus,  exactes  qu'ils  le 
pouvaient,  avec  l'indication  des  en- 
droits d'où  ils  les  avaient  tirées,  et 
presque  sans  d'autres  remarques.  Fa- 
bretti survit  une  autre  méthode.  L'ob- 
jet apparent  de  son  ouvrage  est  de 
publier  les  quatre  cent  trente  inscrip- 
tions qui  formaient  sa  collection ,  et 


FAB 

qu'il  distribue  en  huit  classes  et  en 
autant  de  chapities.  Il  accompagne 
chaque  monument  de  remarques  et 
d'explications  qu'il  appuie  sur  l'auto- 
rité d'un  gland  nombre  d'inscriptions 
inédites.  Les  particularités  qui  de- 
mandent des  éclaircis  ements  plus 
étendus  ,  sont  traitées  dans  des  notes 
qui  ter/nineutehaque chapitre,  et  dans 
lesquelles  on  trouve  encore  des  ins- 
criptions inédites.  Le  9".  chapitre  con- 
tient des  inscriptions  dans  lesquelles 
on  lit  des  noms  de  familles  romaines 
qu'on  ne  trouve  pas  dans  le  Trésor  de 
Gruter;  (Fabretti  en  donne  plus  de 
sept  cents  qui  n'étaient  point  connus  ). 
Enfin  le  io'.  chapitre  présente  un 
grand  nombre  d'autres  inscriptions 
inédites  et  remarquables,  que  Fabretti 
a  copiées  en  différents  endroits.  Tout 
le  recueil  ollre  plus  de  quatre  mille 
six  cents  inscriptions,  dont  la  plupart 
paraissent  pour  la  première  fois.  Quel- 
ques corrections  aux  inscriptions  du 
Trésor  de  Gruter  terminent  l'ouvra- 
ge. Les  remarques  succinctes,  mais 
savantes  ,  qui  accompagnent  chaque 
monument ,  cl  se  rattachent  les  unes 
aux  autres  par  l'analogie  des  sujets , 
procurent  une  connaissance  intime  et 
a  peu  près  complète  de  la  partie  de  la 
science  des  antiquités  qu'on  désigne 
sous  le  nom  de  paléographie  lapidaire, 
et  portent  une  grande  et  nouvelle  lu- 
mière sur  un  nombre  infini  de  points 
d'archéologie,  de  philologie  latine, 
d'histoire  et  de  géographie.  Ou  peut 
dire  sans  crainte  que  cet  <>u\rage, 
pour  lequel  Fabretti  n'eul  point  de 
modèle  a  imiter,  est  pour  la  science 
des  inscriptions  ce  que  l'on  rage  de 
Spanheim,  De  usa  et  prœttMfUid 
jiumismalum,  a  été  pour  celle  îles  mé- 
dailles, avec  cette  différence,  qui  est  « 
l'avantage  de  l'antiquaire  italien  ,  que 
celui-ci  a  laisse  bien  moins  de  tantes  à 
corriger  dans  son  ouvrage  que  l'anti- 


FAB 

tfuaire  allemand  n'en  avait  lusse' dans 
le  sien.  Mais  l'ouvrage  de  Spanheim 
a  sur  celui  de  Fabretti  l'avantage  du 
plan  ,  qui  embrasse  sous  une  vue  gé- 
nérale tous  les  rapports  sous  lesquels 
la  numismatique  peut  être  utile  aux 
autres  branches  des  connaissances  hu- 
maines; Fabretti,  au  contraire,  ré- 
pand ses  trésors  suivant  les  occasions 
que    les    monuments    qu'il  explique 
lui  présentent.  Quand  on  ne  fait  pas 
une  lecture  suivie  de  cet  ouvrage  ,  on 
ne  sait  où  chercher  les  renseignements 
qu'on  désire;  la  pauvreté  de  la  table 
générale  rend  encore  ce  défaut  plus 
sensible.  L'antiquaire  d'Urbin  publia 
son  recueil  en   1699,  et  ^  cn  s0'gna 
lui-même  l'édition  ,  de  manière  qu'on 
peut  dire  qu'il  a  pris  sur  lui  jusqu'au 
travail  matériel  de  la  typographie.  En 
effet,  la  moindre  faute  aurait  déparé 
un  ouvrage  de  ce  genre.  A  peine  fut- 
il  publié  ,  qu'il  réunit  les  suffrages  de 
tous  les  savants  d'Europe  qui  étaient 
capables  d'en  apprécier  le  mérite  ;  et 
si  E!ie  Benoit  en  a  jugé  autrement, 
sa  critique  ne  prouve  que  la  mesure 
trop  rétrécie  de  ses  connaissances  phi- 
lologiques; et  peut-être  sa  partialité 
pour  Gronovius ,  dont  la  patrie  lui 
avait  offert  un  asyle.  Tout  antiquaire 
qui,  dans  le  cours  du  18*  siècle,  a 
publié  des  ouvrages  sur  les  inscrip- 
tions latines  ,  est  resté  bien  au-des- 
sous de  Fabretti,  et  même  le  marquis 
Maffei  qui  a  prétendu  donner  un  Art 
critique  lapidaire.  Un  seul  homme , 
et  il  est  encore  vivant  ,  qui  a  rempli  à 
Rome  la  même  place  de  préfet  des  ar- 
chives (  le  prélat  Gaetano  Marini) ,  a 
montré  dans  ses  ouvrages  paléogra- 
phiques ,  et  notamment  dans  le  recueil 
des  Actes  des  frères  Arvales  ,  jus- 
qu'à quel  degré   d'intérêt  l'érudition 
et  la  sagacité  de  la  critique  réunies 
pouvaient  élever  l'élude  des  inscrip- 
tions latines.  Fabretti  mourut  à  Rome 
xiv. 


FAB  :>:» 

d'une  maladie  aiguë,   peu  de   mois 
après  avoir  publié  cet  ouvrage ,  le  7 
janvier   1700.  Ses  parents,  d'après 
son  testament,  déposèrent  ses  restes 
dans  l'église    de  Sainte-Marie  ,    dite 
délia  Minerva ,  dans  le  même  tom- 
beau   où  les  cendres    de   son    frère 
Etienne  reposaient  depuis  long-temps. 
Son    monument  fut  décoré    de  son 
buste  exécuté  par  Camille  Rusconi, 
statuaire  italien  le  plus  habite  de  son 
temps.  On  l'y  voit  encore  à  l'entrée  de 
la  petite  nef  du  côté  gauche.  Outre  les 
ouvrages  de  Fabretti  dont  nous  avons 
parlé  dans  le  cours  de  cet  article  ,   ii 
esta  remarquer  qu'un  Mémoire  écrit 
par  lui  en  Italien  ,  et   contenant  des 
corrections  de  l'ouvrage  du  P.  Kircher 
sur  la  topographie  du  Latium,  acte 
imprimé,  après  sa  mort,  dans  le  11°. 
volume  des  Dissertations  de  V Aca- 
démie de  Corlone;  que  des  Lettres 
sur    plusieurs  sujets    d'érudition  ont 
été  insérées  dans  d'autres  ouvrages  : 
par  exemple,    sa  Lettre  sur  la  Lex 
regia,  dans    l'ouvrage  de    Gravina 
De    origine   juris  ;   une    autre    sur 
une  inscription,  dans  le  Journal  des 
Savants,   1691  ,  17  décemb.  ;  quel- 
ques Sonnets  italiens  dans  les  ouvra- 
ges de  Crescimbeni;  que  ses  Obser- 
vations sur  l'âge  d'un  manuscrit  de  la 
Bible,  très  ancien,  et  appartenant  à 
la  bibliothèque  des  moines  de  Saint- 
Paul  ,  à  Rome,  communiquées  à  quel- 
ques amis  (Cmmp'm,  tom.I,pag.  1 55), 
n'ont  jamais  vu  le  jour;   et  qu'enfin 
c'est  une  erreur  de  croire,  avec  les  bi- 
bliographes les  plus  récents ,   que  le 
Syntagma  de  columnd  Trajani,  etc., 
et  les  Inscriptions  aient  été  réimpri- 
mées; il  y  a  bien  des  exemplaires  de 
ces  deux  ouvrages  qui  ont  une  date  et 
un  frontispice  différents  ;  mais  là  se 
borne  toute  la  diversité  (  Voy.  Fonta- 
nini ,  délia  eloq.  itaiiana  ,   tom.  I  , 
pag.  1  ij*;  de  l'édition  d'Ap.  Zeno).  Une 


54  FAB 

autre  erreur  a  été  commise  dans  l'arti- 
cle Fabretti  du  Dictionnaire  histori- 
que, par  MM.  Chaudou  et  Dclandinc. 
On  y  avance  que  le  jésuite  Etienne  Fa- 
bretti, d'Urbm,  dont  nous  avons  un 
recueil  de  poésies  latines  publiées  à 
Paris,  Tan  1 74?  »  in-8°.  ?  était  frère 
de  Raphaël.  Ce  jésuite,  issu  peut-être 
de  la  même  f  «mille  que  l'antiquaire, 
vivait  à  Lyon  à  l'époque  où  ses  poé- 
sies furent  publiées  ,  comme  on  peut 
s'en  convaincre  en  examinant  cet  ou- 
vrage. Un  homme  versé  daus  la  lec- 
ture habituelle  des  auteurs  et  des  mar- 
bres écrits  de  l'antiquité  ne  pouvait 
manquer  d'avoir  du  goût  pour  la  com- 
position d'inscriptions  latines.  On  en 
voit  encore  deux  de  lui  sur  les  monu- 
ments publics  de  Rome;  l'une  a  rap- 
port à  l'alignement  de  la  rue  du  Cours 
(  via  del  Corso  )  ,  ordonné  par 
Alexandre  VII;  elle  est  placée  vis-à- 
vis  le  palais  du  prince  Ottoboni  ;  l'au- 
tre est  sur  la  façade  de  la  grande  fon- 
taine de  l'eau  Pauline,  au  haut  du 
Janicule.  Elle  a  rapport  aux  restaura- 
tions de  cette  fontaine,  ordonnées  par 
Alexandre  VITI.  On  doit  aussi  à  Fa- 
bretti les  légendes  de  quelques  mé- 
dailles d'Innocent  XI ,  d'Alexandre 
"VIII  et  d'Innocent  XII  ,  indiquées 
daus  la  vie  de  cet  antiquaire,  que  Do- 
minique Riviera  (  depuis  cardinal), 
son  compatriote ,  son  ami  et  son  suc- 
cesseur daus  la  surintendance  des  ar- 
chives secictes  ,  écrivit  en  italien,  et 
inséra  dans  le  recueil  de  Crcscimbeni , 
intitulé  :  Vite  degli  Arcadi  illustri. 
L'abbé  Marolti  a  écrit  en  latin  une 
vie  de  Fabretti ,  qu'on  trouve  dans  le 
sixième  volume  de  la  collection  qui  a 
pour  titre  :  Vitœ  illustrium  Italo- 
rum,  par  Ange  Fabroni.  Il  faut  ajou- 
ter à  cet  article  que  le  cardinal  Stop- 
pani,  qui  gouverna  Urbin  sous  Be- 
noît XIV,  jaloux  de  conserver  à  la 
patrie  de  Fabretti  les  inscriptions  et 


FAB 

les  monuments  qu'il  avait  réunis  et 
rendus  célèbres  ,  acquit  cette  collec- 
tion de  ses  héritiers,  et  la  fit  placer 
dans  le  palais  ducal  de  la  même  ville. 
V— i. 
FAB  RI  (Jean),  de  l'ordre  de 
St.  Benoît  et  évêque  de  Chartres,  né 
à  Paris,  d'autres  disent  à  Douai, 
dans  le  quatorzième  siècle,  fit  ses 
études  dans  la  première  de  ces  vil- 
les, et  y  fut  reçu  docteur  en  droit 
canon.  Se  croyant  appelé  à  l'état  reli- 
gieux ,  il  prit  l'habit  de  Bénédictin  à 
l'abbaye  de  St.  Waast  dans  la  ville 
d'Arras ,  y  fit  profession  et  en  devint 
prévôt.  Il  joignait  à  de  hautes  con- 
naissances dans  le  droit  canonique  et 
à  un  beau  talent  pour  la  prédication  , 
une  grande  pureté  de  mœurs,  une  vie 
régulière  et  beaucoup  d'habileté  dans 
les  affaires.  Sa  réputation  et  son  mé- 
rite le  firent  élire,  en  1 067 ,  abbé  de 
Tournus,  diocèse  de  Mâcon. Trois  ans 
après,  l'abbaye  de  St.  Waast  ayant 
vaqué,  ses  confrères  lerappeh  rentetle 
choisirent  pour  leur  abbé.  Si  c'était 
un  honneur  pour  Fabri ,  c'était  aussi, 
dans  la  circonstance,  un  firdeau  pé- 
nible. Les  temps  étaient  difficiles  ;  les 
Anglais  venaient  de  brûler  le  faubourg 
d'Arras,  et  l'abbaye  de  St.  Waast  avait 
beaucoup  souffert.  Fabri  éprouva  un 
autre  malheur  en  1^77;  la  foudre 
tomba  sur  l'église  de  f  abbaye,  et  cet 
édifice  fut  entièrement  consumé.  Fabri 
sut  faire  face  à  tous  ces  accidents ,  et 
gouvernait  avec  tant  de  sagesse,  que 
le  roi  Charles  V,  instruit  de  sa  capa- 
cité, l'admit  dans  son  conseil,  (t  se 
servit  de  lui  dans  beaucoup  d'affaires. 
11  le  députa  vers  le  pape  Grégoire  XI 
en  IJ76,  et  Fabri  eut  l'honneur  de 
haranguer  le  pontife  au  nom  du  roi. 
Clément  VII  (Robert  de  Genève  \  élu 
pape  par  une  partie  des  ordinaux  et 
reconnu  par  la  France,  nomma  Fabri 
éyêque  de  Chartres,  en   1579.  Eu 


*58i  ,  Charles  VI  l'envoya  au  duc 
de  Bretagne  pour  traiter  de  la  paix. 
Devenu  chancelier    de    Louis  ,    duc 
d'Anjou ,  roi  de  Sicile ,  vers  le  même 
temps ,  il  fut  employé  par  ce  prince 
dans  différentes  négociations ,  depuis 
ï38i    jusqu'en   i588.  Il   mourut  à 
Avignon,  en    1^90,  et  fut  enterré 
dans  l'église  du  collège  de  St.  Martial, 
occupé  par  des  bénédictins  ,  ordre  de 
Cl  uni  ;   l'on  y  voyait  son  «épitaphe 
avant  la  révolution,  écrite  en  vers 
latins.  Par  son  testament ,  Fabri  fit 
l'évêque  de  Chartres  son  héritier.  Dé- 
fenseur zélé  de  Clément  Vil ,  il  en  fut 
honoré  de  divers  emplois.  Il  est  au- 
teur des  ouvrages  suivants  :  I.  Un 
livre  intitulé  :  Du  Gémissement  des 
gens  de  bien  à  l'occasion  du  schisme. 
C'est  une  réponse  à  un  ouvrage  de 
Jean  de  Lignario,  composé  en  faveur 
d'Urbain  V,  pape  ,  antagoniste  de 
Clément,  avec  ce  titre  :  Vu  Gémis- 
sement de  l'Eglise.  Cet  ouvrage  de 
Fabri ,  inédit ,   se  trouve   parmi  les 
manuscrits  provenus  delà  bibliothèque 
deColbert.  C'est  un  dialogue  entre  un 
docteur  de  Bologne  et  un  docteur  de 
Paris  ,  dans  lequei  ils  discutent  les 
droits  des    deux    pontifes  ;   1T.    Un 
Traité  latin ,  adressé  au  comte  de 
Flandre,  en  forme  de  plainte  de  ce 
qui  s'est  passé  en  France.  Du  Boulay 
l'a  conservé   dans   son    Histoire    de 
l'université  de  Paris;  [\l.XJ  11  Journal, 
ou  Récit  historique  de  toutes  les  af- 
faires auxquelles  Fabri  a  pris  part 
depuis  1 58 1   jusqu'en   i588.  Il   n'a 
point  été  imprimé;  IV.  Les  grandes 
Chroniques  duhainaut,  depuis  Phi- 
lippe-le-  Conquérant  jusqu'à  Charles 
VI,  3  vol.  in-8°. ,  manuscrit  con- 
servé à  la  bibliothèque  du  Roi  ;  V.  Un 
Traité  pour  prouver  que  St.  Pierre  a 
souffert  à  Rome ,  sous  Néron. 

L— Y. 
FABRI.  T.  Peiresc. 


FAB  55 

FABRI (  Honore)  ,  jésuite,  naquit 
vers  l'an  1607  ,  dans  le  Bugey,  dio- 
cèse de  Belley.  Il  professa  la  philoso- 
phie à   Lyon ,  dans  le  collège  de  la 
Trinité,  pendant  un  assez  grand  nom- 
bre d'années,   fut  ensuite  appelé  à 
Rome    pour  y  remplir  les  fonctions 
de  grand  pénitencier,  et  mourut  dans 
cette  Ville  le  9  mars  i6<w8.  Fabri  fut 
doué  d'une  activité  et  d'une  ardeur 
prodigieuse  au  travail.  11   se   livra  à 
tous  les  genres  d'étude,  et  son  esprit 
s'v  prêtait  avec  la  plus  grande  faci- 
lité. Mais  trop  tôt  distingué  et  prôné 
dans  le  monde  savant ,  sa  douceur  et 
sa  modestie  firent  bientôt  place  à  un 
amour-propre  qui  étouffa  le  germe  de 
ses  talents.  Il  criit  tout  savoir  parce 
qu'il  avait  tout  entrepris  ,  sans  avoir 
eu  le  temps  de  rien  aprolondir;   et 
celui  qui  aurait  pu  être  l'un  des  plus 
beaux  ornements  de  son  siècle,  n'a 
laissé  dans  l'histoire  de  sa  vie  que  les 
traces  de  la  vanité  d'un  homme  qui 
méconnut  ses  forces.   La   théologie  , 
les  sciences  et  les  lettres  trouvèrent 
dans  Fabri  un  champion  toujours  prêt 
à  combattre  les   doctrines  nouvelles. 
Une  foule  d'écrits  sont  sortis  de  sa 
plume  ;  mais  la  plupart  sont  morts 
avec  les  circonstances  qui  les  avaient 
fait  naître.  Quoiqu'il  ne  soit  rien  resté 
de  lui  dans  l'histoire  des  connaissances 
humaines  ,  nous  allons  néanmoins  in- 
diquer ce  qu'il  a  fait  de  plus  remar- 
quable. Il  est  auteur  des  remarques 
sur  les  notes  dont  Nicole  accompagna 
les  Lettres  au  Provincial  ;   elles  ont 
paru  sous  le  nom  de  Bernard  Stu- 
Î3rock,    et  sous  le  titre  de  Notœ  in 
notas  Willélmi   IFendrokii  (  Wen- 
drock  est  le  nom  sous  lequel  Nicole 
s'était  caché  ).  Ces  remarques  se  re- 
trouvent encore  avec  plusieurs  autres 
pièces  de  Fabri  dans  1 1  grande  Apo- 
logie de  la  doctrine  morale  de  la 
Société  de  Jésus  ?  imprimée  à  Colo- 


56  FAB 

gne,  en  1672.  On  a  encore  de  lui  : 
1.  Physica,  seurerum  corporearum 
scientia,  imprime  à  Paris  et  à  Lyon  , 
6  vol.  II.  Opusculum  geometricuni 
delined  sinuum,  et  cjcloide.  III. 
Un  petit  imité  sur  les  lois  du  choe 
des  corps  et  de  la  communication 
du  mouvement.  Le  premier  ouvrage 
n'offre  plus  aucun  intérêt  pour  la 
science;  le  second  atteste  quelques 
connaissances  en  géométrie ,  mais  fai- 
bles encore,  puisque  l'auteur  n'y 
aborde  pas  les  problèmes  difficiles  que 
le  titre  de  l'opuscule  semble  promet- 
tre; le  troisième  ,  enfin,  est  entière- 
ment condamné  par  l'expérience  et  la 
saine  physique  :  il  est  vrai  que  Des- 
cartes  avait  déjà  échoué  sur  le  même 
sujet.  Huygens  avait  expliqué  les  di- 
verses apparences  de  l'anneau  de  Sa- 
turne ,  et  tous  les  astronomes  avaient 
applaudi  à  son  explication  simple  et 
évidente  :  Fabri  seul  osa  s'élever  con- 
tre elle  dans  un  écrit  assez  aigre  qu'il 
publia  sous  le  nom  à'Eustache  de  Di- 
vinis  ,  et  sous  ce  titre  :  Brevis  annot. 
in  Salurn.  C.  I/ugejiii ,  Rome ,  1 66 
pag.  ;  il  y  propose  un  autre  système 
d'explication  ,  auquel  Huygens  répli- 
qua avec  la  douceur  et  la  confiance 
que  lui  donnait  la  bonté  de  sa  cause. 
Fabri  convaincu  se  repentit  de  son 
attaque  inconsidérée  :  il  fut  assez  de 
bonne  foi  pour  reconnaître  son  er- 
reur ,  et  assez  juste  pour  en  faire  une 
réparation,  en  déclarant  qu'il  joignait 
son  consentement  à  l'applaudissement 
général.  Fabri  eut  une  part  très  active 
dans  la  guerre  qui,  de  son  temps, 
éclata  entre  les  philosophes  ,  au  sujet 
du  mouvement  de  la  terre.  En  qualité 
de  grand  pénitencier  de  Rome ,  il 
donna  une  déclaration  concernant 
le  système  de  Copernic.  Elle  parut 
aussi  sous  le  nom  à'Eustache  de  Di- 
vinis ,  et  portait  en  substance  que 
l'E^lUe  était  autorisée  à  maiutcuir  sa 


FAB 

décision ,  tant  qu'on  n'aurait  aucune 
démonstration  du  mouvement  de  la 
terre,  que  lorsqu'on  en  aurait  trouvé 
une,  alors  elle  ne  ferait  aucune  diffi- 
culté de  déclarer  qu'on  peut  entendre 
dans  un  sens  figuré  les  passages  de 
l'Ecriture,  contraires  au  mouvement 
de  la  terre.  Y  eut-il  jamais  rien  de 
plus  mal-adroit  et  de  plus  imprudent 
que  cette  déclaration?  Pourquoi  faiie 
intervenir  l'autorité  de  l'Eglise  dans 
une  querelle  philosophique?  Si  la  vé- 
rité est  une  et  immuable  ,  s'il  est  au- 
jourd'hui de  foi  qu'il  faut  prendreà  la 
lettre  les  passages  de  l'Ecriture,  par 
quel  pouvoir  extraordinaire  le  saint- 
office  se  réservait-il  de  déclarer  un 
jour  qu'on  pourrait  les  entendre  dans 
un  sens  figuré?  Ce  jugement  provi- 
soire était  au  moins  inutile  ;  rien  ne 
le  sollicitait,  ni  ne  le  rendait  nécessaire. 
Fabri  aurait  du  laisser  au  temps  et  à 
l'astronomie  le  soin  de  décider  la 
question ,  et  il  n'aurait  pas  été  res- 
ponsable de  la  faute  d'avoir  compro- 
mis l'autorité  du  tribunal  qu'il  prési- 
dait. Le  Père  Fabri  a  laissé  onze  vol. 
in-4".  de  manuscrits  qui  contiennent 
des  notes  sur  Y  Histoire  naturelle  de 
Pline,  plusieurs  Apologies,  des  Pa- 
rallèles littéraires,  des  Aphorismes, 
etc.;  il  a  aussi  écrit  sur  la  médecine  , 
et  en  particulier  sur  le  Quinquina 
dont  il  a  fait  une  apologie.  On  pré- 
tend qu'il  a  enseigné  la  circulation  du 
sang  avant  que  le  célèbre  Harvey ,  à 
qui  l'on  fait  l'honneur  de  cette  décou- 
verte, eut  rien  écrit  sur  cet  objet;  il 
avait  la  manie  de  ne  jamais  paraître  à 
découvert  dans  ses  écrits ,  et  la  poussa 
même  jusqu'à  emprunter  des  noms 
connus.  Enfin  ,  sa  constanceà  attaquer 
ou  à  défendre  loutcequilui  offrait 
l'occasion  de  faire  quelque  bruit,  lui 
avait  fait  donner  par  quelques  auteurs 
le  surnom  d' Avocat  des  causes  per- 
dues. N  — t. 


J 


FAB 

F  ABRI  (  Jean  -  Rodolphe  ) ,  ne  à 

Genève  ,  expliquait,  en   1612  ,  les 

tnstitutes  de  Justinien  aux  élèves  qui 

n'étaient  pas   en   état  de  suivre  les 


cours  de  l'académie  ;  il  professait  les 
mathématiques  en  i632,  et  mourut 
vers  iG5o,  dans  un  âge  avancé.  Les 
ouvrages  qu'il  a  laissés  prouvent  qu'il 
avait  des  connaissances  assez  éten- 
dues pour  l'époque  où  il  vivait,  mais 
on  ne  les  consulte  plus  depuis  long- 
temps. On   citera   les  principaux   : 
I.  Tolius  logicœ  peripateticce  corpus, 
Genève,  i&io ,  in- 40.;  II.  Cursus 
physicus,  ibid. ,  îGsS  ,  in-80.;  III. 
Clavis  jurisprudentiœ  seu  explicatio 
institutionum  Justiniani,  Grenoble, 
1 658,  in- 4°.  î  IV.  Systema  triplex 
juris  civilis ,  criminalls ,  canonici  et 
feudalis ,  Genève  ,  i643,  in-fol.  — 
—  Fabri  (  Gabriel  ) ,  né  à  Genève , 
j  606  ,  fut  aggrégé  à  la   compagnie 
des  pasteurs  de  cette  ville ,  et  mourut 
eu    17  m.  On  a   de  lui  un  Recueil 
de  tous  les  miracles  contenus  dans 
le  vieux  et  le  nouveau  Testament , 
Genève ,  1 704 ,  in- 8°.;  des  Sermons , 
17  «3,  2  vol.in-8°.  W  — s. 

FABRI  (  Alexandre  )  ,  né  en 
1691,  à  Castel-S.-Pietro ,  diocèse  de 
Bologne,  après  avoir  fait  de  bonnes 
études  chez,  les  Jésuites  de  celte  ville, 
entra   dans  la  carrière  du  notariat  ; 
mais  la  culture  des  lettres  fut  toujours 
ce  qui  l'occupa  le  plus.  Il  se  forma  un 
style  élégant  et  facile  en  latin  et  en 
italien ,  par  l'étude  assidue  des  meil- 
burs  auteurs  dans  ces  deux  langues.  Il 
était  de  plusieurs  académies ,  et  y  ré- 
cita souvent,  avec  le  plus  grand  suc- 
cès, et  des  discours  publics,  et  des 
vers  de  sa  composition.  En  1  ySi  ,  il 
fut  nommé ,  par  le  sénat ,  adjoint  au 
secrétaire-d'état,  ou  chancelier  de  la 
république,  place  qu'il  remplit  avec 
distinction    jusqu'en     1762;    alors, 
devenu  vieux  et  infirme,  il  demanda 


FAB  07 

sa  retraite,  et  en  obtint  une  hono- 
rable en  conservant  tous  les  appoin- 
tements et  tous  les  privilèges  de  sa 
charge.  11  mourut  le  21  juin   1768, 
universellement  regretté  de  ses  conci- 
toyens ,  dont  la  pureté  de  ses  mœurs, 
la  douceur  de  son  commerce  et  son 
extrême  désintéressement  lui  avaient 
mérité  l'estime.  Il  laissa  plusieurs  ou- 
vrages, tant  imprimés  que  manuscrits  : 
I.  Un  Discours  prononcé  à  la  récep- 
tion d'un  gonjalonier  de  Bologne, 
et  un  autre  adressé  aux   élèves  de 
peinture,  sculpture  et  architecture 
de  V académie  élémentaire,  imprimés 
d'abord  à  part  ,  et  ensuite  dans  le 
Recueil  intitulé  :  Orazioni  degliaca- 
demici    Gelati ,    chez    Lelio    dalla 
Vo'.pe,  1755,   u>4°.j  II.  Quelques 
Lettres  familières  parmi  celles  à1  Al- 
cuni  Bolognesi  del  nostro  secolo, 
données  par  le  même  libraire,  i  744r 
in-4°.,  et  un  grand  nombre  d'odes 
ou  de  canzoni  et  de  sonnets  épars 
dans  plusieurs  Recueils.  Ses  ouvrages 
inédits  sont  principalement  des  tra- 
ductions italiennes  ,  parmi  lesquelles 
on  remarque  celles  de  trois  comédies 
de  Térence,  XAndrienne,  Y  Eunuque 
et  Y Heautontimorumenos  ;  des  tra- 
ductions en  bolonnais   de  quelques 
chants  de  l'Arioste  et  de  quatre  li- 
vres de  Virgile ,  etc.  Parmi  les  son- 
nets imprimés  de  Fabri,  il  s'en  trouve 
un  qui  donna  lieu  à  un  bref  assez 
curieux  de   ce  pape   Benoît  XIV, 
célèbre  par  ses  réparties  spirituelles 
et  ses  bous  mots  ,  non  moins  que  par 
ses  grandes  qualités  et  par  la  sagesse 
de  son  pontificat.  Lamberlini  était  de 
Bologne;  lors  de  son  élection,  il  était 
archevêque  de  cette  métropole  ;  en. 
quittant  Bologne,  il  fit  à  l'Institut  le 
don  de  sa  propre  bibliothèque,  et  y 
ajouta  beaucoup  d'autres  livres ,  qu'il 
acheta  dans  ce  dessein.  Le  sénat ,  pour 
lui  témoigner  sa  reconnaissance ,  fit 


58 


FAB 


ériger  à  Benoît  XIV  une  statue  dans 
l'Institut  même.  L'ambassadeur  bolo- 
nais, charge  de  faire  part  au  S.  Tère 
de  cet  hommage,  lui  offrit  en  même- 
temps  un  sonnet  de  la  composition  de 
Fabn.  Le  pape  les  en  remercia  par 
ce  bref,  écrit  en  italien,  à  l'exception 
du  titre  ■  Dilecti  fîHi  salutem  et  apos- 
tolicnm  benedictionem.  «  L'ambas- 
»  sadeur  de  notre  p  trie  s'étant  rendu 
»  ce  matin  à  notre  audience,  nous  a 
»  présente  votre  lettre  du  n  du  cou- 
»  rant,  et  en  même -temps  uu  son- 
»  net  fait  par  le  secrétaire  Fabri. 
»  Qu'il  me  soit  permis,  en  passant, 
y*  d'observer  qu'il  est  malheureux  de 
»  n'être  pas  né  au  temps  de  Jules  III 
»  qui,  ayant  vu  une  épigrammeque  le 
r>  Coramendone ,  alors  très  jeune ,  avait 
»  faite  (  Voyez  Commendon  ) ,  en 
v  conclut  que  celui  qui  avait  versifié 
-»  ainsi ,  ne  pouvait  que  très  bien 
y>  penser,  ce  qui  l'engagea  à  l'em- 
v  ployer  et  à  le  faire  entrer,  avec  le 
»  temps,  dans  cette  glorieuse  car- 
t>  rière  qui  a  rendu  son  nom  célèbre 
y>  dans  l'histoire  de  l'église.  Tel  est 
»  précisément  le  mérite  du  secrétaire 
»  Fabri ,  et  nous  en  avons  eu  beau- 
D  coup  d'autres  preuves  qui  nous 
»  portent  à  le  recommander  avec  le 
■»  plus  grand  intérêt  à  vos  seigneu- 
»  ries.  L'ambassadeur  n'a  pas  manqué 
x  ensuite  d'accompagner  des  expres- 
»  sions  les  plus  convenables  lés  senti- 
»  mentsdont  est  remplie  la  lettre  iufi- 
y>  niment  honnête  que  vous  nous  avez 
»  écrite;  et,  pour  y  répondre  direc- 
»  tement,  nous  vous  dirons  que  si 
»  Ton  érige  des  statues  pour  le  désjr 
»  que  l'original  peut  avoir  de  foire  le 
»  bien,  nous  croyons,  sans  jactance, 
»  en  mériter  au  moins  une  dins 
»  chique  ville  de  nos  états ,  et  une 
»  dan>.  chaque  rue  de  Home  et  de 
»  Bologne;  mais  si  on  n'en  érige  que 
*  pour  le  bien  que  l'original  a  fait, 


FAB 

»  nous  nous  reconnaissons ,  à  parler 
»  sincèrement ,  tout-à-fait  indignes  de 
»  celle  qui  a  été  érigée  dans  l'institut. 
»  Cela  ne  nous  dispense  pas  de  rendre 
»  à  vos  seigneuries  les  grâces  que 
»  nous  leur  d"vons,  cela  ajoute  même 
»  encore  à  ce  devoir;  et  en  raêrne- 
»  temps  que  nous  le  remplissons  , 
t»  nous  vous  donnons  à  tous ,  avec 
»  plénitude  de  cœur,  notre  bénédic- 
»  tion  apostolique.  »  Datum  Homœ, 
etc.,  i4  julii  1745*  pontificalûs 
nostri  anno  V.  Celte  lettre  est  rap- 
portée dans  le  vol.  2  des  Lettres  , 
Brefs,  Bulles,  etc.  de  Benoît  XI V, 
imprimé  à  Bologne  ,  1  751.     G — e. 

FABRI  (Dominique),  né  à  Po- 
logne, comme  le  précédent,  mais,  à 
ce  qu'il  paraît,  d'une  autre  famille, 
fit  comme  lui  ses  études  au  collège 
des  Jésuites.  Reçu,  en  1727,  docteur 
en  philosophie,  il  fut  nommé  par  le 
sénat ,  sans  concours  et  à  l'unanimité 
des  voix,  professeur  de  belftlettres. 
Sou  école  fut  une  des  plus  iluris- 
santes  qu'on  eut  vues  depuis  long- 
temps à  Bologne.  Il  joignait  à  une 
vaste  érudition  et  au  talent  d'écrire 
élégamment  dans  les  deux  langues, 
des  connaissances  bibliographiques 
très  étendues.  C'est  ce  qui  le  fit  cl 
pour  bibliothécaire  en  second  de  la 
riche  bibliothèque  donnée  à  l'institut 
par  le  pape  Benoît  XIV;  mais  il  ne 
remplit  pas  long-lemps  ceite  pi 
convenable  à  ses  talents  et  à  s*»s  goûts  ; 
il  tomba  tout-à-coup  dans  une  mélan- 
colie profonde  et  dans  une  aliénation 
d'esprit  qui  le  porta  plus  d'une  fois 
à  vouloir  se  donner  la  mort.  On  l'en 
empêcha,  mais  on  ne  put  le  guérir; 
ii  passa  le  reste  de  ses  jours  dans  une 
situation  déplorable,  presque  toujours 
au  ht  et  toujours  hors  de  son  bou 
Sens.  Il  mourut  enfin  le  20  septembre 
1761  ,  à  l'âge  de  cinquante-un  ans. 
On  a  de  lui  :  I.  Un  Discours  latin  f 


FAB 

prononcé  à  l'ouverture  des  études, 
en  i75o,  et  dédié  au  sénat  de  Bo- 
logne, in-4°.;  II*  Trois  Discours  ita- 
liens, imprimés  dans  le  Recueil  des 
Orazioni  degli  academici  Gelati, 
Bologne,  Lelio  dalla  Volpe,  1  753, 
in-40.,  l'un  prononcé  dans  cette  aca- 
démie, dont  il  était  membre,  lors  de 
l'exaltation  de  Benoît  XIV  au  souve- 
rain pontificat,  le  6  janvier  174»?  'cs 
deux  autres  sur  la  Passion  de  J.-C. 
et  sur  l'Immaculée  Conception;  Ilf. 
Sémiramis ,  Tragédie  de  M.  de  Vol- 
taire ,  traduite  en  vers  ,  imprimée 
dans  le  tome  III  du  Choix  des  meil- 
leures Tragédies  françaises  ,  tra- 
duites en  vers  italiens  non  rimes 
(  Sciolti),  Liège,  1 7685 IV.  Plusieurs 
Lettres ,  parmi  celles  de  quelques  Bo- 
lonais du  1 8e.  siècle ,  Bologne ,1744? 
2  vol.;  V.  Beaucoup  de  Sonnets  et  de 
Canzoni,  pour  des  mariages,  des 
rises  d'habit,  etc.,  imprimés  dans 
es  Recueils  du  temps,  et  un  assez 
grand  nombre  de  Poésies  du  même 
genre ,  insérées  dans  le  Recueil  d'A- 
gostino  Gobbi.  G — e. 

FABRICE  ou  FABRIZIO  (Jé- 
rôme), surnommé  à'Àcquapendente , 
parce  qu'il  vint  au  monde  dans  cette 
ville  épiscopale  d'Italie ,  en  1 537.  Ses 
parents,  peu  fortunés,  voulurent  ce- 
pendant donner  à  leur  fils  une  édu- 
cation excellente.  Ils  renvoyèrent  à 
Padoue,  et  le  jeune  Fabrice  y  trouva 
bientôt  des  protecteurs  puissants  qui 
se  complurent  à  cultiver  ses  heureuses 
dispositions.  Après  avoir  achevé  sa 
philosophie  ,  la  médecine  devint  l'ob- 
jet spécial  de  ses  études.  Il  eut  pour 
guide,  dans  cette  carrière,  l'illustre 
Fallope,  dont  il  fut  le  plus  célèbre 
disciple  et  le  digne  successeur.  En 
effet ,  ce  savant  professeur  à  l'univer- 
sité de  Padoue  étant  mort  en  i5f3a, 
fabrice,  âgé  de  vingt-cinq  ans,  fut 
4^l)Oid  désigné  pour  faire  simple* 


l 


FAB  39 

ment  les  démonstrations  anatomiques. 
11  remplit  ces  fonctions  avec  un 
talent  si  supérieur,  qu'il  fut  solen- 
nellement choisi,  en  i565,  pour 
occuper  la  chaire  de  chirurgie;  celle 
d'anatomie,  qui  jusqu'alors  n'en  avait 
guère  été  considérée  que  comme  une 
dépendance,  et,  pour  ainsi  dire,  uu 
accessoire ,  fut  déclarée  primaire  en 
faveur  de  Fabrice ,  auquel  on  assigna 
des  appointements  considérables,  et 
en  quelque  sorte  prodigieux.  A  ces 
récompenses  pécuniaires ,  les  séna- 
teurs de  Venise  joignirent  les  plus 
brillantes  dignités.  Ils  accordèrent  à 
Fabrice  des  privilèges  non  moins  abu- 
sifs que  flatteurs ,  lui  décernèrent  la 
préséance  sur  les  professeurs  de  phi- 
losophie ,  le  nommèrent  citoyen  de 
Padoue,  lui  érigèrent  une  statue,  le 
gratifièrent  d'une  chaîne  d'or,  le  dé- 
corèrent du  titre  de  chevalier  de  St.- 
Marc ,  firent  constf'uire  pour  ses  le- 
çons un  superbe  théâtre  anatomique , 
lui  assignèrent  une  retraite  infini- 
ment honorable ,  avec  le  droit  de  choi- 
sir lui- même  son  suppléant.  Fabrice 
exerçait  sa  profession  avec  beaucoup 
de  noblesse  et  un  rare  désintéresse- 
ment. Les  personnes  d'un  rang  élevé 
qui  lui  devaient  le  rétablissement  de 
leur  santé  remplaçaient  par  de  riches 
présents  le  salaire  que  refusait  ce  mé- 
decin généreux.  Fabrice  rassembla  ces 
présents  dans  un  cabinet,  sur  la  porte 
duquel  il  fit  inscrire  :  Lucri  neglecti 
lucrum.  Il  possédait  une  belle  maison 
de  campagne  ,  située  sur  les  bords 
charmants  de  la  Brenta ,  et  que  l'on 
désigne  encore  parfois  sous  le  nom  de 
la  Montagnuola  dJ 'Acquapendenle. 
C'est-là  que ,  sain  de  corps  et  d'es- 
prit, comblé  de  richesses,  générale- 
ment estimé,  entouré  d'une  réputation 
éclatante ,  il  se  proposait  de  couler 
une  heureuse  vieillesse.  Ses  espéran- 
ces furent  cruellement  déçues;   son 


/,o  F  AU 

repos  fut  trouble  par  l'envie  et  par  la 
plus  noire  ingratitude.  On  assure  qu'il 
fut  obligé  d'employer  le  fer  à  d'autres 
usages  qu'aux  dissections  et  aux  ope- 
rations  chirurgicales.  Des  parents  sur 
lesquels  il  n'avait  cesse  de  répandre 
des  bienfaits,  trahirent  indignement 
sa  confiance ,  et  furent  même  soup- 
çonnés d'avoir  abrège'  ses  jours  par 
le  poison.  Il  e'iait  parvenu  à  Page  de 
quatre-vingt-deux  ans,  lorsqu'il  périt 
presque  tout  à  coup,  au  milieu  dc^  vo- 
missements, le  21  mai  1619,  laissant 
à  sa  nièce  une  fortune  de  deux  cent 
mille  ducats,  et  à  la  république  litté- 
raire des  ouvrages  imrnoitels.  I.  De 
visione .voce ,  audilu,  Venise,  1600, 
in-fol.  fig.,  Padoue,  i6o5;  Franc- 
fort, i6o5,  161 5.  ïï.  De  formata 
fœtu  liber,  Venise  ,  1600 ,  in-fol.  fig. 
ibid.  1620.  Dans  cet  ouvrage  impor- 
tant, l'anatornie  de  l'homme  est  éclai- 
rée par  celle  des  animaux.  III.  De 
venarum  ostiolis  ,  Padoue,  i6o3, 
in-fol.  fig.  ibid.  1625.  L'auteur  trace 
en  peu  de  mots,  et  avec  candeur,  sa 
découverte  des  valvules  situées  à  l'in- 
térieur des  veines.  Haller,  toujours 
savant,  mais  par  fois  injuste  ,  notam- 
ment à  l'égard  de  Fabrice,  et  pour 
des  motifs  qu'il  serait  presque  hon- 
teux de  révéler,  Haller  cherche  à 
dépouiller  le  professeur  de  Padoue 
en  faveur  de  Jean-Baptiste  Canani , 
qui  avait,  dit-on,  aperçu  en  1 54"  les 
valvules  de  la  veine  azygos.  D'autres 
soutiennent  qu'il  devait  à  Paul  Sarpi 
la  connaissance  de  ces  ostioles;  la  plu- 
part s'accordent  à  dire  qu'il  n'avait 
aucune  notion  surleur  utilité:  cepen- 
dant il  répète  à  plusieurs  reprises 
qu'elles  sont  destinées  à  modérer  l'im- 
pétuosité du  sang,  et  qu'elles  dimi- 
nuent la  fréquence  des  varices.  Faut- 
il  en  conclure  <pie  Fabrice  a  démontré 
les  lois  de  la  circulation  ,  ainsi  que 
certains  enthousiastes  l'ont  prétendu'.' 


FAB 

Non, sans  doute;  mais  il  estégalemant 
injuste  d'affirmer  qu'il  a  complètement 
ignoré  la  destination  des  valvules  vei- 
neuses. IV.  De  locutione  et  ejus  ms- 
trumentis ,  Venise,  i6o5  ,  in-4".  fig. 
Ou  raconte  que  l'auteur  vit  en  un  jour 
de  l'année  1  588  tous  les  Allemands 
déserter  son  écoie,  puce  qu'il  avait 
tourné  en  ridicule  leur  manière  de 
prononcer.  V.  Debrulorum  loqudd, 
Padoue,  i(io5  ,  in-for;  ibid  i6a5. 
Bien  que  cet  opuscule  ne  manque  pas 
d'intérêt,  ou  n'y  cherchera  point  sans 
doute  les  mêmes  agréments  que  dans 
celui  de  Bougeant  :  l'un  est  une  dis- 
sertation physiologico-grammalicale, 
l'autre  un  amusement  philosophique. 
V!.  De  musculi  artificio  ac  ossium 
dearticulationibiis  ,  V icence ,  1 6 1 4, 
in-4".  VII.  De  motu  locali  anima- 
hum  secundàm  tolum  ,  Padoue , 
1618,  in-4".  Ces  deux  ouvrages  for- 
ment un  traité  de  dynamique  animale. 
L'auteur  examine  et  décrit  avec  un 
soin  scrupuleux  la  marche  de  l'homme, 
la  course  des  quadrupèdes,  le  vol  des 
oiseaux,  le  rarapement des  serpents, 
la  natation  des  poissons.  VI 11.  De 
respiratione  etejus  inslrumentis  libri 
duo  ,  Padone,  iGi5,  in-4°.  IX.  De 
fuld,  venlriculo ,  inteslinis ,  Padoue, 
i(ji8,  in-40.  De  totius  animalis  in- 
tegumentis ,  Padoue ,  1 fj 1 8 ,  in-4".  ïjQ 
réunion  de  ces  fragments  divers  forme 
une  collection  précieuse,  imprimée  par 
les  soins  et  avec  une  préface  de  Jean 
Bohn,  sous  ce  titre  :  Opéra  omnia 
anatomica  et  phjsiologica  ,  hacte- 
71ÙS  variis  locis  ac  formis  édita  > 
nutic  verb  cerlo  ordine  digesla  ,  et 
in  unum  volumen  redacta,  Leipzig, 
1687  .  in-fol.  fig.  Un  préfère  l'édition 
donnée  à  Leydc,  en  1708,  dans  le 
même  format  et  avec  le  même  titre, 
par  Bernard -Sifroy  Albinus ,  oui  a 
joint  la  vie  de  l'.iuteur,  et  rétabli  les 
préfaces  particulières  que  Behn  avait 


FAB 

mal  à  propos  supprimées.  Les  leçons 
chirurgicales  de  Fabrice,  suivies  par 
nue  foule  d'auditeurs  de  toutes  les 
nations  ,  furent  avidement  recueillies 
et  publiées  d'abord  par  Jean  Hart- 
mann Beycr,  sous  le  titre  de  Penta- 
teuchus  chirurgicus,  Francfort,  1 692, 
in-8'.,  ibid.  1OU4.  L'auteur,  mécon- 
tent de  cette  édition  défectueuse,  en 
donna  lui-même  une  plus  complète  à 
Padoue ,  en  1617,  in-fol.  fig.  Il  serait 
aussi  superflu  que  fastidieux  d'énumé- 
rer  les  réimpressions  nombreuses  qui 
se  succédèrent  avec  rapidité;  il  suffira 
de  dire  qu'une  des  plus  estimées  est 
la  vingt-cinquième,  intitulée  :  Opéra 
chirurgica ,  in  pentateuchum  et  ope- 
rationes  chirurgiens  clistincla,  Pa- 
doue, 1666,  in-fol.  fig. ,  précédée 
d'une  courte  notice  biographique,  ex- 
traite de  Tomasini.  Parmi  les  versions 
multipliées  de  ce  traité  chirurgical,  on 
en  remarque  une  italienne ,  due  à  Se- 
vciïuo,  Padoue,  1672  ,  in-fol.;  deux 
allemandes,  la  première  par  Uffen- 
bach  ,  Francfort,  i6o5;  la  seconde 
par  Scultet,  Nuremberg,  1672;  plu- 
sieurs françaises,  Rouen,  i658 , 
Lyon,  1670,  etc.  Tous  les  écrits  de 
Fabrice  sont  véritablement  classiques, 
et  justifient  pleinement  leur  grande  re- 
nommée. Si  l'auteur  n'a  commencé 
que  tard  à  les  publier,  c'est  qu'il  vou- 
lait leur  donner  la  perfection  néces- 
saire ,  et  l'on  est  étrangement  surpris 
de  voir  Corning  attribuer  ce  louable 
délai  à  la  faiblesse  de  Fabrizio  dans  la 
littérature  latine  ,  faiblesse  qui,  selon 
le  critique  allemand ,  est  fort  com- 
mune chez  les  Italiens.  Ceux  qui  li- 
ront attentivement  les  œuvres  de  ce 
professeur  illustre,  trouveront  su  con- 
traire son  style  pur,  et  mêmeélégant; 
i's  s'apercevront  aussi  que  la  langue 
d'Ilippocrate  ne  lui  était  pas  moins 
familière  que  celle  de  Gelse;  enfin  ils 
•dameront  la  régularité  du  plan  qu'il 


FAB  4* 

a  suivi ,  la  méthode  claire  et  lumi- 
neuse dont  il  ne  s'est  jamais  écarté. 
On  a  reproché  à  ce  grand  chirurgien 
trop  de  timidité  dans  l'exercice  de  son 
art,  et  pourtant  nous  le  voyons  prati- 
quer et  perfectionner  le  trépan,  em- 
ployer avec  autant  de  hardiesse  que 
de  talent  le  bistouri,  l'aiguille,  le 
trois  quarts  ,  la  rugine  et  même  le  fer 
rouge  ,  quoi  qu'en  dise  Severino.  Hal- 
ler  qui,  certes,  ne  le  juge  pas  avec 
bienveillance ,  est  forcé  de  lui  rendre 
justice  sur  ces  divers  points.  La  place 
que  doit  occuper  Fabrice  d'Acqua- 
pendente  est  aujourd'hui  irrévocable- 
ment fixée.  Regardé  ,  à  juste  titre  , 
comme  un  des  plus  beaux  ornements 
de  l'université  de  Padoue ,  il  est  rangé 
parmi  les  bons  écrivains,  les  plus  fa- 
meux anatomistes  et  les  plus  célèbres 
chirurgiens  du  16e.  siècle.  C. 

FABRICE  ou  FABRI  de  HILDEN 
(Guillaume)  ,  ainsi  nommé  d'un  vil- 
lage près  Cologne  ,  où  il  naquit  le  25 
juin  i56o,  est  encore  fréquemment 
designé  sous  la  dénomination  latine 
de  Fabricius  Hildanus.  Apres  avoir 
fait  ses  premières  études  à  Cologne  , 
il  se  rendit  à  Lausanne  en  i  586 ,  pour 
y  suivre  les  leçons  et  la  pratique  du 
très  habile  chirurgien  Jean  Griffon. 
Les  progrès  du  jeune  disciple  lurent 
aussi  rapides  qu'éclatants;  bientôt  ii 
fut  en  état  de  voler  de  ses  propres  ai- 
les ,  et  obtint  des  succès  que  lui-même 
n'avait  osé  espérer.  Il  voyagea  en  Al- 
lemagne et  en  Fiante ,  puis  revint 
exercer  sa  profession  à  Lausanne, 
ensuite  à  Païerne  où  il  resta  neuf  an- 
nées. Les  magistrats  de  Berne  le  nom- 
mèrent, en  i6j 4, médecin-chirurgien 
et  citoyen  de  leur  ville;  Louis  XIII, 
roi  de  France,  le  choisit  pour  médecin 
de  ses  ambassadeurs  eu  Suisse,  et  il 
remplit  ces  mêmes  fonctions  auprès  de 
divers  princes.  Devenu  sexagénaire, 
il  fut  tourmente'  par  des  accès  de 


42  FAB 

goutte  dont,  pendant  plusieurs  années, 
il  réussit  à  calmer  la  violence.  On  pré- 
sunie  néanmoins  qu'il  employa  des  ré- 
percussifs  qui  déterminèrent  le  trans- 
port de  la  matière  arthritique  sur  la 
poitrine;  car,  à  l'instant  où  il  se  féli- 
citait d'avoir  obtenu  une  guérison  ra- 
dicale, il  fut  saisi  d'un  asthme  très  in- 
tense, auquel  ilsuccomha  le  i  7  février 
i634.  Parmi  les  nombreux  écrits  de 
Fabrice ,  il  n'en  est  pas  un  seul  qui  ne 
contienne  des  faits  importants,  des 
préceptes  utiles  ou  des  vérités  nou- 
velles. 1.  De  la  gangrène  et  du  spha- 
cèle  (en  allemand),  Cologne,  i5q3, 
iu-8°.  Cet  excellent  traité  fut  traduit 
en  latin  ,  en  français,  et  réimprime 
plus  de  douze  lois  du  vivant  de  l'au- 
teur» II.  Des  brûlures  produites 
par  l'huile  et  Veau  bouillantes  ,  le 
fer  rouge,  la  poudre  à  canon,  la 
foudre  ettoute  autre  matière  enflam- 
mée (en  allemand),  Baie,  1607, 
in  8".,  fig.  trad.  en  latin  la  même  an- 
née. III.  Traité  de  la  dysenterie 
(en  allemand),  Baie,  161 6,  in-8°. 
Cet  opuscule  a  été  traduit  en  latin  et 
en  français  :  Haller  pense  que  Fabrice 
le  publia  d'abord  en  cette  dernière 
langue,  à  Païerne,  lorsqu'il  y  exerçait 
la  médecine.  IV.  Nouveau  manuel 
de  médecine  et  de  chirurgie  mili- 
taires ,  enrichi  d'un  arsenal  chirur- 
gical et  d'une  pharmacie  de  campa- 
gne {  en  allemand  ),  Baie,  iGi5,  ia- 
8°.;  ce  manuel,  traduit  en  latin,  a 
paru  sous  le  titre  de  Chirurgia  mili- 
taris,  et  a  été  inséré  dans  divers  re- 
cueil.-.. On  a  aussi  publié  isolément 
X Arsenal  ou  Cista  militaris ,  seu  de- 
signatio prœcipuorum  medicamento- 
rum  insirumentorumque  quibus  ra- 
tionalem  medicum  elehirurgum  cas- 
trensem  instruction  esse  convenu, 
in  classes  viginti  distributa.  V.  Ex- 
position abrégée  de  V importance  et 
de  Futilité  de  Vanatomie  {  en  alle- 


FAB 

roand  ),  Berne,  1624,  in-8°.,  fîg. 
VI.  Sur  la  lithotomie  vésicale  (  en 
allemand),  BâMe,  i6vi6,  in-80.;  trad, 
en  latin  pai  Henri  Schobinger  ,  Bâle  , 
1628,  in-8'.  Vil.  ObservalUmum  et 
curationum  chirurgicarum  centuîioe 
sex ,  imprimées  d'abord  isulémcnt , 
puis  réunies  en  deux  vol.  in-4°«, 
it>4  ï  •  Fabrice  avait  rassemblé  tous 
ses  écrits;  il  était  sur  le  point, de  les 
livrera  l'impression  ,  et  venait  de  ter- 
miner la  dédicace ,  lorsque  la  mort  le 
surprit.  Jean  Beyer  se  chargea  de  pu- 
blier ce  recueil,  qui  parut,  en  latin, 
à  Francfort-sur-le-Mein ,  164O,  iu- 
fol.,  et  en  allemand,  dans  la  même 
ville,  en  i65*2,  in-fol. ,  par  les  soins 
de  Frédéric  Greif.  Parmi  les  éditions 
latines  subséquentes  ,  on  estime  celle 
qu'a  donnée  Jean-Louis  Dufour,  Franc- 
fort, i685,  in-fol.  Les  œuvres  de 
Fabrice  sont  encore  de  nos  jours  une 
source  féconde  d'instruction  ,  maigre 
les  progrès  de  l'art  de  guérir  :  il  en  a 
cultivéavec succès  toutes  les  branches; 
il  savait,  par  expérience,  que  l'anale-* 
mie  doit  être  constamment  la  bous- 
sole du  médecin  et  surtout  du  chirur- 
gien ;  il  prouve  qu'on  chercherait  vai- 
nement à  rétablir  une  machine  très 
compliquée,  si  l'on  n'en  connaît  pas  la 
structure.  Fabrice  joignait  constam- 
ment l'exemple  au  précepte  :  il  a  décrit 
et  figuré  avec  beaucoup  de  soin  les  os- 
selets délicats  de  l'oreille  interne;  il  a 
disséqué  plusieurs  quadrupèdes,  et  ré- 
pandu des  lumières  sur  l'organe  vocal 
de  divers  oiseaux,  notamment  du  ca- 
nard. On  conserve  à  Berne  trois  sque- 
lettes qiM  a  préparés.  Ses  ieeberches 
sur  les  funestes  effets  de  la  torture 
montrent  qu'il  réunissait  à  des  con- 
naissances exactes  la  plus  touchante 
humanité.  :  il  espéra  émouvoir  le  cœur 
des  juges  barbares  qui,  plus  d'une 
fois  ,  ont  surpassé  les  bourreaux  en 
férocité.    Pour  donner  une  idée  de* 


FAB 

travaux  physiologiques  ,  pathologi- 
ques et  thérapeutiques  de  Fabrice ,  il 
suffira  de  signaler  ses  observations  sur 
les  monstres,  le  somnambulisme  et 
l'abstinence  prolongée;  sur  In  dysen- 
terie, l»  paralysie,  l'apoplexie,  la 
pleurésie ,  l'hydropisie  et  les  maladies 
des  enfants;  sur  (efficacité  du  séton 
pour  calmer  et  même  pour  guérir  l'é- 
pilepsieet  la  phtisie;  enfin  sur  l'usage 
et  la  propriété  de  diverses  eaux  miné- 
rales. Mais  c'est  à  la  chirurgie  que  Fa- 
brice doit  son  plus  beau  titre  de  gloire; 
il  peut  être  regarde  comme  le  restau- 
rateur de  cet  art  en  Allemagne ,  de 
même  que  notre  Paré  l'avait  été  en 
France.  Ces  deux  grands  chirurgiens 
semblent  avoir  choisi  les  mêmes  ma- 
tières, et  presque  toujours  ils  ont  pro- 
fessé la  même  doctrine  :  l'un  et  l'autre 
ont  fait  un  examen  spécial  des  plaies 
d'armes  à  feu,  de  la  gangrène,  des 
hernies,  dont  ils  ont  singulièrement 
rectifié  la  méthode  curative  ;  l'un  et 
l'autre  ont  inventé,  simplifié  ou  per- 
fectionné un  grand  nombre  d'instru- 
ments ;  mais  Fabrice  n'a  pas  mis  dans 
ces  réformes  et  dans  ces  inventions  la 
même  réserve,  le  même  discernement 
que  Paré.  Celui-ci ,  d'ailleurs ,  occupe 
incontestablement  le  premier  rang  , 
puisqu'il  a  ouvert  la  carrière  dans  la- 
quelle l'autre  a  marché  glorieusement 
après  lui.  Chrétien-Polyearpe  Leporin 
a  publié  la  Fie  du  célèbre  Guillaume 
Fabrice  de  ffilden,  avec  une  ré- 
ponse à  la  lettre  de  Sigismnnd-  Jac- 
ques Jpin,  QueJlinbourg,  i^n, 
in-4"-;  cette  notice  insignifiante  mé- 
rite à  |  ei;;e  d'êire  consultée        C. 

FABKICE  (  Frédéric  Ernet  ), 
gentilhomme  de  la  chambre  du  prince 
Chrisjpao-Anguste  de  Holstrin  ,  admi- 
nistrateur du  duché  de  ce  nom  pen- 
dant la  minorité  du  duc  Frédéric  ,  ne- 
veu de  Charles  XII.  L'administrateur 
ayant  jugé  à  propos  de  changer  le  mi- 


FAB 


43 


nîslëre ,  envoya  Fabrice  en  1710,3 
Bender,  auprès  de  Charles,  pour 
justifier  cette  mesure.  Fabrice  sut  se 
rendre  agréable  ,  et  resta  plusieurs 
années  avec  le  roi;  il  donna  à  Charles 
le  goût,  de  la  lecture,  et  ce  fut  sur  son 
avis  que  le  monarque  suédois  s'occupa 
à  lire  les  ouvrages  de  Corneille,  de 
Racine ,  de  Boileau.  Lorsque  Charles 
eut  été  menacé  d'être  pris  par  les 
Turcs  ,  et  qu'il  entreprit  de  résister 
avec  le  petit  nombre  d'hommes  qui 
lui  restait,  Fabrice  se  rendit  média- 
teur ,  sans  pouvoir  néanmoins  em- 
pêcher l'effusion  du  sang,  et  la  catas- 
trophe qui  fit  tomber  Charles  entre 
les  mains  des  Turcs.  Il  rendit  compte 
de  sa  mission  et  de  son  séjour  à  Ben- 
der dans  une  suite  de  Lettres  écrites  en 
français,  et  adressées  au  prince  admi- 
nistrateur, et  au  fameux  baron  de 
Gcertz  ;  elles  ont  été  traduites  en  al- 
lemand, et  publiés  à  Hambourg,  1 75g, 
in-8 '-;  et  Gjorwel  a  fait  insérer  en 
suédois,  dans  la  Bibliothèque  sué- 
doise ,  trois  de  ces  Lettres  qui  se  rap- 
portent au  combat  de  Bender;  le 
texte  original  parut  à  Hambourg,  sous 
ce  titre  :  Jnecdoctes  du  séjour  du 
roi  de  Suède  à  Bender ,  ou  Lettres 
du  baron  de  Fabrice ,  en  1 760,  in-8  '. 
Fabrice  mourut  en  Allemagne  dans  un 
état  d'aliénation.  C  —  au. 

FABRICIUS(Calus),  surnommé 
Luscinus,  parce  qu'il  avait  les  yeux 
petits,  l'un  des  plus  habiles  géné- 
raux de  l'ancienne  Rome  ,  est  non 
moins  célèbre  par  son  désintéresse- 
ment que  pour  sa  valeur.  Il  fut  nommé 
consul  en  471  (289,  ans  av.  J.-C), 
remporta  de  grands  avantages  sur 
les  vSamnites,  les  Bruticns  et  les  Lu- 
cauiens,  les  obligea  de  lever  le  siège 
de  Thurium ,  et  fit  sur  eux  un  bu- 
tin si  considérable  qu'après  avoir 
remboursé  les  frais  de  la  guerre  et 
récompensé  ses  soldats ,  il  lui  resta 


44  F  A  B 

une  somme  de  quatre  cents  talents 
qu'il  fit  verser  au  tre'sor  public  le 
jour  de  son  triomphe.  Les  députes 
des  Samuites  qui  s'étaient  rendus  à 
Rome  pour  traiter  de  la  paix ,  vinrent 
remercier  Fabricius  des  bons  offices 
qu'il  leur  avait  rendus  dans  le  sé- 
nat ,  et  voyant  qu'il  manquait  des 
meubles  les  plus  nécessaires,  lui  of- 
frirent une  somme  pour  se  les  procu- 
rer. Fabricius  ayant  étendu  ses  mains 
sur  les  différentes  parties  de  son 
co'-ps  leur  répondit:  Pendant  que  je 
pourrai  commander  aux  choses  que 
j'ai  touchées  rien  ne  me  manquera; 
ainsi  n'ayant  nul  besoin  d'argent  je 
me  garderai  d'en  recevoir  de  ceux 
que  je  sais  en  avoir  affaire.  P.  Val. 
Laevinus,  l'un  de  ses  successeurs  au 
consulat,  ayant  été  défait  par  Pyr- 
rhus l'an  473  (280),  Fabricius  fut 
envoyé  vers  ce  prince  pour  traiter 
de  l'échange  ou  de  la  rançon  des  pri- 
sonniers. Pyrrhus  surpris  qu'un  si 
grand  capitaine  parût  devant  lui  dans 
un  état  qui  semblait  annoncer  la  pau- 
vreté, lui  offrit  de  l'argent  j  mais  Fa- 
bricius ne  voulut  point  en  accepter. 
Un  jour  qu'il  était  assis  à  la  ta- 
ble de  Pyrrhus  ,  il  entendit  Cinéas 
expliquer  la  philosophie  d'Epicurc, 
assurant  qu'elle  consistait  dans  la 
recherche  de  la  volupté  et  l'indif- 
férence sur  la  religion.  (  Voy.  Epi- 
ci're).  a  Fasse  le  ciel,  dit-il,  que 
»  Pyrrhus  et  les  Samnites  prennent 
»  un  grand  goût  à  cette  philosophie 
»  pendant  qu'ils  ont  la  guerre  avec 
»  le  peuple  romain.  »  Une  autre  fois 
Pyrrhus,  charmé  de  la  sagesse  de 
Fabricius,  l'engageait  à  se  fixer  près 
de  lui  ,  lui  promettant  la  première 
place  au  conseil  et  à  l'année.  Il  n'est, 
lui  dit  Fabricius,  nullement  de  votre 
intérêt  de  m'avoir  près  de  vous;  car 
ceux  qui  vous  honorent  et  qui  vous 
admirent  aujourd'hui  voudraient  m'a- 


FAB 
voir  pour  roi  s'ils  avaient  connu  ce 
que  je  sais  faire.  Le  prince  ne  fut 
point  choqué  de  la  hardiesse  de  ce 
discours,  et  au  contraire  lui  accorda 
la  liberté  des  prisonniers  romains  aux 
conditions  qu'il  avait  proposées.  Fa- 
bricius fut  élu  une  seconde  fois  consul 
l'an  475  (  '278  )  aveciEmilius^Papus 
qu'il  avait  déjà  eu  pour  collègue.  In- 
formé que  le  médecin  de  Pyrrhus 
s'était  offert  à  l'empoisonner  moyen- 
nant une  somme  d'argent ,  il  en  fit 
avertir  ce  prince,  prenant  des  pré- 
cautions pour  qu'il  ignorât  d'où  lui 
venait  cet  avis  ;  mais  Pyrrhus  devina 
que  c'était  Fabricius  qui  le  lui  avait 
fait  donner.  Peu  après  eut  lieu  la  ba- 
taille d'Asculum ,  dont  le  succès  fut  si 
incertain  que  les  Romains  n'osèrent 
point  se  flatter  de  la  victoire ,  et  que 
Pyrrhus  quitta  l'Italie  sous  le  pré- 
texte d'aller  au  secours  des  Siciliens. 
L'an  478  (275)  Fabricius  fut  nommé 
censeur  ,  et  on  lui  adjoignit  jEoii- 
lius  Papus  deux  fois  son  collègue  au 
consulat.  Il  se  montra  si  sévère  pour 
l'exécution  des  lois  somptuaires  qu'il 
fit  renvoyer  le  sénateur  Cornélius  Ru- 
fiuus,  parce  qu'on  avait  trouvé  chez 
lui  de  la  vaisselle  d'argent  du  poids 
de  dix  livres.  Dans  un  temps  diffi- 
cile il  avait  brigué  le  consulat  pour  ce 
même  Rufinus,  grand  capitaiue,  mais 
avare.  Comme  on  lui  en  demandait  la 
raison,  c'est,  dit-il,  que  j'aime  mieux 
être  pillé  que  vendu.  Fabricius,  au 
rapport  de  Pline  l'ancien  ,  n'avait 
pour  tous  meubles  d'argent  qu'une 
tasse  et  une  salière  ;  il  virait  des  lé- 
gumes que  lui  produisait  un  petit 
terrain  qu'il  cultivait  de  ses  mains; 
il  mourut  si  pauvre  que  l'élat  fut 
obligé  de  doter  sa  fille.  Cicéron  re- 
marque que ,  par  estime  pour  sa 
vertu,  on  lit  en  sa  faveur  une  excep- 
tion à  la  loi  qui  défendait  les  inhu- 
mations dans  l'intérieur  de  la  ville. 


FAB 

C'est  dans  la  bouche  de  Fabricius 
que  J.-J.  Rousseau  a  place  la  magni- 
fique prosopopée  qui  termine  la  pre- 
mière partie  de  son  discours  sur  la 
question  :  «  Si  les  arts  ont  contrî- 
»  bue  à  épurer  les  mœurs.  »   W— s. 

FABR1CIUS-VEIENTO  ,  auteur 
latin  ,  fut  accuse'  d'avoir  compose' , 
sous  le  titre  de  Mon  Codicile ,  des 
satires  très  mordantes  contre  les  se'na- 
teurs  et  les  prêtres.  Tatius  -  Gemi- 
mis,  son  dénonciateur,  ajoutait  qu'il 
s'était  flatté  d'avoir  assez  de  crédit  sur 
Tempereur  pour  faire  obtenir  des  pla- 
ces à  différentes  personnes.  Ce  dernier 
motif  engagea  Néron  à  évoquer  l'af- 
faire et  à  l'instruire  lui-même. Veiento, 
convaincu  des  crimes  qu'on  lui  repro- 
chait ,  fut  banni  de  l'Italie ,  et  ses  sa- 
tires brûlées  publiquement.  Tacite  re- 
marque que  les  écrits  de  Veiento  ,  re- 
cherchés avec  avidité  tant  que  la  lec- 
ture en  fut  défendue,  tombèrent  dans 
l'oubli  aussitôt  qu'on  put  se  les  pro- 
curer sans  danger.  Fabricius  revint  à 
Rome  après  la  mort  de  Néron  ,  et  ob- 
tint une  place  de  préteur.  Juste-Lipse 
dit  que  ce  fut  lui  qui ,  dans  une  fête 
donnée  au  peuple,  eut  l'idée  de  faire 
paraître  au  milieu  du  cirque  un  grand 
nombre  de  petits  chariots  traînés  par 
des  chiens,  II  vivait  encore  sous  Do- 
fniiien  ,  et  parvint,  dit-on,  par  ses  lâ- 
ches délations,  à  un  haut  degré  de 
puissance  sous  ce  prince  soupçon- 
neux. W~s. 

FABRICIUS  (Théodore),  théolo- 
gien protestant,  et  l'un  des  apôtres 
de  la  réformation  en  Allemagne  ,  na- 
quit le  2  févr.  i5oi  ,  à  Anholt-sur- 
l'Yssel,  dans  le  comté  de  Zutphen.  Ses 
parents  ne  purent  lui  donner  aucune 
sorte  d'éducation.  Obligé  pendant  près 
de  huit  ans  de  suite  de  joindre  au  tra- 
vail de  ses  mains  les  secours  qu'il  ob- 
tenait de  la  charité  publique  pour  faire 
subsister  sa  mère  abandonnée  par  un 


*AB 


4* 


mari  libertin  ;  parvenu  ensuite  à  en- 
trer en  apprentissage  chez  un  cor- 
donnier ,  ce  ne  fut  qu'à  l'âge  de  dix- 
sept  ans  qu'il  put  commencer  à  fré- 
quenter une  école  à  Eramerick.  Sun 
ardeur  pour  l'étude  et  les  heureuses 
disp  jsitions qu'il  laissait  apercevoir  lui 
procurèrent  quelques  encouragements. 
Le  comte  Oswald  de  Bergen  l'envoya 
au  bout  de  cinq  ans  continuer  ses  étu- 
des à  Cologne ,  et  ne  lui  retira  ses  bien- 
faits que  lorsqu'il  apprit  que  son  pro- 
tégé était  allé  a  Wittenberg  où ,  à  l'é- 
cole de  Luther  ,  deMelanchthon  et  de 
Bugenhagen  ,  il  apprenait  l'hébreu, 
et  suçait  les  principes  des  nouveaux 
réformateurs.  Le  jeune  ptosélitc  ne 
perdit  point  courage,  se  réduisit  à 
passer  la  nuit  dans  des  écuries  ,  et  à 
se  nourrir  du  pain  que  distribuaient  à 
leur  porte  les  chanoines  cl  autres  bé- 
néficiers  dont  il  travaillait  de  loin  à 
ruiner  la  puissance  et  le  crédit.  Au 
bout  de  quatre  ans  il  revint  dans  sa 
patrie,  ouvrit  à  Cologne  une  école 
d'hébreu ,  prêcha  en  secret  la  nouvelle 
réforme  ,  et  s'étant  fait  chasser,  se  re- 
tira auprès  du  landgrave  de  liesse 
(Philippe  le  magnanime),  qui  Je 
chargea  de  différentes  fonctions  diplo- 
matiques, en  fit  son  aumônier  après 
l'avoir  d'abord  fait  diacre  à  Cassel  ,  et 
le  fit,  en  i556,  nommer  curé  à  Al- 
leudorf  sur  la  Werra.  L'aumônier  fut 
en  faveur  tant  qu'il  se  prêtait  aux  pas- 
sions de  son  maître;  mais  s'étant 
avisé  de  le  prêcher  sur  la  polygamie , 
l'électeur  ,  qui  n'entendait  pas  raillerie 
sur  ce  chapitre,  le  fit  mettre  en  prison, 
et  confisqua  ses  biens  en  i54o.  Remis 
cependant  en  liberté  au  bout  de  quel- 
que temps,  Fabricius  ,  qui  ne  crut  pas 
sa  vie  en  sûreté  à  cette  cour,  retourna 
en  1 543  à  Wittenberg,  y  devint  pro- 
fesseur d'hébreu  et  de  théologie,  et  en 
1 544  mt  fo'1  premier  pasteur  de  l'é- 
glise St. -Nicolas,  à  Zerbst.  Poursuivi 


46  FAB 

j>ar  les  ennemis  que  lui  attirait  son 
zèle  un  peu  tracassicr,  accuse  lui-même 
d'hétérodoxie,  et  plusieurs  fois  réduit 
à  la  nécessité  de  se  justifier  dans  des 
assemblées  publiques,  il  termina  en- 
fin son  orageuse  carrière  le  i5  sep- 
tembre i55o.  On  connaît  de  lui  :  I. 
Jnslitutiones  grammaticœ  in  lin- 
guam  sanctam,  Cologne,  i52c3, 
1 55 1  ,  in-4°.  II.  Articuli  pro  evan- 
gelicd  doclrind,  ibid.  III.  Tabulœ 
duce  ,  de  nominibus  et  de  verbis  he- 
brœorum ,  Baie ,  Henri-Pierre,  i545. 
IV.  Seize  homélies,  sermons  et  dis- 
cours en  allemand.  On  ne  croit  pas 
qu'ils  aient  été  imprimés.  V.  Un  abrégé 
de  sa  vie;  Théod.  de  Hase  l'a  inséré 
dans  le  premier  fascicule  de  sa  Bi- 
blioih.  Brem.  C.  M.  P. 

FABRIGIUS  (George),  né  à 
Kemnilz  en  Allemagne,  le  li\  avril 
i5i6,  commença  ses  études  dans  sa 
patrie  ,  et  les  finit  à  Freybcrg  et  à 
Leipzig ,  où  il  fut  précepteur  de  Wolf- 
gang,  de  Philippe  et  d'Antoine  Wer- 
ter.  Il  alla  en  Italie  avec  l'aîné  de  ses 
élèves  ,  revint  en  Allemagne ,  fut 
nommé  en  1 555  directeur  du  collège 
de  Meissen ,  et  mourut  le  1 5  juillet 
1 57 1.  11  avait,  sur  la  fin  de  l'année 
précédente,  obtenu  des  lettres  de  no- 
blesse de  l'empereur  Maximilicn  H. 
George  Fabrieius  fut  poète  latin  et 
historien.  Ses  poésies  lui  méritèrent 
la  couronne  poétique  :  on  y  remarque 
une  grande  affectation  de  n'employer 
aucun  mot  qui  sentît  tant  soit  peu  le 
paganisme  ;  et  il  blâmait  les  poètes 
qui,d.ms  leurs  ouvrages,  employent 
les  divinités  païennes.  Tout  ce  qu'il  a 
écrit  sur  Pbh>toire  de  son  pays  est, 
au  jugement  de  Niccron  ,  plein  de 
grandes  recherches  ,  exact  et  estimé. 
L<-ng;et  Dufresnov  qualifie  aussi  G.  Fa- 
brieius d'auteur  exact  et  estimé.  On 
trouve  la  liste  de  .ses  ouvrages  dans 
les  Mémoires  de  Nicéron,  t.  XXXI I , 


FAB 

et  encore  dans  la  Centuria  Fabri* 
ciorum.  Les  plus  remarquables  qu'il 
ait  donnés ,  soit  comme  auteur ,  soit 
comme  éditeur  ,  sont  :  1.  Terentii 
Ajri  comediœ  sex  cum  castigatione 
duplici  Joannis  Bivii  et  G.  Fabricii, 
Strasbourg ,  ;  548 ,  in-8  '.;  réimp.  par 
les  soins  de  J.  Caincrarius,  1 5^4  »« 
in-8°.  ;  IL  Borna,  sive  Liber  utilissi- 
mus  de  veteris  Romœ  situ ,  regio- 
nibus ,  viis ,  templis  et  aliis  œdifi- 
ciis,  Baie,  i55o,  in-8'.;  i56o,  in- 
8\  ;  édition  augmentée,  Bile ,  1587, 
in-8".  :  c'est  d'après  cette  dernière  édi- 
tion que  Grœvius  a  reproduit  l'ou- 
vrage dans  ses  Anliquitàtes  Roma- 
nce; ce  n'est  que  la  première  que  l'on  a 
réimprimée  dans  la  Borna  iUustrata, 
Ant.  Thysii ,  \rnstcrdam ,  1657, 
in- 12  ;  III.  Firgilii  opéra  cum  com- 
mentants Servii  et  T.  C.  Donali , 
Bâle,  1 55 1 ,  in-f. ;  IV.  Firgilii  opéra  à 
Fabricio  castigata  ,  Lt ipzig ,  1 55 1 , 
i5gi  ,  iu-8°.;  V.  Poématum  sacro- 
rum  libri  quindecim ,  Bâle,  i5tio, 
in- 16  :  c'est  le  Recueil  des  poésies 
de  Fabrieius ,  qui  en  donna  une  nou- 
velle édition  augmentée,  en  25  livres 
(1567,  in-8°.);  VI.  Poëmatumve- 
terum  ecclesiasticorum  opéra  chris- 
tiana  et  operum  reliquiœ  ac  frag- 
menta^ 1  56i  ,  in-4".  J.-A.  F dnieius  , 
dans  sa  Bibliolheca  lalina,  lib.  IT, 
cap.  2,  donne  le  détail  de  son  con- 
tenu ,  et  à  la  suite  l'indication  des 
poètes  chrétiens  omis  par  George. 
1).  Liron  (Singularités  historiques , 
livre  III  ,  pag.  i^\  )  n'hésite  pas  à 
traiter  G.  Fabrieius  de  corrupteur 
des  ouvrages  des  anciens ,  et  rap- 
porte a  l'appui  une  observation  qu'a- 
vait déjà  laite  J.-A.  Fabrieius.  VII. 
De  re  poëtica  libri  septnn ,  i5(36, 
in-8'.,  souvent  réimprimé.  J.-A.  Fa- 
brieius indique  ce  livre  comme  étant 
à  l'usage  des  enfants  et  des  cU 
VIII.  Iierum  Misnicurum  libri  sep- 


FAB 

tem,  i56q,  in-4°.  ;  IX.  Originum 
illustrissime  stirpis  Saxonicce  libri 
septem ,  1 597  ,  in-fol.  L'ouvrage  pré- 
cédent y  est  reproduit.  Une  nouvelle 
édition ,  augmentée  de  deux  livres  par 
Jacques  Fabricius,  fils  de  George, 
fut  donnée  sous  le  titre  de  Saxoniœ 
illustralœ  libri  novem,  Leipzig,  1 606, 
in-fol.  X.  Rerum  Germanice  magnce 
et  Saxoniœ  universœ  memorabilium 
volumina  duo,  Leipzig,  1609,  in- 
folio. Edition  donnée  par  Jacques  Fa- 
bricius :  on  y  trouve  encore  l'histoire 
de  Misnie.  A.B — t. 

FAliRIGIUS  (Theodose),  théo- 
logien luthérien  ,  neveu  du  précédent, 
était  fils  d'André  Fabricius ,  mort 
pasteur  de  l'église  St. -Nicolas  à  Eisle- 
ben  le  16  octobre  i5^7,  et  connu 
par  des  poésies  latines  et  par  quel- 
ques ouvrages  ascétiques  écrits  en 
allemand.  Né  à  Noidhausen  en  i5f>o, 
le  jeune  Théodose  fit  ses  études  à 
Wittenberg,  et  fut  placé  en  1 586  à 
l'église  de  Hertzberg  en  qualité  de 
surintendant  ;  le  soupçon  d'attache- 
ment secret  au  calvinisme  lui  ayant 
fait  perdre  cet  emploi  ,  il  obtint  la 
direction  de  l'église  de  St. -Jean  à 
Gôtlingue,  et  une  chaire  de  théolo- 
gie au  gymnase  de  la  même  ville;  il 
passait  pour  habile  helléniste, et  pen- 
dant qu'il  suivait  ses  études  à  Wit- 
tenberg, Jacques -Andréœ  et  Mart. 
Crusius  se  félicitèrent  de  ce  qu'il  pût 
revoir  et  corriger  les  épreuves  de 
leurs  dissertations  sur  la  Confession 
d'Augsbourg,  qu'ils  publièrent  en  grec 
et  en  latin.  Fbricius  avait  aussi  une 
grande  réputation  comme  prédica- 
teur, et  on  assure  que  de  grands  per- 
sonnages sont  souvent  venus  de  loin 
pour  l'entendre.  Il  mourut  à  Gôttingue 
le  7  août  1  597.  Outre  quelques  ou- 
vrages ascétiques  en  latin  et  en  alle- 
mand ,  il  a  publié  une  Harmonie  des 
quatre  évangiles  ea  quatre  langues 


FAB  47 

(  latin,  grec,  hébreu  et  allemand), 
et  il  a  traduit  d'allemand  en  hébreu  le 
petit  Catéchisme  de  Mathieu  Richter 
(Judex)y  connu  ordinairement  sous 
le  ti're  de  Corpus  doctrinœ  ex  novo 
testamento.  F»  éd.  Christian  Lesser, 
parleur  à  Noidhausen ,   a  publié  en 
1 749  "ne  notice  sur  la  vie  de  Théo- 
dose Fabricius  (en  allemand).  C.M.P. 
FABRICIUS  (  François  )  ,  né  à 
Ruremonde  ,  vers   1 5 1  o  ,  étudia  les 
langues  grecque  et  latine  ,  puis  la  mé- 
decine; il  fut  médecin  à  Aix-îa-Cha- 
pclle  vers  1 545,  et  l'était  encore  en 
1 55o.  On  a  de  lu|:  l.  Thermœ  aquen- 
ses  sive  de  Balneorum  naturalium  , 
prœcipue   eorum  quœ  sunl  Aquis- 
graniet  Porceti,  naiurd  et  facultati- 
bus  ,    1 546,  in-4°.  ;  1 564  ?  in-12; 
Divi  Gregorii  Nazianzeni  tragœ- 
dia    Christus  patiens ,   latino  car" 
mine  reddita ,  Anvers  ,  1 55o ,  in  8  '. 
On  sait  aujourd'hui  que  cette  tragédie 
n'est  pas  de  S.  Grégoire;  quelques- 
uns  l'attribuent  à  Apollinaire  de  Lao- 
dicée.  Cependant  Jacques  de  Billy  l'a  . 
comprise  avec  une  traduction  de  Roil- 
let,  dans  les  OEuvrcs  de  ce  Père. 
A.B— -t. 
FABRICIUS  (François)  ,  nomme 
aussi  Lefevre,né  à  Duren ,  dans  le  du- 
ché de  Juliers,  en  i524  ,  vint,  sur  la 
réputation  des  professeurs ,  achever 
ses  études  à  Paris  au  collège  de  France; 
il  eut  pour  maîtres  Ramus  et  Tur- 
nèbe  ;  revint  ensuite  dans  son  pays , 
obtint  en  i55o  le  rectorat  deDussel- 
dorf,  et  mourut  le  25  février  1575. 
Il  a  fait  imprimer  :  I.  Lysiœ  oratic- 
nes  */«#,  Cologne,  grec  et  latin,  i554, 
in- 1 2  ;  Anvers ,  1 565  ,  in-  1 2  :  la  tra- 
duction latine  est  de  Fabricius  ;  IL 
Pauli  Orosii  adversus  paganos  his- 
toriarum  libri  septem,  etc.,  quibus 
accedit  Apologelicus  contra  Pela- 
gium  de  arbitra  libertate  ,  Cologne, 
i56i;in-i2j  i574;iu.-i2j  i582? 


48  F  A  B 

in- 12  ;  Maïcnce,  i6i5,  in-12;  III. 
Commentarius  in  oralionem  Cice- 
ronis  pro  Ligario ,    i56i,  in-12; 

IV.  Notœ  in  or  a  lianes  Ciceronis  pro 
Fonteio ,  pro  Milone ,  et  de  provin- 
ciis  consularibus ,  Cologne,  in-12; 

V.  Plutarchi  de  Uberis  educandis 
liber,  latinus  factus ,  Anvers ,  i565, 
in-12  ;  VI.  Ciceronis  historia  per 
consules  descriptaet  in  annos6/\dis- 
lincta  ,  Cologne  ,  1 564  ?  in-12; 
i5^o,  in-12;  réimprime'  dans  l'é- 
dition de  Cice'ron  des  Aides  de  i582, 
et  dans  l'édition  de  Grnter.  Grono- 
vius  en  donna  une*  édition  séparée 
avec  des  notes,  1727,  in-12.  Vif. 
In  sex  Terentii  comœdias  anno- 
taliones,  1 505 ,  in-12;  V 1 1 1 .  Dis- 
ciplina Scholœ  Dusseldorpiensis  , 
i566,  in-12;  IX.  Annolaliones  in 
tjuœstiones  Tusculanas  Ciceronis, 
i56g,  in-12;  X.  Notœ  in  verrinas 

primant  et  secundam,  i5-2,  in-12. 
Lengi<tDufresnoy  attribue  à  Fabricius 
de  Motibus  gallicis  relatio  ,  1 588 , 
iu-8  '.  ,  et  Continuatio  qud  de  totius 
Europœ  prresenti  siatu  disseritur  , 
i5g2,  in-8'.  Lelong  les  lui  attribue 
aussi  sans  en  rien  rapporter  que  les 
titres.  Ces  bibliographes  rangent  ces 
livres  au  nombre  de  ceux  qui  con- 
cernent le  règne  de  Henri  III;  et 
ce  prince  ne  commença  à  régner  qu'un 
au  après  la  mort  de  Fabricius. 

A.  H— T. 
FABRICIUS  (Ardre),  ou  Le 
Fevre ,  né  probablement  vers  i520, 
à  Hodège,  dans  le  pays  de  Liège,  fit 
sa  théologie  a  Ingolstadt ,  professa 
cette  science  à  Louvain  en  1 555  ;  alla 
à  Borne  ,  en  qualité  d'orateur  auprès 
de  Pie  IV,  du  cardinal  Othon-Truch- 
sès  ,  évêque  d'Augsbourg  ;  revint  en 
Allemagne  après  six  ans  ,  fut  cons<  il- 
ler  du  duc  de  Bavière,  et  prc'\ôt 
d'Alt-Octing,  où  il  mourut  en  i58i. 
Un  a  de  lui  :  Heligio  patiens  ,  tra- 


FAB 
gœdia,  qud  sœculi  nostri  exhibent 
tur  calamitates  ,  Cologne  ,  1  506  , 
in-12  ;  II.  Samson  ,  tragœdia  ex 
sacra  Judicutn  historia,  I56n,  in- 
12  ;  III.  Harmoniœ  ,  quee  nulla  est  , 
confessioTiis  Augustanœ  cum  doc- 
trind  evangelied  consensum  de.cla- 
rans ,  liber,  i5-5,  in-folio;  réimp. 
en  1587.  Fabricius  y  réfute  en  dé- 
tail tous  les  articles  de  la  confession 
d'Augsbourg.  IV.  Catechismus  ro- 
manus  ex  decreto  concilii  tridenlini, 
luculentis  quœstionibus  distinctus  , 
brevïbusque  annotatiunculis  éluci- 
dants, 1570,  in-8°.  ;  1574  ,  in-8°.  ; 
V.  Jéroboam  rebellans  ,  tragœdia  > 
i585,  in-12.  Paquot  le  fait  auteur 
d'un  ouvrage  allemand  intitulé  :  Lu- 
nettes  sur  la  prunelle  évangélique  , 
qu'il  présume  être  dirigé  contre  un 
écrivain  protestant ,  qui  répliqua  par 
une  brochure  allemande  intitulée  :  Le 
Nettoyeur  de  lunettes  ;  ce  qui  fit 
naître  une  nouvelle  brochure  de  Fa- 
bricius, dont  le  titre  annonce  que  le 
Nettoyeur  a  pris  une  peine  inutile. 
— U  n  autre  André  Fabricius  a  place  , 
comme  homme  d'état,  dans  le  Thed- 
trum  de  Paul  Freher;  mais  il  ne  pa- 
raît pas  avoir  laissé  d'ouvrages.  11  na- 
quit en  Silésie  en  1 5 4 7  ,  prit  le  bon- 
net de  docteur  en  droit  à  Tubingen 
en  1578,  fut  en  i58o  créé  conseiller 
des  ducs  de  Prusse ,  et  en  1  5q2  vice- 
chancelier  à  Kœnigsbcrg  ;  il  y  mourut 
le  14  janvier  1602.  A.B — t. 

FABRICIUS  ou  SMITH  (Guil- 
laume), né  à  Nimègue ,  vers  l'an 
1  555,  docteur  en  théologie  à  Louvain  , 
successivement  président  du  collège 
de  Houterle  et  du  petit  collège,  etc., 
mort  le  7  mars  1628,  a  publié  D. 
Leonis  magni  in  dominicain  passio~ 
nem  enarralio  ,  1600,  in-12,  avec 
notes  ;  il  est  auteur  du  Confutatio 
censurœ  quorumdam  thcologorum 
Parisicnsium  in  quasdam  propos i- 


FAB 

liones  ex  R.  P.  Saviarellœ  Ubris 
collectas  ,  ouvrage  anonyme,  1627, 
in-4°.  Le  P.  S»ntarelli,  jésuite  italien, 
avait  publié,  en  i6-25,  un  traité  De 
Hœresi,  etc.,  où  il  disait  que  le  pape 
peut  punir  les  rois  des  peines  tem- 
porelles, et  dispenser,  pour  de  justes 
Causes,  leurs  sujets  du  serinent  de 
fidélité. Ce  livre  fut  condamné  au  feu 
par  arrêt  du  Parlement,  du  i3  mars 
i(j'2(5;  la  Sorbonne  condamna  aussi 
l'ouvrage,  et  c'est  contre  cette  cen- 
sure que  s'élève  Fa'01  icius.  A.  B — t. 
FAisRIClUS(  Jean)  naquit  à  Os- 
tcrla  ,  près  de  Norden,  dans  l'Ost- 
Frisc;  il  fil  un  voyage  en  Hollande, 
où  il  apprit  à  construire  les  télescopes 
par  réfraction.  Dès  qu'on  eut  fait  la 
découverte  de  ce  genre  de  lunettes  , 
on  les  dirigea  contre  la  lune,  Jupiter 
et  Saturne ,  et  l'on  y  découvrit  des 
choses  remarquables.  Poussé  p -ir  la 
même  curiosité,  Fabi -icius  porta  ses 
regards  vers  le  soleil,  et  ne  tarda  pas 
à  y  apercevoir  des  taches.  Il  reconnut 
que  ces  apparences  n'étaient  ni  dans 
l'œil ,  ni  dans  l'air,  ni  dans  le  verre  ; 
qu'c'les  se  mouvaient  avec  le  soleil, 
qu'elles  devaient  lui  être  adhérentes  , 
et  qu'enfin  la  rondeur  du  globe  solaire 
était  la  cause  de  la  diminution  de  ses 
taches  vers  les  bords.  Fabrieius  rap- 
pelle même  la  conjecture  de  Kepler 
sur  la  rotation  du  soleil.  Il  fit  impri- 
mer le  détail  de  ses  observations  sous 
ce  titre  :  Joli.  Fabricii  phrysii  de 
tnaculis  in  sole  observatis  ,  et 
apparente  earum  cum  sole  conver- 
sione  narraûo  ,  Wiît.ctiherg ,  1G1  1  , 
petit  in-4".  L'épîlre  dédicatoire  est 
cbtée  du  i5  juin  161 1  :  c'est  le  pre- 
mier ouvrage  où  il  soit  question  des 
taches  du  soleil,  Lalande  l'a  donné 
presqu'en  entier  dans  ses  suppléments 
torn.  IV,  1781  ,  et  dans  les  mémoires 
de  l'académie  pour  l'année  1778.  Ga- 
lilée trouve  donc  dans  Fabrieius  un 

XIV. 


FAB 


49 


concurrent  qui  lui  dispute  fortement 
la  découverte  des  taches  du  soh  i!.  Si 
l'on  consulte  les  titres  publics,  Fabri- 
eius les  aurait  même  vues  et  décrites 
avant  Galilée.  Mais  il  n'y  a  pas  de 
doute  que  celui-ci,  de  son  côté,  n'ait 
aussi  fait  la  même  découverte,  qu'il 
ne  soit  allé  plus  loin  que  son  rival,  et 
dans  la  manière  d'expliquer  le  phéno- 
mène ,  et  dans  le  parti  qu'un  pouvait 
en  tirer;  seulement  on  a  eu  tort  de 
n'en  faire  honneur  qu'à  lui.  Comme 
le  dit  Bailli  :  «  Lorsqu'un  h  mine  de 
»  génie  s'est  élevé,  s'est  fait  connaître, 
»  il  enchaîne  l'attention  de  tous  les 
»  esnrits  ;  ou  épie  ses  regards ,  on  re- 
»  cueille  ses  paroles;  ceux  qui  sont 
»  assis  plus  bas  ne  sont  pas  enten- 
»  dus.  »  C'est  ce  qu'éprouva  Fabri- 
eius, et  nous  ne  faisons  ici  que  lui 
rendre  la  justice  qui  lui  est  due.  On 
ignore  l'époque  de  la  mort  de  Jean 
Fabrieius,  mais  on  sait  qu'il  vivait  en- 
core en  mai  1CM7.  —  Son  père.  Da- 
vid Fabricius  )  avait  découvert  eu 
i5q6  l'étoile  changeante  de  la  baleine 
Celui-ci  est  remarquable  par  des  ob- 
servations astronomiques  et  par  une 
explication  de  la  route  elliptique  que 
Kepler  avait  assignée  aux  planètes.  Il 
suppose  que  cette  courb"  n'est  qu'ap- 
parente, et  qu'elle  résulte  de  la  com- 
posifïbn  de  plusieurs  cercles.  L'astro- 
nomie était  déjà  trop  avancée  pour 
qu'une  pareille  explication  eût  le  moin- 
dre succès.  Le  système  dePtoléraée  et 
les  mouvements  circulaires  étaient  dé- 
truits pour  jamais ,  et  il  n'y  avait  plus 
de  philosophie  à  combattre  pour  eux. 
David  Fabricius  exerçait  les  fonctions 
du  ministère  pastoral  à  Osterla  ,  et 
fut  tué  en  1617  par  un  paysan  qu'il 
avait  traité  publiquement  de  voleur 
dans  ses  prédications;  il  est  auteur 
d'une  chronique  d'Ost-Fi  ise ,  écrite 
en  bas  allemand,  et  publiée  à  Embdeu 
en  1640  avec  une  continuation.  iN — r. 

4 


5o  FAB 

FABRICIUS(  Laurent),  profes- 
seur d'hébreu  à  l'université  de  Wit- 
temberg, naquit  à  Dantzig  en  i555  , 
d'un  négociant  de  cette  ville.  Voué 
aux  lettres  dès  son  enfance  par  ses 
parents ,  il  fit  ses  premières  études 
dans  le  collège  de  Dantzig,  parcourut 
ensuite  les  universités  de  Francfort, 
de  Wilteinberg ,  de  Leipzig ,  de  Iena  , 
de  Tubingen  et  de  Strasbourg.  Il  resta 
assez  long-temps  dans  cette  dernière 
vtlle,  s'y  fortifia  dans  la  langue  hé- 
braïque, et  étant  revenu  à  Wittem- 
berg en  1 587 ,  il  y  fut  reçu  maître 
en  philosophie.  Etant  ensuite  retourné 
àléna,  il  y  ouvrit  une  école.  Ses  con- 
naissances en  philosophie,  en  théolo- 
gie et  en  hébreu  le  firent  élire  pro- 
fesseur d'hébreu  dans  l'université  de 
Wittemberg  en  i5Q3t  et  il  occupa 
cette  chaire  jusqu'à  sa  mort ,  arrivée 
le  a  1  avril  1629.  On  a  de  ce  savant  : 
I.  De  schemhamphorasch  usu  et 
àbusu  apud  Judœos ,  Wittemberg , 
1 5()6 ,  in-8 °.  ;  II.  Partitiones  codicis 
hebrœi,  ibicl. ,  1610,  in-4°»  ;  1626 
et  1671 ,  in-8°.  Cet  ouvrage,  fort  es- 
timé de  son  temps,  se  trouve  réim- 
primé dans  le  Thesaur.  lïbr.  philo- 
logie. deTh.Crenius.  III.  Oratio  de 
lingud  hebrœd ,  ibicl. ,  1 594  ;  IV.  De 
reliquiis  sanclis  Syrarum  vocum  in 
N.  T.  asservatis ,  ibicl. ,  i6i3>  in- 
4°;  V.  Metrica  hebrœorum  vêtus  et 
nova,  ibicl.,  in-8°.  VI.  Epistola  ad 
Joh.  Buxtorfium.  Cette  lettre  dans 
laquelle  L.  Fabricius  engage  J.  Bux- 
torf  à  soutenir  l'antiquité  des  points 
voyelles  du  texte  hébreu  des  Livres 
saints,  se  trouve  dans  les  Cutaîecta 
theologico-philologica ,  donnes  par 
J.  Buxtorf,  Bàle,  1707,  in-8'.  (  F. 
Chr.  Cmne-ius.  )  J N. 

FABRICIUS  (Jean),  néen  i56o, 
après  avoir  fini  ses  étude.,  à  AltorflT, 
y  éleva  une  école,  où  les  principaux 
habitants  de  la  ville  envoyèrent  leurs 


FAB 

enfants.  Il  entra  ensuite  dans  l'état 
ecclésiastique,  et  après  quarante-huit 
ans  d'exercice  dans  ces  fonctions,  il 
mourut  en  i656,  âgé  de  soixante- 
seize  ans  et  cinq  mois.  On  a  de  lui 
une  dissertation  de  Dignitate  con- 
jugii ,  Nuremberg,  1 592.  —  Son  fils , 
Fabricius  (Jean),  théologien,  né  à 
Nuremberg ,  le  3 1  mars  1 6 1 8  ,  fut 
élevé  par  Jean  Gravius,  alla  succes- 
sivement, étudier  à  Iena  ,  Leipzig  , 
Wittemberg  et  Altorff,  fut  ministre 
dans  cette  dernière  ville ,  et  y  eut  une 
chaire  de  théologie.  Après  avoir  pro- 
fessé sept  ans ,  il  fut  appelé  à  Nurem- 
berg, où  il  devint  pasteur  deSte.  Ma- 
rie. On  a  de  lui  :  I.  EcclesicË  Noriber- 
gensis  paslorum  responsio  ad  litte- 
ras  ministerii  Berolinensis ,  16GO. 
Fabricius ,  auteur  de  cet  ouvrage  , 
l'avait  communiqué  à  Ch.-J.  Bulcholz, 
qui,  le  jugeant  utile,  le  fit  imprimer 
à  l'insu  de  l'auteur;  IL  Conciones  in 
Augustanam  confessionem  cum  an- 
notationibus  latinis  ,  Nuremberg  , 
1 655  ;  IW.JJonciones  in  librum  Jobiy 
Nuremberg,  1681  ;  IV.  Prœlectiones 
seu  systema  theologicum,  Altorff, 
1681 ,  publié  par  son  fils;  V.  Com- 
mentalia  de  bonorum  operum  ad  sa- 
lutem  necessitate ,  Helmstadt,  1709; 
VI.  Quelques  Discours,  dont  son  fils 
donna  la  liste  dans  son  Ilist.  bibl. 
Fabricianœ,  tom.  V,  pag.  i54«Le 
Moreri  de  1759  dit  qu'on  a  de  lui 
«  un  Traité  latin  du  Faux  zèle  des 
»  Gentils  ,  et  un  écrit  intitulé  : 
»  Raphaël ,  ouvrage  de  piété  cou- 
»  sacré  à  son  usage.  »      A.  B — t. 

FABRICIUS  (Jean),  petit-fils  et 
fils  des  précédants  ,  né  à  Altoif.' 
1644 j  théologien,  philologue  et  bi- 
bliographe ,  fut  conseiller  du  duc  de 
Bi  unswick  -  Lunebourg,  inspecteur- 
général  des  écoles  du  duché  (le  Bruns- 
wick, et  associé  de  l'académie  royale 
des  sciences  et  belles-lettres  de  Berlin. 


FAB 

îl  mourut  le  29  janvier  17*29.,  Ou  a 
de  lui  :  I.  Oraiio  de  utililate  quam 
théologien  studiosus  ex  itinere  ca~ 
père  potest  italico,  1678,  in  -4°.; 
II.  Dissertalio  de  altaribus ,  Helm- 
stadt,  1698,  in-4°.jHÏ.  Amœnilates 
theologicœ,  1690,  iu-4°'î  IV.  Le 
Recueil  des  OEuvres  d'Ottavio  Fer- 
rari, 1 7  1  1 ,  2  vol.  in-4°.  î  V.  Histo- 
ria  bibliothecœ  Fabricianœ ,  Wol- 
fenbuttel,  17 1  7-1724,  6  vol.  in-4°. 
L'auteur    passe    successivement    en 
revue  tous  les  ouvrages  qui  compo- 
sent sa  bibliothèque;  il  donne  une 
notice  sur  les  auteurs ,  et  relève  les 
erreurs  qu'il  a  aperçues  daus  leurs 
livres  :  il  n'en  a  pas  été  exempt  lui- 
même;  mais  son  travail  prouve  une 
immense  érudition  ;  et ,  non  -  seule- 
ment fait  les  délices  des  amateurs  de 
l'histoire  littéraire,  mais  encore  peut 
être  consulté  avec  fruit  par  les  sa- 
vants qui  voudront  donner  de  nou- 
velles éditions  d'auteurs  anciens.  Il 
avait,  en  i68r ,  publié  les  Prœlec- 
tiones  de  son  père,  Jean  Fabiïcius. 
A.  B— t. 
FABRICIUS  (Samuel),  d'Eisle- 
ben,  en  Saxe,  né  à  la  fin  du  16e. 
siècle ,  était  ministre  à  Zebest ,  quand 
il  publia  sa    Cosmotheoria  sacra  , 
Francfort-sur-lc-iVIein ,  i6i5  ,  in-8".; 
réimp.  à  Baie ,  1675  ,  avec  des  consi- 
dérations sur  les  bienfaits  de  Dieu. 
Ce  sont  des  réflexions  sur  le  psaume 
104e.  ;  elles  durent  naissance  ,   dit 
J.  Fabricius,  aux  Conciones  du  même 
auteur  sur  le  même  psaume ,  divisées 
en  sept  livres  :  dans  le  premier,  i[ 
parle  du  monde  en  général;  daus  le 
second ,  du  ciel ,  des  nuages  et  de 
l'air;  dans  le  troisième,  des  anges; 
dans  le  quatrième,  de  la  terre  et  des 
eaux;  dans  le  cinquième,  de  la  pluie 
et  des   fruits  de  la  terre  ;  dans  le 
sixième,  du  soleil ,  de  la  lune  et  des 
étoiles  ;  dans  le  septième ,  de  la  mer. 


FAB  5t 

—  Fabricius  (  Etienne  ) ,  ministre  à 
Berne  dans  le  17e.  siècle,  adonné: 
I.  Conciones  in  prophelas  minores  , 
164 1,  in-fol.;  II.  Conciones  s aerce 
in  decalogum ,  1649,  in-4°«î  HI» 
Conciones  sacrœ  fest'witatibus  an- 
nuis  habilœ,  i65G,  in-4°.;  IV.  In 
CL  Psalmos  Davidis  et  aliorum 
prophelarum  conciones  sacrœ,  1 664? 
in- loi.  A.  B — t. 

FABRICIUS  (Jean)  naquit  à  Dant- 
zig  le  1 7  février  1 608.  Après   avoir 
commencé  ses  études  dans  cette  ville , 
il  les  continua  à  Rostoch ,  à  Leipzig , 
à  Wittenberg  ,   à  Kœnigsberg  et  à 
Leyde  où  il  se  rendit  successivement. 
Hséjourna  un  an  et  demi  à  Leyde  ,  et 
y  étudia  l'arabe  et  le  persan  sous  Go- 
lius.  En  iô35  il  retourna  à  Rostoch, 
y  prit  le  degré  de  maître  en  philoso- 
phie. Pendant  le  séjour  de  quatre  an- 
nées qu'il  y  fit ,  il  euseigna  les  langues 
orientales,    l'arabe  surtout,  avec  un 
grand  succès,  et  chercha  à  établir  une 
typographie  arabe.  Eph.  Piaetor  nous 
apprend  (Athenœ.  Gedanenses  )  qu'il 
prononça,  en  i655,  un  discours  De 
dignitate  etcojnmendalioneling.  ar.; 
qu'il  fit  imprimer  en  i656,  in-fol. , 
un  spécimen  de  ses  caractères  ,  con- 
tenant un  petit  poëme  d'Avicenne,  et 
qu'il  surveilla  l'impression  d'une  édi- 
tion arabe  de  l'Alcoran,  accompagnée 
d'une  Version  latine;  mais  cette  édi- 
tion projetée  n'a  point  paru.  Vers  cette 
même  époque  Fabricius  quitta  Ros- 
toch pour  voyager  ;  il  visita  le  Dane- 
mark ,  revint  à  Dantzig  eu  i658  ,  re- 
partit de  nouveau  pour  le  Danemark, 
et  parcourut  la  Suède,  le  Holsteiu,  la 
Hollande ,  l'Angleterre  et  la  France. 
Pendant  un  séjour  de  quelques  mois  à 
Paris,  il  se  rendit  la  langue  française 
si  familière,  qu'il  prononça  un  dis- 
cours français  à  Amsterdam  à  sou  re- 
tour.   Enfin   il  revint  à  Dantzig,  en 
1642  ,  après  une  absence  de  seize  ans, 

4- 


52  FAB 

et  y  fut  nomme  la  même  année  pas- 
teur du  temple  de  Saint-liarthélemi. 
Eu  i65o  il  remplaça  Abr.  Calov 
dans  la  chaire  de  théologie  etde  langue 
hébraïque.  Il  mourut  de  la  peste  le  i  o 
septembre  iG53.  Voici  la  liste  de  ses 
ouvrages  :  I.  Dissertalio  philologica 
dénomme Jehov ah  ,  Danlzig,  i656, 
in-4°.;  II.  Diascepsis  de  incarna- 
tione'Aoyov ,  summi  et  supremi  Dei 
Christi,  Bostoch  ,  1637,  in-4".  III. 
Carmen  arabicum  gratulalorium 
M.  Johanni  Rauun  de  professione 
eloquentiœ  in  acad.  Rostochi. ,  d.  1 4 
febr.  1637  collatd,  Bostoeh,  in-4  • 
IV.  Hymnus  angelicus  sacra  médi- 
tations expressus  ;  item  Oratio  pa- 
triarchœ  Antiocheni  ,  de  nativitate 
Christi,  ex  arab.  in  ling.  la  t.  trans- 
lata ,  Dantzig  ,  i65tf,  in-4  •  t  et 
Leyde,  1640.  V.  Spécimen  arabi- 
cum quo  exhibentur  aliquot  scripta 
arabica  partinx  in  prosd ,  partim  li- 
g'ttd  oratione  composita,  jam  pri- 
mant in  Germania  édita  ,  versione 
latind  donala,  analysi grammaticd 
expedita ,  notisque  necessariis  illus- 
trata  ,  Rostoch,  1 658  ,  in  4 "•  Cet 
ouvrage  contient  la  première  séance 
de  Ha  ri  ri;  un  poème  d'Aboul'oIa,  un 
autre  d'ibn  Faréd ,  et  deux  autres 
intitules  :  l'un,  Judicium  de  soluto 
dicendi  génère  arabuin  proprio  ;  et 
l'autre,  Coronis  de  poësi  arabuin.  Le 
volume  est  termine  par  une  table  la- 
tine des  mots  :  la  traduction  des  deux 
premières  pièces  avait  été  communi- 
quée à  Fabncius  par  Goliu.s  qui  les 
lit  réimprimer  par  la  suite.  VI.  Mahu- 
medis  testamenlum  ,  swe  pacticum 
christianis  in  oriente  inita  ;  item  , 
Theodori  Bibliandri  apologia  pro 
editione  Alcorani,  ibid. ,  i()58, 
in-4  •  Fabrieius  a  simplement  réim- 
primé ici  la  versitfn  latine  de  G  ab.  Sio- 
nita.  VII.  Dissertalio  dematrimonio 
compriviçnorum  ;  VIII.  Dissertalio 


FAB 

de  admirabili  vi  eruditionis ,  K05- 
torh  ,  1 039.  Voy.  sur  ce  savant  l'ou- 
vrage déjà  citéd'Ephr.  Prœtor.J — w. 
FABR1C1US(  Vincent),  né  à 
Hambourg,  le  25  septembre  1612, 
fit  ses  études  à  l'université  de  Leyde , 
et  y  prit  ses  grades  en  médecine  en 
1 63  4.  H  s'était  déjà  fait  connaître  par 
un  talent  assez  remarquable  pour  la 
poésie  latine,  et  même  il  avait  publié, 
deux  ans  auparavant,  un  Recueil  de 
vers,  à  la  sollicitation  de  Daniel  Hein- 
sius,  son  hôte  et  son  ami.  Il  s'appli- 
qua ensuite  à  l'étnde  du  droit,  et  ses 
progrès  ne  furent  pas  moins  rapides 
que  ceux  qu'il  avait  faits  dans  d'autres 
sciences.  L'évêque  de  Lubeck  lui 
donna  le  titre  de  conseiller  avec  des 
appointements  convenables  ;  cepen- 
dant, il  ne  garda  pas  long-temps  cette 
place  :  il  vint  se  fixer  à  Dantzig  avec 
sa  famille,  et  peu  après  fut  nommé 
syndic  et  ensuite  bourgmestre  de  cette 
ville.  La  connaissance  qu'il  acquit  des 
intérêts  de  la  république,  et  le  talent 
avec  lequel  il  porta  la  parole  dans  des 
occasions  d'éclat,  lui  valurent  treize 
fois  l'honneur  d'être  députe  par  le 
sénat  à  la  diète  de  Pologne.  11  mourut 
pendant  une  de  ces  assemblées  ,  à 
Varsovie,  le  if  septembre  1667, 
âgé  seulement  de  cinquante -quatre 
ans.  La  première  édition  des  poésies 
de  Fabrieius  parut  à  Leyde  en  i65*2, 
in- il.  Il  en  donna  une  seconde  édi- 
tion, corrigée  et  augmentée  .  en  i038. 
Enfin  son  fils,  Frédéric  Fabrieius, 
en  publia  une  troisième,  Leipzig, 
i(J83,  in-8  .  Cette  édition  contient 
plusieurs  pièces  qui  avaient  été  omises 
dans  les  précédentes  ,  et  en  ou're  les 
Harangues  prononcées  par  l'au- 
teur dans  les  diètes  de  Pologne;  un 
Discours  de  obsidione  et  libérations 
urbis  Leidensis ,  récité  a  Leydi  ,  en 
ifij'Jt  ;  et  enfin  les  Thèses  de  méde- 
cine soutenues  par    Fabrieius  dans 


FÀB 

la  même  ville.  Ou  connaît  encore  nne 
assez  longue  pièce  de  vers  de  Ftbri- 
cius ,  imprimée  au-devant  des  Epis- 
tolœ  latinœ  de  Boxhorn  ,  Francfort , 
1679. —  Son  fils.  Fabricius  (Fré- 
déric), premier  pasteur  de  l'église  de 
St.  Nicolas,  à  Stettin,  docteur  en 
théologie  à  Wittenbcrg  ,  s'appliqua 
aux  langues  orientales,  qu'il  étudia  à 
Leyde  et  à  Utrecht.  Il  mourut  le  i  i 
novembre  1703,  âgé  de  soixante-un 
ans,  après  avoir  traduit  de  Fhébreu 
Je  Commentaire  de  R.  Dav.  Kimchi 
sur  Malacliie,  et  publié  en  aSlemand 
que'ques  sermons  et  divers  traites  de 
théologie  polémique  ,  dont  on  peut 
voir  le  détail  dans  le  Dict.  de  Jocher. 
W— s. 
FABRICIUS  (Jean-George),  r.é 
à  Nuremberg  le  25  septembre  i5g3, 
montra  dès  son  enfance  les  plus  heu- 
reuses dispositions.  Dans  une  chute 
grave  qu'il  fit  le  2  avril  1602  ,  il  se 
luxa  la  cuisse  gauche,  et  demeura 
boiteux  le  reste  de  sa  vie.  Cette  in- 
commodité loin  d'affaiblir  son  zèle 
scientifique,  sembla  le  redoubler.  11  se 
consacra  spécialement  à  l'art  de  gué- 
rir, qu'i  étudia  successivement  dans 
les  universités  d'Aîtorf,  de  Wittem- 
berg,  de  léna  et  de  Baie.  Ce  fut  dans 
cette  dernière  qu'il  obtint  le  doctorat 
le  29  août  1620 ,  après  avoir  soutenu 
une  thèse  sur  la  Phrénésie.  De  re- 
tour à  Nuremberg  il  fut  associé  au 
collège  des  médecins,  dont  il  rem- 
plit avec  distinction  les  différentes 
charges.  Une  pratique  très  étendue 
l'empêcha  de  se  livrer  aux  travaux  du 
cabinet;  en  sorte  qu'il  ne  publia  guère 
d'autre  écrit  que  sa  Dissertation  in- 
augurale. Créé  comte  palatin  par  l'e;n-' 
pereur  Leopold  le  17  mai  1659,  il 
mourut  le   18  novembre    1668.  — 

SOU     fils  ,    WOLFGANG  -   AmBROI-E  , 

cultiva  pareillement  la  médecine,  à 
laquelle  il  joignit  un  goût  décidé  pour 


FAB  53 

l'archéologie.  Désirant  perfectionner 
et  étendre  ses  savantes  recherches,  il 
visita  les  plus  beaux  monuments  et 
les  plus  célèbres  académies  d'Allema- 
gne, de  France  et   d'Italie;   mais   il 
fut  moissonné  au  milieu  de  sa  car- 
rière, à  Lyon,  le  i5  janvier  i653, 
laissant   deux  opuscules  érudits    qui 
furent  publiés  la  même  année  par  son 
père  à  Nuremberg,  dans  leformal  in- 
4°   L'un  est  intitulé  :  De  lucernis  ve- 
terum,  l'autre  Arropy^a  jSoravexov  ds 
signaturis  plantarum.    L'archœolo- 
giste  Charles  Spon  a  donné,  en  latin  , 
les  détails  de  la  maladie  qui  enleva  ce 
jeune  savant,   et  J.  Fabricius  a  fait 
imprimer,  en  allemand,  une  espèce 
d'éloge  funèbre  :  Christliches   An- 
denken,   etc.,   Nuremberg,    i655, 
in~4°.  On  trouve  ordinairement  ces 
deux  pièces  réunies.  —    Fabricius 
(  Septime  -  André  ) ,  frère  du   pré- 
cédent ,    naquit  à  Nuremberg  le    4 
décembre  i64i ,  et  se  consacra  aussi 
à  l'art  de  guérir.  Reçu  docteur  à  Baie, 
il  voulut  également  parcourir  la  belle 
Italie.  Venise,  Florence,  Rome,  Na- 
ples  furent  l'objet  de  son  admiration  j 
mais  il  fit  un  plus  long  séjour  à  Pa- 
doue,  dont  la  célèbre  université  lui 
offrait  une  source  féconde  d'instruc- 
tion. Revenu  dans  sa  ville  natale,   il 
fut  élu  membre  du  collège  des  méde- 
cins en  1667,  et  se  livra  entièrement 
à  l'exercice  de  sa  profession.  11  eut , 
comme  son  père,  une  pratique  très 
étendue,  et  fut  obligé ,  comme  lui,  de 
renoncer    à   la   gloire  littéraire.    Eu 
effet ,  pendant  les  trente-huit  années 
qui  s'écoulèrent  depuis  son  retour  jus- 
qu'à sa  mort ,  arrivée  le  10  décembre 
1705,  il  ne  composa  pas  un  seul  ou- 
vrage ,  et   nous  n'avons  de  lui  que 
trois   opuscules  publiés    pendant   le 
cours  de  ses  voyages  :  ï.  Disquisilio 
medica  de  catulis  hydrophobormn , 
Padoue,  iC65,  in-40.;  II.  McXétt;^ 


54  FAB 

icLTptxav  de  medicind  universali , 
Venise,  j666,  iu-4'.  ;  1  II  -  Diseur- 
sus  médiats  de  lermino  vilœ  hu- 
wancey  Kome,  1 666 ,  in  -  4".  —  Fa- 
bricius  (  Ernest  -  Frédéric  ) ,  méde- 
cin du  17e.  siècle,  exerça  d'abord  sa 
profession  à  Vienne  en  Autriche, 
puis  à  Hambourg.  Il  n'est  connu  que 
par  un  ouvrage  qui  ne  justifie  pas 
son  titre  :  Medicinœ  utriusque  gale- 
nicœ  et  hermeticœ  anatome  philo- 
sophiea ,  brevem,  succitictam,  et 
perspicuam  absolutœ  artis  medicœ 
oculis  subjiciens  sciagraphiam , 
Francfort,  1 653,  in-fol.  G. 

FAliRIClUS  (Louis),  ambassa- 
deur de  Charles  XI,  roi  de  Suède, 
en  Perse,  était  né  au  Brésil,  d'une 
famille  hollandaise,  et  avait  d'abord 
couru  la  carrière  militaire  en  Russie. 
Charles  XI  l'envoya  en  Perse  pour 
établir ,  entre  ce  pays  et  la  Suède,  un 
commerce  dont  Narva,  en  Estonie, 
devait  être  l'entrepôt;  mais  comme  il 
fallait  passer  sur  le  territoire  russe,  ce 
commerce  éprouva  bientôt  des  diffi- 
cultés qui  en  arrêtèrent  le  développe- 
ment. Fabrieius  fit  trois  fois  le  voyage 
de  Perse ,  et  amena  en  1 685 ,  à  Stock- 
holm ,  plusieurs  marchands  armé- 
niens ,  qui  apportèrent  des  soies  crues 
pour  la  valeur  de  40,000  riksdalers 
de  Suède.  Pendant  un  des  voyages  de 
Fabrieius  ,  un  officier  suédois  ,  qui 
était  le  la  suite  de  l'ambassadeur,  eut 
occasion  de  faire  remettre  en  libellé 
un  grand  nombre  de  femmes  euro- 
péennes ,  enfermées  dans  le  sérail  du 
monarque  persan.  C — au. 

FABU1C1US  (Jean-Sebald),  né  à 
Spire,  le  i5  juin  i0>/2,  après  avoir 
-vi>ité  les  plus  célèbres  écoles  de 
France,  d'Allemagne  et  de  Flandre, 
vint,  en  i65r2,  professer  à  Heidel- 
berg  la  logique  et  la  langue  gneque; 
deux  ans  après,  on  lui  confia  encore 
la  chaire  d'histoire,  et  il  reçut,  en 


FAB 

1607,  le  grade  de  docteur  en  théo- 
logie. Lorsque  l'Allemagne,  et  surtout 
le  Pnlatinat ,  furent  ravagés  par  la 
guerre,  en  i6-j4>  Fabrieius  se  retira 
en  Angleterre,  et  l'on  ignore  s'd  y 
termina  ses  jours  ou  s'il  revint  en 
Allemagne.  11  a  publié  dix -huit  ou- 
vrages ,  dont,  d'après  l'auteur  lui- 
même,  Freytag  donne  la  liste  dans 
son  Adparatus  litterarius,  tom.  111, 
pag.  614-616;  il  suffira  de  citer  : 
I.  Manhemium,  civitatis  atque  cas- 
tri  Manhemiani  descriptionem  ex- 
hibens  historicam,  Heidelberg,  i656, 
in  4°"  î  H.  Lulrea  Cesarea  >  sive 
originis  et  incrementi  urbis  lutrensis 
ad  prœsens  lempus  deduetio,  Heidel- 
berg ,  1 656.  C'est  un  précis  de  l'His- 
toire de  la  petite  ville  de  Kaysers- 
Lauter.  Le  Moreri de  17^9  parle  de 
ces  deux  ouvrages  comme  n'en  fai- 
sant qu'un  ,  et  passe  sous  silence  tous 
les  autres  écrits  de  Fabrieius;  III. 
C.  Julius  César  nurnismaticus  sive 
disseriatio  historien  Dionis  Cassii 
selectiora  commata  ilîustrans,  Lon- 
dres ,  1678,  in-8".  Lipsius,  dans  sa 
Bibliotheca  nummaria,  cite  une  édi- 
tion sous  le  titre  de  :  Dissertatio 
philologica ,  Heidelberg ,  1 67  5 ,  in-4°. 
A.  B— t. 
FABRTCIUS  (Jean-Louis),  frère 
de  Jean  Sebald,  naquit,  en  1O02,  à 
Schaffouse,  où  son  père  était  recteur 
du  collège;  il  y  commença  ses  études. 
En  1690  ,  il  obtint  à  Utrecht  la 
permission  d'enseigner,  vint  à  Pa- 
ris en  i65'2,  et  alla,  en  i656,  re- 
joindre son  frère  à  .Heidelberg.  11  eut, 
l'année  suivante,  la  place  de  profes- 
seur  extraordinaire  en  langue  grecque. 
11  remplit  à  diverses  reprises  plusieurs 
fondions  ecclésiastiques,  littéraires  ou 
politiques,  et  revint  à  Heidelberg.  Lors 
de  l'incendie  de  cette  ville,  il  eu  sauva 
[es  archives  ,  d'abord  à  Eberbach  , 
puis  à  Francfort,  où  il  mourut  en 


FAB 

1697. Ses  œuvres,  imprimées  d'abord 
séparément,  ont  été  recueillies  et  pu- 
bliées par  J.-H.  Heidegger,  Zurich, 
1698,  iu-4°.  L'éditeur  a  mis  en  tête 
la  vie  de  l'auteur;  les  ouvrages  con- 
tenus dans  ce  volume,  au  nombre  de 
vingt-six ,  sans  compter  les  thèses  ni 
les  programmes  académiques ,  sont 
cniimcre's  dans  XHistoria  bibl.  Fabri- 
cianœ,  tom.  IV,  pag.  522-24  •  Les 
plus  remarquables  sont  intitulés  : 
-jipologia  çeneris  humani  contra 
calumniam  atheismi;  De  baplismo, 
infajitibus  heterodoxorum  conferen- 
do  ;  De  Ludis  scenicis;  De  Umitibus 
Gbsequii  erga  homines  ;  De  fide  in- 
fantulorum  ;  De  baptismo  per  mu- 
lierem  vel  hominem  prwatum  ad- 
minislrato ,  etc.  Daniel  Gerdes  attri- 
bue à  Fabricius  un  Traité  deDworlio 
bonœ  gratiœ ,  qu'il  dit  très  rare,  et 
>  qu'on  ne  trouve  pas  dans  la  collection 
donnée  par  Heidegger.  Dans  la  Cen- 
turia  Fabriciorum,  J.  A.  Fabricius 
parle  longuement  de  Jean-Louis. 
A.  B— t. 
FABRICIUS  (  Jean-Albert  ) ,  le 
plus  savant,  le  plus  fécond  et  le  plus 
utile  des  bibliographes  ,  naquit  à 
Leipzig  ,  le  1 1  novembre  1668.  Il 
perdit  sa  mère  en  1674  >  et  cinq  ans 
après  (  le  9  janvier  1679)  son  Vcre  > 
Werner  Fabricius  ,  directeur  de  la 
musique  dans  l'église  de  Saint-Paul  à 
Leipzig,  né  à  Itzchoe  dans  le  Hols- 
lein ,  le  10  avril  1 655,  auteur  lui- 
même  de  deux  ouvrages  allemands  et 
des  Deliciœ  harmonicœ ,  1657,  in- 
4°.  Jean-Albert  avait  commencé  ses 
études  sous  son  père,  qui,  en  mou- 
rant ,  le  recommanda  à  Valentin  Al- 
berti.  11  étudia  cinq  ans  sous  Wen- 
ceslaz  Buhl ,  puis  sous  J.  S.  Hcrri- 
cti.en.llfut,en  1684  , envoyé  à  Qued- 
linbourg  pour  y  étudier  sous  Samuel 
Schmidt.  Dès  cette  époque  il  faisait  ses 
délices  des  Adversaria  de  Barthius. 


FAB 


55 


Lorsqu'il  vit ,  en  1687 ,  le  premier 
volume  du  Polyhistor  de  Morhof, 
il  sentit  augmenter  le  vif  désir  qu'il 
avait  déjà  de  s'adonner  aux  lettres. 
Revenu  à  Leipzig  en  1686,  il  fut 
la  même  année  reçu  bachelier  en  phi- 
losophie ,  et  le  26  janvier  1 688  maître 
dans  la  même  faculté  :  ce  fut  peu  après 
qu'il  publia  son  premier  ouvrage  for- 
mant une  feuille  in-4°.  Il  donna  quel- 
ques autres  opuscules, et  étudia  quelque 
temps  la  médecine,  qu'il  abandonna 
pour  la  théologie.  11  alla  à  Hambourg 
en  1695,  et  se  proposait  d'entre- 
prendre quelques  voyages  ,  quand  il 
apprit  que  les  frais  de  son  éducation 
avaient  absorbé  son  petit  patrimoine, 
et  même  le  constituaient  débiteur  de 
son  tuteur.  Il  resta  donc  à  Hambourg, 
où  J.-Fr.  Mayer  le  retint  en  qualité  de 
son  bibliothécaire.  Il  alla  en  Suède 
avec  son  patron  en  1696,  puis  revint 
à  Hambourg,  où  il  concourut  pour  la 
chaire  de  logique  et  de  métaphysique  : 
les  suffrages  se  partagèrent  entre  Fa- 
bricius et  Sébastien  Edzardi ,  l'un  de 
ses  concurrents  :  on  eut  recours  au 
sort,  qui  décida  en  faveur  d'Edzardi; 
mais  en  1699  Fabricius  succéda  à 
Vincent  Placcius  dans  la  chaire  d'élo- 
quence et  de  philosophie  pratique.  Il 
prit  eusuite  à  Kiel  le  bonnet  de  doc- 
teur en  théologie;  De  1692  à  1697  il 
avait  prêché  régulièrement  tous  les 
mercredi.  Dès  l'instant  qu'il  fut  nom- 
mé professeur  il  en  remplit  digne- 
ment les  fonctions  :  pendant  les  dix 
premières  années  il  y  consacra  dix 
heures  par  jour;  dans  les  dix  sui- 
vantes, huit  ou  neuf  heures ,  puis  sept 
ou  huit  ;  ce  ne  fut  qu'après  trente  ans 
de  professorat  que ,  sentant  ses  forces 
diminuer  ,  il  se  réduisit  à  quatre  et 
cinq  heures  par  jour.  J.-Fr.  Mayer 
étant  venu  s'établir  à  Greifswald ,  fit 
offrir,  en  1701  ,  la  chaire  de  théo- 
logie en  cette  ville  à  Fabricius ,  qui  la 


5(5  F  A  B 

refusa  pour  cause  de  santé.  Il  avait , 
en  i  708,  accepté  la  place  de  profes- 
seur çn  théologie ,  en  logique  et  en 
métaphysique,  et  se  disposait  à  aller 
en  prendre  possession  ,  lorsque  le  sé- 
nat de  Hambourg  le  retint  en  ajoutant 
à  sa  charge  de  professeur  celle  de  rec- 
teur de  1  école  de  St.- Jean  ,  qu'occu- 
pait son  beau-père,  Sdiultz,  que  Fa- 
bi'icius  était  bien  aise  d'aider  dans  ses 
fonctions.  Schultz  mourut  en  1709, 
et  Fabri<  ius  se  vit  encore  ,  pendant 
deyx  années,  charge  du  rectorat.  En 
17 19  le  landgrave  de  Hesse  Cassel 
lui  iit  des  offres  tellement  avanta- 
geuses ,  que  Fabricius  était  sur  le 
point  de  les  accepter.  Cette  fois  en- 
core les  magistrats,  surent  retenir  le 
savant  parmi  eux,  en  augmentant  son 
traitement  de  deux  cents  écus.  Fa- 
bricius refusa  d'écouter  les  proposi- 
sitions  qu:on  lui  fit  depuis  pour  l'atti- 
rer à  Wiltenbcrg.  11  mourut  à  Ham- 
bourg le  3o  avril  1  ^nti.  Cinq  mois 
auparavant  il  avait  perdu  sa  femme , 
dont  il  eut  trois  enfants  ;  savoir  :  un 
fils  mort  en  bas  aqe  ;  Catherine  Doro- 
thée ,  qui  épousa  Jean  DietericEvers, 
docteur  en  droit  ;  et  Jeanne-Frédéri- 
que,  épouse  de  II. -S.  Rcimar.  Outre 
le  temps  qu'il  consacrait  à  remplir  ses 
fonctions  de  professeur,  Fabricius  en 
employait  encore  à  sa  correspondance, 
qui  était  très  étendue,  et  à  recevoir 
les  visites  des  étrangers;  mais  il  était 
si  laborieux  ,  qu'il  est  l'auteur  d'un 
très  grand  nombre  d'ouvrages.  Nicc- 
ron  ,  d'après  Rrimar ,  en  donne  la 
liste  qu'il  porte  à  j*i8,  en  y  compre- 
nant ,  d  est  vrai  ,  ceux  dont  il  n'est 
qu'éditeur  ou  même  collaborateur  ; 
parmi  les  uns  et  Jes  autres  il  suffira 
d'indiquer  les  plus  remarquables  ou 
les  principaux  :  I.  Scriptorum  recen- 
tiorum  Decas ,  Hambourg,  1688, 
m-  j  .  de  8  pages  ,  dans  lequel  il  juge 
avec  beaucoup  de  liberté  dix  auteurs 


FAB 

de  son  temps  (  D.-S.  Morhof ,  Chr. 
Cellarius,  H.  Witten,  Chr.  Thoma- 
sius,  S.  Salden  ,  Abr.  ftcrkclius,  Ser- 
val Gallcus,  J.  Tollius,  S.-M.  Kouig 
et  Chr.  Eybenius  ).  Cet  ouvrage  fut 
attaqué  par  une  Epistola  sinceri  ve< 
ridici  ad  candidum  philaletham  , 
Lubeck  ,  1689;  Ct  Fabricius  répliqua 
p  ir  sa  Defensio  Decadis ,  in-4°. , 
sans  date. 1 1  .Decas  decadum  swe pla- 
gia riorum  et  pseudonrmorum  cen- 
turia ,  1 689 ,  in-4°. ,  ouvrage  érudit , 
mais  sans  tables  :  c'est  le  seul  que  l'au- 
teur ait  publié  sous  le  nom  de  Fabcr; 
1IÏ.  Bibliotheca  latina  .  swe  notilia 
auctorum  veterum  latinorum  quo- 
rumeumque  scripta  ad  nos  perve- 
nerunt ,  Hambourg,  1697,  in-8°.  ; 
Londres,  1705,  in-8°. ,  avec  quel- 
ques additions  en  petit  nombreetquel- 
quefois  fautives;  Hambourg,  1708, 
in-8".  :  quoique  divisée  en  livres  et 
en  chapitres ,  cette  édition  n'est  pas 
plus  recherchée  que  les  précédentes 
dont  on  fait  peu  de  cas;  réimprimée 
avec  un  supplément  en  1712;  cin- 
quièmeédition,  Hambourg,  i^ai-tiJt, 
3  vol.  in-8°.  :  édition  estimée,  mais 
incommode,  parce  que  les  tomes  H 
et  III  renferment  les  suppléments  et 
corrections  au  Ier.,  et  à  laquelle  ou 
doit  préférer  celle  de  Venise,  1728, 
1  vol.  in-4°" ,  qui  a  l'avantage  de  con- 
tenir les  additions  et  suppléments  re- 
portés à  leur  place,  mais  qui  a  l'in- 
convénient des  fautes  et  des  omissions 
de  Fabricius,  et  par-dessus  le  mau- 
vais ordre  primitif  du  livre.  Ces  dé- 
fauts ne  se  trouvent  pas  dans  l'édi- 
tion de  la  BibUothçca  latina  ,  donnée 
par  J.-A.  Ernesti  à  Leipzig,  177^, 
5  vol.  in-8  .  Le  nouvel  éditeur  a  telle- 
ment amélioré  l'ouvrage  ,  qu'il  en  a 
fait  un  ouvrage  nouveau;  il  en  a  < 'bau- 
ge l'ordre  ,  ou  plutôt  il  y  en  a  mis  ;  il 
a  supprimé  différents  opuscules  dont 
Fabricius  avait  grossi  inutilement  sou 


FAB 

travail ,  tels  que  la  rhétorique  d'Au- 
relius  Cornélius  Celsus  ;  mais  c'est  sur- 
tout à  compléter  l'indication. des  édi- 
tions de  chaque  auteur  qu'il  a  porte' 
ses  soins.  L'ouvrage  de  Fabricius  est 
divisé  en  quatre  livres  :  i°.  des  écri- 
vains avant  Tibère  ;  2°.  des  écrivains 
depuis   Tibère  jusqu'aux   Antonins  ; 
5°.  depuis  les  Antouins  jusqu'à  la  cor- 
ruption de  la  langue  latine;  le  4e«  li- 
vre est  consacré  aux  fragments  et  aux 
collections  des  anciens  écrivains  la- 
tins. Ernesti  a  conservé  cette  divi- 
sion ;  mais  dans  le  3e  livre  il  a  sup- 
primé, i°.  l'article  sur  Sidouins  Apol- 
îinaris,  qui  se  trouvait  à  la  suite  de  ce- 
lui de  Syminaquc;  2°.  l'article  Boece, 
qui  était  à  la  suite  de  celui  de  Mar- 
tianus  Capella;  5".  tout  le  chapitre 
16,  consacré  à  Cassiodore;  4"-  Um^ 
le  chapitre  17,  consacré  à  Jornandès. 
Malgré  ces  retranchements  ,  cepen- 
dant le  troisième  livre  a  dans  l'édition 
d'Erncsti  dix-sept  chapitres  comme 
dans  les  précédentes  ,  parce  que  du 
chapitre  1 2  consacré  à  Ammien  Mar- 
cellin,  à  Vegece  et  à  Macrobe ,  le  nou- 
vel éditeur  a  fait  ses  chapitres  12, 
1 5  et  1  4 ,  dont  chacun  ne  contient 
qu'un  auteur.  Dans  le  quatrième  livre 
Ernesti  a  retranché  le  chapitre  2  ,  De 
poëtis  christianis  ,  et  le  chapitre  3 , 
de  scriploribus  antiquis  christianis. 
Il  a  fait  des  additions  et  des  suppres- 
sions au  chapitre  De  variis  monu- 
mentis  antiquis ,    a  réuni  les  deux 
chapitres  De  auctoribus  linguœ  la- 
iinœ  et  de  grammaticis  d  Putschio 
editis ,  eu  un  seul ,  qu'au  moyen  d'une 
petite  addition  préliminaire  il  a  divisé 
en  trois  sections,  et  a  fait  des  chan- 
gements considérables  aux  chapitres 
consacrés  aux  jurisconsultes,  lia  sup- 
primé le  chapitre   De  scriptis  qui- 
busdam  suppositis  ,  et  a  plus  que 
doublé   la  nomenclature  des  impri- 
meurs célèbres,  qui  compose  le  der- 


FAB  57 

nier  chapitre  de  ce  quatrième  livre. 
Les  suppressions  faites  par  Ernesti 
aux  livres  111  et  IV  de  la  Bibliothecct 
latina,  ne  devaient  êîre  que  d\s  trans- 
positions :  elles  portent,  comme  on 
l'a  pu  remarquer  ,  sur  les  auteurs 
chrétiens  ;  or ,  Ernesti  devait  consa- 
crer à  ces  auteurs  son  quatrième  vo- 
lume ,  qui  n'a  pas  paru.  On  a  an- 
noncé, il  y  a  quelques  années,  qu'où 
allait  l'imprimer;  jusqu'à  ce  qu'il  ait 
été  publié,  l'édition  d' Ernesti ,  malgré 
toutes  ses  améliorations,  ne  peut  donc 
remplacer  entièrement  les  précéden- 
tes :  ce  ne  sera  d'ailleurs  que  lors- 
qu'elle sera  achevée  qu'on  pourra  y 
joindre  une  table  des  auteurs,  partie 
si  nécessaire  à  ces  sortes  d'ouvrages. 
IV.  Bibliotheca  grœca ,  sive  notilia 
scriptorum  veterum  grœcorum  quo- 
rurneumque  monumenta  intégra  aut 
fragmenta  édita  extant,  inmplero- 
rumque  è  manuscript.  ac deperdilis , 
Hambourg,  i^pS-fiaS,  «4  vo'«  m" 
4°.  :  le  premier  volume  a  été  réim- 
prime en  1708  et  en  1718;  et  l'on 
préfère  cette  dernière  réimpression  , 
où  il  y  a  quelques  augmentations.  Tous 
les  autres  volumes,  sans  exception, 
ont  été  aussi  réimprimés,  soit  du  vi- 
vant de  l'auteur,  soit  après  sa  mort, 
mais  sans  changements  notables  ,  du 
moins.  La  Bibliotheca  grœca  est  le 
plus  important  de  tous  les  ouvrages 
de  l'auteur  :  elle  lui  a  mérité  de  la 
part  de  Needham  ,  le  surnom  de 
Maximus  antiquœ  eruditionis  thé- 
saurus ;  et  de  la  part  de  Heumann , 
celui  de  Muséum  greeciœ.  Eile  est  di- 
visée en  six  livres  qui  sont  subdivisés 
en  chapitres  :  le  premier  livre  traite 
des  écrivains  avant  Homère  ;  le  se- 
cond ,  des  écrivains  depuis  Homère 
jusqu'à  Platon;  le  troisième,  depuis 
Platon  jusqu'à  J.-C.  ;  le  quatrième, 
•depuis  J.-C.  jusqu'à  Constantin  ;  le  cin- 
quième, depuis  Constantin  jusqu'à  la 


58  F  A  B 

prise  de  Constantinople,  en  i45?>; 
enfin,  le  sixième  livre  comprend  les 
collections  de  canons ,  les  juriscon- 
sultes et  les  médecins  grecs.  L'ouvrage 
manque  quelquefois  d'ordre ,  de'faut 
que  la  méthode  de  travailler  qu'avait 
adoptée  Fabricius  rendait  inévitable  : 
aussitôt  qu'il  avait  de  quoi  former  un 
volume  il  le  livrait  à  l'impression. 
Aussi  au  milieu  d'un  livre  voit- on 
quelquefois  des  index  des  premiers 
chapitres  du  même  livre  :  l'auteur  a 
mis,  soit  au  milieu  de  ces  livres,  soit 
à  la  fin,  tantôt  des  fragments  iné- 
dits d'auteurs  grecs,  tantôt  des  disser- 
tations entières,  déjà  imprimées,  d'é- 
crivains modernes.  Celte  confusion 
est  réparée  ,  jusqu'à  un  certain  point, 
par  la  table  du  dernier  volume  ;  et , 
malgré  ces  imperfections ,  la  Biblio- 
theca  grœca  est  un  livre  très  remar- 
quable. Une  nouvelle  édition  a  été 
entreprise  par  M.  J.-C.  Harles  ;  déjà 
j  '2  volumes ,  contenant  les  dix  pre- 
miers volumes  et  les  deux  tiers  du 
onzième  de  l'ancienne  édition  ,  ont 
paru  à  Hambourg ,  de  1 790  à  1812, 
in -4°.  Fabricius  avait  souvent  mal 
observé  la  chronologie,  et  quelquefois 
parlait  du  même  auteur  en  plusieurs 
endroits.  M.  Harles  en  corrigeant  ces 
fautes  ,  a  aussi  remis  à  la  place  qu'ils 
devaient  occuper  ,  les  index  ,  tables 
et  autres  morceaux.  11  a  supprimé  les 
opuscules  ou  fragments  que  Fabricius 
avait  insérés  dans  son  livre ,  et  dont  il 
a  été  fait  depuis  de  bonnes  éditions.  Il  a 
ajouté  les  suppléments  inédits  qu'avait 
laissés  Fabricius  lui-même,  et  ceux 
de  Ch.-Aug.  Heumann.  Le  nouvel  édi- 
teur a  indiqué  non  seulement  les  édi- 
tions nouvelles  des  auteurs  grecs  ; 
mais  encore  leurs  traductions  dans  les 
langues  de  l'Europe.  Dans  le  pro- 
gramme de  son  édition ,  il  donne  les 
noms  des  savants  qui  lui  ont  envoyé* 
ou  promis  des  matériaux  et  des  notes. 


FAB 

Ce  sont  MM.  Grimer ,  pour  les  mé- 
decins ;  Richter  ,  pour  les  juriscon- 
sultes ;  Scharfenbcrg,  pour  les  inter- 
prètes du  V.T.  ;  Henkc,  pour  les  au- 
teurs ecclésiastiques;  Zeune,  Jacger  , 
Krohn  ,  Roth  ;  et  Lengnich  ,  qui  non 
seulement  a  fourni  ses  propres  notes , 
mais  encore  celles  de  Wernsdorf. 
L'éditeur  a  eu  soin  de  mettre  au 
haut  de  chaque  page  le  rapport  de 
l'ancienne  édition  ;  ce  qui  donne  la 
facilité  de  trouver  sur-le-champ  les 
renvois  faits  cà  la  première  édition. 
Dans  un  travail  tel  que  celui  qu'a  en- 
trepris M.  Harles  ,  les  erreurs  (  ne 
fût-ce  que  les  fautes  typographiques  ) 
sont  inévitables  ;  mais  elles  sont 
plus  que  compensées  par  les  amé- 
liorations et  les  additions  qui  ,  tou- 
tes les  fois  que  cela  a  été  possible , 
sont  renfermées  entre  deux  crochets. 

V.  Cenluria  Fabriciorum  scriptis 
clarorum  qui  jam  diem  suum  obie- 
runt,  1700.  in-8.  Il  publia  une  se- 
conde Centurie  en  1727,  et  en  avait 
préparé  deux  autres.  L'auteur  a  admis 
dans  ses  Centuries  non  seulement  les 
personnages  dont  le  nom  de  famille  est 
Fabricius ,  et  ceux  dont  Fabricius  n'est 
que  le  prénom,  mais  encordes  auteurs 
dont  le  nom,  d'une  langue  quelconque, 
se  traduit  ou  peut  se  traduire  par  les 
mots  de  Fabricius  ou  de  Faber.  Ainsi 
il  a  donné  place  dans  ses  Centuries  à 
Fabricio  Campoliui,  'Véronais,  à  Le 
Fèvre  de  la  Boderie  (  Fabricius  Bo- 
derianus  ) ,  à  N.  C.  Fabri  de  Peiresc 
(  N.  C.  Fabricius  de  Peiresc  ) ,  à  Gui 
du  FamPibvac{Fabricius Pibracius), 
aux  Schmid ,  dont  le  nom  signifie  eu 
allemand  forgeron  ou  maréchal,  etc. 
En  général  ce  sont  des  sommaires  ou 
des  résumés,  et  même  quelquefois  de 
simples  notes;  un  très  petit  nombre 
d'articles  offrent  des  détails  curieux. 

VI.  Bibliotheca  antiquaria ,  sive  in- 
troduciio  in  nolitiam  scriptontm  qui 


FAB 

anliqnilales  hebraicas  ,  grœcas ,  ro- 
mands et  christianas  scriptis  illus- 
trarunt,  1715,  in-4°.  ;  1726,  in-4°.^ 
troisième  édition ,  d'après  un  manus- 
crit de  l'auteur,  donnée  par  P.  Schaffs- 
Jiausen,   Hambourg,    1760,   in-4°. 
L'éditeur  a  complété  l'ouvrage  en  y 
ajoutant  l'indication   de  ce  qui  avait 
paru  depuis  la  mort  de  Fabricius.  VU. 
Centifolium  lutheranum ,  sive  noli- 
tia  Utteraria  scriptorum  omnis  ge- 
neris  de  B.  D.  Luthero,  1728,  in- 
8°.;  seconde  partie,   1750,  in  8°. 
VIII.  Conspectus  thesauri  litterarii 
in  Ilalid,  prœmissam  habens  prœter 
alla ,    notitiam    diariorum    Italice 
litterariorum    thés aurorum que    ac 
corporum  historicorum    et   acade- 
miarum,  1750,  iu-8°.  IX.  Delectus 
argumentorum  et  sjllabus  scripto- 
rum qui  veritatem  religionis  chris  - 
tianœ  adversùs  alheos ,  epicureos  , 
deistas  seu  naturalistas ,  idolâtras, 
judœos  et  muhammedanos  lucubra- 
tionibus  suis  asseruerunt ,  1  721  ,  in- 
4°-  11  avait  déjà  donné  un  essai  de  cet 
ouvrage  dans  le  tome  7e.  de  sa  Biblo- 
thaca  grœca.  X.  Saluiaris  lux  Evan- 
gelii  loti  orbi  per  d'winam  graliam 
exoriens,  sive  notitiahistorico-chro- 
nologica,    Utteraria  et  geographi- 
ca.  propagalorum  per  orbem  totum 
chris lianorum  sacrorum ,  1731,  in- 
4°.  L'ouvrage  est  divisé  en  cinquante 
chapitres;  l'auteur  commence  par  rap- 
porter les  prophéties  ,  les  préceptes 
et  les  témoignages  de  tous  les  livres 
saints  ;  il  rapporte  ensuite  les  témoi- 
gnages des  auteurs  sacrés  et  profanes, 
juifs  ou  chrétiens,  concernant  la  pro- 
pagation de  l'Evangile;  il  parle  ensuite 
de  tout  ce  qui  concerne  la  religion 
chrétienne  dans  ses  commencements, 
les  apôtres,  les  églises  qu'ils  ont  fon- 
dées ,  les  apologistes  et  les  détracteurs 
de  la  religion,  la  vie  et  les  mœurs  des 
chrétiens,  les  empereurs  quiontpro- 


F  A  B  5r> 

tégé  et  propagé  le  christianisme;  il 
passe  ensuite  au  progrès  de  cette  reli- 
gion dans  les  différents  pays ,  en  Ita- 
lie, en  Espagne,  en  Portugal,  dans 
les  Gaules  ,  en  Angleterre ,  en  Suisse, 
en  Hongrie,  Bohême, Pologne,  Mo- 
ravie et  Danemark  ;  un  chapitre  est 
consacré  aux  croisades  ,  un  autre  aux 
Ordres  religieux ,  un  à  la  congrégation 
De  propagande  Fide ,  plusieurs  aux 
Missions  dans  les  Indes ,  en  Perse , 
en  Arménie,  en  Chine,  au  Japon,  en 
Tarlarie,  dans  le  royaume  du  Prêtre- 
Jean  ,  en  Asie ,  en  Afrique  ,  en  Améri- 
que. Fabricius  indique  les  auteurs  qui 
ont  traité  des  matières  qui  font  le  su- 
jet de  chaque  chapitre.  L'ouvrage  en- 
tier est  terminé  par  un  Index  alpha- 
beticus  ephcopatuum  christianorum 
per  totum  orbem  ;  cet  Index  est  beau- 
coup plus  ample  que  celui  que  l'au- 
teur avait  déjà  donné  dans  le  tome 
XII  de  sa  Bibliotheca  grœca.  XL 
Hydrotheologie  (en  allemand),  1 734, 
in-4". ,  traduit  en  français  (par  le  doc- 
teur Burnand) ,  sous  le  titre  de  Théo- 
logie de  l'eau  ,  on  Essai  sur  la  bonté 
de  Dieu,  etc.,  La  Haye,   1 74  f  5  in~ 
8".  XII.  Bibliotheca  latina  mediœ 
et  infimœ  latinitatis ,  1  754,-56,  5 
vol.  in-8°.  Elle  est  rangée  par  ordre 
alphabétique  des  noms  et  prénoms  des 
écrivains.  L'auteur  tomba  malade  pen- 
dant l'impression  du  5e.  volume,  et 
mourut  laissant  l'ouvrage  incomplet 
au  moi  Poage.  Chr.  Schoettgen  entre- 
prit,  en   1708,  à  la  sollicitation  de 
J.Chr.  Wolf,  de  continuer  et  d'achever 
l'ouvrage,  et  donna  en  effet,  en  1746, 
un  sixième  volume  contenant  le  reste 
delà  lettre  P,  et  les  autres  lettres  jus- 
ques  et  y  compris  la  lettre  Z.  Fabri- 
cius n'avait  laissé  que  quelques  notes 
sur  des  feuilles  volantes ,  qui  furent 
communiquées  à  Schoettgen  par  Rei- 
mar ,  mais  qui  étaient  si  peu  de  chose, 
qu'elles  ne  dispensèrent  pas  le  conti- 


60  F  A  B 

nuateur  de  faire  un  travail  et  des  lec- 
tures aussi  considérables  que  s'il  eût 
eu  l'ouvrage  entier  à  ri  faire.  Pendant 
que  Schoeltgen  s'occupait  de  la  pré- 
face de  son  volume,  il  apprit ,  par  le 
Journal  des  Savants  {  sept,  i  745  ), 
que  l'abbé  Laurent  Mchus  ,  Floren- 
tin ,  avait  aussi  projeté  d'achever  la 
Bibliotheca  mediœ  œtalis  ,  avec  des 
suppléments.  11  ne  paraît  pas  que  ce 
projet  ait  eu  de  suite;  mais  J.  D.  Mansi 
a  donné,  à  Padoue  (  1754,  6  pe- 
tits vol.  in  -  4°«  )y  une  réimpression 
du  travail  de  J.  A.  Fabricius  et  de 
Schoettgcn  ;  il  a  fait  des  additions  à 
quelques  articles  ,  et  a  ajouté  des  ar- 
ticles entiers.  Ces  additions  sont  dé- 
signées par  un  asténque.  Mansi  ne 
s'est  pas  contenté  de  suppléer  les  omis- 
sions ,  il  a  fait  disparaître  les  doubles 
emplois  ;  il  est  remarquable  que 
Mansi  ,  habitant  Fit;* lie  ,  ne  fasse  au- 
cune mention  de  l'édition  projetée  par 
L.  Mehus. — Les  édition  s  queFabricius 
a  données  d'un  grand  nombre  d'ou- 
vrages, auxquels  il  a  ajouté  des  pré- 
faces et  des  notes,  suffiraient  seules 
pour  lui  mériter  un  rang  distingué 
dans  la  république  des  lettres.  Les  ou- 
vrages dont  Fabricius  n'a  été  qu'édi- 
teur ,  et  qui  méritent  le  plus  d'atten- 
tion ,  sont  :  I.  Vincenlïi  Placcii 
theatrum  anonymorum  et  pseudony- 
morum,  Hambourg,  2  vol.  in-fol. 
A  la  suite  de  Plaeeius  et  de  Deekherr 
(  Voy.  Deckherr  ) ,  J.  A.  Fabricius  a 
f. lit  réimprimer  le  traité  de  Fr.  Geis- 
ler  :  De  mutationum  nomine  et  ano- 
nymis  scriptoribus ,  et  la  lettre  de 
J.  F.  Mayer,  intitulée  :  Epistolica 
dissertatio  qud  anonymorum  et 
pseudony morum  Farrago  obiter  in- 
dicatur.  Jean  Fabricius,  au  tom.  111  de 
son  Historia  bibliotheca?  Fabricianœ, 
pag.  159-171  ,  dt'ii-e  d<s  (oirectiODS 
e(  additions  pour  les  deui  voumes 
publiés  par  J.  Albert  Fabricius.  IL 


FAB 

Joannis  Mabillonii  iter  germani- 
cum  ,  et  Joannis  Launoii  de  scholis 
celebribus  à  Carolo  Magno  et  post 
Carolum  Magnum  in  occidente  ins- 
taurais liber,  1  7  1  7  ,  iu-8". ;(  Voy, 
Mabii.lun).  111.  Anselmi  Bandurii 
Bibliotheca  nummaria,  1719,  in-4"., 
avec  des  notes  (  Voy.  Banduri  ).  IV. 
Danielis  Georgii  Morhofù  polyhis- 
tor  litterarius  philosophicus  et  prac- 
ticus ,  cum  accessionibus  Joannis 
Frikii  et  Joannis  Molleri,  1732, 
•2  vol.  in-40.  La  première  édition  com- 
plète de  cet  ouvrage  parut  c  11  1707, 
in-4".,  l)ar  l°s  s°ins  de  J.  Mollet-  qui 
l'avait  achevé;  ce  fut  le  même  !\loller 
qui  donna,  en  171  4 -,  la  seconde  édi- 
tion avec  quelques  corrections.  Fabii- 
cius  en  donna  la  troisième  édition  en 
17J2,  n'y  fit  d'autre  augmentation 
qu'une  préface  dans  laquelle  est  une 
notice  (  en  5o  pages  )  des  Journaux 
littéraires.  Enfin  l'édiîion  de  1747» 
due  aux  soins  de  J.  J.  Schwab  ,  n'a 
avec  celle  de  17^2  d'autre  différence 
que  celle  qui  .se  trouve  dans  cette 
notice  de  Journaux  que  le  nouvel 
éditeur  a  augmentée  d'environ  280 
artieles.  V.  Bibliotheca  ecclesiastica, 
1718,  in-fol.  Fabricius  a  donné,  sous 
ce  titre,  un  recueil  de  plusieurs  au- 
teurs qui  ont  écrit  sur  le^  écrivains  ec- 
siastiques,  savoir  :  S.  Jérôme  avec 
l'ancienne  version  grecque  et  les  notes 
de  plusieurs  savants  ;  Genuade  de 
Marseille;  Isidore  de  Séville;  Ilde- 
fouse  de  Tulède;  Ilonorius ,  d'Au- 
tun  ;  Sigebert  de  Gcmblours;  Henri 
de  Garni;  l'anonyme  de  Perpière; 
Diacre  de  Viris  illustribus  monas- 
terii  Casinensis  ;  Trilhème  ;  et 
YAucluarium  de  Lemirc.  VI.  Codex 
apocryphus  JSovi  Tcstamenti  col- 
lectus,  castigatus,  testimoniisque , 
ccn>ufts  et  animadversionibus  illus- 
tratus ,  »7o3,  2  vu!,  in-8.;  1J19, 
5   vol.  in-8'.,    contenant  les  pièces 


FAB 

apocryphes  qui  concernent  J.-C.  et 
les  apôtres.  VI.  Codex pseudepigra- 
phus  Veteris  Testamenti  cottectus, 
castigatus ,  testimoniisque  ,  censuris 
et  animadwersionibus  illustrants  . 
1713,  in-8';  17-2*2,  2  vol.  (  Voy. 
aussi  Allacci,  Colomies  ,  A.  Dr- 
chesne,    D.    Durand,    Fenelon, 

S.  HlPPOLYTE,  LAMBECIUS,    SexTUS 

Empiricus  ,  G.  J.  Vossius.  )  11  avait 
projeté  une  édition  d'Eunape  et  une  de 
Dion Gassius ;  les  notes  qu'ila  laissées 
sur  ce  dernier  auteur  ont  servi  pour 
l'édition  qui  a  paru  en  1  75o.  On  a  im- 
primé ta»  trois  premières  feuilles  (TEu- 
nape  in-8  ;  mais  la  lenteur  de  l'im- 
primeur dégoûta  Fcibiicius  qui  n'a- 
cheva pas  son  travail  (  Voy.  J.-B. 
Carpzov,  tome  Vil,  pag.  189).  H.  S. 
Beimar ,  gendre  de  Fabricius ,  5  donné 
De  vitd  et  scriptis  Joannis  Alherti 
Fabricii  commentarius,\  737,in-8°. , 
avec  le  portrait  de  Fabricius.  L'ou- 
vrage de  Keimar  a  été  la  source  où 
Niceron  ,  Chauffepié  ,  etc. ,  ont  puisé 
les  articles  qu'ils  ont  consacrés  à  Fa- 
bricius. Dans  le  premier  volume  de 
la  première  édition  de  la  BibUotheca 
grœca  on  trouve  un  portrait  de 
J.  A.  Fabricius  ,  mais  il  ne  ressemble 
pas  à  celui  qu'on  voit  en  tête  de  l'ou- 
vrage de  Reimar.  Il  y  a  aussi  un  fort 
beau  portrait  de  Fabricius  au  devant 
du  Dion  Gassius  de  Reimar.  A.  B — t. 
FABRICIUS  (François),  profes- 
seur de  théologie  à  l'université  de 
Leyde  ,  naquit  à  Amsterdam  le  1 0 
avril  i()G5.  Ayant  à  l'âge  de  cinq 
ans  perdu  son  père  et  sa  mère,  il  fut 
redevable  de  sa  première  éducation 
à  son  aïeul  maternel ,  qu'il  perdit 
bientôt  après  (  «675).  Après  avoir 
fait  ses  études  ,  Fabricius  se  consacra 
h  la  théologie ,  et  devint  ministre  à 
Velzen.  Ce  fut  en  170J  qu'il  suc- 
céda à  J.  Trigland  dans  la  chaire  de 
théologie  en  l'université  de  Leyde  -}  il 


FAB  6t 

avait  été  quatre  fois  recteur  decette  uni- 
versité (en  1  708,  1716,  1  7>-4,  1  7^6), 
lorsqu'il  mourut  le  '27  juiliel  1708. 
On  a  de  lui  :  I.  Chrislus  uniewa  ac 
perpetuum  fundamentum  ecclesiœ , 
Leyde,  1717,  in  -  4  '.  C'est  le  dis- 
cours inaugural  qu'il  prononça  en 
prenant  possession  de  sa  chaire;  II. 
De  sacerdotio  Christi  juxla  ordi- 
hem  Melchizedeci ,  17*20,  in-4°.  ; 
111.  De  christologid  noachied  et 
Abrahamicd ,  1  720  ,  in  -  4°.  ;  IV. 
De  fide  christiand  patriarcharum 
et  prophetarum ,  1720,  in-4°.;  V. 
De  oratore  sacro ,  1720,  iu-4". 
On  a  aussi  de  lui  six  Sermons  en 
hollandais.  Saxius  dit  que  c'est  à  Fr. 
Fabricius  qu'on  doit  1'  Oratio  in  na- 
talem  centesimum  et  quinquagesi- 
mum  academiœ  Batavœ  quœ  est 
Lugduni  Batavorum ,  1720,  in-fol. 
et  in-4°.  A.  B — t. 

FABRICIUS  (  Christophe  -  Ga- 
briel ) ,  né  le  1 8  mai  1 684  à  Schacks- 
dorf,  village  de  L  Basse-Lusacc ,  étu- 
dia la  théologie  protestante  à  l'uni- 
versité de  Wittenberg,  et  fut  nommé 
en  1  703  pour  prêcher  l'évangile  en 
langue  wende  (slave)  aux  habitants 
de  Mulknitz  et  de  Weysaghk  dans  la 
Basse-Lusace,  et  en  1740  à  c  ux 
de  Daubitz  dans  la  Lmace  supé- 
rieure. 11  y  termina  sa  carrière  le  12 
juin  17^7.  Il  a  publié  un  Catéchisme 
et  des  Pièces  en  langue  wende  ;  mais 
ce  qui  l'a  rendu  remarquable  c'est  le 
zèle  et  l'activité  qu'il  déploya  pour 
s'opposer  aux  progrès  que  le  sys- 
tème religieux  imaginé  en  1727  par 
le  comte  de  Zinzendorf  faisait  clans  les 
deux  Lusaces.  Regardant  l'associa- 
tion formée  par  cet  homme  fanatique, 
qui  cachait  des  vues  ambitieuses  et 
un  pewchant  voluptueux  sous  des 
dehors  religieux,  comme  très  dange- 
reuse pour  le  christianisme  et  pour 
le  protestantisme  en  particulier,  il 


6i 


FAB 


ne  cessa  de  combattre  les  herrenhu- 
thers  dans  ses  serinons  et  par  ses 
écrits.  Dans  deux.de  ces  ouvrages 
intitules  l'un  Das  entlaervte  herrn- 
huth  ( Herrenhulh  démasqué),  Wit- 
tenberp;,  17^,  J»-4°->  et  l'autre  : 
Entdeckte  herrnhutesche  Satire- 
rey  (  Découverte  de  l'esprit  de  secte 
des  herrenhuthers  )  ,  Wittenberg  , 
1 749  -,  in  -  8°. ,  il  s'attacha  surtout  à 
prouver  que  les  disciples  de  Zinzen- 
dorf  n'étaient  pas,  comme  ils  vou- 
laient le  l'aire  croire,  les  descendants 
des  anciens  frères  Moraves  ;  mais 
une  secte  nouvelle  réprouvée  par  les 
lois  de  l'empire,  lesquelles  ne  re- 
connaissaient que  les  trois  cultes,  ca- 
tholique, luthérien  et  réformé.  S— l. 
FABRIC1US  (Jean -André),  né 
en  1696  à  Dodendurf,  près  Magde- 
bourg,fut  successivement  adjoint  de 
la  faculté  philosophique  de  lena  , 
professeur  du  collège  Carolin  deBruns- 
vvick ,  et  depuis  1755  recteur  du 
gymnase  de  Nordhausen.  Il  mourut 
en  cette  ville  le  28  février  1  769.  11 
a  publié  un  grand  nombre  d'ou- 
vrages élémentaires  qui  ont  eu  de  la 
vogue  jusqu'à  ce  que  des  travaux  plus 
modernes  les  aient  remplacés.  L'art 
oratoire,  la  logique  et  l'histoire  litté- 
raire étaient  les  parties  dont  il  s'oc- 
cupa de  préférence.  Il  donna  en  1724 
une  Rhétorique  philosophique  qu'il 
refondit  entièrement  en  1 739J  à  cette 
nouvelle  édition  il  ajouta  une  Poéti- 
que allemande ,  la  première  peut- 
être  qui  ait  paru.  Sa  Logique  d'après 
la  méthode  mathématique  parut  en 
1755,  et  dans  de  nouvelles  éditions 
en  1707,  1746  et  1758,  in-8'.  De 
1748  à  1 7^9  il  publia  une  Biblio- 
thèque critique  en  74  tomes  ou  4 
vol.  in-8.,  et  de  1752  a  17^4  une 
Histoire  littéraire  en  5  vol.  in-8'.  Il 
eut  aussi  part  à  ['Histoire  ecclésias- 
tique que  J  .-George  lleuesius  et  Ero. 


FAB 

Stocxman  firent  paraître  en  1733  en 
2  vol.  in-4°.  Tous  ces  ouvrages  sont 
écrits  en  allemand.  En  latin,  il  avait 
publié  en  17  17  une  Dissertatio  de 
Maihesi  patribus  primee  ecclesiœ  et 
aliis  quibusdam  non  suspecta,  Leip- 
zig, in-4°.  En  1728  il  donna  des 
Institutiones  styli  latini ,  Leipzig  , 
in-8'.  S — l. 

FABRICIUS  (  Philippe-Conrad  ) , 
né  le  2  avril  1714  à  Butzbach,  pe- 
tite ville  de  la  Hesse ,  étudia  la  méde- 
cine à  Giessen  et  à  Strasbourg,  exerça 
son  art  dans  sa  ville  natale  depuis 
1738,  fut  nommé  en  1748  professeur 
d'anatomic ,  de  physiologie  et  de  phar- 
macie à  l'université  de  Helmstadt, 
et  décoré  en  1750  du  titre  de  con- 
seiller aulique  du  duc  de  Brunswick. 
Il  mourut  à  Helmstadt  le  19  juillet 
1774.  L'exercice  de  sa  chaire  lui  four- 
nit l'occasion  de  publier  beaucoup  de 
consultations,  de  dissertations  et  de 
programmes,  espèce  d'écrits  par  les- 
quels les  professeurs  allemands  ont 
coutume  d'annoncer  toutes  les  so- 
lennités académiques ,  et  où  ils  traitent 
toujours  quelque  matière  scientifi- 
que. A  côté  des  travaux  qui  dépen- 
daient de  sa  place,  Fabricius  s'occupa 
beaucoup  d'histoire  naturelle ,  et  sur- 
tout de  botanique.  Pendant  son  sé- 
jour à  Butzbach  il  avait  fait  impri- 
mer ses  P  rimitiœ  Florœ  Butesbacen- 
sis,  seu  P 7 décades plantarum  rario- 
rum  propè  Butisbacum  sponte  nas- 
centium,  en  un  vol.  in-80.,  1  743  ;  son 
Enumeratio  methodica  plantarum 
horti  medici  Helmstadensis  ,  en 
un  volume  in-8". ,  eut  trois  éditions, 
en  1759,  1765  et  1776.      S — l. 

FABRICIUS  (  Jean-Chréties  ) , 
le  plus  célèbre  entomologiste  du  18  . 
siècle ,  naquit  à  Tundern  ,  dans  le  du- 
ché de  Sleswkk,  en  17  i--..  Après 
avoir  terminé  BeS  éludes  ,  à  i'à,e  de 
vingt  ans,  il  se  rendit  à  Upsal  pour 


FAB 

y  suivre  les  cours  de  Linné'.  On  ne 
peut  se  dissimuler  qu'aucun  disciple 
ne  fut  plus  que  Fabricius  redevable 
aux  leçons  de  son  maître.  Tous  ses 
ouvrages  sur  l'entomologie ,  qui  lui 
ont  valu  une  réputation  justement  rac- 
ritéc  ,  nous  montrent  les  préceptes , 
la  méthode ,  et  même  les  formes  de 
style  de  Linné  appliqués  au   déve- 
loppement d'une  seule  idée  neuve  , 
heureuse  et  féconde.  Fabricius  était 
bien  loin  de  déguiser  les  obligations 
qu'il  avait  à  son  maître  :  il  a  décrit 
avec  beaucoup  de  charmes  les  mo- 
ments heureux  qu'il  a  passe's  auprès 
de  lui  ;  et   peut-être  est-il  celui  qui 
nous  a  transmis  sur  ce  grand  homme 
les  détails  biographiques  les  plus  in- 
téressants et  les  plus  propres  à  le  faire 
bien  connaître.  Le  souvenir  qu'il  en 
conservait  ne  s'affaiblissait  point  avec 
l'âge,  et  nous  ne  l'avons  jamais  en- 
tendu prononcer  sans  attendrissement 
le  nom  de  son  bon  Linné.  Ce  fut  en 
étudiant  sous  lui  qu'il  conçut  le  projet 
de  ses  travaux  sur  les  insectes  et  l'idée 
de  son   système.  11  nous  a  souvent 
dit  que  la  première  bouche  d'insecte 
qu'il  disséqua,  fut  celle  d'un  hanne- 
ton ;  il  la  montra  à  Linné,  avec  la 
description  qu'il  en  avait  faite ,  et  il 
lui  proposa  de  faire  usage   des  or- 
ganes de  la  bouche  pour  établir  les 
caractère  des  insectes  dans  la  nou- 
velle édition  du   Systema  naturœ , 
que  Linné  préparaît.  Celui-ci  encou- 
ragea son  élève  à  poursuivre  cette 
marche  ;  mais  il  refusa  de  s'y  enga- 
ger, parce  que,  disait-il,  il  était  trop 
âgé  pour  changer  de  méthode.  Fa- 
bricius, forcé  de  choisir  un  état,  étu- 
dia la  médecine,  et  fut  reçu  docteur 
à  l'âge  de  vingt-cinq  ans  ;  mais  ,  bien- 
tôt nommé  professeur  d'histoire  na- 
turelle à  l'université  de  Kiel  ,  il  se 
livra  entièrement  à  ses  études  favo- 
rites, et  fit  paraître,  en  1 775 ?  son 


FAB  63 

système  d'entomologie.  Cet  ouvrage 
donna  une  nouvelle  face  à  la  science. 
Swammerdam  et  Ray  avaient  classé 
les  insectes  d'après  leurs  métamor- 
phoses ;  Lister  ,   Linné  ,  Geoffroy , 
d'après  les  organes  du  mouvement  : 
quelques  entomologistes,  Réaurnur, 
Scopoli  ,  Linné  lui  -  même  s'étaient 
servi  de  la  considération  des  orgams 
nutritifs  pour  caractériser   quelques 
genres;  mais  avant  Fabricius,   per- 
sonne n'avait  songé  à  coordonner  ces 
principes  à  une  classification  générale. 
Cette  idée  était  à  la  fois  neuve  et  har- 
die ,  et  l'auteur  l'exécuta  avec  beau- 
coup  d'habileté.   Deux  ans  après  il 
développa  dans  un  second   ouvrage 
les  caractères  des  classes  et  des  gen- 
res :  dans  les  prolégomènes  de  cet  ou- 
vrage il  montre  les  avantages  de  sa 
méthode,  et  en  excuse  les   inconvr- 
nients.  Enfui   il  publia,  en   1778, 
une  Philosophie  entomologique ,   à 
l'exemple  de  la  Philosophie  bota- 
nique de  Linné.  Depuis  cette  époque 
jusqu'à  sa  mort,  ou  pendant  plus  de 
trente  ans,  Fabricius  s'est  occupé  sans 
relâche  à  étendre  son  système ,  et  à 
le  reproduire  sous   diverses  formes 
dans  des  ouvrages  qui  portent   des 
titres  différents.  Possédant  à  fond  plu- 
sieurs langues  anciennes  et  modernes, 
il  parcourut,  dans  ce  but  ,    chaque 
année  les  états  du  nord  et  du  centre 
de  l'Europe,  fréquentant  les  musées 
d'histoire  uaturelle,  formant  des  liai- 
sons avec  les  hommes  instruits  de 
tous  les  pays ,  et  décrivant  partout 
avec  une  infatigable  activité  les  in- 
sectes inédits.  Mais  à  mesure  que  le 
nombre  des  espèces  s'accroissait  sous 
sa  plume  laborieuse  ,  les  caractères 
des  genres  ,  et  même  des  classes  , 
devenaient  de   plus   en    plus  incer- 
tains   et  arbitraires  ;    et ,     sous   ce 
point  de  vue  fondamental,  ses  der- 
niers écrits  sont  peut-être  inférieurs 


64 


FAB 


aux  premiers.  La  base  qu'il  avait  prise 
était  excellente  ;  seulement  elle  ne  de- 
vait point,  comme  il  le  pensait,  le 
conduire  à  un  système ,  mais  à  une 
méthode  naturelle.  C'est  pour  avoir 
méconnu  cette  vérité',  que  Fabricius 
a  trop  néglige  les  autres  considérations 
qui  lui  auraient  fourni  des  moyens 
plus  exacts  de  classification.  Il  ne  faut 
pas  cependant  dissimuler  qu'il  a  eu 
le  sort  de  tous  les  hommes  qui  ont  le 
bonheur  de  fournir  une  longue  car- 
rière ,  après  avoir,  par  leurs  travaux, 
imprimé  un  grand  mouvement  à  la 
science  qu'ils  cultivent  :  l'âge  et  la 
lassitude  les  empêchent  de  suivre  les 
progrès  dont  on  leur  est  redevable , 
tandis  que  d'autres,  plus  jeunes  et 
plus  actifs ,  parlant  du  point  où  ils 
se  sont  arrêtés  ,  marchent  en  avant 
et  les  surpassent.  Cependant  Fabri- 
cius a  encore  l'avantage  d'avoir  pré- 
senté le  catalogue  le  plus  complet  d'in- 
sectes décrits  d'après  nature  :  tant 
qu'il  a  vécu,  il  a  tenu  le  sceptre  de 
la  branche  importante  d'histoire  na- 
turelle dont  il  s'était  emparé  ;  et ,  bien 
loin  d'être  jaloux  des  succès  de  ceux 
qui  couraient  la  même  carrière ,  il 
les  a  encouragés  par  ses  éloges.  Après 
avoir  pris  connaissance  d'un  pre- 
mier travail  que  nous  avions  fait  sur 
les  Aranéïdcs  ,  il  eut,  l'année  suivante, 
la  complaisance  de  nous  apporter  de 
Kiel  toutes  les  araignées  exotiques  de 
sa  collection  ;  et  lorsque  nous  lui  eû- 
mes communiqué  les  observations 
critiques  que  l'intérêt  de  la  science 
nous  forçait  de  faire  sur  ce  qu'il  avait 
écrit  relfltivemcnt  à  cette  classe  d'in- 
sectes, il  les  approuva,  et  lut  le  pre- 
mier à  nous  engager  à  les  imprimer  : 
loueavccfranchi.se,  mais  critique  aussi 
avec  sévérité  par  M.  Latreille,  Fabri- 
cius se  plut  à  rendre  justice  aux  tra- 
vaux de  l'entomologiste  français;  il  se 
montra  docile  à  quclqucs-uucs  de  ses 


FAB 

critiques,  et  resta  toujours  son  ami. 
N'oublions  pas  cependant  de  dire  que, 
par  des  raisons  que  nous  ignorons  , 
Fabricius  s'est  écarté  de  cet  esprit  de 
justice  qui  le  caractérisait,  en  inscri- 
vant dans  un  de  ses  derniers  ouvrages 
au  nombre  des  figuristes  ,  le  nom 
à' Olivier,  qui,  certainement,  mérite 
d'occuper  une  autre  place  (  Voyez 
Olivier).  Fabricius  avait  des  connais- 
sances très  étendues  en  botanique  et 
dans  toutes  les  parties  de  l'Histoire 
naturelle.  Il  avait  été  nommé  conscil- 
ler-d'état  du  roi  de  Danemark ,  et 
professeur  d'économie  rurale  et  poli- 
tique; en  cette  qualité  il  a  publié,  dans 
les  langues  allemande  et  danoise, 
plusieurs  ouvrages  utiles  ,  quoique 
moins  célèbres  que  ceux  qu'il  fit  pa- 
raître sur  l'entomologie;  tous  ces  tra- 
vaux littéraires,  ses  fréquents  vovages, 
les  soins  qu'il  donnait  à  ses  élèves 
remplissaient  sa  vie  ,  qui  paraissait 
devoir  être  longue;  sa  santé  était  ro- 
buste et  son  tempérament  vivacc  : 
mais  les  désastres  de  sa  patrie  qui  cu- 
rent lieu  en  1807  l'affectèrent  doulou- 
reusement; il  était  alors  en  France, 
pays  où  il  aimait  à  séjourner ,  et 
qui  était  pour  lui  une  seconde  pa- 
trie. Nous  rengageâmes  à  y  rester  : 
les  papiers  publics  annonçaient  le 
bombardement  de  Copenhague  par 
les  Anglais.  «  Mon  roi  csPinalhcu- 
»  rcux,  disait-il,  et  il  fuit  que  je 
»  retourne  auprès  de  lui.  »  H  par- 
tit, et  peu  de  temps  après  nous  ap- 
prîmes que  cet  homme  illustre  avait 
succombé  à  la  mélancolie  qui  le  con- 
sumait :  il  avait  alors  soixante -cinq 
ans.  Fabricius  était  de  petite  taille, 
sa  physionomie  était  vive,  gaie,  ex- 
pressive; elle  avait  un  caractère  de 
bonhomie  qui,  lorsqu'on  le  considé- 
rait avec  attention,  Contrastait  avec  la 
finesse  de  sou  regard.  L'étendue  de 
ses  connaissances,  ses  liaisons  avec 


FAB 

les  hommes  les  plus  illustres  de  son 
siècle,  sa  modestie,  sa  douceur  et.  son 
enjouement,  tout  contribuait  à  rendre 
sa  conversation  intéressante  et  ins- 
tructive. M.  Lalrcille  a  fait  paraître, 
dans  les  Annales  du  muséum  d'histoire 
naturelle  pour  1808,  une  notice  sur 
Fabricius;  c'est  la  seule  dont  nous- 
ayons  eu  connaissance.  Si  nous  avions 
pu  nous  procurer  celles  que  l'on  a  du 
publier  en  Allemagne  ,  et  l'ouvrage 
où  il  a  lui-même  consigné  des  détails 
sur  sa  propre  vie,  cet  article  eût  été 
moins  imparfait  et  plus  complet.  Il 
nous  reste  à  faire  connaître  'es  nom- 
breux écrits  de  Fabricius;  nous  com- 
mencerons par  ceux  qui  sont  relatifs 
à  l'entomologie  :  t.  Sj'stema  entomo- 
logiœ,  Flensburg,  1775,  in-8'.  Ce 
livre  renferme  non  seulement  l'expo- 
sition des  caractères  essentiels  des 
classes  et  des  genres  du  nouveau  sys- 
tème que  l'auteur  voulait  établir,  mais 
encore  toutes  les  espèces  alors  con- 
nues; II.  Gênera  insectorum ,  Chilo- 
nii  (Kiel),  1  vol.  in  8'.,  sans  date  et 
sans  nom  d'imprimeur;  la  préface  est 
datée  du  26  décembre  1776.  Cette 
exposition  détaillée  des  classes  et  des 
genres  est  suivie  d'une  Mantissa  (ou 
Supplément)  d'espèces  nouvellement 
découvertes  qui  font  suite  au  Syste- 
ma;\\\.  Philosophia  entomologica, 
Hambourg,  iu-8'.,  1  778. C'est  encore 
le  meilleur  ouvrage  de  ce  genre.  IV. 
Species  insectorum ,  ibid. ,  1781, 
in-8'.,  2  vol.  L'auteur',  dans  la  pré- 
face ,  avoue  qu'il  n'a  pu  discerner  les 
caractères  génériques  de  la  bouche 
d'un  grand  nombre  de  petites  espèces 
dans  les  genres  des  phaiènes,  descha- 
ransons,  des  carabes,  des  mouches, 
des  ichneumons,  des  tenthrèdes,  et 
il  invite  les  entomologistes  à  s'occu- 
per de  monographies  sur  ces  insectes  : 
déjà  il  voyait  qu'il  ne  pouvait  seul 
achever  l'édifice  dont  il  n'avait  que 

XIV. 


FA.B 


m 


posé  les  înses.  V.  Mantissa  insecto- 
rum, Hafnise  (Copenhague),  1787, 
in-8°. ,  2  vol.  C'est  un  supplément  à 
l'ouvrage  précédent,  presqu'aussi  vo- 
lumineux que  l'ouvrage  même  ;  VI. 
Nova  insectorum  gênera,  dans  les 
Mémoires  de  la  Soc.  d'hist.  natur.  de 
Copenhague,  tom.  I,  lre.  part.  L'au- 
teur établit  sept  genres  nouveaux  dans 
ce  Mémoire  ;  VII.  Entomologia  syS' 
tematica,  Copenhague,  1792  a  1796J 
7  vol.  in-8°. ,  en  y  comprenant  [In- 
dex alphabeticus  ;  mais  les  six  pre- 
miers volumes  ne  forment  que  quatre 
tomes  ,  le  premier  et  le  dernier  étant 
divisés  en  deux  parties:  tous  les  Spe- 
cies précédents  sont  refondus  dans 
ce  grand  ouvrage,  où  l'auteur  a  pour 
la  première  fois  introduit  les  classes 
des  Piezates  ,  des  Odonates,  et  des 
Mitosates ,  qui  ,  auparavant ,  étaient 
réunis  dans  une  seule  et  même  classe, 
sous  le  nom  de  Synistates  :  de  sorte 
qu'il  mettait  dans  une  même  division 
les  abeilles  et  1rs  cloportes,  les  éphé- 
mères et  les  araignées,  les  libellules  ou 
demoiselles  et  les  scolopendres;  VIII. 
Supplementum  entomologie  syste- 
maticœ  ,  Copenhague,  1798,  in-8°., 
avec  de  nouveaux  genres  et  de  nou- 
velles espèces  dans  toutes  les  classes. 
L'auteur  a  donné,  daus  cet  ouvrage, 
un  travail  entièrement  neuf  sur  la 
classe  des  Agonates  ou  crustacés,  qu'il 
fit  disparaître  de  son  système  et 
qu'il  subdivisa  en  trois,  les  Polygo- 
nales, les  Kleistagnales  et  les  Exo- 
chnates.  Il  faut  joindre  à  ce  vo- 
lume un  Index  alphabeticus  de  cin- 
quante-deux pages,  qui  ne  parut 
qu'un  an  après,  ibid.,  in-8'.  Enfin, 
Fabricius  voulut  refondre  encore  tous 
les  ouvrages  précédents  en  un  seul , 
en  publiant  successivement  un  Species 
pour  chaque  classe  d'insectes  en  par- 
ticulier, et  il  fil  paraître  :  ÏX.  Sys- 
tema  Eleutheratorum ,  Kicl ,  1 80 1 , 


66  F  A  B 

i  vol.  in-80.,  avec  un  Index  in-4% 
imprimé  à  Brunswick  ;  X.  Systema 
JRhyngotorum ,  Brunswick,  i8o3, 
in-8°. ,  avec  un  Index  ii>40«,  publié 
«n  i8o5 ;  XI.  Systema Piezatorum, 
ibid. ,  i8o4,  in-8"..,  et  un  Index 
iu-4°.  ;  Xlï.  Systema  Antliatorum  , 
ibid. ,  i8o5  ,  in-8°.,  et  un  Index  in- 
4".  La  mort  surprit  Fabricius  au  mo- 
ment où  il  venait  de  finir  le  premier 
volume  du  Systema  Glossatorum , 
qui  n'est  connu  que  par  l'extrait 
qu'en  a  donné  Illiger,  et  ce  volume 
fut  le  dernier  qu'il  écrivit  sur  les 
insectes.  XIII.  Description  de  la  77- 
pula  sericea,  et  de  sa  larve,  dans  le 
.Recueil  de  la  Société  des  scrutateurs 
«le  la  nature  ,  de  Berlin,  tom.  Vj 
XIV.  De  Systematibus  entomolo- 
gicis,  dans  le  même  Recueil,  IIe. 
partie,  pag.  98.  Le  professeur  Gi- 
seke  a  publié,  d'après  les  notes  ma- 
nuscrites de  Fabricius  et  les  sien- 
nes propres,  les  leçons  de  Linné 
sur  l'ordre  naturel  des  plantes,  Ham- 
bourg ,  1 792,  1  vol.  in-8°.  XV.  Con- 
sidérations sur  tordre  général  de 
la  nature,  Hambourg,  1 781  ,in-8°.j 

XVI.  Traité  de  la  Culture  des 
plantes  à  l'usage  des  cultivateurs  ; 

XVII.  Observations  sur  l'engourdis- 
sement des  animaux  durant  l'hiver, 
inséré  dans  le  nouveau  Magasin  de 
physique  et  d'histoire  naturelle  , 
(tom.  IX,  part.  IV,  pag.  79-82); 

XVIII.  Résultat  des  leçons  sur  V His- 
toire naturelle ,  Kiel,  1804,  1  vol. 
in-8°.  ;  XIX.  Sur  V accroissement  de 
la  population ,  particulièrement  en 
Danemark.  Cet  ouvrage  occasionna 
une  petite  guerre  littéraire,  et  fut 
critiqué  par  Geo.  Bruyn,  Ambro- 
«ius  et  deux  anonymes  (  Voyez,  h 
ce  sujet,  la  Bibliothèque  statistique 
de  Meuscl  )  ;  XX.  Eléments  d'é- 
conomie politique  à  tus  âge  des  étu- 
diants ,  Flcnsbourg,   1775,  iu-8'J. 


FAB 

L'auteur  donna  une  nouvelle  édi- 
tion de  cet  ouvrage  à  Copenhague , 
1783,  in-8°. ,  XXI.  Renseignements 
historiques  sur  le  commerce  du  Da- 
nemark, dans  le  Journal  politique, 
1785,  tom.  II,  pag.  5o2-5i6,5b5  et 
4oi  j  XXII.  Ilvori  hestaaer  Borger- 
dyd  besvaret  (  en  quoi  consiste  la 
vertu  civique?  ),  Copenhague ,  1 78O, 
in-8°.  de  16  pag.;  XXIÎL  Sur  les 
finances  et  la  dette  en  Danemark , 
inséré  dans  le  Magasin  de  Kiel  par 
Heinze,  tom.  II,  pag.  1-29,  1791; 
XXIV.  Recueil  d'écrits  sur  l'admi- 
nistration, Kiel ,  1 786  et  1 790 ,  2  vol. 
in-81.  Fabricius  a  reproduit,  dans  ces 
deux  volumes,  tous  ses  traités  déta- 
chés publiés  séparément  sur  l'écono- 
mie politique,  et  en  a  ajouté  de  nou- 
veaux sur  la  mendicité,  la  salubrité 
publique ,  etc.  ;  XXV.  Sur  les  Aca- 
démies ,  particulièrement  en  Dane- 
mark, Copenhague ,  j  796 ,  in  -  8°. 
C'est  dans  la  préface  do  cet  ouvrage 
que  Fabricius  a  donné  sa  propre  Bio- 
graphie. M.  Latrcille,  à  la  lin  de  sa 
notice,  semble  dire  qu'il  en  avait  com- 
posé une  en  danois,  plus  étendue, 
qui  est  restée  manuscrite.  XXVI. 
Voyage  en  Norwège,  Hambourg, 
1779,  in-8°.  Il  en  a  paru  une  tra- 
duction française  par  MM.  Millin  et 
Wincklcr,  i8o5,  in-  8".  ;  XXVII. 
Lettres  sur  Londres,  Leipzig,  1784, 
in-80.;  XX  VIII.  Lettres  au  sujet  d'un 
voyage  fait  en  Russie ,  insérées  dans 
le  Porte-feuille  historique  de  1786, 
tom.  II,  N°.  1 1,  et  de  1787,  tom. II, 
3S°.  4  î  XXIX.  Remarques  minéra- 
logiques  et  technologiques  ,  dans 
l'ouvrage  de  Ferber,  intitulé  :  Des- 
cription desfalriques  chimiques  ob- 
servées durant  un  voyage  dajis  di- 
verses provinces  d'Angleterre ,  Hal- 
berstad,  1  7(p,  in-8°.  Les  t5  derniers 
ouvrages  sont  en  allemand,  excepté 
le  N°.  XXII,  qui  est  en  danois.  XXX. 


FAC 
Remarques  sur  le  Danemark,  écrites 
en  anglais  et  publiées  par  Pinkerton , 
dans  sa  Géographie  moderne,  édi- 
tion de  1807,  tom.T,  pag.  553;  et 
tom.  I,  édit.  de  181 1,  p.  562. 

W—  R. 

FABRICY  (  le  Père  Gabriel),  do- 
minicain rt  célèbre  bibliographe,  mort 
à  Ruine  en  1800, était  né,  vers  17  >5  , 
à  Saint-lYïiximin ,  près  d'Aix  en  P10- 
venec.  Il  entra  de  bonne  heure  dans 
l'ordre  de  St.-Dominique  ,  dont  il  prit 
l'habit  et  fit  les  vœux  en  cette  der- 
nière ville»  Ses  lumières  et  ses  vertus 
le  portèrent  bientôt  à  la  dignité  de 
provincial  ,  qui  le  fit  aller  .1  Rome 
vers  1760.  Les  ressources  que  cette 
illustre  capitale  offrait  à  son  goût  pour 
l'instruction  le  flattaient  beaucoup  ,  et 
les  confrères  qu'il  y  connut ,  le  retin- 
rent dans  la  maison  qu'ils  y  avaient. 
Ils  lui  conférèrent  même  la  fonction 
de  lecteur  en  théologie;  et  comme  il 
cultivait  en  même  temps  les  belles- 
lettres  avec  distinction  ,  l'académie 
degli  Àrcaài  se  iagrégea.  Bientôt 
il  mérita .  par  ses  vastes  connaissances 
et  son  amour  de  l'étude,  d'être  choisi 
pour  l'on  des  docteurs  théologiens  de- 
là fameuse  bibliothèque  deCasanata, 
léguée  en  1700,  par  le  cardinal  de 
Ce  nom  ,  aux  dominicains  du  couvent 
delà  Minerve  (  A"o>.Gasanate;.11  tra- 
vailla avec  le  P.  Audifre'di  à  en  faire 
ce  magnifique  dialogue  dont  on  re- 
grette qu'il  n'y  ait  eu  que  quatre  vo< 
lûmes  de  publiés  (  V.  Audifredi); 
et  ce  fut  pour  le  plus  grand  honneur 
de  cet  ouvrage ,  que  le  P.  Audifredi , 
qui  en  Composa  la  préface ,  y  déclara 
la  part  considérable  que  le  P.  Fabricy 
avait  eue  dans  ce  travail.  Les  Œuvres 
que  ceiui-ci  avait  publiées  lorsque  pa- 
rut le  troisième  tome  de  ce  catalogue  , 
c'est-à-dire  en  1  788,  y  sont  indiquées 
de  la  manière  suivante  :  1.  Recherches 
sur  l'époque  de  l'équilation  et  Vu- 


FAB  67 

sage  des  chars  équestres  chez  les 
anciens ,  où  Y  on  montre  V  incertitude 
des  premiers  temps  historiques  des 
peuples  relativement  à  cette  date , 

1  parues  en  un  gros  volume  in-8e. , 
Marseille  (Rome),  1764  et  1765; 
II.  Mémoires  pour  servir  à  l'His- 
toire littéraire  des  deux  PP.  An* 
saldi ,  drs  PP.  Mamachi ,  Patuz- 
zi ,  Richini  et  de  fiubeis  ;  avec  un 
autre  concernant  les  ouvrages  de 
M.  'Cornet,  et  V explication  d'une 
loi  de  Mdise  ,  portant  défense  de 

faire  amas  de  chevaux ,  etc.  :  ces 
divers  opuscules  sont  imprimés  dans 
le  Dictionnaire  universel  de*s  scien- 
ces ecclésiastiques  ,  du  P.  Richard, 
tomes  V  et  VI  ;  III.  une  Lettre ,  in- 
sérée dans  le  Journal  ecclésiastique 
de  l'abbé  Dinonart  (novembre  1  ]6S) , 
sur  l'ouvrage  du  P.  Mamachi  :  De 
animabus  justorum  insinu  Abrahœ 
ante  Christi  mortem  experlibus  bea- 
tœ  visionis;  IV".  Des  Titres  primi- 
tif de  la  révélation  ,  ou  Considé- 
rations critiques  sur  la  pureté  et 
Vmtégrité  du  texte  original  des  li- 
vres  saints  de  l'Ancien-  Testament , 

2  tomes  in-8'\,  Rome,  1772.  Ou- 
vrage important,  plus  célèbre  que  tous 
les  autres  du  même  auteur.  V.  Cen- 
soris  theologi  Diatribe  qud  biblio- 
graphiœ  antiquariœ  et  sacrœ  criti- 
ces  capita  aliquot  illustrantur  ,  Ro- 
me, 1  782,  iu-8  .,  se  trouve  à  ia  suite 
du  Spécimen  variarum  lectionum 
sacri  textùs  ,etc.,  de  J.  B.  de'Rossi. 

G  -  n. 
FABRINI  (  Jeaist  ) ,  grammairien 
italien ,  naquit  en  1  5 1 6  ,  à  Fighine  en 
Toscane,  patrie  du  célèbre  Marsile 
Ficin.  C'est  r/abrini  qui  nous  l'apprend 
dans  une  réponse  qu'il  fit  à  un  ami 
qui  l'engageait  à  retrancher  du  titre 
de  ses  ouvrages  ces  mots  da  Fighine 
qu'il  y  mett-it  toujours,  et  à  mettre 
seulement  Fiorenfino ,  pour  faire  croi- 

5.. 


CS  F  A  B 

re  qu'il  c'tait  ne  à  Florence.  «  Je  fais 
3>  plus  de  cas,  lui  répondit- il,  du  seul 
»  Marsile  Ficin.  qui  etail  de  Fighine, 
»  que  de  toute  la  noblesse  de  Floren- 
»  ce,  etc.  »  Celte  lettre  est  imprimée 
à  la  suite  de  ses  Commentaires  italiens 
sur  Tércnce.  il  dit  en  la  finissant  : 
«  Mon  père  se  nommai/  Bernard  , 
»  fils  de  Julien,  fils  d'Antoine  Fabri- 
«  ni  de  Fighine  :  d'où  sont-ils  venus? 
w  je  n'eu  sais  rien.  Que  celui-là  s'en 
»  iu forme  qui  a  moins  d'affaires  que 
»  moi.  »  Fabrini  fut  appelé  en  i5  17 
à  Venise  par  le  sénat,  pour  remplir 
la  chaire  d'éloquence;  il  y  professa 
pendant  trente  ans  avec  le  plus  grand 
e'clat,  et  obtint  ses  appointements  en- 
tiers pour  retraite  quelques  anne'es 
avant  sa  mort, qu'on  place  vers  iîi8o. 
On  a  de  lui  :  ].  Une  traduction  ita- 
lienne des  discours  latins  De  institu- 
tions reipublicœ  de  Fiances ^0  Patrizi 
de  Sienne,  Venise,  chez  les  fils  d'Ai- 
de, i5/p,  in-H'.;  11.  Délia  inter- 
pretazione  dalla  Lingua  volgare  e 
latina  ,  dove  si  dichiara  cou  regole 
generali  Vuna  et  l'altra  lingua,  etc. , 
Rome,  1  i>44  î  III.  Teorica  délia  Lin- 
gua, dove  s'insegna  con  regole  ge- 
nerali  ed  infallibili  a  trasmutare 
tutte  le  lingue  nella  Vngua  latina, 
Venise  1  5t>5  ;  IV.  il  Terentio  lalino 
Comentato  in  Lingua  toscana  e  ii- 
dotto  a  la  sua  vera  latinità,  etc., 
Venise,  i54B,  in-/|°.  Le  Commen- 
taire italien  est  en  marge  du  texte  la- 
tin. La  construction  est  faite  ,  chaque 
phrase  est  expliquée  mot  à  mot,  et 
cette  explication  est  suivie  de  quelques 
notes.  Le  double  but  de  l'auteur  était 
que  le  texte  servît  à  mieux  entendre 
la  langue  vulgaire,  et  que  ceux  qui  ne 
sauraient  que  la  langue  vulgaire  pus- 
sent,  a  l'aide  du  commentaire,  ap- 
prendre le  latin.  Le  Traité  délia  in- 
terpretazione,  etc. ,  ci  -  dessus  ,  n". 
Il,  est  réimprimé  à  la  (lu  du  Té- 


^  FAB 
rence.  V.  L'Opère  dHOralio  poèta 
lirico  comentale  in  lingua  volgare 
toscana,  etc.,  Venise,  1 565.  L'or- 
dre que  l'auteur  a  suivi  et  le  but  qu'il 
.se  propose  ,  sont  les  mêmes  que 
dans  le  Commentaire  précédent  :  mais 
les  explications  sont  plus  étendues  et 
mieux  développées.  Quoiqu'il  ne  don- 
ne a  Horace  que  le  titre  de  poète  lyri- 
que, il  u'a  pas  commenté  les  odes  seu- 
lement, mais  aussi  les  satires,  lesépîtres 
et  l'art  poétique.  VI.  L'Opère  di  Vif- 
gilio  spiegate  e  comentate  in  vol- 
gare, etc. ,  Venise  ,  1397.  Fabriui 
n'est  pas  le  seul  auteur  de  ce  dernier 
commentaire,  qui  est  dans  le  même 
genre  que  ks  deux  autres  ;  Charles 
Majatesta  et  Philippe  Yenuti  de  (ïor- 
tone,qui  professaient  alors  les  belles- 
lettres  à  Venise  ,  y  mirent  aussi  la 
main.  Ces  trois  Commentaires  ont  été 
réimprimés  plusieurs  fois  ;  les  pre- 
mières éditions  sont  les  plus  recher- 
chées, parce  qu'elles  furent  laites  sous 
les  yeux  de  l'auteur.  G — É. 

FABIUS  (Nicolas),  habile  méca- 
nicien d'Italie,  et  prêtre  de  l'Oratoire, 
mort  le  i3  août  1801  ,  à  Chioggia, 
où  il  était  né  eu  1  739 ,  commença  d'a- 
bord par  travailler  avec  son  frère 
l'abbé  François  Fabris,  moins  célèbre 
que  lui,  à  l'analyse  et  «à  la  classifica- 
tion des  êtres  marins  de  l'Adriatique. 
L'étude  (\<  s  mathématiques  qu'il  en- 
tremêlait à  ce  travail,  se  eombinant 
avec  son  goût  pour  la  musique,  lui  fit 
faire  de  tels  progrès  dans  la  science 
théoiiquc  et  même  pratique  de  cet  art, 
qu'il  mérita  d'être  consulté  en  p!u- 
sieurs  diseussions  qui  y  avaient  rap- 
port, li  inventa  pour  l'harmonica  de 
Franklin  un  piano-forte  avec  un  re- 
gistre et  des  touches  ,  comme  encore 
une  table  de  progressions  harmoni- 
ques, pour  accorder  promptement  et 
facilement,  sans  avoir  besoin  d'orga- 
niste, les  instruments  à  clavier.  Par? 


\ 


FAB 

miles  autres  inventions,  assez  nom- 
breuses ,  qu'il  fit  dans  le  même  génie, 
fut  celle  d'un  clavecin  au  moyen  du- 
quel les  notes  frappées  par  les  touches 
étaient  eu  même  temps  écrites  par 
elles  :  expédient  déjà  tente  avec  quel- 
que succès  (  V.  Engramelle).  On  lui 
dut  aussi  une  petite  machine  fort  sim- 
ple, par  les  .ressorts  de  laquelle  une 
main  de  bois  battait  toutes  sortes  de 
mesures.  Son  talent  en  mécanique  ne 
se  borna  pas  aux  choses  musfcales.  Il 
imagina  un  genre  de  tonneau  dans  le- 
quel l'air  ne  pouvait  s'introduire  à 
mesure  qu'on  le  vidait,  parce  que  sa 
cavité  diminuait  dans  la  même  propor- 
tion que  le  vin  qui  y  était  contenu.  Il 
trouva  le  moven  d'écrire  aussi  vite  que 
la  parole  la  plus  précipitée  sans  abré- 
viation et  sans  rature.  La  recherche  du 
mouvement  perpétuel  l'occupa;  et  il 
imagina,  pour  le  trouver,  une  espèce 
de  pendule  sans  rouages,  sans  contre- 
poids :  le  seul  artifice  de  l'aimant 
en  était  le  moteur.  Il  construisit  en- 
core une  horloge  qui  marquait,  dans 
le  rapport  le  plus  exact,  les  heures 
italiennes  et  les  heures  françaises, 
avec  les  minutes  et  les  secondes  res- 
pectives ;  les  équinoxes  et  les  solstices 
y  étaient  même  indiqués.  Son  pen- 
chant naturel  pour  la  mécanique  ne  le 
détourna  cependant  point  des  études 
théologiques.  Ses  supérieurs  le  jugè- 
rent digne  d'enseigner  les  jeunes 
élèves  de  la.  Congrégation  ;  l'évêque 
de  Chioggiale  choisit  pour  son  con- 
seil ;  et  il  prêcha  même  avec  succès  la 
religion  qu'il  pratiquait  avec  exacti- 
tude. —  Son  frère  aîné  ,  Joseph  Fa- 
bris  ,  médecin  ,  fut  le  premier  à  mettre 
en  système  la  botanique  de  sa  patrie, 
et  à  en  répandre  la  connaissance  de 
concert  avec  son  compatriote  Harthé- 
lemi  Botta  ri.  G — n. 

FAfîRlZI   (  Charles  )  ,   juriscon- 
sulte, né  à  Udine  en  1709,  fit  ses 


*  N       FAB  60 

études  à  l'université  de  Padoue ,  avec 
une  grande  distinction  ,  et  y  prit  ses 
degrés  en  droit.  H  revint  ensuite  dans 
sa  patrie ,  où  ses  talents  le  firent  nom- 
mer à  différentes  charges  publiques. 
L'obligation  où  il  se  trouva  de  faire 
des  recherches  dans  les  archives  d'U- 
dine ,  l'engagea  à  les  mettre  en  ordre, 
et  à  extraire,  des  titres  qu'elles  renfer- 
ment ,  ceux  qui  concernent  plus  spé- 
cialement l'histoiredu  Frioul.  11  se  dis- 
posait à  mettre  au  jour  le  résultat  de 
son  travail ,  lorsqu'il  mourut  en  «  773. 
Fiés  manuscrits  de  Fabrizi  forment 
plusieurs  volumes  in-folio.  On  en  a 
tiré  deux  Dissertations  qui  ont  été 
imprimées ,  l'une  :  De  l'Intérêt  de 
l'argent  dans  le  Frioul  au  14.  siè» 
de  ;  l'autre  :  De  V ancienne  Monnaie 
de  ce  pays.  Fabrizi  était  membre  de 
l'académie  d'Udinc  et  de  plusieurs  au- 
tres sociétés  savantes  de  l'Italie. 

W— s. 
FABRONI  (Ange),  célèbre  bio- 
graphe iîalicn  du  18e.  siècle,  doit  a 
ce  titre  occuper  une  place  distinguée 
dans  un  ouvrage  tel  que  le  nôtre.  Il 
naquit  le  7  septembre  1  752  ,  à  Mar- 
radi,  dans  cette  partie  de  la  Romagnc 
qui  est,  depuis  le  i5e,  siècle,  réunie 
au  grand-duché  de  Toscane;  sa  famille 
y  avait  été  riche  et  puissante,  mais  la 
fortune  de  son  père  était  bornée ,  et 
il  était  le  dernier  de  onze  enfants. 
Après  de  premières  études,  faites  dans 
sa  patrie,  il  obtint  en  1 750,  à  Rome, 
une  place  dans  le  collège  BandinHii,* 
fondé  par  un  boulanger  de  ce  nom, 
pour  l'éducation  d'un  certain  nombre 
de  jeunes  Toscans.  Les  élèves  de  ce 
collège  étaient  admis  aux  cours  de 
celui  des  Jésuites.  Fabroni  suivit  deux 
cours  de  rhétorique,  l'un  le  matin, 
l'autre  le  soir.  Son  professeur  du  soir 
était  excellent,  celui  du  matin  était 
le  plus  inepte  des  professeurs;  il 
donnait  quelquefois  pour   devoir  à 


7«  FÀB 

ses  écoliers  une  de  ces  petites  an- 
tiennes que  l'église  chante  aux  fêtes 
des  Saints.  Fabroni  aima  mieux  passer 
pour  inepte  lui  même  aux  yeux  d'un 
te1  maitn-  que  de  se  distinguer  dans 
ce  genre  de  compositions;  mais  avant 
trouvé,  dans  la  classe  du  soir,  l'occa- 
sion de  faite  un  discours  latin  contre 
les  plagiaires  qui  se  tout  une  répu- 
tation aux  dépens  des  auteurs  qu'ils 
ont  pillés,  ce  discours  reçut,  daus  le 
collège,  une  approbation  générale,  et 
donna  de  grandes  espérances  de  son 
auteur.  Il  était  à  Rome  depuis  trois 
ans,  et  avait,  dès  la  première  an- 
née, perdu  son  père  ,  qui  l'avait  laissé 
sans  fortune.  Il  avait  étudié  la  logique, 
la  physique,  la  métaphysique,  la  géo- 
métrie, et  sentait  la  nécessité  de  se 
livrer  à  des  occupations  utiles,  lors- 
qu'il fut  présenté  au  prélat  Botta  ri , 
vieillard  triste  et  sévère,  qui  lui  fît 
cependant  un  très  favorable  accueil. 
11  fut  même  arrangé  entr'eux,.  peu  de 
temps  après ,  que  Fabroni  remplirait , 
pour  lui ,  les  fonctions  d'un  canonicat 
de  Ste.  Marie  in  transtevere.  Bottari 
était  un  des  soutiens  du  parti  jansé- 
niste; pour  lui  plaire,  Fabroni  se  mit 
à  étudier  la  théologie,  et  à  traduire 
en  italien  des  ouvrages  français,  tels 
que  la  Préparation  à  la  mort,  du 
P.  Quesnel,  les  Principes  et  règles 
de  la  Fie  chrétienne,  de  Le  Tour- 
neux  ,  et  les  Maximes  de  la  marquise 
de  Sablé;  ce  dernier  ouvrage  était 
accompagné  d'amples  Commentaires. 
Ils  parurent  tous  trois  chez  Pagliarini, 
qui  était  le  libraire  ordinaire  de  la 
secte  ;  ainsi ,  un  élève  des  Jésuites  fit 
ses  premières  armes  littéraires  sous 
la  bannière  de  Jan>énius.  Il  remarqua 
bientôt  que  les  livres  qui  réussissaient 
le  mieux  à  Rome  étaient  écrits  en 
latin;  il  s'était  habitué,  dès  sa  j-u- 
nesse,  à  écrire  élégamment  en  cette 
langue  :  le  premier  ouvrage  latin  qu'il 


FAB 

publia  fut  une  Vie  du  pape  Clément 
XII.  Elle  est  fort  médiocre,  au  style 
près  ;  mais  il  serait  difficile  de  la  juger 
plus  sévèrement  qu'il  ne  la  jugeait  lui- 
même.  Le  cardinal  Neri  Corsini  en  fut 
cependant  si  satisfait,  qu'il  fit  les  frais 
de  l'impression  ,  et  récompensa  en 
outre  magnifiquement  Fabr  ni.  Peu 
de  temps  aprè^  il  lut  choisi  par  le 
maître  du  sacré  palais  pour  pronon- 
cer devant  Benoît  XIV,  daus  ia  cha- 
pelle pontificale,  un  discours  latin  sur 
l'Ascension;  le  pape,  à  qui  il  le  pré- 
senta ,  reçut  cet  hommage  avec  une 
bonté  particulière,  et  saisit,  peu  de 
temps  après ,  l'occasion  de  lui  faire  du 
bien.  La  princesse  Camille  Rospigliosi 
avait  laissé,  en  mourant ,  une  somme 
d'argent  qui  devait  être  partagée  entre 
des  jeunes  gens  auxquels  il  était  im- 
posé pour  condition  d'être  citoyens  de 
Fisc  y  d'étudier  la  jurisprudence ,  et 
d'avoir  pris  tous  leurs  degiés  dans 
cette  faculté.  Les  ancêtres  de  Fabroni 
avaient  été  admis,  dès  le  commence- 
ment du  17e.  siècle,  parmi  les  patii- 
ciens  de  Pise;  il  avait  fait  son  droit 
à  Césènc ,  et  y  avait  été  reçu  docteur; 
enfin  ,  depuis  plusieurs  années  ,  il 
joignait  l'étude  des  lois  à  celle  de  la 
théologie;  il  demandait  donc  à  avoir 
part  au  legs  de  la  princesse  ;  il  éprou- 
vait, delà  part  de  la  famille,  des  refus, 
que  Benoît  XIV  fit  cesser  eu  disant 
seulement  qu'il  désit  ait  qu'on  ne  lui  fît 
pas  d'injustice.  Fabroni  put  alors  vivre 
avec  plus  d'aisance  et  se  laissa ,  pen- 
dant quelques  années,  entraîner  à  la 
dissipation  du  monde,  sans  cependant 
interrompre  ses  études,  ni  perdre  le 
goût  des  bonnes  mœurs.  La  jurispru- 
dence ecclésiastique  était  toujoui  s  l'ob- 
jet particulier  de  ses  travaux;  il  étu- 
diât surtout  à  fond  le  Jus  ecclcsias- 
ticuni  de  Van  E  peu  ;  il  ress.  rr-it  ou 
étendait  le  ttxte  de  cet  auteur,  et  y 
faisait  des  additions  et  des  notes  ?  eu- 


FAB 

fin,  il  avait  fait ,  sur  ce  livre,  un  nou- 
veau livre  qui  aurait  pu  être  utile  pour 
l'étude  de  cette  branche  du  droit;  mais 
il  ne  l'a  point  publié  et  n'y  a  jamais 
mis  la  dernière  main.  AU  bout  de  huit 
ans,  terme  auquel  expirait  le  bienfait 
des  Rospigliosi,  il  quitta  enfin  ce  genre 
d'étude  ,  qu'il  n'avait  embrassé  que 
par  convenance  et  par  raison ,  et  il 
se  livra  entièrement  aux  belles-lettres. 
Il  prononça   en  latin,  dans   l'église 
de  Ste.  Marie ,  l'oraison  funèbre  du 
prétendant  Jacques  Stuart  ;  le  cardinal 
d'Yoïk,  fils  de  ce  prince,  présent  à 
cette  cérémonie ,  fut  ému  jusqu'aux 
larmes  et  témoigna ,  par  un  présent 
considérable ,  sa  satisfaction  à  l'ora- 
teur. Ce  fut  vers  ce  temps -là  que 
Fabroni  conçut  l'idée  d'écrire  en  latin 
les  vies  des  savants  Italiens  qui  ont 
fleuri  dans  le  17  e.  et  le  188.  siècle, 
ouvrage  qui  devint,  dès  ce  moment, 
le  principal  objet  de  ses  recherches, 
de  ses  travaux,  et  qui  a  le  plus  con- 
tribué à  sa  réputation.  Il  en  publia  le 
premier  volume  en  1766;  il  avait 
donné,  peu  de  temps  auparavant,  une 
traduction  italienne  des  Entretiens  de 
Phocion ,  de  l'abbé  de  Mably.  Cette 
publication  ne  fut  pas  généralement 
approuvée  :  à  Venise,  surtout,  quel- 
ques patriciens  regardèrent  l'austérité' 
de  mœurs,  recommandée  aux  répu- 
bliques  par  Phocion  ,    comme  une 
censure  de  la  licence  que  le  sénat  était 
accuse    d'autoriser  parmi  le  peuple 
pour  le  distraire  et  l'asservir.  Ils  vou- 
lurent faire  censurer  l'ouvrage  et  pro- 
hiber la  traduction  ;  mais  la  partie  la 
plus  sage  du  sénat  blâma  cette  ri- 
gueur, et  permit  qu'on  en  fît ,  à  Venise 
même,  une  seconde  édition.  Cepen- 
dant l'admiration  de  Fabroni  pour  un 
philosophe  qui  enseignait  des  choses 
qu'à  Home  (  1  ) ,  selon  ses  propres  cx- 

(i%  Sed  hœc  Romce  aut  ignorantur  aut  conltm- 
nitniur,  (Vie  de  Fabroni,  écrite  par  lui-m«mts.  ) 


FAB 


7* 


pressions,  on  ignore  ou  1  on  méprise  ^ 
son  éloignement  pour  les  démarches 
et  pour  les  complaisances  qui  con- 
duisent aux  honneurs,  et  enfin,  s'il 
faut  l'en  croire, l'inimitié  des  Jésuites, 
à  qui  ses  liaisons  avec  Bottari  le  ren- 
daient suspect;  toutes  ces  causes  s'op- 
posaient à  son  avancement  et  l'écar- 
taient  du  chemin  de  la  fortune;  il 
céda  enfin  aux  instances  d'amis  puis- 
sants qui  l'appelaient  à  Florence  ;  il 
s'y  rendit  en  1 767 ,  et  le  grand-duc 
Léopold  lui  donna,  comme  on  le  lui 
avait  fait  espérer ,  la  place  de  prieur 
du  chapitre  de  la  basilique  de  Saint- 
Laurent.  Il  partagea  son  temps  entre 
les  fonctions  religieuses  de  sa  place  f 
qu'il  remplissait  avec  beaucoup  d'exac- 
titude, et  ses  travaux  littéraires,'  qui 
devinrent-son  seul  amusement,  ayant 
dès  lors ,  à  la  musique  près ,  renoncé 
aux  plaisirs  du  monde  qui  prenaient 
à  Rome   une  partie  de  son  temps. 
Deux  ans  après,  il  obtint  un  congé 
pour  aller  à  Rome  revoir  ses  anciens 
amis.  Clément  XIV  (Ganganelli);  qu'il 
avait  compté  autrefois  parmi  Ses  pro- 
tecteurs, et  qui  venait  d'être  élevé  au 
pontificat  ,  lui  fit  le  plus  gracieux 
accueil,  le  nomma,  presque  malgré 
lui,  l'un  des  prélats  de  la  chambre 
pontificale,  et  fit,  pour  le  retenir  à 
Rome,  les  plus  grands  efforts;  mais 
Fabroni ,  attaché  par  la  reconnais- 
sance au  grand-duc,  qui  venait  encore 
de  le  créer  provéditcur  de  l'université 
de  Pise  et  prieur  de  l'ordre  de  saint 
Etienne ,  résista  aux  offres  et  aux  ins- 
tances du  pape ,  sur  les  promesses  du- 
quel il  fait  d'ailleurs  entendre  assez 
clairement  qu'il  ne  fallait  pas  toujours 
se  fier  ;  après  avoir  fait  un  voyage  à 
Naples,  où  il  fut  reçu  avec  bonté  par 
la  reine ,  et  bien  vu  des  gens  de  lettres 
et  des  savants ,  il  retourna  directe- 
ment à  Florence.  Il  profita  de  son 
crédit  auprès  du  grand-duc  pour  ob- 


M  F  A  B 

tenir  In  permission  de  tirer,  des  ar- 
chives de  Médicis,  dés  lettres  de  sa- 
vants du  17".  siècle,  adressées  au 
cardinal  Léopold  de  Médicis ,  qu'il 
publia  en  doux  volumes,  et  qui  jettent 
beaucoup  de  lumière  sur  ['histoire  lit- 
téraire de  ce  temps- là.  Il  engagea  un 
certain  nombre  de  gros  de  lettres  à 
entreprendre  avec  lui  le  journal  de' 
Lellerati  de  Pise ,  dont  ils  firent  pa- 
raître, par  an,  quatre  volumes,  et 
dont  il  fournissait  lui -même  une 
grande  partie.  Cette  entreprise  lui 
occasionna  un  surcroît  de  travail  , 
souvint  excessif,  et  lui  attira,  comme 
il  arrive  toujours,  beaucoup  de  désa- 
gréments; mais  il  la  soutint  avec  cou- 
jrage,  et  poussa  jusqu'à  cent  deux" 
volumes  la  collection  de  ce  journal. 
Au  milieu  Ues  travaux  dont  il  était 
occupé,  il  apprit  que  le  grand- duc 
ï'avait  choisi  pour  précepteur  de  ses 
enfants.  Il  craignit  que  cette  faveur 
n'excitât  contre  lui  l'envie  ;  et ,  ne 
pouvant  se  soustraire  au  joug  hono- 
rable qui  lui  était  imposé  ,  il  crut 
devoir  s'éloigner  de  Florence  jusqu'au 
moment  où  il  devrait  entrer  dans  les 
fondions  de  son  emploi.  Il  demanda 
donc  la  permission  de  voyager  ;  le 
grand-duc  non-seulement  le  lui  per- 
mit ,  mais  lui  fit  compter,  par  le  trésor 
de  l'ordre  de  St.  Etienne,  la  somme 
nécessaire  pour  son  voyage.  Fabroni 
vint  à  Paris,  y  fit  un  assez  long  sé- 
jour, passa  en  Angleterre,  où  il  ne 
resta  rpie  quatre  moi>,  et  revint  en 
Fiance.  A  Londres  comme  à  Paris,  il 
vit  ce  qu'il  y  avait  de  plus  élevé  par 
le  rang  et  de  plus  distingué  dans  les 
sciences,  les  lettres  et  !e^  arts;  mais 
il  mettait  une, grande  différence  entre 
le  caractère  et  la  manière  de  vivre  des 
deux  nations,  et  toutes  ses  préfère  di  I S 
étaient  pour  nous.  11  retourna  en  Tos- 
cane dans  l'été  de  1775;  le  grand- 
duc  avait  changé  d'avis  relativement 


FAB 
à  l'éducation  de  ses  enfants;  quelle 
que  fût  la  cause  de  ce  changement, 
Fabroni  s'en  félicita  ,  et  se  trouva  heu- 
reux de  conserver  son  indépendance. 
Son  Recueil  biographique  devint  plus 
que  jamais  son  travail  de  prédilection. 
11  retoucha,  augmenta  et  publia  de 
nouveau  cinq  volumes  de  Vies  qui 
avaient  déjà  paru  ;  il  eu  ajouta  de 
nouvelles  ,  qui  se  suivirent  rapide- 
ment. Enfin  il  forma  le  projet  d'écrire, 
indépendamment  de  ce  Recueil  ,  la 
Vie  de  trois  grands  hommes  qui  ont 
fondé  la  gloire  et  l'élévation  de  ia 
maison  de  Médicis.  Il  commença  par 
Laurent-le-Magnifique ,  remonta  en- 
suite à  son  aïeul  ,  Cosme  l'Ancien , 
père  de  la  patrie,  et  redescendit  à  sou 
fils,  le  pape  Léon  X,  mais  seulement 
huit  ans  après  avoir  publié  la  Vie  de 
Cosme.  Dans  cet  intervalle  il  fit  un 
voyage  en  Allemagne,  visita  Vienne, 
Dresde ,  Berlin ,  vit  les  grands ,  les  sa- 
vants, les  académies,  et  lut  à  son  retour , 
en  1791 ,  engagé  par  le  grand-duc  à 
écrire  l'Histoire  de  l'université  de  Pise. 
Il  en  publia  trois  volumes  en  moins 
de  quatre  ans ,  sans  interrompre  ses 
Vies  des  savants,  ni  la  composition 
de  saVie  de  Léon  X,  ni  son  Journal.  Il 
continua  ce  dernier  ouvrage  jusqu'à  la 
première  entrée  des  Français  en  Italie 
(  1  796 ),  qui  interrompit  les  communi- 
cations entre  la  Toscane,  la  Loinbrr- 
die,  Venise,  et  plusieurs  autres  étals 
avec  lesquels  il  avait  besoin  de  corres- 
pondre pour  alimenter  son  Journal. 
Ses  autres  travaux  souffrirent  aussi 
des  circonstances  publiques;  cepen- 
dant à  Lucques  ,  où  il  alla  passer  deux 
mois,  en  1800,  il  écrivit  encore  les 
Vies  de  deux  savants  (Beverini  et 
T&arrani)  ;  mais  il  sentit  les  pre- 
mière s  atteintes  de  douleurs  de  goutte, 
qui  augmentèrent  bientôt,  au  point 
de  lui  interdire  toute  espèce  de  tra- 
vail. Lorsqu'elles  lui  bissaient  quel- 


FAB 
qu'intervalle,  il  revenait  aux  objets 
habituels  de  ses  études  ;  mais  en 
1801  ,  il  se  fit  en  lui  un  changement 
de  goûts  et  de  volontés  ;  il  dit  adieu 
aux  occupations  littéraires,et  se  livrant 
exclusivement  à  celles  qui  avaient  la 
religion  pour  objet,  il  n'écrivit  plus 
que  des  ouvrages  de  dévotion,  tels 
que,  pour  la  Fête  de  Noël,  en  180 1, 
pour  Notre-Dame  de  Bon  Secours, 
en  i8o3.  A  cette  dernière  époque  de 
sa  vie,  il  se  reprochait  quelques  légè- 
retés et  quelques  traits  de  passion 
qui  lui  étaient  échappés  dans  ses  écrits; 
il  se  repentait  surtout  d'avoir  dit,  en 
parlant  des  Jésuiles,  qu'ils  étaient 
comme  les  cochons ,  qui ,  lorsque 
vous  en  avez  blessé  un  .fondent  tous 
ensemble  sur  vous',  cl  il  est  vrai  que 
ceia  n'était  digne,  ni  d'un  aussi  bon 
chrétien  ,  ni  d'un  aussi  élégant  écri- 
vain. C'était  dans  la  Fie  d'Apostolo 
Zeno  qu'il  avait  écrit  cette  phrase  ; 
et,  par  un  oubli  des  bienséances, 
presqu'incrovable  dans  un  homme 
tel  que  lui,  il  avait  dédié  et  adressé 
cette  Vie  au  célèbre  Tiraboschi ,  son 
ami ,  qui  avait  été  jésuite,  et  qui,  mal- 
gré la  douceur  de  son  caractère,  ne 
put  pas  n'en  être  point  offensé.  Aux 
vacances  de  l'université  de  Pise  ,  Fa- 
broni  se  retira  dans  une  solitude  au- 
près de  Lucques,  appelée  S.  Cerbon, 
chez  les  Franciscains  réformés,  uni- 
quement occupé,  pendant  un  mois, 
de  sa  fin  qu'il  sentait  approcher.  De 
retour  à  Pisc,  il  ne  fit  pins  que  souf- 
frir, et  voir  s'accroître  chaque  jour 
les  progrès  de  son  mal.  11  expira  enfin 
le  22  septembre  i8o3,  après  avoir 
rempli  tous  les  devoirs  de  la  religion. 
Ses  obsèques  furent  faites  avec  magni- 
ficence dans  l'église  de  S.  Etienne,  et 
sa  sépulture  décorée  d'une  inscrip- 
tion honorable.  On  en  a  gravé  une 
autre  plus  étendue  au-dessous  de  son 
buste  en  marbre  7  placé  à  Fisc,  dans 


FAB  70 

le  Campo-Santo.  On  a  dii  aussi  en 
mettre  une  en  son  honneur  dms  le 
nouvel  hôpital  de  Marradi  sa  patrie , 
pour  la  fondation  duquel  il  avait 
donné  le  premier  une  somme  d'envi- 
ron trois  mille  écus,  et  auquel  il  avait 
procuré  des  libéralités  considérables, 
tant  de  la  part  des  princes  de  Tos- 
cane, que  de  ses  plus  riches  conci- 
toyens. Les  principaux  ouvrages  de 
Fabroni  sont  :  1.  Vitœ  Italorum  doc- 
trind  excellentium  quisœculis  X  Vil 
et  XVlll  floruerunt.  La  meilleure 
édition,  et  la  plus  complète  ,  est  celle 
de  l'isc ,  commencée  en  1  778,  in-8°M 
et  dont  il  donna  successivement  18 
volumes,  le  dernier,  en  1799.  Le 
19'.  et  le  20°.  parurent  après  sa 
mort,  à  Lucques,  1804  et  i8o5; 
l'un  composé  de  Vies  écrites  dans  ses 
dernières  années  ,  et  qu'il  était  prêt  à 
faire  imprimer;  l'autre  ,  de  sa  propre 
Vie,  écrite  par  lui-même,  jusqu'en 
1800,  avec  un  supplément  de  l'édi- 
teur, !W.  Dominique  Pacchi;  et  d'un 
choix  de  Lettres  adressées  à  Fabroni 
par  des  princes  et  par  des  savants. 
Elles  prouvent  de  quelle  considéra- 
tion il  jouissait,  et  contiennent  des 
détails  intéressants  pour  l'histoire  lit- 
téraire. Getle  collection  biographique 
ne  renferme  pas  moins  de  1 54  Vies, 
y  compris  la  sienne.  Il  est  vrai  qu'il  y 
en  admit  21,  écrites  par  différents 
auteurs  de  ses  amis;  mais  tout  le 
reste  lui  apparlienl;  et  si  l'on  songe 
au  nombre  infini  d'objets  que  l'au- 
teur embrasse ,  aux  recherches  qu'exi- 
geait la  discussion  des  faits,  à  la  va- 
riété des  connaissances  que  supposent 
les  notices  claires  et  suffisantes  de 
tant  d'ouvrages  scientifiques  de  tous 
genres;  enfin  ,  à  Felégâncé  continue 
avec  laquelle  ces  Vies  sont  rédigées  , 
on  ne  sera  pas  surpris  du  grand  suc- 
cès qu'elles  ont'eu  dans  le  monde  sa- 
vant. L'abbc  Andrès7dans  le  5'\  vu-. 


:4  FAB 

lume  de  son  Histoire  générale  de  la 
Littérature,  n'a  pas  craint  de  dire 
que  si ,  dans  l'histoire  littéraire ,  l'I- 
talie peut  regarder  Tiraboschi  comme 
son  Tite-Live ,  clic  doit  aussi  se  van- 
ter d'avoir  son  Plutarque  dans  Fa- 
broni. Nous  ne  parlerons ,  ni  de 
quelques  reproches  que  l'on  a  fûts  à 
cet  ouvrage  ,  relatifs  surtout  à  la  par- 
tialité pour  les  jansénistes,  et  contre 
les  jésuites  ,  dont  on  accuse  l'auteur , 
dans  sa  Fie  du  pape  Clément  Il£ 
et  ailleurs,  ni  des  réponses  qui  ont 
été  faites  à  ces  reproches.  Ces  ques- 
tions sont  aujourd'hui  sans  impor- 
tance, et  les  hommes  raisonnables 
espèrent  qu'elles  n'en  reprendront  ja- 
mais. II.  Giornale  deJ  letterati, 
Pise,  io5  vol.  in- 12.  On  peut  mettre 
au  nombre  des  ouvrages  de  Fabroni, 
ce  journal  qui  lui  dut  sa  naissance, 
dont  plusieurs  volumes  sont  entière- 
ment de  lui,  et  auquel  il  ne  cessa 
point  de  fournir  des  articles  intéres- 
sants, principalement  sur  les  beaux 
arts  anciens  et  modernes.  L'étude 
qu'il  en  avait  faite,  et  ses  recherches 
sur  cet  objet ,  lui  fournirent  les  ma- 
tériaux d'une  Histoire  des  arts  du 
dessin,  ouvrage  imparfait  sans  doute, 
mais  où  se  trouvent  cependant  beau- 
coup d'observations  peu  communes 
et  de  bon  goût.  C'est  encore  à  cette 
classe  de  ses  écrits,  que  se  rapporte 
sa  Dissertation  sur  la  fable  de  IVio- 
lé.  L'occasion  pour  laquelle  il  l'écri- 
vit, lui  donne  un  titre  de  plus  à  la 
reconnaissance  des  Florentins.  Des 
statues  antiques  du  plus  grand  prix 
étaient  toujours  restées  à  Roue,  dans 
le  pafois  des  Médicis,ct  manquaient 
à  la  galerie  de  Florence.  Fabroni  en- 
gagea le  comte  de  Rosenberg,  mi- 
nistre du  grand  duc  Léopold  ,  à  obte- 
uir  de  ce  prince  l'ordre  de  faire  trans- 
porter à  Florence  ces  antiques,  parmi 
lesquelles     se    trouvait    l'admirable 


FAB 

groupe  des  seize  statues  de  Niobe'  et 
de  ses  enfants.  En  les  examinant  de 
près  et  de  suite,  Fabroni  conclut,  de 
la  perfectiou  de  cet  ouvrage,  et  de 
plusieurs  autres  indices,  qu'il  n'était 
point  de  Praxitèle,  comme  on  le 
croyait  communément,  mais  de  Sco- 
pas;  et  il  appuya ,  dans  cet  écrit,  son 
opinion  sur  les  raisons  les  plus  soli- 
des, quoique  le  fameux  peintre  Ra- 
phaël Mengs,  qu'il  avait  consulté,  ne 
fut  pas  de  cet  avis,  et  que  l'on  ait, 
sur  cet  objet,  dans  le  Recueil  de  ses 
OEuvrcs,  publiées  par  le  chevalier 
Azzara  (  Rome,  1 787 ,  in-/t°. ,  p.  557 
et  062  ) ,  deux  lettres  adressées  à  Fa- 
broni, pour  combattre  son  opinion. 
111.  Laurenlii  Medicis  magnifici 
Vita,  Pise,  1784,  '2  vol.  in-4°..  Le 
premier  volume  contient  l'histoire; 
le  second,  les  notes,  les  monuments, 
et  pièces  justificatives.  Ces  monuments 
précieux,  la  plupart  inconnus  jus- 
qu'alors ,  et  que  l'auteur  eut  le  pre- 
mier l'idée  et  la  permission  de  tirer 
des  archives  de  la  maison  de  Médicis, 
rendirent  tout  nouveau  cet  intéressant 
sujet.  Celte  Histoire  de  Laurenl-lc- 
Magnifique,  écrite  avec  beaucoup 
d'ordre,  de  clarté,  d'élégance,  et 
d'impartialité,  donna ,  pour  la  pre- 
mière fois,  une  idée  juste  du  plus 
grand  homme  de  cette  maison  célè- 
bre, et  de  l'un  des  plus  grands  hom- 
mes des  temps  modernes.  M.  Roscoe, 
en  suivant  la  même  marche,  en  pui- 
sant dans  les  mêmes  archives,  y  a 
fait  de  nouvelles  découvertes,  et  a 
produit,  dans  sa  langue,  un  ouvrage 
encore  meilleur;  mais  ce  n'est  pas  peu 
de  gloire  pour  Fabroni,  (pie  d'avoir 
frayé  cette  route,  et  d'y  avoir  si  beu- 
r» ■usement  marche  le  premier.  IV. 
Âfagni  Cosmi  Medicei  vita,  Pise, 
3  7^<),  '.).  vol.  in-4"..  Le  plan  et  le 
mérite  de  cet  ouvrage  sont  les  mêmes 
que  ceux  du  précédent  Le  caractère, 


FAB 

au  moins  extérieur ,  de  Cosme,  qui 
fut  surnomme  le  Père  de  la  patrie  , 
y  est  fidè  ement  trace;  il  n'y  manque 
que  quelques  traits   plus   profonds, 
qui    auraient   dévoilé  les  secrets  de 
l'ambition  de  cet  homme  simple  et  po- 
pulaire, mais  adroit,  et  même  rusé  (  i  ), 
qui  s'éleva,  par  la  faveur  du  peuple, 
au-dessus  «es  grands  et  des  nobles. 
On  n'y  voit  peut  être  pas  assez,  <  ornme 
dans  son   germe,  l'étonnante  fortune, 
et  la  haute  destinée  de  cette  famille 
de  commerçants,  qui  devint  peu  de 
temps  après  une   dynastie  de  souve- 
rains. V.  Leonis  X  ,fontiftcis  maxi- 
mi  vita  ,  Pise,  1797.  Dms  cette  Vie 
d'un  grand  protecteur  des  lettres  et 
des  arts,  l'auteur  avait  à  embrasser 
un  horizon  politique  plus  étendu;  il 
devait  mêler  en  plus  grande  propor- 
tion les  affaires  d'état  aux  intérêts  de 
la  république  des  lettres  :  il  n'est  pas 
sûr  qu'il  y  ait  également   réussi.  Ici 
l'histoire  n'est  suivie  que  de  notes.  Ce 
n'était  plus  dans  les  archives  de  Flo- 
rence; c'eut  été  dans  celle  de  Rome, 
qu'il  eût  fallu   puiser,  pour  en  tirer 
des  monuments   secrets  et  authenti- 
ques :  mais  cette  faculté  n'était  accor- 
dée à  personne,  et  quand  M.  Roscoe 
a  voulu  ajouter,  comme  Fabroni,  une 
Vie  de  Léon  Xà  celle  de  Laurent,  il 
a  dû  se  contenter,  comme  lui ,  de  ce' 
que  pouvaient  lui  fournir  les  archives 
florentines ,  et  de  ce  que  Fabroni  lui- 
même  avait  déjà  publié.  Il  eût  bien 
fait  de  n'y  pas  ajouter  tant  de  choses 
imprimées  ailleurs,  tant  de  pièces  de 
vers  tirées  de  recueils  connus ,  et  de 
ne  pas  surcharger  de  4^o  pages  d'ap- 
pend  x  l'histoire  trop  volumineuse  de 
ce  pontife.VI.  Historia  Lycœi  Pisa- 
ni;  Pise,  5  vol.in-4".,  1  *; 9 1 ,  1795  et 


(1)  Fabroni  dit  «le  lui  que  Laurent  fut  un  plus 
grand  homme,  mais  qu'il  surpassa  en  ruse  et  en 
finesse  (caliidUalt)  et  Laurent  et  tous  le»  «utics 
Médicis. 


FAB  9» 

1 795  (  T.  E.  Corsini  ).  Cette  histoire 
embrasse  toute  la  durée  de  l'université 
de  Pise  ,  depuis  son  origine  jusqu'à  la 
fin  de  la  domination  des  Médicis.  Un 
4'.  volume  devait  comprendre  l'his- 
toire de  l'université  sous  les  grands- 
ducs  de  la  maison  d'Autriche  ;  mais 
la  difficulté  d'écrire  sur  des  choses  et 
des    personnes    si   voisines  de  sou 
temps,  et  sur  celles   de  son    temps 
même,  arrê'a  l'auteur.  Il  paraît  qu'il 
n'avait  lit  n  écrit  de  ce  vol  me  que  sa 
vie  ,  qui  devait  en  former  le  premier 
chapitre,  et  qui  a  été  trouvée  parmi 
ses    Manuscrits ,  avec   ce  titre  :  De 
curaiore   Jcademiœ  caput  I.  VIL 
Francisci  Petrarchœ  vita,  Parme, 
Bodou!  .  1799,  in- 4".  L'auteur  avait 
formé  ,  ayee  M.  Baldelli,  auteur  d 'une 
Vie  italienne  de  Pétrarque,  publiée  à 
Florence,  en  1797,  le  projet  d'une 
nouvelle   édition    des  Lettres   de  ce 
grand  homme  ,  où  ils  auraient  ajoute' 
toutes  celles  qui  sont  encore  inédites. 
Elles  devaient  être  précédées  d'une 
nouvelle  Vie  de   Pétrarque  ,    écrite 
en   latin     comme    les    Lettres.   Fa- 
broni l'avait  composée  avec  un  soin 
particulier;    le    malheur  des   temps 
ayant  empêché  cette  publication  in- 
téressante, il  donna  son  manuscrit  à 
Bodoni,    qui  l'imprima.    L'ouvrage 
contient  peu  de  choses  nouvelles,  et 
n'est  à  peu  près  qu'un  abrégé  de  ce 
que  d'autres  avaient  déjà  écrit;  mais 
il  se  fait  lire  avec  plaisir ,  et  cette 
édition  est  recherchée  par  ceux  qui 
aiment  à  voir  élégamment  imprimés 
les    livres  élégamment  écrits.  V11I. 
Elogj  d'illustri  Italiani,  Pise,  2  vol. 
in-8'.,   1786  et   1789.  Après  avoir 
tant  écrit  en  latin  à  la  louange  de  ses 
illustres  compatriotes  ,  Fabroni  vou- 
lut aussi  leur  consacrer  des  éloges  en 
langue     italienne:    parmi    ceux  que 
contient  le  premier  de  ces  deux  vo- 
lumes, il  y  en  a  trois  qui  se  trouvaient 


H5  FAB 

déjà  dans  ses  Vies  latines  ;  ils  ne  sont 
point  traduits,  mais  refaits,  et  peu- 
vent être  regardés  comme  nouveaux  ; 
les  autres  le  sont  entièrement.  Ils  ne 
sont  pas  tons  consacrés  aux  sciences; 
on  y  trouve  ceux  de  deux  grands 
poètes ,  Frngoni  et  Métastase.  Le  se- 
cond volume  renferme,  outre  les  élo- 
ges de  plusieurs  savants  Italiens, 
ceux  du  roi  de  Prusse,  Frédéric  II , 
et  du  grand  peintre  Raphaël  Mengs. 
IX.  Eîogj  di  Dante  Alighieri,  di 
Angelo  Poliziano ,  di  Lodovico 
Arioslo^  e  di  Torquato  Tasso, 
Parme,  Bodoni,  iSot).  X.  Il  faut 
aussi  compter ,  parmi  les  bons  Ou- 
vrages que  Fabroni  écrivit  dans  sa 
langue  nationale,  la  traduction  abré- 
gée de  l'un  de  ceux  qui  firent  ,  dans  le 
siècle  dernier,  le  plus  d'honneur 
à  la  notre  ,  le  Voyage  du  Jeune 
Anacharsis  en  Grèce.  .  «  Rien  d'es- 
»  sentiel  n'est  omis  dans  votre 
»  ouvrage,  écrivit  l'abbé  Barthélémy 
»  à  son  élégant  abréviateui  ;  j'ai  ad- 
»  miré  le  choix  et  la  liaison  des  faits, 
»  la  propriété  des  termes .  et  la  rapi- 
»  dite  du  style.  »  Ce  travail ,  qui  au- 
rait suffisamment  occupe  un  autre 
écrivain  ,  ne  fut  pour  Fabroni  qu'un 
délassement,  lorsqu'il  était  à  la  fois 
occupe  de  la  composition  de  son 
Histoire  de  l'université  de  Pise  , 
et  de  plusieurs  autres  grands  ou- 
vrages. Il  y  a  des  moments  dans  la 
vie  de  l'homme  de  lettres,  où  l'acti- 
\ité  île  l'esprit  supplée  a  la  brièveté 
du  temps.        •  G — k. 

F  AU  ROT  (Charles-Annibal), 
fut  un  des  plus  célèbres  jurisconsultes 
de  «OU  temps,  11  naquit,  en  i58ô,  à 
Aix  «-H  ProVence,  ou  son  père,  ori- 
ginaire de  INîmes,  était  venu  s\ 
penoântlea  ;  viles.  Se»  - 

furent  brillantes;  il  Ht  de  grandi  pro- 
grès dans  les  langues   ancien! 
dans  le  droit  civil  et  canonique.  11  prit 


FAB 

le  bonnet  de  docteur  en  1606,  et  il 
fut  ensuite  reçu  avocat  au  parlement 
d'Aix.  Cette  cour  comptait  alors  par- 
mi ses  membres,  des  hommes  d'un 
mérite  distingué,  tels  que  le  fameux 
Pciicsc  et  Guillaume  Luvair,  qui  eu 
était  le  pr<  micr  président.  Leur  goût 
commun  pour  les  lettres  les  lia  avec 
Fabrot,  à  qui  Duvair  procura  une  pla- 
ce de  professeur  à  l'universitéd'Aix,  en 
1609.  Etant  devenu  garde  des  ceaux, 
il  le  mena  avec  lui  à  Paris  ,  où  Fabrot 
resta  jusqu'après  la  mort  de  son  bien- 
faiteur. Il  revint  alors  reprendre  les 
fonctions  paisibles  de  sa  place  de  pro- 
fesseur ;  elles  n'absotbaient  pas  tout 
«on  temps,  et  il  employait  ses  loisirs 
à  d'autres  travaux  relatifs  toujours  à 
la  jurisprudence .  Les  grands  inter- 
prètes que  le  seizième  siècle  produisit 
n'avaient  presque  rien  laissé  à  dire 
sur  les  livres  de  cette  science,  écrits 
en  latin.  Fabrot  s'ouvrit  uneautre  car- 
rière :  les  successeurs  de  Justinicn 
au  trône  de  Constantinople,  avaient 
fait  faire,  en  grec,  un  abrégé  de  ses 
compilations,  dans  lequel  on  ajouta 
des  articles  tiiés  des  pères  et  des  (  011- 
ciles.  Lcon-lc-Philosophe  donna  à  cet 
abrégé  le  nom  de  Basiliques.  Ce  fut  le 
code  de  l'empire  d'Orient  jusqu'à  sa 
destruction.  Les  Basiliques  ,  long- 
.  temps  inconnues  ,  furent  en  quelque 
sorte  découvertes  par  Cujas,  qui  en 
fit  beaucoup  d'usage  dans  ses  écrits; 
mais  il  ne  les  publia  point.  Fabrot  se 
chargea  de  ce  soin  :  des  i63q,  il  tira 
de  ce  recueil  et  publia  en  grec  et  en 
latin  quatorze  lois  qui  manquaient 
dans  le  Digeste.  Everard  Otton  les  a 
insén  d'autres  opuscules  de 

Fabrot,  dans  son  Thesaur.  jur.  ciV. 
De  soixante  livn  s  dujtt  les  Basiliques 
étaient  composées,  il  j  enavail  tmze 
de  perdus.  Fabrot  traduisit  ceux  qui 
nt .  et  suppléa  par  des  som- 
maires à  ceux  qui  manquaient.  Cet 


FAB 

ouvrage,  qui  formait  7  vol.  in-fol., 
fut  publié  eu  16 '17,  à  Paris,  où  Fa- 
brot  était  venu  s'établir.  II  le  dédia 
au  chancelier  Séguier,,  dont  la  pro- 
tection lui  valut  une  pension  consi- 
dérable, par  le  secours  de  laquelle 
il  eut  les  moyens  de  continuer  ses 
utile  s  travaux.  Matthieu  Mole  ,  d'a- 
bord procureur-général,  ensuite  pre- 
mier président  et  garde  des  sceaux, 
dont  la  fermeté  héroïque  est  si  bien 
connue,  et  Jérôme  Bignon,  magistrat 
illustre  par  ses  lumières  et  par  son 
intégrité  ,  lui  donnèrent  également 
des  preuves  de  l'estime  qu'ils  fai- 
saient de  sou  talent.  Outre  les  Basi- 
liques ,  Fabrot  traduisit  encore  en 
latin  la  paraphas:*  grecque  que  Théo- 
phile avait  faite  des  Institutes  de  Jus- 
tinien,  Paris,  i658  et  1657  ,  in- 4°. 
Le  genre  de  travail  dont  il  s'était  oc- 
cupé lui  avait  rendu  familière  l'his- 
toire byzantine.  11  publia  plusieurs  des 
auteurs  qui  la  composent,  tels  que 
Cédrène,  Nicetas,  Auastase  le  biblio- 
thécaire, etc.,  enrichis  de  notes  et  de 
dissertations.  Il  connaissait  non  seu- 
lement les  luis  civiles,  mais  encore 
les  lois  canoniques  du  bas  empire, 
qui  ne  faisaient  d'ailleurs  qu'un  seul 
tout;  et  quand  Juslel  et  Guillaume 
Voët  donnèrent,  en  1661  ,  la  Biblio- 
thèque du  droit  canonique  ,  ils  y  insé- 
rèrent les  Constitutions  de  Théodore 
Balsamon,  qu'on  trouva  dans  les  pa- 
piers de  Fabrot  avec  des  notes  de  sa 
façon.  Un  des  travaux  qui  lui  ont 
fait  le  plus  d'honneur,  est  son  édi- 
tion des  OEuvres  de  Cujas ,  qu'il 
corrigea  sur  plusieurs  manuscrits,  et 
qu'il  enrichit  de  ses  notes  et  de  quel- 
ques Traités  de  Cujas,  qui  n'avaient 
Î>as  encore  vu  le  jour.  C'était  la  meil- 
eure  des  éditions  de  Cujas  avant  celles 
de  Naples  et  de  Venise  (  V.  Cujas). 
Fabrot  commença  la  sienne  en  \G5i 
et  la  termina  en  i658.  On  croit  que 


FAB  77 

l'application  trop  soutenue  et  trop 
forte  qu'il  apporta  à  ce  travail ,  lui 
causa  la  maladie  dont  il  mourut  le 
16  janvier  iG5t).  Sa  réputation  était 
si  répandue  ,  que  les  plus  célèbres 
universités  de  France  auraient  dési- 
ré l'avoir  pour  professeur.  Il  refusa 
toutes  les  offres  qu'on  lui  fit,  quelque 
avantageuses  qu'elles  fussent,  pour  ne 
pas  se  détourner  des  travaux  qu'd 
avait  entrepris. On  a  encore  de  lui:  I. 
EpLtola  de  miituo  cum  responsione 
Cl.  Salmasii  ad  Mefiagium,  Leyde, 
i645  ,  in-8.  ;  II.  les  Antiquités  de 
la  ville  de  Marseille  ,  traduit  du  la- 
tin de  J.  Raymond  de  Solier,  Mar- 
seille, i(ii5;  Lyon,  i652,in-8.  ; 
III.  Exercitationes  duœ  de  tempore 
partûs  humani  et  de  numéro  puer- 
/>enï,Aix,  16-AQ,  in-4°.;  IV.  Prce- 
lectio  in  titulum  decrelalium  :  De 
vitd  et  honestate  clericorum,  Pa- 
ris, 1 65 1  ,  in  -  4°.  ;  Y.  Note  ad 
titulum  codicis  Theodosiani  :  De 
paganis  sacrificiis  etlemplis,  Paris  r 
i(i48,iu-4".  B— 1. 

F  ABRUCCI(  Etienne  Marie), 
professeur  a  l'université  de  Pi.sc,  au 
i81'.  siècle,  a  publié  plusieurs  Disser- 
tations sur  celte  école  célèbre.  Dans 
les  premières,  Fabrucci,  en  conve- 
nant que  dès  l'année  i3 19  il  existait 
à  Pise  un  professeur  de  droit  canon  , 
pensionné  par  l'état,  prouve  ti es  bien 
qu'on  n'en  doit  pas  conclure  qu'à, 
la  même  époque  il  existât  en  cette 
ville  une  école  pour  l'enseignement 
des  autres  sciences.  11  s'appuie  ensuite 
d'un  passage  d'une  Chronique  publiée 
par  Muratori  (  Script,  rerum  ital. 
Vol.  XV),  pour  montrer  que  l'uni- 
versité de  Pise  fut  seulement  fondée 
en  i55g,  par  un  décret  du  sénat. 
Cette  école,  dont  le  pape  Benoît  XII, 
avait  vu  l'établissement  avec  peine  , 
obtint  de  grands  privilèges  de  Clé- 
ment VI ,  son  successeur ,  et  de  l'ein- 


:S  FAC 

pcreur  Charles  IV.  Les  plus  lavants 
hommes  de  l'Italie  se  disputèrent  alors 
l'honneur  ffy  fore  des  leçons  ,  et  une 
foule  d'élèves  accouraient  pour  les 
entendre  de  toutes  les  parties  de  l'Eu- 
rope. Mais  les  guerres,  la  peste  et  les 
autres  fie  ux  qui  désolèrent  l'Italie,  à 
la  fin  du  i4-  siècle,'  arrêtèrent  les 
succès  de  cette  école,  et  ce  ne  fut  que 
cent  ans  après  qu'elle  reprit  un  nou- 
vel éclat.  L'opinion  de  Fabrueci  sur 
l'époque  de  la  fondation  de  l'université 
de  Pise  a  été  combattue  par  Fiaminio 
del  Borgo  dans  sa  Dissertaz.  delV 
univers.  Pisana;  mais  Tiraboschi, 
dont  le  sentiment  estd'un  grand  poids, 
en  a  pris  la  défense  dans  la  Storia  dél- 
ia lelleratura  italiana,  torn.  V.  Les 
premières  dissertations  de  Fabrueci 
parurent  d'abord  dans  la  Raccolta 
d'opuscoli  scientifwijîlologici  (  l'or. 
Calogera  ) ,  tom.  1 1 ,  23 ,  u5  et  ag; 
il  les  réunit  ensuite,  et  les  publia  sous 
ce  titre  :  Pisanœ  academiœ  prima 
artas  quatuor  dissertationibus  illus- 
irata ,  Florence,  1739,  in- la.  Ces 
quatre  dissertations  furent  suivies  de 
deux  autres,  insérées  d'abord  dans  la 
Jiaccolta,  tom.  34  et  57,  réimprimées 
depuis  séparément,  Florence,  174^, 
în- ta.  Fabrueci  mourut  à  Pise  vers 
1750.  W — s. 

FACARD1N  (  V.  Fakhr-edoïn  ). 

FACCIARPI  (  Christophe  ),  capu- 
cin et  prédicateur  célèbre  à  la  fin  du 
iG".  sièile,  né  à  Veruehio  ou  Ve- 
rucolo,  petite  ville  du  territoire  de 
ltimini ,  fut  d'abord  religieux  mineur- 
ronventucl  de  l'ordre  de  St.- François , 
d'où  il  passa  dans  l'institut  réformé 
des  capucins.  Il  ne  s'\  distingua  pal 
moins  p<r  m  I  talents,  par  son  amour 
de  l'étude,  par  sesconnai  M  MO  I  et-  n- 
dfeêa  dins  les  sciences  divines  et  hu- 
maines, que  par  la  pieté,  ses  mœurs 
et f observance  d  .  Le  savant 

jo'iuile  Possetûl  l'appelie  un  modèle 


FA$ 

de  sainteté  et  de  doctrine.  Il  se  ren- 
dit surtout  fameux  par  son  éloquence 
persuasive  et  entraînante.  Si  on  en 
croit  le  Père  Bernard  de  Bologne  , 
son  confrère ,  tcl'c  était  l'affluence  à 
ses  sermons ,  que  pré  hant  dans  la 
grande  église  de  Milan  ,  il  s'y  réunis- 
sait journellement  jusqu'à  trente  mille 
auditeurs  pour  l'entendre,  et  il  faisait 
tant  d'eiïct  sur  son  auditoire,  qu'un 
jour,  à  Bologne,  après  un  discours 
sur  la  charité,  les  assistants  non  seu- 
lement vidèrent  leurs  bourses ,  mais 
se  défirent  de  leurs  joyaux  et  de  tout 
ce  qu'ils  avaient  de  précieux  en  faveur 
de  l'hôpital  des  Orphelins  que  Fac- 
ciardi  venait  de  leur  recommander; 
et  où,  au  moyen  de  ces  abondantes 
aumônes,  on  entretenait  mille  enfants 
de  l'un  et  l'autre  sexe.  Cet  apôtre  de 
la  charité  chrétienne,  écrivain  non 
moins  laborieux  qu'orateur  distingué, 
nous  a  laissé  les  ouvrages  suivants  : 

I.  Exercitiorum  spiritual ium  ex  SS. 
Patribus  volumina  tria.  ,  Lyon  , 
i5()o;  Venise,  1 597;  et  Paris ^1606. 

II.  Ezercizi  a" anima,  raccoîti  de* 
SS.  Padri,  predicati  in  diverse  ciltà 
d'Italia,  stampati  ad  instanza  degli 
ascollant,  in- 12,  Venise,  1  Sep..  III. 
Meditazioni  de  principali  mjs- 
terj  délia  vita  spiriluale,  Venise, 
i5qç).  Ces  méditations  ont  élé  tra- 
duites en  latin,  Cologne,  i6o5.  IV. 
Vita  et  gesta  sanctorum  ecclesiœ 
Feruchinœ  ,  in-8. .  Venise,  1600. 
V.  Tr-iCtatus  de  excellentià  B.  Ca- 
tharinœ  virginis  Botumicnsis ,  Bo- 
logne,  ifioo.  VI.  Conijiendio  di 
cento  medilazioru  s<i«re,  (te.,  Ve- 
nise, lÔO'i;  Plais. mec,  i()o(i.  VII. 
f  ita  del  />.  (  <ico  di 
liimini ,  et  del  H.  Hoberto   Mala- 

etc.,  Iliiiiim.  1610.  \  II.  Ddla 
prima  origine  dclla  casa    Mata- 

l'.in  11  1,    iliio;    VII T- 

Cëremonialo  sacrum  ad  usum  PP. 


FAG 

capucinorum ,  Venise,  i6î4;  IX. 
Porta  aurea  et  sanctuarium  sanctœ 
theologiœ,  tum  scholasticœ ,  tuni 
posilivœ,  apefta.  L  — y. 

FàCGIOL ATO  (  Jacques  ) ,  savant 
italien  du  18e.  siècle,  naquit  de  pa- 
rents pauvres,  à  Torrcglia,  près  de 
Padouc  ,   dans  les  Monts  Euganées  , 
le  4  janvier  i68'2.    Les  dispositions 
qu'il  annonça  dans  ses  premières  étu- 
des engagèrent  le  cardinal  Barbarigo 
à  le  faire  admettre  dans  le  séminaire 
de  Padoue;  il  y  obtint  des  succès  ra- 
pides ,  et  fut  dans  peu  d'années  reçu 
docteur  en  théologie,   professeur  de 
cette  science  ,  professeur  de  philoso- 
phie, enGn  préfet  du  séminaire  et  di- 
recteur-général des  études.  11  les  diri- 
gea, plus  particulièrement  qu'on  n'avait 
fait  depuis  long-temps ,  vers  la  con- 
naissance  approfondie    des    langues 
anciennes,  et  il  entreprit  dans  ce  but 
de  grands  travaux.  Le  premier  fut  une 
édition  nouvelle  du  Diciionnaire  en 
sept  langues ,  connu  sous  le  nom  de 
Calepin.  Il  s'adjoignit,   dans  ce  tra- 
vail, Forcellini ,   Je  plus  studieux  de 
tous  ses  disciples.  Cet  ouvrage,  com- 
mencé en  1715,  fut  achevé  et  publié 
quatre  ans  après,  en  1  forts  vol  in-fol. 
Ce  fut  alors  qu'il  conçut ,  avec  son 
zélé  collaborateur,  l'idée  d'un  grand 
Vocabulaire  latin ,   qui  comprendrait 
tous  les  mots  de  la  langue  et  toutes 
leurs  différentes  acceptions,  prouvées 
par   des  exemples  tirés  ides  auteurs 
classiques,  sur  le  modèle  du  Voca- 
bulaire italien  de  la  Grusca.  Cette  im- 
mense entreprise  les  occupa  près  de 
quarante  ans;  Facciolato  la  conduisait, 
Forcellini  l'exécuta  presque  toute  en- 
tière ;  et  l'ouvrage  ,  commencé  sous  le 
nom  du  premier,  fut  presque  entière- 
ment  achevé  sous   celui  du  second 
(  Voyez  Forcellini).  Ce  fut  avec 
le  même  collaborateur  ,  et  avec  quel- 
ques autres,  que  Facciolato  donna  de 


FAC  79 

nouvelles  éditions   du   Lexicon   de 
Schrevclius ,  du  Lexicon  ciceronia- 
num  de  JNizoli ,  des  Particules  latines 
de  Turselin,   travaux  obscurs  où  il 
n'était  soutenu  que  par  l'utilité  dont  ils 
étaient  pour  la  jeunesse  studieuse.  Il 
était  dans  l'usage  de  prononcer  chaque 
année,  à  l'ouverture  des  études,  des 
Discours  latins  sur  les  belles-lettres 
en  général,  sur  la  rhétorique,  la  phi- 
losophie, ou  d'autres  parties  des  con- 
naissances humaines.  Ces  harangues 
imprimées  ajoutèrent  beaucoup  à  sa 
réputation.  Les  trois  magistrats  qui 
présidaient  à  l'université  de  Padoue , 
sous  le  titre  de  réformateurs  des  étu- 
des, l'y  appelèrent  en  1702,  en  le 
nommant  à  la  chaire  de  logique  qu'il 
n'avait  point  sollicitée,  qu'ils  eurent 
même  de  la  peine  à  lui  faire  accepter , 
qu'il  remplit  avec  succès,  et  où  il  ne 
négligea  aucune  occasion  de  faire  pré- 
valoir la  méthode  d'Aristote  sur  les 
théories  modernes.  Au  bout  de  seize 
ans  il  demanda  sa  retraite  ;  mais  les  re- 
formateurs ne  voulant  pas  que  son  nom 
fût  effacé  du  tableau  de  l'université  , 
l'y  maintinrent  sous  le  titre  de  pro- 
fesseur émérite  ,  en  lui  conservant  ses 
honoraires,  et  le  chargeant  de  conti- 
nuer et  d'achever  l'histoire  de  cette 
université,  commencée  par  le  Pappa- 
dopoli ,  et  qu'il  avait  conduite  jusqu'à 
cette  époquc'(  1 740  ) ,  qui  fut  celle  de 
sa  mort.Tl  se  mit  aussitôt  à  l'ouvrage; 
mais  le  désordre  et  le  vide  qu'il  trouva 
dans  les  archives  l'arrêtèrent  jusqu'à 
ce  qu'il  eût,  à  force  de  recherches , 
rassemblé  tous  les  monuments,  actes 
et  pièces  officielles ,  et  dressé  les  ta- 
bles et  les  catalogues,  préliminaires 
indispensables  d'un  semblable  travail. 
Lorsqu'il  le  publia  enfin,  les  douze 
instructions  ou  traités  (synlagmata) , 
qui  contiennent  l'Histoire  générale  de 
l'origine  et  des  progrès ,  des  règle- 
ments et  des  différents  emplois  de  l'u- 


8o  F  A  C 

nivrrȕte,  obtinrent  une  approbation 
universelle;  il  n'en  fut  pas  ainsi  de 
l'Histoire  particulière  qu'il  iit  paraître 

ensuite;  eiic  ne  remplit  point  l'attente 
qu'on  en  avait  conçue,  et  ne  contient 
guère  que  la  sèche  nomenclature  îles 
professeurs  morts,  et  quelques  phra- 
ses, le  plus  souvent  caustiques  ,  sur 
ceux  qui  vivaient  encore.  Au  reste, 
ce  laconisme  semblait  tenir  à  son  prin- 
,  ripe  ,  que  les  livres  les  pi  us  courts  sont 
Jes  meilleurs,  Il  ne  cessait  d'écrire  à 
Fabroni  :  «  Si  vous  voulez,  que  vos 
»  Fies  des  Italiens  illustres  soient 
»  lues,  laites  les  courtes;  notre  siècle 
v  (si  ennemi  des  longues  légendes.  » 
Facciolato  mêlait  à  ces  grands  travaux 
d'autres  compositions  moins  impor- 
ta nies  :  son  zèie  pour  la  langue  latine 
ne  l'empêchait  pas  de  s'occuper  de  sa 
langue  maternelle;  et  l'on  a  de  lui  un 
Traiié  de  l'orthographe  italienne.  H 
écrivait  aussi  en  vers  dans  les  deux 
langues,  mais  avec  plus  d'élégance  que 
d'imagination  et  de  feu.  Ce  caractère 
d'élégance,  de  concision,  et,  pour 
ainsi  dire,  de  propriété  de  style,  ca- 
ractérise tout  ce  qu'il  a  écrit.  Sa  répu- 
lation  s'était  étendue  dans  tous  les 
pays  étrangers;  le  roi  de  Portugal  lui 
lit  offrir  ,  avec  les  conditions  les  plus 
avantageuses,  la  direction  du  collège 
des  nobles  qu'il  venait  d'établir  à  Lis- 
bonne. Facciolato  prétexta  son  grand 
m  pouf  ne  point  accepter  et  pour 
rester  tfan«  M  patrie;  mais  il  donna 
par  écrit  des  directions  qui  lui  lurent 
demandées,  et  dont  le  roi  fut  si  sa- 
tisfait, qu'il  lui  envoya  en  présent  un 
magnifique  service  de  porcelaine  de  la 
Chine.  fracciolato  vécut  sans  infirmités 
jusqu'à  une  extrême  vieillesse,  et 
mourut  l<-  \>r>  août   i  ^('hj.  S<  s  piinci- 

iiaui  ouvrages  sont  :  |.  Oroticnes  lu- 

,  imprimées  d'abord  séparément^ 

ensuite  reunies  et  publiées  à  Padoue, 

i  .  in  8 " ,  tt  réimprimées  au  uow- 


FAC 
bre  de  vingt-sept ,  ibid.  i  767.  II.  Lo- 
gicœ  disciplina?  rudimenta  ex  opti- 
mis  fontibus  deducta,  etc. ,  Venise , 
1728,  iu-8\,  réimprimés  ensuite 
avec  deux  autres  parties ,  sous  ce  ti- 
tre :  Jacobi  Facciolati  logica  tria 
complectens  rudimenta,  institutio- 
nes,  acruases  XI,  Venise,  1 75o,  in- 
8  '.  III.  Ortografia  moderna  ilaliana 
con  qualche  cosa  di  lingua  per  uso 
del  seminario  di  Padova  ,  ag^iunti 
in  fine  gli  avvertimenti  grammati- 
cal^ Padoue,  1721,  in  4  •  1 V.  Exer- 
cilationes  in  duas  priores  Ciceronis 
orationes,  Padoue  ,  1  n5 1  ;  V.  Anno- 
tationes  crilicœ  in  I  litteram  latini 
lexicicui  titulus  :  «  Magnum  dictio- 
narium  latino  -  gallicum  ,  auctore 
Danetio.»  Padoue,  1751  ,  in  8°.; 
item  in  X  litteras  ejusdem  lexici  ; 
ces  dernières  n'ont  éle  imprimées  que 
dans  la  collection  des  Opuscules 
scientifiques  de  Calogerà  ,  tom.  XIX , 
Venise  ,  1  7?H).  VI.  Scholia  in  libros 
Ciceronis  de  officiis  ,  de  senectute , 
amicitid,  somnio  Scipionis  ,  para- 
doxis  ,  etc.  Venise,  1741  ,  in  $° ; 
VII.  De grmnasio  P  atavino  sjnlag- 
mata  duodecim  ex  ejusdem  grmna- 
sii  fastis  excerpta,  Padoue,  1702, 
iu-8".  VI II.  Fasli  grmnasii  Pata- 
vini,  ab  anno  i:i(Jo  ad  annum 
1 752  ,  collectif  partes  III ,  Padoue, 
1757  ,  in-.'î°.  ;  nous  avons  dit  ei-des- 
StH  quel  était  le  diftérent  mérite  et  quel 
avait  été  le  différent  succès  de  ces 
deux  <'i,\  rages.  i\.  I  iatinœ 

CI.XXl  Jacobi  Facciolati  in  Pa- 
ta\'ina  academid  professoris  emeriti 
cl  itiitorici ,  Padoue,  17ÔS  ,  io 

C  — L. 

1  ACINI  (Pierre),   peintre,  na- 
quit à  Bologne  vers  I'  Anni- 
bal  CarracJie  ayant  vu  no  dessin  bi- 
raais  hardi;    qu'il  avait  fait 

avec  du  chai  bon,  lui  proposa  de  lui 
donner  des  leçons,  et  de  l'admetliç 


FAC 

clans  son  école  •  mais  il  ne  tarda  pas  à 
s'en  repentir.  Facini,  en  sortant  de 
l'école  des  Carraches,  en  ouvrit  une  ou 
il  chercha  à  attirer  la  jeunesse  de  Bo- 
logne. Ce  peintre  était  recommandable 
par  la  vigueur  et  l'assurance  de  ses 
lêtes,  et  surtout  par  une  vérité  de 
carnations  qu'Aunibal  nepouvait  s'em- 
pêcher d'admirer.  Du  reste,  ce  maître 
n'avait  pas  un  dessin  correct ,  quoi- 
qu'il eût  semblé  annoncer  qu'il  excel- 
lerait dans  cette  p-artic.  11  laissait 
aussi  beaucoup  à  désirer  dans  sa  ma- 
nière d'attacher  les  mains  et  les  bras, 
et  il  n'eut  pas  le  temps  de  se  corriger 
de  ces  défauts.  Son  tableau  des 
Sai?its  protecteurs  de  Pologne  ,  fait 
pour  l'église  de  Saint  François  de  la 
même  ville  ,  est  le  meilleur  ouvrage 
qu'il  ait  composé.  On  voit  de  lui, 
à  la  galerie  Mal vezzi,  plusieurs  Jeux 
d'enfants  dans  le  goût  de  l'Albane , 
mais  d'une  plus  grande  dimension. 
Facini  mourut  eu  iGo'i ,  environ  à 
l'âge  de  trente-six  ans  ;  il  eut  pour 
principal  élève  Jean-Marie  Tamburi- 
ni ,  qui  s'attacha  ensuite  au  Guide  et 
suivit  son  style.  A  — d. 

FACINO  CANE,  condottiere,  ty- 
ran d'Alexandrie,  né  à  Santhia,  vers 
Tan  i56o  ,  d'une  famille  noble  de  la 
l'action  des  Gibelins.  Son  nom  était 
Boniface,  dont  Facino  n'est  qu'un  di- 
minutif. Il  fut  un  des  élèves  du  comte 
Alberic  de  Barbiano  et  des  généraux 
de  Jean  Galéaz  Visconti,  premier  duc 
de  Milan.  Celui-ci  l'opposa  en  i5gi, 
au  comte  Jean  III  d'Armagnac,  qui 
envahissait  la  Lombardic ,  et  à  celte 
occasion  Facino  Cane  obtint  la  sei- 
gneurie de  Çastagnole  en  Montferrat , 
et  celle  du  bourg  Saint-Martin.  Après 
la  mort  de  Jean  Galeaz,  et  pendant 
la  minorité  orageuse  de  ses  lils,  Fa- 
cino chercha ,  comme  les  autres  gé- 
néraux du  duc  de  Milan ,  à  se  faire 
une  principauté  indépendante.  U  s'em- 
xiv. 


FAC  81 

para  d'Alexandrie  en  i4<>4>  décla- 
rant cependant  qu'il  n'occupait  cette 
ville  que  comme  lieutenant  de  Phi- 
lippe-Marie Visconti,  à  qui  son  père 
l'avait  laissée  en  héritage.  Deux  ans 
après  il  enleva  Plaisance  à  Otto-Bon 
Terzo,  autre  général  qui ,  comme  lui, 
voulait  former  une  nouvelle  princi- 
pauté. Les  états  de  Facino  Cane  con- 


it  avec  celui  de  Gènes 


,  que  1  in- 
trépide maréchal  Boucicaut  gouver- 
nait alors  au  nom  de  la  France  ,•  ces 
deux  capitaines  embrassèrent  des  par- 
tis opposés  dans  les  factions  de  Lom- 
bardie,  et  Facino  Cane,  averti  que 
Boucicaut  marchait  sur  Milan ,  fon- 
dit sur  Gènes  par  la  vallée  de  Bisa- 
guo  ;  il  détermina  cette  ville  à  la  ré- 
volte, et  tous  les  Français  qui  y 
étaient  demeurés ,  furent  massacrés 
ou  chassés  de  la  ville  le  6  septembre 
1409.  Les  intrigues  de  la  cour  des 
Visconti  forcèrent  ensuite  Facino  Ca- 
ne à  tourner  ses  armes  contre  ces 
princes.  Dans  la  même  année,  1409, 
il  força  l'aîné,  Jean-Marie,  à  ren- 
voyer de  Milan  des  conseillers  qui  lui 
déplaisaient.  Bientôt  après  il  assiégea 
Philippe-Marie,  le  plus  jeune,  dans  Pa- 
vic.  Il  prit  cette  ville  et  la  saccagea  pen- 
dant trois  jours.  Philippe-Marie,  de- 
meuré son  prisonnier,  lui  abandonna 
toute  son  autorité.  La  principauté  de 
Facino  Cane  comprenait  alors  Pavie, 
Alexandrie,  Verceii ,  Tortonc,  Varèsc , 
Cassano,  et  toutes  les  rives  du  lac  Ma- 
jeur. 11  marchait  à  de  plus  grandes 
conquêtes  lorsqu'il  tomba  grièvement 
malade  au  commencement  de  mai 
1412.  Sur  ces  entrefaites  ,  Jean-BIa- 
rie  Visconti,  duc  de  Milan ,  que  sa  fé- 
rocité rendait  universellement  odieux , 
fut  tué  par.  des  conjurés,  le  16  mai 
\f\\'i.  Facino  Cane  en  apprit  la  nou- 
velle à  son  lit  de  mort ,  et  l'on  assure 
qu'il  expira  comme  il  jurait  d'en  tirer 
une  sanglante  vengeance.  Sa  veuve 

6 


8-i  FAC 

rx  Lascaris,  fille  du  comte  de 
Tende,  épousa  en  secondes  noces 
Philippe  Marie,  duc  de  Milan,  au- 
quel 'elle  porta  en  dot  l'armée  qu'av.it 
formée  son  mari,  et  les  seigneuries 
qu'il  avait  conquises:  l'ingrat  Visconli 
la  fit  ensuite  pe'rir  sur  un  échafaud. 
La  Vie  de  Facino  Cane  se  trouvedans 
la  Biografia  piemontese  de  Tenivclli. 

o.  o  —I. 

FACIO  (  Voy.  Fatio  et  Fazio  ). 

FaCUNDUS,  cvèque  d'Hcrmiane, 
en  Afrique,  se  distingua  sous  le  règne 
de  Justinicn  parle  rôle  qu'il  joua  dans 
les  disputes  théologiques  qui  eurent 
lien  au  sujet  des  trois  Chapitres,  et 
des  décisions  rendues  sur  cet  article, 
un  siècle  auparavant,  dans  le  concile 
de  Chalccdoine.  On  désignait ,  par  le 
nom  des  trots  Chapitres ,  les  écrits 
de  trois  c'vêqucs  contemporains  de 
NesloCMS,  et  qui  avaient  été  soup- 
çonnés de  partager  ses  erreurs,  mais 
dont  le  concile  de  Chalccdoine  avait 
admis  la  justification  et  reconnu  l'or- 
thodoxie. Les  ouvrages  qui,  après  tant 
d'années ,  devenaient  de  nouveau  un 
sujet  de  scandale  et  de  discorde  , 
étaient  i".  les  écrits  de  Théodoret, 
évéque  de  Cyrrhej  a°.  un  Traité  de 
l'Orthodoxie ,  composé  parThéodore, 
évèqoc  de  Mopsueste;  5°.  une  Lettre 
(Tibias  ,  évéqae  d'Ephèse.  Les  Acé- 
phales (secte  obscure  et  sans  chef, 
comme  le  désigne  son  nom  ,  mais 
formée  des  secrets  partisans  de  l'Ku- 

LfebssoK  et  du  Nestorianisme 
dirent  m  piège  à  Justinicn,  et  crurent 
infirmer  l'autorité  du  concile  deChal- 
I    faisant  eux-mêmes  cou- 

<1  imnerdes  propositions quece  cou.  île 

avait  tolérées. Ce  prince  rendit  un  edit 

ronde  1rs  trois  Cnapiti es,  et  foi 

1er.  Plusieurs Vj  n-fii- 
!  :  ce  fut  à  ottte  occasion  que 

■lus  •  (pie    les    aH'.iires  de   sou 
a? aient  amené  a  Const mtinople } 


FAD 

pre'senta  à  l'empereur  l'apologie  des 
ouvrages  qu'on  voulait  condamner,  et 
s'exprima  avec  autant  de  hardiesse 
que  de  fermeté.  Les  menaces  et  l'exil 
ne  purent  le  faire  changer  d'avis.  Le 
pape  Vigile ,  ayant  été  appelé  à  Cons- 
tantinopie,  en  547,  pour  régler  cette 
affaire ,  augmenta  le  trouble  par  ses 
variations;  et  lorsque,  pressé  par  Jus- 
tinicn ,  il  consentit  à  condamner  les 
trois  Chapitres ,  Facuudus  et  les  évê- 
ques  d'Afrique  se  séparèrent  de  sa 
communion.  Ce  schisme  obscur  et  peu 
important  dura  près  d'un  siècle.  Les 
ouvrages  que  Facuudus  a  laissés,  sont  : 
I.  Les  douze  Livres  de  Tribus  capi- 
tula, publiés  parle  P.Sirmond,  io2c^ 
II. Un  autre  Traité  sur  le  même  sujet, 
adressé  à  Mocianus;  III.  Une  Lettre 
publiée  par  le  père  dom  Luc  d'Achery. 
Les  détails  relatifs  aux  trois  Chapitres 
se  trouvent  dans  les  actes  du  5e.  con- 
cile général  deConstantinople;Dupin, 
Bibl.  eccl.,  t.  V,  pag.  189-207  ,  etc. 
L— S— e. 
FADHEL  cl  BARHSAKY.  Voyez 

YaHYA  EL  BARMEKY. 

FADL  BEN  RÉBI ,  vezyr  de  Ha- 
roun  Errachid,  parvint  par  ses  intri- 
gues à  renverser  les  Barmérides,  fa- 
mille rivale  de  la  sienne  en  puissance 
et  en  crédit ,  et  les  remplaça  dans  le 
ministère  vers  l'an  187  de  l'hég. 
(  8o5  de  J.-C.  )  Il  avait  précédem- 
ment occupé  la  charge  de  chambel- 
lan sons  les  khalvfcs  Mansour,  Mélidi 
it  lluli,  et  il  conserva  la  dignité  de 
jusqu'à  la  mort  de  llaroun. 
Lors  de  cet  événement,  il  se  trou- 
vait à  Thous  avec  le  khalyi 
reprit  la  route  de  Baghdâd  ,  avec  les 
s  de  l'armée.  Ce  6rt  Fadl  qui 
suscita  la  guerre  entre  les  deux  ûls  de 
11  noiin  ,  \uiin  et  Mamoun  ,  en  enga- 
geant le  premjer  k  enfreindre  le  ' 
nu  nt  de  son  père.  Aussi ,  lorsque  Mi- 
luouii  eut  pris  possession  de  la  cou- 


F  AD 

ronne,il  mena  quelque  temps  une  vie 
créante  ,  fuyanl  de  campagne  en  cam- 
pagne, pour  se  sou.straire  à  la  colère 
du  khalyfe.  Fadl  mourut,  selon  îbn 
Khilcan,  en  208  de  l'hég.,  au  mois  de 
dzoulcandah  (  mars,  824  de  Jésus- 
Clirist  ).  Voici  le  portrait  qu'en  tra- 
ce un  historien  arabe  :  «  C'était  un 
»  homme  adroit,  et  qui  connaissait 
»  parfaitement  la  conduite  qui  convient 
»  aux  souverains,  et  les  talents  qui 
»  leur  sont  nécessaires.  Quand  il  fut 
»  devenu  vézyr,  il  se  livra  avec  pas- 
»  siou  à  la  culture  des  lettres  ;  il  ras- 
»  sembla  près  de  lui  un  grand  nom- 
»  bre  de  savants ,  et  acquit  en  peu  de 
»  temps  les  connaissances  qu'il  dési- 
»  rait  avoir  en  ce  genre.  »      J — n. 

FADL  BEN  SaHAL,  vézvr  du  cé- 
lèbre khalyfe  Mamoun,  l'ut  revelu  par 
ce  prince  d'une  autorité  absolue,  et 
eut  sous  sa  dépendance  l'adminislra- 
tion  civile  et  militaire,  ce  qui  le  fit 
surnommer  Dzoul  riassetéhi  ,  {pos- 
sesseur des  deux  directions.)  Ou  dit 
qu'il  conseilla  à  Mamoun  de  se  choisir 
un  successeur  dans  la  maison  d'Ali, 
afin   de   mettre  fin    aux  dissentions 
qu'elle  suscitait  sans  cesse  dans  l'em- 
pire ;  mais  ce  conseil ,  loin  d'appaiser 
les  troubles,  en  créa  de  nouveaux,  et 
Fadl  le  paya  de  sa  vie ,  car  les  Abbas- 
sides  le  firent,  assassiner  dans  le  bain , 
le   vendredi  2  de  chaaban ,  eu  202 
ou  20J  de  î'iiégire  (  12  février,  818 
de  Jésus-Christ  ).  Fadl  descendait,  se- 
lon Fakhi  -eddyn ,  des  anciens  rois  de 
Perse;  son  père  avait  quitté  la  religion 
des  mages,    pour    embrasser  l'isla- 
misme. Ii  rivalisait  en  générosité  avec 
les  Jjarmé.' ides  ,  auxquels  il  avait  été 
attaché,  et  possédait  plusieurs  de  leurs 
belles  qualités.  Fadl  est  aussi  célèbre 
dans  l'histoire  pour  son  habileté  dans 
dan^  !a  science  des  astres  cl  en  géo- 
mancie. On  rapporte  de  lui  une  infi- 
nité de  prédictions  qui  se  réalisèrent. 


F  A  D  85 

Il  est  auteur  d'un  Traité  d'astrolo- 
gie judiciaire.  J — n. 

FADLOUN  ,  frère  de  Lelkari  , 
prince  musulman  du  nord  de  l'Armé- 
nie, qui,  vers  le  commencement  du 

I  ie.  siècle,  fit  périr  tous  les  mâles  de 
sa  famille,  et  s'empara  de  la  souve- 
raineté des  villes  d<-  Gandsak ,  B  irdaa 
et  Schamkor.  Il  fit  périr  li  plupart 
des  princes  musulmans  ou  chrétiens 
qui  possédaient  des  souvrrainelés 
dans  le  voisinage  de  la  sienne.  Il  vou- 
lut attaquer  David,  roi  pagralide  de 
l'Arménie  orientale  ;  mais  il  fut  vaincu 
et  contraint  de  fuir  dans  i'Adirbade- 
ean  ,  d'où  il  revint  bientôt  avec  une 
puissante  armée,  qui  tut  mise  en  dé- 
route, et  complètement  détruite.  Fad- 
loun  lui-même  périt  dans  la  mêlée. 

S.  M— n. 
FADLOUN  Tr.,  riche  particulier 
musulman,  qui,  en  l'an  1072,  acheta 
du  suithân  Seldjoukide  Alp  Arslan  , 
pour  une  somme  très  considérable, 
la  ville  d'Ani,  capitale  de  l'Arménie, 
et  en  fut  souverain ,  sous  la  supréma- 
tie des  princes  Se'djoukides  de  Perse. 

II  fit  relever  les  murs  et  la  plus  grande 
partie  des  édifices  publics ,  qui  avaient 
été  presque  entièrement  détruits  dans 
la  guerre  des  Arméniens  et  des  Grecs, 
contre  les  Turks.  11  rappela  aussi  la 
plupart  des  personnages  marquants 
de  l'Arménie  ,  que  la  tyrannie  des 
Musulmans  avait  forcés  de  s'éloigner. 
Lorsqu'il  mourut,  son  neveu,  INIanou 
Sché,  lui  succéda  dans  sa  souverai- 
neté. S.  M — n. 

FADLOUN  II ,  fils  d'Abou'l  Sewar, 
succéda  à  son  père  dans  la  souverai- 
neté de  la  ville  d'Ani.  Il  rendit  dans 
plusieurs  occasions  de  grands  services 
aux  sulthâns  Seldjoukides  de  Perse. 
En  l'an  1  r>.5,  pendant  qu'il  était  dans 
le  Khoraçân,  Da\  id  1 1 1 ,  roi  de  Géorgie, 
après  avoir  conquis  la  plus  grande 
partie  de  l'Arménie  septentrionale  , 

(j.. 


fli 


FAE 


vint  attaquer  Ani,  quj  fut  prise  après 
un  long  siège  ;  l'énnr  Abou'l  Sewar , 
père  de  Fadloun  ,  fut  emmené  prison- 
nier à  X*  flis ,  où  il  mourut  peu  après 
dans  la  captivité.  En  l'an  11*26,  Fad- 
loun  ,  informé  de  la  conquête  de  ses 
éîats,  revint  proniptement  de  Perse 
avec  une  nombreuse  année,  fit  al- 
liance avec  plusieurs  des  petits  princes 
de  l'Arménie,  vainquit  les  Géorgiens, 
et  reprit  Ani  après  un  an  de  siège. 
Démet  rius  il ,  roi  de  Géorgie ,  succes- 
seur de  David  III ,  tut  contraint ,  par 
ce  revers  ,  de  faire  la  paix  avec  lui. 
Fadloun  prit  encore  la  ville  de  Tovin, 
qu'il  réunit  à  sa  souveraineté.  Il  mou- 
rut vers  Tan  1  1  T>  > .  S.  M — n. 

FADLOUN  III,  fils  de  Mahmoud 
et  neveu  de  Fadloun  II ,  succéda  à  son 
père  en  l'an  1 1  53 ,  dans  la  dignité 
d'émir  des  villes  d'Ani  et  de  Tovin. 
Il  gouverna  ses  états  avec  la  plus 
grande  tyrannie,  et  s'aliéna  entière- 
ment l'esprit  de  ses  sujets.  George  HT , 
roi  de  Géorgie,  le  vainquit  en  1 161 , 
et  s'empara  de  ses  duix  villes  ,  et  des 
contrées  qui  composaient  sa  souverai- 
neté*. Bientôt  après,  Fadloun  et  son 
allié,  Sokman  Schah  Armen,  roi  de 
Khelath,  partirent  devant  Ani  avec 
une  armée  très  considérable,  et  li- 
vrèrent bataille  aux  Géorgiens.  Après 
un  combat  très  acharné  ,  cette  armée 
fut  mise  dans  une  déroute  complète, 
et  Fadloun  resta  parmi  les  morts. 
S.  M— n. 

FAE  UNE  (Gabriel),  célèbre 
poêle  latin  moderne,  était  de  Crémone, 
et  fleurit  dans  !<■  i(>  .  poque 

de  sa  naissance,  l'emploi  d< 
mières  aime  (  1  et  ses  premk  1  s  j  as  dans 
le  monde,  sont  également  ignorés. 
Malgré  son  extrême  modtstie  ,  son 
mente  fill  enfin  connu  du  cardi- 
nal Jean -Ange  de  lMcdieis,  qui  se 
ha,  et  prit  pour  lui  beaucoup 
d'ailcctiou.  Tous  ks  auteurs  qui  ont 


FAE 

parlé  de  Faèrne  reconnaissent  qu'il 
en  était  digne,  et  louent  en  lui  non- 
seulement  le  talent  et  le  savoir,  mais 
une  probité  singulière  et  la  plus  grande 
innocence  de  mœurs.  Le  cardinal ,  son 
protecteur  ,  étant  devenu  pape  sous 
le  nom  de  Pie  IV,  s'occupa  de  sa  for- 
tune, et  chargea  son  neveu,  le  saint 
cardinal  Charles  Borromée,  de  s'en 
occuper  plus  particulièrement.  Le  bon 
Faëine  ne  profita  de  cette  augmenta- 
tion de  crédit  que  pour  rendre  service, 
auprès  du  cardinal  et  du  pape,  à  tous 
les  gens  de  lettres  qui  avaient  recours 
à  lui.  Du  reste,  il  vivait  à  Rome  com- 
me s'il  eût  été  à  la  campagne,  étran- 
ger à  la  corruption  et  aux  intrigues  de 
la  cour,  concentré  dans  ses  études, 
mais  toujours  accessible  et  agréable  à 
tout  le  monde  par  l'égalité  de  son  ca- 
ractère et  par  sa  candeur.  Il  ne  jouit 
pas  long-temps  de  cette  heureuse  po- 
sition :  après  une  maladie  longue  et 
douloureuse,  il  mourut  dans  un  âge 
peu  avancé,  le  1 7  novembre  i56i. 
Celui  de  ses  ouvrages  qui  lui  a  lait  le 
plus  de  réputation  ,  est  un  Recueil  de 
cent  Fables  en  vers  latins  de  diffé- 
reiKes  mesures  ,  et  dont  il  tira  les 
sujets  d'Esope  et  de  quelques  autres 
anciens  auteurs.  C'était  par  ordre  de 
Pie  IV  qu'il  avait  entrepris  ce  travail. 
Les  fables  de  Phèdre  ne  furent  retrou- 
vées par  Pierre  Pi  thon  que  plus  de 
vingt  ans  après;  on  n'avait  point  de 
Cables  latines  qui  pussent  entrer  dans 
l'instruction  de  la  jeunesse,  et  ce  rat 
ce  qui  donna  BU  pape  l'idée  de  faire 
iter  ce Becueif.  '.I  les  fi:  imprimer 
après  la  mort  de  l'auteur,  en  beaux 
caractères  el  avec  de  fort  belles  gra- 
vures ,  Rome,  i50.\ ,  in-4  •  L<  savant 

■  Antouiano  ,  qui  fut  depuis  car- 
dinal [voyei  \n  rOHIAHO),  en  dirigea 

ion,  et  l'offrit  au  cardinal  Bor- 
romée par  une  dégante  épître  dédi- 
catoire.  L'historien  De  Thou  a,  contre 


FAE 

son  ordinaire,  manqué  de  justice  et 
de  gravité  en  accusant  trop  légère- 
ment Faërne  d'avoir  caché  le  nom  de 
Phèdre ,  et  d'avoir  supprimé  ses  écrits 
qu'il  avait  lus  et  qu'il  avait  entre  les 
mains  (  voyez  son  Histoire ,  année 
i56i  ).  Cette  accusation  était  facile  à 
réfuter,  et  l'a  été  victorieusement.  D'a- 
bord le  caractère  de  Faërne ,  plein  de 
candeur  et  de  probité,  est  universel- 
lement reconnu,  et  repousse  l'idée 
d'un  plagiat  aussi  honteux  et  aussi 
coupable.  Ensuite,  il  suffit  de  se  rap- 
peler que  ses  fables  sont  au  nombre 
de  cent ,  et  qu'à  l'exception  d'une 
seule  ,  intitulée  dans  son  recueil  Ju- 
piter et  Minerva,  et  dans  celui  de 
Phèdre,  Arbores  in  deorum  tuteld , 
il  n'y  en  a  aucune  qui  puisse  faire 
croire  qu'il  eût  eu  sous  les  yeux  les 
Fables  de  Phèdre.  Ce  sont  souvent  les 
mêmes  sujets,  parce  qu'elles  sont  ti- 
rées des  mêmes  sources  grecques , 
mais  elles  différent  totalement  dans 
les  expressions,  dans  les  pensées  et 
dans  la  forme  des  vers.  Quant  à  la 
fable  unique  où  l'on  voit  sous  tous  ces 
rapports  une  grande  ressemblance 
avec  celle  de  Phèdre,  elle  avait  paru 
précédemment  dans  le  Commentaire 
de  Perotti  sur  le  premier  livre  des 
épigrammes  de  Martial ,  publié  sous 
le  nom  de  Cornucopia.  C'est  là  que 
Faërne  l'avait  vue,  et  non  dans  un 
prétendu  manuscrit  de  Phèdre.  S'il 
avait  possédé  ce  manuscrit,  et  s'il  s'é- 
tait cru  intéressé  à  le  supprimer  et  à 
le  détruire,  comment  un  homme  as- 
sez avide  de  réputation  pour  se  por- 
ter à  un  tel  excès,  n'avait-il  choisi 
qu'une  seule  fable  parmi  toutes  celles 
de  Phèdre  ?  pourquoi  en  avait- il  choi- 
si une  qui  non-seulement  n'est  pas  la 
plus  élégante,  mais  qui  le  cède  en 
éîégiiice  a  presque  toutes  ;  et  pour- 
quoi s'était-il  abstenu  de  toucher  à 
toutes  les  autres,  dont  un  grand  nom- 


FAE  85 

bre  auraient  pu  lui  faire  beaucoup 
plus  de  réputation?  Enfin  comment 
en  avait-il  choisi  une  que  Perotti  avait 
publiée  avant  lui ,  et  qui  était  connue 
de  tout  le  monde  ,  et  n'avait-il  fait  au- 
cun usage  de  celles  que  personne  ne 
connaissait  ?  Voyez ,  entre  autres  ré- 
futations de  Terreur  de  De  1  hou,  une 
longue  note  du  jésuite  Lagomarsini, 
tome  II  des  lettres  latines  de  Jules 
Pogiano,  Piome,  1756,  in-4°»,  pag. 
563  et  suiv.  Ce  qui  augmente  le  mé- 
rite de  l'élégance  du  style  dans  le  fa- 
buliste de  Crémone ,  c'est  qu'il  n'a  pu 
imiter  Phèdre,  qu'il  ne  connaissait 
pas  :  Piaule  etTérence  furent  ses  mo- 
dèles. Ces  fables  obtinrent,  dès  qu'elles 
parurent ,  un  applaudissement  uni- 
versel ;  elles  furent  réimprimées  à  Co- 
logne ,  à  Anvers ,  à  Bruxelles.  Cette 
dernière  édition,  1682,  in-12,  avec 
des  gravures  en  bois,  contient  de 
plus ,  après  chaque  fable ,  des  senten- 
ces en  prose  tirées  de  différents 
philosophes. Perrault  traduisit  en  vers 
les  cent  fables  de  Faërne,  qu'il  fit 
d'abord  imprimer  à  Paris,  avec  d'au- 
tres poésies  (  1699,  in- 12  )j  elles 
furent  réimprimées,  depuis  sa  mort, 
à  Amsterdam ,  1718,  in- 1 2 ,  avec  les 
mêmes  gravures  en  bois  de  i'édition 
latine  de  Bruxelles;  les  fables  sont 
divisées  en  cinq  livres,  et  dans  un 
autre  ordre  que  celui  de  toutes  les 
éditions  précédentes.  Les  deux  meil- 
leures du  texte  latin  sont  celles  de 
Comino,  données  par  Volpi,  Padoue, 
1 7  1 8  et  1  700 ,  in-4°.  On  y  trouve , 
après  les  fables ,  d'autres  poésies  la- 
tines du  même  auteur,  tirées, de  diffé- 
rents Recueils;  quelques  Leitres  aussi 
écrites  en  latin ,  un  petit  Traité  resté 
imparfait  sur  les  vers  que  les  latins 
employaient  dans  la  comédie,  et  enfin 
une  Lettre  critique  en  italien  ,  qui 
contient  la  censure  des  corrections  que 
Sigonio  avait  faites  sur  le  texte  de 


86  FAE 

Tite-Livc.  On  iit  en  latin  le  titre  de 
cette  Lettre  dans  les  additions  de 
Teràsifff  sus  e  ot;es  de>  hommes  sa- 
vants, tircé  de  l'Histoire  du  président 

De  Thon;  le  Dictionnaire  historique 
ino  Ta  copie  fidèle» 
ment;  le  Dictionnaire  universel  fran- 
,i *.i  pas  manqué  de  le  repéter 
après  eux,  quoique  le  titre  et  la  Lettre 
de  Faërne  .soient  en  italien  ,  dans  les 
deux  éditions  de  Volpi.  D'après  ces 
deux  éditions,  on  en  fit  une  à  Londres, 
chez  Darres  et  Dubosc  ,  en  17/^, 
in-  V'.  On  y  ajouta  la  traduction  fran- 
çaise de  Perrault  et  cent  gravures  en 
fai  le -douce;  cette  édition  est  fort 
belle,  mais  très  incorrecte,  tandis 
que  les  deux  éditions  de  Padoue  , 
comme  toutes  celles  des  frères  Volpi, 
sont  d'une  parfaite  correction.  Faërne 
I  laissé  de  plus  :  I.  Deux  Livres  de 
Corrections  sur  les  Philippiqucs  et 
sur  trois  autres  harangues  de  Cicéron , 
d'après  un  manuscrit  qu'il  avait  dé- 
couvert dans  la  bibliothèque  du  Vati- 
can ,  et  qu'il  regardait  comme  le  plus 
ancien  de  tous  ceux  qui  existaient  des 
OKuvres  de  Cicéron  ;  II.  Des  Notes 
sur  CfttttUtj  sur  Plaute,  et  un  Com- 
mentaire p!us  étendu  sur  Térence, 
qui  fut  imprimé  par  les  soins  du  sa- 
vant Pierre  'vltoii,  Florence,  i5(j5, 
in -8.;  réimprimé  à  Paris,  îtio'^, 
in-  i  .  G — é. 

PXESCH.  Cette  illustre  famille  de 
Baie  a  produit  plnsteu  .  Je  m- 

Jaequex.  jurisconsulte  estimable,  na- 
quit a  Bâlt  ,  en  1  "ir.i ,  et  y  mourut  en 
:  il  fut  profi  vm  tir  des  institu- 
tions depuis  1 '")()<  1.  Son  lil>,  .Jean- 
Jacques,  teetpa  la  même 
mourut  eu  ifl .\t).  —  '  Henri), 

lia  l.i  juris- 
prtndenoe  a  G  n  ,  I 

Btplusietirs 

;.c ,  en  Al 
en  Italie.  Dès  l'année  t^y>  il  passa 


FAE 

successivement  par  les eli verses  chaires 
de  droit.  Il  forma  une  bibliothèque 
nombreuse,  un  cabinet  d'antiquités 
et  de  médailles  des  plus  riches.  Ce 
cabinet  existe  encore  sons  le  nom  de 
Cabinet  de  Faesch,  et  il  fait  un  des 
objets  de  la  curiosité  des  él  rangers;  son 
fondateur,  pour  en  éviter  la  distraction, 
en  fit  un  fidéi-commis  de  famille,  et 
substitua  l'académie  de  Baie.  En  itf'.io 
il  avait  donné  une  Dissertation  de 
Fœderibus.  Il  mourut  en  \i'A\-t.  — 
Faescu  (  Sébastien  ) ,  ne  en  1G47  > 
devint  professeur  en  droit  à  Baie ,  en 
1687.  On  a  de  lui  :  1.  Une  Disserta- 
tion sur  la  vie  de  Cicéron,  prononcée 
en  1  <  •()  1  ;  II.  Une  Dissertation  savan- 
te de  insignibus ,  167  1  ;  III.  Une  Let- 
tre sur  une  Médaille  très  rare  de  Pa- 
lœmon  Evergete ,  roi  de  Paphlagonie, 
insérée  dans  les  Recherches  curieuses 
de  Spon  ,  traduite  en  latin  (  Bàle  , 
i(jr>o,  in-4°.  ),  et  réimprimée  dans 
le  Thésaurus  anliquit.  grœc.  deGrœ- 
vius.  Il  mourut  en  1  7  1  2. —  Son  père , 
Christophe,  avait  de  même  occupé 
des  chaires  à  l'université  de  l'aie  ;  il 
a  publié  une  Dissertation  de  Reve?ia- 
ticri,el  il  mourut  eu  i(>83. — Faesch 
(Boniface) ,  né  à  Bàle ,  en  i(>5  1  ,  y 
mourut  professeur  en  droit  le  ïb  dé- 
cembre 17  ij.  Ou  a  de  lui  un  grand 
nombre  de  Dissertations.  — Fak-cii 
(Jean-Rodolphe),  né  à  Bâte,  en  1669, 
y  mourut  en  i^5t.  Il  étudia  la  juris- 
prudence et  lut  nommé,  en  IÔ98, 
conseiller  du  margrave  4<  Badcn;  en 
171")  ,  l'électeur  de  Trêves  l'avait 
nommé    son   résidt  ni    à  Paris  ;    eu 

■ ,  il  fut  de  même  d< 
cour  iic  France  p  1  le  duc  deWurlcnl- 

.  dans  i',.(;  |  Mitbeiliard. 

11  rendit  de  très  bons  services  au  duc 

ive  de 

ri ,  dont  1!  resta  le  chargé  d'al- 
lures en  France  el  près  !•  Répubhqne 
helvétique,  jusque  dans  un  âge  tics 


FAE 

avancé,  où  il  se  retira  dans  sa  ville 
natale.  —  Faesch  C  Jean-Louis  ),  né 
à  Baie;  il  avait  étudié  la  jurispru- 
dence, et  se  distingua  bieuiot  par  ses 
talents  en  peinture.  Il  s'occupa  de 
portraits,  et  surtout  de  caricatures  et 
d'attitudes  théâtrales,  il  en  avait  don- 
né plus  de  cent  qui  représentent  le 
célèbre  Garrik.  Ses  ouvrages  lurent 
recherchés.  Il  mourut  à  Paris  ,  en 
1778.  —  Un  autre  Faesch  (Jean- 
Rodolphe),  ingénieur  et  architecte  au 
service  de  l'électeur  de  Saxe ,  mort  à 
Dresde,  en  \")l\i,  a  laissé  :  I.  Un 
Traité  de  la  manière  de  rendre  les 
Fleuves  naviguables ,  Dresde,  17*28, 
in-8'.;  II.  Un  Dictionnaire  des  In- 
génieurs ,  ib. ,  1  *j55  ,  in-8*. ,  et  plu- 
sieurs autres  ouvrages  sur  l'architec- 
ture et  les  fortification*,  tous  en  alle- 
mand.—  Faesch  (George-Rodolphe), 
probablement  iils  du  précédent ,  gé- 
néral-major, chef  du  corps  des  ingé- 
nieurs saxons,  et  directeur  des  forti- 
fications de  Dresde,  où  il  mourut  le 
Ier.  mai  1787,  âgé  de  soixante-dix- 
sept  ans,  a  traduit  en  allemand  V Art 
de  la  guerre ,  de  Puységur  (  Leipzig , 
1755,  in  -  4°.  );  les  Rêveries  du 
Maréchal  de  Saxe  (  ibid. ,  17^7, 
in-fol.),  etc.;  il  a  traduit  d'allemand 
en  français  les  Instructions  militaires 
ilu  roi  de  Prusse  pour  ses  généraux 
Francfort  (  Paris),  1  76 1 ,  in-8  '. ,  et  a 
publié  :  I .  Règles  et  Principes  de  Vart 
de  la  guerre  (  Leipzig,  1 77  1 ,  4  vol. 
in-8.)  :  il  en  parut  en  même-temps 
une  traduction  allemande;  ÏT.  His- 
toire de  la  guerre  de  la  succession 
d'Autriche ,  de  174°  ■  *  7 4*3 ,  essai , 
Dresde,  1787,  gr.  in-8'.,  en  alle- 
mand. U — 1. 

FAESï  (Jean  -  Jacques ) ,  natif 
de  Zurich  *  s'appliqua  aux  mathéma- 
tiques et  à  l'astronomie.  Outre  les  at- 
manachs  de  Zurich  qu'il  composa 
pendant  long-temps,  ou  a  de  lui  des 


F  A  G  87 

Deliciœ  astronomie 'ce ,  1(^97  ;  \m 
Planetoglobium  ,  ou  Paradcxum 
novum    mechanico  -  astrunomicum , 

I  7  1  5,  iu-.y'.  U  —  ï. 

FAESI  (Jean  Conrad),  né  à  Zu- 
rich en  17^7,  mou.  ut  curé  a  Flauch  , 
village  près  de  Schaffhouse  en  1  790. 

II  s'occupa  pendant  toute  U  vie  de 
recherches  historiques,  et  surtout  du 
l'histoire  et  de  la  statistique  de  sa  pa- 
trie. Écrivain  laborieux,  ila  publié 
un  grand  nombre  d'ouvrages  utiles 
et  remplis  d'érudition.  Su  Description 
géographique  et  statistique  de  la, 
Suisse  a  paru  en  4  vol.  in  8°. ,  en 
allemand,  de  17'Jo  à  1768;  en 
1765  il  avait  fait  paraître  1  volumes 
de  Mémoires  sur  divers  sujets  de 
ïhistoire  ancienne  et  moderne  ;  en 
1  790  a  paru  son  Histoire  de  la  paix 
d'Utrecht.  Il  a  traduit  en  allemand 
l'Histoire  d'Afrique  et  d'Espagne  de 
Gardone;  et  les  journaux  historiques 
soignés  par  Meusel  contiennent  quan- 
tité de  ses  Mémoires.  Il  a  laissé  deux 
fils,  qui  ont  hérité  des  qualités  esti- 
mables de  leur  père.  U — 1. 

FAGAN  (  Christophe  -  Barthe'- 
lemi  ),  né  à  Paris  en  170-2  ,  était 
iils  du  premier  commis  au  grand  bu- 
reau des  consignations,  il  eut  lui- 
même  dans  ce  bureau  un  emploi  qui, 
l'occupant  fort  peu ,  lui  laissait  tout  le 
loisir  nécessaire  pour  s'occuper  de 
littérature  ,  et  particulièrement  de 
théâtre.  Né  paresseux  et  insouciant , 
il  avait  en  aversion  non  seulement 
les  affaires  ,  mais  encore  les  devoirs 
de  la  société.  Comme  il  ne  pouvait 
porter  dans  le  monde  qu'un  exté- 
rieur négligé  et  des  manières  peu 
agréables  ,  il  fréquentait  de  préfé- 
rence les  lieux  où  j l'on  goûte  des  plai- 
sirs faciles  et  obscurs  :  le  cabaret 
était  son  séjour  habituel  ;  il  avait  ce- 
pendant une  femme  ,  et  passait  pour 
bon  mari.  S'il  eut  vu  meilleure  corn- 


88 


FAG 


pagine,  son  esprit  et  son  talent  se 
Dl  étendus  ;  son  style  eût  ac- 
quis plus  île  délicatesse  et  d'élégance. 
11  avait  le  génie  fie  la  comédie;  quatre 
de  ses  pièces,  YEtourrlerie,  les  Origi- 
naux (  V.  Dugazon),  le  Rendez-vous 
et  la  Pupile ,  sont  restées  au  théâtre  ; 
la  dernière  passe  pour  son  meilleur 
ouvrage.  Tous  les  bons  juges  con- 
viennent que  La  Harpe  ,  dans  son 
Cours  de  littérature ,  a  traite  la 
Pupile  beaucoup  trop  sévèrement,  eu 
disant  qu'elle  n'avait  dû  son  succès 
qu'aux  grâces  de  la  Gaussin  ;  mais 
tout  le  monde  pense,  comme  lui, 
qu'en  général  les  intrigues  de  Fagan 
sont  forcées.  Cet  auteur  a  f.tit  pour  le 
théâtre  français  ,  outre  les  quatre 
pièces  citées  plus  haut ,  la  Gron- 
deuse ,  X Amitié  rivale,  Jocov.de, 
le  Musulman  ,  X Inquiet ,  le  Marié 
sans  le  savoir,  Vheureux  Retour, 
le  Marquis  auteur ,  et  X  Astre  favo- 
rable ;  pour  le  Théâtre  italien  ,  ia 
Jalousie  imprévue ,  le  Ridicide  sup- 
posé,  Ylsle  des  Talents,  la  Fer- 
mière et  les  Almanachs  ;  pour  le 
Théâtre  de  la  {foire  sept  opéras  co- 
miques en  société  avec.  Pannard,  au- 
teur dont  il  se  rapprochait  beaucoup 
par  le  talent,  le  caractère  et  le  genre 
de  vie.  Il  a  encore  fait  une  parade  in- 
titulée: Isabelle  grosse  par  vtrlu , 
l'uue  des  meilleures  facéties  de  ce 
genre.  Enfin  il  a  public  Nouvelles 
observations  au  sujet  des  condam- 
nations prononcées  contre  les  comé- 
diens ,  Paris,  i  7  m  ,  in-lQ  :  n 
qui  l'ut  réfuté  par  un  anonyme, 
me  du  monde  amateui 

lit  intitulé  :  Essai  sur  la 

die   moderne  ,    Paris  ,    i 
i  Paria  le  ai  • 
^.  Son  Théâtre  a  été 
imprimé  en  4  vol.  in- 1 

ici  en  rot  éditeur,  (t  y  ajouta  un 
tteur.  À — g  -ii. 


FAG 

FAGE  (  Durand  ) ,  fanatique  des" 
Cèvcnnes  ,  naquit  à  Aubais ,  près 
Sommicres,  petite  ville  du  bas  Lan- 
guedoc, en  1681.  On  ne  sait  rien  de 
sa  première  éducation ,  et  son  histoire 
ne  commence  qu'en  1702.  Il  avait 
vingt-un  ans  ;  c'est  alors  que  pour  la 
première  fois ,  il  se  trouva  à  une  as- 
semblée d'inspirés  qui  se  tenait  en 
plein  champ,  près  de  Saint-Laurent  de 
Gousc.  11  raconte  qu'il  y  vit  une  jeu- 
ne fille  de  onze  ans,  naturellement 
timide,  et  qui  ne  savait  pas  lire,  la- 
quelle fut  tout  à  coup  saisie  par  l'Es- 
prit. Eile  éprouva  des  convulsions , 
des  agitations  dans  la  poitrine ,  et 
bientôt  elle  s'écria  :  «  Humilie-toi , 
»  peuple  de  Dieu;  prosterne-toi  de- 
»  vaut  lui  :  que  le  nom  de  Dieu  soit 
»  notre  secours  »  Elle  fit  ensuite  une 
longue  prière  ,  puis  un  discours  d'en- 
viron trois-quarts  d'heure,  que  Fage 
trouva  fort  touchant,  et  qu'il  lui  sem- 
i-Lit qu'une  fille  si  jeune  et  si  igno- 
rante n'avait  pu  prononcer  sans  un 
secours  surnaturel.  Dans  une  autre 
assemblée,  la  jeune  fille  annonça  avec 
le  même  ton  d'inspiration  que  Fage 
recevrait  de  grands  dons  de  Dieu,  s'il 
fréquentait  les  saintes  assemblées.  Ces 
prédictions  commencèrent  à  agir  sur 
l'imagination  de  Fage,  naturellement 
vive  et  portée  à  l'enthousiasme.  Cepen- 
dant ,  retenu  par  les  divers  jugements 
qu'il  entendait  porter  sur  les  inspirés, 
il  n'osait  se  déclarer.  11  retourna  à 
Aubais,  et  fut  contraint  de  servir  pen- 
dant six  ou  sept  mois  dans  une  indice 
contre  les  camisards.  L'année  sui- 
vante, se  trouvant  à  Grand  Galargues, 
il  eut  occasion  d'y  voir  une  autre  fille 
inspirée,  âgée  de  vingt  •trois  ans,  qui 
acheva  de  lui  tourner  la  tète.  Eiie 
s'appelait  Margarela  Voile;  saisie  de 
Y  Esprit,  elle  dit  à  Fage  :  «qu'à  l'épée 
qu'il  portait,  était  réservé  l'honneur 
d'exterminer  les  ennemis  de  la  ?e* 


FAG 

rite.  »  En  même  temps  elle  l'invita 
à  faire  une  lecture  pieuse.  A  peine 
eut-il  prononcé  ces  mots  :  «  Mon 
»  Dieu,  augmente  notre  croyance,  » 
qu'il  sentit  comme  un  grand  poids  lui 
oppresser  la  poitrine  ,  et  que  d'abon- 
dantes larmes  lui  coulèrent  des  yeux. 
Il  fut  plus  d'une  heure  et  demie  sans 
pouvoir  proférer  un  mot.  Margareta 
fut  de  nouveau  saisie  de  l'Esprit,  et 
dit  à  Fage  qu'elle  était  sûre  qu'il  était 
touché  de  repentir  ,  et  qu'il  pleurait 
ses  péchés.  Fage  en  convint  :  quel- 
ques autres  scènes  semblables  firent 
de  lui  un  fanatique  accompli.  On  n'en 
doutera  point  parle  compte  qu'il  rend 
lui-même  de  ce  qui  se  passait  parmi 
les  inspirés  :  «  Tout  ce  que  nous  fai- 
»  sions ,  dit-il ,  nous  le  faisions  par 
»  ordre  de  V Esprit.  Les  plus  simples 
»  d'entre  nous ,  les  enfants  même 
»  sont  nos  oracles.  Arrivait-il  quelque 
»  chose  d'important  sur  quoi  il  fallait 
»  délibérer?  nous  nous  jetions  à  ge- 
»  noux  ;  nous  demandions  à  Dieu  de 
»  nous  diriger  ;  et  voici  qu'aussitôt 
»  plusieurs  étaient  saisis  de  Y  Esprit, 
»  et  parlaient  sur  la  chose  en  ques- 
»  lion.  S'ils  étaient  d'accord ,  nous 
»  regardions  ce  qu'ils  disaient  comme 
»  la  décision  de  Dieu.  Devions-nous 
»  attaquer  l'ennemi,  étions-nous  pour- 
»  suivis,  la  nuit  nous  surprenait-elle, 
»  craignions-nous  quelque  embus- 
»  cade ,  fallait-il  déterminer  le  lieu  de 
••)  l'assemblée  ?  Seigneur  ,  disions- 
»nous,  en  nous  prosternant, fais- 
))  nous  connaître  ce  qu'il  teplailque 
»  nous  fassions  pour  ta  gloire  et  pour 
»  notre  bien,  et  ['Esprit  nous  répon- 
»  daif.  Après  cela  la  mort  ne  nous  ef- 
»  frayait  pas  :  nous  ne  faisions  aucun 
»  cas  de  noire  vie,  heureux  de  la  per- 
»  die  pour  la  cause  du  Sauveur,  et 
»  en  obéissant  à  ses  ordres.  Quand 
»  nous  allions  au  combat,  et  que  YEs- 
»  prit  nous  avait  fortifiés  par  ces  bon- 


F  A  G  Ro 

»  nés  paroles  :  n'appréhendez  pas  , 
»  mes  enfants  ,  je  vous  conduirai 
»  et  vous  assisterai ,  nous  nous  je- 
»  lions  dans  la  mêlée,  comme  si  nous 
»  avions  été  vêtus  de  fer,  et  que 
»  nos  ennemis  n'eussent  eu  que  des 
»  bras  de  laine.  Avec  l'assistance  des 
»  paroles  de  ï Esprit ,  nos  petits  gar- 
»  çons  de  douze  ans  frappaient  à 
»  droite  et  à  gauche  comme  de  vail- 
»  lants  hommes  :  la  grêle  des  mous- 
»  quetades  avait  beau  siffler  à  nos 
»  oreilles ,  comme  l'Esprit  nous  avait 
»  dit  :  ne  craignez  rien  ,  cette  grêle 
»  de  plomb  ne  nous  inquiétait  pas 
»  plus  qu'une  grêle  ordinaire.  »  Fage 
fit  toute  la  guerre  descamisards.  Après 
la  capitulation  de  1706,  Cavalier, 
l'un  de  leurs  chefs ,  ayant  obtenu  un 
régiment  du  roi  d'Angleterre,  Fage 
alla  le  joindre  en  Hollande  ,  et  lui  de- 
manda du  service.  Les  places  étant 
données,  il  se  rendit  à  Londres  où 
l'on  sait  qu'il  était  avec  quelques  au- 
tres chefs  vers  l'automne  de  1 706.  On 
ignore  ce  qu'il  devint  depuis.  Quel- 
ques-uns croient  que  son  imagination 
se  calma,  et  que  la  raison  lui  revint. 
L  —y. 
FAGEL.  Celte  maison  s'est,  pen- 
dant un  siècle  et  demi,  illustrée  dans 
la  république  des  Provinces-Unies  des 
Pays-Bas,  par  une  suite  d'excellents 
hommes  d'état  et  de  guerre.  Les  im- 
portantes fonctions  de  greffier  des 
Etats-Généraux  furent  pendant  cent 
vingt-cinq  années  consécutives  (  de 
1670  à  1790)  remplies  pardesFagel. 
Ils  ont  constamment  été  les  partisans 
zélés  du  système  stadhoudérien  ;  mais 
les  antagonistes  même  de  ce  système 
n'accusaient  ni  leurs  motifs  ni  leurs 
moyens,  et  l'on  a  toujours  rendu  jus- 
tice à  leur  moralité.  —  Fagel  (  Gas- 
par),  né  à  Harlem  en  1 629,  se  consacra 
au  barreau.  En  i665  il  fut  créé  con- 
seiller-pensionnaire de  sa  ville  nalale, 


9*  F  A  G 

magistrature  singulièrement  considé- 

n  Hollande,  et  qui  frayait  le  che- 
miii  aux  premiers  honneurs  de  la  ré- 
publique; (ii  1O70,  nommé  grelîier 
des  E'ats-Généraux,  il  signala  dans 
ce  poste  la  généreuse  fermeté  de  son 
caractère  eu  plus  d'une  occasion,  mais 
t  lors  de  l'invasion  de  la  Hol- 
lande par  Louis  XIV,  en  167-2.  Le 
ao  août  de  la  même  année  ,  jour  de 
désastreuse  mémoire  parle  massacre 
tics  deux  illustres  frères  de  Witt,  il 
succéda  à  l'un  de  ces  honorables  mar- 
tyrs, dans  la  place  de  grand  pension- 
naire. Il  posa,  avec  le  chevalier  Tem- 
ple, les  premières  bases  de  la  paix 
de  Nimèguc,  conclue  en  1678.  Il  avait, 
été  l'année  précédente  continué  dans 
les  fonctions  quinquennalles  de  grand 
pensionnaire;  il  le  fut  également  en 
if>8\>.  et  en  1(187.  En  i(;8'.i  le  comte 
d'Avant,  ambassadeur  de  Fiance  en 
Hollande  ,  ne  négligea  rien  pour  mettre 
Fagel  dans  les  intérêts  de  an  cour  :  il 

uter  jusqu'aux  movens  de  la  cor- 
ruption; mais  Fagel  refusa  noblement 
nnesoinmede  (\cu\  millions  que  l'ar- 
tificieux négociateur  s'était  permis  de 
lui  cfïVi:'.  Dans  les  différends  de  Guil- 
laume 111  avec  la  ville  d'Amstcrd  un  , 
en  iG83,  il  se  montra  peu  jaloux  de 
complaire  à  cette  métropole  du  eoin- 
mcrccliollaudais.  Mais  le  triomphe  de 
la  politique  de  Fagel  fut  peut-être  dans 

ition  de  Guillaume  III  au  trône 
d'Anu  i  lui  qui  rédigea  dans 

1  onjonctui  ste  de  (inil- 

,  et  qui  disposa  toutes  les  ; 

sur  son  Vdyagè.  1!  n'eut  pas  la  sa- 

tion   d\  n  appn  ndre  !<•   • 
complet ,  étant  mort  le  ir>  décembre 
1O88,  svani  (jtie  la  nouvelle  officielle 
de  ce  grand  événement  lui  parvenue 
1  ;i  Hollaiidi ,  nient 

1 5  que 
fait  naître  l'esprit  de  parti.  Tcm 

iraient  rapprécier  de 


FAG 

même.  Léti  l'a  trop  prône',  et  il  avait 
apparemment  d;  bonnes  raisons  pour 
le  faire.  Wicqtu  fort  avait  personnel- 
lement à  se  plaindre  de  Fagel ,  et  il  Ta 
trop  déprécié.  Bu  met  rend  hommage 
à  l'ctendue  de  ses  connaissances  ,  à  la 
netteté  de  ses  conceptions,  à  la  sû- 
reté de  son  jugement ,  à  son  talent  de 
conduire  les  esprits  dans  une  grande 
assemblée  ,  à  son  éloquence  populaire, 
à  son  caractère  religieux  et  à  sa  pro- 
bi'e  *  mais  il  le  taxe  d'emportement, 
d'aigreur,  d'un  excès  d'amour-pro- 
pre. A  l'en  croire,  Fagel  se  montrait 
quelquefois  faible  dans  le  danger  ; 
toutefois  sa  carrière  ministérielle  fut 
presque,  d'un  bmit  à  l'autre,  tissuc  de 
circonstances  critiques  et  de  conjonc- 
tures périlleuses ,  et  peu  d'hommes 
ont  exercé  ,  pendant  seize  années  con- 
sécutives ,  plus  d'influence  que  lui  sur 
les  destinées  de  l'Europe.  Il  vécut  cé- 
libataire ,  et  ne  laissa  point  de  for- 
tune. —  Fagel  (  François  ),  neveu 
du  précédent,  (fui avait  eu  pour  suc- 
cesseur dans  la  place  de  greffier  des 
Etats-Généraux  son  frère  Henri,  y 
la  lui-même  à  son  père  auquel  il 
avait  déjà  antérieurement  obtenu  d'ê- 
tre adjoint,  et  il  la  résigna  au  bout  de 
soixanlc-qu itre  ans  de  service,  en 
1 744-  Il  cl;"t  ne  a  La  Haye  en  i65ç) , 
et  v  mourut  en  17J6.  H  avait  eu  le 
bonheur  de  trouver  un  excellent  bio- 
graphe dans  Onno-Zwier  dellaren  ; 
mais  cette  biographie  est  devenue  la 
proie  des  flammes  dans  le  fatal  in- 
cendie du  château  de  \\  1 

.  «  u  1777.  ll.ten  l'a  caractérisé 
$  paroles  de  Tacite  dans  la  \  ie 
d'Agricola  :  Cultu  modicus  ,setmtnut 
facilis ,    uno  mut  nitero  umicorum 
càmk  b  utplâtUpte ,  quibus 

tnagmos  viros  per  ambkionem  œsti- 
mort  adspectoquê 

Mo,   qiuvrvrvv.t  fammn ,  pauci  inlcr- 
]>reiaraiiur(l'oj  .  les  Notes  de  Harco 


FAG 

sur  son  poème  des  Gueux,  tom.  II  de 
l'édition  4' Amsterdam ,   1785,   pag«, 
017  ).  —  Fagel  (  François  ),  né  en 
1740,  se  prépara  aux  fonctions  pu- 
bliques par  de  bonnes  éludes  et  d'u- 
tiles voyages.  De  retour  de  ces  der- 
niers ,  il  iiii  nommé  greffier  -  adjoint 
des  Etals-Géncraux  ,     et   ii    donnait 
les  plus    belles    espérances ,    quand 
la  mort  le  frappa  ,  le  28  avril  1773, 
à  l'âge  de  trente-trois  ans,  au  grand 
regret   de  ses  amis  et  de  ceux    de 
la  chose  publique.   Le  Mercure  de 
France,  du  mois  d'octobre  1772, 
contient  un   excellent  morceau  inti- 
tulé: Description  philosophique  du 
caractère  de  feu  M.  F.  Fageh  Ce 
morceau  est  de  la  main  de  Fr.  Herns- 
terhuis,  et  il  se  trouve  dans  le  recueil 
de  ses  œuvres ,  tom.  1  ,  pag.  21)7  à 
280.  Il  donne  ia  plus  haute  opinion 
du  mérite  et  des  qualités  de  celui  qui 
en  es!  l'objet.  —  Fagel (  Henri),  ne 
à  La  Haye ,  en  1  70(3 ,  a  également  ho- 
noré dans  les  {onctions  publiques  le 
nom  qu'il  portait.  Nommé  greffier  des 
Etats  -  Généraux    en    1  744  ?    ""   eut 
une  part  distinguée  à  l'élévation  du 
stathouder  Guillaume  IV,  en  1748, 
et ,  depuis  cette  époque ,  à  toutes  les 
affaires  du  gouvernement.  Les  temps 
devinrent  exeessn  ementorageux  sous 
Guillaume  V ,  et  Fagel  eut  besoin  de 
toute  la  considération  attachée  à  son 
nom ,   à  ses  connaissances  et   à   ses 
qualités  personnelles  pour  se  mainte- 
nir en  place.  Il  a  pu  pressentir  l'ex- 
pulsion temporaire  de  la  maison  d'O- 
range ;  mais  il  ne  fa  point  vue  ,  étant 
mort  eu  1  700.  Les  sciences  et  les  Bits 
eurent  en  lui  un  protecteur  distingué, 
et  il  a  laissé  une  riche  bibliothèque 
dont  il  aimait  à  communiquer  les  tré- 
sors. On  lui  attribue  (  en  société  avec 
MM.  Tave!  et  M.;elaine)  la  traduc- 
tion française  des  Lettres  de  milady 
W.   Montagne  7  publiée    à  Botter- 


FAG  oï 

dam,   1764,^    volumes  in-8°. ,   et 
réimprimée  eu  1780.  Son  fiis,  M.  le 
général     Fagel,  était  en    181 4    ,im~ 
bassadeur  du  prince   souverain  des 
Pays-Bas  à  la  cour    de  France.  — 
Fagel  (  François-  Nicolas),  fils  de 
Nicolas,   magistrat  très -influent  de 
Nimègue,  et  neveu    de    Gaspar ,    a 
fourni,  depuis  son  entrée  au  service 
en  1  (J72  ,  jusqu'à  sa  mort ,  la  carrière 
militaire  la  plus  brillante.  Honoré  des 
bontés  de  Guillaume  111 ,  son  maître  , 
et  de  celles  de  plusieurs  autres  sou- 
verains ;  successivement  général  d'in- 
fanterie au  service   des   Ftals-Géné- 
rnux  ,  lieutcnant-l'eîd-maréchal  à  celui 
de  l'empereur  d'Allemagne,    rnestre- 
de-camp-général  de  la  Flandre  hol- 
landaise ,   etc.  ;    les  occasions  où  il 
s'est  le  plus  distingué,  sont  la  bataille 
deFieurus.   en  1690  (il   mérita  les 
éloges  du  vainqueur  ,  le  maréchal  de 
Luxembourg  )  ;  la  défensede  Monsen 
1 69  !  (  la  ville  ne  se  rendit  que  par  le 
soulèvement  des  habitants);  le  siège 
de  jNamur  où  il  fut  dangereusement 
blessé  ;  la  prise  de  Bonn  en  ]  703  ,  la 
campagne  de  Portugal  vers  la  fin  de 
la  même  année;  et,  dans  cette  campa- 
gne, la  prise  de  Valence,  d'Albuquer- 
que,  etc. (des  jalousies  et  des  cabales 
engagèrent  Fagel  à  demander  son  rap- 
pel en  Hollande,  malgré  les  instances 
du  roi  de  Portugal)  ;  la  campagne  de 
Flandre    en    1711    et*  1712,  et   la 
prise  de  Tournai;  les  batailles  de  t\a- 
miilies  et  de  Malpîaquet;  la  prise  de 
Bonchain ,  du  Quesnoi ,  etc.,  reperdus 
après  la  bataille  de  Denain.  A  la  paix 
d'Utrecht,  Fagel  se  retira  dans  son 
commandement  de  l'Ecluse,  en  Flan- 
dre ,  où  il    mourut  le    'ib    février 
1718.    Il   était  d'une   rare    intrépi- 
dité, qu'il   savait  ailier  à  la  modes- 
destic,     et  même    à    la    courtoisie. 
Guillaume  III  loi  ayant  reproché  un 
jour  qu'il  s'oubliait  trop  dans  le  dan- 


F  A  G 

gcr,  il  lui  répondit  :  «  Sire,  Voire 
»  Majesté  aime  à  voir  ses  torts  dans 
»  »es  généraux.  »  Il  était,  au  service, 
de  l.i  plus  scrupuleuse  exactitude,  et 
maintenait  avec  rigueur  la  discipline 
militaire.  Incorruptible  sousi  e  rapport 
de  l'intérêt  ,  il  refusa ,  au  siège  de 
Lille ,  une  offre  de  f>  0,000  florins, 
qui  lui  fut  f;iile  pour  obtenir  la  dis- 
pense d'une  réquisition  de  grains,  et  il 
aima  mieux  nourrir  ses  soldats  que  de 
s'enrichir.  LaHollandcaeu  peu  d'hom- 
mes de  guerre  dont  elle  puisse  se  faire 
plus  d'honneur  que  d<  Fagrl.  M — on. 
FAGG1 ,  ou  de  FAGGIIS (Ange), 
appelé  aussi  quelquefois  San^rino , 
parce  qu'il  était  né  dans  un  château 
de  ce  nom  au  royaume  de  Kaples 
vers  l'an  i5oo,  entra  dans  l'ordre 
de  S.  Benoît,  congrégation  du  Mont- 
I  n  ,  et  s'y  rendit  célèbre  non  seu- 
lement par  de  nombreux  ouvrages, 
mais  encore  par  des  qualités  person- 
nelles extrêmement  recommandahles. 
Religieux  inviol  ib'ement  attaché  à  sa 
règle  ,  il  remplissait  les  devoirs  de 
son  état  avec  nue  exactitude  exem- 
plaire. Zélé  pour  la  discipline,  de 
moeurs'  irréprochables,  de  la  cha- 
rité la  plus  compatissante  envers  les 
pauvres,  sévère  pour  lui-même  ,  in- 
dulgent pour  les  autres,  à  moins  que 
le  bon  ordre  n'en  souffrît,  habile 
les  affaires,  Faggi  était  un  mo- 
le toutes  les  vertus.  Son  temps 
était  partagé  entre  les  offices,  au  il 
était  fort  assidu,  et  le  travail  auquel 
il  se  livrai:  lie;  les  lai 

grecque  et  latine  lui  étaient  aussi  fe- 
ue celle  de  pays  où  il 
\<.  Dans  touu  i  il  corn  m 

iim  étonnante   facilite  <  ? 

sur   quelque  sujet  qu'on    lui    ;  I 

n  avait  (ait  profession  au  IMonl- 
•  n  en  i5h).  Il  détint  abbé  de  ce 
monastère  et  eut  la  supériorité  de 
plusieurs  autres.  La  présidence  de  sa 


FA  G 
congrégation  était  triennale  ;  elle  lui 
fut  déférée  à  deux  reprises,  et  son 
gouvernement  fut  remarquable  par 
la  sagesse  qu'il  mit  dans  son  admi- 
nistration. Le  pape  Pie  V  avait  pour 
lui  une  estime  particulière,  et  le  fit 
inquisiteur  de  la  foi.  Etant  parvenu 
à  un  grand  âge,  dom  Faggi  se  démit  de 
toutes  ses  places  pour  ne  plus  songer 
qu'à  Dieu.  11  mourutan  Mont-Cassin  en 
1  5q5  ,  âgé  de  quatre-vingt  -  treize  ans. 
Ses  principaux  ouvrages  sont  :  I. 
In  PsaUetium  Davidis  ,  régis  et 
prophetœ  clarissimi ,  paraphrasis 
vario  metri  génère  exculla  ,  Ve- 
nise, in  -  4  .  ,  1  5^5  ;  II.  Poesis 
christiana  in  quatuor  libros  dis- 
tincta  ,  Padoue,  in-4°-,  i565.  Les 
nombreuses  pièces  de  ce  recueil  rou- 
lent tontes  sur  des  sujets  de  piété; 
III.  Spéculum  et  exemplar  christi- 
colarum ,  s  eu  vita  B.  patris  sancli 
Benedicti ,  monachorum  patriarchœ 
sanctissimi,  Florence,  in-4  -,  l6a6; 
Home,  i()8-j;1V.  Traité  sur  V  orai- 
son des  quarante  heures  ,  Flo- 
rence, i583;  V.  Vita  sanctœ  Vir- 
ginis  Mariée ,  carminé  elegiaco  , 
Vérone,  16.^9;  VI.  Officium  4o 
hor arum,  vario  metri  génère,  Flo- 
rence, i5tt5;  VII.  Sentiments  d'un 
pécheur  en  présence  du  très  Saint- 
Sacrement  .  en  vers  héroïques  ,  Flo- 
re uce,  1 585  ;  VIII.  Psautier  de  la 
Sainte  Vierge  ,  en  prose  et  en  vers 
saphiques,  IX.  Eloge  en  vers  du 
P.  dom  Paul  Picco  de  Pavie ,  im- 
primé parmi  ceux  de  Paul  Prosper 
Marunengo;  Y  Dialogues  sur  les 
noms  donnés  à  Dieu  duns  les  livres 
saints.  On  a  en  outre  de  dom  I 
Hymnes  ,  des  EU  gea  ,  &  s  \us 
in  ta,  des  Sermons,  des  Homé- 
-  ma- 
nuscrits, et  dont  on  trouvera  la  liste 
dans  la  bibliolhi 
vains  de  l'ordre  de  S.  Benoit.    L — y. 


FAG 
FAGGIUOLA  (  Uguccione  ) ,  chef 
des  Gibelins  et  seigneur  de  l'ise  au 
commencement  du  i4'«  siècle.  Uguccio- 
ne de  la  Faggiuola  était  issu  d'une  fa- 
mille illustre  qui  possédait  dans  les 
Apennins  des  fiefs  immédiats  de  rem- 
pile 11  se  distingua  dès  la  fin  du  i5e. 
siècle  par  ses  talents  militaires.  Eu 
1297  les  villes  gibelines  de  la  Roraa- 
gne  le  choisirent  pour  leur  général, 
dans  une  guerre  contre  les  Bolonais  ; 
Uguccione  remporta  sur  ceux-ci  de 
grands  avantages.  La  situation  de  ses 
fiefs  au  milieu  des  Apennins  le  mettait 
en  relation  avec  les  Gibelins  Toscans 
aussi  bien  qu'avec  ceux  de  la  Roma- 
gne  ;  il  fut  à  plusieurs  reprises  nommé 
général  des  Arétins ,  et  il  les  com- 
inaudrùt  en  1D09  lorsque  ceux-ci  fu- 
rent battus  par  les  Florentins.  Cet 
échec  ne  flétrit  pas  sa  repu  ta!  ion  ;  et 
lorsque  les  Pisans,  après  la  mort  de 
Henri  VII,  se  virent  abandonnés  par 
les  armées  allemandes  et  siciliennes, 
et  livrés  à  la  vengeance  des  Guelfes 
qu'ils  avaient  provoqués,  ils  appe- 
lèrent Uguccione  de  la  Faggiuola  à 
leur  secours,  et  ils  le  nommèrent 
seigneur  de  leur  ville  dans  l'automne 
de  1 5 1 5.  Uguccione  manifesta  dans 
cette  occasion  toutes  les  ressources 
de  son  génie  militaire.  Malgré  l'épui- 
sement des  finances  des  Pisans  et  le 
découragement  de  leurs  armées  ,  il 
leur  assura  bientôt  la  supériorité  sur 
le  roi  de  Naples  ,  les  Florentins,  la  li- 
gue guelfe  et  tous  leurs  ennemis.  Il 
fit  la  conquête  de  Lucques  le  1 4 
juin  1  3 1  4  ?  et  il  remporta  sur  les 
Florentins  ,  le  29  août  1 5 1 5  ,  la  mé- 
morable victoire  de  Montccatini ,  où 
un  frère  et  un  neVfu  du  roi  de 
Naples  furent  lue».  Mais  il  s'en  fal- 
lait de  beaucoup  qu'Uguccione  sût 
aussi  bien  gouverner  que  se  battre  ; 
il  avait  transporté  le  despotisme  des 
camps  dans  une  ville  libre ,  et  il  se 


FAG  93 

rendait  odieux  aux  Pisans  par  la  du- 
reté et  la  précipitation  avec  lesquelles 
il  infligeait  des  peines  capitales  aux 
citoyens  les  plus  considérés.  Quoique 
le  peuple  soupirât  après  la  paix,  Uguc- 
cione ne  voulait  consentir  à  aucune 
négociation  avec  les  Guelfes;  aussi 
plus  les  Pisans  remportaient  de  vic- 
toires, plus  ils  s'affl'.g.  aient  de  leurs 
propres  succès.  Enfin  le  5  avril  1 5  16, 
ce  seigneur  fut  chassé  de  Pise  et  de 
Lucques ,  les  citoyens  de  ces  deux 
villes  ayant  profité  du  moment  où  il 
marchait  avec  sa  cavalerie  de  l'une 
vers  l'autre,  pour  se  révolter  en  même 
temps.  Uguccione  se  retira  auprès  de 
Can  Grande  de  la  Seala  ,  seigneur  de 
Vérone  et  chef  des  Gibelins  en  Lom- 
birdie,  qui  lui  donna  le  commande- 
ment de  ses  armées.  Il  mourut  au 
siège  de  Padoue  en  1 5 1 9  ,  et  son 
corps  fut  rapporté  à  Vérone,  où  il 
est  enseveli.  S.  S — 1- 

F  A  G  G  0  T  (  Jacques  ) ,  savant 
Suédois  d'un  mérite  très  distingue,  et 
qui  rendit  à  son  piys  des  services 
importants.  Né  dans  la  province  d'U- 
pland,  en  1699,  il  fit  ses  études  à 
Upsal ,  et  entra  au  département  des 
mines.  Il  fut  ensuite  placé  au  bureau 
d'arpentage  ,  et  devint  directeur  de 
cet  établissement.  Quelques  années  au- 
paravant ,  il  avait  été  nommé  secrétaire 
de  l'académie  des  sciences  dé  Stock- 
holm. Il  mourut  en  1^77.  Faggot 
commença  sa  carrière  à  l'époque  où 
la  Suède  s'efforçait  de  réparer,  par 
les  arts  utiles  ,  les  malheurs  des  guer- 
res de  Charles  Xl  l ,  et  il  fut  un  de  ceux 
qui  contribuèrent  le  pius  à  lui  faire 
atteindre  ce  but.  Envoyé  à  Calmar  et 
à  l'iie  d'OEland  pour  diriger  les  tra- 
vaux des  mines  d'alun,  il  indiqua  àes 
procédés  nouveaux  pour  tirer  parti 
de  cette  richesse  naturelle.  Ce  fui  lui 
qui  rectifia  les  abus  et  les  erreurs 
nombreuses  qui   s'étaieut  introduits 


0  \  F  A  G 

dans  les  poids  et  les  mesures.  Lors 
qu'il  lut  devenu  membre  du  bureau 
d'arpentage,  il  obtint  le  privilège  de 
faire  lever  les  cartes  des  provinces 
du  royaume,  et  son  zèle  patriotique 
trouva  des  ressources  pour  fournir 
aux  frais  de  ce  travail.  11  donna  une 
attention  particulière  à  la  répartition 
du  sol  sous  le  rapport  de  l'agriculture, 
et  les  observations  qu'il  présenta  , 
comme  résultats  de  l'arpentage,  fi- 
rent décréter  ia  suppression  des  com- 
munes. Après  la  guerre  de  1 74  *  7 
dont  la  Finlande  avait  été  le  théâtre, 
Faggot  fut  chargé  par  le  gouverne- 
ment d'examiner  l'état  de  cette  pro- 
vince, et  d'indiquer  les  moyens  d'y 
ranimer  l'industrie.  Il  donna  des  pro- 
jets utiles  ,  qu'on  exécuta,  et  qui  firent 
naître  une  nouvelle  époque  dans  l'ad- 
ministration de  la  Finlande.  Plusieurs 
autres  objets  occupèrent  ce  citoyen, 
aussi  distingué  par  ses  connaissances 
que  par  s<m  dévouement  à  la  patrie. 
Il  donna  un  nouveau  plan  pour  l'éla- 
emenl  ^(^  greniers  publics,  il 
perfectionna  la  méthode  de  fabriquer 
le  salpêtre,  et  lit  introduire  une  admi- 
nistration plus  avantageuse  dans  les 
domaines  de  la  couronne.  Son  Traité 
des  obstacles  et  des  ressources  de 
l'économie  rurale  renferme  des  Mies 
utiles  ,  dont  plusieurs  ont  été  mises 
à  profit.  L'académie  des  sciences  de 
Stockholm,  dont  Faggot  était  un  des 

Membres Jes  plut. actifs,  61  frapper, 

-  1    mort  ,   une   médaille  a  son 
li. Mineur.  On  peut  voir  son  éloge  aca- 
ique,pai  Henri  Nicander,  Stock- 
ho  ru  .  17 -79,  en  suédois.     G — au. 
FAGIUOL1    .h  ri), 

poèti  comique  et  burlesque,  naquit  à 
i  ,ui<  m  <■.  de  pan  Dis  bonnet*  t  mais 
pain  r<  s ,  le  1  \  juia  1 66o  -  jour  de  !a 
fête  de  bt.  J' an-Baptiste ,  duo»  on  lui 

donna  le  nom.  Il  fit  de  nés  bonnes 
études  dans  le  collège  desJesiuii  l,ft 


FÀG 

se  fit  connaître  de  bonne  heure  par 
des  poe'sies  faciles  et  enjouées.  Une 
réuni  ou  des  gens  de  lettres  les  plus 
célèbres  de  ce  temps-là,  s'était  for- 
mée dès  iri5i  dans  la  maison  d'Au- 
gustin Goltellini ,  alors  fort  jeune  (  V9 
Coltellini  ï,  et  avait  pris  en  iG58 
le  nom  d'Académie  des  Apalistes.  Elle 
était  devenue  très  fl  orissaute  ,  et 
comptait  parmi  ses  membres  des  hom- 
mes tels  que  Fiîicaja ,  Mag'iabeechi , 
Anton-Rlaria  Salvioi ,  etc.  Fagiuoîi  y 
lut  ses  premiers  essais;  l'académie  en 
fut  si  charmée,  qu'e  le  se  l'associa 
malgré  sou  extrême  jeunesse;  et  com- 
me elle  acquit  son  plus  grand  éclat , 
et  pour  ainsi  dire  une  seconde  exis- 
tence, lorsqu'après  la  mort  de  Coltel- 
lini clic  eut  été  transférée,  en  1694, 
de  sa  maison ,  où  elle  s'était  toujours 
assemblée,  dans  l'une  des  salles  de 
l'université  de  Florence,  Fagiuoîi  a 
été  nus  par  quelques  écrivains  parmi 
les  académiciens  de  la  première  fon- 
dation (  1  ).  Il  commença  dès  -  lors 
à  composer  des  comédies,  dans  les- 
quelles il  jouait  lui-même  de  la  ma- 
nière la  plus  plaisante,  et  à  réjouir  les 
sociétés  les  plus  distinguées  de  Flo- 
rence par  ses  poètes ,  son  humeur 
facétieuse  et  ses  bons  mots.  L'arche- 
vêque de  Sé'.eucie,  Santa  croce,  nom- 
mé ,  en  i(i()o,  nonce  du  pape  en 
Pologne,  ayant  pu  juger,  en  passant 
par  Florence,  des  talents  et  de  l'ama- 


(  1  I  m  luis  ■  1,1  uti  dan»  l'ordre  le  plus  exact  ; 
il  y  adouc  erreur  sur  l'<  Ipoqae  où  l'académie  prie 
le  nom  île»  ytpatiite' ,  dans  l'or.iisnn^funèlirc  di; 
r.i^iuuli  .  prononcée  devant  l'académie  cil.  même 
par  le  docteor  Giuiianelli  ,  l'un  île  tel  membres  , 
Je  30  décembre  17^.  On  y  lit  ce  pauage  (\>n 
tjitali  esprasioni  tli  gUtbbUv  r  a?  tmimu tltun.c 
J'urono  uditi  cd  acclamai  i  1  piimi  moi pvetici 
componimcnli  da'  chiatiitigti  padri  di  i/uccu 
accitdemia....  e  quasi  sieur  t  ■prranzr  enonfa(- 
la\  i  pi 

ih  (juclia  virtuoi a  conversation»,  che  poi.  dalla. 
I  tlOtllV    fondaton  'juii  .    in   tfltttto    11m- 
pliisimu  iita     /../  mi  (jitcU'i  uubilis- 

sima  accademia    deg  ■  '  <  rr<iir 

r  quelque!  lecteur!  roiuiiu-  <  Ile 
nous  av.<il  d'abord  Ire  injii  »  IIOU.-U1CJBC5,  Cl  ujUi 
OToyOBJ  uiilc  d'eu  avertir. 


FAG 

hilité  de  Fagiuoli .  désira  l'emmener 
à  Varsovie;  et  lorsqu'il  eut  reconnu 
en  lui  des  qualités  solides,  et  une  ca- 
pacité  pour  les  affaires  que  l'usage 
qu'il   faisait   habituellement  de    son 
esprit  n'annonçait  pas,  il  ne  balança 
pointa  le  prendre  pour  secrétaire.  Ils 
arrivèrent  à  Varsovie  le  'il\  juin  ,  et 
Fagiuoli  ne  manqua  pas  de  remar- 
quer, dans  un  sonnet,  que  le  jour  de 
son  arrivée  était  le  jour  de  sa  nais- 
sance, de  la  fête  de  son  patron  et  de 
celle  du  roi  ,  Jean  Sobieski.   Lancé 
dans  le  grand   monde  et  dans    les 
grandes  affaires ,  et  doué  d'un  génie 
observateur,  il  prit  dès  ce  moment 
un  usage  qu'il  conserva  tout  le  reste 
de  sa  vie  et  jusqu'à  la   veille  de  sa 
mort;  c'était  d'écrire  ,  tous  les  jours, 
ses  réflexions  sur  ce  qu'il  avait  vu, 
et  son  jugement  sur  les  choses  dont  il 
avait  été  témoin  ou  qu'il  avait  entendu 
raconter.  Tl  trouvait  ensuite  dans  sou 
recueil,  sur  toutes  sortes  de  sujets, 
des  traits  de  caractère,  des  peintures 
de  mœurs  ,  et  des  observations  pi- 
quantes ,  dont  il  nourrissait  ses  comé- 
dies et  ses  autres  compositions.  Cela 
formait,  à  sa   mort,  plusieurs  gros 
volumes,  qui  passèrent  avec  la  plu- 
part de  ses  manuscrits  dans  la  biblio- 
thèque particuière  du  marquis  Gabriel 
Riccardi.  Malgré  les  agréments  dont 
Fagiuoli  jouissait ,  et  les  espérances 
de  fortune  qu'il    pouvait  avoir  ,  sa 
santé  ne  put  s'accommoder  de  la  ru- 
desse du  climat.  Le  premier  hiver  qu'il 
passa  à  Varsovie  le  fit  tant  souffrir, 
qu'il  ne  voulut  point  s'exposer  aux 
suites  d'un  second;  il  demanda  son 
congé  ,   se   sépara  du  légat  ,  qui    le 
regretta ,  mais  qui  lui  conserva  ses 
bonnes   grâces.   Fagiuoli  lui    écrivit 
quatre  ans  après,  dans  un  style  moi- 
tié sérieux  et  moitié  plaisant,   à  sa 
manière,  pour  le  féliciter  du  chapeau 
de  cardinal  que  venait  enfin  de  lui 


FAG  o5 

envoyer  Innocent  XII  ;  à  la  mort  de 
ce  pape,  en  1700,  il  fut  emmené  h 
Rouie  par  le  cardinal  de  Médiris  ,  qui 
se  rendait  au  conclave,  et  il  y  resta 
jusqu'à  la  nomination  de  Clément  Xï, 
qui  ne  fut  faite  qiu-  quatre  mois  après. 
De  retour  à  Florence,  il  se  trouva 
porté,  par  le  crédit  qu'il  avait  acquis 
auprès  du  cardinal,  à  une  familiarité 
intime  dans  toute  la  famille  du  grand- 
duc.  Il  était  de  tous  les" voyages  de  la 
cour,  de  toutes  les  villégiature ,  de 
toutes  les  fêtes;  il  en  était  l'aine  par 
l'enjoûment  de  sa  conversation,  par 
ses  compositions    faciles ,   par   celte 
veine  inépuisable  qui  produisait  atout 
propos  des  comédies,  des  scènes  im- 
provisées, des  folies  d'autant  plus  pro- 
pres à  égayer  une  cour  polie  qu'elles 
ne  blessaient  jamais  la  décence.  Ce- 
pendant il  était  pauvre ,  marié ,  chargé 
de   famille  ;    et  comme  il  ne   savait 
point  demander,  personne  ne  s'occu- 
pait de  sa  fortune.  Une  place  de  juge 
dans  la  juridiction  archiépiscopale  de 
Florence  ,  fut  la  première  fonction 
qu'il  eut  à  remplir.  Le  grand -duc 
Cosmc  III  l'admit   ensuite   dans  le 
conseil  des  deux  cents;  c'était  de  ce 
conseil  que  l'on  tirait  les  magistrats , 
mais  c'était  un  litre  gratuit  et  qui  ne 
donnait  que  des  espérances.  Le  grand- 
duc  Gaston  le  nomma  membre  de  la 
magistrature  des  huit  {d.gli  otto  di 
balia  )  ou  du  tribunal  criminel ,  qui 
était  composé  de  huit  juges.  Quelques 
années  après,  il  le  plaça  dans  celle 
des  neuf  [de'  nove),  chargée  de  main- 
tenir et  de  défendre  les  juridictions , 
les  intérêts,  les  droits  de  toute  espèce, 
les  terres  et  les  revenus  du  domaine 
de  Florence.  Cette  charge,  qu'il  rem- 
plissait avec  beaucoup  de  zèle  et  d'in- 
tégrité, fut  le  seul  moyen  d'exisience 
de  sa  famille.  Il    éleva  et  parvint  à 
placer  ses  fils  ;  il  n'eut  pour  ses  fîdes 
d'autre  ressource  que  des  couvents; 


r/î  F  A  G 

mais  il  rut  le  chagrin  de  survivre  à 
sa  femme  et  à  tous  ses  enfants.  11  vit 
aussi  disparaître  dans  sa  vieillesse 
cette  famille  de  Médicis,  qui  avait 
beaucoup  perdu  de  sa  grandeur,  mais 
à  laquelle  étaient  attachés  de  si  grands 
souvenirs.  A  la  mort  de  Gaston ,  le 
sceptre  de  la  Toscane  passa ,  en  1757, 
dans  la  maison  de  Lorraine.  Fagiuoli 
opposa ,  à  toutes  ses  perles .  le  cou- 
rage, le  calme  et  la  résignation  d'un 
sage.  Il  mourut  le  12  juillet  l'j^i, 
âgé  de  quatre-vingt-trois  ans ,  après 
un  seul  jour  de  maladie.  Il  jouit,  jus- 
qu'à la  fin ,  de  toutes  les  facultés  de 
son  esprit,  et,  peu  de  jours  avant  sa 
mort,  il  écrivit  contre  les  vapeurs  noi- 
res ou  les  affections  hypocondriaques, 
un  Capitolo  qui  est  imprimé  dans  le 
dernier  volume  de  ses  œuvres.  Ses 
poésies  burlesques  avaient  paru  en 
1729  sous  ce  titre  :  Rime  Piacevoli 
di  Giambattista  Fagiuoli  ,  parle 
prima  e  seconda,  Florence,  2  vol. 
in-8'\  On  en  fit  aussitôt  une  contre- 
façon ,  intitulée  :  Fagiuolaja,  ovvero 
Rime  facete  ,  etc.  ,  sous  la  date 
d'Amsterdam,  1729*  en  trois  Livres 
et  en  deux  seuls  tomes,  in- 12.  Elles 
reparurent  à  Lucques,  17 55  et  1 7 5.^ , 
6  vol.  in-8°.;  et  l'on  y  ajouta  après  sa 
mort,  ibid. ,  1745  ,  un  7e.  vol.  Elles 
sont  presque  toutes  dans  le  genre 
burlesque.  La  décence  qui  y  règne 
les  distingue  de  toutes  les  autres  du 
même  genre;  mais  malgré  le  succès 
dont  elles  jouirent  de  son  vivant  et 
les  éloges  qu'on  en  a  faits,  elles  n'ont 
ni  l'originalité,  ni  la  verve  de  celles 
de  Berni  et  de  son  école.  Un  en  peut 
duc  autant  médies .  qu'il  fit 

imprimer  à  Florence |  au  7  vol.  is>ia , 
de  \y)  [  à  1  7"'  <  ur  qui  les 

approuva  «lit  tuac  justice  que,  non- 
seulement  il  n'y  I  ii(  11  trouvé  qui 
puisse  en  empéV  l.(  r  L'impn  ision  , 
Liais  qu'il  les  regarde  comme  utiles, 


FAG 

et  que,  dans  leur  style  facétieux  et 
burlesque ,  elles  sont  une  satire  con- 
tinuelle du  vice;  mais  le  style  bur- 
lesque et  facétieux  peut  n'être  pas  un 
style  comique,  et  ce  n'est  pas  dans  le 
style  seul  que  consiste  la  bonne  co- 
médie. Fagiuoli  a  de  plus  laissé  un 
volume  de  mélanges  en  prose  (  Flo- 
rence, 1737),  qui  sont  moins  esti- 
més que  ses  vers.  G — e. 

FAGIUS  (Paul),  savant  théolo- 
gien protestant,  naquit,  en  i5o4,à 
Saverne ,  village  du  Palatinat.  Son 
nom  de  famille  était  Bûcher,  que,  sui- 
vant la  coutume  de  son  siècle,  il  tra- 
duisit par  Fagius,  du  mot  latin  fagus 
(hêtre).  Après  avoir  fait  ses  premières 
éludes  sous  la  direction  de  son  père, 
qui  tenait  une  petite  école  à  Saverne, 
il  se  rendit  à  Hcidelberg ,  et  de  là  à 
Strasbourg,  où  il  apprit  l'hébreu  du  cé- 
lèbre Wolî'gang  Capiton.  11  s'établit 
à  Isny,  en  Souabe,  se  maria  et  ouvrit 
une  école  pour  l'enseignement  des 
langues  anciennes.  Cet  établissement 
eut  si  peu  de  succès  ,  qu'il  se  déter- 
mina à  revenir  à  Strasbourg  après  la 
retraite  de  Capiton.  Il  succéda  à  cet 
habile  professeur  dans  la  chaire  d'hé- 
breu ,  et  développa  une  connaissance 
si  parfaite  de  cette  langue  ;lès  ses  pre- 
mières leçons,  qu'il  acquit  en  peu  de 
temps  une  assez  grande  réputation.  Il 
retourna  à  Isny  ,  vers  i557,  pour  y 
remplir  les  fonctions  de  ministre  du  S. 
Evangile.  Le  traitement  qu'on  lui  accor- 
da en  cette  qualité  n'était  pas  suffisant 
pour  le  faire  subsister  avec  sa  famille;  et 
il  était  sur  le  point  de  demander 
Ifaite,  lorsqu'un  magistrat,  nommé 
Pierre  BuJfler,lui  offrit  de  faire  les  fonds 
pour  l'établissement  d'une  imprime- 
rie, s'il  voulait  en  prendre  la  direc- 
tion. Fagius  accepta  avec  reeonnais- 
ir  d'Italie  le  célèbre 
rabbin  Elias  Levita,  et  commença  à 
imprimer  des  ouvrages  qui,   en  ac- 


FAG 

croissant  sa  réputation ,  contribuaient 
à  étendre  en  Allemagne  le  goût  des 
langues    orientales.  Fagins   revint  à 
Strasbourg,    vers  la  fin   de  l'année 
1 54'2  ,  pour  les  affaires  de  sa  commu- 
nion ;    il   visita    ensuite   Marbourg , 
Heidelberg;  et,    à   la  sollicitation  de 
Th.  Cranmer,  archevêque  de  Cantor- 
bery,  il  passa  en  Angleterre  avec  Mar- 
tin Bucer,  au  mois  d'avril  i549«  ^es 
deux  ministres,  après  s'être  reposés 
quelque  temps  de  leurs  fatigues,   fu- 
rent envoyés  à  Cambridge  pour  y  pro- 
fesser la  théologie.  Fagius  fut  à  peine 
arrivé  dans   cette  ville,   qu'il  tomba 
malade,  et  mourut  le  ta  novembre 
i549,  àl'âg*  de  quarante-cinq  ans. 
Son  corps  fut  déterré  huit  ans  après  , 
et  brûlé  publiquement  par  ordre  de  la 
reine  Marie  :  sa  mémoire  fut  réhabi- 
litée sous  le  règne  suivant.  Fagius  a 
•composé  plusieurs  ouvrages  de  gram- 
maire et  de  critique  ,   et  en  a  traduit 
quelques   autres  de  l'hébreu.  On   se 
contentera  de  citer  les  principaux-  I. 
Metayhrasis  et  enarralio  perpelua 
epistolœ   D.    Failli  ad    Romanos , 
Strasbourg,  i536,  in-fol.  IL  P/rsAo- 
avol,  seu  sententiœveterum  sapien- 
lum    hebrœorum    quas    apophteg- 
mata    Patrum    nominant  ,     Isny, 
1 54  r  7  in~4°.  ;  très-rare.  111.  Expo- 
sitio  litteralis  in  IV  priora  capita 
geneseos ,  cui  accessit  textûs  hebraïci 
et  paraphraseos  chaldaïcœ  collalio, 
ibid.,  l54i,  in-4°.?  réimprimée  dans 
les    Critici  sacri.    IV.  Precationes 
hebraïcce ,  ex  libello  hebraico  ex- 
cerptœ  cui  nomen  :  Liber fidei,  ibid., 
i54'2,  in-8*.  V.    Tobias  hebraicus 
inlatinum  translates ,  ibid.,  i54^, 
in-4 ".  VI.  Ben  Syrae  sententiœ  mo- 
rales cum  succincto  commentario, 
ibid.,  i54'2,  iu-4°.  VII.  Isagoge  in 
linguam   hebraicam  ,    Constance  , 
i545,  in-4"  VIII.  Brèves  annota- 
tiones  in  Targum,  seu  paraphrasis 
xiv. 


FAG  97 

chalâàica  Onkeli  in  Pentateuchum , 
Isny ,  1 546 ,  in-foî. ,  réimprimé  dans 
les  Critici  sacri.  IX.  Opusculum  he- 
braïeum  Thisbites  inscriptum  ab 
J^lid  Levità  elaboratum,  latinitate 
donatum ,  Isny,  1 54 1  ,  in-4°.;  nou- 
velle édition  ,  Baie  ,  i55^  ,  in-4°.  X. 
Translationum  prœcipuarum  Vete- 
ris  Testamenti  inter  se  varianiium 
collatio .  réimprimé  dans  les  Critici 
sacri.  On  peut  consulter,  pour  plus 
de  détails,  la  Bibliolheca  Viror.  il- 
lust. ,  de  Boissard;  le  petit  Traité  De 
eximiis  Suevorum  in  orientaient  lit- 
teraturam  meritis ,  g.  VII,  inséré 
dans  les  Amœnitates  de  Schelhorn  , 
tom.  XIII,  et  surfout  l'ouvrage  inti- 
tulé :  De  vitd,  obitu,  combuslione  et 
restitutione  Martini  Buceri  et  Pauli 
Fagii ,  Strasbourg,  1662,  iu-8°. 
W— s. 

FAGIUS  (  Jean-Nicolas  ).  Voj: 
Fait. 

FAGNAN  (  Marie-Antoinette  , 
dame  )  née  à  Paris  ,  dans  le  1 8e.  siè- 
cle, semble  avoir  cultivé  les  lettres 
plus  par  délassement  que  par  le  désir 
de  la  réputation.  L'obscurité  dont  elle 
s'est  constamment  environnée  ,  a 
rendu  infructueuses  toutes  les  recher- 
ches qu'on  a  faites  sur  sa  personne, 
et  on  ignore  même  l'époque  de  sa 
mort,  que  quelques  biographes  pla- 
cent vers  Tannée  1770.  Les  ouvrages 
connus  de  Wn".  Fagnan  sont  :  \.  Mi- 
net bleu  et  Louvelle;  celte  féerie, 
écrite  d'un  style  agréable ,  fut  d'abord 
imprimée  dans  le  Mercure  de  France. 
L'abbé  de  la  Porte  l'inséra  ensuite 
dans  la  Bibliothèque  des  fées  et  des 
génies,  1760';  elle  a  été  réimprimée 
dans  le  Cabinet  des  fées,  X.  XXXV, 
et  encore  dans  les  Contes  merveilleux. 
1 8 1 4  ?  4  vol.  in- 1 2.  Le  b utile  ce  pe- 
tit conte  est  de  prouver  qu'avec  un 
bon  cœur  on  ne  peut  jamais  être  véri- 
tablement laide.  Le  choix  d'un  pareil 

7 


9* 


FAG 


sujet, pour  son  début,  laisse  croire  que 
Mme.  Façnan  n'était  pas  bien  pourvue 
des  charmes  de  la  figure.  II.  Kanor, 
conte  traduit  du  sauvage  ,  Am.siml.in 
(  Paris  \  i  750 ,  in- 1 2.  III.  Le  miroir 
des  princesses  orientales ,  Paris , 
j-j55,  iu-i'2.  Les  idées  de  ces  deux 
contes  sont  eominunes,  la  marche  en 
est  embarrassée;  aussi  n'eun  nt  -  ils 
pas  le  même  succès  que  le  premier. 
IV.  Histoire  et  aventures  demilord 
Pet,  La  Haye  (Pans)  1755111-12; 
plaisanterie  de  mauvais  ton  ,  suis  en 
être  plus  piquante,  et  qui  eut  peu  de 
succès.  W — s. 

FAGNANI  (Jean-Marc),  noble 
Milanais  »é sur  L  tin  de  l'année  1 5^4, 
cultiva  les  belles-lettres  et  la  poésie 
avec  quelque  succès.  Cependant  il  ré- 
sista long-tunps  aux  sollicitations  de 
ses  amis  qui  l'engageaient  à  publier 
quelques-unes  de  ses  productions.  H 
était  âgé  de  quatre-vingts  ans  lorsqu'il 
consentit  enfin  à  laisser  imprimer  un 
de  ses  ouvrages  ,  sans  doute  celui  qu'il 
regardait  comme  le  meilleur,  et  on  ne 
l'accusera  pas  de  s'être  pressé  de  faire 
un  choix  ;  c'est  un  pt.cmc  latiu  intitulé  : 
De  bello  ariano.  L'auteur  y  décrit  la 
guerre  que,  suivant  une  tradition  po- 
puraire,  S.  Ambroise  eut  à  soutenir 
contre  les  ariens  de  son  diocèse.  Ce 
poème,  très  rare  en  France,  est 
cité  avec  éloge  par  Argelati  et  Tira- 
boschi.  Jean  -  Marc  Fagnaui  momut 
au  commencement  de  l'année  1609: 
son  oraison  funèbre  fut  prononcée 
par  Pozznbonelli.  Aquilino  Coppini 
parle  de  quelques  autres  pocsieN  du 
im'ine  auteur,  qui  n'ont  point  été 
imprimées. —  Raphaël  1  ag.nani  ,  pa- 
rent du  précèdent  ,  moi  l  en  1*327,  a 
P Histoire  desplus  illustres  fa- 
milles de  Milan,  S  fol.  m  -  folio  , 
manuscrit  conservé  dans  la  biblio- 
ihi  lue  des  avocats  de  cette  ville. 
W— * 


FAG 

FAGNANI  (  Prosper  ) ,  canoniste 
long  -temps  renommé  ,  fut  pendant 
quinze  ans  à  Rome  le  secrétaire  de 
diverses  congrégations.  On  le  con- 
sultait comme  un  oracle  ;  il  entreprit , 
par  l'ordre  d'Alexandre  VII,  un  long 
Commentaire  latin  sur  les  Décréta- 
is ,  publié  à  Rome,  en  1661 ,  5  vol. 
in-folio,  et  réimprimé  à  Venise  en 
1697.  La  pi emièie  édition,  qu'il  avait 
soignée  lui-même,  est  la  plus  esti- 
mée :  la  table  de  cet  ouvrage  passe 
pour  un  chef-d'œuvre.  Fagnani  fut 
aveugle  pendant  vingt-huit  ans,  et  ne 
travailla  qu'avec  les  secours  d'autrui. 
Il  comprit  dans  son  ouvrage  ce  que 
les  anciens  avaient  dit  de  meilleur, 
ainsi  que  le  Droit  nouveau  que  les 
Constitutions  des  papes  avaient  intro- 
duit. Il  mourut  en  1678,  à  l'âge  de 
quatre  ungts  ans.  B  — 1. 

F  A  G  N  A  N  0  (Le  comte  Jules- 
de  Charles  de),  marquis  de  Toschi  et 
deSt.Onorio,  né  à  Sinigagiiaen  1690, 
et  mort  vers  l'an  1760,  est  un  des 
géomètres  distingués  que  l'Italie  a 
produits.  Nous  n'avons  pu  recueillir 
le  moindre  détail  sur  sa  vie.  On  sait 
seulement  que,  vers  Tan  1719,  il 
donna,  dans  les  journaux  italiens  et 
dans  les  actes  de  Leipzig  ,  plusieurs 
Mémoires  sur  des  prob'êmes  de  géo- 
métrie et  d'analyse  transcendante.  Il 
a  réuni  ces  pièces  à  plusieurs  autres  , 
qui  n'avaient  point  encore  vu  le  jour, 
et  a  publié  le  tout  sous  ee  titre  :  Pro- 
duzioni  malemaliche ,  Pise,  1750, 
2  vol.  in-4  .  Le  premier  volume  con- 
tient une  Théorie  générale,  très  dé- 
taillée et  peut-être  trop  longue,  des 
Proportions  géométriques  ;  le  second 
offre  d'abord  un  Traite  des  Diverses 
propriétés  des  Triangles  rectilignes, 
et  ensuite  plusieurs  pièces  relatives 
Mil  propriétés  et  à  quelques  usages 
de  L  courbe  appelée  Lemniscate.  Ce 
iceoud  volume  est  iutcicssaut  par  les 


FAG 

résultats  curieux  et  remarquables  que 
Ton  y  trouve.  Il  paraît  que  la  Lem- 
niscate  était  la  courbe  favorite  de 
Fagnano  :  il  l'a  retournée  dans  tous 
les  sens,  et  en  a  même  fait  graver  la 
figure  sur  le  frontispice  de  son  livre. 
—  Fagnano  eut  un  fils  (Jean-François 
de  Fagnano  de  Toschi),  qui  fut 
archidiacre  de  Sinigaglia,  et  qui  ai- 
mait aussi  beaucoup  les  mathéma- 
tiques; les  journaux  de  Leipzig,  par- 
ticulièrement ceux  des  années  1 774? 
1775  et  1776,  contiennent  divers 
Mémoires  de  lui  sur  la  géométrie  et 
l'analyse.  N — t. 

FaGNIER.  V.  Viaixnes. 

FAGON  (Gui-Crescent),  naquit 
le  11  mai  i658,  dans  le  jardin  des 
plautes  de  Paris ,  dont  Gui  de  la  Brosse, 
sou  oncle ,  était  fondateur  et  intendant. 
Les  premiers  objets  qui  s'offrirent  à 
ses  yeux  furent  des  plantes,  dit  Fon- 
tenelle  ;  les  premiers  mots  qu'il  bé- 
gaya furent  des  noms  de  plantes;  la 
langue  de  la  botanique  fut  sa  langue 
maternelle.  Apres  la  mort  de  son  père , 
commissaire  des  guerres ,  qui  pordit 
la  vie  sous  les  murs  de  Barcelone ,  en 
1649  >  Ie  jeune  Fagon  ,  placé  au  col- 
lège de  Ste.-Barbe  ,  y  fit  d'excellentes 
études.  La  médecine  devint  ensuite 
l'objet  spécial  de  ses  travaux.  La  plu- 
part des  thèses  qu'il  soutint  présentent 
un  vif  intérêt.  Dans  l'une  ,  il  examine 
s'il  existe  réellement  une  génération 
spontanée  des  animaux  et  des  végé- 
taux; dans  l'autre  ,  il  préconise  la 
diète  lactée  comme  le  meilleur  moyen 
thérapeutique  du  rhumatisme  et  de  la 
goutte  ;  mais  il  se  distingua  surtout  en 
défendant,  avec  une  rare  sagacité,  la 
circulation  du  sang  ,  qui  n'était  encore 
regardée  que  comme  une  hypothèse 
ingénieuse.  Sa  dissertation  :  An  à  san- 
guine impulsum  cor  salit  (  i665)  ? 
fut  présidée  par  Nicolas  Bonvarlet.  A 
peine  reçu  docteur,  Fagon  obtint  la 


V  A  Cr  99 

chaire  de  botafliflue  et  cèîîe  de  chimie 
au  jardin  des  plantes.  Ce  jardin,  dont 
la  surintendance  était  confiée  au  pre- 
mier médecin  du  roi ,  avait  été  singu- 
lièrement négligé  par  Cousinotet  Vau- 
tier.  L'archiâtreVallotse  montra  aussi 
zélé  que  ses  prédécesseurs  avaient  été 
insouciants.  11  fut  puissamment  se- 
condé par  Fagon,  qui  fit  des  excur- 
sions botaniques  en  Auvergne ,  en 
Languedoc,  en  Provence,  sur  les  Al- 
pes, les  Pyrénées,  les  Gévennes  et  les 
bords  de  ia  mer,  où  il  recueillit  une 
abondante  moisson.  Le  Catalogue  pu- 
blié eu  1 665  ,  sous  le  titre  de  HorUis 
retins  ,  est  précédé  d'un  petit  poëmc 
qui  ne  manque  pas  d'élégance.  Fagon 
devint,  en  1680  ,  premier  médecin 
de  madame  la  dauphine  ,  puis  de  la 
reine,  enfin  de  Louis  XI V  en  1695. 
lievêtu  de  ces  dignités ,  il  fut  nommé 
en  1699,  membre  honoraire  de  l'aca- 
démie des  sciences.  On  voit  à  regret 
qu'd  n'enrichit  point  les  mémoires  de 
cette  compagnie  célèbre;  et  la  répu- 
blique littéraire  ne  pos  ède  pas  de-  lui 
un  seul  ouvrage;  car  ce  nom  ne  peut 
être  donné  à  une  mince  brochure  in- 
titulée :  Les  admirables  qualités  du 
Quinquina,  confirmées  par  plusieurs 
expériences  ,  avec  la  manière  de 
s'en  servir  dans  toutes  les  fièvres  , 
pour  toute  sorte  d'âge ,  Paris,  1705, 
in- 12  ,  ni  à  diverses  thèses  sur  l'effi- 
cacité de  l'eau  panée ,  sur  l'utilité  du 
café  pour  les  gens  de  lettres,  sur  les* 
inconvénients  du  tabac,  etc.;  thèses 
que  peuvent  réclamer  les  candidats 
qui  les  pnt  défendues.  On  se  trompe- 
rait cependant  si  l'on  juge.ùt  que  la 
carrière  de  Fagon  fut  stérile.  Tous  les 
moments  dont  ses  emplois  lui  permi- 
rent de  disposer,  il  les  consacra  soit 
à  l'exercice  gratuit  de  sa  profession  , 
soit  à  des  actes  de  justice  et  de  bienfai- 
sance ,  qui  ne  peuvent  c'tre  assez 
loués,  pareequ'ils  sont  excessivement 

7- 


I. 


ioo  FAG 

rares.  Fagon,  transporte  à  la  cour, 
étonna  ,  scandalisa ,  par  des  vertus 
qui  semblent  proscrites  de  ce  séjour 
de  corruption.  Il  diminua  considéra- 
blement Jcs  revenus  de  sa  charge;  il 
abolit  les  tributs  établis  sur  les  nomi- 
nations aux  chaires  de  professeur  dans 
les  différentes  universités  ,  et  sur  les 
intendances  des  eaux  minérales  du 
royaume  j  il  restreignit  autant  que 
cela  lui  fut  possible,  et  regretta  de  ne 
pouvoir  anéantir  la  vénalité  des  places. 
11  fit  supprimer  la  chambre  royale  des 
universités  provinciales  ,  confirma  , 
étendit  même  les  droits  de  la  faculté 
de  médecine  de  Paris,  et  poursuivit 
avec  une  louable  sévérité  les  medi- 
castres,  les  empiriques,  les  charla- 
tans, qui,  de  nos  jours,  pratiquent 
impunément  leur  art  homicide,  et  dis- 
tribuent sans  crainte  leurs  poisons. 
Un  des  plus  beaux  titres  de  gloire 
pour  Fagon  est ,  sans  contredit ,  d'a- 
voir non-seulement  estimé,  admiré, 
mais  recherché  et  protégé  avec  une 
sorte  de  passion,  les  savants  et  les  ar- 
tistes. Ce  fut  par  ses  soins,  et  sur  sa 
recommandation  ,  que  Louis  XIV  en- 
voya Plumier  en  Amérique ,  Feuillée 
au  Pérou  ,  Lippi  en  Egypte,  Tournc- 
iort  eu  Asie.  Fagon  donna  surtout  à 
ce  dernier  les  témoignages  les  plus 
éclalauts  d'une  haute  considération  : 
il  l'appela  d'Aix  à  Paris ,  et  lui  pro- 
cura la  chaire  de  botanique  au  jardin 
du  roi.  Le  célèbre  natuialistc  proven- 
çal témoigna  dignement  sa  reconnais- 
sance à  son  MivriK',  en  lui  consacrant 
sous  le  nom  de  Fagnnia  ,  uo  genre  de 
plantes  rosacées  de  la  famille  des  Ru- 
I,  de  Jussieu  et  de  Ventcnat), 
dont  la  plupart  des  espèces  sont  origi- 
naires du  Levant.  Fagon  était  d'une 
constitution  très  délicate  ,  fatigué  par 
un  asthme  violent,  et  tourmenté  par 
la  pierre ,  dont  il  fut  opéré  en  I 
par  l'habile  chirurgien  Marcs  chai.  11 


FAH 

parvint  cependant,  à  l'aide  d'une  con- 
duite régulière,  d'une  sobriété  cons- 
tante et  scrupulense  ,  jusqu'à  l'âge  de 
près  de  quatre-vingts  ans  ;  il  mourut 
le  1 1  mars  1718.  Son  éloge  est  inséré 
parmi  ceux  des  académiciens ,  par 
Fontenelle,  et  beaucoup  plus  détaillé 
dans  la  Notice  des  hommes  les  plus 
célèbres  de  la  Faculté  de  Médecine, 
par  J.  A.  Hazon.  C. 

FAHLENIUS  (Eric),  né  en 
Suède,  dans  la  province  de  Vestma- 
nie ,  devint,  en  1701,  professeur 
des  langues  orientales  à  Pernau  ,  en 
Livonie.  Lorsque  ce  pays  eut  été  oc- 
cupé par  les  Russes,  il  retourna  en 
Suède.  On  a  de  lui  :  I.  Disp.  duo 
priora  capita  ex  comment.  R.  Isaaci 
Abarbanelis  in  prophetam  Jonam 
in  linguam  lat.  translata  ,  1696.  IL 
Disp.  historiam  Alcorani  et  frau- 
dem  Mahumedis  sistens ,  1679,  III. 
De  triplici  Judœorum  libros  sacros 
commentandi  ratione,  eorumdemque 
scriptorum  usu  et  ulilitale  in  scholis 
christianorum ,  1701.  —  Un  autre 
Suédois,  nommé  Jouas  Fahlenius,  fut 
cvèque  d'Abo,  où  il  mourut  en  1  -  jtt , 
laissant  quelques  Dissertations  latines. 

C AU. 

FAHRENHEIT  (Gabriel  Daniel), 

habile  physicien  et  artiste  ingénieux , 
naquit  à  Dantzig  ,  vers  la  fin  du  1  7°. 
siècle.  Son  père  le  destinait  à  suivre  !e 
commerce,  mais  son  goût  le  portait  à 
l'étude  des  sciences,  et  le  succès  de 
quelques  instruments  qu'il  exécuta 
avec  d'utiles  rectifications  détermina 
son  penchant  pour  la  physique.  11 
»ea  dans  les  différentes  parties  de 
L'Allemagne  pour  accroître  -es  con- 
nues par  la  fréquentation  <\c$  sa- 
vants; s'établit  ensuite  en  Hollande  où 
il  acquit  l'amitié  des  hommes  les  plus 
distingués  ,  entr'autres  de  l'illustre 
;t  en  1 7  [odani 
uu  âge  peu  avancé,  il  avait  entreprit 


FAH 

une  machine  pour  le  dessèchement  des 
terreins  sujets   aux  inondations  ,  et 
avait  obtenu  des  états  de  Hollande  un 
privilège  pour  l'exécution.  En  mou- 
rant ,  il  pria  'sGravesande  de  termi- 
ner cette  machine  au  profit  de  ses  hé- 
ritiers. 'sGravesande  y  fit  des  change- 
ments qu'il  jugeait  propres  à  en  ren- 
dre le  jeu  plus  prompt;  mais,  à  la 
première  expérience,  elle  se  dérangea 
et   fut  abandonnée.    Fahrenheit   est 
principalement  connu  par  les  aréomè- 
tres et  les  thermomètres  de  son  inven- 
tion.  «  L'aréomètre  de  Fahrenheit, 
»  dit  M.  Libes  (  Diction,  de  physi- 
»  que),  offie  l'avantage  d'operer  sur 
»  des  volumes    égaux  de  différents 
v  fluides,  et  conséquemment  de  faire 
»  connaître  le  rapportexact  qui  existe 
»  entre  leurs  pesanteurs  spécifiques. 
»  Les  physiciens  anglais,  dit  le  même 
»  auteur,   préfèrent  au  thermomètre 
»  de  Réauraur  celui  de  Fahrenheit , 
»  qui  est  à  mercure,  et  qui  a  pour  li- 
»  mites  de  l'échelle  les  degrés  qui  ré- 
»  pondent  l'un  à  la  chaleur  de  l'eau 
»  bouillante,  l'autre  à  la  congélation 
»  déterminée  par  le  muriate  d'ammo- 
»  niaque.  La  distance  qui  sépare  les 
»  deux   limites  est  divisée  en  deux 
»  cent  douze  parties  égales;   d'où  il 
»  résulte  que  le  trente-deuxième  de- 
»  gré  coïncide  avec  le  zéro  du  ther- 
»  momètre   français,    ce  qui   donne 
»  cent  quatre-vingts  degrés  depuis  le 
»  même  terme  jusqu'à  celui  de  l'eau 
»  bouillante.  Neuf  degrés  du  thermo- 
»  mètre    de    Fahrenheit   en    valent 
»  quatre  du  thermomètre  de  Réaumur 
»  divisé  en  quatre-vingts  parties  ,  et 
»  cinq  degrés  du  thermomètre  centi- 
»  grade.  »    On  attribue  à  Fahrenheit 
une  Dissertation  sur  les  thermomè- 
tres, 1 724  ?  et  ou  trouve  de  lui ,  dans 
les  Transactions  philosophiques  de  la 
même  année,  cinq  Mémoires  sur  le 
degré  de  chaleur  de  divers  liquides 


f 
FAI  "toi 

en  état  d'ébullition ,  sur  la  congéla- 
tion de  Veau  dans  le  [vide ,  sur 
les  gravités  spécifiques  dje  différents 
corps,  sur  un  nouveau*baromètref 
et  sur  un  Aréomètre  dèjiouvelle  in- 
vention; on  les  trouve*aussi,  en  la- 
tin ,  dans  les  Acta  eruditorum.  de 
Leipzig.  W  — s. 

FA1EL,  ou  FAYEL.  V,  COUCY 
(  Raoul  ou  Renaud  de  ). 

FAI  GINET  (  Joachim  ),  né  à  Mont- 
contour  en  Bretagne,  au  mois  d'oc- 
bre  1700,  tre'sorier  au  bureau  de 
Chàlons,  fut,  sinon  l'un  des  créa- 
teurs en  France  de  la  science  de  l'é- 
conomie politique ,  du  moins  l'un  de 
ceux  qui  en  propagèrent  les  principes, 
et  en  firent  ressortir  les  avantages 
avec  le  plus  de  zèle  et  de  constance. 
Les  différents  ouvrages  qu'il  a  publiés, 
intéressants  par  le  sujet,  mais  rédigés 
avec  trop  peu  de  méthode  et  de  soin, 
n'eurent  que  peu  de  succès  lors  de 
leur  publication,  et  sont  depuis  long- 
temps oubliés.  On  y  trouve  cependant 
des  vues  utiles,  et  qui  auraient  pu 
être  mises  en  pratique.  Faignet  a 
fourni  plusieurs  articles  à  l'Encyclopé- 
die (entre  autres  l'art.  Dimanche), tt 
des  morceaux  de  littérature  aux  Jour- 
naux du  temps.  Ce  citoyen  modeste 
et  laborieux  mourut  vers  1  780,  dar.s 
un  âge  avancé.  On  a  de  lui  :  1.  V Eco- 
nome politique ,  projet  pour  enri- 
chir et  perfectionner  l'espèce  hu- 
maine,  Paris,  1763,  in-i'2.  Quel- 
ques catalogues  en  annoncent  une 
nouvelle  édition,  sous  ce  titre:  VAmi 
des  pauvres  ou  projet,  etc. ,  Londres, 
1767,  in- 12.  11.  Mémoires  politi- 
ques sur  les  finances ,  1  ^()5  ,  in- 12. 

III.  Entretien  de  nos  troupes  à  la 
décharge  de  VEtat x  1769,   in*  12. 

IV.  La  légitimité  de  l'usure  réduits 
à  V intérêt  légal ,  1 7  jo ,  in- 1 'i . 

W— s. 
F  AIL  (  Noël  du  ).  Voy.  Dufail. 


io2  FAI 

FAILLE  (Jean  Charles  de  la  ), 
jésuite,  ne  à  Anvers,  en  1597,  mt 
admis  dans  la  société,  à  l'âge  de  16 
ans,  et  professa  ensuite  les  mathé- 
matiques ,  avec  une  grande  réputa- 
tion ,  à  Dole  et  a  Louvain.  Il  fut 
nommé  à  la  chaire  de  cette  science, 
au  coilege  royal  de  Madrid,  lors  de 
sa  fondation  ,  et.  quelque  temps  après, 
fut  appelé  à  la  cour.,  pour  donner  des 
leçons  à  l'infant  don  Juan  d'Autriche. 
La  conversation  et  les  manières  du 
savant  religieux  plurent  tellement  au 
jeune  prince,  qu'il  ne  voulut  plus 
s'en  séparer.  11  accompagna  donc  son 
auguste  élève  dans  ses  vovages  eu 
Catalogne,  en  Sicile,  et  à  Naplcs.  Il 
mourut  à  Barcelone  ,  le  4  novembre 
i65i.  Don  Juan  lui  lit  f  ùre  de  ma- 
gnifiques obsèques,  et  ordonna  qu'on 
plaçât  sur  son  tombeau  une  épitaphe 
qui  exprimât  ses  regrets  de  l'avoir 
perdu.  On  a  de  La  Faille  :  I.  Thèses 
înechmicce ,  Dole ,  \iri5.  II.  Tlieo- 
remala  de  centra  gravitatis  parlium 
cireuh  et  ellipsis  ,  Anvers,  i03a , 
in-4  .  «  Ce  géomètre,  digne  d'éloges, 
dit  Munlm  gne,  à  la  vérité, 

d'une  manière  fort  prolixe  etembar- 
jassée,  les  centres  de  gravité  des  dif- 
férentes parties  tant  du  cercle  que  de 
l'ellipse;  il  y  fait  surtout  voir  la  liai- 
son qui  existe  entre  cette  détermina- 
tion et  celle  de  l,i  quadrature  de  ces 
courbes,  ou  leur  recuûcalion,  et 
comment  l'une  des  deux  et mt  don- 
née, L'autre  l'es|  aussi  nécessaire- 
jnent-  »  un  doit  remarquer  que  l'ou- 
vrage de  La  Faille  a  précédé  celui  de 
communé- 
ment comme  l'auteur  de  la  théorie  de 
la  gravitation.  W  — l. 

\li.LK  (  Germain  et  non  pas 
Yii  m  istorien,  né 

à  C  ,  eu    ibiti ,  ni 

1   !  101 1  à  l'université  de  Tou- 
louse}  et  fu> ensuite  pourvu  de  la 


FAI 

charge  d'avocat  du  roi  au  présidial 
de  sa  patrie.  Il  se  défît  de  cet  emploi 
en  i(>55,  pour  se  fixer  à  Toulouse, 
où  il  venait  d'être  élu  syndic.  Ce  qui 
le  détermina,  fut  l'espoir  de  trouver 
plus  de  moyens  de  suivre  son  goût 
pour  l'étude ,  dans  une  ville  où  les 
lettres  étaient  depuis  long-temps  en 
honneur.  Lorsqu'il  eut  fait  connaître 
son  projet  d'écrire  Uis  annales  de  Tou- 
louse, il  obtint  l'entrée  de  tous  les 
dépôts ,  et  on  s'empressa  de  lui  adres- 
ser de  toutes  parts  les  documents  qui 
pouvaient  loi  être  utiles.  Les  magis- 
trats, après  avoir  lu  son  ouvrage, 
décidèrent  que  l'impression  eu  serait 
faite  aux  frais  même  de  la  ville  ,  et 
lui  donnèrent  d'autres  marques  de 
leur  satisfaction. Pendantson  troisième 
capitoulat ,  La  Faille  engagea  ses  con- 
frères à  faire  placer  dans  une  des 
salies  de  l'hôtel  de  ville  les  bustes  en 
marbre  des  trente  plus  illustres  Tou- 
lousains; et  on  lui  laissa  le  soin  d'en 
surveiller  l'exécution,  il  fut  nommé 
secrétaire  perpétuel  de  l'académie  des 
Jeux  floraux,  en  i6i)\  ,  et  il  remplit 
cette  place  avec  distinction,  malgré 
son  grand  âge,  jusqu'à  sa  mort ,  arri- 
vée le  \i  novembre  1711.  11  était 
alors  dans  sa  96 ".  année.  On  a  de  lui  : 
I.  Les  Annales  de  la  ville  de  Tou- 
louse (de  1  .\~j\  à  1610  ),  premiers 
partie,  1687;  a*,  partie,  1701,  1 
vol.  in-fo!.  Le  style,  dit  Lcgendre,  en 
est  vif  et  concis  ;  mais  peu  correct. 
On  y  trouve  un  grand  nombre  de 
1  urieux,  La  Faille,  isvitéà  don- 
ner la  continuation  de  cet  ouvrage  , 
répondit  que  son  amour  pour  L 
rite  ne  lui  permettant  pas  de  la 
trahir, il  croyait  prudent  de  ne  pai 
aller  plus  loin.  Durosoy  ,  le  dernier 
aunaliste  de  Toulouse,  1  beaucoup 
profité  des  recherches  de  son  prede* 
ir.  IL  Traite  de  la  noblesse 
des    Capiiouls ,    Toulouse,   1OO7, 


FArl 

167D,  Z".  édition  augmentée,  1 707 , 
in-4'.,  La  Faille  entreprit  cet  ou- 
vrage, pour  prévenir  les  atteintes  que 
les  commissaires  chargés  de  la  recher- 
che des  faux  nobles,  auraient  pu  por- 
ter au*  privilèges  du  capitulât  III. 
Lettre  sur  Pierre  Goudelin,  im- 
primée à  la  tête  des  poésies  de  cet 
auteur,  Toulouse,  i678,in-i'2:  et 
dans  le  Recueil  des  poètes  gascons  , 
Amsterdam,  1700,  in-8".  IV.  Des 
Discours  et  des  Pièces  de  vers  dans 
le  Recueil  des  Jeux  Floraux.  M. 
Barbier  attribue  à  La  Faille  la  Tra- 
duction du  Traité  de  Nicole,  de  la 
Beauté,  des  Ouvrages  d'esprit ,  et 
■particulièrement  de  l'Epigramme , 
imprimée  avec  le  Recueil  des  plus 
beaux  endroits  de  Martial,  trad. 
par  Pierre  Costar ,  Toulouse  ,  1 689 , 
2  vol.  in- 11.  W — s. 

FAILLE  (  Clément  de  la  ),  na- 
turaliste, né  à  la  KocheHe,  dans  le 
18e.  siècle,  étudia  d'abord  le  droit, 
et  se  fit  recevoir  avocat  au  parement 
de  Toulouse.  Il  fut  ensuite  nommé 
contrôli'ur  des  guerres,  et  profita  des 
loisirs  que  lui  donnait  cette  place  , 
afin  de  se  livrer  à  son  goût  pour  les 
sciences  naturelles  et  les  expériences 
d'abri  ulture.  Il  était  en  correspon- 
dance avec  D.zallier  d'Argen ville  , 
Alléou  Dulac  et  d'autres  savants.  La 
société  d'agriculture  de  la  Rochelle  l'a- 
vait élu  son  secrétaire  perpétuel ,  et  il 
était  membre  de  celles  de  Rennes, 
Lyon  ,  Tours ,  Berne ,  et  de  l'académie 
d'Ang>bourg.  i,  avait  composé  plu- 
sieurs ouvrages  dont  la  publication 
lui  aurait  assuré  une  place  distin- 
guée parmi  les  naturalistes  français; 
mais  la  modicité  de  sa  fortune  ne  lui 
permit  p,-is  de  faire  les  fr  ùs  des  gra- 
vures dont  ils  devaient  être  ornés,  et 
il  ne  put  trouver  aucun  libraire  qui 
voulut  s'ei.  charger,  à  une  époque  où 
te  guût  de  l'histoire  naturelle  était  eu-^ 


FAI 


io5 


corc  très  peu  répandu  en  France.  On 
ignore  l'époque  précise  de  la  mort  de 
ce  savant  modeste  ;  mais,  d'après  les 
probabilités,  on  croit  pouvoir  la  placer 
vers  1770.  On  a  de  lui  :  I.  Conchy- 
liographie ,  ou    Traité  général  des 
coquillages   de  mer  ,    de  terre   et 
d'eau  douce  du  pays  d'Aunis,  in- 
4°.,  tig.  -,  manuscrit.  On  en  a  extrait 
la  Dissersation  sur  la  pholade  ou 
Dail,  imprimée  dans  le  tome  1  il  des 
Mémoires  de  l'académie  de  la  Ro- 
chelle; et  une  autre  Dissertation  sur 
les  différentes  espèces  d' huîtres  des 
côtes  de  la  Rochelle,  imprimée  par 
extrait  dans  le  Mercure  de  France , 
septembre,    1  -7 5 1 ,  et  dans  les  Mé- 
langes d'histoire  naturelle  d'Alléon 
Dulac.  IL  Mémoire  sur  les  pierres 
figurées  du  pays  d' .tunis ,  avec  la 
description  d'un  alphabet  lapidifi- 
que,  pour  servir  à  l'histoire  natu- 
relle de  cette  province  ,  iu-4". ,  fig. , 
manuscrit.  On  trouve   un  extrait  de 
cet  ouvrage  dans  le  Mercure  .  octo- 
bre ,    1  754  ,  et  dans  les  Mélanges 
d'Alléon  Dulac.  III.  Mémoire  sur  les 
pétrifications  des  environs  de  la  Ro- 
chelle,  imprimé  dans  l' Oryctologie 
d'Argenville.   IV.  Mémoire  sur  les 
moyens  de  multiplier  aisément  les 
fumiers  dans  le  pays  d1  A unis  ,  la 
Rochelle,    1  76*2  ,   ii\\'i;  réimprimé 
dans  le  Journal  Economique ,  dé- 
cembre, même  année;  V.  Essai  sur 
l'histoire  naturelle  de  la  taupe,  et 
sur  les  différents  moyens  qiCon  peut 
employer  pour  la  détruire ,  la  Ro- 
chelle,  1768,  iu-12,  fig.;  nouvelle 
édition,   17O9  ,  in  8'.  :   ouvrage  es- 
estimé  ,  traduit  en  allemand  pari.  P. 
E,  avec  des  augmentations,  Francfort, 
1778,  in  8.,  fi-.  W— s. 

FAIM  (  Mm  .  Diamante  ),  née 
MeJaglia ,  poète  italienne  du  18e. 
siècle,  vit  le  jour  au  village  de  Sa- 
\allo  }  en  la  vallée  de  Sabbio  dans  le 


io.J  FAI 

Bresçian ,  chez  son  oncle  ,  qui  en  était 
cure,  et  avec  Lequel  son  père  et  sa 
mère  étaient  venus  jouir  des  agré- 
ments île  la  campagne.  Elle  y  testa 
ses  premières  années,  pendant  les- 
quelles elle  commença  à  faire  remar- 
quer les  grâces  et  la  vivacité  de  son 
esprit.  Son  père,  qui  exerçait  la  pro- 
fession de  médecin  daus  la  petite 
ville  de  Castrczato  ,  vint  enfin  pren- 
dre sa  fille  au  sortir  de  l'enfance,  et 
l'emmena  chez  lui,  où  il  lui  enseigna 
lui-même  les  éléments  de  la  langue 
latine  ,  qu'ensuite  elie  cultiva  avec 
succès.  Sans  avoir  d'autres  maîtres 
que  la  lecture  des  auteurs  classiques 
pour  apprendre  l'art  des  vers  ,  elle 
parvint  a  composer,  à  quinze  ans, 
des  sonnets  qui  tirent  l'admiration  des 
connaisseurs.  Lorsque  bientôt  après 
cllesc  rendit  àBrescia,  oùsaréputation 
l'avait  précédée  ,  elle  y  fut  accueillie 
comme  une  merveille  par  tous  ceux  qui 
aimaient  les  muses  ;  et  dès-lors  elle  fit 
de  la  poésie  sa  principale  occupation. 
Ses  vers ,  à  cet  âge  où  la  nature  com- 
mence à  disposer  la  jeunesse  à  l'a- 
mour, n'exprimaient  guère  que  les 
tendres  sentiments  de  son  cœur  ;  mais 
quand  elle  fut  mariée  ,  refilée  à  Salo, 
où  habitait  son  mari,  ses  chants  ces- 
sèrent d'être  amoureux  ,  malgré  ce 
que  cette  ville ,  située  sur  les  bords 
enchanteurs  du  lac  de  Garde,  a  de 
romantique.  Mme.  Failli  composait  des 
sonnets,  des  stances,  des  madrigaux 
sans  amour,  pour  des  noces ,  pour  des 
réceptions  de  docteurs,  même  pourdes 
véturei  religieuses  j  mais  ce  genre  fa- 
dement  louangeur ,  dont  tant  de  be.mx 
esprits  itali  ni  leurs  dél 

finît  par  l'ennuyer  à  tel  point  qu'elle 
jura  d'y  renoncer,  en  consignant  sa 
resolution  dansun  nouveau  MmneL  l><  I 
éditeurs  de  recueil*  poétiques  vin- 
rent alors  mettre  sa  lyre  à  contiibu- 
tiun.  Il  n'arrivait  pas  un  étranger  qui , 


FAI 

visitant  les  bords  charmants  du  lac, 
ne  voulût  la  voir  et  tenir  d'elle  quel- 
qu'une de  ses  nouvelles  productions 
poétiques.  Elle  lut  agrégée  aux  aca- 
démies des  Unanimi  de  Salo ,  des 
Orditiàe  Padouc,  des  Agioti  de  Ho- 
\ credo,  et  des  Arcadi  de  Home.  Ses 
compositions  en  prose  n'étaient  pas 
moins  faciles  et  moins  élégantes  que 
ses  vers  :  un  Recueil  imprimé  de 
plusieurs  de  ses  lettres  familières  , 
et  surtout  une  savante  Dissertation  sur 
les  études  qui  conviennent  aux  dames, 
en  sont  la  preuve.  Ce  qui  paraîtra 
singulier  ,  est  qu'elle  y  cherche  à  dé- 
tourner les  femmes  de  la  poésie ,  vou- 
Icinl  qu'elles  s'occupent  plutôt  de  la 
géométrie  et  des  mathématiques ,  aux- 
quelles elle-même  s'était  adonnée  sous 
la  direction  du  comte  J.  -  B.  Soar- 
di.  Elle  écrivait  aussi  en  latin  et  même 
en  français  avec  une  rare  pureté.  Elle 
possédait  assez  bien  la  science  as- 
tronomique, les  opinions  philosophi- 
ques modernes,  et  même  les  matières 
théoriques,  pour  en  pouvoir  parler 
avec  ceux  qui  en  étaient  le  mieux 
instruits.  Vers  la  fin  de  sa  vie  elle 
ne  lisait  presque  plus  que  les  livres 
saints.  Elle  mourut  à  Salo,  le  i5 
juin  1770.  Ses  amis,  J.-M.  Fontana 
et  Mathias  Butturini ,  firent  sur  sa 
mort  des  Elégies  dans  lesquelles  ils 
lui  donnèrent  de  justes  louanges.  An- 
toine Brognoli ,  patricien  bresçian  , 
qui  a  écrit  et  publié  son  Eloge  à  Brescia 
en  17S5,  d'après  sa  \  ie  imprimée  à 
Salo,  le  termine  en  appliquant  à  ces 
hommages  funéraires  le  mot  d'ilo- 
:  i'cimius  damutmte  vicissim. 
la  s  Œuvrai  de  M",  ràï 
été  imprimées  avec  sa  \n  .  p. 1  Jo- 
seph Pontara.  (» — w. 

FAlBFAXa(  Eoouiu  ,  poète  an- 
glais,  fiis  de  sir  Thomas  Fuii'.ix  de 
Dette»,  dans  ie  comte  dTolk  ,  vivait 
à  la  lin  du  ili".  siècle  et  au  commeu- 


FAI 

cernent  du  17e.  Tandis  que  ses  frères 
signalaient  leur  valeur  dans  les  com- 
bats ,  sa  modestie  et  son  goût  pour 
l'étude  et  pour  la  vie  paisible  le  retin- 
rent dans  son  pays  natal ,  où  il  s'oc- 
cupa de  la  composition  de  divers  ou- 
vrages en  prose  et  en  vers.  Celui  qui 
fonda  sa  réputation  ,  est  le  Gotle- 
froi  de  Bouillon,  traduction  de  la 
Jérusalem  délivrée.  Cette  traduc- 
tion ,  où  l'auteur  s'est  attaché  à  ren- 
dre l'original  vers  pour  vers  ^ce  qu'il 
a  fait  avec  une  exactitude  et  une  fa- 
cilité qu'on  rencontre  rarement  réu- 
nies ) ,  obtint  un  grand  succès  dans 
le  temps  ,  et  a  été  long-temps  fort 
estimée ,  malgré  la  coupe  en  oc- 
taves ,  contraire  au  génie  et  aux  ha- 
bitudes de  la  poésie  anglaise.  Le  roi 
Jacques  mettait  cette  traduction  au- 
dessus  de  tous  les  autres  ouvrages  de 
poésie  anglaise,-  et  Chai  les  1er.,  dans 
sa  prison,  y  trouvait  une  distraction 
au  sentiment  de  ses  malheurs.  La  pre- 
mière édition  du  Godefroy  parut  en 
1600,  Les  autres  ouvrages  de  Fair- 
fax  que  l'on  cite,  sont  des  Eglogues 
ingénieuses ,  dont  une  seule  a  été  im- 
primée (  Mr\  Cooper's  Muse's  li- 
brary ,  1707);  une  Histoire  (en  vers) 
d'Edouard  ,  surnommé  le  Prince 
noir  ;  un  livre  intitulé  :  la  Démono- 
logie,  où  il  parle  de  la  sorcellerie, 
telle  qu'elle  était  en  usage  dans  sa  fa- 
mille ;  des  Lettres  à  Jean  Dorrell , 
prêtre  catholique  ,  enfermé  dans  le 
château  d'Yoïk,  touchant  la  supré- 
matie et  l'infaillibilité  du  pape,  l'ido- 
lâtrie ,  etc.  Rien  de  tout  cela  n'a  été 
imprime.  Il  montre  dans  ses  ouvrages 
de  théologie  un  esprit  de  paix  et  de 
modération,  et  dans  ceux  de  poésie 
un  respect  pour  la  morale,  qui  firent 
dire  ,  à  l'occasion  de  ses  églogucs  : 

Pagina  non  minus  est  quam  tihi  vita  proba. 

Waller  le  reconnaissait  pour  son  maî- 
tre dans  l'art  des  vers;  et  Dryden,  en 


FAI  io5 

le  comparant  à  Spenser,  qui  paraît 
lui  avoir  servi  de  modèle,  donne  là. 
préférence  à  Fairfax ,  sous  le  rapport 
de  l'harmonie.  Il  mourut,  à  ce  que 
l'on  croit ,  vers  1 65'2.  Ce  qui  pourrait 
cependant  faire  douter  de  l'exactitude 
de  cette  date  ,  c'est  que  la  seconde  édi- 
tion de  son  Godefroi  de  Bouillon , 
qui  parut  en  1(324  »  n'a  pas  été  faite 
par  lui.  L'aîné  de  ses  fils,  Guillaume 
Fairfax  ,  a  traduit  du  grec  en  anglais , 
les  Fies  des  anciens  philosophes , 
par  Dio gène  Laerce.  S— d. 

FAIRFAX  (Thomas,  lord),  qui 
joua  en  Angleterre  un  grand  rôle  du- 
rant les  guerres  civiles  du  règne  de 
Charles  1er.,  et  finit  par  être  général 
des  troupes  du  parlement  ,  était  le 
fils  aîné  de  Ferdinand  lord  Fairfax, 
et  de  Marie ,  fille  d'Edmond  Sheffield, 
comte  de  Mulgrave.  Il  uaquit  à  Den- 
ton ,  dans  !a  paroisse  d'Otley  en  York- 
sbire,  au  mois  de  janvier  161 1.  H 
perfectionna  son  éducation  au  collège 
de  Saint  Jean  à  Cambridge,  dont  il 
devint  le  bienfaiteur  sur  la  fin  de 
ses  jours,  et  manifesta  constamment 
de  l'amour  pour  le  savoir,  quoique 
ses  connaissances  ne  fussent  pas  très 
profondes ,  excepté  daus  l'histoire  et 
les  antiquités  de  son  pays.  Doué  d'un 
caractère  martial  ,  il  alla  seivir  en 
Hollande  ,  comme  volontaire  ,  sous 
Horace  lord  Vere  ,  afin  d'apprendre 
le  métier  des  armes.  De  retour  en  An- 
gleterre, il  épousa  la  fille  de  ce  géné- 
ral ,  et  se  retira  dans  la  maison  pater- 
nelle :  ce  fut  dans  cette  retraite  qu'il 
conçut  pour  la  cour  une  aversion  ex- 
trême ;  sentiment  qui  prit  naissance 
en  lui ,  soit  par  les  suggestions  de  sa 
femme,  presbytérienne  zélée  ,  soit  par 
l'exemple  et  les  exhortations  de  son 
propre  père,  qui  devint  un  des  fac- 
tieux les  plus  actifs  et  les  plus  ardents 
contre  la  cause  du  roi.  Aussi  dès  le  pre- 
mier moment  où  ce  prince  essaya  de 


io6  FAI 

lever  à  York  ,  pour  la  garde  de  sa  per- 
sonne ,  no  corps  que  les  habitants  de 
la  province  supposèrent  être  le  noyau 
d'une  armée,  soupçon  qui  fut  vérifié 
par  l'événe nient ,  le  parti  auquel  te- 
nait Fairfax  le  chargea  de  présenter 
une  pétition  à  Charles,  pour  le  sup- 
plier d'écouter  la  voix  de  son  parle- 
ment, et  de  ne  pas  continuer  à  lever 
<\e$  troupes.  Comme  le  roi  cherchait 
à  é\  iter  cette  pétition ,  il  le  suivit  avec 
une  telle  persévérance,  qu'il  finit  par 
la  lui  présenter  en  pleine  campagne, 
sur  le  pommeau  de  la  selle  de  son 
cheval ,  en  présence  de  cent  mille  per- 
sonnes. Peu  de  temps  après,  quand 
la  guerre  civile  éclata ,  le  père  de  Fair- 
fax reçut  du  paremei  f  nue  commis- 
sion de  général  en  chef* dans  le  Nord  , 
et  lui  une  de  général  de  cavalerie.  Ils 
se  distinguèrent  l'un  et  l'autre  dans 
cette  guerre  ,  par  leur  bravoure  ,  leur 
intelligence  et  leur  activité,  notam- 
ment à  la  bataille  de  Marstdon-IMoore 
et  à  la  prise  d'Yoïk.  Thomas  Fairfax 
fut  deux  fois  blessé  1res  grièvement, 
et  courut  souvent  risque  de  la  \ic. 
Ses  exploits  lui  valurent  les  applau- 
dissements de  sou  parti,  et  en  i(V\5  , 
lorsque  le  parlement  jugea  à  piopos 
de  donner  une  nouvelle  firme  à  l'ar- 
mée ,  et  d'ôter  le  eommandement  en 
chef  au  comte  d'Estel ,  cette  assem- 
blée, qui  savait  que  Fairfax  était  un 
presbytérien  zélé ,  l'élut  unanimement 
pour  lui  succéder.  On  lui  adjoignit 
CromweU  avec  le  titre  de  lieutenant- 
général  ;  mais  celui-ci  n'aecepta  le  gra- 
de  inférieur  que  dans  l'intention  d'être 
réellement  1«  maître.  Dès  que  Fair- 
fax, qui  ét.it  dam  le  noid  de  l'An- 
gleterre, eut  Connaissance  des  ordres 
du  parlement,  il  vola  a  Londres,  fut 
présenté  a  U  chambre  des  communes, 

le  kj  février ,  pat  «pâtre  membres, 

et  complimenté  par  l'orateur  qui  lui 
i  finit  sa  commission.  11  eut  le  pouvoir 


FAT 

de  nommer  tous  les  généraux  sous 
ses  ordies,  et  alla  ,  au  mois  d'avril , 
à  Windsor,  où  il  s'occupa  d'organiser 
la  nouvelle  armée  que  le  parlement 
venait  de  voter.  «  Mais,  comme  l'ob- 
»  serve  Rapin-Thoyras,  ce  fut  Crom- 
»  well  qui,  sous  le  nom  de  Fairfax, 
»  agissait  constamment  ;  car  il  avait 
»  pris  sur  lui  un  si  grand  empire, 
o  qu'il  lui  faisait  faire  tout  ce  qu'il 
»  voulait.  Il  avait  eu  l'adresse  de  lui 
»  persuader  qu'il  n'avait  en  vue  que 
»  le  bien  de  la  religion  et  de  la  patrie, 
»  et  par-là  il  l'avait  disposé  à  rece- 
»  voir  ses  conseils,  et  à  avoir  une  en- 
»  tière  confiance  en  lui.  »  Nommé 
gouverneur  de  Huit ,  et  envoyé  par 
le  parlement  au  s<  cours  de  Taunton 
dans  le  Somerset- Sbire,  que  les  roya- 
listes assiégeaient  vivement,  Fairfax 
y  reçut  conlre-ordie,  et  fut  char- 
gé de  joindre  Cromwell,  pour  veiller 
sur  les  mouvements  du  roi ,  qui  ve- 
nait de  quitter  Oxford.  Après  di- 
vers mouvements,  les  deux  armées 
se  rencontrèrent,  et,  le  i4  jum  > 
se  livra  la  bataille  de  Naseby  dans 
le  Northampton  -  Shire  :  elle  fut  dé- 
cisive. Le  roi,  obligé  de  fuir,  se 
retira  dans  le  pays  de  Galles.  Fairfax  , 
victorieux,  mit  le  16  le  siège  devant 
Laiftester,  qui  se  rendit  le  18.  Le  10 
juillet  il  défit  lord  Gorimj,  qui  avait 
été  ob  igé  d'abandonner  !e  siège  de 
Taunton  pour  venir  à  sa  rencontre; 
le  u  ii  emporta  d'assaut  Biidgcwatcr, 
pi  it  ensuite  plusieurs  autres  places, 
(t.  le  10  septembre,  força  Bristol  à 
se  rendre.  Il  soumit  tout  ce  qui  est  à 
l'ouest  de  Londres,  puis  marcha  dans 
le  sud  ,  et  lie  pouvant,  à  cause  de  la 
rigueur  de  la  saison  dans 

les  foi  -mes  Bxeter  ,  ville  bien  forti- 
fiée,  il  en  forma  le  blocus  qui  dura 
jusqu'au  iS  avril  l'-'jti.  Dans  c*t  m- 
n  i \.,!'e  il  prit  plusieurs  p!  ic<  s ,  délit 
et  dispersa  dinvKBtl  corps  de  îoya- 


FAI 

Kstes;  et  ce  parti  fut  totalement  anéanti 
dans  les  provinces  du  sud  et  de  l'ouest, 
où  était  sa  plus  grande  force,  et  qui 
lui  offraient  le  seul  refuge  qu'il  pût 
trouver  en  Angleterre.  Après  avoir 
obtenu  ces  succès  ,  Fairfax  marcha 
à  toute  bâte  à  Oxford  ,  où  était  la  gar- 
nison la  plus  considérable  qui  restât 
au  roi.  Ce  prince  ,  craignant  de  se 
trouver  enferme ,  en  partit  à  la  dé- 
robée et  déguisé,  pour  aller  se  jeter 
dans  les  bras  des  Ecossais.  Oxford 
capitula,  et  à  la  fin  de  septembre 
Charles  Itr.  n'avait  plus  en  Angleterre 
ni  armée  ni  place  forte.  Fairfax  arrivé 
à  Londres  le  \'i  novembre,  fut  com- 
plimenté et  remercié  de  ses  succès 
par  les  deux  chambres  du  parlement, 
qui  se  transportèrent  chez  lui  à  cet 
effet.  11  eut  à  peine  le  temps  de  pren- 
dre du  repos  dans  la  capitale  ;  on  lui 
donna  la  commission  d'escorter  les 
deux  cent  mille  livres  sterling  accor- 
dées par  le  parlement  d'Angleterre  à 
l'armée  d'Ecosse ,  pour  prix  de  la  per- 
sonne du  roi  qu'elle  avait  consenti  à 
livrer.  Charles  Ier.  fut  remis  aux  com- 
missaires du  parlement  le  5o  janvier 
1646.  Fairfax  ,  qui  venait  au-devant 
de  ce  prince,  l'ayant  rencontré  au- 
delà  de  Nottiugham ,  descendit  de  che- 
val, lui  baisa  la  main,  et,  après  être 
remonté,  discourut  avec  lui  pendant 
la  route  jusqu'à  Iloldenby,  où  Charles 
fut  mené.  Le  monarque  fut  sans  doute 
satisfait  de  la  conduite  de  Fairfax  ;  car 
il  dit  à  un  des  commissaires  du  par- 
lement :  «  Le  général  est  un  homme 
»  d'honneur,  et  il  tient  la  parole  qu'il 
»  m'a  donnée.  »  Mais  les  historiens 
qui  citent  ce  mot  ajoutent  que  Ton 
n'en  a  pas  connu  la  signification. 
Fairfax  fut  reçu  à  Cambridge  avec 
les  plus  grands  honneurs  ,  et  créé 
maîlr«-  es  -  arts.  Déjà  le  parlement , 
après  de  longs  débats  ,  l'avait  nommé 
général  de  l'armée  crue  l'on  conserve* 


FAI  107 

rait  :  car  il  était  question  d'en  licen- 
cier la  plus  grande  partie ,  et  d'en- 
voyer le  reste  en  Irlande.  Tous  les 
militaires  se  montrèrent  peu  favora- 
blement disposés  pour  de  tels  des- 
seins ,  qui  les  menaçaient  de  leur  faire 
perdre  les  avantages  que  le  métier  des 
armes  leur  avait  procurés.  Ce  fut  alors 
que  Cromwell,  qui  avait  laissé  Fair- 
fax jouir,  au  moins  en  apparence, 
des  honneurs  du  commandement  su- 
prême ,  de  concert  avec  Ireton,  son 
gendre,  non  moins  artificieux,  mais 
meilleur  orateur  et  plus  habile  écri- 
vain que  lui,  résolut  de  tirer  parti  de 
cette  disposition  de  l'armée  pour  la 
porter  à  la  révolte  contre  le  parle- 
ment. En  conséquence,  ils  répandi- 
rent le  bruit  parmi  les  soldats  ,  que 
le  parlement  ayant  le  roi  en  son  pou- 
voir ,  était  dans  l'intention  de  les  li- 
cencier, de  les  frustrer  des  arrérages 
qui  leur  étaient  dus,  et  de  les  envoyer 
en  Irlande  pour  y  être  exterminés  par 
les  habitants  de  cette  île.  L'armée,  en- 
flammée par  ces  discours  ,  nomma 
dans  son  sein, par  la  suggestion  d'Ire- 
ton  ,  un  comité  chargé  de  consulter 
sur  son  bien-être,  d'assister  aux  con- 
seils de  guerre ,  et  d'aviser  à  la  paix 
et  à  la  sécurité  du  royaume.  Fairfax 
vit  avec  peine  que  ces  agitateurs,  ainsi 
qu'on  les  appelait,  usurpaient  le  pou- 
voir qu'il  devait  exercer  sur  l'armée  ; 
il  reconnut  qu'ils  étaient  les  précur- 
seurs de  l'anarchie  ,  et  que  leur  des- 
sein,. comme  il  l'observe  dans  ses  Mé- 
moires ,  était ,  au  milieu  de  la  confu- 
sion générale ,  d'élever  leur  fortune 
sur  la  ruine  publique.  Il  se  décida, 
en  conséquence,  à  résigner  sa  com- 
mission ;  mais  les  chefs  de  la  faction 
des  indépendants  lui  persuadèrent  de 
la  garder.  Il  coopéra  donc  à  toutes  les 
démarches  de  l'armée  qui  eurent 
pour  but  de  détruire  le  pouvoir  du 
parlement  :  en  vain  les  deux  cham- 


ao8  FAI 

bres  lui  firent  dire  de  laisser  ses 
troupes  à  une  dislance  de  quinze 
milles  au  moins  de  Londres  ;  il  entra 
dans  cette  ville  en  triomphe  avec  l'o- 
rateur et  les  soixante  membres  des 
communes  qui,  trahissant  les  privilè- 
ges du  parlement,  s'étaient  retires  dans 
son  camp,  et  il  les  remit  en  place. 
Il  fut  récompense'  de  ce  service  par 
les  remercîments  des  deux  chambres  , 
et  par  la  charge  de  gouverneur  delà 
Tour.  Bientôt  il  apprit  que  le  roi  avait 
été  enlevé  avec  violence  de  Holdenby  : 
indigné  de  cette  mesure  qu'il  ignorait, 
il  alla  trouver  ce  prince  près  de  Cam- 
bridge, se  conduisit  avec  lui  de  la  ma- 
nière la  plus  respectueuse,  et  lui  fît 
suivre  tous  les  mouvements  de  l'ar- 
mée, afin  que  le  parlement  ne  s'em- 
parât pas  de  sa  personne ,  car  il  avait 
reçu  l'ordre  de  le  remettre  à  ceux  que 
les  deux  chambres  lui  désigneraient. 
Mais  son  crédit  sur  les  troupes  dimi- 
nuait de  jour  en  jour;  il  n'avait  ni  une 
volonté  assez  ferme ,  ni  un  caractère 
assez  décidé  pour  s'opposer  à  ce  qu'il 
n'avait  pas  le  pouvoir  d'empêcher;  et 
quoiqu'il  ne  souhaitât  aucune  des  cho- 
ses que  faisait  Cromwell,  il  contribua 
à  les  faire  toutes  réussir.  Ce  fut  sans 
doute  par  suite  de  cette  faiblesse  in- 
concevable qu'il  concourut  au  mani- 
feste de  l'armée  du  mois  de  janvier 
1647*1648,  qui  adhérait  au  vote 
des  communes  portant  que  l'on  ne 
présenterait  plus  ni  adresses  ni  mes- 
sages au  roi ,  et  qui  ajoutait  qu'elle 
obéirait  au  parlement  dans  tout  ce 
qui  seras!  désormais  nécessaire  pour 
l'administration  et  la  sûreté  du  io\au- 
me  et  du  parlement ,  sans  la  1 
contre  lui.  pareil  ton  père 

à  celte  époque,  lui  succéda  dans  ses 
titres  et  emplois,  el  n'en  resta  pas 
moins  le  docile  instrument  de  l'am- 
bition  de  Cromwell.  11  déploya  la 
plus   graude  activité   pour  appaiser 


F  AL 

des  insurrections,  et  prit  Colchcster 
où  s'étaient  réfugiés  les  restes  du  parti 
royaliste  (  For.  Capel  ).  A  la  fin  de 
l'année,  il  revint  à  Londres  pour  te- 
nir en  respect  la  ville  et  le  parlement, 
et  prit  son  quartier-général  au  palais 
deWhitehall.  Ses  démarches  hâtèrent 
la  marche  des  procédures  contre  le 
roi;  il  dit  lui-même  qu'il  éprouvait  une 
sorte  d'engourdissement  moral  qui  al- 
lait jusqu'à  la  stupidité,  el  qui  l'cmpê- 
chait  de  réfléchir  sur  ses  actions.  Ce- 
pendant, quoique  placé  en  tête  de  la 
liste  des  juges  du  roi ,  il  refusa  de  sié- 
ger ,  probablement  à  la  persuasion  de 
sa  femme  qui  montra,  lors  du  procès 
de  ce  prince  infortuné,  une  intrépidité 
et  une  hardiesse  que  l'on  ne  peut  assez 
admirer  (  Voy.  Charles  I  ).  Fairfax 
fit  'même  tous  ses  efforts  pour  empê- 
cher l'exécution  de  la  fatale  sentence, 
et  chercha  à  persuader  à  son  régiment 
d'arracher  le  roi  à  ses  meurtriers. 
«  Cromwell  et  Ircton  ,  dit  Hume,  in- 
formés de  ses  intentions,  travaillèrent 
à  lui  persuader  que  le  Seigneur  avait 
rejeté  le  roi,  et  l'engagèrent  à  prier  le 
Ciel  de  le  diriger  dans  cette  occasion 
importante;  mais  ils  lui  cachèrent 
qu'ils  eussent  >igné  l'ordre  de  l'exé- 
cution. Harrisson  fut  la  personne  dé- 
signée pour  joindre  ses  prières  à  celles 
de  l'imprudent  général ,  et  les  fit  durer 
jusqu'au  moment  où  arriva  la  nouvelle 
que  le  coup  fatal  était  trappe.  Alors  il 
se  leva,  et  soutint  à  Fairfax  que  cet 
événement  était  une  réponse  miracu- 
leuse envoyée  par  le  Ciel  à  leurs  dévotes 
supplication^.  Peu  de  jours  après  le 
supplice  du  monarque,  Fairfax  fut 
nomme  membre  du  conseil  ,  mais  il 
ignerla  foi  mule  de  serment 
par  laquelle  on  approuvait  tout  ce  qui 
avait  été  l'.ut  relativement  su  n>i  H  a  la 
royauté.  A  lafindemar.s.onluidonna 
le  titre  de  général  des  troupes  1 
gletcrre  et  eu  Irlande  ,  mais  il  n'eu  eut 


FAI 

pas  plus  de  pouvoir  réel.  Il  marcha 
contre  les  niveleurs  qui,  devenus 
nombreux,  commençaient  à  se  rendre 
inquiétants,  et  se  seraient  bientôt  l'ait 
craindre  ;  il  les  mit  en  déroute  com- 
plè:e  à  iiurford,  dans  l'OxIordshirc. 
Après  avoir  été  reçu  docteur  en  droit 
il  Oxford,  il  courut  apaiserdes  trou- 
bles dans  le  H  unpshire  ,  reunit  l'ar- 
mée à  Guilfbrd,  l'exhorta  à  l'obéis- 
sance, et  revint  à  Londres  où  leçon- 
seil  de  la  cité  lui  fit  don  d'un  bassin  et 
d'une  aiguière  en  or.  Lorsqu'en  juin 
i65o  les  Ecossais  se  déclarèrent  pour 
Charles  II,  le  conseil  d'état  d'Angle- 
terre résolut,  pour  prévenir  une  in- 
vasion ,  d'envoyer  une  armée  en 
Ecosse.  Fairfax  consulté  sur  le  plan, 
parut  l'approuver;  mais  ensuite  les 
conseils  de  sa  femme  et  des  ministres 
presbytériens  lui  firent  répondre  qu'il 
ne  pensait  pas  que  le  parlement  d'An- 
gleterre eût  un  juste  motif  pour  faire 
envahir  l'Ecosse  par  son  armée,  et  il 
résigna  sa  commission,  pour  ne  pas 
s'engager  dans  cette  expédition  ,  con- 
traire à  ses  principes  religieux.  Le 
commandement  suprême  de  l'armée  fut 
dounéàCromwell,  qui  vit  avec  plaisir 
Féloignementd'un  homme  dont  la  pré- 
sence, bien  loin  d'être  encore  nécessaire 
à  ses  projets  ambitieux,  formait  au  con- 
traire un  obstacle  à  leur  entier  accom- 
plissement. Pour  dédommager  en 
quelque  sorte  Fairfax,  le  parlement 
lui  accorda  un  revenu  annuel  de  cinq 
mille  liv.  sterling.  Débarrassé  de  tout 
emploi  public,  Fairfax  vécut  tranquil- 
lement dans  sa  terre  deNunappleton, 
dans  l'Yorkshire.  Ses  vœux  ,  ses 
prières  demandaient  constamment  au 
ciel  le  rétablissement  de  la  famille 
royale,  et  il  était  fermement  déter- 
miné à  saisir  la  première  occasion  de 
pouvoir  y  contribuer,  ce  qui  le  faisait 
regarder  d'un  œil  jaloux  par  le  Protec- 
teur. Dès  que  le  général  Monk.  l'iu- 


FAI  1 09 

vita  à  se  joindre  à  lui  contre  l'armée 
de  Lambert,  il  n'hésita  pas  un  mo- 
ment, et  se  montra,  le  5  décembre 
1659,  à  la  têle  d'un  corps  d'habitants 
de  la  province  ;  telle  ctait  l'influence 
de  sou  nom  et  de  sa  réputation  , 
qu'une  brigade  irlandaise  de  douze 
cents  hommes  quitta  aussitôt  les  dra- 
peaux de  Lambert  pour  se  joindre  à 
lui.  Le  résultat  de  cette  affaire  fut  la 
dispersion  de  cette  armée  ;  ce  qui  faci- 
lita la  marche  de  Monk  en  Angleterre. 
Fairfax  se  rendit  ensuite  maître 
d'York,  et  reparut  sur  la  scène  pu- 
blique. Le  parlement,  auquel  on  avait 
donné  le  nom  de  rump  ,  ayant  repris 
ses  fonctions ,  le  nomma  conseiller 
d'état;  et,  après  la  dissolution  de 
cette  assemblée,  le  comté  d'York  l'é- 
lut député  au  parlement  réparateur.  Il 
fut  à  la  tête  du  comité  chargé  par  la 
chambre  des  communes  d'aller  trouver 
Charles  lira  La  Haye,  pour  le  prier  de 
se  rend  ce  au  vœu  de  son  parlement  en 
venant  reprendre  au  plutôt  l'exercice 
de  ses  fonctions  royales.  Quand  il  se 
présenta  devant  ce  prince,  tous  les 
yeux  se  fixèrent  sur  lui ,  tant  on  était 
curieux  de  voir  l'homme  qui  avait  si 
long -temps  commandé  les  troupes 
parlementaires.  On  rapporte  que , 
dans  une  audience  particulière,  il  ob- 
tint de  Charles  le  pardon  de  sa  con- 
duite passée;  en  effet,  ses  efforts  sin- 
cères pour  hâter  la  restauration  méri- 
taient que  ce  monarque  oubliât  ce  qu'il 
avait  fait  auparavant.  Après  la  disso- 
lution du  parlement  réparateur,  Fait- 
fax  retourna  dans  sa  terre  où  il  passa 
le  reste  de  ses  jours  dans  la  retraite. 
Tourmenté  par  la  goutte  et  par  ta 
pierre,  il  supporta  les  douleurs  de  ces 
deux  maladies  cruelles  avec  un  cou- 
rage et  une  patience  exemplaires.  Ces 
maux  étaient  le  résultat  des  blessures 
qu'il  avait  reçues  et  des  fatigues  qu'il 
avait  endurées  à  la  guerre.  Fixé  sur 


1 1  o  FAI 

son  fauteuil  par  la  goutte ,  il  ressem- 
blait à  un  vieux  romain;  son  air  mâle, 
qui  imposait  le  respect,  eut  même 
produit  une  sorte  de  terreur,  si  la  dou- 
ceur et  lamo  iestie  extrême  de  sa  figure 
n'eussent  tempère  Met  du  premier 
coup-d'œil.  Il  consacrait  presque  tout 
son  temps  aux  devoirs  de  la  religion  , 
ou  à  la  lecture  de  bous  livres,  dans  la 
plupart  des  langues  modernes.  11  mou- 
rut le  i  2  février  1671  ,  d'une  fièvre 
qui  fenieva  en  peu  de  jours.  Il  eut 
deux  filles,  Marie,  l'aînée,  avait  épouse 
le  duc  de  Buckingham ,  dont  elle  ne 
put  fixer  le  cœur  inconstant;  elle 
mourut  en  1704^  Voy.  Buckingham). 
Un  grand  nombre  de  lettres,  de  re- 
montrances, et  d'autres  papiers  signes 
du  nom  de  Fairfax  se  trouvent  dans 
la  Collection  de  Ru>hworlh,  et  dans 
d'autres  recueils  publiés  quand  il 
était  gcnc'i  I.  Il  desavoue  la  plupart 
de  ces  pièces  dans  ses  Mémoires  pu- 
bliés en  1699,  cn  un  vo'-  in-S"-  par 
Brian  Fairfax  son  parent.  Cet  ouvrage 
ne  fait  pas  beaucoup  d'honneur  a  ses 
principes,  à  son  style,  ni  à  son  exac- 
titude; il  est  vrai  qu'il  ne  destinait 
pas  ces  Mémoires  à  voir  le  jour;  il  ne 
les  avait  composés  que  pour  l'usage  de 
sa  famille.  Fait  fax  était  d'une  belle 
taille;  il  avait  l'air  sombre  et  mélan- 
colique; il  bégayait  un  peu,  aussi 
était  il  mauvais  orateur.  Il  parlait  peu 
<!  .un  i-  ->  conseils;  mais  quand  une 
i  ut  ju  le  et  raisonna- 
ble, rien  ne  pouvait  le  taire  changer, 
et  souvent  il  d  muait  des  ordresentiè- 
rement  opposes  à  l'avis  de  son  con- 
S 1  bravoure  était  remarquable, 
ombats  il  avait  l'air  si  trans- 
I  m  ir,  m  agite  et  même  si  furieux,  que 
•  lui  parler;  et  cep,  n- 
iit  naturellement  doux  et 
et  avait    !<•  maintien  humble  et 

-  mi  déstntéressetnenl  était  à 

toute  épreuve.  Son  malheur  fut  de  s'ê- 


FAI 

tre  laissé  duper  par  Cromwell,  et  d'à* 
vot  été  l'instrument  et  l'agent  de  cet 
hypocrite  ambitieux.  Si  l'audace  et  les 
succès  qui  firent  la  grandeur  de  ce  der- 
nier n'eussent  pas  éclipsé  les  exploits 
de  Fairfax,  ou  l'eût  regarde  comme 
le  plus  habile  des  généraux  du  parle- 
ment, eteommeundes  plus  grands  hé- 
ros de  la  révolution,  si  songénieétroit, 
qui  n'était  propre  qu'à  la  guerre,  ne  l'eût 
pas  empêché  de  briller  comme  homme 
d'état.  On  a  déjà  dit  qu'il  aimait  les 
lettres.  11  prévint,  pendant  la  guerre, 
le  pillage  de  plusieurs  bibliothèques  à 
York  et  à  Oxford  ;  il  (it  don  à  la  biblio- 
thèque bodleïennedediflfércnts  manus- 
crits. Il  contribua  à  la  publication  de 
la  Polyglotte,  et  de  plusieurs  autres 
grands  ouvrages  ,  et  encouragea 
Dodsworth  qni  s'occupait  de  l'étude 
des  antiquités  de  l'Angleterre  (  Voy. 
Dod>worth).  Lord  Oxford  a  placé 
Fairfax  dans  son  Catalogue  des  au- 
teurs royaux  et  nobles,  non  seule- 
ment comme  historien ,  mais  aussi 
comme  poète.  On  conservait  de  lui,  en 
manuscrit,  dois  la  Collection  de  Tho- 
resby ,  des  Traductions  des  Psau- 
mes et  d'autres  parties  de  l'Ecriture, 
un  poème  sur  la  Solitude,  des  Mor- 
ceaux écrits  par  sa  femme  et  par  sa 
fille  Marie,  enfin  110  Traité  sur  la 
brièveté  de  la  vie.  Mais  de  toutes 
les  productions  de  Fairfax  ,  il  n'en 
est  pas  sans  doute  de  plus  curieuse 
que  les  vers  qu'il  fit  à  l'occasion  du 
cheval  sur  lequel  était  monté  Charles 
Il  le  jour  de  son  couronnement,  che- 
val qu'il  avait  élevé ,  et  qu'il  présent  1 
à  ce  prince.  Combien  Charles,  natu- 
reltemeut  gai ,  et  peu  disposé  à  garder 
son  sérieux  dans  les  occasions  qui 
L'exigeaient  le  plus,  ne  dût-il  pas  rire 

en  recevant  ce  singulier  hommage  du 
héros  du  républicanisme  1 1  du 
covenanl,  si  favorisé  par  la  vi  I 

On  a  aussi  de  Fairfax,  dan 


FAI 

thèque  de  Denton ,  des  Manuscrits 
dont  Part  a  donne  une  liste  dans  sa 
nouvelle  édition  des  Auteurs  nobles  et 
royaux.  Le  duc  de  Buckingham  .  gen- 
dre de  Fairfax,  lui  a  fait  une  épitaphe 
dans  laquelle  il  lui  donne  les  plus 
grands  éloges;  ils  sont  mérités ,  puis- 
que Clarendon  et  Hume  ont  aussi 
rendu  hommage  à  ses  bonnes  qualités 
(  Voy  Cromwell  ).  E — s. 

FAIRFAX  (Thomas,  lord),  delà 
même  famille  que  le  précédent,  na- 
quit vers  l'an  1691  ;  sa  mère,  fille  et 
unique  héritière  de  lord  Culpeper , 
avait  apporté  en  mariage  des  biens 
immenses  en  Angleterre  et  en  Virgi- 
nie, dans  la  partie  appelée  Northern- 
Heck,  entre  les  rivières  de  Potowmac 
et  de  Rappahannoc.  Fairfax  fit  d'ex- 
cellentes études  à  Oxford,  et  un  de 
ses  biographes  anglais  assure  qu'il  a 
été  un  des  collaborateurs  du  Specta- 
teur ;  cependant ,  des  philologues  qui 
ont  fait  des  notes  sur  cet  excellent  ou- 
vrage, n'ont  pas  pu  distinguer  ce  qui 
était  de  lui.  Il  entra  dans  un  régiment 
de  cavalerie;  mais,  chagrin  de  ce  que 
sa  mère ,  restée  veuve ,  et  sa  grand- 
mère  avaient  profité  de  son  inexpé- 
rience pour  lui  faire  vendre  le  château 
de  Denton  et  les  biens,  de  la  maison 
Fairfax ,  en  Yorkshire ,  ce  qu'il  regar- 
dait comme  un  outrage  fait  à  ce  sang 
illustre;  et,  jaloux  de  surveiller  par 
lui-même  ses  propriétés  en  Amérique, 
il  quitta  l'Angleterre.  La  douceur  du 
climat  de  la  Virginie  l'engagea  à  s'y 
•établir.  Après  être  retourné  dans  sa 
patrie  pour  y  terminer  quelques  af- 
faires, il  revint  en  Virginie  en  1747, 
et  se  fixa  dans  le  comté  de  Frédéric, 
à  l'ouest  des  monts  Apalaches.  Il  y 
bâtit  une  maison  qu'il  appela  Green- 
way-Courty  exerça  noblement  l'hos- 
pitalité, encouragea  la  culture  des  ter- 
res ,  devint  le  père  et  l'ami  de  tous 
ses  voisins,  et  exerça  l'emploi  de  gou- 


fai  ira 

verneur  et  de  juge  du  comté.  Il  vécut 
tranquille  et  vénéré  ,  et  durant  les 
dissentions  civiles  qui  déchirèrent 
l'Amérique,  ses  propriétés  furent  éga- 
lement respectées  par  les  Américains 
et  les  Anglais.  Le  Northern  -Heck, 
où  il  s'était  établi ,  devint  le  pays  le 
mieux  cultivé  et  le  plus  peuplé  de  la 
Virginie  ;  digne  récompense  de  la 
resolution  courageuse  de  Fairfax,  de 
renoncer  aux  honneurs  qu'il  aurait 
pu  espérer  en  Angleterre  pour  venir 
répandre  la  vie  dans  des  régions  sau- 
vages. Le  voyageur  Burnaby,  mort 
en  1812,  donne  sur  cet  homme  esti- 
mable des  détails  dans  la  5e.  édition 
de  ses  voyages  ,  Londres  ,  1 798. 
Fairfax  mourut  en  1782,  sans  avoir 
été  marié.  Le  comté  où  est  situé 
Alexandrie,  vis-à-vis  la  cité  de  Wa- 
shington, porte  le  nom  de  Fairfax, 
E— s. 
FAITHORNE  (Guillaume), 
artiste  anglais,  né  à  Londres,  vers 
l'année  1616  ,  eut  pour  maître  le 
peintre  Peake ,  et  prit  les  armes,  ainsi 
que  lui ,  pour  la  défense  de  la  cause 
royale ,  lors  de  la  guerre  civile  de 
1640.  II  fut  pris  par  les  rebelles,  et 
passa  quelque  temps  dans  la  prison 
d'Adersgate,  à  Londres,  où  il  exerça 
son  talent  dans  la  gravure.  Ayant  re- 
couvré sa  liberté ,  mais  n'ayant  pas 
voulu  prêter  serment  d'obéissance  à 
Cromwell ,  il  fut  banni  de  l'Angleterre, 
et  vint  étudier  en  France  sous  Cham- 
pagne. Strutt,  dans  son  Dictionnaire 
biographique  des  graveurs ,  prétend 
que  cette  dernière  assertion  est  au 
moins  douteuse.  Quoi  qu'il  en  soit , 
Faithorne  trouva  en  France  un  pro- 
tecteur dans  l'abbé  de  Marolles  et  un 
guide  dans  iNanteuil ,  qui  lui  apprit  à 
faire  le  portrait  au  crayon,  et  perfec- 
tionna son  talent  pour  la  gravure. 
Vers  i65o,  il  retourna  en  Angleterre, 
se  maria  et  ouvrit  à  Londres,  près  de 


ii2  FAK 

Temple-Bar,  un  magasin  d'estampes, 
qu'il  quitta  en  1680.  Il  gravait  poul- 
ies libraires;  on  cite  principalement 
de  lui  une  sainte  Cène,  le  Christ  en 
prière  dans  le  Jardin  des  Olives , 
là  Flagellation  d' après  Diepenbeck, 
et  les  Noces  de  Cana  en  Galilée. 
Ces  quatre  planches  furent  gravées 
pour  accompagner  la  Fie  de  Jésus- 
Christ,  de  Tayior.  On  cite  aussi  de 
son  burin  une  sainte  Famille,  d'après 
Vouet ,  et  le  Christ  au  tombeau , 
d'après  Van  Dyek.  On  remarque  que 
les  gravures  qu'il  a  exécutées  sur  les 
ouvrages  des  autres  maître*  sont  bien 
supérieures  à  celles  qu'il  a  faitcs'd'aprcs 
ses  propres  dessins,  où  il  négligeait 
trop  le  mérite  de  la  correction.  Le 
genre  où  il  s'est  le  plus  distingué  est 
celui  du  portrait  gravé. On aconservé 
un  grand  nombre  des  siens,  qui  sont 
1res  estimés.  On  a  aussi  de  lui  un 
Traité  sur  Vart  de  la  gravure,  im- 
primé en  16G2.ll  mourut  en  1691. — 
Uu  de  ses  fils,  Guillaume  Faithornc, 
qu'on  a  souvent  confondu  avec  lui, 
se  borna  à  la  gravure  des  portraits  en 
taille-douce;  son  inconduite  l'entraî- 
na dans  la  misère ,  et  il  mourut  à 
l'âge  d'environ  trente  ans.    X — s. 

FAKHR- EDDAULAH  (Au),  fils 
de  Rokn -eddaulah,  et  prince  delà 
dynastie  des  LJouides  (  Voy.  Adiiad- 
eddaulah  et  Imad-eddaulaii),  reçut 
en  partage  ,  à  la  mort  de  son  père,  le 
gouvernement  de  Hamadan,l*lrac*Ad« 
jeui  et  du  Tabarfttan  ,  mais  il  devait 
foi  et  hommage  à  son  frère,  Adhad- 
•édanlah.  Mécontent  «le  la  part  que 
lui  laissait  sou  père,  il  prit  les 
contre  Movaid-eddanlab,  fat  battu 
en  plusieurs  rencontres,  et  alla  eber- 

bei  les  princes  S 

nides.  h  la  mort  de  son  frère  Moviid 
eddaulah  ,  en  5^3  d<   rbeg.,  (  983  de 

J.-C.  ),  le  célèbre  \</.vr  [stnail ,  plus 
.  suas  le  nom  de  Sulicb  lbn  Ab- 


FAK 

bad  ,  fit  sentir  aux  principaux  Dilé- 
mites  la  nécessité  de  placer  sur  le 
troue  un  prince  de  la  maison  de  Bou- 
ïah ,  et  il  fit  élire  Fakhr  -  eddaulah. 
Ce  prince  vivait  alors  ignoré  et  mal- 
heureux en  Khorasan  :  ayaut  appris 
sou  élection  ,  il  vint  à  Hamadan  avec 
la  rapidité  de  l'éclair ,  et  prit  posses- 
sion de  la  couronne.  Son  premier  soin 
fut  de  s'attacher  Ismail,  en  le  confir- 
mant dans  la  dignité  de  vézvr ,  et  ce 
fut  à  la  sagesse  de  ce  ministre  que 
l'étatdutsa  spIcndeur.Tant  que  Fakhr- 
eddaulah  put  profiter  de  ses  con- 
seils, les  provinces  jouirent  de  la  paix, 
et  le  trésor  public  se  remplit  sans  que 
ses  sujets  fussent  vexés.  Ismail  mou- 
rut ea  585  (  Ç)Ç)5  ).  Lorsqu'il  sentit 
sa  fin  approcher,  il  tint  a  Fakhr- 
eddaulah  ce  discours  :  u  Prince, 
»  tandis  que  les  rênes  de  l'état  ont  été 
»  entre  mes  mains,  j'ai  fait  tous  mes 
»  efforts  pour  rendre  heureux  le  peu- 
»  pie  et  l'armée  ;  les  provinces  sont 
»  florissantes  et  cultivées.  Si  vous  ne 
»  changez  rien  après  ma  mort,  aux 
»  règles  que  j'ai  établies,  et  que  vous 
»  suiviez  la  route  que  j'ai  tracée,  on 
»  vous  attribuera  le  mérite  de  mes 
»  institutions;  mais  si  TOUS  lesdétrui- 
«  stz,  les  sujets  diront  que  j'étais  l'au- 
»  teur  du  bien  qui  se  faisait.  »  Fakhr- 
Eddaulah  sentit  la  sagesse  de  ce  con- 
seil ,  mais  il  le  suivit  peu  de  temps.  Il 
dissipa  ses  trésors,  viola  les  lois  ,  ren- 
\  ersa  l'ordre  public  ,  et  jetta  le  trouble 
dans  son  royaume  :  bientôt  il  détruisit 
les  fruits  de  l'administration  d'Ismaïl. 
Enfin  il  mourut  subitement  d'une  in- 
lion  dans  le  château  de  Tabrck  , 
en  "),S-  :  <)()■-  d  ■  ,i  -(..  .  Il  eut  pour 
successeur  son  fils  iMadjad-eddaulah. 
.1— w. 
FAKHR-EDDYlf,  la  gloire  de  la 
religion.  Sous  celte  dénomination  ho- 
norifique nous  connaissons  plusieurs 
docteurs  musulmans ,  dont  le  plus  ce- 


FÀK 

Icbve  est  l'imam  Fakhr-eddyn -Razy.  ' 
Son  nom  propre  est  Mohammed ,  fils 
d'Omar;  il  porte  aussi  le  nom  d'Ibn 
Alkhathyb  {fils  du  prédicateur).  Cet 
imam  sortait  d'une  famille  originaire 
du  Thabaiïstau ,  et  il  naquit  à  Rei,  ville 
de  Perse,  en  Ramadlian ,  de  l'an  5/p 
ou  44  (  janvic1*?  IJ49  ou  n5o  de 
J.  -  C.  ).  Voilà  pourquoi  il  est  souvent 
appelé  Althabaristany  et  Alrazy.  Tant 
que  son  père  vécut,  il  n'eut  point 
d'autre  maître  que  lui.  A  sa  mort  il 
quitta  Réi  et  se  rendit  à  Semnan,  où 
professait  un  docteur  célèbre,  Kemal 
Aîsemnany,  pour  acquérir  par  sa  fré- 
quentation les  perfections  del'ame.  Au 
bout  d'un  certain  temps  il  revint  à 
Réi ,  et  se  rangea  parmi  les  disciples 
de  Medjed  Aldjyly ,  élève  du  fameux 
Algazaly.  Ce  docteur  étant  allé  s'éta- 
blir à  Mcragah  ,  Fakhr  -  eddyn  l'y 
suivit,  et  étudia  sous  lui  la  théologie 
scholastique  et  la  philosophie.  Après 
s'être  fortifié  dans  les  sciences  ,  la 
ihéologie  ,  la  philosophie  ,  la  dialec- 
tique ,  les  mathématiques  et  même  la 
médecine  ,  il  se  rendit  successivement 
en  Kharizm  et  en  Transoxane ,  eut 
des  disputes  très  vives  avec  les  doc- 
teurs de  ces  contrées ,  puis  il  revint 
à  Réi,  et  quitta  de  nouveau  sa  patrie 
pour  aller  à  Gaznin.  Le  suithan  Gau- 
jide  Chchab-eddyn  ,  qui  y  régnait,  le 
combla  d'honneurs ,  de  richesses  et 
de  présents.  Si  nous  devons  même 
en  croire  d'Herbelot ,  il  fonda  un  col- 
lège en  sa  faveur  à  Herat,  où  Fakhr- 
eddyn  professa  Jcs  principes  de  la 
secte  chaféite  qu'il  pratiquait  ,  et 
ses  propres  principes  ;  car  il  s'était 
formé  une  doctrine  particulière.  Là , 
comme  dans  les  autres  lieux  où  il 
avait  habité,  Fakhr-Eddyn  se  fit  de 
nombreux  ennemis;  et  ayant  confon- 
du ,  dans  une  grande  dispute ,  un  doc- 
teur fameu^  de  la  ville ,  ce  docteur 
anima  tellement  le  peuple  contre 
xir. 


FAK  n3 

Fakhr-eddyn ,  qu'il  présentait  comme 
un  philosophe  et  un  impie ,  que  celui-ci 
fut  obligé  de  sortir  de  la  ville.  Toute- 
fois il  y  rentra  quelque  temps  après  , 
et  y  mourut  le  lundi  ier.  de  Chaoual 
606  de  l'hégire  (  29  mars  1 1 1  o  de 
Jésus-Christ  ).  Fakhr-eddyn-Razy  est 
compté  au  nombre  des  plus  habiles 
docteurs  que  l'islamisme  ait  produits, 
mais  non  des  plus  orthodoxes.  On 
l'accuse  d'avoir  mêlé  à  l'islamisme  les 
sciences  qui  tiennent  à  la  philosophie 
spéculative,  lbu  Khilcan  dit  que  ses 
ouvrages  se  répandirent  dans  les  pro- 
vinces, que  les  hommes  les  recher- 
chèrent et  abandonnèrent  pour  eux 
les  livres  des  anciens.  Toutefois  , 
comme  il  était  très  éloquent,  sa  répu- 
tation s'étendit  au  loin  ;  de  toutes  les 
parties  de  la  Perse,  de  la  Mésopo- 
tamie ,  on  se  rendait  à  ses  cours  ;  et 
Khondemir  nous  apprend  que,  lors- 
qu'il sortait ,  plus  de  six  cents  élèves 
l'accompagnaient ,  recherchant  avec 
ardeur  ses  moindres  discours.  Ibn 
Khilcan  assure  qu'il  détacha  un  grand 
nombre  de  chites  (  Voy.  l'article  Ali  ) 
de  leur  secte,  et  les  rendit  ortho- 
doxes ou  sunnites.  Malgré  sa  piété,  il 
ne  négligea  point  les  intérêts  de  ce 
monde,  et  acquit  de  grandes  riches- 
ses :  elles  lui  vinrent  de  la  généro- 
sité des  princes,  et  surtout  de  celle 
de  Tnach ,  roi  du  Kharizm  ;  mais  il 
en  perdit  une  grande  partie  en  s'occu- 
pant  d'alchimie.  Lorsqu'il  revint  à 
Réi,  après  son  excursion  en  Tran- 
soxane,  il  y  fit  connaissance  d'un  mé- 
decin très  riche  qui  avait  deux  filles , 
et  vint  à  bout  de  marier  ses  deux  fils 
à  ces  filles.  Le  médecin  étant  mort , 
les  enfants  de  Fakhr-eddyn  se  trou- 
vèrent possesseurs  d'une  grande  for- 
tune. Fakhr-eddyn  a  composé  de 
nombreux  ouvrages  sur  la  théologie 
scholastique ,  les  principes  fondamen- 
taux de  la  jurisprudence  canonique, 

8 


n4  FÀK 

la  philosophie  ,  les  mathématiques  , 
l'art  de  composer  des  talismans  ,  la 
physiognoroonie,  etc.  Ses  principaux 
ouvrages  sont  :  I.  Ossoul  -  eddyn 
(  Principes  de  la  religion).  Ce  traité 
célèbre  se  compose  de  cinquante  ques- 
tions avec  leurs  réponses,  touchant  la 
philosophie  et  la  théologie.  La  pre- 
mière a  pour  objet  l'éternité  du  monde 
et  l'auteur  la  nie  ;  la  dernière  roule 
sur  l'imamat  ;  la  réponse  établit  que 
le  calife  Abbassidc-Nassir,  qui  ré- 
gnait alors  à  Baghdàd ,  était  le  seul 
chef  et  pontife  légitime  des  Musul- 
mans. II.  Mohsel  elafkar  (  Traité 
de  métaphysique  et  de  théologie 
scholastique  ) ,  commenté  par  plu- 
sieurs auteurs  ;  III.  Commentaire 
suri3  Alcoran,  en  plusieurs  volumes; 
IV.  Commentaire  sur  l'ouvrage  d'A- 
vicenne  ,  intitulé  :  Oioun  alhikmet 
(  Sources  de  la  philosophie  )  ,  etc. 
On  trouve  la  liste  des  ouvrages  de 
Fakhr-eddyn  dans  les  ouvrages  sui- 
vants :  i°.  Bibl.  arab.  hispan.  de 
Casiri,  tome  I ,  page  161  ;  'i°.  Y  Ami 
des  biographies  ,  de  Khondémir  , 
tome  II,  folio  i63  du  raanusc.  pers. 
de  la  Bibliothèque  impériale;  et  5°* 
dans  la  Biographie  d'Ibn-Khilcan. 

J N. 

FAKHR-EDDYN  RAZY,  tel  est  le 
nom  que  porte  l'auteur  d'un  ouvrage 
historique  très  précieux ,  intitulé:  His- 
toire chronologique  des  dynasties  , 
qui  se  trouve  parmi  les  manuscrits 
arabes  de  la  bibliothèque  impériale. 
Cet  ouvrage  se  divise  eu  deux  parties  : 
la  première  a  pour  objet  les  principes 
du  gouvernement,  les  qualités  néces- 
saires à  un  prince,  les  défauts  dont  il 
doit  être  exempt.  La  deuxième  ren- 
ferme l'histoire  abrégée  de  différentes 
dynasties  qui  ont  réuni  sous  leur  obéis- 
sance tout  l'empire  fondé  par  les 
iiabes,  en  commençant  par  les  pre- 
miers khalyfes.  L'ouvrage  se  termine 


FAK 

à  la  destruction  du  khalyfat  de  Bagh- 
dàd ,  par  Holagou ,  en  658  de  l'hé- 
gire (  i25c)  de  Jésus  -  Christ  ).  A 
chaque  dynastie,  Fakhr-eddyn  parle 
d'abord  de  cette  dynastie  en  général  ; 
il  trace  ensuite  le  tableau  du  règne  de 
chaque  khalyfe  en  particulier,  puis  ,  à 
la  fin  de  chaque  règne  7  il  donne  l'his- 
toire des  vézyrs  du  prince  dont  il 
vient  de  parler,  et  rapporte  les  traits 
les  plus  intéressants  de  leur  vie  et  de 
leur  ministère.  A  la  fin  de  sa  préface, 
il  déclare  qu'il  s'est  attaché  à  ne  dire 
que  la  pure  vérité ,  en  renonçant  à 
tout  préjugé  et  à  toute  partialité;  en- 
fin, à  écrire  d'un  style  simple ,  et  qui 
fût  à  la  portée  de  tout  le  monde.  Nous 
avons  traduit  pour  notre  usage  une 
grande  partie  de  cette  histoire  ,  et  nous 
avons  reconnu  que,  quoiqu'elle  soit 
abrégée,  elle  est  néanmoins  très  im- 
portante par  les  faits  qui  y  sont  con- 
signés ,  et  les  réflexions  de  l'auteur  : 
elle  mériterait  de  passer  dans  notre 
langue.  M.  Silvestre  de  Sacy  en 
a  publié  trois  extraits  dans  sa  Chres- 
tomathie  arabe,  savoir  :  I.  Y  His- 
toire du  khalyfat  de  Haroun  Er- 
rachid,  suivie  de  celle  des  Barme- 
cides;  11.  Y  Histoire  du  khalyfat  de 
Mostassem,  dernier  prince  abbasside; 
III.  le  chapitre  intitulé  :  des  Droits 
des  souverains  sur  leurs  sujets.  Ce 
savant  a  remarqué  avec  raison  que 
Fakhr-eddyn  vivait  vers  la  fin  du  7e. 
siècle  de  l'hégire ,  et  au  commence- 
ment du  8'.,  sans  pouvoir  dire  quel 
était  sou  nom  propre.  C'est  donc  à  tort 
qu'on  a  confondu  cet  écrivain  avec  le 
docteur  du  même  nom  dont  l'article 
précède  ,  et  qui  mourut  un  siècle 
avant  notre  historien.  J— w. 

FAK1IK-EDDYN,  plus  connu  sous 
le  nom  de  Facardin,  émyr,  prince 
dei  Dru/.es,  peuples  qui  habitent  les 
environs  du  mont  Liban,  était  maître 
de  Bar*!,  de  Séide,  etc.   lorsqu'A- 


FAK 
muratb  IV  songea  à  le  dépouiller 
de  ses  états  et  à  détruire  au  sein  de 
ses  provinces  d'Asie  une  puissance  qui 
lui  faisait  ombrage.  Il  fit  raarcber  con- 
tre lui  les  pachas  de  Tripoli,  de  Da- 
mas ,  de  Gâta ,  d'Alep  et  du  Caire. 
Le  vieux  Fakhr-eddyn  les  attendit  à  la 
tête  de  vingt  cinq  mille  hommes,  com- 
mandés par  ses  deux  fils.  Ali,  l'aîné 
d'entr'eux ,  attaqua  les  Turks  et  leur 
tua  huit  mille  bommes  ;  mais,  acca- 
blé ensuite  par  le  nombre,  il  fut  forcé 
de  se  rendre  sous  la  promesse  d'avoir 
la  vie  sauve,  et  n'en  fut  pas  moins 
égorgé.  A  la  nouvelle  de  la  défaite  et 
de  la  mort  de  son  fils  Ali,  Fakhr-eddyn 
perdit  courage  ;  il  abandonna  Séide 
et  Barut ,  et  gagna  les  montagnes  avec 
les  Maronites  et  les  Druzes  qui  lui 
restaient.  Mais  bientôt,  cbassé  de  poste 
en  poste,  de  montagne  en  montagne  , 
il  se  rendit ,  à  condition  qu'il  aurait  la 
faculté  d'aller  trouver  le  sullhân  lui- 
même  avec  ses  chariots  et  ses  tré- 
sors ,  et  qu'il  ne  serait  pas  conduit  en 
triomphecomme  un  captif.  Arrivé  près 
de  Coustanlinople,  il  se  fit  précéder 
de  huit  cassettes  pleines  d'or,  pour 
préparer  le  suithân  à  la  bienveillance. 
Satisfait  de  ses  présents ,  Amurath  dé- 
guisé vint  trouver  Fakhr  eddyn  dans 
sa  tente. Celui-ci,  feignant  de  ne  le  pas 
reconnaître,  se  servit  de  toute  son 
adresse  pour  s'insinuer  dans  les  bon- 
nes grâces  du  maître  qui ,  d'un  mot , 
pouvait  disposer  de  sa  vie.  11  y  réussit 
assez  pour  exciter  la  jalousie  des  grands 
de  l'empire  et  des  favoris  d'Amurath  : 
ils  accusèrent  Fakhr-eddyn  d'avoir  re- 
noncé à  la  religion  mahométaue.  A  ce 
soupçon,  les  dispositions  du  sulthâu 
se  changèrent  en  perfidie  et  en  cruau- 
té :  il  se  fit  amener  le  malheureux 
émyr  ;  les  discours  les  plus  touchants 
ne  purent  émouvoir  son  juge,  qui  se 
contenta  de  lui  répondre  que  ce  n'é- 
tait pas  aux  chats  à  essayer  de  se  me- 


*AL  n5 

surer  avec  les  lions,  et  le  sullhân  don- 
na le  signal  aux  muets,  qui  étranglèrent 
le  vieux  Fakhr-eddyn,  âgédesoixaute- 
dix  ans.  Cette  scène  tragique,  qui  mit 
fin  à  sa  puissance  et  à  sa  vie,  se  passa 
le  14  mars  i655.  S — y. 

FAKHR-EJNJNISA  (Chohdéh),  fille 
d'Ahmed,  était  originaire  de  la  ville  de 
Dinaver  en  Perse ,  et  native  de  Bagk- 
dâd.  Elle  s'adonna  à  l'éxude  de  la  juris- 
prudence et  de  la  théologie,  acquit 
une  grande  habileté  dans  ees  sciences , 
et  les  professa  avec  éclat  a  Baghdad. 
Ses  leçons  étaient  fréquentées  par  les 
hommes  les  plus  distingués  de  sou 
temps,  et  le  désir  de  l'entendre  fai- 
sait cesser  la  différence  des  rangs.  Ce 
fut  sans  doute  cette  grande  réputation, 
et  son  savoir  qui  lui  méritèrent  Je  nom 
sous  lequel  nous  la  citons,  et  qui  si- 
gnifie la  Gloire  des  Femmes.  Elle 
mourut  à  Baghdad ,  âgée  de  plus  de 
quatre-vingt-dix  ans ,  le  1 3  de  mohar- 
rem  5^4  (î*r«  juillet,  1 178  de  Jésus- 
Christ  ).  Nous  ne  connaissons  d'elle 
aucun  ouvrage,  quoique  plusieurs  doc- 
teurs se  soient  honorés  d'avoir  été  au 
nombre  de  ses  disciples.        J — n. 

FA  L  BAI  RE  (Charles -George 
Fenouillot  de),  auteur  dramatique, 
né  à  Salins,  le  16  juillet  1727,  fit 
ses  études  à  Paris,  au  collège  de  Louis- 
le-Grand,  avec  un  succès  qui  déter- 
mina sa  vocation  pour  les  lettres.  Son 
père  le  destinait  à  l'état  ecclésiastique, 
et  il  en  porta  même  l'habit  pendant 
quelques  années.  Admis  dans  la  société' 
deïrudaine,  il  obtint,  par  son  crédit, 
un  emploi  dans  les  finances  ,  qui,  en 
lui  assurant  une  existence  honorable, 
lui  permettait  de  suivre  son  goût  pour 
la  littérature.  Son  premier  ouvrage 
fut  V Honnête  criminel,  pièce  fondée 
sur  un  événement  réel  (  V.  Fabre  ), 
et  qui  obtint  un  grand  succès.  11  ne 
fut  ni  aussi  bien  inspiré,  ni  aussi 
heureux  dans  ses  autres  productions  ? 

8. 


n6  FAL 

dont  aucune  n'est  restée  au  théâtre, 
excepté  les   Deux    avares.  Falbaire 
acquit,  eu  1778,  la  terre  de  Quingey, 
en  Francbe-Comté,  et  obtint  la  per- 
mission d'en  prendre  le  nom.  Il  fut 
nommé ,  en  1  782 ,  inspecteur-général 
des  salines  de  l'est ,  et  s'occupa  avec 
succès  d'eu  accroître  le  revenu  pour 
l'état.  Lai  évolution  ,e;i  le  privant  de 
ses  emplois,  détruisit  sa  fortune.  11 
se  retira  avec  sa  famille  à  Sainte-Me- 
nehould ,  et  y  mourut  le  28  octobre 
1800,  à    l'Age  de  soixante  et  treize 
ans.   Les    OEuvres  de  Falbaire  ont 
été  réunies   en    2  -volumes   in -8., 
Parts,  1787.  Il  y  a  des  exemplaires 
sur  papier  fin  ,  ornés  du  portrait  de 
l'auteur  et  de  jolies  gravures.  On  y 
trouve  i°,r 'Honnête  criminel,  drame 
eu  cinq  actes  et  en  vers.  Un  passage 
de  la    relique  de  Marmontel  lui  don- 
na l'idée  de  cette  pièce.  Il  ignorait  alors 
que  le  jeune  Fabre,  qui  en  est  le  per- 
sonnage principal,  vivait  encore;  il 
ne  l'apprit  même  que  plusieurs  années 
après  que  son,  ouvrage  fut  achevé.  Le 
duc  de  Choiseul ,  ministre  de  la  ma- 
rine, avait  déjà  fait  expédier  au  mal- 
heureux Fabre  son  congé  des  galères; 
mais  ce  lut  au  zèle  de  Falbaire  qu'il 
dût  sou  entière  réhabilitation.  Il  y  a 
dans  ce  drame  des   situations  atta- 
chantes, des  rôles  bien  tncés;  mais 
le  stvlecu  est  faible,  négligé,  quoique 
de  beaux    vers.    Cette    pie.  e  , 
Composée  en    1767,  fut  jouée  pour 
la    première   fois,    en    1778,  SU/    le 
théâtre  de 
de  de  la  reine  : 

ntee  a    Parii  qu'en   17», 
en   a  fait   un 

lions;  elle  a  été  tradi  mand, 

en  hollandais  ,  1  betb  Gami- 

ner-Turra,  en  il  .  le  premier 

Navigateur{  1 

.  (0  Celle  picce  ,  coyote*  J/alwrd  «u  dem  «c- 


FAL 

actes.  Philidor  avait  composé  la  mu- 
sique de  cette  pièce,  destinée  au  théâtre 
italien,  et  demandée  ensuite  à  l'auteur 
par    l'administration   de  l'Opéra.  La 
représentation   en  fut    différée   sous 
quelques  prétextes,  et   dans  l'inter- 
valle parut  le  ballet  si  connu  qui  porte 
le  même  titre.  Le  plagi.it  et  lit  mani- 
feste, et  Falbaire  s'en  plaignit  amère- 
ment dans  une  dissertaiion   sur  les 
ballets-pantomimes,   imprimée  à   la      , 
suite  de  la  pièce;  5  .  les  Deux  avares, 
comédie  en  deux  actes  et  en  prose, 
mêlée  d'ariettes.  Quelques  situations 
assez  piquantes,  et  surtout  !a  musique 
de  Grétry,  ont  fait  le  succès  de  cet 
ouvrage  ,  que  Grimm  juge  trop  sévè- 
rement dans  sa  Correspondance.  Les 
Deux  Avares  ont  été  traduits  en  al- 
lemand, Francfort,  «772,  et  en  sué- 
dois, par  Manderslrom  .  Stockholm, 
1778,  in -8'.;  4°«  'e  Fabricant  de 
Londres ,  en  cinq  actes  et  en  prose. 
Ce  drame,  joué  à  Paris,  le  il  jan- 
vier 1771  ,  fut  mal  accueilli.  Au  cin- 
quième acte,  lorsqu'on  vint  annoncer 
la    banqueroute  du  Fabricant ,    un 
plaisant  du  parterre  s'éeria  :  /"Y  suis 
pour  vingt  sous  (  prix  de  son  bi!l<  t  ). 
Il  n'en  fallut  p  is  davantage  pour  faire 
tomber  la  pièce,  que  l'auteur  relira 
le  lendemain;  mais  elle  a  été  traduite 
en  allemand  par  le  célèbre  Wieland, 
en   italien    par   Elisabeth    Caminer- 
Turra,  el  représentée  avec  un  grand 
succès    sur   les    théâtres   de   Vienne 
et  de  Y 'icenre  ;  5  '.  VEcole  des  me 
ou  les  Suites  du  libertinage,  dr... 
et  en  ver  . 
.  repris  en  1  7*j'> ,  sans  succès; 


tri  fout    I-   til  /-*.   dit  rrprr- 

mu    I 

1>l>ir  ,1.  »       ;  .  n«:ul- 

L-uo.  ^           D.L. 


FAL 

traduit  en  allemand,  Augsbourg, 
1778,  et  en  hollandais,  Amsterdam  , 
même  année;  6.  les  Jammabos , 
ou  les  Moines  japonais  ,  tragédie 
eh  cinq  actes.  Il  ya  de  la  chaleur 
dans  l'épitre  dédieatoire  aux  mânes 
de  Henri  IV,  et  ou  trouve  dans  les 
notes  des  anecdotes  curieuses;  mais, 
conside'rée  sous  le  rapport  dramati- 
que, cette  pièce,  dirigée  contre  les 
Jésuites,  et  très  faible;  7".  de  Y  In- 
sensibilité ;  Description  des  salines 
de  Franche  -  Comté.  Ces  deux  mor- 
ceaux avaient  déjà  paru  dans  l'En- 
cyclopédie; 8'.  des  Poésies;  on 
ne  peut  rien  imaginer  de  plus  médio- 
cre. On  a  encore  du  même  auteur, 
I.  Avis  aux  gens  de  lettres  ,  1  7  7  o , 
in-8'.,  réimprimé  dans  les  Recueils 
du  temps.  Ce  sont  des  réflexions  sur 
les  mauvais  procédés  de  quelques  li- 
braires  envers  les  auteurs;  11.  Mé- 
moire adressé  au  roi  et  à  l'assem- 
blée nationale  sur  quelques  abus , 
Paris,  1790,  in-8°.  L'auteur  y  entre 
dans  de  grands  détails  sur  la  régie  des 
salines  de  l'est  de  la  France.  W — s. 

FALCAiND  (  Hugues  ) ,  historien 
du  \iv.  ^èc  è.  Ou  croit  qu'il  était  né 
en  Normandie,  et  qu'il  avait  été  ame- 
né en  Sicile,  dans  sa  jeunesse  ,  par  ses 
parents;  il  a  écrit  en  latin  l'Histoire 
des  événements  arrivés  en  Sicile  de 
1 1  {.O  à  iiO<).  Cet  espace  de  vingt- 
trois  ans  comprend  le  règne  de  Guil- 
laume 1".,  surnommé  le  Mauvais , 
et  une  partie  de  celui  de  Guillaume  II, 
c'est  à-dire,  l'une  Aq<,  époques  où  ce 
beau  pays  a  éié  le  plus  agité  par  des 
troubles.  Faleàud  avait  éîé  le  témoin 
de  tous  les  faits  qu'il  rapporte,  et  l'air 
de  bonne  foi  qu'un  remarque  dans  ses 
récits  lui  a  mç'rité  la  confiance  des 
écrivains  postérieurs.  Il  dedia^on  ou- 
vrage a  Pierre,  trésorier  de  l'église 
de  Païenne,  par  une  epîfrc  qui  n'est 
pas  datée ,.  mais  que  l'on  croit  n'avoir 


FAL  1 1 1 

été  composée  qu'en  1189,  Peu  de- 
temps  après  la  mort  de  Guillaume  II. 
Ce  fut  Gervais  de  Tournay,  chanoine 
de  Soissons ,  qui  publia  le  premier 
Y  Histoire  de  Falcand,  sur  un  manus- 
crit de  la  bibliothèque  de  Mathieu 
Longucjouc,  e'vêque  de  cette  ville, 
Paris,  i55o,  in-4°.  ;  elle  fut  insérée 
ensuite,  d'après  un  manuscrit  plus 
correct,  dans  les  Rerum  sicularum 
scriplores  ,  Francfort,  1  $79,  in-f°.; 
elle  a  été  réimprimée  depuis  dans 
la  Bibliotheca  sicula  de  Carusio  , 
tom.  Ier.  ;  dans  les  Scriptor.  rerum 
ilalicarum  de  Muratori ,  tom.  VHP., 
et  enfin  dans  le  Thesaur.  anliquital. 
Siciliœ  de  Burmann ,  Ve.  part.  Tho- 
mas Fazclli,  dans  son  Histoire  de 
Sicile  ,  attribue  l'ouvrage  dont  en 
vient  de  parler  à  un  certain  Guiscard 
ou  Guichard ,  fondé  sur  ce  que  son 
nom  se  trouve  en  tête  d'une  ancienne 
copie  qu'il  a  eue  entre  les  mains  ;  mais 
cette  preuve  ne  paraît  pas  suiïisante 
pour  dépouiller  Falcand  de  la  pos- 
session où  il  a  été  confirmé  par  tous 
les  critiques  italiens,  d'être  regardé 
comme  le  véritable  auteur  d'un  ou- 
vrage si  souvent  réimprimé  sous  son 
nom.  W — s. 

FALCK  (Jean- Pierre),  savant 
de  Suède ,  qui  étudia  dans  son  pays 
avec  un  succès  distingué  la  physique 
et  l'histoire  naturelle.  La  réputation 
de  ses  talents  et  de  ses  connaissances 
étant  pirvenue  en  Russie,  il  fut  ap- 
pelé à  Bélersbourg  par  Catherine  11, 
pour  faire  avec  Pdlas,  Georgi  et  plu- 
sieurs autres,  des  voyages  dans  l'inté- 
rieur de  la  Russie.  Il  partit  ,  et  se  li- 
vra avec  le  plus  grand  zèle  au  tra- 
vail qui  lui  était  échu;  mais  une  af- 
fection hypocondriaque  qu'il  avait  eue 
depuis  long-temps  interrompait  sou- 
vent ses  recherches  ;  et  ne  pouvant 
parvenir  à  s'en  délivrer ,  il  prit  la 
iésolulion  de  mettre  fin  à  ses  jouis» 


nf»  FAL 

Georgi  recueillit  ses  manuscrits ,  et 
les  publia  eu  allemand  sous  le  titre 
de  Mémoires  {le  J.  P.  Falck  pour 
servir  à  la  connaissance  topogra- 
phi  que  de  l'empire  de  Russie ,  ïVf- 
tersbourg,  1784-86,  3  vol.  in->'. 
Le  premier  volume  contient  la  des- 
cription topographique  proprement 
dite  du  fleuve  Ural,  du  pays  des  Kir- 
gises ,  de  la  Bukliai  ie  ,  etc.  ;  le  se- 
cond l'histoire  des  minéraux  et  des 
plantes;  le  troisième  l'histoire  des 
animaux  et  d«s  peuples.    G — au. 

FALCKEMBFRG  (Jean  de)  ,  re- 
ligieux dominicain,  ne'  au  14  •  siècle 
dans  un  village  de  Poméranie,  dont 
il  prit  le  nom,  fut  députe  de  son 
ordre  au  concile  de  Constance ,  et 
s'y  fit  remarquer  parle  courage  avec 
lequel  il  prit  la  défense  du  pape  Gré- 
goire XII,  même  contre  Dati  son  su- 
périeur. Chargé  de  l'examen  des  pro- 
positions extraites  des  œuvres  de  Jean 
Petit,  et  dénoncées  au  concile  par  le 
célèbre Gersou  ,  il  déclara  qu'il  n'y  en 
avait  aucune  qui  fût  hérétique ,  et  sou- 
tint publiquement  son  opinion  dans 
trois  discours  qu'on  a  réunis  aux 
cruvres  de  Gcrson,  tome  V,  édition 
d'Anvers,  170O.  Il  fut  invité  dans  le 
nette  temps  par  les  chevaliers  de  Li- 
vonie  de  prendre  leur  défense  contre 
Jagellon  ,  roi  de  Pologne,  qui  leur 
avait  déclaré  la  guerre  sans  motif  ap- 
parent. Fdekemberg  publia  à  ce  su- 
jet un  écrit  par  lequel  il  invitât  tous 
les  chrétiens  a  acquérir  la  vie  éter- 
nelle en  s'armant  pour  extermine  r  les 
Polonais  et  leur  mi.  L'archevêque  de 
Gnesen  porta  dos  plaintes  de  CCI  écrit 
au  concile  en  i4«7,  obtint  que  l'au- 
teur serait  mis  en  pi  ison ,  et  qu'on  ins- 
truirait son  proe  ;i;miss aires 
de  différt  nies  nations  chargés  de  l'exa- 
mrn  de  l'ouvrage,  s'accordèrent  à  en 
trouver  les  principes  condamnables; 
ïnais  les  Polonais  firent  de  vaius  cf- 


FAL 

forts  pour  qu'on  en  déclarât  l'auteur 
hérétique.  Dati,  qui  avait  à  se  plain- 
dre de  Falckcmberg  ,  fut  moins  in- 
dulgcut  que  les  Pères  du  concile;  i!  le 
cita  à  un  chapitre  général  composé  de 
ses  créatures,  et  le  fit  condamnera  une 
réclusion  perpétuelle.  Le  pape  Mar- 
tin V.  s'opposa  à  l'exécution  de  cette 
sentence,  fit  venir  Falckcmberg  à 
Rome, l'y  retint  en  prison  quelques 
années  pour  satisfaire  les  Polonais,» 
et  le  relâcha  ensuite  à  raison  de  l'af- 
faiblissement de  sa  santé.  Dlu'goss  , 
historien  polonais  ,  assure  que  Jagel- 
lon  avait  demandé  au  pape  de  lui  li- 
vrer Falckemberg  pour  le  faire  brû- 
ler vif  •  mais  on  n'a  aucune  raison  de 
croire  cette  anecdote,  qui,  si  elle  est 
vraie,  ne  fait  pas  honneur  à  la  gé- 
nérosité du  monarque  polonais.  Le 
même  historien  ajoute  que  Falckem- 
berg, mécontent  des  chevaliers  de 
Livonie ,  écrivit  contre  eux  une  sa- 
tire très  violente  ;  que  des  voleurs 
lui  enlevèrent  son  manuscrit  qu'il  se 
proposait  de  communiquer  aux  Pères 
du  concile  de  Bàle,  et  qu'après  la 
session  il  se  retira  en  Silcsie,  où  H 
moui^it.  Echard  démontre  fort  bien 
que  Dhigoss  est  très  suspect  en  ce 
qui  concerne  un  ennemi  déclaré  de 
sa  nation  ,  et  que  ses  récits  n'ét.mt 
appuyés  d'aucune  preuve  ne  méritent 
aucune  espèce  de  confiance.    W — s. 

FALCKKNMJRG,  en  latin  Fal- 
coburçius  (6s>AM>),  naquit  à  Nimè- 
gue.  Après  avoir  fait  dans  sa  patrie  de 
bonnes  études ,  i!  voyagea  en  France  , 
et  fut  disciple  de  Ctijas  à  Bourges.  II 
alliait  la  philologie  à  la  jurisprudence, 
et  acquit  une  rare  érudition  dans  les 
langues  anciennes,  Il  n'en  a  public 
qu'un  seul  monument,  savoir  ses  no- 
tes et  ses  conjectures  sur  les  Diony- 
si/ira  Se  NOnmis,  qui  parurent  à  An- 
vers die/  Plintm  en  1. ■"*><)<),  in  -  4  •  * 
et  <jui  furent  léimpnmécs  à  Francfort 


FÀL  \ 
en  1606,  in  8°.  Ce  début  ne  se  res- 
sentait pas  de  la  jeunesse  de  Fauteur, 
et  donnait  des  espérances  que  la  fu- 
neste catastrophe  arrivée  à  Falcken- 
burg,  en  15*78,  empêcha  de  se  réali- 
ser. Pris  de  vin  en  route  du  côté  de 
Steinturt ,  il  tomba  de  chevalet  se 
tua.  Janus  Dousa  père,  a  publié,  en 
i582,à  la  suite  de  son  Schediasma 
surTibulle,  quelques  poésies  grecques 
de  son  savant  compatriote;  d'autres 
sont  éparses  de  différents  côtés  ,  et  la 
bibliothèque  de  Leyde  possède  de  lui 
quelques  manuscrits,  tels  que  des 
notes  sur  Catulle,  citées  par  P.  Bur- 
mnn  le  second,  Anthol.  lat.,\m\\.  II , 
pag.  57  1 ,  et  des  observations  sur  le 
Promptuarium  juris  à'huru\énoipu]e, 
mises  au  jour  par  M.  le  baron  de 
ÏVIeernun  fils,  dans  le  tome  VIII  du 
Thésaurus  novus  juris  civilis  et 
canordci ,  à  La  Haye,  1780,  in- 
fol.  M— n. 

FALCKENSTEIN  (Jean -Henri 
de).  Une  vie  de  cet  écrivain  fécond, 
mais  prolixe  et  manquant  de  critique  , 
se  trouve  dans  un  ouvrage  périodi- 
que allemand,  intitulé  Journal  de  et 
pour  la  Franconie  ;  nous  regrettons 
que  cet  ouvrage  ne  soit  pas  à  notre 
disposition.  Lus  auteurs  que  nous 
avons  pu  consulter  ignorent  le  pays 
où  il  naquit  en  1682  ;  on  le  croit 
originaire  de  la  Silésie.  Après  bien 
des  aventures  il  fut  mis,  en  1714  Par 
le  margrave  de  Bayreulh  à  la  tête  de 
l'académie  noble  d'Erlang.  En  1718 
il  embrassa  la  religion  catholique,  et 
entra  comme  conseiller  aulique  et 
chambellan  au  service  du  prince-évê- 
que  d'Eichstett.  Ce  souverain  l'ayant 
renvoyé  en  1 750,  le  margrave  d'Ans- 
pach  le  nomma  son  conseiller  auli- 
que, titre  qui  ne  lui  donnait  point 
d'occupation,  et  lui  laissait  le  temps 
de  publier  ses  nombreux  ouvrages 
historiques  et  diplomatiques,  CcpeiiT 


FAL  inj 

dant  il  fut  envoyé  en  1758  comme 
résident  du  margrave  à  Erfurt ,  où  il 
passa  encore  deux  ans.  Le  5  tevri-  r 
1 760  il  mourut  à  Schwabach.  Ses 
principaux  ouvrages  s«mt  :  I.  Anti- 
auitates  nordgavienses ,  avec  un  re- 
cueil de  pièces  diplomatiques ,  5  vol. 
iu-fol.  ,  Nuremberg,  1733-,  II.  De- 
liciœ  topo-geogr  aphicœ  Noribergen- 
ses,  1735,  ia-fol.  Godefoi  Slieber 
en  donna  une  seconde  édition  eu  1775$ 
III.  Anliquitales  et  memorabilia 
Nordgaviœ  veteris  ,  3  vol.  in-fol. , 
Schwabach,  ï 754-» 74^ ,  un  4"«  vo- 
lume renfermant  les  diplômes  et  pièces 
justificatives  parut  a  Ntustadt-sur- 
l'Aisch  en  1788;  IV.  Chronique  de 
Thuringe,  5  vol.  in-4°. ,  Erfurt, 
1737-1739;  V.  Civitatis  Erfur- 
tensis  historia  critica  et  diplomatica, 
2  vol.  in-4'.,  Erfurt,  1739^1740; 
VI.  Chronicon  Swabacense  ,  Ulm  , 
1740,  in-4°»  Une  seconde  édition 
fortement  augmentée  fut  donnée  sous 
ses  yeux  par  Jean- George  Maurer  en 
1756;  V 'II.  Description  de  Nurem- 
berg ,  Erfurt,  1 760 ,  in  -  4°.  Falc- 
kenstein  publia  cet  ouvrage  sous  le 
nom  de  Joannes  ab  Indagine  ; 
VIII.  Antiquitates  et  memorabi- 
lia marchiœ  Brandenburgicœ ,  3  vol. 
in-4°.,  Bayreulh,  1  76 1  ;  IX.  His- 
toire du  duché,  ci^devant  royaume 
de  Bavière y  3  vol.  in-fol.,  Munich, 
1 763.  Cet  ouvrage  posthume  fut  pu- 
blié par  G.  W.  B.  Frever.  En  1776 
le  baron  d'Ickstalt  fit  imprimer  une 
préface  avec  un  nouveau  frontispice 
portant  lngolstadt  et  Augsbourg  com- 
me lieux  d'impression.  Tous  ces  ou- 
vrages sont  écrits  en  allemand,  quoi- 
que les  titres  de  quelques-uns  commen- 
cent par  des  mots  latins.        S — l. 

FALGO  (  Benoît  di  ),  littérateur, 
né  à  Naples  vers  la  fin  du  1 5P.  siècle, 
jouissait ,  dit  le  ïoppi ,  de  la  répnta* 
tion  d'un  homtoe  également   sniri- 


1 2o  F  A  L 

tucl  et  instruit.  11  joignait  à  la  con- 
naissance des  langues  anciennes  celle 
tle  l'hébreu  ,  peu  cultivée  alois  en  Ita- 
lie, et  il  en  ouvrit  un  cours  à  iNaples 
avec  quelque  succès.  On  ignore  les 
autres  circonstances  tle  la  vie  de  Fal- 
co ,  et  on  ne  peut  même  fixer  d'une 
manière  précise  l'époque  de  sa  mort. 
On  a  de  lui  :  1.  De  origine  hebraï- 
carum  ,  grœcarum  latinarumque 
litterarum,  deque  numeris  omnibus 
libellas,  i5io,in-4">;  II.  De  syl- 
labarum  poeiicarum  quanlitate 
noscendd ,  iS^q;  HT.  Rimario  , 
Naples,  i555,  iu-4°.  C'est  un  dic- 
tionnaire de  rimes  ;  il  en  existai! 
d'autres  en  Italie  ;  celui  de  Faîco  a 
l'avantage  d'être  plus  complet ,  mais  il 
contient  un  grand  nombre  de  mots 
qui  ne  sont  en  usage  que  dans  la 
Pouille  et  la  Calabre.  IV.  la  dichia- 
ralione  de  molti  luoghi  dubbiosi  d' A- 
riosto  e  d'alquanti  del  Petrarcha; 
cscusalione  fatta  in  favor  di  Dante, 
in-4".;V.  lu  Descritûone  de  i  luo- 
ghi anlichi  di  Napoli,  e  del  suo 
dislretlo,  Naples  ,  i  5")f),  in-8  .,  ou- 
vrage estime'  pour  son  exactitude,  et 
qui  a  eu  de  nombreuses  éditions.  Si- 
gebert  Ilavercamp  en  a  fait  une  tra- 
duction latine  sur  l'édition  italienne 
de  JNap'.cs  ,  1O79,  in-4%  qui  passe 
pour  l'une  des  meilleures  ,  et  on  l'a  in- 
dans le  tome  IX  du  Thesaur. 
anliquilat.Italicede  15unn.inn.VV — s. 

FA  ICO  (Jean  ).  V.  Conciullos. 

l-VLCO  ou    FALCON  (Aymar), 
chanoine  n  l'ordre  de  \uyt- 

Antoi:  ;nc  familh 

. 

lui  concilia  dès-lo«  L'affection  «  I 
time  de  ses  supérieurs.  11  avait  à 
t.  rmiuésrscludes, qu'ils  lui  doin. 

leur  confiance,  en  le 
uiit  de  la  paroisse  de  la  ville  de 


FAL 

Saint-Antoine ,  où  était  le  chef-lieu  de 
l'ordre.  Le  grand  -  prieur  ayant  été 
obligé  de  s'absenter ,  on  jeta  les  yeux 
sur  Faleon  pour  en  exercer  les  fonc- 
tions jusqu'à  son  retour.  On  lui  donna 
aussi  la  comtnauderie  de  Bar-lc-Duc. 
Dans  tous  ces  emplois,  Faleon  mon- 
tra tant  de  sagesse,  de  prudence  (t 
d'habileté  dans  le  maniement  des  af- 
faires, que  l'ordre  ayant  besoin  en  cour 
de  Rome  d'un  agent  expérimenté,  le 
chapitre-général  crut  ne  pouvoir 
mieux  faire  que  de  donner  à  Falco 
cette  commission  délicate.  Celait  Clé- 
ment V  II  (Jules  de  Médieis)  qui  oc- 
cupait alors  le  tiône  pontifical.  Falco 
partit  avec  des  pouvoirs  très  étendus, 
et  des  lettres  de  recommandation 
pour  le  pape ,  remplies  de  son  éloge 
et  des  témoignages  les  plus  honora- 
bles. Il  justifia  la  confiance  de  son  or- 
dre ,  revint  après  avoir  complètement 
réussi  dans  ses  négociations  ,  et  fut 
comblé  de  louanges  et  de  marques 
d'estime.  Théodore  de  Chaumont, 
abbé  de  Saint-Antoine,  étant  mort  en 
1  ">>•-,  ce  fut  encore  Falco  que  l'on 
choisit  pour  gouverner  pendant  la  va- 
c.inee  en  qualité  de  vicaire-général  , 
conjointement  avec  Jean  liorrelf  l'oy. 
Buteo),  commande^  de  Ste-Croix. 
Enfin  telle  était  l'idée  que  ses  confrères 
avaient  tle  sa  capacité  ,  que  les  droits 
et  les  prérogatives  de  l'abbaye  se 
trouvant  menacés  ,  ils  (tirent  iccours 
à  lui  pour  les  défendre  ,  et  crci 
exprès  pour  cela  une  charge  inusitée 
parmi  eui  sous  le  titre  de  dictateur  , 
de  laquelle  lis  L'investirent,  avec  fat* 
Iribulion  de  tout  pouvoir  néc<  • 
pour  remplir  cette  nouvelle  nu 
Quoique  Falco  ne  fût  point  avance 
r,  attaqué  de  la  pierre,  il  eu 
->  douleurs  qu'il 
suppoi  tait  1  itione!  patience, 

maifl  qui  abrégèrent  sa  \  ie,  et  en  ren- 
dirent amèlCI  cl  pémblcslcs  démit. us 


FAL 

années.  11  termina  sa  carrière  mortelle 
l'an  i544,  âge  de  cinquante-im  ans. 
Maigre  les  affaires  dont  il  fut  presque 
continuellement  occupe,  il  avait  trouvé 
du  temps  pour  la  composition  de  plu- 
sieurs ouvrages.  Il  a  laisse  I.  Une  his- 
toire de  son  ordre  sous  ce  titre  :  Anto- 
niance  historiée  compendium,  ex  va- 
riis ,  iisque  gravissimis  ecclesiasticis 
scriptoribus ,  nec  non  rerum  gesta- 
rum  monumentis  collectum ,  unà 
cum  exlernis  rébus  quàmplurimis , 
scilu  memoraluque  dignissimis , 
Lyon  ,  1 554,  Il  y  a  de  cet  ouvrage, 
dont  la  latinité  est  pure  et  élégante, 
quoique  le  style  eu  soit  simple ,  une 
traduction  en  espagnol  par  Fernand 
Suarès,  provincial  des  cannes,  Sé- 
ville  ,  161 5.  Le  traducteur  y  a  ajouté 
un  chapitre  qui  contient  l'histoire  des 
commaudeiïes  de  l'ordre  de  Saint-An- 
toine en  Espagne.  II.  De  tuld  fide- 
lium  navigatione,  inter  varias  pere- 
grinorum  dogmatum ,  nec  non  clau- 
dicanUum  opinionum  varialiones , 
dialogidecem,  quibus  exipsosacra- 
rum  litter arum  fonte ,  universœ  hait- 
riuntur  sententice  ,  adjunclis  passim 
probatissimis  velerum  Patrurn  dictis 
et  rationibus ,  Lyon,  i556.  III.  De 
exhilaratione  animi ,  quem  metus 
mortis  angit  et  excruciat,  Vienne  , 
1 54 1 ,  in-8'.;  IV.  De  compendiosd 
ratione ,  qud  quis  ditari  possil  dia- 
logus.familiaris  ;  V.  De  fœdere  cum 
Turcd  non  ineundo.  Falco ,  n'étant 
point  content  de  ce  livre,  en  sup- 
prima les  exemplaires.  On  voit  par 
les  monuments  de  l'abbaye  de  Saint- 
Antoine  que  Falco  avait  composé  d'au- 
tres ouvrages  qui  ne  sont  point  par- 
venus jusqu'à  nous.  L — v. 

FaLCONBRIDGE  (Alexandre), 
anglais,  employé  comme  chirurgien  à 
bord  des  -bâtiments  qui  font  le  com- 
merce avec  l'Afrique,  publia  en  1  789, 
in-8".,  un  Précis  de  la  Traite  des 


FAL  121 

Nègres,  sur  la  côte  d'Afrique ,  où  il 
met  au  jour  les  cruautés  qui  accom- 
pagnent cet  odieux  trafic.  11  mourut  à 
Sierra -Leone  en  1792.  Sa  femme, 
Anne-Marie  Falconbridge  ,  qui  l'avait 
suivi  dans  celte  contrée,  a  écrit  la  re- 


lation de 


voyag 


T 


l'elle  pnbii 


en  1 7ÇP  ,  sous  ce  titre  :  Deux  Voya- 
mz&  à  Sierra  -  Leone ,  dans  les  an- 
nées 1 791 ,  1 792  et  1 79J,  dans  une 
suite  de  Lettres;  Londres,  in-8 \  (en 
anglais  ).  Cette  relation  ,  qui  contient 
un  précis  historique  de  Sierra  -  Leone 
et  de  ses  environs,  des  opérations  et 
des  progrès  de  la  colonie  qui  y  a  été 
établie  dans  la  vue  d'abolir  le  com- 
merce des  esclaves,  ainsi  que  des  dé- 
tails curieux  sur  les  mœurs  et  cou- 
tumes des  habitants,  est  écrite  avec  un 
ton  de  simplicité  négligée  qui  n'est 
pas  sans  agrément ,  et  la  lecture  en 
fut  généralement  goûtée.  L'auteur  en 
donna  une  2e.  édition  en  17945  en  1 
vol.  in- 12  ,  et  une  5e.  en  1 795. 

X-s. 
FALCONCÏNÏ  (  Benoît  ),  né  en 
1 657 ,  à  Voltcrra ,  eu  Toscane ,  fît  ses 
premières  études  au  coliége  .de  cette 
ville,  fréquenta  ensuite  les  cours  de 
l'université  de  Pisc  ,  et  y  obtint  une 
chaire  de  droit  canon.  Ses  talents  lui 
méritèrent  la  protection  du  grand  duc 
Gosme  III  et  du  souverain  pontife.  31 
fut  nommé  en  1704  à  l'évêché  d'A- 
rezzo ,  gouverna  son  diocèse  avec  sa- 
gesse pendant  vingt  années,  et  mou- 
rut ,  dans  sa  ville  épiseopalc  ,  le  20 
mars  1724.  On  a  de  ce  prélat  Vila 
di  Rafaello  Volaterrano ,  Rome , 
1  722,  in-4".  ;  elle  est  estimée.  W — s. 
"FALCONER  (  Guillaume),  poêle 
écossais ,  né  dans  l'indigence  à  Edim- 
bourg .  vers  l'année  1 735  ,  et  resté  de 
bonne  heure  orphelin  ,  passa  très  peu 
de  temps  dans  une  petite  école,  où  il 
ne  montra  qu'une  capacité  très  ordi- 
naire; il  s'engagea  ensuite  dans  la  ma- 


\ii  F  AL 

rine,  et  languit  dans  les  emplois  les 
plus  subalternes.  On  ne  sait  pas  bien 
par  quels  moyens  il  put  cultiver  le  ta- 
lent naturel  qu'il  avait  pour  la  poésie. 
Le  docteur  Currie  a  rapporté  seule- 
ment, sur  l>»  témoiguage  d'un  chirur- 
gien <le  Marine,  que  Campbell,  auteur 
de  Lexiphanes  y  dialogue  satirique  sur 
le  style  du  docteur  Johnson  ,  se  trou- 
vant attaché  en  qualité  de  trésorier  à 
un  vaisseau  où  Falconer  servait  comme 
simple  matelot,  l'avait  pris  à  son  ser- 
vice ,  et  s'était  plu  à  l'instruire.  Quoi 
qu'il  en  soit,  les  premiers  essais  de  sa 
muse  attirèrent  peu  d'attention.  S'étant 
embarqué  à  l'âge  de  dix-huit  ans ,  avec 
le  titre  de  contre-maître,  sur  la  Bri~ 
tannia ,  ce  bâtiment  fit  naufrage  dans 
son  passage  d'Alexandrie  à  Venise  ; 
Falcouer  et  deux  de  ses  compagnons 
furent  les  seuls  qui  purent  se  sauver. 
Ce  désastre  lui  fournit  le  sujet  d'un 
poëme  en  trois  chants,  intitulé  le 
Naufrage,  et  qu'il  publia  à  Londres 
en  l'jG-i.  Ce  poëme,  écrit  avec  une 
chaleur  digne  du  sujet,  fut  fort  goûté, 
surtout  pour  la  partit-  descriplive  ,  et 
il  est  encore  estimé  aujourd'hui  et  pour 
l'intérêt  et  pour  l'instruction  qu'on  y 
trouve,  quoiqu'on  y  aperçoive  un  em- 
ploi trop  fréqueut  des  termes  techni- 
ques que  les  habitudes  de  l'auteur  lui 
avaient  rendus  familiers  (  i  ).  11  en  don- 
na lui-même  une  deuxième  édition  en 
j  764  ,  avec  des  corrections  et  des  ad- 
ditions qui  n'ont  pas  été  généralement 
approuvées;  il  en  donna  une  nouvelle 
<n  1  '•(')[).  Il  y  en  a  eu  beaucoup  d'au- 
tres depuis,  notamment  une  en  1804, 
pu  le  texte  est  éclairci  par  de  nouvelles 
notes,  avec  nue  notice  biographique 
>.ur  Falconer  par  James  StaniirClarkc, 
et  avec  de  jolies  gravures.  Falconer 
revint  en  Ecosse  après  la  publication 


(OOn  troure  dam  le  Mercure,  étrange»  (  t.  Il, 
p.  ii  )  une  notice  inUrcsunle  du  p>teiue  du  .\.iu- 


F  AL 

de  son  poëme;  et  passa  quelque  temps 
au  presbytère  de  Gîadsmuir,  habité 
par  son  parent,  le  célèbre  historien 
Robertson.  11  publia,  en  1769,  nu 
Dictionnaire  de  marine,  en  un  vol. 
in-4°. ,  bien  fait ,  et  composé  sur  un 
bon  plan  ,  puisqu'il  a  mérité  qu'on  eu 
donnât,  en  1809,  une  édition  nou- 
velle dans  le  même  format,  mais  con- 
sidérablement augmentée.  Ses  ouvra- 
ges lui  avaient  procuré  de  l'avance- 
ment et  une  situation  plus  douce.  11 
avait  épousé  une  femme  qui  partageait 
son  goût  pour  la  littérature ,  et  qui  s'é- 
tait donnée  à  lui  contre  le  gré  de  ses 
parents.  11  s'embarqua,  en  1769, 
avec  le  titre  de  trésorier ,  à  bord  de 
la  frégate  V Aurore,  pour  les  Indes 
orientales.  On  présume  qu'il  essuya 
un  second  naufrage  où  il  fut  moins  heu- 
reux que  dans  le  premier  ;  car  le  bâ- 
timent ayant  quitté  le  cap  de  Bonne- 
Espérance,  on  n'en  reçut  plus  au- 
cune nouvelle  certaine  :  un  mate- 
lot noir  se  présenta,  en  177?»,  à  la 
compagnie  des  Indes  ,  où  il  se  donna 
comme  une  des  cinq  personnes  échop- 
pée* au  naufrage  de  Wîurore ,  sur 
les  rochers  de  Macao.  Faieoner  .?vait 
alors  environ  trente-six  ans.  On  a 
aussi  de  lui  un  poème  sur  la  mort 
de  Frédéric,  prince  de  Galles  .  pu- 
blié en  17^1  ;  une  ode  du  duc  d'Y-:  k; 
le  Démagogue ,  satire  politique,  im- 
primée sous  le  nom  suppose  de  Théo- 
phile Tborn,  et  dirigée  contre  Wilkes 
et  Churchill,  et  des  chansons.  Le 
docteur  Anderson  a  donne'  une  édition 
des  ouvrage*  de  poésie  de  Falconer, 
précédée  d'une  notice  sur  sa  \  ie. 

X-s. 
FALCONET  (André),  naquit  à 
Roanne,  le  1  1  novembre  i(>i  1  ,  do 
Charles,  qui  fut  depuis  médecin  de  la 
reine  Marguerite  de  Valois.  André  lit 
tudes  à  Roanne,  al  a  étudier  la 
médfciue  à  Montpellier,  et  fut  reçu 


FAL 

docteur  en  \6o/\.  Deux  ans  après ,  il 
vint  s'établir  à  Lyon,  où  il  exerça  la 
médecine  avec  succès  jusqu'en  1^91 , 
année  de  sa  mort.  Il  s'était  fait  rece- 
voir doeleur  ru  droit  en  1 6  \  1  ;  il  avait 
obtenu, en  i656,  ie titre  déconseiller, 
médecin  ordinaire  du  roi ,  et  avait  éié 
appelé  en  i665,  à  Turin,  pour  la 
maladie  de  Christine  de  France,  fille 
de  H  un  IV.  Falconct  cultivait  la  lit- 
térature, et  Lucain  était  son  auteur 
favori.  Il  fut  très  lié  avec  Ch.  Spon  et 
Gui  Patin  :  ce  dernier  le  qualifie  ex- 
cellent médecin  ,  et  l'appelle  son  meil- 
leur ami.  C'est  à  Falconet  que  sont 
adressées  les  lettres  de  Gui  Patin , 
imprimées  dans  le  premier  Recueil 
(Foyez  G.  Patin  1,  ayant  indiffé- 
remment les  initiales  F.  D.  M.  ; 
F.  G  M.  D.  R.  ;  ou  F.  M.  C.  D.  R. 
On  a  d'André  Falconet  des  Moyens 
préservatifs  et  Méthode  assurée  pour 
la  parfaite  guérison  du  Scorbut , 
1642,  in-8°. ,  réimprimé  en  1684. 
A.  B— t. 
FALCONET  (Noël),  fils  du  pré- 
cédent, naquit  à  Lyon,  en  i644- 
Après  avoir  fait  ses  humanités  à  Lyon 
il  fut  envoyé  à  Paris ,  où  Gui  Patin 
surveilla  ses  études  avec  une  affection 
vraiment  extraordinaire.  Gui  Patin 
devitnt  bon  homme  toutes  les  fois 
que,  dans  ses  lettres  à  André  Falconet, 
il  lui  parle  de  Noël.  Ce  n'est  pas  ,  au 
reste,  le  père  seul  qu'il  entretenait 
de  son  pupile;  il  en  parle  aussi  dans 
ses  lettres  à  Spon.  Il  le  produisit  de 
bonne  heure  chez  l'abbé  de  Marollcs, 
où  se  réunissaient  Patru,  Lamothc- 
Lcvayer.  La  Miltière,  etc.  Falconet 
soutint  sa  thèse  de  philosophie,  le  8 
août  1660,  à  Paris  ;  il  y  fit  aussi  ses 
cours  de  médecine,  toujours  sous  les 
yeux  de  G.  Patin  ,  et  fut  reçu  docteur 
à  Montpellier  en  i6G3.  Il  vint  d'abord 
s'établir  à  Lyon,  auprès  de  son  père; 
mais  en   1678,  il  fut  amené  à  Paris 


FAL  i2> 

par  Louis  de  Lorraine,  comte  d'Ar- 
magnac, grand  écuyer,  qui  lui  pro- 
cura la  place  de  médecin  des  écuries 
du  roi.  Falconet  obtint,  depuis,  le 
titre  de  médecin  consultant  du  roi,  et 
mourut  à  Paris  le  14  mai  1754.  On. 
lit  dans  E!oy  que  «  Hailer  dit  qu'il 
»  fut  le  premier  qui  se  servit  du 
»  quinquina  en  France.  »  D'abord,  il 
parait  que,  sept  ans  avant  sa  récep- 
tion au  doctorat,  le  quinquina  avait 
été  employé  à  Paris;  car,  dans  la  lettre 
de  Gui  Patin  à  Falconet  père  ,  du  19 
novembre  i656,  on  lit  :  «  Le  kinkina 
»  des  jésuites  de  Rome  n'a  guéri  per- 
»  sonne  ici ,  et  il  n'en  est  plus  men- 
»  tion  nulle  part.  Barbarus  eccejacel, 
»  nec  erit  cum  nomine ,  Pulvis.  » 
Mais  il  faut  remarquer  qu'Eloi  cite  à 
faux  flaller,  qui  fait  honneur  de  l'in- 
troduction du  quinquina  au  père  de 
Noël,  et  non  à  Noël  lui  -  même. 
On  a  de  Noël  Falconet  :  I.  Système 
des  fièvres  et  des  crises  selon  la  doc- 
trine d'Hippocrate ,  1725,  i  11-12; 
IL  Méthode  de  Luc(pie  sur  la  ma- 
ladie de  Mme.  (  Dugué  ),  intendante 
de  Lyon,  réfutée,  Lyon,  1 0^5 , 
in-4'.  L'auteur  y  a  joint  plusieurs 
lettres  curieuses  et  des  remarques  sur 
l'or  prétendu  potable. Niceron  dit  qu'il 
présida  à  la  dixième  édition  du  Cours 
de  chimie  de  Lémery,  Paris,  1 7  1 3, 
in-8°.  A.  B— t. 

FALCONET  (Camille),  fils  du 
précédent,  naquit  à  Lyon,  le  1".  mars 
167  1,  et  ne  fut  baptisé  que  le  29  mars, 
ce  qui  a  induit  en  erreur  des  bio- 
graphes. Son  père,  étant  venu  s'établir 
à  Paris,  le  laissa  dans  sa  ville  natale, 
sous  la  direction  de  son  grand-pcre.Il 
vint  ensuite  à  Paris  faire  ses  études 
au  collège  du  cardinal  Lemoine,  re- 
tourna faire  sa  philosophie  à  Lyon  , 
puis  alla  à  Montpellier,  où  il  eut  Chi- 
rac pour  professeur  et  Chicoyneau 
pour  compagnon  d'études.  Il  alla  sa 


rvî  FAL 

faire  recevoir  docteur  à  Avignon,  et  vint 
s'établir  à  Lyon.  Son  cabinet  fut  bien- 
tôt le  rendez-vous  des  savants  et  des» 
étrangers ,  et  il  e>t  regardé  comme  le 
berceau  de  l'académie  de  cette  ville. 
Mu,e.  Guyon,  revenant  en  1(187  de 
son  exil,  alla  voir  Falconct.  Un  jour, 
à  la  toilette  de  cette  dame,  une  dis- 
pute s'éleva  sur  son  système,  entre  elle 
et  Falconet.  La  conversation  s'anima 
de  plus  en  plus,  et  Mrac.  Guyon,  toute 
occupée  du  sujet  de  la  conversation , 
ne  s'aperçut  pas  qu'elle  était  dans  un 
certain  désordre.  Sa  fille-de-chainbre, 
voulant  le  réparer,  lui  présenta  un 
mouchoir;  mais  M;ue.  Guyon  de  s'é- 
crier :  «  Il  est  bien  question  d'un  mou- 
»  choir.»  Eu  1707,  Falconet  vint  à 
Paris  auprès  de  son  père,  mais  ce  ne 
fut  que  quoique  temps  après  qu'il  y  fît 
venir  sa  femme,  ses  enfants  et  sa  bi- 
bliothèque. 11  eut  d'abord  la  survi- 
vance de  médecin  des  écuries  du  roi; 
à  ce  titre  il  joignit  ensuite  celui  de 
médecin  de  la  maison  de  Bouillon  : 
enfin,  après  la  mort  de  Touruefurt, 
il  fut,  en  1709,  nommé  médecin  de 
la  chancellerie.  Ce  fut  cette  même  an- 
née qu'il  se  fit  recevoir  «à  la  faculté  de 
médecine  de  Paris.  Il  était  l'ami  de 
Maliebranche,  de  Fontenelle  ,  etc.  Ses 
connaissances  littéraires  le  firent  ad- 
mcttie,  en  17  1O,  à  l'académie  des 
inscription*  et  belles-lettres,  et  il  a 
fourni  plusieurs  dissertations  cur* 
dans  les  Mémoires  de  cette.  Société.  Il 
était  possesseur  d'une  belle  biblio- 
thèque que  .M",  de  Bouillou  avait 
bien  enrichie  ,  en  lui  légua. ,t  celle 
qu'elle  tenait  du  duc  son  père.  Cette 
bibliothèque,  composée  de  cinquante 
inil!e  volumes,  était  autan»  .1  les  .unis 
qu'a  lui;  et  plusieurs  fois  il  lui  < 
me  de  racheter 
de  livres  qu'il  avait  prêtes,  jugeant 

que,  puisqu'on  ne  ies  lui  rend.nl  pas, 
on  kl  avait  perdus  ou  qu'on  eu  ayail 


FAL 

encore  besoin.  Il  mourut  le  8  février 
i^G-i.  a  l'âge  de  quatre-vingt-onze 
ans.  On  a  remarqué  que  son  père 
était  mort  à  90  ans  et  sa  grand*- 
mère  à  quatre-vingt-dix-neuf}  mais 
la  longévité  de  sa  famille  ne  s'est  pas 
étendue  jusqu'à  sa  postérité;  il  avait  eu 
quatre  enfants  :  ils  étaient  tous  morts 
long -temps  avant  lui.  Dès  l'année 
17  » .2 ,  Camille  Falconet  avait  donné 
à  la  bibliothèque  du  roi  tous  ceux  de 
ses  livres  qui  n'y  étaient  pas  :  il  s'en 
était  seulement  réservé  l'usage  durant 
sa  vie.  On  porte  à  onze  mille  le  nombre 
de  volumes  dont  il  a  enrichi  la  pre- 
mière bibliothèque  du  monde.  Quoique 
non  exposes  dans  la  vente ,  ces  vo- 
lumes ont  cependant  été  compris  dans 
le  précieux  Catalogue  de  la  biblio- 
thèque de  feu  M.  Falconet  {voyez 
Barrois),  et  sont  distingués  par  les 
crochets  qui  les  entourent.  Dans  l'aver- 
tissement qui  précède  ce  catalogue,  on 
trouve  un  Mémoire  sur  la  vie  et  les 
ouvrages  de  MM.  Falconet.  On  y  a 
énumeré  avec  soin  les  ouvrages  que 
Camille  a  produits  dans  les  différents 
genres  ;  mais  on  doit  remarquer  :  T. 
Dissertation  hist.  et  cri  t.  sur  ce  que 
les  anciens  ont  cru  de  Vaiman  (  dans 
les  Me  m.  de  l académie  des  insc.y 
tom.  IV);  II.  Observations  sur  nos 
premiers  traducteurs  français  avec 
un  essai  de  bibliothèque  française 
(  ibidem,  tome  VIT;  II).  Disser- 
tation sur  les  Assassins  (  ibidem , 
tom.  XVII);  IV.  Dissertation  sur 
Jacques  de  Dondis  (  voy.  Dondi  ) , 
(  tbtd.,  tome  XX  ;  V.  Wasieurs 
5  de  Médecine;  VI.  Une  édition 
des  émoars  pastorales  àe  Daphnis 
et  Chiné ,  ir.id.  par  Amyot  {vo)ez 
àmrov);  VII.  Avec  Làncelot,  l'édi- 
tion du  ('}  mbalum  mun di ",  de  > 

;  i.ii.us).  11  avait  laisse  p.us 
de  cinquante  nulle  entes,  sur  les- 
quelles il  avait  porté  ses  extraits  do 


FAL 
notes.  Rigoley  de  Juvigny  a  employé 
celles  qui  étaient  relatives  aux  Biblio- 
thèques de  Lacroix    du  Maine   et 
Duverdier   (  voyez    Duverdier    et 
Lacroix,  du  Maine).  Camille  Falco- 
net  avait  traduit  en  :atin  le  Nouveau 
Système ,  ou  Nouvelle  explication 
du  mouvement  des  Planètes  de  Ph. 
Villemotj  cure  de  la  Guillolière.  Cette 
traduction  anonyme  a  été  imprimée  en 
regard  du  texte ,  Lyon,  1 707 ,  in-ra. 
A.  B— t. 
FALCONET  (Etienne  Maurice)  , 
sculpteur,  était  d'une  famille  originaire 
d'Exilles ,  sur  les  frontières  du  Pie- 
mont  ,  et  alliée  à  celle  des  médecins 
célèbres  de  ce  nom.  Il  naquit  à  Paris, 
en  17 16,  de  parents  peu  fortunés; 
origine  dont  il  tirait  autant  de  vanité 
que  d'au'.res  en  mettent  à  appartenir 
à  une  famille  illustre,  comme  il  le  té- 
moigna lui-même  à  l'impératrice  Ca- 
therine ,    lorsque  cette  princesse  lui 
donna  un  rang  qui  lui  procurait  le  ti- 
tre de  vache  vjsokorodie  (  qui  signi- 
fie votre  haute  naissance).  «  Ce  titre, 
»  dit-il ,  me  convient  à  merveille  ;  car 
»  je  suis  né  dans  un  grenier.»  Son  édu- 
cation répondit  à  sa   naissance  :  ap- 
prendre à  lire  et  à  écrire ,  fut  la  seule 
qu'il  reçut  de  ses  parents  ,  et  pour  les- 
quels encore  celte  étude  devint  un  sa- 
crifice. Placé  de  très  bonne  heure  ap- 
prentif  chez  un  mauvais  sculpteur  en 
bois,   dont  la  principale  occupation, 
dit-on  ,  était  la  fab',  ication  de  têtes  à 
perruques  ,  il  employait  les  heures  de 
ses  délassements,  et  souvent  celles  du 
sommeil,  à   modeler  en    terre,   et  à 
dessiner  d'après  d  s  estampes  ,  à  l'ac- 
quisition desquelles   il   sacrifiait  une 
partie  de  l'argent  nécessaire  à  ses  pre- 
miers besoins.  11  avait  atteint  sa  dix- 
septième  .innée,  lorsqu'ayant  entendu 
parler  de  Lemoine,  sculpteur,  aussi 
connu  par  son  extrême  bonté  que  par 
ses  talents ,  il  parvint  à  vaincre  sa  ti- 


FAL  H5 

midité  naturel1  e,  et  se  détermina  à  se 
présenter  chez  lui ,  avec  quelques-uns 
de  ses  faibles  essais  ,  pour  lui  deman- 
der de  l'appui  et  des  conseils.  Le- 
moine qui ,  à  travers  la  faiblesse  de 
ces  productions,  avait  reconnu  le 
germe  du  talent,  l'accueillit  favorable- 
ment ;  et  non  seulement  l'admit  dans 
son  atelier ,  mais  encore  par  suite 
l'aida  de  sa  bourse,  afin  de  le  mettre 
en  état  de  suivre  ses  études.  Les  pro- 
grès de  Falconet  furent  si  rapides , 
qu'au  bout  de  six  ans ,  quoiqu'il  fût 
obligé  d'employer  une  grande  partie 
de  son  temps  à  des  travaux  de  compa- 
gnon pour  suffire  à  sa  subsistance  ,  il 
composa  et  exécuta  sa  figure  du  Milon 
de  Crotone  ,  qui  lui  mérita  ,  en  1 7/p  ? 
son  agrément  à  l'Académie*  Cette  bel  e 
figure ,  que  mal  à  propos  quelques 
critiques  ont  regardée  comme  une  imi- 
tation de  celle  du  Pujet ,  ne  lui  res- 
semble en  rien,  puisqu'il  l'a  représentée 
dans  l'instant  où  Milon  ,  renversé,  est 
déchiré  par  le  lion  ,  tandis  que  celle 
du  Pujet  est  debout  :1a  figure  de  Fal- 
conet réunit  à  de  belles  formes  un 
beau  caractère  ;  elle^cst  regardée 
comme  l'une  des  meilleures  produc- 
tions du  ciseau  moderne  :  Falconet , 
sévère  pour  lu(  même  dans  ses  criti- 
ques, trouvait  la  tête  d'un  mauvais 
choix,  défaut  qu'il  attribuait  à  ce 
qu'il  avait  pris  la  sienne  pour  mo- 
dèle :  c'est  cette  même  figure  qu'il 
a  exécutée  en  marbre  en  1754  pour 
sa  réception  à  l'Académie  :  cette  com- 
pagnie savante  l'admit  successivement 
professeur  et  adjoint  au  recteur.  Quoi- 
que chargé  de  famille,  s'étant  ma- 
rié assez  jeune  ,  cet  artiste,  peu  con- 
tent de  l'éducation  qu'il  avait  re- 
çue, voulut  s'en  donner  une  nouvelle. 
Convaincu  qu'un  artiste  habile,  qui 
veut,  se  faire  une  réputaf ion  durable, 
doit  être  instruit,  il  employait  une 
partie  de  son  temps  à  l'étude  du  latin 


126  F  AL 

et  de  l'italien.  Aidé  des  conseils  d'un 
ecclésiastique  dont  il  avait  fait  con- 
naissance,  il  s'appliqua  aussi  à  celle 
du  grec.  Cependant  il  ne  poussa  pas 
très  loin  celte  dernière.  L'ccclesiasti- 
que,qui  s'était  fait  son  instituteur, 
était  un  fort  brave  homme  ,  un  peu 
entiché  de  jansénisme  :  l'élève  ne  tarda 
pas  aussi  sous  ce  rapport  à  profiter  de 
ses  leçons.  Mais  ayant  fait  connais- 
sance avec  les  philosophes  de  la  Grèce, 
par  la  lecture  de  leurs  ouvrages,  bien- 
tôt il  abandonna  Nicole  et  Sacy  pour 
Platon,  et  pour  Socrate  auquel  il  se  fai- 
sait gloire  de  ressembler.  Il  ne  conserva 
cîu  jansénisme  que  la  sobriété  et  les 
autres  vertus  morales  qu'il  amalgama 
.îsa  manière  avec  celles  de  ces  der- 
niers. Le  goût  de  Falconet  pour  les 
lettres  marchait  de  front  avec  son  pen- 
chant inné  pour  la  sculpture;  il  mit 
au  jour  ses  deux  figures  de  Pygma- 
lion  et  de  la  Baigneuse,  productions 
gracieuses,  qui  eurent  le  plus  grand 
succès  ,  qui  furent  moulées  et  surmou- 
lées dans  toute  l'Europe.  Sa  figure  de 
V Amour  menaçant  ne  lui  vaiut  pas 
moins  d'e'logc%Ou  trouve  dans  toutes 
ces  productions  de  la  grâce,  (  t  la  mor- 
bides.se  des  chairs,  talent  dans  lequel 
les  anciens  ont  excellé.  Passant  de 
suite  du  profane ,  de  l'erotique  même 
au  sacré,  Falconet  consacra  aussi  son 
art  à  des  sujets  religieux;  il  exécuta 
pour  l'église  de  Saint-Koch  un  Christ 
agonisant;  il  décora  la  chapelle 
de  la  Vierge  de  la  même  basilique 
d'une  Annonciation,  et  des  statues 
de  Moïse  et  de  David  :  Un  St.-Am- 
Iroii&i  sorti  de  son  ciseau,  repré- 
M'iilé  dans  l'instant  OÙ  il  refuse  l'entrée 
de  la  cathédrale  de  Milan  a  l'empereur 
Théodose,  encore  teint  du  sang  de 
Sept  mille  Thcssaloniciens ,  décore 
aussi  l'église  des  Invalides.  Toutes  ces 
figures,  traitées  dam  iVxpreèsion  et 
le  caractère  qui  leur  conviennent,  ob- 


FAL 

tinrent  tous  les  suffrages.  Ce  fut  peu 
de  temps  après  l'exécution  de  ce  der- 
nier ouvrage,  en  1766,  que  Falconet 
fut  appelé  en  Russie  par  Catherine  II , 
comme  le  statuaire  dont  le  génie  avait 
marqué  davantage  ,  pour  exécuter  ta 
statue  équestre  de  Pierre  I  r.  Cet  artiste 
fit  l'esquisse  du  projet  avant  de  quit- 
ter la  capitale.  Cette  composition, 
neuve  et  noble,  représente  le  législa- 
teur de  la  Russie  franchissant  à  la 
course  un  rocher  escarpé.  Un  serpent, 
écrasé  sous  les  pieds  de  son  cheval , 
indique  les  obstacles  que  cet  homme 
extraordinaire  a  dû  surmonter  pour 
éclairer  et  réformer  les  mœurs  de  sa 
natiou.  Pour  donner  à  ce  monument 
tout  le  grandiose  dont  il  était  suscep- 
tible ,  on  choisit  pour  sa  base  un  bloc 
d'un  seul  morceau  ,  de  trente-sept 
pieds  de  long  sur  vingt-deux  de  hau- 
teur ,  et  vingt-un  de  largeur ,  qu'on 
trouva  dans  un  marais  à  quelques  mil- 
les de  St. -Pétersbourg  ;  on  y  joignit 
encore  une  alongc  de  treize  pieds. 
Pour  la  grâce  et  l'accord  de  l'ensemble 
du  monument.  l'arti<te  eu  diminua, 
dans  son  atelier,  quelques  fragments 
sur  la  hauteur  et  la  largeur  seulement. 
On  estime  que,  lorsque  ce  bloc  y  entra, 
il  pesait  près  de  trois  millions  délivres. 
Le  transport  d'une  pareille  masse  a 
fait  époque  dans  les  annales  de  la  mé- 
chanique  (  Voy.  Carbuhi).  La  fonte 
de  la  figure  et  du  cheval ,  qui  devaient 
être  coulés  d'un  même  jet,  ayant  man- 
qué a  moitié,  la  maïièn.  en  fusion 
s'étant  échappée  par  fécheno,  Falconet 
fit  scier  la  partie  supérieure  qui  n'a- 
vait pas  réussi,  et  tailler. lins  la  partie 
inférieure  des  vides  en  queue  d'aï  onde; 
et  (it  une  seconde  fonte  qui  amalgama 
les  deux  parties  ,  de  manière  a  ne 
I  lisser  aucune  trace  de  l'accident.  Ce 
monument,  fui  pour  immortaliser  ton 

auteur,  le  retint  douze  ans  à  M. -Pé- 
tersbourg, pendant  lesquels  il  ne  pro- 


FAL 

duisit  qu'une  petite  figure  en  marbre, 
très  jolie,  dit-on ,  représentant  l'hi- 
ver, et  dont  il  fit  hommage  à  l'impé- 
ratrice. 11  occupa  ses  loisirs  à  la  litté- 
rature; ce  fut  à  cette  époque  qu'il 
composa  les  différents  écrits  dont 
il  a  enrichi  la  théorie  des  beaux- 
arts  :1a  plupart  furent  corn  posés  pour 
répondre  à  diverses  critiques  qui  fu- 
rent f lires  de  ses  ouvrages,  et  pour 
combattre  le  systêmeouUéd'un  grand 
nombre  d'antiquaires  et  d'artistes,  tels 
que  Winckelmau,  Mengs,  Caylus , 
Jaucourt,  etc.,  sur  la  perfection  ex- 
clusive de  la  peinture  des  anciens.  Ca- 
therine II,  qui  aimait  les  savants  et 
les  artistes,  se  plaisait  dans  l'entre- 
tien de  Falconet;  elle  avait  goûté  son 
genre  d'esprit  et  ses  diverses  connais- 
sances; aussi,  indépendamment  de  ce 
qu'elle  le  recevait  toutes  les  semaines 
dans  sa  retraite  de  l'Hennitage,  elle 
lui  écrivait  souvent,  et  ne  manquait 
jamais  de  s'entretenir  avec  lui  dans  les 
bals  de  la  cour,  oùelle  l'appelait  son 
compère  ou  son  confesseur.  L'impé- 
ratrice avait  tant  de  bonté  et  même 
d'attention  pour  Falconet,  que,  l'ayant 
logé  dans  l'ancien  palais  de  l'impéra- 
trice Elisabeth,  et  apprenant  un  jour 
qu'il  se  plaignait  du  bruit  que  fai- 
saient les  ouvriers  employés  à  la  re- 
construction d'une  p  trtie  de  ce  même 
palais  ,  elle  vint  le  surprendre  un  ma- 
tin pour  s'entendre  avec  lui  à  ce  sujet. 
Le  trouvant  couvert  d'iiîH?  très  grosse 
redingotte,  et  la  tête  affublée  d'un  bon- 
net de  laine  ,  elle  le  prit  par  la  main 
et  le  conduisit  dans  ce  costume  au  mi- 
lieu des  travaux;  et  là,  débattit  avec 
lui ,  et  conclut ,  article  par  article  , 
une  espèce  de  traité  qui  fixait  la  limite 
jusques  où  les  ouvriers  pouvaient  s'a- 
vancer, et  donna  des  ordres  en  con- 
séquence. Cette  harmonie  entre  la  sou- 
veraine et  l'artiste  fut  troublée  lors  de 
la  fonte  de  la  statue.  Depuis  cette  épo- 


FAL  127 

que  Falconet  ne  vit  plus  cette  prin- 
cesse ;  à  son  départ  même   il  ne  fut 
point  admis  à  lui  rendre  ses  devoirs  : 
il  ne  reçut  non  plus  aucune  espèce  de 
récompense  de  ses  glorieux  travaux, 
qui  lui  furent  payés  strictement  suivant 
la  convention.  On  peut  attribuer  cette 
défaveur  à  la  malveillance  du  con- 
seiller -  privé   Betski  ,  ministre  des 
arts,  avec  lequel  il  se  brouilla  à  cette 
époque.  Cet  homme ,  qui  voulait  tout 
diriger,  tout  conduire,  qui   préten- 
dait tout  savoir,  ne  pouvait  s'accor- 
der avec  Falconet,    lui-même   un 
peu  caustique  ,  et  très-peu  endurant. 
D'ailleurs,  dans  ces  sortes  de  lutte, 
les  hommes  à  talents  n'ont  jamais  beau 
jeu  avec  les  courtisans.  Revenu  à  Paris 
en  1778,  après  avoir  séjourné  quel- 
ques mois  en  Hollande,  et  convaincu 
qu'un  artiste,  qui  a  acquis  unegrande 
réputation  par  ses  travaux,  doit  sa- 
voir s'arrêter  assez  à  temps  pour  ne 
pas  risquer  delà  compromettre,  il  ré- 
solut de  terminer  sa  carrière  de  sta- 
tuaire ,  et  de  s'amuser  à  compléter  et 
à  revoir   ses  différentes  productions 
littéraires.  Cependant,  curieux  depuis 
nombre  d'années  de  parcourir  l'Italie, 
qu'il  n'avait  jamais  vue,  il  se  disposait 
à  partir  pour  ce  voyage  ;  déjà  le  jour 
était  fixé ,  la  voiture  arrêtée  ,  lorsque, 
le  5  mars  178a  ,  une  violente  attaque 
de  paralysie  vint  mettre  obstacle  à  ses 
projets.  11  survécut  encore  huit  aimées 
a  ce  funeste  accident  qui ,  en  éteignant 
ses  facultés  physiques,  n'altéra  en  rien 
ses  facultés  morales.  Enfin  il  succomba 
à  ses  maux  le  il\  janvier  i  791 .  Quoi- 
que d'un  caractère  assez  difficile  à  vi- 
vre ,  et  même  dur  en  apparence  ,  Fal- 
conet était  bon,  obligeant,  et  même  très 
bienfaisant.  Habitué  aux  privations, 
lorsqu'il  était  pauvre,  il  continua  à 
vivre  frugalement  lorsqu'il  fut  dans 
l'aisance.    Mais    s'il   était    très    éco- 
nome pour  ses  jouissances  personnel- 


r>8  F  AL 

les  ,  il  éfaittrcs  généreux  avrc  ses  amis 
dans  le  besoin.  On  l'a  vu  Lire  ie  sacri- 
fice de  mx  mille  francs  à  la  lois  pour 
leur  rendre  service.  Quand,  par  ha- 
sard, dans  ses  moments  d humeur, 
ou  lorsqu'il  avait  l'esprit  occupe',  il 
avait  mai  reçu  quelqu'un  ,  il  cherchait 
ensuite  à  réparer  ce  manque  d'égards 
par  quelques,  mots  agréables.  M.  Bri- 
d.:n,  habile  statuaire  ,  étant  venu  lui 
faire  visite  un  jour,  pour  l'inviter , 
suivant  l'usage,  à  voir  le  morceau 
qu'il  comptât  présenter  à  l'Académie 
pour  son  agrément ,  Falconet ,  préoc- 
cupé d'autre  chose,  le  reçut  assez  mal. 
Cependant  s'étant  rendu  le  lendemain 
à  son  invitation  ,  il  lui  dit  en  l'em- 
brassant avec  affection  :  a  Pourquoi 
»  ne  ni'avz-vous  pas  dit  que  vous 
v  aviez  ce  talent  là.  »  Il  a  fait  très  peu 
d'élèves  ;  cependant  on  en  compte 
àcux  qui  lui  t'ont  honneur,  Berruer, 
qui  devint  son  confrère  à  l'Académie , 
et  M11*".  Collol?  qui  épousa  son  (ils  , 
et  devint  pour  lui  un  ange  consola- 
teur pendant  ses  huit  années  d'infir- 
mités. Ce  fut  à  elle  qu'il  avait  confié 
l'exécution  de  la  tête  de  Pierre  1er.  , 
pour  le  monument  de  ce  législateur 
delà  Russie  II  va  différentes  éditions 
des  œuvres  de  Falconet,  qui  contien- 
nent des  pièces  fort  intéressantes  rela- 
tives aux  beaux-arts.  Plusieurs  de  ces 
morceaux  ont  été  imprimés  à  part , 
entre  autres  la  suite  de  différentes  di- 
cussions  qu'il  eut  avec  les  savants  et 
les  amateurs  des  arts,  ses  contempo- 
rains.-lui  général  son  style  n'est  ni 
brillant,  ni  correct,  mais  il  est  ner- 
veux et  pi  :  ;s  ses  opinions 
sont  systématiques,  surtout  lorsqu'il 
éprouve  quelques  contradictions ,  sou- 
Iles  sont  neuves  et  ji. 
et  lorsqu'il  a  i  tison  .  ■  -  arguments 
sont  irrésistibles. Cet  artiste  avait  une 
telle  idée  des  moyens  de  son  art, 
qu'il  prétendait  que,  dans  toutes  les 


FAL 

circonstances,  il  pouvait  produire  au- 
tant d'illusion  «pie  la  peinture  :  «  dans 
ce  cas,  lui  répondit  un  jour  Dumont 
le  Romain  ,  peintre  de  l'académie  et 
son  ami ,  fais-nous  donc  un  clair  de 
lune,  avec  ta  sculpture.»  Il  a  publié, 
en  1761  j  des  Bejlexions  sur  la 
Sculpture,  qui  ont  été  traduites  en 
anglais  et  en  allemand;  des  Obser- 
vations sur  la  statue  de  Marc%Au- 
rèle  ,  en  1  7  7  1  ;  la  Traduction  des 
des  54%  55  .,  et  56  .  Liv.  de  Pline, 
avec  des  notes,  en  1  y-p;  une  seconde 
édition  de  ce  même  ouvrage,  en  1  vol., 
à  laquelle  il  a  joint  des  réflexions  sur 
la  peinture  des  anciens,  ses  observa- 
tions sur  la  statue  de  Marc-Aurèle,  et 
une  révision  du  même  ouvrage,  La 
Haye,  1775.  C.  G.  F.  Dumas  a  pu- 
blié un  Examen  des  Livres  XXXÎFa 
etc.  de  Pline ,  par  M.  Falconet, 
sans  date  ni  lieu  d'impression.  Le  re- 
cueil des  œuvres  de  Falconet,  dans 
lequel  il  y  a  beaucoup  de  Correspon- 
dances, de  Réponses  à  des  journalis- 
tes et  à  des  critiques  ;  plusieurs  Let- 
tres, entre  autres  une  de  Diderot , 
a  paru  en  6  vol.  Lausanne,  1781; 
un  vol.  à1  Œuvres  choisies,  Paris, 
Didot ,  1  78J  ;  OEwres  diverses,  Pa- 
ris, 1787,5  vol.;  enfin,  une  der- 
nière édition ,  Paris,  Dentu ,  1808, 
5  vol.,  à  la  tête  .desquels  on  trouve 
une  notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  fauteur  ,  par  Lévêquc.  Toutes  ces 
éditions  sont  in-8°.  On  trouve  encore 
une  autre  notice  sur  Falconet ,  par 
M.  Robin ,  imprimée  dans  le  Recueil 
de  la  Société  des  neufs  Sœurs.  Les 
articles,  bas -reliefs,  draperies  et 
sculpture.  m  s  le  grand  ar- 

ticle sculpture  du    dictionnaire  des 
de  l'Encyclopédie  metnodi- 
Falconet.         P — i;. 
FALCONIA  isa   le 

tisul  Adelfi  '  sousl'em- 

;       u  Ilunorius,  vers  l'an  J79  de 


F  AL 
Fcre  chrétienne.  Elle  se  distingua  par 
son  talent  pour  la  poésie  latine.  Elle 
avait  composé  un  poème  sur  les 
guerres  civiles  de  Rome;  mais  il 
n'est  point  parvenu  jusqu'à  nous.  On 
lui  attribuait  aussi  un  Poème  adressé 
à  Honorais,  fils  du  grand  Théodose; 
mais  P.  Wesseling  a  démontré  la 
fausseté  de  cette  supposition  dans  sa 
lettre  à  H.  Veneraan ,  pag.  Ifi  et 
suiv.  11  ne  nous  reste  d'elle  que  le 
Geiiton  de  Virgile  sur  l'histoire  de 
l'Ancien  et  du  Nouveau  -Testament , 
production  bizarre  ,  qui  suppose  plus 
de  patience  et  de  mémoire  que  de 
goût  et  de  jugement;  imprimée  pour 
la  première  fois  à  Venise,  in -fol., 
1472,  avec  Ausone;  Bresse  et  Paris, 
in-40.,  î4q6  et  1499;  Leipzig,  in- 
4°.,  1 5 1 3 ;  Lyon,  in-8°.,  i5i6; 
Magdebourg  ,  in-8\,  17  19,  édition 
soignée  par  Jean  -  Heur.  Kromayer. 
Le  Centou  se  trouve  aussi  dans  les 
recueils  suivants  :  i°.  Probœ  Falco- 
niœ  ,  Lœlii  et  Julii  Capiluporuni , 
aliorumque  Virgilio  -  Cenlones  ,  in- 
8°.,  Cologne,  1601  ;  20.  Corpus 
Poetarum  latinorum,  de Micli.  Mait- 
taire,  in -fol.,  Genève,  17 15;  5°. 
Mulierum  grœcarum  fragmenta, 
publié  par  Wolf,iu-4"-,  Hambourg, 
1754.  C'est  mal  à  propos  qu'on  a 
confondu  Proba  Falconia  avec  Fal- 
tonia,  épouse  d'Anicius  Probus,  et 
accusée  d'avoir  introduit  les  Goths 
dans  Home  par  trahison.  A.  D.  R. 

FALCONIERI  (Julienne)  ,Obla  te 
Servite,  morte  en  odeur  de  sainteté, 
naquit  à  Florence  de  parents  riches,  en 
1270.  Elle  avait  pour  oncle  Alexis 
Falconieri ,  homme  très  religieux ,  et 
l'un  des  sept  fondateurs  de  l'ordre 
des  servites,  ainsi  nommé  parce  que 
ses  membres  font  profession  d'un 
dévouement  spécial  au  service  de  la 
Sainte-Vierge.  Alexis  Falconieri  éleva 
sa  nièce  dans  la  pictc  ;  et  lui  inspira 
*iv. 


F  AL  129 

une  tendre  dévotion.  L'ordre  des  ser- 
vites admettant  des  femmes  sous  le 
nom  d'oblates ,  Julienne  désira  d'y 
entrer,  et  y  prit  l'habit  en  1284.  Les 
pratiques  de  l'institut  qu'elle  avait  em- 
brassé ne  suffisant  point  à  sa  fer- 
veur, elle  y  voulut,  sans  doute  après 
en  avoir  obtenu  la  permission  de  ses 
directeurs  spirituels ,  joindre  des  aus- 
térités extraordinaires,  et  qui  sem- 
blent dépasser  les  forces  humaines. 
Elle  s'abstenait  absolument  de  toute 
nourriture  ,  les  mercredis  et  les  ven- 
dredis, et  le  samedi  elle  se  contentait 
d'un  peu  de  pain  et  d'un  verre  d'eau. 
Quoique  ces  mortifications  soient  ex- 
cessives ,  et  qu'il  puisse  se  faire  qu'elles 
ne  soient  pas  toujours  selon  la  sa- 
gesse ,  il  est ,  ce  nous  semble  ,  un 
peu  léger  de  les  traiter  de  ridicules 
comme  le  font  les  auteurs  d'un  dic- 
tionnaire historique,  surtout  dans  une 
femme  dont  l'Eglise ,  loin  de  désap- 
prouver la  conduite,  nous  propose 
les  vertus  pour  modèle.  Eu  1307  ^u~ 
lienne  Falconieri  fut  élue  supérieure 
des  Oblates.  Elle  composa  pour  elles 
une  règle  qui  fut  approuvée  par  Mar- 
tin V,  et  mourut  à  Florence  en  i54i, 
âgée  de  soixante  -  onze  ans.  Be- 
noît XIII  la  béatifia  en  1729,  et 
Clément  XII  acheva  le  procès  de  sa 
canonisation.  Sa  fête  a  été  fixée  au 
19  juin.  L — y. 

FALCONIERI  (Octave),  savant 
antiquaire ,  prélat  de  l'église  romaine, 
d'une  ancienne  famille  originaire  de 
Florence,  mort  à  Rome  en  1676, 
âgé  seulement  d'environ  3o  ans,  est 
auteur  de  plusieurs  Dissertations  sur 
les  antiquités ,  insérées  par  Grasvius 
et  Gronovius  dans  le  volume  IV  des 
antiquités  romaines  et  dans  le  vo- 
lume VIII  des  antiquités  grecques. 
On  lui  doit  la  première  édition  de  la 
Roma  antica,  de  Famiano  Nardini, 
qui  parut  à  Rome  en  1666,  in~4°.  li 

9 


l9o  FAL 

v  joignit  un  discours  sur  la  pyramide 
de  G,  Gestms  et  sur  les  peintures  qui 
ornaient  la  chambre  intérieure  de  ce 
monument;  et  une  lettre  à  Carlo  Dati 
sur  une  inscription  tirée  des  ruines 
d'un  mur  antique,  abattu  lors  de  la 
restauration  du  portique  de  la  rotonde, 
en  1661.  Il  fit  paraîfre  en  1668,  à 
Borne,  in-i°. ,  ses  Inscripliones  ath- 
lelicœ ,  avec  de  savantes  notes  qui 
jetèrent  un  nouveau  jour  sur  ce  sujet , 
jusqu'alors  pou  connu.  11  réimprima 
dans  le  même  volume  une  Dissertation 
non  moins  savante,  qu'il  avait  déjà 
publiée  à  part  l'année  précédente  (1), 
sur  une  médaille  d'Apamée,  portant 
pour  empreinte  le  déluge  deDeucalion. 
Ni  le  grand  succès  de  cette  Disserta- 
tion ,  ni  les  éloges  qui  en  furent  faits 
pu-  les  plus  célèbres  antiquaires ,  n'ont 
empêché  Aposloîo  Zcno  de  consigner 
dans  ses  notes  sur  la  Bibliothèque  de 
Fontanini,  un  trait  de  critique  qui  a 
été  répété  depuis  avec  la  confiance 
qu'inspiie  le  nom  de  ce  savant  et  judi- 
cieux écrivain.  «  Sur  celte  médaille, 
»  dit-il ,  Falconieri  crut  voir  repré- 
»  sente  le  déluge  universel  avec  l'ar- 
»  che,  etc.,  et  il  crut  lire  au-dessous 
»  Mii-:,  r'c  <t-a  dire,  le  nom  du  pa- 
»  triai  che  Moé,  tandis  que  ces  trois 
9  lettres,  détachées  du  reste  de  l'ins- 
»  cription  ,  et  placées  ici  comme  iso- 
»  lées,  ne  sont  autre  chose  que  la  fin 
7»  du  mot  AnAMEilN  ;  regardées  de  la 
v  droite  à  la  gauche  [comme  l'écriture 
»  orientale  )  ,  elles  signifient 
»  mais  lues  de  la  gauche  à  la  droite , 
»  elles  ne  sont  que  fa  trois  dernières 
»  lettres  du  mot  entier.  »  Not. 
Fontamoi,  lotoa  11,  page  ■.»:"»>.  lu 

lisant  ce  trait  lancé  avec    tant  m 
janec,  il  rffSt  personne  qui  n'v  voie 
une  bonne  leeon  sur  la  crédulité  des 
antiquaires;    in.iis   e'i  11    est    une,   au 

1  .  ■    ,:.,,.    pièi  el    M  '  'lan»  l«l 


FAL 

contraire,  sur  la  légèreté'  des  criti- 
ques. L'éditeur  de  la  4e.  édition  de 
la  Roma  antica  de  Nardini ,  Home. 
1771,  4  vol.  in  -8'.,  a  répondu  à 
cette  censure  par  une  note  dans  le  4e» 
volume.  On  y  voit  que  Falconieri  ne 
donne  que  comme  une  conjecture  ce 
qu'on  Paecuse  d'avoir  donné  comme 
une  explication  positive;  qu'il  appuie 
cette  conjecture  de  raisons  si  fortes , 
que  le  censeur  eût  peut-être  été  force 
de  s'y  rendre  s'il  les  avait  lues,  mais 
qu'il  n'a  même  pas  vu  le  dessin  de  la 
médaille  dont  il  est  question ,  puisque 
cette  médaille  porte  au  bas  du  revers 
le  mot  entier  AlïAMEflN  ;  que  le  mot 
MIE ,  au  contraire ,  est  gravé  sur  le 
corps  même  du  navire  ou  de  l'arche, 
et  que  ,  par  conséquent  ,  le  motif 
donné  à  la  prétendue  erreur  de  Fal- 
conieri est  tout-à-fait  imaginaire.  Au 
reste  ,  cette  note  renvoie  à  un  passage 
du  6*.  volume  des  Observations  du 
marquis  Maffci ,  relatives  à  cette  mé- 
daille et  à  la  Dissertation  de  Falco- 
nieri. INous  avons  suivi  cette  indica- 
tion ,  et  nous  avons  vu  en  effet  dans 
le  passage  de  Maffci  que  ce  savant 
antiquaire  ne  doute  point  de  la  justesse 
des  conjectures  de  Falconieri;  qu'il 
voit  comme  lui ,  dans  cette  médaille  , 
le  déluge  de  Deucalion  et  Pyrrha  , 
sauvés  dans  une  barque  ,  une  co- 
lombe apportant  un  rameau,  et  le 
mot  JVoe  grave  non  au-dessous  de 
l'empreinte ,  mais  .sur  la  barque  même. 

|  ez  Hryant\  Il  est  donc  prouve 
que  la  critique  de  /.no  est  non  seu- 
lement légère,  mais  entièrement  dé- 
pourvue île  fondement.  Nous  avons 
donne'  quelque  étendue  à  cette  ques- 
tion, quoiqu'elle  soir  purement  ic- 

ire  ,  parce  (pie  l'exact  auteur  de 
¥  Histoire  de  la  Littérature  italien- 
ne, Tiialtosehi,  a  cité,  en  1'adop- 
tffRl  ,  Cette  critique,  tome  VIII ,  page 

de  sa  première  édition  ;  qu'ap- 


F  AL 

puyée  sur  cette  double  autorité,  elle 
a  passé  dans  le   nouveau    Diction- 
naire historique  italien  de  Bassano  , 
et  qu'il  n'y  aurait  pas  de  raison  pour 
qu'elle  cessât  de  se  propagerai  l'on 
ne  se  faisait  enfin  un  devoir  d'en  aver- 
tir. Falconieri  était  en  relation  de  cor- 
respondance et  d'amitié  avec  les  sa- 
vants les  plus  célèbres  de  son  temps. 
Nie.  Heinsius  lui  a  dédié  le  3e.  livre 
de  ses  Elégies,  Spanheim  son  Traité 
des  médailles,  et  plusieurs  autres  sa- 
vants d'autres  ouvrages.  11  était  mem- 
bre de  plusieurs  académies  savantes, 
et  ne  bornait  pas  ses  études  aux  scien- 
ces et  à  l'érudition  ;  il  cultivait  aussi  les 
belle-lettres.  Dans  le  Ier.  volume  des 
Lettres  cC  hommes  illustres,  publiées 
par  Ange  F.duoni ,  on  en  a  une  que 
Falconieri  écrivit  ,  le   i5  décembre 
iG63, au  prince  Léopold  de  Toscane, 
sur  la  nécessité  d'admettre  Te  Tasse 
parmi  les  auteurs   qui  font  autorité 
pour  la  langue,  dans  la  nouvelle  édi- 
tion qui  se  préparait  du  Vocabulaire 
de  laCrusca.  En  lisant  les  excellentes 
raisons  qu'il  donne  au  prince,  tant 
en  son  nom  qu'au  nom  du  cardinal 
Pallavicino ,  ce  qui  frappe  le  plus  c'est 
qu'à  cette  époque  il  eût  encore  besoin 
de  les  donner.  G — É. 

FALEDRO  ou  FAL1ER1  (Vital), 
doge  d>j  Venise,  fut  élu  par  le  peuple 
en  io84;  pour  remplacer  Dominique 
Silvio,  parce  que  celui-ci  avait  laissé 
battre,  par  Robert  Guiscard,  la  flotte 
qu'il  commandait.  Faledro  demanda 
et  obtint  de  l'empereur  grec  le  titre 
de  protosébaste,  qu'il  joignit  à  ceux 
de  duc  de  Venise,  de  Dalmatie  et  de 
Croatie.  Ayant  retrouvé,  en  i  09^  ,  le 
corps  de  St.  Marc  l'Evangéliste,  qui 
avait  été  apporté  précédemment  à  Ve- 
nise, mais  qui  y  était  égaré,  il  le  fit 
enterrer  dans  la  Basilique  de  son  nom  ; 
on  fit  un  secret  du  lieu  choisi  pour  le 
dépôt,  afin  que  celte  relique  ne  lût 


FAL  i5i 

pas  volée,  et  ce  secret  s'est  perdu 
depuis. Vital  Faledro  mourut  en  1 096, 
et  il  eut  pour  successeur  Vital  MicheH. 
S.  S— 1. 
FALEDRO  (Ordelaffo),  doge  de 
Venise,  succéda,  en  1102,  à  Vital 
Micheli.  Pendant  son  règne,  la  ville 
de  Zara,  en  Dalmatie ,  voulut  secouer 
le  joug  des  Vénitiens  pour  se  sou- 
mettre aux  Hongrois;  mais  Faledro  fit 
le  siège  de  cette  vdle ,  et  la  reprit  en 
1 1 1 5.  Deux  ans  plus  tard  ,  comme  il 
défendait  la  Dalmatie  contre  de  nou- 
velles incursions  des  Hongrois,  il  fut 
tué  dans  une  bataille.  Dominique 
Micheli  lui  succéda.  S.  S — 1. 

FAL1ERI  (Marin),  doge  de 
Venise  ,  fut  donné  pour  successeur  à 
André  Dandolo  ,  auteur  des  chro- 
niques de  Venise ,  le  1 1  septembre 
i354,  à  l'époque  même  où  la  grande 
flotte  des  Vénitiens,  commandée  par 
Nicolas  Pisani ,  avait  été  détruite  par 
les  Génois,  dans  le  port  de  Sapienza. 
Faliéri  était  alors  âgé  de  soixante- 
seize  ans;  il  était  fort  riche,  et  il  avait 
occupé  des  emplois  importants,  mais 
il  avait  une  femme  jeune  et  belle,  dont 
il  était  excessivement  jaloux.  Un  des 
chefs  de  la  Qiiaranlie  criminelle  , 
Michel  Sténo ,  excitait  surtout  sa  dé- 
fiance. Dans  une  mascarade  de  car- 
naval, Sténo  et  Falieri  s'insultèrent 
mutuellement  :  le  premier  fut  con- 
damné à  un  mois  de  prison  par  le 
tribunal  dont  il  était  président,  mais 
cette  peine  était  loin  de  suffire  au 
ressentiment  ou  à  la  jalousie  du  doge. 
11  étendit  sa  haine  sur  tout  le  tribunal, 
sur  toute  la  noblesse,  qui  n'avait  pas 
mieux  vengé  son  injure.  Dans  son 
courroux  ,  il  rechercha  l'appui  des 
Plébéiens  qui,  dépouillés  quarante 
ans  auparavant  de  la  souveraineté 
qu'ils  avaient  exercée  dès  l'origine  de 
la  république  ,  ne  pardonnaient  point 
à  la    noblesse   son    usurpation  ,  et 

9- 


i3î  FAL 

aux  jeunes  patrieieus  leur  insolence. 
Six  cents  conjures  convinrent  de  se 
reunir,  !e  i5  avril  1 355,  sur  la 
place  de  St.  Marc,  lorsque  le  doge 
ferait  sonner  la  cloche  d'alarme;  et 
comme,  à  cette  cloche,  tous  les  no- 
bles devaient  accourir  pour  se  ran- 
ger autour  de  la  Seigneurie  ,  tous 
devaient  être  massacres  à  mesure 
qu'ils  arriveraient  sur  la  place.  Mais 
le  complot  fut  révèle  au  conseil  des 
Dix,  la  veille  de  son  exécution;  plu- 
sieurs des  coupables  furent  mis  à  la 
torture,  et  le  doçc  lui-même,  ayant 
été  convaincu  d'être  entré  dans  un 
complot  contre  le  gouvernement  dont 
il  était  le  chef,  fut  condamné  à  mort. 
11  eut  la  tête  tranchée  le  1 7  avril  1 555 , 
sur  l'escalier  du  palais  Ducal,  au  lieu 
même  où  il  avait  prêté  serment  de 
fidélité  à  la  république.  Presque  tous 
ses  complices  périrent  ensuite  par 
différents  supplices,  tandis  que  son 
dénonciateur  fut  anobli  etjargcmcnt 
récompensé.  On  sait  que  tous  les  por- 
traits des  doges  sont  rangés  dans  la  salle 
du  grand-conseil  :  à  la  place  où  devait 
être  celui  de  Falieri ,  on  a  fait  repré- 
senter un  trône  ducal  couvert  d'un 
voile  noir  ,  avec  cette  inscription  : 
C'est  ici  la  pince  de  Marin  Falieri , 
décapite  pour  ses  crimes.  On  mit  sur 
son  tombeau  l'épitaphe  suivante  : 

Dut  Ycnetum  jacethJc  ,  patriam  qui  perdere  Irnlani 
Sccptra,  decu*  ,  ceaaum  perdidit  atque  caput. 

S.  S—  1. 

FALISCUS.  Voyez  Gratius. 

FALK  (  Jean-Pierre  ),  médecin 
suédois,  naquit  en  1727,  dans  la  pro- 
<le  Westrogothie.  Il  manifesta 
de  bonne  heure  un  /.Me  ardent  poul- 
ies science*»  et  une  profonde  hypo- 
condrie. Etudiant  à  l'université  d'Up- 
sal ,  il  eut  l'avantage  d'être  honora- 
blement distingué  par  Linné  qui  lui 
confia  l'éducation  de  son  fils.  L'irn- 
mortcJ  naturaliste  prenait  au  sort  de 


FAT, 

Falklcpîus  affectueux  intérêt;  ce  fut 
pour  lui  procurer  une  distraction  utile 
et  agréable,  qu'il  le  chargea  d'aller  re- 
cueillir les  pi  ntes  etloszoophytesque 
produit  l'île  de  Gôtland.  Cette  excur- 
sion prouva  les  connaissances  éten- 
dues deFalk  ,  mais  ne  remplit  qu'im- 
parfaitement l'espoir  de  son  Mécène , 
qui  désirait  sur-tout  le  guérir  de  sa 
mélancolie.  Falk  suivit  Forskal  à  Co- 
penhague ,  et  fut  vivement  affligé  de 
ne  pouvoir  être  désigné  pour  l'accom- 
pagner en  Arabie.  De  retour  à  Upsal , 
Faik  reçut ,  le  23  juin  1 762  ,  le  doc- 
torat des  mains  de  son  protecteur , 
qui  inséra  sa  thèse  :  Planta  alstroe* 
meria  ,  dans  l'excellent  recueil  inti- 
tulé :  Amœnitates  academicœ.  Le 
riche  possesseur  d'un  cabinet  d'his- 
toire naturelle  ,  à  Pétersbourg,  pria 
Linné  de  lui  choisir  un  directeur.  Cet 
emploi  fut  confié  à  Falk,  qù  bientôt 
après  obtint  la  chaire ,  long-temps  va- 
cante ,  de  professeur  au  jardin  de 
pharmacie.  Lorsque  l'académie  impé- 
riale des  Sciences  forma,  en  17O8, 
une  société  de  voyageurs  destinés  à 
enrichir  le  domaine  de  la  géographie 
et  de  l'histoire  naturelle,  Falk  reçut 
un  diplôme  qui  lui  assignait  un  des 
principaux  rangs.  11  fit  des  efforts  in- 
concevables pour  remplir  avec  hon- 
neur cette  missiou  importante:  efforts 
superflus  !  Accablé  sous  le  poids  d'une 
mélancolie  toujours  croissante,  Falk 
se  vit  obligé  d'interrompre  sa  course 
scientifique.  Les  bains  deKislar,  dont 
il  fit  usage  ,  semblèrent  apporter 
quelque  soulagement  à  ses  douleurs. 
Cette  légère  amélioration  ne  dun 
qu'un  moment,  les  svmplôni 
plus  alarmants  se  manifestèrent.  De 
retour  à  (las  111,  au  mois  de  novembre 
1  770,  Falk  offrait  l'image  repoussante 
d'un  squelette.  Tourmenté  la  nuit  par 
des  insomnies  cruelles,  il  prenait  à 
peine  chaque  jour  uuc  bouchée  de  bis- 


FAL 

cuit  de  mer  trempé  dans  une  tasse  de 
thé.  Si  par  lois  il  rompait  le  silence, 
c'était  uniquement  pour  proférer  des 
accents  plaintifs  sur  l'horreur  de  ses 
maux.  Enfin  il  refusa  toute  consola- 
tion ,  toute  espèce  de  visite ,  excepté 
celle  de  son  ami  Jean-Théophile  Geor- 
gi,  quel'académie  lui  avait  donné  pour 
adjoint.  Ils  restèrent  ensemble  le  5o 
mars  1774  jusqu'à  minuit,  et  Falk 
ne  laissa  point  entrevoir  le  dessein 
qu'il  méditait.  Le  lendemain  matin 
Georgi  trouva  son  infortuné  compa- 
gnon de  voyage  privé  de  vie,  et  cou- 
vert de  sang,  li  avait  près  de  lui  un 
rasoir  ,  avec  lequel  il  s'était  fait  une 
légère  blessure  au  cou,  et  le  pistolet 
dont  il  s'était  servi  pour  terminer  sa 
pénible  existence.  La  balle,  après 
avoir  traversé  la  tête  de  ce  malheu- 
reux, s'était  fichée  dans  le  plafond  de 
l'appartement.  Falk  avait  les  petits 
défauts  et  les  grandes  qualités  qui  sont 
ordinairement  l'apanage  des  hypocon- 
driaques; il  était  morose,  capricieux, 
irritable,  défiant,  susceptible,  amant 
de  la  solitude,  sobre,  bienfaisant  et 
vertueux.  Ses  papiers,  quoique  com- 
posés de  notes  éparses,  contenaient 
une  foule  de  recherches  curieuses,  de 
faits  intéressants,  d'observations  uti- 
les. Chargé  par  l'académie  de  recueillir 
ces  manuscrits  ,  de  les  mettre  en  or- 
dre ,  et  de  suppléer  les  lacunes,  le 
professeur  Laxmanu  s'acquitta  digne- 
ment de  cette  tâche  ,  et  l'ouvrage  pa- 
rut en  allemand  sous  ce  titre  :  Mémoi- 
res topographiques  sur  la  Russie, 
Pétersbourg,  1785,  3  vol.  in-4".fig. 
Thunberg  a  consacré  à  la  mémoire  de 
son  savant  compatriote  un  genre  de 
plantes  qui,  sous  le  nom  de  Falkia  , 
est  rangé  par  Jussicu  dans  la  famille 
des  borraginées,  et  n'offre  encore 
qu'une  seule  espèce,  indigène  du  cap 
de  Bonne-Espérance.  C. 

FALKL&NO    (  Lucius    Cary, 


FAL  i33 

vicomte  de  ),  fils  aîné  de  Henri, 
vicomte  de  Falkland,  naquit  vers  l'an 
16 10,  à  ce  qu'on  croit,  à  Burford , 
dans  le  comté  d'Oxford.  Il  fut  élevé 
d'abord  à  Dublin ,  puis  à  Cambridge. 
Etant  très  jeune  encore  ,  quelques 
légèretés  le  firent  enfermer  dans  la 
prison  de  la  Fleet;  mais  il  fallait 
qu'elles  n'eussent  pas  leur  source  dans 
aucune  disposition  naturelle,  car  il  re- 
vint de  ses  voyages  parfaitement  cor- 
rigé, et  rapportant  ce  caractère  qui 
l'a  fait  célébrer  par  ses  contemporains 
comme  l'honneur  de  son  temps  et  de 
son  pays.  Devenu ,  avant  vingt  ans , 
héritier  d'une  fortune  considérable, 
que  lui  laissait  un  de  ses  grands-pères, 
il  n'usa  de  son  indépendance  que  pour 
se  livrer  à  des  occupations  solides. 
Quelques  circonstances  le  détour- 
nèrent d'embrasser  l'état  militaire, 
auquel  le  portait  naturellement  son 
goût  ;  il  se  livra  à  l'étude  avec  une 
telle  ardeur ,  qu'ayant  formé  le  projet 
d'apprendre  le  grec,  il  se  résolut 
à  ne  point  aller  à  Londres,  dont  le 
séjour  lui  plaisait  infiniment  ,  qu'il 
ne  fût  venu  à  bout  de  son  entre- 
prise. Outre  les  historiens  grecs ,  il 
avait  lu,  avant  l'âge  de  rib  ans,  tous 
les  poètes  grecs  et  latins.  A  une  forte 
mémoire,  à  une  facilité  prodigieuse, 
il  joignait  beaucoup  d'esprit  naturel  et 
un  goût  passionné  pour  la  littérature. 
Il  s'éloignait  souvent  de  Londres ,  et 
allait  s'établir  soit  à  Oxford,  soit  à 
une  de  ses  terres  située  près  de  cette 
ville,  pour  y  jouir  de  la  société  des 
savants  qu'attirait  autour  de  lui  son 
caractère  affable,  doux  et  modeste. 
Heureux  du  genre  d'occupation  qui 
remplissait  ses  loisirs ,  il  avait  cou- 
tume de  dire  :  «  Je  plains  sincèrement 
»  un  gentilhomme  ignorant,  les  jours 
»  de  pluie.  »  A  la  mort  de  son  père , 
arrivée  en  r653,  il  fut  fait  gentil- 
homme de  la  chambre  du  roi  j  eî> 


i"4  FAL 

lois  de  l'expédition  contre  les  Ecos- 
sais, en  »<>><),  trompé  dans  la  pro- 
messe qu'on  lui  avait  faite  de  lui  don- 
ner un  commandement  de  troupes,  il 
n'eu  fit  pas  moins  la  campagne  en 
quali  c  de  volontaire.  En  i  G40 ,  il  lut 
nomme  membre  du  parlement.  Lord 
Falkiand  apportait  dans  les  alt-nres 
un  esprit  éclairé,  et  eette  innocence 
de  cœur,  partage  assez  ordinaire  de 
ceux  que  l'étude  des  plus  billes  pro- 
ductions de  l'esprit  humain  a  fait  vivre 
au  milieu  d'un  monde  meilleur,  d'où 
ils  n'ont  point  songe  à  descendre  pour 
examiner  les  hommes  tels  que  les 
présente  la  vie  ordinaire.  Fortement 
attaché  aux  lois  de  son  pays ,  sans 
peut-être  les  connaître  beaucoup ,  il 
se  laissa  facilement  persuader  que 
ceux  qui  les  défendaient  contre  les 
usurpations  de  la  cour ,  ne  pouvaient 
avoir  que  des  intentions  pures;  il  fut 
entraîné  par  eux  dans  des  mesures 
contraires  à  la  douceur  de  son  carac- 
tère, en  particulier  contre  l'infortuné 
comte  de  Straflord.  Désabusé  ensuite, 
il  n'en  conserva  pas  moins,  pen- 
dant quelque  temps,  de  l'eloi^nement 
pour  la  cour ,  et  surtout  une  telle  crain- 
te qu'on  ne  le  supposât  entraîné  vers 
elle  parle  désirde  la  faveur,  qu'il  affec- 
tait envers  ton!  ce  qui  y  tenait,  une  sorte 
d'humeur  et  de  rudesse.  Cependant , 
avant  éié  nommé  secrétaire -d'état , 
I  quelque  hésitation,  il  accepta, 
par  des  motifs  de  générosité  et  de 
justice,  pour  un  parti  que  commençait 
à  accabler  la  fortune,  bon  caractère 
rendait  ce  choix  hojior;.ble  poui  la 
cour;  s<5  tinpières  !>•   faisaient  rc- 

garder  comme  utile;  [nais  les  luinicn  s 
de  lord  Falkiand,  d'accord  avec  les 
BffltMPWtl  «ie  son  aine  ,  ne  pouvaient 
l'être  avec  les  hommes  el 
auxquelles  il  a!  \liuc  Son 

CSprtt  était  trop  élevé  et   son   MM 
trop  droite.  «  Mou  secrétaire,  disait 


FAL 

»  Charles  Trr.  en  parlant  de  lui,  ha- 
»  lu  ie  si  bien  mes  pensées  que  je  ne 
»  les  reconnais  plus.  »  On  ne  put, 
durant  son  ministère,  le  résoudre  à 
se  servir  d'espions  ,  ni  à  violer  le 
secret  des  lettres  ;  mais ,  dès  -  lors 
fidèle  au  roi  comme  il  l'avait  été  d'a- 
bord au  parti  qu'il  avait  cru  le  plus 
juste,  il  partagea  les  diverses  chances 
de  sa  destinée.  Après  la  bataille  d'Ed- 
gehill,  que  gagna  l'armée  royale,  il 
courut  les  plus  grands  dangers  pour 
sauver  la  vie  à  ceux  des  ennemis  qui 
avaient  mis  bas  les  armes;  partout  il 
s'exposait  avec  le  plus  grand  courage, 
mais  son  ame  était  abattue.  Le  spec- 
tacle des  maux  qui  se  préparaient  pour 
son  pays  ,  et  plus  encore  celui  des 
injustices  et  des  crimes,  suites  inévi- 
table* de  la  violence  des  partis ,  était 
trop  foFt  pour  cette  ame  douce  et  pure. 
Sa  ganté,  la  vivacité  naturelle  de  son 
esprit  l'avaient  abandonné.  Le  soin  de 
sa  personne,  qu'il  avait  porté  jusqu'à 
l'excès  ,  avait  fait  place  à  la  plus 
étrange  négligcnce;son  humeur  s'était 
aigrie  :  il  manquait  à  sa  vertu  la  force 
nécessaire  pour  supporter  la  vue  des 
crimes  et  des  malheurs  des  hommes. 
Souvent,  au  milieu  de  ses  amis,  après 
un  morne  silence,  interrompu  seule- 
ment par  de  profonds  soupirs,  il 
s'écriait  douloureusement  :  «  La  paix! 
»  la  paix!  »  Quand  tout  espoir  fut 
perdu  à  cet  égard,  la  vie  lui  devint 
insupportable.  Le  matin  de  la  pre- 
mière bataille  de  jScwIm  rv,  il  de- 
manda une  chemise  blanche,  disant 
que,  s'il  était  tué,  «  il  ne  voulait  pis 
»  qu'on  trouvât  son  corps  dans  du 
»  linge  sale.  »  Ses  unis,  le  sollicitant 
de  M  pas  l'exposer  a  un  danger  au- 
quel ne  l'appelait  point  son  tic 

:  Vil  n  était  pas  militaire,  il  ré- 
pondit :  «  Ou'il  était  le  des  U  mps  où 
»  il  vivait;  qu'il  prévoyait  de  grands 
>•  malheurs,  mais  qu'il  croyait  qu'il 


FAL 

»  en  serait  dehors  avant  la  fin  de  la 
»  journée.  »  En  'iïet,  s 'étant  mis  au 
premier  rang  du  régiment  de  lord 
Byrou  ,  il  reçut  »  dans  le  bas-ventre, 
une  balle  de  mousquet,  dont  il  mourut 
sur-le-champ,  le  '20  septembre  i645, 
âgé  de  trente-qualt e  ans.  On  ne  trouva 
son  corps  que  le  lendemain  matin.  Ou 
raconte  que  peu  de  temps  auparavant, 
lord  Falkland  étant  à  Oxford  avec  le 
roi,  ils  allèreut  ensemble  visiter  la 
bibliothèque  do  l'université.  On  leur 
montra  un  Virgile  imprimé  avec  grand 
soin  et  magnifiquement  relié.  Lord 
Falkland  proposa  eu  badinant ,  au  roi, 
de  tenter  les  sorts  virgiliens ,  mode 
de  divination  fort  en  usage  dans  le 
moyen  âge,  et  qui  consistait  à  appli- 
quer, comme  présage  à  la  chose  que 
Ton  désirait  savoir  ,  les  premiers  vers 
de  Virgile ,  que  l'on  trouvait  à  l'ou- 
verture du  livre.  Le  roi,  suivant  la 
plaisanterie ,  ouvrit  le  Virgile ,  et  tom- 
ba sur  ce  passage  des  imprécations  de 
Didon  : 

Al  bello  audacis  populi  vexatur  et  armis. 
(Aïneid.,  lib.  IV,  v.  614.) 
Si  c'est  l'arrêt  du  sort,  la  volonté  des  cieux  , 
Que  du  moins  assailli  d'un  peuple  audacieux, 
Errant  dans  les  climats  où  sou  destin  lexile  , 
Implorant  des  secours  ,  mendiant  un  asvbj  , 
Redemandant  son  fils  arr  ché  de  ses  bras, 
De  ses  plus  cbers  amis  il  pleure  le  trépas. 

Lord  Falkland,  qui  le  vit  frappé  de 
cette  rencontre,  voulut  consulter,  à 
son  tour,  ['Enéide,  espérant  trouver 
uu  passage  tout-à-fait  inapplicable  à 
la  destinée  du  roi,  et  qui  réduirait 
ainsi  ce  hasard  à  sa  juste  valeur;  mais 
le  sort  trompa  son  attente  :  il  ouvrit  le 
livre  à  ce  passage  où  Evandre  déplore 
la  mort  prématurée  de  son  fils  : 

Aon hae,  CPallas,  dedera.<promisfaparenti,cic. 
{JEneid.,\\b.  XI,  v.  i5i.) 

O  Pallas!  est-ce  ainsi  que  ton  cœur  téméraire 
Epargne  ta  jeunesse  et  les  vieux  ans  d  un  père  ? 
Àh  ;  i  ai  dU  le  prévoir  ;  et  pouvais-je  oublier 
Combien  ont  de  pouvoir  sur  un  jeune  guerrier 
Les  premières  faveurs  que  promet  la  victoire  , 
Le  début  du  courage  et  l'essai  de  la  gloire. 

les  vers  de  Virgile  offraient  une  alhi- 


FAL  i55 

sion  si  frappante  à  la  situation  de 
Falkland  !ui  même,  que  cela  ne  put 
que  confirmer  Charles  dans  le  prévue 
qu'il  avait  pu  tirer  du  premier  pas- 
sage. Peu  d'hommes  ont  été  aussi  re- 
grettés que  lord  Falkland  ,  et  peu  mé- 
ritaient autant  de  l'être  ;  ses  mœurs 
étaient  pures  comme  son  cœur  ;  son 
intégrité  concevait  à  peine  le  soupçon 
de  la  mauvaise  foi.  On  a  dit  de  lui 
«  qu'il  possédait  uue  étendue  de  cou- 
»  naissances  auxquelles  parviennent 
»  rarement  les  plus  âgés,  et  un  degré 
»  d'innocence  que  les  plus  jeunes  ap- 
»  portent  rarement  dans  le  monde.  » 
Toutes  les  vertus  douces  et  humaines 
remplissaient  son  ame;son  esprit  était 
aimable ,  sa  conversation  charmante. 
Attentif  à  ne  jamais  blesser  ni  affliger, 
il  conservait  de  la  modération  et  de  la 
bienveillance  jusques  dans  les  dis- 
putes de  religion.  Empressé  à  secou- 
rir le  mérite  dans  l'infortune  ,  il 
joignait  la  familiarité  au  bienfait,  et 
il  encouragea  les  lettres  en  ami,  non 
en  protecteur.  11  a  laissé  quelques  poé- 
sies et  plusieurs  discours  sur  les  af- 
faires du  temps ,  imprimés  séparé- 
ment. On  croit  qu'il  a  beaucoup  aidé 
Chillingworth  dans  son  Histoire  du 
Protestantisme.  S — d. 

FALKJNER  (Thomas),  mission- 
naire jésuite,  était  fils  d'un  habile 
chirurgien  de  Manchester  en  Angle- 
terre. Après  avoir  étudié  sous  son 
père  la  chirurgie  ,  pour  laquelle  il 
montra  constamment  beaucoup  de 
dispositions,  il  alla  à  Londres  pour 
se  perfectionner  par  la  pratique  dans 
les  hôpitaux.  Comme  il  était,  logé  dans 
une  rue  près  de  la  Tamise,  il  fit  con- 
naissance d'un  capitaine  qui  navi- 
guait à  la  cote  de  Guinée.  Celui  -  ci 
persuada  au  jeune  chirurgien  de  l'ac- 
compagner en  cette  qualité.  Falkner 
après  ce  premier  voyage  en  lit  un 
autre  à-Cadix  r  où  il  s'embn qua  pour 


i56  FAL 

Buenos -Ayres.  Il  tomba  malade  dans 
cette  ville ,  et  fut  réduit  à  une  telle 
extrémité  qu'au  départ  de  son  na- 
vire il  ne  put  s'embarquer.  Les  jé- 
suites  qui  le  soignaient  avec  une  assi- 
duité affectueuse  dans  sa  longue  ma- 
ladie jugèrent  que  ce  serait  un  avan- 
tage inappréciable  pour  leurs  mis- 
sions d'Amérique  d'avoir  pour  cou- 
frère  un  homme  aussi  versé  que  Falk- 
ner dans  la  médecine  et  la  chirur- 
gie. En  conséquence  ils  n'épargnèrent 
rien  pour  gagner  son  attachement  et 
sa  confiance,  et  s'emparèrent  telle- 
ment de  son  esprit  qu'ils  lui  per- 
suadèrent d'entrer  dans  leur  collège  , 
et  finalement  de  faire  profession  dans 
la  société.  Il  exerça  son  ministère 
parmi  les  Indiens  qui  habitent  la 
vaste  étendue  de  pays  comprise  dans 
la  vice-rovauté  de  Bucnos-Ayres  et 
plus  loin  au  sud  du  ttio  de  la  Plata. 
Son  habileté  à  guérir  les  maladies , 
sa  dextérité  dans  les  opérations  chi- 
rurgicales et  sa  connaissance  de  la 
mécanique  contribuèrent  à  faire 
réussir  sa  mission  au-delà  de  toute 
espérance.  11  séjourna  près  de  qua- 
rante ans  dans  le  Chaco ,  le  Para- 
guay,  le  Tucuman  et  les  Pampas, 
et  fut  une  des  personnes  chargées  par 
le  gouvernement  espagnol  de  faire 
par  mer  le  relevé  de  la  côte  com- 
prise entre  le  Brésil ,  la  Tierra  del 
Fncgo  ,  etc.  A  l'époque  de  la  dissolu- 
tion des  jésuites  ,  Falkner  fut  en- 
voyé en  Espagne,  d'où  il  revint  dans 
sa  patrie.  Un  catholique  de  ses  com- 
patriotes qui  demeurait  à  Spetchley  , 
près  de  Worcestei ,  le  prit  pour  cha- 
pelain. Ce  fut  dans  cet  asyle  qu'il 
écrivit  en  anglais  :  Description  de 
la  Pataçonie  et  des  pays  voisins 
dans  V  Amérique  méridionale  ,  He- 
reford  et  Londres,  1774»  ur'  V(,l- 
in-4".,  avec  des  cartes.  Ce  livre  fut 
traduit  en  allemand  et  abrégé,  Go- 


FAL 

tha,  1775,  un  vol.  in  -  8°.  On  en  a 
aussi  une  traduction  française  abré- 
gée sous  ce  titre:  Description  des 
terres  Magellaniques  et  des  pays 
adjacents,  trad.  de  l'anglais  par 
M.  B***.,  Genève  et  Paris  ,1788,  2 
vol.  in- 16.  Le  livre  de  Falkner  offre 
des  notions  très  précieuses  sur  les 
contrées  que  l'auteur  a  décrites,  sur 
les  mœurs  des  peuples  qui  les  ha- 
bitent ,  sur  les  productions  de  la  na 
ture  que  Ton  y  trouve.  On  recon- 
naît cependant  qu'il  n'était  pas  assez 
versé  dans  l'histoire  naturelle ,  ce 
qui  rend  ses  descriptions  bien  moins 
utiles.  L'ouvrage  est  terminé  par  un 
chapitre  assez  détaillé  sur  la  langue 
des  Puelches ,  et  orné  de  deux  cartes , 
dans  lesquelles  Falkner  corrige  celle 
de  d'An  ville,  qui  a  fait  l'extrémité 
sud  de  l'Amérique  méridionale  trop 
étroite,  et  donne  les  noms  de  plu- 
sieurs peuplades  entièrement  incon- 
nues à  l'époque  où  parut  cette  des- 
cription. Les  figures  d'animaux  sont 
mal  dessinées.  Falkner  a  vu  des  in- 
digènes qui  lui  ont  paru  avoir  sept 
pieds  et  quelques  pouces,  mesure  an- 
glaise, d'autres  dont  la  taille  lui  a 
semblé  encore  plus  haute.  11  ajoute 
que  les  Puelches  ou  Patagons  sont 
grands  et  bien  proportionnés;  mais 
il  n'a  point  entendu  parler  de  la  race 
gigantesque  dont  on  a  fait  tant  de 
bruit.  Non  seulement  il  a  vu  des 
hommes  de  toutes  les  tribus,  mais  il 
a  consulté  des  Espagnols  qui  avaient 
voyagé  ou  avaient  été  prisonniers  chez 
les  Indiens.  C'est  un  auteur  judi- 
cieux ,  et  dont  le  livre  est  d'autant 
plus  intéressant  que  nous  avons  bien 
peu  de  ressetgnementi  positifs  et  ori- 
ginaux sur  les  peuples  et  les  pays 
qu'il  a  visités.  Il  fait  des  réflexions 
très  sensées  sur  l'importance  politi- 
que des  possessions  espagnoles  dans 
cette  partie  du  monde,  et  sur  les  dan- 


FAL 

gers  que  pourrait  leur  faire  courir  un 
établissement  tente  par  une  nation 
entreprenante.  11  ne  donne  pas  le 
jour»!  de  son  voyage;  mais  d'après 
quelques  dates  qui  se  trouvent  dans 
son  livre  ,  on  peut  conjecturer  qu'il 
arriva  en  Amérique  après  1730,  et 
qu'il  y  resta  jusqu'au  moment  où  les 
jésuites  en  furent  expulses.  Falkner , 
dit  son  biographe  anglais,  avait  l'es- 
prit vif,  des  connaissances  variées , 
une  très  bonne  mémoire.  Les  méde- 
cins donnaient  les  plus  grands  éloges 
à  son  savoir  et  à  son  habileté.  11  avait 
dans  ses  manières  quelque  chose  de 
singulier  et  d'ingénu  qu'il  devait  à  son 
long  séjour  parmi  les  peuplades  sau- 
vages ,  et  jusqu'à  son  dernier  moment 
il  conserva  une  teinte  des  habitudes 
indiennes.  Il  mourut  en  1780.  E — s. 
FALLE  (Philippe),  auteur  anglais, 
né  dans  l'île  de  Jersey  en  i655,  y 
fut  quelque  temps  recteur  de  la  pa- 
roisse de  Saint  -  Sauveur.  La  crainte 
d'une  invasion  des  Français  ,  qui  n'eut 
pas  lieu  cependant ,  ayant  décidé  les 
états  de  l'île  à  solliciter  du  gouverne- 
ment des  mesures  et  des  moyens  de 
défense  pour  l'avenir,  il  fut  un  des 
deux  députés  envoyés  à  cet  effet  au- 
près du  roi  Guillaume  et  de  la  reine 
Marie ,  dont  il  reçut  un  accueil  très 
honorable  ,  et  dont  il  obtint  aisément 
l'objet  de  sa  mission.  Ce  fut  quelque 
temps  après  qu'il  rédigea  ,  eu  partie 
d'après  un  manuscrit  de  Jean  Poing- 
destre  ,  savant  magistrat,  et  son  corn- 
patriote  ,  un  ouvrage  qu'il  publia  en 
anglais  ,  sous  ce  titre  :  Cœsarea  ,  on 
Tableau  de  Jersey,  la  plus  étendue 
des  îles  qui  restent  à  la  couronne 
d'Angleterre,  de  V ancien  duché  de 
Normandie,  1684,  in-8'.,  avec  une 
carte  de  l'île,  et  une  vue  du  château 
d'Elisabeth.  Ce  livre  eut  beaucoup  de 
succès  alors,  et  ne  le  dut  pas  seule- 
ment aux  circonstances,  mais  aussi  au 


F  AL  i37 

mérite  qui  le  distingue.  C'est  l'ouvrage 
d'un  bon  esprit  comme  d'un  bon  ci- 
toyen. On  y  trouve  de  l'intérêt ,  de 
l'érudition  ,  beaucoup  de  recherches  , 
et  des  vues  utiles.  L'île  de  Jersey 
n'était  guère  connue,  avant  lui,  que 
par  une  relation  fort  imparfaite  qu'en 
avait  donnée  le  docteur  Heylin,  et  qui 
était  presque  oubliée.  Falle  démontre 
l'importance  trop  peu  sentie  dont  était 
pour  l'Angleterre  la  conservation  de 
Jersey  et  des  autres  îles  adjacentes.  11 
donna  en  1 704 ,  en  un  volume  in-8°., 
une  seconde  édition  de  la  Cœsarea, 
revue  et  considérablement  augmentée, 
et  où  il  ajouta  une  Lettre  à  lui  adressée 
par  Philippe  Morant  de  Jersey,  et 
contenant  des  remarques  sur  le  19". 
chapitre  du  2e.  livre  du  Mare  clau- 
sum  de  Selden.  On  cite  aussi  de  Falle 
quelques  sermons.  11  mourut  dans  un 
âge  avancé,  mais  nous  ignorons  en 
quelle  année.  X — s. 

FALLET  (Nicolas),  né  à  Lan- 
gres  en  1753,  se  lia  dans  sa  jeu- 
nesse avec  Duruflé  et  Gilbert,  et, 
comme  eux ,  cultiva  la  poésie.  Sa  vie 
n'offre  aucune  circonstance  remar- 
quable; il  mourut  le  11  décembre 
1801.  On  a  de  lui:  I.  Mes  Pré- 
mices, 1 773  7  in -8°.,  recueil  de 
Poésies;  II.  le  Phaéton,  poërne  hé- 
roï-comique en  six  chants ,  imité  de 
l'allemand  de  Zacharie,  1775,  in- 
8a. ,  reproduit  en  1776;  111.  les 
aventures  de  Chœréas  et  de  Calli- 
rhoé,  Irad.  du  grec,  1775-76, 
huit  cahiers  in-8°.,  formant  un  vo- 
lume, réimprimé  en  1 784  ;  IV.  mes 
Bagatelles  ,  ou  les  l^orts  de  ma 
jeunesse ,  recueil  sans  conséquence, 
1776,  in-8°.;on  y  retrouve  le  poème 
de  Phaéton;  V.  de  la  Fatalité, 
épître,  précédée  d'un  discours  sur 
quelques  objets  de  littérature  et  de 
morale,  1779,  in-8°.;  VI.  Tibère 
et  Sérénits ,  tragédie  en  cinq  actes 


i38  F  AL 

et  en  vers y  1782,  in-8°.;  elle  n'eut 
que  dix  représentations,  et  peu  de 
succès;  cependant  on  en  fit  une  se- 
conde édition,  1  785 ,  in-8".  Le  Théâ- 
tre italien  lui  accorda  même  les  hon- 
neurs de  la  parodie  en  jouant  le  Ti- 
bère, parodie  de  libère  et  Séré- 
mu,par  M.  Radet.  La  tragédie  de 
Fallet  n'a  jamais  été  reprise;  elle  est 
oubliée  aujourd'hui  :  Grimm  et  La 
Harpe  (correspondance)  s'accordent 
pour  ne  pas  en  faire  l'éloge.  Les 
auteurs  du  petit  Almanach  des 
grands  hommes  disent  :  «  On  a 
»  aimé  M.  Fallet  dans  Tibère  ,  et 
»  Tibère  lui-même  y  a  beaucoup  ga- 
»>gné;  il  fallait  bien  du  talent  pour 
»  rendre  Tibère  aimable;  »  V11I. 
Mathieu ,  ou  les  deux  Soupers  , 
médie  en  trois  actes  et  en  prose 
(mêlée  d'ariettes,  musique  de  Dalay- 
rac),  1  ^8f> ,  in-8'.  Cet  ouvrage  ,  re- 
présenté a  Fontainebleau  le  \i  sep- 
tembre 1 785  n'y  eut  point  de  suc- 
cès; on  dit  même  «  qu'il  n'y  avait 
»  pas  un  seul  plat  de  passable  dans 
»  ces  deux  soupers.  »  Gette  pièce  re- 
mise en  deux  actes  fut  représentée  «i 
Paris  sur  le  Théâtre  italien  le  8  mai 
1 784  ,  sous  le  titre  de  :  les  d;  ,.v 
Tuteurs.  Fallet  avait  donné  sur  le 
même  Théâtre  le  2C  août  i  786  les 
fausses  Nouvelles  ,  opéra  comique  , 
dont  Champcin  avait  fait  la  musi- 
que ,  et  sur  le  Théâtre  français ,  le 
19  juin  1788,  une  tragédie  en  cinq 
6t  en  vers,  intitulée:  Alphée 
4t  Zarine  (toutes  deux  restées  ma- 
nuscrites ).  Le  sujet  des  Fausses  nou- 
velles n'était  autre  chose  que  le  Dou- 
ble veuvage  de  Dufrcsnv;  la  pièce  de 
Fallet  n'était  qu'en  deux  actes,  lia  tra- 
vaillé pendant  quelque  temps  a  la  C.u- 
zclte.de  France,  a  fourni  des  articles 
au  Journal  de  Paris  ,  des  Po&iea  a 
Y  Almanach  des  Muses  :  enfin  il  a 
coopéré  au  Dictionnaire  universel, 


F  AL 

historique  et  critique  des  mœurs, 
lois ,  usages  et  coutumes  civiles , 
1772,  4  vol.  in-8  .  Costard  en  avait 
rédigé  un  volume ^t  demi,  FalM  en 
rédigea  un  demi-vo!ume  ,  et  Con- 
tant les  deux  dcFniers.     A.  B — t. 

FALLOP Ei Gabriel),  ou  plus  exac- 
tement Falloppio,  anatomiste  et  chi- 
rurgien célèbre  du  1  G1,  siècle,  naquit 
à  Modène  en  1 5)3.  Quoiqu'il  ait  pro- 
fessé avec  beaucoup  d'éclat,  et  joui 
d'une  immense  réputation  ,  les  détails 
de  sa  vie  ne  sont  pas  exactement  con- 
nus :  ils  ont  été  très  diversement  ra- 
contés par  les  divers  biographes.  Quel- 
ques -  uns  ,  tels  que  Tommasini  et 
Ghilini ,  le  font  naître  en  i4qo»  ce 
qui  est  une  erreur  manifeste,  démen- 
tie par  Fallope  lui  -  même.  D'autres 
prétendent  qu'il  fut  disciple  de  Vesalc, 
tandis  que  Martine  et  Haller  attestent 
le  contraire.  Quoi  qu'il  en  soit ,  Fallope 
fît  d'excellentes  études  médicales ,  d'a- 
bord à  Ferrare,  où  il  eut  pour  princi- 
pal guide  Antoine  Musa  Brasavola , 
puis  à  Padoue.  Il  posséda  pendant 
quelque  temps  un  canonicat  à  la  ca- 
thédrale de  Modène;  mais  il  renonça 
bientôt  à  ce  titre  ,  qui  ne  lui  permet- 
tait pas  de  se  livrer  a  son  goût  pour  la 
dissection.  Après  avoir  enseigné  l'ana- 
tomie  à  l'université  de  Ferrare,  pen- 
dant un  petit  nombre  de  mois,  et  du- 
rant trois  années  à  celle  de  Pise  ,  il  fut 
choisi,  en  1  55  1  ,  par  le  sénat  de  \  c- 
nise.  pour  occuper  à  Padoue  !a  chaire 
de  chirurgie  et  d'anaiomie.  On  lui  con- 
fia (  11  outre  la  démonstration  des  plan- 
tes médicinales,  et  l'inspection  du  jar- 
din de  botanique  ,  qu'il  enrichit  de 
plusieurs  végétaux  rapportés  de  ses 
M  en  Italie,  en  France  et  dans 
ce.  Il  parcourait  avec  autant  de 
7.Mc  que  de  gloire  cette  triple  cai  rière , 
lorsqu'il  fut  moissonné  avant  l'âge  de 
quarante  ans,  le  9  octobre  i5fjjt.  Il 
n'avait  encore  publié  qu'an  seul  ou- 


FAT, 
vrnge  peu  volumineux  ,  mais  plein  de 
recherches  curieuses,  défaits  intéres- 
sants, de  découvertes  utiles  :  I.  Ob 
servationes  anatomicœ  ,  in-8  . ,  Ve- 
nise,  1 5(3 1  ;  Padoue  ,  1 5(ri  ;  Paris , 
i  ■><  i x  ;  Cologne .  1 56a  .  Helmstadt , 
i588.  Jean  Siegfried,  à  qui  nous  de- 
vons cette  dernière  édition  ,  a  disposé 
systématiquement  les  observations  de 
l'auteur.  Ce  livre  fait  époque  dans  les 
fastes  anatonuques.  En  effet ,  c'est  le 

Î)remicr  dans  lequel  on  trouve  l'ostéo- 
ogie  et  l'angiologie  exactes  do  fœtus; 
des  notions  parfaitement  justes  sur  les 
épiphyses;  une  description  lumineuse 
de  l'organe  délicat  et  compliqué  de 
l'ouïe.  L'illustre  auteur  fait  bien  con- 
naître le  limaçon,  les  canaux  demi- 
circulaires  ,  et  le  canal  tortueux  ou 
aqueduc  qui  porte  encore  le  nom  de 
Fallope.  11  décrit  avec  un  soin  jusqu'a- 
lors inconnu  ,  les  os  ethmoïde  et  sphé- 
noïde ,  les  alvéoles  dans  lesquelles 
sont  enchâssées  les  dents  ,  les  artères, 
les  veines  et  les  nerfs  qui  s'y  rendent. 
Il  a  pareillement  légué  son  nom  au  li- 
gament qui  va  de  l'épine  antérieure  de 
i'iléon  à  la  syniplnr.e  du  pubis.  Il  si- 
gnale ,  tantôt  peur  la  première  fois  , 
et  tantôt  avec  plus  d'ordre  et  de  nou- 
veaux détails ,  les  muscles  occipitaux , 
palatins  ,  laryngiens  ,  pharyngiens  , 
pyramidaux  de  l'abdomen  ,  auricu- 
laires, oculaires,  faciaux,  ie  releveur 
de  la  paupière  supérieure,  le  sphinc- 
ter de  la  vessie.  Moins  profond  dans  la 
connaissance  des  vaisseaux ,  il  enri- 
chit pourtant  cette  branche  de  l'anthro- 
potomie.  On  était  avant  lui  dans  une 
ignorance  absolue,  ou  Ton  n'avait  que 
des  idées  confuses,  inexactes  .  sur  les 
sinus  de  la  moelle  épinière,  sur  les  ar- 
tères carotide ,  méningée  etethmoïda- 
le  ,  sur  les  veines  jugulaires  et  verté- 
brales, sur  l'origine  di-  l'artère  du  pé- 
nis. La  névrologie  n'est  pas  moins  re- 
devable aux  recherches  de  Fallope  :  il 


FAL  ix) 

a  découvert  la  quatrième  paire ,  énu- 
méré  les  trois  rameaux  de  la  cin- 
quième, et  complété  'a  description 
de  la  huitième.  Enfin  ,  il  a  porté  le 
même  esprit  de  critique,  et  répandu 
plus  de  lumière  encore  sur  la  splaneh- 
noiogie  en  général ,  et  notamment  sur 
les  appareils  sécréteurs  delà  bile,  de 
l'urine  et  de  la  semence;  il  a  tracé  une 
excellente  description  du  clitoris,  des; 
ligaments  ronds  et  des  trompes  de  la 
matrice  ,  auxquelles  on  a  ,  peut  -  être 
avec  trop  de  condescendance  ,  attaché 
son  nom,  puisque  la  découverte  ne  lui 
en  appartient  réellement,  pas.  A  cette 
énumeration  très  incomplète  des  tra- 
vaux anatomiques  de  Fallope  ,  il  con- 
vient d'ajouter  qu'il  fut  puissamment 
secondé  par  les  chefs  de  l'état  :  cri 
apprendra  même  avec  une  sorte  d  hor- 
reur jusqu'où  s'étendait  la  protection 
que  lui  accordait  le  grand-duc  de  Tos- 
cane :  Princeps  j'ubet  ut  nobis  dent 
hominem  ,  quem  nostro  modo  inter-* 
ficimus  ,  et  illum  anatomisamus.  Ces 
hommes,  à  la  vérité,  étaient  des  cri- 
minels ;  cependant  il  est  difficile  de 
ne  pas  frissonner  à  la  lecture  de  cette 
phrase.  Les  leçons  de  Fallope  furent 
publiées  après  sa  mort  par  divers  dis- 
ciples, dont  la  plupart  ne  remplirent 
point  cette  tâche  d'une  manière  ho- 
norable. Il  suffira  d'indiquer  isolé- 
ment les  opuscules  qui ,  par  leur  mé- 
rite ou  par  leurs  défauts,  seront  sus- 
ceptibles de  quelques  annotations.  Il* 
De  corporîs  humani  anatome  corn- 
pendium  ,  Venise,  1571,  in  -  8°.  ; 
Padoue.  1 585  ,  in  -  8°.  ;  rapsodic  in- 
signifiante, dont  le  compilateur  a  mu- 
tilé plutôt  que  retracé  la  doctrine  de 
son  maître;  II î.  Lecùones  départi- 
culis  similaribus  humani  corporis, 
(  Voy.  Coiter  )  ;  I  Y.  Départe  medi- 
cinœ  quœ  chirurgiamincupatur,  nec* 
non  in  librum  Hippocratis  de  vuhie- 
ribus  capitis  dilucidissima  interpre- 


lqt> 


F  A  h 


tatio,  Venise,  1 5y  i  ,  in-4°.  La  C/«- 
mrçie  de  Fallope  a  été  traduite  en 
italien,  par  Jean  -Pierre  Maffet,  Ve- 
nise, 1657  ,  in  -  4°.  ;  V.  Libelli  duo  ; 
alter  de  ulceribus  ,  alter  de  tumori- 
busprœter  naturam  ,  Padoue,  1 563, 
in-4".  Bruno  Seidel  a  donne  une  édi- 
tion plus  complète  du  Traité  des  Ul- 
cères ,  Erfurt,  1077,  in -4°.  Ces 
écrits ,  bien  qu'altérés  par  les  copistes, 
prouvent  que  l'auteur  n'était  pas  moins 
habile  chirurgien  que  savant  anato- 
miste  ;  aussi  Douglas  a-t-il  dit  :  In  do- 
cendo  maxime  melhodicus ,  in  se- 
cundo expedilissimus ,  in  medendo 
felicissimus.  Le  dernier  trait  de  ce 
tableau ,  remarquable  par  sa  laconique 
énergie ,  admet  cependant  une  restric- 
tion ;  car  Fallope  lui-même  avoue  in- 
génuement  qu'il  n'a  pas  été  constam- 
ment heureux  dans  sa  pratique.  Voici 
comment  i!  s'exprime,  en  parlant  des 
plaies  de  tête  :  Advertatis  ,  quœso , 
ego  fui  in  causa  mortis  centum  ho- 
minum,  ignorans  causant  hanc.  Du 
reste,  Fallope  exerça  avec  une  rare 
dextérité  les  plus  grandes  opérations 
chirurgicales  ,  telles  que  la  taille  et  le 
trépan  ;  il  rectifia  le  traitement  des 
plaies  d'armes  à  feu  ,  et  démontra 
qu'elles  n'étaient  ni  venimeuses  ni  pro- 
duites par  combustion.  Il  s'étend  avec 
une  sorte  de  complaisance  sur  le  pro- 
cédé nommé  Taliacotien,  quoique 
Tagliacozzi  n'en  soit  pas  l'inventeur; 
procédé  singulier ,  qui  consiste  à  ra- 
juster, et  même  à  remplacer  les  ntz  , 
les  oreilles  .  les  doigts ,  et  quelques 
autres  parties  totalement  séparées  du 
corps;  VI.  Opuscula  ,  edente  Petro 
Angelo  Agatho ,  Venise,  i566,  iu- 
4".  ;  VII.  De  morbo  gallico  tractatus 
cumscholiis  margindlibus  Pétri  An- 
geli  Agathi ,  Venise,  i564,  in-4"- , 
ibid.,  i56(>,  1^74  ,  in  -  8".  Ce  traité 
n'est  pas  à  l'abri  de  la  < -inique.  L'au- 
teur regarde  comme  empirique  le  tiai- 


FAL 

teraent  par  le  mercure,  qui  pourtant 
est  le  seul  infaillible,  et  il  assigne  le 
premier  rang  au  saint  bois,  qui  ne 
doit  être  considéré  que  comme  un  ac- 
cessoire utile.  On  est  d'ailleurs  étran- 
gement surpris  de  voir  Fallope  géné- 
ralement si  loyal ,  vanter  un  préser- 
vatif secret  de  l'infection  vénérienne; 
VIII.  De  medicatis  aquis  libri  sep- 
lem  ;  De  metallis  et  fossilibus  libri 
duo  ,  nunc  primùm  editi  per  An- 
dream  Marcolinum ,  Venise ,  1 564  y 
in-40.;  IX.  De  simplicibus  medica- 
mends  purgantibus  tractatus  ,  nunc 
recens  exactissimd  curd  ab  Andréa, 
Marcolino  collectus ,  Padoue ,  1 565 , 
in-4".;  Venise,  i566,  in-4°.;X.  De 
compositione  medicamentorum ,  Ve- 
nise ,  1570,  in-4°.  Bien  que  Fallope 
possédât  sur  l'Histoire  naturelle  et  la 
Thérapeutique  ,  des  connaissances 
moins  parfaites  que  sur  l'anatomie  et 
la  chirurgie ,  il  a  cependant  déterminé 
avec  beaucoup  de  discernement,  le 
choix  ,  la  préparation  et  l'emploi  des 
principales  substances  médicamen- 
teuses; il  a  mérité  que  Loureiro  lui 
consacrât,  sous  le  nom  de  Fallopia  , 
un  genre  de  plantes,  dont  la  seule 
espèce  jusqu'à  présent  connue  ,  est  un 
arbrisseau  qui  croît  en  Chine,  aux  en- 
virons de  Canton.  Tous  les  écrits  qui 
viennent  d'être  énuraérés,  et  plu- 
sieurs autres  dont  une  mention  spé- 
ciale a  semblé  superflue,  ont  été  re- 
cueillis et  publiés  avec  ce  titre:  Opéra 
genuina  omnia ,  tîun  praclica  quàm 
theorica,  in  très  tomos  distribuât , 
Venise ,  1 584  >  3  vol.  in  -  fol.  ;  ibid. , 
1606,  3  vol.  in-fol.;  Francfort,  1600, 
in-fol.;  ibid.,  1606,  in-fol.,  etc.  En- 
fin ,  il  convient  de  citer  un  recueil  de 
MCreU  attribué  à  Fallope.  Ce  fatras, 
sans  doute  apocryphe,  a  été  plus  sou- 
vent réimprime  qu'un  bon  ouvi 
en  italien,  Venise,  l563,  in 
1 5B*Jt ,  1602,  etc.,  traduit  un  grand 


FAt 

nombre  de  fois  ,  et  sous  divers  titres , 
en  allemand  ;  Augsbourg ,  i  $7 1  ,  in- 
8°.  ;  Francfort ,  1 6 1 6 ,  in  -  8  '.  ;  Ham- 
bourg, i65i  ,  in-8°.,  etc.  On  trouve 
des  notices  biographiques  surFallope; 
dans  les  Mémoires  de  Niceron  ,  tom. 
4  et  1  o  ,  dans  les  Eloges  de  Tomma- 
sini  ,  et  surtout  dans  la  Bibliothèque 
des  Ecrivains  modenais ,  par  le  sa- 
vant Tiraboschi.  C. 

FALTONIA    PROBA    (Anicia). 
Voy\  Falconia. 

FANCOURT  (  Samuel  ) ,  théolo- 
gien anglais  du  18e.  siècle,  fut  pen- 
dant long-temps  pasteur  d'une  nom- 
breuse congrégation  de  protestants  dis- 
senlers  à  Salisbury.  Il  avait  du  talent 
pour  la  prédication  et  pour  rensei- 
gnement; mais  l'éloignement  qu'il  ma- 
nifesta pour  le  dogme  calviniste  de 
la  réprobation  indisposa  contre  lui  ses 
confrères ,  et  il  en  reçut  tant  de  dé- 
sagréments, qu'il  fut  obligé  de  quitter 
sa  place.  Etant  venu  à  Londres  ,  où  il 
soutint  encore  plusieurs  controverses 
et  exerça  son  ministère,  mais  sans  au- 
cun établissement  fixe  ,  il  y  établit , 
entre  1 7  /|  o  et  174$,  les  premiers 
abonnements  de  lecture  (  circitlating 
library)  qu'on  ait  connus  en  Angle- 
terre ;  mais  cette  ressource ,  à  laquelle 
il  joignit  l'enseignement  de  la  langue 
latine,  ne  put  le  sauver  de  la  misère 
qui  assaillit  sa  vieillesse.  Il  eut  bientôt 
une  foule  d'imitateurs  qui  furent  plus 
heureux  que  lui ,  et  il  ne  recueillit  de 
ses  efforts  que  des  dettes  ,  des  repro- 
ches et  le  découragement.  Sa  biblio- 
thèque passa  dans  les  mains  de  ses 
créanciers ,  et  il  vécut  des  secours  de 
la  pitié  jusqu'à  sa  mort ,  arrivée  le  8 
juin  1768,  dans  la  90e.  année  de  son 
âge.  X— s. 

FANGE  (  Augustin  ),  bénédictin 
de  la  congrégation  de  St.  Vannes  et 
abbé  de  Senones,  né  à  Hatton-Châtel 
>rès  Verdun,   était  neveu  de  dom 


près  Vcrdui 


FAN  141 

Calmet  par  sa  mère.  11  fit  ses  vœux  à 
l'abbaye  de  Munster  en  Alsace,  le  21 
juin  1728.  Rien  ne  lui  manquait  des 
vertus  religieuses.  A  un  maintien  mo- 
deste et  réservé ,  il  unissait  un  esprit 
sage ,  de  la  piété  ,  l'amour  du  travail, 
et  le  goût  de  ces  études  cultivées  dans 
l'ordre  de  St.- Benoît ,  qui  acquirent 
une  si  grande  réputation  à  son  oncle. 
Il  professa  avec  distinction  les  huma- 
nités ,   la  philosophie  et  la  théologie 
dans  sa  congrégation.   Dora  Calmet 
était  abbé  de  Senones ,  monastère  de 
Lorraine.  Le  gouvernement  de  la  Lor- 
raine étant  sur  le  point  d'éprouver  de 
grands  changements  par  la  cession  de 
ce  duché  à  la  France ,  il  craignit  qu'on 
ne  mît  son  abbaye,  en  commende.  Il 
ne  vit  d'autre  moven  de  la  conserver  à 
sa  congrégation  que  de  demander  la 
permission  de  se  faire  élire  un  coad- 
juteur.  11  l'obtint  du  duc  François  et 
de  l'empereur,  et  dom  Fange  fut  d'une 
voix  unanime  élu  coadjutcur  de  Se- 
nones le  6  septembre  17^6.  11  reçut 
ses  bulles  le  7  octobre  de  la  même 
année ,  et  fut  béni  le  6  mai  suivant 
par  M.  Sommier, archevêque  in  parti- 
bus  de  Césarée  et  grand-prévôt  de  Sh- 
Diez.  11  ne  devint  abbé  titulaire  qu'en 
1755,  après  la  mort  de  son  oncle.  On 
a  de  dom  Fange  :  I.  un  Traité (  en  la- 
tin) des  sacrements  en  général  et  en 
particulier,  ouvrage  profond  et  es- 
timé; II.  Iter  Helveticum ,  avec  li- 
gures :  c'est  le  récit  de  ce  que  dom 
Fange  avait   trouvé  de  remarquable 
dans  un  voyage  qu'il  avait  fait  en  Suisse 
en   1748;  Iîf.  le  i".  volume  de  la 
Notice  de  Lorraine  ;   IV.    Vie  de 
dom  Calmet,   1760,    in  -8\  Quel- 
ques -  uns  lui  attribuent  :  Mémoires 
pour  servir  à  l'histoire  de  la  barbe 
de  l'homme ,   Liège,    177$,  in-8  ". 
Dora  Fange ,  en  outre  ,  acheva  17/iV- 
toire  universelle  commencée  par  son 
oncle,  arrangea  ses  œuvres  posthu- 


jj>.  FAN 

mes,  et  publia  ses  ouvrages  en  1762. 
L — Y. 

FANlERouFAGNIERDEVIAlX- 
NES  (doni  Thierri).  Voy.  Viaixives. 

FANNIUS  -  STIUBON  (Caius  ) , 
fut  élu  consul  de  Rome  avec  M.  Va- 
lériu>  Messala,  l'an  161  avant  J.-C. 
Son  consulat  est  fameux  par  la  pu- 
blication de  deux  règlements  desti- 
nes à  arrêter  les  progrès  du  luxe, 
niais  qui  ne  purent  recevoir  qu'une 
exécution  incomplète  chez  un  peu- 
ple parvenu  à  un  liant  degré  de 
puissance  et  de  richesses.  Le  pre- 
mier ,  dont  Aulu-Gelle  a  conservé  le 
texte  (Noct.  ait.,  lib.  XV,  cap.  XI) 
autorise  le  prêteur  à  faire  sortir  de 
Rome  les  philosophes  et  les  rhétori- 
eiens.  Le  second,  qui  fixe  les  dépenses 
de  li  table,  après  avoir  été  adopté 
parle  sénat,  fut  converti  en  une  loi, 
-  qui  prit  le  nom  de  Fannia,  du  con- 
sul qui  l'avait  proposée.  C'est  la  plus 
ancienne  loi  somptuaire  des  Romains. 
Aulu-Gelle  en  rappelle  les  princi- 
pales dispositions  [iXoct.  ait.,  lib.  II, 
cap.  XXIV)  ,  elle  interdit  l'usage 
des  vins  étrangers,  et  fixe  les  dé- 
penses de  la  table  pour  les  plus  ri- 
ches citoyens  à  dix  as  par  jour ,  à 
trente  as  pour  les  jours  de  fêtes  et  à 
cent  as  pour  les  juins  de  la  célébra- 
tion de*  grands  jeux.  —  Fannius 
(Giius),iils  du  précédent,  était  ami 
de  Scipion  L'africain  ,  et  le  conduisit 
par  ses  conseils  pendant  sou  tnhu- 
11.1t.  Il  fut  élu  consul  avec  (ai.  l)o- 
milius  Ahenobarbus  ,  1  2V.  ans 
J.-C.  Vtlleius  Pasercukis  (liv.  Il, 
eh.  IX  J,  net  Faniuui   Ml    nombre 

plu*   ilhiSli 
temps.  Il  prou  .  cnu-ut  (ou- 

tre C.  Gracchu*   une  harangue  qui 
fut  juge*  >i  belk   qu'un    prétendit 

qu'elle  avait  été  composée  |).u 

Ici  suis.  (/'oj  .  OU  (pie 

plusieurs   personnes  y  avaient   Ua- 


jius 
cita 


FAN 
Vaille.  Cicérou  regardait  Fanni 
comme  le  véritable  auteur  de  cette 
harangue,  la  meilleure  qu'il  eût  com- 
posée; mais  il  ne  l'en  place  pas  moins 
parmi  les  orateurs  médiocres  qui  fré- 
quentaient alors  la  tribune.  W — s. 

FANNIUS  (Caius),  neveu  de 
Fannius  Strabon,  fut  élu  questeur 
l'an  i-ifj  avant  J.-C,  et  préteur  au 
bout  de  deux  ans.  Il  avait  servi  dans 
la  guerre  d'Afrique  sous  Scipion  le 
jeune ,  et  dans  celle  d'Espagne  sous 
Fabius-Maximus  Servilius.  Il  épousa 
Tune  des  filles  de  Lélius,  et  se  plai- 
gnit amèrement  de  la  préférence  que 
sjn  beau- père  donna  à  Cn.  M.  Seé- 
voia  pour  la  place  d'augure  ;  mais  il 
paraît  que  Fannius  s'apaisa ,  et  qu'il 
continua  de  vivre  en  bonne  intelli- 
gence avec  son  beau-père.  "Ce  qui  le 
fait  conjecturer  c'est  que  Cicéron  les 
a  choisis  tous  les  deux  pour  les  inter- 
locuteurs de  son  dialogue  de  l'amitié. 
Fannius  appartenait  à  la  secte  des 
Stoïciens,  et  il  avait  eu  pour  maître 
Panaetius,  l'un  des  plus  grands  phi- 
losophes de  ce  temps-là.  Son  élo- 
quence avait  quelque  chose  de  plus 
sévère  que  celle  de  son  cousin  ;  mais 
il  est  moins  connu  comme  orateur 
que  comme  historien.  Il  avait  com- 
posé des  annales  dont  Cicéron  loue 
le  style,  et  que  M.  BrutOfl  trouvait  si 
intéressantes  qu'il  en  entreprit  l'abré- 
gé. Les  Annales  de  Fannius  ne  sont 
point  parvenues  jusqu'à  nous  ,  et  on 
ignore  même  le  nombre  de  livres 
dont  elles  étaient  formées.  Priscien  en 
cite  le  1er.  livre,  et  li.  Susipater  le 
H  .  Danieâ-Guill.  Mollera  publié  une 
Dissertation  en  latin  sur  Caïus  Fan- 
nius l'annaliste,  Altdoril',  i(>  ,5. 

W— s. 

I  VYMIS-QUADRAIUS,  poète 
latin,  obtint   que  sun  poi 
(Mi\i.i-rs  fussent  phi-:-,  dans  la  biblio- 
thèque  établie  par  Auguste  dans  le 


FAN 
temple  d'Apollon.  Horace  le  nomma  à 
ce  sujet  beatus  Fannius  (  Satir.  IV, 
Lib.  1er.  },  expression  qui  a  embarrassé 
quelques  traducteurs,  et  dont  Boileau 
a  évidemment  emprunté  le  bienheu- 
reux Scudéry.  Fanuius  ne  se  conten- 
tait pas  d'être  un  détestable  écrivain  , 
il  était  encore  médisant  et  cherchait  à 
égayer,  aux  dépens  de  ses  confrères , 
les  tables  où  il  était  admis.  Horace  lui 
reproche  cette  conduite  (  Satir.  X), 
mais  en  homme  qui  n'est  guère  tou- 
ché des  injures  d'un  aussi  méprisable 
ennemi.  —  Fannius- Cepion  faisait 
partie  d'une  conspiration  contre  Au- 
guste ,  qui  fut  découverte  avant  qu'elle 
éclatât.  Il  s'enfuit,  et  parvint  à  échap- 
per quelque  temps  à  toutes  les  recher- 
ches par  les  soins  d'un  de  ses  esclaves. 
Macrobe  rapporte  les  circonstances  de 
sa  fuite  (  Lib.  I.  Cap.  XL  );  mais  un 
passage  de  Dion  {Lib  LIV)  nous  ap- 
prend que  Fannius,  après  s'être  caché 
quelques  mois,  fut  enfin  découvert  par 
la  trahison  d'un  autre  esclave ,  et  mis  à 
mort.  Ce  n'est  donc  pas  ,  comme  on  le 
croit,  à  ce  Fannius  que  s'applique 
l'épigramme  de  Martial  : 

Hostem  cum  fugt-ret,  se  Fannius  ipse  peremit, 
Hic,  rogo,  non  furor  est  ne  moriare  mon. 

W-— s. 

FANNIUS  (Caius)  ,  historien ,  était 
l'ami  de  Pliue  le  jeune;  il  joignait  à 
beaucoup  d'esprit  des  manières  agréa- 
bles ,  et  le  talent  de  parler  en  pu- 
blic avec  autant  de  grâce  que  de  f !ici- 
lité:  ces  qualités  avaient  dû  lui  pro- 
curer de  nombreux  clients.  Cependant 
il  lui  restait  encore  des  loisirs  qu'il 
employa  a  composer  un  ouvrage  inti- 
tule :  Exitus  occisorum  aut  rêlega- 
torum  à  Nerone.  Il  en  avait  déjà  ter- 
miné trois  Livres,  et  il  travaillait  au 
quatrième,  lorsqu'il  mourut  si  subite- 
ment ,  qu'il  n'eut  pas  le  temps  de 
changer  des  dispositions  faites  depuis 
plusieurs  années .  et  que  des  hommes, 


FAN  143 

dont  il  avait  à  se  plaindre,  devinrent 
«es  héritiers  «î  la  faveur  de  son  ancien 
testament.  Fannius  avait  eu  quelque 
pressentiment  de  sa  mort. Néron, dont 
il  avait  l'imagination  remplie ,  lui  était 
apparu  dans  un  songe,  et  après  avoir 
feuilleté  les  trois  premiers  Livres  de 
l'ouvrage  de  Fannius,  s'était  retiré 
sans  donner  la  moindre  attention  au 
quatrième  qui  était  commencé.  Ce  rêve 
frappa  Fannius,  et  il  crut  y  voir  la 
preuve  que  son  ouvrage  ne  serait  ja- 
mais achevé.  Si  l'amitié  que  Pline  avait 
pour  Fannius  ne  lui  a  pas  fait  exagé- 
rer le  mérite  de  son  ouvrage  ,  on  doit 
regretter  qu'il  soit  perdu.  Ausone 
Popma  en  a  recueilli  des  fragments 
publiés  à  la  suite  du  Salluste  ,  édit. 
d'Amsterdam,  1661.  W — s. 

FANSHAW  (sir  Richard  ) ,  né  en 
1607  dans  le  comté  d'Hertford,  d'une 
famille  noble,  étudia  à  Cambridge,  et 
termina  son  éducation  par  des  voyages 
sur  le  continent.  Envoyé  par  Char- 
les Yr.  à  la  cour  d'Espagne,  en  qua- 
lité de  résident,  et  rappelé  au  com- 
mencement des  troubles,  il  s'attacha 
au  parti  de  ce  prince,  qu'il  servit  uti- 
lement en  différents  emplois,  ainsi 
que  son  fils  Charles  II.  Fait  prisonnier 
par  les  rebelles  en  1 65 1  ,  à  la  bataille 
de  Worccster,  il  fut  d'abord  conduit 
à  Londres  et  étroitement  enfermé. 
Elargi  ensuite  sous  caution  ,  il  n'ob- 
tint son  entière  liberté  qu'au  com- 
mencement de  1660.  Après  la  restau- 
ration ,  il  fut  fait  maître  des  requêtes, 
conseiller-privé  pour  l'Irlande,  puis 
envoyé  extraordinaire  ,  ensuite  am- 
bassadeur en  Portugal ,  ou  il  négocia 
le  mariage  de  Charles  II  avec  l'infante 
Catherine;  enfin,  en  1664,  il  fut 
nommé  ambassadeur  à  la  cour  d'Es- 
pagne, où  il  mourut  le  16  jura 
1666  ,  comme  il  se  préparait  à  retour- 
ner en  Angleterre  ,  après  avoir  con- 
clu et  signé  la  paix,  de  i6t>5  entre 


i44  FAN 

l'Angleterre  et  l'Espagne.  Sir  Richard 
Fanshaw  se  fitcstimer  de  son  temps, 
non  seulement  par  son  habileté  dans 
Jes  affaires,  mais  encore  par  son  sa- 
voir et  son  talent  poétique.  On  a  de 
lui  plusieurs  traductions  en  vers  an- 
glais ,  entr'autres  celle  du  Pastor 
jfido,  Londres,  1646,  iu-4°.,  et 
in  -  8°.  ;  et  de  la  Lusiade ,  Lon- 
dres, i655,  in-fol.  II  a  traduit  aussi 
quelques  Odes  d'Horace,  le  quatrième 
Livre  de  l1 Enéide ,  deux  Comédies  de 
l'Espagnol  Antonio  de  Mendoza ,  pu- 
bliées après  sa  mort  en  167  1 ,  in-4°. 
Il  n'a  guère  laissé  de  poésies  originales 
qu'une  Ode  «et  quelques  Stances.  Ses 
vers ,  en  général ,  quoiqu'on  y  re- 
marque du  talent,  se  ressentent  de  la 
précipitation  et  de  la  négligence  qu'a 
dû  apporter  dans  les  travaux,  de  ce 
genre  un  homme  dont  toute  la  vie 
s'est  passée  au  milieu  des  dangers  ou 
des  affaires  :  la  plupart  furent  d'ail- 
leurs publiés  sans  son  aveu  et  avant 
qu'il  eût  pu  y  mettre  la  dernière 
main  j  il  faut  cependant  en  excep- 
ter son  Pastor  fido.  C'est  à  l'oc- 
casion de  cet  ouvrage  que  Deuhain , 
qui,  le  premier  en  Angleterre,  a 
donné  les  bons  principes  de  traduc- 
tion ,  lui  dit,  en  le  comparant  aux  au- 
tres traducteurs  : 

They  but  preierve  the  tiixei ,  thon  the  flamc  : 
True  to  bii  «crue  ,  but  truer  to  bis  famé. 

a  Ils  conservent  les  cendres  de  l'ori- 
»  ginal,  et  toi  sa  flamme  :  (idèlc  au 
»  sens  de  l'écrivain  ,  tu  l'es  encore 
»  plus  à  sa  gloire.  »  On  a  publié  des 
Lettres  originales  écrites  pendant  ses 
ambassade  en  Espagne  et  en  Portu- 
gal, précédées  do  sa  Vie,  Londres, 
11  aimlais.        X — S. 

FANTETT1   I  1  -  km),  gravrm-  Lu- 
lien,  né  ■  Florence,  vers  1660,  fini 

s'établir  a   Rome,  OÙ  il  grava  trcutr- 

iepl  sujets  «ic  li  Bible  de  Raphaël. 

Les  autres  morceaux  de  cette  suite,  et 


FAN 

qui  sont  supérieurs  à  ceux  de  Fan- 
tetti ,  sont  d'Aquila.  On  a  de  lui  aussi 
la  mort  de  S  le.  Anne ,  d'après  An- 
dré Sacchi  ;  ce  même  tableau  a  été 
gravé  par  Frcy.  Il  a  gravé  encore  plu- 
sieurs frises  et  Bas- Reliefs  antiques  et 
différentes  autres  pièces ,  d'après  des 
maîtres  italiens.  Fantetti  ne  gravait 
guère  qu'à  l'eau  forte;  son  faire  est 
facile  ,  annonce  du  goût ,  mais  il  est 
ordinairement  assez  incorrect.  P  — e. 
FANTONI(  Jean),  célèbre  méde- 
cin et  anatomiste ,  né  à  Turin  en 
1675,  se  rendit,  par  les  ordres  et 
sous  les  auspices  de  son  souverain , 
dans  les  villes  d'Allemagne,  de  France 
et  de  Hollande ,  les  plus  fameuses  par 
leurs  écoles  ou  leurs  académies.  Il  eut 
partout  uu  soin  particulier  de  fré- 
quenter la  société  et  les  leçons  des  pre- 
miers anatomistesde  son  temps,  avec 
la  plupart  desquels  il  se  lia  d'amitié  , 
et  il  établit  une  correspondance  qui 
dura  presque  toute  sa  vie,  etnecessa 
que  lorsqu'il  se  trouva  en  même  temps 
accablé  par  le  poids  d'une  extrême 
vieillesse  et  des  maladies.  A  son  retour 
en  Piémont,  il  fut  nomme  professeur 
d'anatomic  à  l'université  de  Turin, 
place  qu'il  occupa  avec  honneur  pen- 
dant une  longue  suite  d'années.  Il 
mourut  le  i5  juin  1758,  âgé  de 
quatre-vingt-trois  ans.  Ses  démons- 
trations étaient  suivies  par  un  grand 
nombre  d'auditeurs  qui  ne  pouvaient 
assez  admirer  sa  profonde  érudition  , 
la  richesse  et  l'importance  i\cs  faits 
nouveaux  qu'il  leur  présentait  con- 
tinuellement, son  éloquence  naturelle 
et  cette  latinité  exquise  et  élégante 
qu'on  remarque  dans  tous  ses  ouvra- 
ient les  principal»  sont  les  sui- 
vante: I.  Brevis  manuductio  ad  las- 
toriam  anatomicam,  Turin,  iti<)<), 
petit  in-4".  II.  Dissertationes  anato- 
micœXl,  ib.,  1  70»,  in- 12.  \\\.Ana- 
tomia  corporishumani  ad  usum  thea- 


FAN 
tri  medici  accomodata ,  pars  la.  ib. , 
1 7 1 1,  in-4°-  IV-  Disserlationes  ana- 
tomicce  septem  renovatœ ,  ib.  17^  » 
in-8n.    V.   Dissertationes    duce    de 
structura  et  usu  meningis  ad  Pac- 
chionum  ;  VI.  Opuscula  medica  et 
physioîogica ,  Genève,  1^58,  ia-4°. 
Ce  recueil  contient  quelques  disserta- 
tions que  Fantoni  avait  déjà  publiées 
avec  moins  de  détail ,  quelques  obser- 
vations de  son  père,  l'analyse  des  eaux 
minérales  d'Aix  en  Savoie,  d'Àufion,  de 
St.-Jean  de  Morienne,de  Saint-Genis, 
d'Acqui,  etc.  VIT.  Commentarius  de 
quibusdam  aquis  medicatis ,  et  his- 
torien dissertaiio  defebribus  conti- 
nuis ,   Turin,    1 747-»    in-8°.   VIII. 
Dissertatio  continuala  de  antiqui- 
tateetprogressufebrium  tniliarium , 
ibid. ,  1747,  in-8°.;  reimprimée  en 
1765,  in-8'.  IX.  Novum  spécimen 
observationum  de  orlufebris  milia- 
ris ,    JNice,  1762,    in-8°.  Tous  ces 
traités,   tous  ces  opuscules  sont  très 
savants  ,    et  on  les  consultera    avec 
fruir.  — Fantoni  (Jean« Baptiste), 
père  du  précédent ,  médecin ,  biblio- 
thécaire et  conseiller  de  Victor  Ame- 
déell,  duc  de  Savoie  et  roi  de  Sar- 
daigiie,  fut  premier   professeur   de 
médecine  théorique  à  l'université  de 
Turin  ,  où  il  brilla  autant  par  les  sa- 
vantes leçons  qu'il  donna  ,  que  par  la 
pratique  de  la  médecine  qu'il  fit  avec 
un  succès  constant.  C'était  un  homme 
très  estimable  par  les  qualités  de  son 
cœur  et  de  son  esprit^  il   avait  des 
connaissances  universelles,    et  il  fut 
vivement  regretté  lorsqu'on  sut  qu'il 
était   mort  d'une  fièvre    maligne  au 
siège   de  Chorges ,   ville  du  diocèse 
d'Embrun  ,  en  itiçp,  âgé  d'environ 
quarante  ans.  De  tout  ce  qu'il  a  fait , 
nous  n'avons  que  les  Observationes 
anatomico-medicœ  selectiores,  édites 
et  scholiis  illustratœ ,    à  Johanne 
Fantoni fdiOj  Turin  ?  1G99;  ln  ,2> 

XIV.. 


FAN  i45 

Venise,    1713,    in  -  4°.  j   Genève, 
1738,  in-4".,   avec  les  opuscules  de 
Fantoni  fils.   Ces  observations ,   qui 
sont  au  nombre  de  trente-une  dans  la 
première  édition  et  de  trente  sept  dans 
les  autres  ,  sont   intéressantes ,  ins- 
tructives ,  et  dignes  de  la  célébrité 
dont  jouissait  leur  auteur. — Fantoni 
(Pie),  mathématicien  italien,  mort  à 
Bologne  ,  le  26  janvier  1804  ,  à  l'âge 
de  quatre-vingt-trois  ans ,  était  né  en 
Toscane   l'an    1721.   Son  savoir  fit 
désirer  aux  étrangers  de  l'attirer  chez 
eux.    Quelque    spécieuses    que  fus- 
sent leurs  propositions   à  cet  effet, 
elles  ne  purent  le  gagner.   Il  aima 
mieux  continuer  de  vivre  sous  le  gou- 
vernement de  Pierre  Léopold,  auquel 
cependant  il  finit  par  devenir  suspect 
sous  le  rapport  de  ses  opinions.  Ad- 
mirateur de  la  révolution  française , 
il  s'attira  des  persécutions  qui  le  dé- 
cidèrent, lors  de  rétablissement  de 
la  république  cisalpine,  à   chercher 
un  asyle  dans  son  sein.  Il  se  retira 
dans    la   ville   où    il   a    terminé  ses 
jours  ,  laissant  plusieurs  ouvrages  im- 
primés,   et  d'autres   en    manuscrit, 
dont  sa  nièce  Julie  Paillot  de  Rome 
est  restée  dépositaire.  G  — n. 

FANTUCCI  (le  comte  Marc  ), 
littérateur  italien,  mort  le  10  janvier 
1806 ,  à  Ravenne,  où  il  était  né  d'une 
très  noble  famille  en  174$,  alla  dans 
sa.  jeunesse  à  Rome ,  auprès  de  son 
oncle  paternel ,  le  cardinal  Gaétan. 
Les  douze  ans  qu'il  y  passa  furent 
employés  très  avantageusement  pour 
son  instruction;  et  quand  il  revint 
ensuite  dans  sa  patrie,  il  fut  jugé  di- 
gne d'en  occuper  les  plus  importantes 
magistratures.  Animé  du  désir  de  voir 
Ravenne  reprendre  son  ancien  lustre , 
il  rechercha  les  causes  de  sa  déca- 
dence ,  et  les  exposa  dans  un  mé- 
moire adressé  au  pape  Clément  XIV. 
Ce  mémoire  fut  imprimé  à  Rome  en 
10 


i{G  FAN 

17G1.  Lorsque  le  cardinal  Valentin- 
Gonxaguc  fut,  en  1778,  agrège  nu 
grand  conseil  de  Ravenne,  Fantucci 
prononça  nu  éloquent  discours  qui 
devint  pour  lui  une  source  de  désagré- 
ments ,  parce  qu'on  persuada  au  pré- 
lat que  l'orateur  avait  été  trop  réservé 
dans  ses  éloges.  Le  dégoût  que  cette 
tracasserie  ne  laissa  pas  de  donner  à 
Fantucci  pour  la  carrière  des  magis- 
tratures, ne  refroidit  cependant  point 
son  amour  pour  sa  patrie.  11  pro- 
posa, en  1781  ,  pour  l'avantage  de 
ses  concitoyens ,  un  projet  ingénieux 
qui  tendait  à  rendre  plus  utile  ,  et 
même  plus  beau,  le  canal  navigable 
qui  dédommage  un  peu  Ravenne  de 
ses  anciennes  perles.  Ce  projet  éprou- 
va des  contradictions.  On  mit  la  main 
à  son  exécution  ;  mais  elle  fut  con- 
trariée :  les  travaux  restèrent  incom- 
plet». Alors  Fantucci  renonça  à  la 
première  magistrature  qu'il  remplis- 
sait ,  et  même  à  toutes  les  autres,  sans 
îciionccr  néanmoins  à  servir  son  pays, 
qui  lui  fui  redevable,  en  1784,  d'une 
machine  hvdraulique  très  utile  pour  le 
territoire  de  Ravenne.  Une  épidémie 
étant  venue,  en  1780,  ravager  cette 
pioviuce,  il  publia,  à  ce  sujet,  un 
excellent  ouvrage,  dans  lequel  il  dé- 
montra combien  il  était  urgent  de  des- 
sécher les  marais  des  vallées  méridio- 
nales de  celte  contrée.  Il  avait  com- 
pose trois  savants  mémoires,  Sopra 
i  Benejizj  comunitaùvi ,  et  un  plan 
jnilitahc,  que  les  instances  de  Pie  VI 
«léciderenl  l'auteur  à  publier  en  17^(1. 
jl  en  composa  plusieurs  nulles  rela- 
tifs ,mi\  iiim-m'In  Je  son  pays  ;  mais  il 
.lut  pas  (prou  !(  s  imprimât  de 
BOB  vivant.  Ils  n'ont  paru  qu'api 

m  ut,  et  sou>  le  litre  vague  de  Me- 
motie  di  varia  argomento  del  conle 
Fantucci  (  in-4".  ,  Venise,  1S0.4  ). 
C'csl  et  même  encore  aux 

dépenses  qu'il  fil  à  cet  effet,  qu'on  est 


FAN 

redevable  de  la  magnifique  e'ditîon  ro- 
maine des  Papiri  diplomatici  rac- 
colli  ed  illustrati  dalV  abate  Gaè- 
tano  Marini,  dont  plusieurs  appar- 
tiennent à  Ravenne.  Mais  ses  ouvrages 
les  plus  importants  sont  :  I.  De3  Mo» 
numenii  Ravennati ,  6  tom.  in-4°.  ; 
II.  De  gente  Honestia,  Césène,  1 786, 
in-fol.  Pic  VI  avait  pour  le  comte 
Fantucci  une  prédilection  toute  parti- 
culière ;  et  il  en  était  digne  par  ses 
vertus,  qu'il  portait  jusqu'à  l'austé- 
rité, et  par  son  dévouement  pour 
l'utilité  publique  et  pour  la  gloire  de 
sa  patrie.  (i — n. 

FAINTUZZI,  noble  et  illustre  fa- 
mille de  Bologne,  fut  dispersée  par 
les  troubles  qui  y  régnèrent  dans  le 
14e.  et  le  1 5e.  siècles,  et  se  partagea 
en  plusieurs  brandies.  Elle  a  fourni 
un  grand  nombre  d'hommes  distin- 
gués dans  la  carrière  des  lois  et  dans 
celle  des  lettres.  Jean  Fantuzzi  , 
surnommé  le  vieux  ,  célèbre  juris- 
consulte ,  professait  en  1577  dans 
l'université;  il  eut  souvent  à  remplir 
des  missions  et  des  fonctions  politi- 
ques,  et  fut  plus  d'une  fois  choisi 
pour  terminer  les  différends  élevés 
entre  Bologne  et  d'autres  villes.  Il 
mourut  en  i5ç>i  ,  sans  laisser  d'au- 
tres ouvrages  que  des  Consultions 
et  des  Commentaires  sur  des  sujets  de 
sa  profession  ;  ils  n'ont  point  été  im- 
primés. On  voit  dans  son  épitaphe  , 
comme  dans  celles  de  plusieurs  autres 
membres  de  la  même  famille  .  que 
leur  nom  latin  était  Elepliantutius , 
d'où  l'on  lit  d'abord  en  italien  EU- 
ftirttuzzi,  et  ensuite,  par  abréviation , 
Fantuzzi.  —  Jkan-Baptiste,  dont 
Orlamli  ,  ilni.s  ses  notices  sur  les  ecn- 
bo'.onais ,  cite  un  ouvrage  de 
philosophie  peripiteticienne,  imprimé 
à  BologttC  en  l536,  v  fut  reçu  doc- 
teur en  philosophie  et  en  médecine  en 
1  ;i">,  I  année  même  de  la  mort  de 


FAN 
Jean- Antoine  ,  son  père  ,  qui  était 
aussi  docteur  clans  les  deux  mêmes 
facultés.  —  Gaspard,  mort  en  1 532 , 
«'adonna  surtout  à  la  poésie  latine ,  et 
fut  disciple  et  intime  ami  du  poète  la- 
tin Jean-Antoine  Flaminio ,  dont  le 
fils,  Marc -Antoine  Flaminio,  aussi 
poète  latin  ,  fut  plus  célèbre  que  son 
père.  •  Gaspard  Fantuzzi  entretenait 
avec  son  ami  et  son  maître  une  cor- 
respondance latine  ,  pour  s'exercer 
continuellement  en  cette  langue;  on 
trouve  une  partie  de  cette  corres- 
pondance parmi  les  lettres  de  Flami- 
nio, imprimées  à  Bologne,  en  1 744- 
—Jean  Fantuzzi,  surnomme  le  jeu- 
ne, fut  reçu  en  1608  docteur  en  philo- 
sophie et  en  médecine;  il  remplit  dans 
l'université  la  chaire  de  logique,  et  en- 
suite celle  de  philosophie.  Il  fut  plu- 
sieurs fois  du  nombre  des  magistrats 
qu'on  nommait  à  Bologne  les  Anciens, 
et  y  mourut  en  i64t>.  On  a  de  lui  :  I. 
Universi  orbis  structura  et  partium 
ejus  motus  et  quietis  peripaleiicis 
principiis  constabilita,e\£. ,  Bologne, 
i65v  ;  II.  Eversio  démons trationis 
ocularis  loci  sine  localo  pro  vacuo 
imaginario  dando  in  jistuld  vilrea, 
mercurio  in  ed  descendente ,  etc. , 
Bologne  ,  i638.  C'est  une  réfutation 
du  traité  du  Père  Yaleriano  Magni , 
intitulé:  Ocularis  demonstralio  loci 
sine  locato  corporis  successive  moti 
in  vacuo  luminis  nulli  corpori  in- 
hœrentis.  — Paul  Emile,  sénateur, 
mort  en  1661  ,  ne  se  livra  qu'à  la 
poésie  et  aux  belles-lettres.  Il  était 
membre  de  la  célèbre  académie  de' 
Gelatl  de  Bologne,  dans  laquelle  il 
prit  par  singularité  le  nom  de  l'Ar- 
dente. Il  a  laissé  en  italien  une  Orai- 
son funèbre  de  François  d'Esté  , 
duc  de  Modène ,  imprimée  dans  un 
Recueil  de  prose  et  de  vers  sur  ce 
même  sujet ,  Bologne,  i65(),  et  uu 
Recueil  de  Poésies  lyriques ,  dédiées 


FAR  147 

à  ce  même  prince,  Bologne,  1647, 
in-40.-—  Paul-Emile  le  jeune ,  neveu 
du  précédent,  sénateur  comme  lui, 
et  membre  de  la  même  académie  ? 
dont  il  fut  président  en  1703  ,  mou- 
rut à  quarante-neuf  ans  à  Venise  ,  en 
1721.  On  n'a  de  lui  qu'un  discours 
oratoire  en  italien  sur  Y  Immaculée 
Conception  ,  prononcé  dans  l'Aca- 
démie ,  Bologne,  1706,  in-40.,  <* 
deux  poèmes  latins  récités  aux  funé- 
railles de  deux  nobles  Bolonais  ,  l'un 
de  la  famille  Benlivoglio ,  et  i'autre  de 
celle  d'Aldrovande,  imprimés  séparé- 
ment ,  Bologne,  1708  et  1709, 
in  fol. —  Enfin  ,  Jean  Fantuzzi,  le 
dernier  de  cette  noble  famille  qui  en 
ait  illustré  le  nom ,  a  consacré  sa  vie 
à  un  ouvrage  qui  a  beaucoup  contri- 
bué à  la  renommée  littéraire  de  Bo- 
logne ,  sa  patrie.  Cet  ouvrage ,  inti- 
tulé :  Notizie  degli  scrittori  Bolo- 
gnesi ,  imprimé  à  Bologne  en  9  vol. 
in-folio,  est  exécuté  sur  le  plan  que 
Mazzuchelli  avait  tracé  pour  les  écri- 
vains de  toute  l'Italie ,  et  dont  il  a 
laissé  6  volumes  in-folio  qui  ne  con* 
tiennent  que  les  deux  premières  lettres 
de  l'alphabet.  Fantuzzi  a  eu  la  satis- 
faction et  la  gloire  de  terminer  le  sien. 
Le  premier  volume  parut  en  1  781 ,  le 
huitième,  qui  va  jusqu'à  la  fin  de  la 
série  alphabétique  ,  en  1 790 ,  et  le 
neuvième  et  dernier ,  qui  comprend 
les  additions  et  conections  ,  en  1 794. 
Les  articles  de  chaque  auteur  contien- 
nent souvent  des  détails  qu'on  peut 
trouver  superflus;  mais  ils  sont  vrais  , 
puisés  dans  des  sources  authentiques , 
et  rédigés  avec  une  extrême  bonne  foi. 
La  notice  des  ouvrages  est  exacte  et 
aussi  complète  qu'il  est  possible.  C'est 
un  des  livres  de  ce  genre  les  plus  re- 
marquables ,  et  dont  quelqu'un  qui 
étudie  l'histoire  littéraire  d'Italie  peut 
le  moins  se  passer.  G — je. 

FARABY.^.Alfarabius. 

10.. 


i43  FAR 

FARADJ,  fi's  de  iiarkok,  deuxième 
sulthan  des  Mainlouks-Circassiens  ou 
Bordjiîes ,  succéda  à  sou  père  le  1 5 
de  ch.iwal  801  do  l'hégire  (  20  juin 
1 599  ),  n'étant  âgé  que  de  dix  ans.  Eu 
moulant  sur  le  trône  ,  il  reçut  les  sur- 
noms de  Nassir-eddin ,  défenseur  de 
la  religion  ;  Zéin-eddin,  ornement  de 
la  religion;  Abou-Séadet,  père  de  la 
félicité.  Aucun  titre  ne  lui  convenait 
moins  que  ce  dernier ,  car  l'empire 
ne  jouit  d'aucun  repos  pendant  sou 
règne.  L'année  même  où  il  fut  inau- 
guré ,  Bajazetet  Tauirrlan  menacèrent 
la  Syrie;  l'un  prit  Malatbia  ;  l'autre  se 
rendit  maître  de  Bagdad  et  se  dirigea 
vers  Alep;  la  division  éclata  parmi  les 
émirs.  Ainsi  les  sujets  de  Faradj  furent 
en  proie  aux  maux  qu'entraînent  les 
guerres  extérieures  et  les  guerres  intes- 
tines. Parmi  les  émirs  mamlouks  ,  il 
se  forma  deux  partis;  les  uns  se  dé- 
clarèrent pourltmich,  lieutenant-gé- 
néral du  royaume;  les  autres  pour 
Yachbak ,  émir  très  puissant.  On  en 
vint  aux  mains,  et  api  es  de  rudes 
combats  ,  la  victoire  resta  à  ce  der- 
nier, llinich  se  réfugia  en  Syrie ,  où 
«11  parti  de  rebelles  le  reçut,  et  em- 
brassa sa  cause.  Dans  le  même  temps 
diverses  séditions  éclatèrent  dans  la 
liautc  Egypte.  Le  sulthan  essayait  en 
vaiu  de  comprimer  les  rebelles.  Les 
émirs  refusaient  de  marcher  ;  il  ache- 
tait leurs  services  au  poids  de  l'or. 
Faradj  marcha  à  la  rencontre  des  re- 
belles de  Syrie,  et  les  battit.  De  nou- 
veaux troubles  s'élevèrent  au  Caire, 
lorsqu'il  y  fut  de  retour.  Les  factions 
des  émirs  se  livrèrent  chaque  jour 
quelque  combat,  elles  malheurs  pu- 
blics vinrent  à  leur  comble  par  l'arri- 
vée de  Tamerlan  en  S)  lie.  Ce  «  <»nqnt*- 
rant  se  rendit  maître  d'Alep  et  de  Da- 
mas :  les  Tartares  entrèrent  dans  Alep 
à  la  suite  d'un  combat,  en  relu  i". 
Voj  del'heg.  (oct.  i4oo  de  J.-C),  ety 


FAR 

firent  un  horrible  carnage.  Les  enfants 
furent  massacrés ,  les  femmes  violées 
en  présence  de  leurs  maris  ou  de  leurs 
pères,  et  exposées  toutes  nues  dans 
les  carrefours.  Les  mosquées  et  les  rues 
étaient  jonchées  de  cadavres  :  le  car- 
nage dura  trois  jours  entiers.  On  éleva 
plusieurs  tours  avec  les  têtes  des  vic- 
times ;  ces  tours  avaient  dix  coudées 
de  hauteur  et  vingt  de  circuit.  Cepen- 
dant le  sulthaa  ayant  rassemblé  ses 
troupes  ,  s'était  avancé  contre  Tamer- 
lan.  Dans  un  premier  combat ,  la  vic- 
toire resta  indécise  ,  et  le  prince  tar- 
larecmt  prudentde  demander  la  paix  : 
on  la  lui  refusa.  Au  moment  où  les  ar- 
mées allaient  en  venir  aux  mains  une 
seconde  fois ,  une  forte  division  de 
mamlouks  quitta  le  sulthan,  et  le 
reste  des  troupes  se  débanda.  Faradj , 
enlevé  par  quelques  mamlouks,  reprit 
la  route  de  l'Egypte.  Ce  fut  après  cet 
événement,  que  Tamerlan  entra  dans 
Damas  par  ruse  et  perfidie.  Après 
avoir  extorqué,  à  l'aide  de  ces  moyens, 
des  sommes  considérables,  il  livra  les 
habitants  aux  plus  cruels  tourments 
pour  en  arracher  les  sommes  qui  leur 
restaient.  Ou  prit  les  femmes  et  les 
enfants;  on  exerça  descruautés  inouïes 
sur  les  hommes  ,  puis  on  mit  le  feu  à 
h  ville.  Après  ces  barbares  exploits, 
Tamerlan  s'en  retourna  vers  l'Orient  : 
quant  à  Faradj,  il  était  rentré  au 
Caire.  Dès  que  l'on  apyrit  la  retraite 
des  Tartares  ,  l'ambition  des  mam- 
louks se  développa  avec  plus  de  force, 
la  guerre  civile  se  raluima  avec  plus 
d'ardeur.  Nous  n'enti  crons  point  dans 
le  détail  d:>  ces  événements  qui  ont 
tous  la  même  physionomie.  Kn  807 
de  l'heg.  (  1  /\o.\  dc.l.-C.  ),  deux  émirs 
menacèrent  lérieusement  la  puissance 
et  la  rie  de  Faradj;  c'étaient  ce  Yach- 
bak ,  dont  il  a  été  OJUesti  11  plus  haut , 
d  le  cheikh  Mahinomlv  ,  lesquels 
étaicut  parvenus  à  se  former  un  parti 


FAR 

puissant  en  Syrie  et  menaçaient  l'E- 
gypte. Faradj   voulut  les  combattre, 
mais  il  fut  vaincu.  Les  rebelles  ayant 
été  ensuite  battus  par  deux  généraux 
du  Sulthan,  il  se  soumirent.  Un  mois 
après  cette  affaire,  il  s'éleva  une  nou- 
velle sédition  dans  laquelle  le  sulthan 
fut  déposé  ,  et  remplacé  par  son  frère 
Abdelazyz,   !e  26  de  rébi   iPr.  808 
(  21  septembre   i4o5  ).  Le  nouveau 
prince  ne  régna  pas  longtemps,  et  le 
même  Yachbak  replaça  Faradj  sur  le 
trône  au  bout  de  deux  mois  et  demi. 
Les  emplois    furent    distribués    aux 
émirs  qui  l'avaient  suivi ,  et  Yachbak 
devint  lieutenant-général  du  royaume. 
Ces  changements  excitèrent  de  grands 
troubles  en  Syrie;  Faradj   se  rendit 
dans  celte  province  ,  visita  Alep  et 
Damas,  sans  pouvoir  rétablir  la  paix. 
•Un  émyr  rebelle  (  Djakain)  se  fit  pro- 
clamer sulthan  à  Alep ,  et  étendit  sa 
domination  sur  toute  la  Syrie;  mais  il 
périt  en  combattant  Cara  Yloug, prince 
d'Amid.  Faradj  revint  de  nouveau  en 
Syrie,  et  entra  à  Damas.  Au  lieu  d'user 
de  la  clémence  exigée  par  les  circons- 
tances ,   il  fit  enfermer  Yachbak  et 
cheikh    Mahmoudi,    serviteurs    peu 
fidèles.  Mais  ces  deux  officiers  s'étant 
échappés  de  leur  prison ,  devinrent  de 
très  dangereux  ennemis  ,  et  furent  en 
peu  de  temps  à  la  tête  d'un  parti  puis- 
sant. Enfin  après  plusieurs  guerres  et 
séditions  dans  lesquelles  Faradj  dé- 
ploya le  plus  rare  courage  et  une  grande 
énergie  ;  après  diverses  vicissitudes 
dans  sa  fortune,  ce  prince  fut  aban- 
donné de  ses  troupes,  déposé  et  as- 
sassiné à  Damas  le  2S  de  moharrem 
81 5  (7  mai  i4i^deJ.-C.).Son  corps, 
dépouillé  de  tout  vêtement ,  resta  plu- 
sieurs jours  exposé  aux  insultes  de  la 
populace.     Il    eut   pour    successeur 
cheikh  Mahmoudv.  J-— n. 

FARADY.  F.  W-Alfarady. 
FARDELLA  (Michel -Ange),  né 


FAR  *4$ 

en  i65o ,  à  Trapani  en  Sicile ,  de  pa- 
rents nobles ,  reçut  une  éducation  con- 
forme à  sa  naissance.  Après  avoir  ter- 
miné le  cours  de  ses  études  avec  au- 
tant de  succès  que  de  rapidité,  il  entra 
à  l'âge  de  quinze  ans ,  dans  le  tiers- 
ordre  de  St.- François.  Il  s'appliqua  , 
quelque  temps ,  à  la  théologie ,  mais 
son  goût  le  portait  vers  les  sciences 
naturelles,  et  ses  supérieurs  ne  vou- 
lant point  gêner  son  inclination ,  le 
chargèrent  d'enseigner  ce  qu'on  nom- 
mait alors  la  philosophie.  Lorsqu'il 
eût  reçu  les  ordres  sacrés,  on  l'envoya 
à  Messine ,  où  il  suivit  les  leçons  du 
célèbre  Borelli,  avec  tant  d'applica- 
tion ,  qu'il  se  trouva  bientôt  en  état  d'en 
donner  lui-même  sur  toutes  les  parties 
de  la  physique  et  des  mathématiques. 
Il  fut  mandé  à  Rome ,  en  1 676 ,  pour 
y  professer  la  géométrie ,  au  collège  de 
St.  -  Paul  ad  arenulam  ,  et  peu  de 
temps  après,  on  lui  permit  de  faire  un 
voyage  en  France,  chose  qu'il  avait 
toujours  désirée  ardemment.  Pendant 
trois  années  qu'il  demeura  à  Paris,  il 
vécut  dans  la  plus  grande  intimité  avec 
Arnauld,  Régis ,  Mallebranche ,  Lamy, 
et  acquit  dans  leurs  entreliens   une 
connaissance  parfaite  des  principes  de 
la  philosophie  de  Descartes  ,  dont  il 
fut  dès-lors  un  des  plus  zélés  partisans. 
De  retour  à  Rome,  il  fut  fait  docteur 
en  théologie  et  nommé  à  la  chaire  de 
cette  science  au  couvent  de  SS  Cosrae 
et  Damien  ;  mais  son  goût  le  ramenait 
toujours  à  l'étude  de  la  physique.  C'é- 
tait le  sujet  de  toutes  ses  conversations. 
Dans  ses  moments  de  loisir ,  il  n'était 
occupé  qu'à  imaginer  de  nouvelles  ex- 
périences ,  et  les  hommes  les  plus  ins- 
truits se  faisaient  un  plaisir  d'assister 
aux  conférences  qu'il  tenait  sur  cette 
science,  deux  fois  chaque  semaine.  La 
réputation  de  Fardella  s'étendit  bien- 
tôt dans  toute  l'Italie.  Le  duc  de  Mo- 
dene  lui  fit  offrir,  et  il  accepta  la 


ijo  FAR 

chaire  de  philosophie  à  l'académie  de 
cette  ville.  11  se  démit  de  cette  place 
au  bout  de  quelque  temps ,  pour  se 
rendre  à  Venise ,  où  il  se  charge;)  de 
l'éducation  de  quelques  jeunes  gens. 
En  1695,  le  pape  le  releva  de  ses 
vœux,  et  Tannée  suivante,  il  succéda 
à  Geminiano  Montanari ,  dans  la 
chaire  d'astronomie  et  de  physique  de 
l'université  de  Padoue.  Il  remplaça , 
en  1 700  ,  Charles  Kinaldini ,  premier 
professeur  de  philosophie ,  fut  nommé 
docteur  de  cette  faculté  et  de  celle  de 
médecine,  et  les  présida  alternative- 
ment avec  un  égal  succès.  En  1709, 
Fardella  suivit  à  Barcelone  l'archiduc 
d'Autriche ,  qui  lui  avait  donné  le  titre 
de  son  mathématicien,  avec  une  pen- 
sion considérable.  Ce  fut  dans  cette 
ville  qu'il  éprouva ,  en  1 7  1 1 ,  une  pre- 
mière attaque  d'apoplexie  si  violente, 
que  sa  santé  et  ses  facultés  morales  en 
restèrent  très  affaiblies.  D'aprèsle  con- 
seil de  ses  amis,  il  se  rendit  à Naples 
dans  l'espoir  de  s'y  rétablir.  Il  y  lan- 
guit quelques  années ,  et  une  seconde 
attaque  d'apoplexie  y  termina  ses 
jours  le  -i  janvier  1  718.  Fardella  était 
doué  de  beaucoup  d'esprit  et  d'uue 
imagination  très  brillante,  mais  l'ha- 
bitude de  la  méditation  avait  altéré  sa 
physionomie  ,  au  point  de  lui  donner 
l'apparence  d'un  imbéeille.  Il  ne  s'était 
jamais  occupé  de  M  fortune,  et  n'avait 
jamais  rien  pu  refuser  à  ceux  qui  lui 
étm andaient;  aussi  il  vécut  et  mou- 
rut dam  un  état  voisin  de  la  pauvreté. 
On  a  de  lui  quelques  ouvrages  loués 
dan-»  les  journaux  lorsqu'ils  parurent  ; 
mais  très  peu  connus  aujourd'hui  , 
-  dont  ils  traitent 
ont  fait  depuis  d'immenses  prOf 
ce  sont  :  1.  Uan'csc  pfulnsophiœ 
syslema  in  guo  nova  quada m  ci  ex- 
tricatd  mtlh'ulo  naturalis  scientiœ 
et  muralis  fundamenta  explicanlitr , 
Venise,  1Ô91 ,  Lcydc,  1O91  ,  Auis- 


FAR 

terdam  i6q5  ,  in- 12.  Cet  ouvrage  de- 
vait avoir  une  suite  qui  n'a  point  été 
publiée.  11.  Universœ  usualis  ma- 
iliematicœ  theoria  ;  tomus  primus 
qui  dialecticam  mathemathicje ,  seu 
organum  ad  universalis  quantitatis 
naiuram  experiendam  comparatum 
complectilur ,  Venise,  1691,  Leyde, 
1691  ,  Amsterdam,  1695,  in  12.  Ce 
volume  est  Je  seul  qui  ait  para.  III. 
Anime  humanœ  nalura  ab  Augus- 
tino  détecta,  Venise,  1698,  in- fol.  ; 
IV.  des  Lettres  en  italien  ,  imprimées 
dans  la  Qalleriadi  Minerva,  Venise, 
1696  et  1697.  Deux  de  ces  Lettres 
ont  pour  but  de  repousser  les  attaques 
de  Mathieu  Giorgi ,  contre  le  Carté- 
sianisme; V.  des  Opuscules  peu  in- 
téressants. Mongitore  donne  la  liste 
des  ouvrages  que  Fardella  avait  en 
manuscrit  en  1  708,  mais  aucun  n'a  été 
livré  depuis  à  l'impression.    W — s. 

FAKDULFE ,  16".  abbé  de  St.-De- 
nis,  fut  amené  en  France  avec  Didier, 
dernier  roi  des  Lombards ,  dont  il  était 
le  favori.  Il  découvrit  à  ChaHcmagne 
un  complot  tramé  contre  ses  jours , 
par  Pépin  ,  son  fils  aîné.  Celte  preuve 
d'attachement  lui  mérita  la  confiance 
du  roi ,  qui  le  pourvut  de  plusieurs 
bénéfices ,  lui  donna  l'abbaye  de  St.- 
Denis,  après  la  mort  de  Maginaire, 
en  790;  et  le  chargea  avec  Etienne  , 
comte  de  Paris  ,  de  visiter  les  provin- 
ces du  royaume,  pour  entendre  les 
plaintes  de  ses  sujets  et  les  lui  rappor- 
ter. Fardulfe  employa  une  partie  de 
ses  revenus  au  soulagement  d<\s  pau- 
vres, et  l'autre  à  embellir  l'église  de 
son  abbaye.  La  pureté  de  ses  mœurs 
de  son  administration  lui 
méritèrent  les  éloges  du  s.ivml  \lcuiii 
et  dcThéodnlfe,  éveque  d'Orléans. 
Fardulfc  était  lui  -même  très  instruit, 
cl  il  composait  des  vers  latins  ;  mais 
on  n'a  conserve  de  lui  que  trois  pièces 
publiées  par  Duchcsne,  sous  le  nom, 


FAR 

«TAlcuin  (  Rerum  francorum  script, 
coœtan. ,  toni.  1 1 ,  pag.  64")  et  646  ) , 
la  ire.  est  une  inscription  pour  la  fa- 
çade du  pilais  que  Fardulfe  avait  fait 
construire  dans  l'enclos  de  son  abbaye 
pour  y  recevoir  l'empereur;  la  Ie.  est 
relative  à  la  consécration  d'une  cha- 
pelle dédiée  à  St.  Jean-Baptiste  ,  et  la 
5e.,  une  épître  k  Charlernagne.  Far- 
dulfe mourut  le  '21  décembre  806,  et 
fut  itihumé  dans  son  abbaye.  W — s. 

FARE  (Ste.)  ou  BURGUNDO- 
FARA,  vierge,  d'une  f  «mille  noble  de 
lirie ,  mais  originaire  de  Bourgogne, 
était  fille  d'Agneric,  un  des  principaux 
officiers  de  la  cour  de  Théodebert  II, 
roi  d'Austrasie.  Elle  eut  pour  frères 
St.  Faron ,  évêque  de  Meaux ,  et  St. 
Cagnoald ,  qui  devint  évêque  de  Laon 
en  52o.  Elle  eut  aussi  une  sœur ,  Ste. 
Agnétrude.  Agnéric  fournit  l'emplace- 
ment et  fit,  vers  61  5,  construire  les  bâ- 
timents du  monastère  de  Faremoû- 
lier,  dont  Ste.  Fare  fut  la  première 
abbesse.  Elle  mourut  le  3  avril  655 , 
âgée  de  près  de  soixante  ans ,  ayant 
donné  au  monde  des  exemples  qui 
avaient  étendu  sa  réputation  de  sain- 
teté jusque  dans  les  contrées  les  plus 
éloignées.  L — p — e. 

FARE  (Charles -Auguste,  mar- 
quis delà),  naquit  en  1644,  àVal- 
gorge  (  en  Vivarais) ,  d'une  ancienne 
et  illustre  maison  de  Languedoc  (1). 
Il  était  mestre-de-camp  d'un  régiment 
d'infanterie  qu'avait  son  père,  lors- 
qu'il partit,  en  qualité  de  volontaire, 
pour  la  Hongrie,  avec  le  renfort  que 
Louis  XIV  envoyait  à  l'empereur  , 
alors  en  guerre  avec  les  Turks.  Il  se 
trouva  à  leur  défaite,  au  passage  du 
Raab,  en  i(i64.  A  son  retour  ,  étant 
devenu  sons-lieutenant  des  gendarmes 


(0    U  y    avait  de  ce    nom    un    des  grands  du 

royaume,  dès  le  c<>miuene ement  du  onzième  sîè- 

"s   le  rjgne  de    Henri   1er.  ,  petit-fils  de 


FAR  i5i 

de  monseigneur  le  dauphin ,  il  prit 
part  aux  combats  de  Senef,  de  Mul- 
hausen  ,  de  Turklieim  ,  etc. ,  depuis 
1672  jusqu'à  la  paix  de  Nirnègue. 
Monsieur,  frère  de  Louis  XIV,  le 
choisit  en  1684  ,  pour  un  de  ses  capi- 
taines des  gardes-du-corps,  et  il  rem- 
plit la  même  charge  sous  le  Régent.  A 
la  valeur  et  au  mérite  militaire  ,  le 
marquis  de  la  Fare  joignait  l'imagina- 
tion la  plus  enjouée,  l'esprit  le  plus 
délicat  et  le  caractère  le  plus  aimable. 
Ses  ouvrages  le  montrent  tel  que  nous 
venons  de  le  peindre.  Comme  poète , 
il  a  associé  son  nom  à  celui  d'un  ami 
dont  il  partage  en  quelque  sorte  la  ce- 
lébrité  {Voy.  Chaulieu.).  Tous  les 
biographes  ont  répété,  d'après  Vol- 
taire, que  le  talent  de  la  Fare  ne  s'é- 
tait développé  qu'à  l'âge  de  près  de 
soixante  ans ,  et  que  ses  vers  étaient 
incorrects  ,  qu'ils  manquaient  surtout 
de  précision.  Ce  jugement,  quoique 
rendu  dans  le  Temple  du  Goût, 
pourrait  bien  ne  pas  avoir  été  ap- 
prouvé par  le  diert  qui  y  préside. 
Ceux  qui  n'ont  suivi  que  son  inspira- 
tion pour  prononcer  sur  les  poésies 
légères  de  la  Fare,  y  ont  trouvé,  et 
nous  y  trouvons  encore  l'élégance 
quelque  fois  ;  mais  toujours  la  douceur, 
la  facilité,  l'abandon,  qui  sont  de  l'es- 
sence de  ce  genre,  porté  au  degré  de 
perfection  dont  il  est  susceptible.  Saint- 
Marc,  dans  l'édition  qu'il  a  publiée 
en  1 757  ,  des  OEuvres  de  Chaulieu , 
relève  avec  raison  la  critique  trop  peu 
judicieuse  de  Voltaire.  Il  est  plus  na- 
turel d'admettre  que  Ci  milieu  ,  recon- 
naissant dans  le  compagnon  de  sa  jeu- 
nesse le  germe  d'un  talent  aimable,  lui 
donna  l'idée  de  se  livrer  à  un  genre 
de  poésie  dans  lequel  lui-même  vit 
quelquefois  ses  succès  balancés  parce 
compagnon,  cet  ami.  D'ailleurs,  est- 
ce  à  soixante  ans  qu'on  exprime  pour 
la  première  fois  ses  pensées  avec  cette 


5* 


FAR 


fraîcheur  de  coloris,  celte  modeste 
franchise  qui  faisait  dire  à  la  Fare, 
en  parlant  de  ses  propres  vers  : 

Présents  de  la  seule  nature  , 
Amusements  de  m-jn  loisir , 
Arts  aisés  ,  par  qui  je  m'assure 
Moins  de  gloire  que  de  plaisir, 
Coule*  .  enfants  de  ma  paresse; 
Mais  ,  si  d'abord  on  voui  caresse  , 
Refusez-vous  a  ce  Lniheur; 
Dites  qu'échappés  de  ma  veine  , 
Par  hasard  .  sans  force  et  sans  peine, 
Vous  méritez  peu  cet  honneur. 

Presque- toutes  les  poésies  du  même 
auteur  (  et  on  croit  qu'il  y  en  a  eu  beau- 
coup de  perdues),  portent  ce  carac- 
tère de  douce  insouciance  et  d'aimable 
gaîté,  qui  rappellent  à  l'esprit  le  molle 
alque  facetum  d'Horace.  Il  est  négligé 
comme  Ciiaulieu  ;  en  un  mot ,  il  a  quel- 
ques -  uns  des  défauts ,  de  même  qu'il 
a  plusieurs  dos  qualités  poétiques  de 
son  modèle  ;  mais  la  physionomie  du 
talent,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi , 
est  beaucoup  moins  marquée  dans  l'i- 
mitateur. Les  meilleurs  vers  delà  Fare 
sont  indubitablement  ceux  qu'il  a  faits 
pour  madame  de  Caylus.  On  pourrait 
même  se  borner  à  les  citer  ,  ainsi 
qu'une  de  ses  e'pigrammes  :  autrefois 
la  raillerie ,  etc. ,  pour  indiquer  ses 
principaux  titres  littéraires  à  la  pos- 
térité. Les  Mémoires  qu'on  a  de  lui 
sur  les  principaux  événements  du 
Règne  de  Louis  XIV  (  Roterdam, 
1716^  in-8  .,  Amsterdam  (  Paris  ) , 
1^5/4,  in- 1*2  ),  sont  écrits  avec  une 
sincérité  et  une  liberté  qui  ont  fait 
dire  que  c'était  quelquefois  l'ouvrage 
d'un  courtisai)  mécontent.  Ils  sont  fai- 
bles de  plan  et  de  style  ;  mais  oh  y 
trouve  de  la  justesse  et  de  la  raison. 
Ce  qu'on  doit  regretter,  c'est  que  T'ins- 
foiicn  n'ait  pu  consacré  plus  df 
douze  pages  à  la  Fronde.  .Si  I 
fut  sensible  ani  jouissances  de  l'esprit, 
il  le  fut  encore  plus  .1  eeilei  de  l'amour 
et  de  l'amitié.  Il  eut,  dit-on,  un.  pas- 
lion  tendre,  constante  et  Jélicale  pour 
madame  de  la  Sgbitère.  CUaulwu  , 


FAR 

arec  lequel  il  avait  sympathie  abso- 
lue de  goûts  et  de  sentiments,  fut  pour 
lui  un  véritable  ami,  et  le  pleura  sincè- 
rement lorsqu'il  le  perdit,  en  171*2, 
à  l'âge  de  soixante-  huit  ans.  Les  tra- 
ductions de  la  Fare  sont  la  partie  fai- 
ble de  son  très  mince  bagage  poéti- 
que. On  a  encore  de  lui  un  opéra, 
Fenthée  ,  dont  le  duc  d'Orléans  avait 
fut  en  partie  la  musique.  Il  laissa  un 
fils  qui  devint  maréchal  de  France  ,  et 
un  autre  évèque  de  Laon.     L — p — e. 

FARFDïl.  F.  Ibn  Faredu. 

FAREL  (  Guillaume)  ,  né  à  Gap 
en  1489,  vint  de  bonne  heure  à  Pa- 
ris, régenta  quelque  temps  au  collège 
du  cardinal  Lemoine  ,  et  se  fit  chasser 
de  Meaux ,  où  il  semait  les  principes 
de  Luther.  Après  les  avoir  prêches 
et  excité  des  troubles  par  son  zèle  fa- 
natique dans  le  Dauphiné,  à  Bâle,  à 
Berne ,  à  Montbelliard,  à  Strasbourg, 
à  JNeufchâtel,  à  Metz,  dans  le  bailliage 
de  Morat ,  dans  l'abbaye  de  Gorze  , 
il  vint  s'établir  à  Genève,  et  fut  un  des 
principaux  instruments  de  la  réforma- 
tion de  cette  ville  ,  où  il  attira  Calvin. 
11  y  acquit  assez  d'autorité  pour  ren- 
verser les  autels  et  briser  les  images 
en  plein  jour,  sans  épargner  dans  son 
zèle  iconoclaste  une  statue  deCharle- 
magne,  placée  au  frontispice  de  la  prin- 
cipale église.  On  l'avait  vu  à  Mont- 
belliard arrachcr.au  milieu  d'une  pro- 
cession une  statue  de  S.  Antoine  des 
mains  du  prêtre  qui  la  portait,  et  la 
jeter  dans  la  rivière.  11  apostrophait 
dans  les  rues  les  piètres  qu'il  trouvait 
portant  le  viatique  aux  malades.  11  iu- 
Miltait  publiquement  les  prédicateurs 
en  ch.ùre,  cl  interrompait  leurs  ser- 
mons ;  cependant  une  dispute  sur  la 
(  jènc  le  lit  chasser  de  Genève  en  1 558. 
11  se  relira  à  Bâle,  puis  à  Neufchàtel, 
na  à  l'âge  de  soixante-neuf  ans, 
eut  même  un  fils  au  bout  de  cinq  ISS, 
et  mourut  en  1 505.  Ou  l'avait  accusé 


FAR 

d'arianisinc  et  de  sabeliianisme  ;  mais 
il  fut  justifié  par  les  synodes  de  Lau- 
sanne et  de  Berne.  C'était  un  homme 
d'un  savoir  médiocre  et  d'un  fana- 
tisme outré,  que  ses  partisans  avaient 
bien  de  la  peine  à  modérer.  On  a  de 
lui  quelques  ouvrages  peu  intéressants. 
T— ï>. 
FARET  (  Nicolas  ) ,  un  de  ces  au- 
teurs médiocres  qui  durent  toute  leur 
célébrité  aux  satires  de  Boileau.  Cha- 
cun se  rappelle  ces  vers  : 

Ainsi ,  tel  autrefois  qu'on  vit  avec  Faret 
Çharbonner  de  ses  vers  1rs  murs  d'un  cabaret, 

et  beaucoup  de  personnes,  prenant  à 
la  lettre  ce  trait  épigrammaùque ,  ont 
pensé  que  Faret  était  un  ivrogne.  11  ne 
haïssait  pas  les  plaisirs  de  la  table , 
mais  il  ne  donnait  dans  aucun  excès  , 
et  il  était  même  d'assez  bonne  com- 
pagnie. Il  dit  à  ce  sujet  dans  un  de 
ses  ouvrages,  «  que  la  commodité  de 
»  son  nom,  qui  rimait  trop  bien  avec 
»  cabaret ,  était  en  partie  cause  de  la 
»  réputation  de  buveur  que  les  poètes 
»  du  temps,  entr'autres  St.-Amand , 
»  son  ami ,  s'étaient  aviséde  lui  faire.  » 
Faret,  né  a  Bourg-en-Bresse  (  les  uns 
disent  en  1 600 ,  les  autres  en  1  5q6  ), 
languit  quelque  temps  à  Paris  sans 
pouvoir  trouver  de  l'emploi.  Ayant  fait 
connaissance  avec  Byisrobert,  qui  était 
alors  en  crédit,  il  entra  comme  secré- 
taire chtz  le  comte  d'Harcourt,  à  la 
fortune  duquel  il  eut  le  bonheur  de 
contribuer.  On  raconte  que  le  cardi- 
nal de  Richelieu  ,  sentant  la  nécessité 
d'abaisser  la  maison  de  Lorraine,  dont 
l'oigueil  et  le  pouvoir  lui  portaient 
ombrage,  suivit  le  conseil  que  Faret 
lui  fit  donner  par  Boisrobert,  et  sema 
habilement  la  division  dans  cette  il- 
lustre famille,  en  comblant  de  biens 
les  princes  cadets  au  préjudice  de  la 
branche  aînée.  Par  ce  moyen,  le  comte 
d'Harcourt  se  vit  prompt  ement  élevé 
aux  premiers  emplois ,  et  il  ne  fut 


FAR  i55 

point  ingrat  envers  l'adroit  secrétaire 
à  qui  il  était  redevable  de  cette  rapide 
fortune.  Faret  était  lié  avec  Vaugelas, 
qui  lui  avait  d'abord  rendu  le  service 
de  le  produire  dans  le  monde ,  et  en- 
vers qui  il  se  comporta,  dans  la  suite, 
de  la  façon  la  plus  généreuse.  Il  fut 
également  l'ami  de  Molière  le  tragique, 
de  St.-Amand  dont  il  a  été  parlé  plus 
haut ,  et  surtout  de  CoëfFeteau.  Pélis- 
son  nous  le  représente  sous  les  traits 
d'un  gros  homme  de  bonue  mine,  qui 
avait  les  cheveux  châtains  et  le  visage 
haut  en  couleur  ;  nous  ne  voyons  pas 
trop  ce  que  le  portrait ,  ou  plutôt  le 
signalement  d'un  mauvais  écrivain  en 
prose  et  en  vers  peut  avoir  de  cu- 
rieux aujourd'hui  ;  aussi  l'abrégeons- 
nous  de  moitié,  S'il  fallait  en  croire 
ce  même  Pélisson,  Faret  aurait  eu 
«  l'esprit  bien  fait,  beaucoup  de  pu- 
»  relé  et  de  netteté  dans  le  style,  bc-au- 
»  coup  de  génie  pour  la  langue  et  pour 
»  l'éloquence....  »  Beaucoup  de  génie  î 

Et  voilà  justement  comme  on  écrit  l'histoire  î 

Heureusement  nous  savons  à  quoi  nous 
en  tenir  sur  les  jugements  des  contem- 
porains. Faret  mourut  à  Paris,  d'une 
fièvre  maligne,  dans  le  cours  du  mois 
de  septembre  1 646.  Les  bibliographes 
nous  donnent  cette  liste  de  ses  ouvra- 
ges :  I.  Histoire  chronologique  des 
Ottomans,  1621;  II.  Histoire  ro- 
maine d' Eulropius ,  traduite  en  fran- 
çais, 162 1  ',  III.  Des  vertus  néces- 
saires à  un  prince  pour  bien  gouver- 
ner ses  sujets,  i6s5j  IV.  Recueil 
de  lettres  nouvelles  ,  1627  (  le  même 
Recueil  en  2  vol.  avec  des  augmen- 
tations, iG54);  V. Préface  au-devant 
des  œuvres  de  St.- Amnnd,  1629;  VI. 
Y  Honnête  homme,  ou  KArt  de  plaire 
à  la  cour,  i65o,in-4°«>  VIL  Poé- 
sies diverses  insérées  dans  les  re- 
cueils du  temps.  Faret  fut  membre  de 
l'académie  française }  à  la  fondation 


i54  FAR 

de  laquelle  il  contribua  beaucoup ,  et 
dont  il  rédigea  même  les  premiers  sta- 
tuts. F.  P — T. 

FAREYDY  (  Voyez  Khalyl  ben 
Ahmed  ). 

FARGANI  (Al  ).  V.  ALFERGAN. 

FARGES,  munitionnairc- général 
des  vivres  sous  Louis  XIV.  Il  mérita 
h  reconnaissance  publique  par  un  trait 
de  générosité  trop  rare  pour  ne  pas 
être  cité  :  c'était  en  1709.  On  sait 
qu'alors  une  cruelle  disette  ajoutait  à 
tous  les  fléaux  dont  la  France  semblait 
accablée.  Le  ministre  de  la  guerre  se 
voyait  dans  l'impossibilité  de  faire 
dans  l'intérieur  les  «approvisionne- 
ments nécessaires  pour  la  campagne 
prochaine.  Fargès,  sans  attendre  du 
gouvernement  ni  argent  ni  garantie  , 
sans  en  demander  même,  se  procura 
chez  l'étranger  et  par  son  seul  crédit 
tous  les  grains  nécessaires  à  l'année. 
Les  fourrages  ne  pouvaient  être  ache- 
tés que  sur  les  lieux  et  au  comptant  ;  il 
emprunta  plusieurs  millions.  En  17  10, 
il  avait  amassé  assez  de  fourrages  pour 
nourrir  durant  toute  la  campagne  cent 
mi!lc chevaux;  il  répéta  la  même  opé- 
ration en  1714*  800  intégrité  fut  telle, 
qu'il  mourut  sans  fortune.       G.  G. 

FARGUE.  FI  Lafargue. 

FARGUES  (  BALTnASARDE).  Cet 
aventurier  fut  d'abord  simple  soldat; 
puis  employé  dans  les  vivres,  où  il 
commit  toute  sorte  de  déprédations  , 
donnant  aux  soldats  un  pain  pesant 
r  t  malsain  qui  les  rendait  ma'ades. 
Il  devint  major  du  régiment  de  Belle- 
brune,  s'enferma  dans  Hcsdin 
le  sieur  de  la  Rivière,  son  beau-frère  , 
major  de  la  place,  en  fit  fetrner  |<  s 
portes  au  comte  de  Moret  qui  en  était 
gouverneur;  la  vendit  a  dom  Juan 
d'Autriche  ,  toucha  le  prix,  refusa  du 
li  lui  livrer,  et  s'y  rendit  indépendant 
«tus  vouloir  entrer  en  négociation  avec 
\c  cardinal  Mazariu.  Il  leva  des  tu  u- 


FAR 

pes,  rasa  tous  les  forts  qui  auraient 
pu  l'arrêter  dans  ses  courses,  pilia  et 

démantela  Sl.-Pol,  échoua  sur  Abbe- 
ville,  fit  tirer  sur  l'armée  du  roi.  Un 
boulet  porta  même  assez  près  du  ca- 
rosse  de  sa  majesté.  11  se  comporta 
dans  Hesdin  comme  un  tyran  vicieux 
et  cruel.  Les  maris  et  les  pères  étaient 
obligés  de  lui  cacher  leurs  femmes  et 
leurs  filles.  D'un  mot,  il  envoyait  à  la 
mort  tous  ceux  qui  lui  paraissaient 
suspects.  11  désignait  ses  victimes  en 
leur  frappant  sur  l'épaule  d'un  air  ami- 
cal,  et  en  leur  disant:  «  Mon  ami, 
»  il  faut  que  nous  mourions,  toi  ou 
»  moi.  »  Comme  il  était  attaché  au 
prince  de  Condé,  il  se  fit  comprendre 
dans  la  paix  des  Pyrénées ,  et  sortit 
de  la  ville  emportant  quatre  millions. 
Il  vint  étaler  ta  Paris  un  luxe  insultant, 
Louvois  le  fit  arrêter,  soit  pour  le  re- 
chercher à  cause  de  ses  déprédations 
dans  les  vivres,  comme  l'annonce  son 
procès  ,  soit  pour  le  punir  d'avoir  fait 
tirer  sur  l'armée  du  roi ,  et  pour  don* 
ner  une  mortification  au  prince  de 
Condé  auquel  il  était  attaché,  comme 
on  le  disait  alors  dans  le  public.  11 
fut  conduit  a  Abbeville  ,  mis  aux  fers, 
tt  livré  à  une  commission  composée 
des  juges  du  présidial,  qui  le  fit  pendre 
le  -j>.n  mars  i(i()5.  S*m  arrêt  porte  qu'il 
est  condamné  pour  crime  de  péculat, 
larcins,  faussetés  .  abus  rt  malversa- 
tions commises  à  la  fourniture  du  pain 
à  la  garnison  d'ilesdin  et  autres  trou* 
pes.  T — d. 

FARIA  (Antoine  de  ),  laineux 
aventuriir  portug  il  .  n  tquil  à  Lis- 
bonne vers  l'an  ï5o5.  Sans  fortune 
11  ope  ,  il  alla  aux  Indes  ,  en 
• ,  chercher  des  ressources  près 
d'un  gentilhomme  à»  ses  parents  .  qui 
était  alors  gouverneur  de  Malaca. 
Arrivé  dans  cette  Ville,  il  y  trouva 
aussitôt  des  marchandises  el  du  cré- 
dit. Il  équipa  uu  petit  bâtiment,  et 


FAtt 

•vec  dix-huit  Portugais,  ses  compa- 
gnons dp  voyage ,  fit  voile  pour  Lu- 
gor  ,  viilc  de  la  dépendance  du  royau- 
me de  Siam  ,  où  il  espérait  débiter  ses 
marchandises  avantageusement.  Mais 
à  l'embouchure  de  la  rivière  de  Lu- 
gor ,  il  fut  attaqué  par  un  corsaire 
maure,  qui,  après  lui  avoir  tué  qua- 
torze de  ses  Portugais  et  pris  ses  mar- 
chandises, coula  à  tond  son  bâtiment. 
Faria ,  avec  quatre  de  ses  compa- 
gnons,  put  à  peine  se  sauver  à  la 
nage.  Ayant  gagné  le  rivage  ,  ils  vi- 
rent, au  point  du  jour,  une  barque 
qui  côtoyait  la  rivière.  Les  rameurs 
entendirent  leurs  cris  de  détresse  et 
vinrent  à  leur  secours.  Une  charitable 
Indienne  qui  se  trouvait  parmi  eux , 
et  qui  faisait  sur  ces  côtes  un  com- 
merce de  sel  ,  amena  les  Portugais 
chez  elle ,  et ,  après  les  avoir  bien 
traités  pendant  plusieurs  jours ,  les 
recommanda  a  un  capitaine  qui  les 
conduisit  à  Patane.  Faria  avait  appris 
que  celui  qui  lui  avait  enlevé  avec  sa 
fortune  toutes  ses  espérances  ,  et  qui 
l'avait  mis  dans  l'impossibilité  de 
s'acquitter  avec  ceux  qui  lui  avaient 
fait  crédit  à  Malaca,  ne  pouvait  être 
que  le  fameux  corsaire  Caja-Azem ,  et 
il  avait  juré  de  le  poursuivre  par  terre 
et  par  mer  jusqu'à  ce  qu'il  en  eût  tiré 
la  vengeance  la  plus  complète.  A  Pafanc 
il  trouva  le  moyeu  d'équiper  encore 
un  autre  bâtiment,  et,  suivi  par  quel- 
ques jeunes  gens  que  ses  discours 
avaient  enflammés  ,  il  commença  à 
parcourir  les  mers  à  la  recherche  de 
Caja-Azem.  Devenu  corsaire  lui-mê- 
me, il  se  signala  par  un  grand  nom- 
bre d'exploits.  Son  nom  était  la  ter- 
reur de  tous  ces  pirates  indiens,  et  au 
bout  de  quelques  années  ,  après  beau- 
coup d'aventures  ,  de  combats  et  de 
dangers,  il  rencontra  enfin  celui  à 
qui  il  avait  juré  une  haine  éternelle  , 

Ïtua  de  sa  propre  main,  et  s'enri- 


FAR  i5:ï 

chil  de  ses  dépouilles.  Nous  ne  rap- 
porterons pas  tous  les  exploits  de  Fa- 
ria ;  nous  nous  contenterons  de  rap- 
peler deux  de  ses  faits  les  plus  re- 
marquables. Devenu  riche,  Faria  na- 
viguait avec  une  petite  escadre  com- 
posée de  plusieurs  jonques.  Une  tem- 
pête les  ayant  dispersées,  une  de  ces 
jonques  alla  se  briser  contre  la  côte. 
Les  naturels,  s'emparant  des  Portu- 
gais qu'elle  contenait ,  les  menèrent  à 
la  ville  de  Nonday.  Le  mandarin  qui 
y   commandait  condamna  ces  mal- 
heureux au  supplice.  Faria,  qui  avait 
aborde  au  même  rivage ,  ayant  appris 
cette  triste  nouvelle  ,  écrit  au  man- 
darin pour  réclamer  ses  compagnons. 
Celui-ci  ne  répondit  que  par  des  in- 
jures, et  ordonna  qu'on  les  fustigeât 
cruellement.  Faria,  outré  de  cet  af- 
front,  se  met  à  genoux,  implore  le 
secours  du  ciel  (  c'était  toujours  sa 
coutume  avant  de  se  battre  ),  fait  la 
revue  de  ses  soldats  ,  qui  pouvaient 
monter  à  trois  cents,  puis  il  s'avance 
jusqu'à  la  vue  des  murs  de  Nonday, 
et   jeta  l'ancre.   La  descente  s'étant 
faite  sans  aucune  opposition ,  on  mar- 
cha vers  la  ville.  Tout  à  coup  des 
troupes ,  composant  à  peu  près  1 5oo 
hommes,  et  commandées  par  le  man- 
darin ,  vinrent  s'opposer  à  leur  pas- 
sage; mais  le  feu  des  jonques  et  celui 
des  troupes  de  débarquement  les  dis- 
sipèrent bientôt;  le  mandarin  fut  tue' 
d'un  coup  de  mousquet.  Les  Portu- 
gais alors  ,  tout   en  poursuivant  les 
fuyards  ,  entrèrent  dans  la  ville.  Faria 
s'étant  fait  conduire  aux  prisons ,  dé- 
livra ses  camarades,  et  ayant  accordé, 
pendant  une  demi-heure  ,  le  pillage  à 
ses  soldats ,  il  fit  mettre  le  feu  à  la 
vilic  qui  fut  bientôt  réduite  en  cen- 
dres ,  n'étant  bâtie  que  de  sa  pins.  Fati- 
gué de  mener  uue  vie  errante ,  com- 
blé de  richesses  ,  a  la  prière  de  deux; 
riches  Portugais  ?  Faria  clla  s'établit 


i56  FAR 

à  Liampo  ,  où  le  Portugal  avait  alors 
le  même  établissement  qu'il  a  eu  de- 
puis à  Macao.  Les  grandes  victoires 
de  Faria,  les  services  qu'il  avait  rendus 
à  sa  nation  en  délivrant  les  mers  des 
plus  fameux  pirates,  le  firent  rece- 
voir avec  les  honneurs  les  plus  dis- 
tingues. 11  y  vécut  six  mois  au  milieu 
de  l'abondance  et  des  plaisirs  ;  mais 
bientôt  son  esprit  turbulent  lui  fit 
chercher  de  nouvelles  aventures.  Il  se 
proposa  d'enlever  des  trésors  immen- 
ses renfermés,  disait-on,  dans  1 7  tom- 
beaux d'autant  de  rois  de  la  Chine; 
ils  devaient  se  trouver  dans  l'île  de 
Calempbny.  Il  s'embarqua  de  nou- 
veau, et,  après  quatre-vingts  jours  de 
recherches  ,  il  mouilla  devant  cette 
île,  qui  n'était  habitée  que  par  trois 
cents  bonzes.  Une  partie  de  ses  gens 
et  Faria  lui-même  y  étant  descen- 
dus, s'emparèrent  d'une  espèce  de 
temple  et  d'un  ermite  qui  le  gardait  ; 
ils  en  emportèrent  quelques  richesses 
avec  l'espérance  d'en  prendre  bien 
d'autres  le  lendemain.  Mais  n'ayant 
pu  emmener  l'ermite  ni  pensé  à  le 
faire  garder ,  celui-ci  avertit  ses  trois 
cents  compagnons.  Des  feux  qu'ils 
allumèrent  pendant  toute  la  nuit  ins- 
truisirent les  habitants  des  pays  voi- 
sins du  danger  où  ils  se  trouvaient; 
de  façon  que  le  lendemain  Faria, 
à  son  retour,  voyant  devant  lui  plus 
de  5ooo  ennemis ,  s'embarqua  à  la 
hâte  avec  ses  Portugais  ;  mais,  pour 
comble  de  malheur  ,  il  s'éleva  une 
furieuse  tempête  qui  le  jeta  contre 
les  rochers,  où  il  périt  misérablement 
avec  une  partie  de  ses  compagnons. 
Faria  pouvait  avoir  alors  près  de  qua- 
rante-cinq ans.  Son  caractère  avait  été 
un  mélange  de  bravoure  et  de  cruau- 
té ,  de  générosité  et  d'avariée  ,  de 
piété  et  de  libertinage  :  il  aurait  eu 
de  grandes  qualités  s'il  leur  avait 
donué  une  autre  direction.  Tous  ces 


FAR 


faits  sont  tirés  des  Mémoires  de  Men- 
dcz  Pinto,  qui  l'accompagna  dans  tous 
ses  voyages  et  fut  témoin  de  sa  mort , 
lui  seul  s'étant  sauvé  de  la  tempête 
avec  quelques  Portugais.       B — s. 

F  ARIA  (  Thomé  de  ),  né  à  Lis- 
bonne ,  y  mourut  le  20  octobre  i6'i8. 
Il  était  carme,  et,  après  avoir  passé 
par  les  dignités  de  son  ordre ,  il  fut 
nommé  coadjuteur  de  l'archevêque  de 
Lisbonne,  avec  le  titre  d'évêque  de 
Targa.  Il  est  auteur  d'une  traduction 
de  la  Lusiade  en  vers  latins.  Un  Por- 
tugais ,  homme  de  goût .  dont  nous 
adoptons  le  jugement  avec  une  entière 
confiance ,  trouve  que  cette  traduction 
est  d'une  rare  exactitude ,  qu'elle  est 
écrite  avec  élégance  et  pureté  ;  mais 
que  bien  souvent  la  force  et  la  con- 
cision duGamoëns  disparaissent  sous 
la  plume  un  peu  diffuse  de  Faria.  La 
Lusiade  latine  a  paru  pour  la  pre- 
mière fois  à  Lisbonne,  en  16*22,  iu- 
8".  ;  e  le  a  été  réimprimée  dans  le 
5°.  volume  du  Corpus  illastrium  poè- 
tarum  Lusitanorum.  L'éditeur,  le  P. 
Dos  Reis,  a  joint  à  cette  réimpression 
une  notice  sur  la  vie  de  Paria;  on  y 
trouvera  le  catalogue  de  ses  autres  ou- 
vrages, que  nous  nous  dispenserons 
d'indiquer  ici ,  parce  qu'ils  sont  on 
sans  importance ,  ou  encore  inédits* 
B— ss. 

FARIA  DE  SOUSA  (Manoel), 
célèbre  historien  et  poète  castillan  , 
naquit  à  Souto  en  Portugal ,  dans  la 
province  d'entie  Minho-y-  Douro, 
d'une  ancienne  et  illustre  famille.  Ses 
talents  lurent  très  piécoces,  et  quoi- 
que fort  infirme  dans  .sou  enfance  il 
apprit  parfaitement  à  dessiner  et  à 
peindre.  A  l'âge  de  neuf  ans  son 
père  l'envoya  à  l'université  de  Braga, 
où  il  fit  de  grands  progrès  dans  la 
grammaire  et  la  philosophie.  Il  irak 

à  peine  atteint  l'âge  de  quatorze  ans 
qu'il  entra  en  qualité  de  gentilhomme 


FAR 

chez  dom  G.  Gonzalcs  ,  évêqnc  d'O- 
porto ,  sous  la  direction  duquel  il  se 
perfectionna  dans  les  sciences.  C'est 
dans  cette  ville  que  s'étant  épris  d'une 
jeune  personne  l'amour  développa  son 
talent  poétique.  Faria  en  fit  les  pre- 
miers essais  dans  un  poëme  où ,  sous 
le  nom  d'Albania,  il  célèbre  la  beauté 
de  celle  qu'il  aime.  Il  se  maria  en 
1618,  et  la  mort  lui  avant  enlevé  son 
protecteur,  il  passa  à  Madrid  avec  sa 
famille.  Tl  fît  son  premier  début  à  la 
cour;  mais  son  humeur  indépendante, 
son  ton  brusque  et  son  abord  sé- 
vère n'étaient  pas  des  moyens  pro- 
pres h  lui  attirer  les  grâces  et  la  fa- 
veur. Désirant  revoir  sa  patrie,  il 
retourna  en  Portugal ,  où  les  désagré- 
ments qu'il  essuya  l'obligèrent  à  re- 
venir a  Madrid  en  i65i.  Dans  la 
même  année  il  suivit,  en  qu  ilité  de 
secrétaire,  le  marquis  de  Castel-Ro- 
drigo  dans  son  ambassade  à  Rome. 
Ses  vastes  connaissances  lui  méri- 
tèrent la  considération  de  tous  les  sa- 
vants qui  entouraient  Urbain  VIII  et 
celle  de  ce  pontife  lui-même.  Quel- 
ques différends  s'étant  élevés  enîre 
lui  et  le  marquis,  il  le  quitta  inopiné- 
ment, et  revint  en  Espagne.  Arrivé 
à  Barcelonne  il  trouva  que  ce  sei- 
gneur, piqué  de  son  brusque  dé- 
part, avait  obtenu  un  ordre  pour  le 
faire  arrêter;  heureusement  la  pro- 
tecùon  de  ses  amis  de  Madrid  lui  fit 
bientôt  rendre  sa  liberté.  De  retour 
dans  la  capitale  il  se  livra  entièrement 
aux  lettres,  qui  lui  firent  toujours  né- 
gliger sa  fortune.  Il  obtint  cependant 
une  modique  pension  de  Philippe  IV 
et  la  croix  de  chevalier  de  Chrisl.  Fa- 
ria était  un  homme  un  peu  singu- 
lier. Non  content  de  penser  et  d'écrire 
en  philosophe  ,  il  en  avait  adopté  un 
peu  trop  scrupuleusement  le  cos- 
tume ;  et  comme  une  certaine  origina- 
lité est  presque  toujours  inséparable 


FAR  i5r} 

des  grands  talents,  ni  les  prières  de 
sa  femme ,  ni  les  instances  de  ses 
amis  ne  purent  jamais  le  faire  con- 
sentir à  se  défaire  d'une  longue  et 
épaisse  barbe  qu'il  porta  tant  qu'il 
vécut,  et  qui  ne  rendait  pas  son  ex- 
térieur bien  prévenant.  Cependant  il 
était  franc  et  sensible,  et  malgré  son 
abord  sévère,  quand  il  se  trouvait 
au  milieu  de  ses  amis,  il  dérogeait 
de  ses  principes  ,  et  se  livrait  à 
l'enjouement.  Son  application  assi- 
due et  sa  vie  sédentaire  lui  causèrent 
une  rétention  d'urine  dont  il  mourut 
à  Madrid  en  1 647 ,  âgé  de  cinquante- 
neuf  ans,  dans  un  état  peu  différent 
de  l'indigence.  Après  la  dissection  de 
son  cadavre  on  lui  trouva  dans  la  ves- 
sie cent  cinquante  pierres  tant  grosses 
que  petites.  Des  deux  filles  qu'il  laissa 
l'une  se  distingua  par  son  talent  dans 
la  peinture,  talent  qu'elle  ne  devait 
qu'à  son  génie  et  à  son  application. 
Faria  n'a  écrit  qu'en  espagnol.  Ses 
principaux  ouvrages  sont  :  I.  Dis- 
cursos  momies  f  polilicos,  1  part. 
in-12,  Madrid,  1 6*5  et  1626  ;  11. 
Comentarios  sobre  la  Lusiada , 
Madrid,  i65g,  2  vol.  in -fol.  Ces 
Commentaires  ,  auxquels  Faria  tra- 
vailla pendant  vingt-cinq  ans,  ser- 
virent de  prétexte  à  ses  ennemis  pour 
l'accuser  devant  l'inquisition.  Us  pré- 
tendirent que  Faria  avait  expliqué 
dans  ce  poëme  les  divinités  du  paga- 
nisme d»ns  un  sens  qui  faisait  allu- 
sion aux  vérités  de  la  religion  chré- 
tienne. Mais  ce  tribunal,  ayant  exa- 
miné l'ouvrage,  reconnut  et  déclara 
l'innocence  de  l'auteur.  Il  fut  moins 
heureux  avec  l'inquisition  de  Lis- 
bonne, qui,  par  l'ignorance  des  ré- 
viseurs ,  condamna  l'ouvrage,  <t 
n'accorda  à  Faria  que  la  liberté  de 
se  justifier.  11  le  fit  dans  l'ouvrage 
suivant;  HT.  Defensa  por  los  Co- 
mentarios  sobre  la  Lusiada,  Ma- 


r5tf  FAR 

drid  ,  i6/jO,  info!.;  mais  le  livre 
resla  toujours  détendu  ;  IV.  Epi- 
tome  de  las  Historias  Portugue- 
sas  (Histoire  de  Portugal),  Madrid, 
1626  ,  167  i  ;  Bruxelles  ,  1677  , 
1-/26.  Cette  Histoire  conduit  jus- 
qu'au règne  du  roi  Henri,  et  est  très 
estimée  pour  la  véracité  et  impartia- 
lité de  l'auteur,  ainsi  que  pour  l'éru- 
dition et  les  sïgcs  réflexions  qu'elle 
renferme.  Dans  l'édition  de  1781  , 
in-fol.,  qui  est  la  meilleure,  elle  est 
continuée  jusqu'à  1730.  Outre  cela 
un  y  a  joint  une  relation  très  circons- 
tanciée des  expéditions  de  dom  Sé- 
ha->ticn  en  Afrique,  et  à  la  fin  de 
chaque  chapitre  on  trouve  une  suite 
chronologique  des  histoires  sacrée, 
ecclésiastique,  profane  et  des  princi- 
paux événements;  Y.  Imperio  de 
la  China  y  cultura  Evangelica  por 
lus  Beligiosos  de  la  Compafiia 
de  Jésus  jusqu'en  i635  ,  d'abord 
écrite  par  Samcdo ,  publiée  et  mise 
ea  ordre  par  Faria,  Madrid,  i645, 
iu-4".  ;  Lisbonne,  170a,  in-fol.  Les 
ouvrage*  suivants  sont  posthumes  ; 
VI.  El  Asia  Portuguesa,  5  vol. 
iu-ibl.,  Lisbonne;  le  rr.  en  1666, 
le  2e.  en  1674,  le  3*.  en  1675.  Dans 
le  Ier.  volume  Faria  suit  l'histoire 
jusqu'où  Barros  l'a  conduite;  la  con- 
tinue dans  le  *2e.  depuis  le  temps 
où  celle  de  Barros  finit  (quelques 
biographes  prétendent  que  dans  ce 
•2e.  volume  il  a  suivi  l'histoire  de 
Couto);  le  3  .  contient  ce  qui  s'est 
passé  sous  les  trois  Philippes;  VII. 
la  Europa  Portuguesa  jusqu'en 
1  v>7  ,  Lisbonne;  le  icl.  volume  en 
1G78,  le  'i'\  en  1O79.  Ce  livre  es! 
partagé  en  4  parties;  le  i'r.  con- 
tient depuis  le  déluge  jusqu'à  Henri 
ointe  de  Portugal,  et  le  4-  Gmbl 
les  trois  règnes  des  Minées  de  la  nui- 
son  d'Autriche;  VIII.  Bl  Africa 
Portuguesa,  Lisbonne,  a  parties, 


FAR 

1681  ;  IX.  El  America  Porto* 
guesa,  qui  n'a  pas  été  imprimée, 
quoique  Lenglet  en  suppose  une  édi- 
tion de  1674.  L'Asie  portugaise  con- 
tient l'histoire  de  l'établissement  des 
Portugais  aux  Indes  orientales  depuis 
le  premier  voyage  entrepris  par  Vas- 
co  de  Gama  eu  1497  jUS(Iu'en  1640. 
Cette  histoire  curieuse  et  intéres- 
sante a  été  traduite  en  italien ,  en  an- 
glais et  en  français.  Indépendam- 
ment de  ces  ouvrages  Faria  a  en- 
core laissé  sept  volumes  de  poésies , 
sous  le  titre  de  Fuente  de  Aga- 
nipe  rimas  varias  (  la  fontaine 
d'Aganipe,  ou  Poésies  diverses  ).  Les 
quatre  premiers  volumes  ont  paru  à 
Madrid  en  1644  ?  1646.  Ces  poésies 
consistent  en  six  cents  sonnets , 
douze  poèmes,  vingt  églogues  et  une 
grande  quantité  de  chansons  et  de 
madrigaux  ,  la  plupart  sur  des  su- 
jets encore  neufs.  Dans  ces  composi- 
tions l'auteur  se  dislingue  en  général 
par  la  beauté  des  images  ,  l'éner- 
gie et  la  pureté  de  son  style.  Il  y  au- 
rait cependant  quelque  défaut  à  lui 
reprocher  dans  ses  compositions  poé- 
tiques. Dans  son  poème  d'Albanie  il 
prodigue  trop  les  figures  ;  dans  ses 
chansons  il  est  souvent  entortillé,  et 
plusieurs  de  ses  sonnets  manquent 
de  naturel,  et  tout  en  visant  au  su- 
blime il  tombe  dans  le  gigantesque  et 
l'exagéré.  Si  le  mérite  de  Faria  ne 
put  lui  obtenir  la  protection  des 
grands  ni  la  faveur  des  rois ,  il  lui 
procura  tant  qu'il  vécut  la  considéra- 
tion de  tous  les  savants  et  l'estime 
de  ses  amis.  I> — s 

F.UUA  (  Manoel-Severim  de), 
m  portugais  ,  naquit  a  Lisbonne 
en  1  58 1  ou  82.  Dans  sa  première  jeu- 
nesse il  passa  a  Fvora ,  où ,  sous  la 
direction  d'un  oncle  qui  était  chantre 
rf  chanoine  de  la  cathédrale  de  cette 
ville,  il  lit  ses  cours  de  philosophie 


FAR 

et  de  théologie,  et  fut  reçu  docteur 
dans  ces  deux  facultés.  Son  oncle  le 
reconnaissant  digne,  et  par  sa  con- 
duite et  par  ses  lumières,  de  lui  suc- 
céder dans  ses  dignités,  les  lui  résigna 
en  1609,  et  se  relira  dans  un  cou- 
vent. Tranquille  sur  son  sort,  Faria 
ne  vit  pas  pour  cela  ralentir  son  ar- 
deur pour  l'étude;  il  chercha  au  con- 
traire à  acquérir  de  nouvelles  con- 
naissances ,  et  s'appliqua  particulière  - 
ment  à  l'étude  des  saintes  écritures, 
delà  théologie  mystique,  de  l'histoire, 
de  la  politique,  de  la  géographie  et  des 
antiquités  romaines  et  portugaises.  Il 
obtint  dans  ces  dernières  une  grande 
réputation  ,   et  passa    pour   un   des 
hommes  les  plus  savants  de  son  temps 
dans  la  numismatique,  il  employa  une 
grande  partie  des  riches  revenus  de 
ses  bénéfices  à  l'acquisition  de  livres 
rares   et  précieux  ,    parmi  lesquels 
on  remarquait  les  ouvrages  du  Père 
Louis  de  Grenade,  traduits  en  japonais, 
quelques  anciens  manuscrits  en   pa- 
pyrus, d'autres  en  feuilles  de  palmier. 
Faria  avait    formé  chez  lui  un  petit 
Muséum  de  toutes  sortes  d'antiquités , 
et  enrichi  surtout  d'une  suite  consi- 
dérable de  monnaies  romaines  et  por- 
tugaises. Faria  mourut  à  Evora,  le  16 
décembre  i655.  On  a  de  lui  deux  ou- 
vrages, qui  n'en  forment  qu'un  ,  im- 
primés en  même  temps  :  I.  Noticias 
de  Portugal ,  1  vol.  II.  Varios  dis- 
cursos  politicos  ,  1  vol. ,  Lisbonne , 
16^4  »  ibidem,  1791,  5e.  édition. 
Dans  le  premier  de  ces  ouvrages  l'au- 
teur ,  après  avoir  proposé  des  moyens 
pour  porter  le  Portugal  à  l'état  le  plus 
florissant ,  traite  de  l'origine  des  titres 
et  des  armoiries  des  familles  nobles 
de  ce  royaume  ;  des  monnaies  an- 
ciennes ,  soit  portugaises ,  soit  gothi- 
ques, arabes   et  romaines,  et  il  eu 
donne  les  empreintes.  Il  parle  ensuite 
des  différentes  universités  d'Espagne, 


FAR  1^9 

en  rappelant  les  époques  de  leur  éta- 
blissement; de  la  propagation  de  la 
religion  dans  la  Guinée  ;  de  la  navi- 
gation des  Portugais  aux  Indes-Orien- 
tales. Il  finit  son  second  volume  par 
donner  les  vies  de  vingt  cardinaux  de 
sa  nation.  Les  Discursos  politicos  , 
qui  forment  le  troisième  volume  de 
son  ouvrage,  et  qu'il  ne  faut  pas  con- 
fondre avec  ceux  qu'écrivit  presque 
dans  le  même  temps  un  autre  Faria 
(  Voy.  Faria  de  Sousa),  roulent 
sur  des  matières  peu  intéressantes  de 
nos  jours  ,  et  contiennent  les  vies  de 
quelques  Portugais  illustres,  comme 
celles  de  l'historien  Couto  ,  du  poète 
Camocns,  qui  sont  des  plus  exactes. 
A  la  partialité  près,  sentiment  trop 
patriotique  qu'on  remarque  toujours 
dans  les  auteurs  portugais,  l'ouvrage 
de  Faria  est  curieux  et  intéressant. 
L'auteur  y  déploie  beaucoup  de  dis- 
cernement ,  une  grande  érudition  sur 
l'histoire  et  la  philologie  anciennes  et 
modernes.  Son  style  pur,  élégant,  rap- 
pelle le  beau  siècle  de  la  littérature 
espagnole.  B — s. 

FARINA  (Fof.  Borromee). 
FARINACC1  (Prosper),  célèbre 
jurisconsulte,  né  à  l\ome,eu  i554, 
de  parents  pauvres,  fut  néanmoins 
envoyé  à  l'université  de  Padoue  ,  où 
il  acheva  ses  études  avec  beaucoup  de 
distinction.  Après  avoir  pris  ses  de- 
grés, il  revint  à  Home,  et  y  exerça 
la  profession  d'avocat.  I!  comptait  tel- 
lement sur  sa  facilité  et  sur  l'art  dan- 
gereux de  présenter  les  objets  sous  la 
point  de  vue  le  plus  favorable,  qu'il 
se  chargeait  indistinctement  de  toutes 
les  causes  qu'on  lui  apportait.  Il  acquit 
de  cette  manière,  en  assez  peu  de 
temps,  une  fortune  considérable, 
qu'il  employa,  partie  à  se  faire  de* 
protecteurs,  et  partie  à  satisfaire  son 
goût  pour  ie:>  vices  les  plu*  honteux. 
Lorsqu'il  fut  parvenu  ,dit  Tiraboschi, 


iGo  FAR 

à  la  place  de  procureur  fiscal,  jamais 
magistrat  ne  se  montra  plus  actif  dans 
la  recherche  des  coupables,  ni  plus 
sévère  dans  leur  punition.  Cependant, 
il  eut  besoin  pour  lui-même  de  cette 
indulgence  qu'il  refusait  aux  autres. 
Accusé  d'un  crime  odieux,  il  ne  dut 
qu'aux  instances  du  cardinal  Saiviati, 
îa  grâce  qu'il  obtint  de  Clément  VIII; 
et  on  pre'tend  que  le  pontife  dit  à  cette 
occasion ,  faisant  allusiuu  au  nom  de 
Farinacci:  Je  conviens  que  la  farine 
est  bonne,  mais  le  sac  qui  la  contient 
est  bien  souillé.  Farinacci  rachetait  ses 
défauts  par  des  qualités  brillantes.  Il 
joignait  à  un  esprit  vif,  une  mémoire 
étonnante,  et  une  ténacité  extraordi- 
naire dans  le  travail.  Les  ouvrages  de 
droit  qu'il  a  publiés,  ont  servi  long- 
temps de  règle  dans  les    tribunaux 
d'Italie;  mais  à  mesure  que  la  juris- 
prudence italienne  s'est  dépouillée  de 
l'antique  barbarie,  on  a  cessé  d'en  faire 
la  même  estime  ,  et  on  ne  les  consulte 
plus  aujourd'hui.  Renazzi  a  osé,  I'uq 
des  premiers ,  attaquer  les  fondements 
d'une  réputation  que  le  temps  sem- 
blait avoir  consacrée.  Farinacci ,  dit-il, 
n'avait   qu'une  érudition    peu  com- 
mune; il  avait  moins  appris  par  l'é- 
tude que  par  la  pratique,  et  ce  n'est 
pas  dans  les  sources ,  mais  dans  les 
traductions  ou  dans  les  recueils  indi- 
gestes des  jurisconsultes  du   moyen 
4ge  qu'il  avait  étudié  les  principes  du 
droit.  Farinacci  mourut  à  Rome  en 
iGi8,  le  5o  octobre,  jour  de  sa  nais- 
sance. La  collection  de  ses  ouvrages 
a  été  publiée  à  Anvers,  1620,  et  à 
Francfort,  1670,   167(5,  i5  vol.  in- 
fol.   Elle  renferme   :    Tractatus  de 
hœresi  ;    De  immunitale  ecclesiœ  ; 
Decisiones  rolœ  romanœ;  Réperto- 
riant deconlraclibus;  Repertorium  de 
ullimis    voluntatibus  ;    Praxis    et 
theoria  criminalis  ;  Repertorium  ju- 
êUciale;  Consilia;  Fragment*;  De- 


F4R 

cisiones;  Farice  quœsUones  ;  Trac* 
tatus  de  testibus  ;  Decisiones  pos- 
thumes* W  — s. 

FARINATO  (Paul),  peintre,  né 
à  Vérone  en  io25,  descendait  de  la 
famille  florentine  des  Farinala  degli 
Uberti ,  qui  avait  joué  un  grand  rôle 
dans  la  guerre  des  Guelfes  et  des  Gi- 
belins. On  dit  qu'après  avoir  étudié 
sous  Giolfino,  il  alla  à  Veuise  voir  les 
ouvrages  du   Titien  et  du  Giorgion. 
S'il  faut  en  juger  par  son  style,  il  se- 
rait permis  de  croire  qu'il  a  eu  Jules 
Romain  lui-même  pour  maître  de  des- 
sin. Il  mourut  en  1606,  âgé  de  quatre- 
vingt-un  ans;  toujours  gai,  il  se  vantait 
de  sa  vieillesse,  et  dans  son  tableau 
placé  à  Saint-George,  près  de  celui 
de  Félix  Brusasorci ,  il  annonce  qu'il 
a  fait  cet  ouvrage  à  soixante-dix-neuf 
ans.  Cette  composition  représente  la 
multiplication  des  pains  dans  le  dé- 
sert, et  offre  une  grande  quantité  de 
portraits  de  ses  amis  et  de  ses  pa- 
rents. Ce  maître  est  du  petit  nombre 
de  ceux  qui  ,  en  avançant  en  «âge , 
n'ont  pas  dégénéré.  On  n'en  peut  pis 
dire  autant  de  l'Albane,  qui  mourut 
très-vieux  ,  et  vit  tous  les  jours  dé- 
cliner sa  réputation  pendant  les  der- 
nières années  de  sa  vie.  Il  est  même  à 
remarquer  que  Farinato ,  qui  avait  été 
quelquefois  un  peu  sec  et  un  peu  froid, 
ne  laissa  rien  à  désirer  plus  tard  ,  par 
la  finesse  des  contours  ,  l'exactitude, 
la  vérité,   et  même  par  l'étude  du 
paysage.  Ses  dessins  sont  estimés.  On 
recherchait  même,  du  temps  de  Ri- 
dolfi ,  ses  premières  pensées  et  les 
modèles  de  cire  qu'il  faisait  pour  ses 
ligures.  On  lui  attribue  un  S.  Onuphre 
assis,  imité  très  savamment  du  Torse 
du  belvédère.  Ses  carnations  ont  une 
teinte  bronzée  qui  ne  déplaît  pas.  Il  a 
travaillé  pour  Mantoue,  Plaisance  et 
Padoue.  On  observe  souvent  dans  un 
coin  de  ses  tableaux  un  limaçou  qu'il 


FAR 

avait  pris  pour  devise.  Paul  eut  un 
fils,  nommé  Horace,  qui  s'appliqua  à 
h  peinture.  Il  vécut  peu  de  temps,  et 
n'acquit  pas  une  grande  réputation. 
A — D. 
FARÏNELLÏ ,  célèbre  chanteur  ita- 
lien, naquit  à  Naples  le  24  janvier 
i  -;o5  ;  son  véritable  nom  était  Char- 
les Broschi  :  ses  premières  leçons  de 
musique  il  les  reçut  de  son  père.  Ce- 
lui-ci, trouvant  dans  Charles  toutes 
les  dispositions  requises  pour  former- 
un  grand  musicien,  se  décida  (  ainsi 
que  le  font  plusieurs  autres  pères  en 
Italie)  à  outrager  la  nature  pour  don- 
ner à  son  fils  une  voix  plus  souple, 
plus  moelleuse,  et  faire,  par  ce  moyen, 
sa  fortune.  Farinelii  se  forma  alors  à 
l'école  du  fameux  maître  Porpora.  A 
Page  de  dix- sept  ans  il  fit  son  premier 
début  à  Rome  en  qualité  de  première 
chanteuse  dans  le  théâtre  iïAli- 
berti  (i).Il  y  chantait  un  air  de  flûte , 
Obligé;  l'artiste  qui  jouait  cet  instru- 
ment passait  pour  être  un  prodige 
dans  son  art.  Farinelii,  cependant, 
par  la  douceur  de  sa  voix  et  la  rapi- 
dité de  ses  sons,  obtint  sur  lui  h  vic- 
toire. Alors  tous  les  théâtres  de  l'Italie 
se  le  disputèrent  ;  et  mis  d'abord  au 
rang  des  Elisi ,  des  Gizzielli  et  des 
Gaffarelli ,  il  les  surpassa  bientôt  en  ré- 
putation et  en  mérite  (2).  En  1  70.4  il 
passa  a  Londres  où  il  fut  reçu  avec  un 

(1}  A  Rome  et  dans  les  villes  des  états  du 
pape  où  réaidait  un  légat,  c'étaient  des  hommes 
qui,  dans  les  théâtres  ,  remplissaient  les  rôles  de 
femmrs  C-  pendant,  sans  le  règne  de  Pie  VI, 
ce  pontife  accédant  ans  sollicitations  de  sa  nièce, 
madame  la  princesse  Braschi,  un  permit  que  des 
femmes  pussent  jouer  sur  les  théâtres  de  la  capi- 
tale ainsi  que  sur  ceux  des  légations. 

(al  Voila  à  peu  prés  comme  ^.'exprime  ,  à  l'égard 
de  Farinelii ,  le  docteur  Burney  dans  son  Histoire 
de  la  Statique  :«  On  trouvait  dans  sa  voix  toutes 
»  les  qualités  réunies,  la  force  ,  la  douceur  et  la 
»  mesure,  et  sa  méthode  était  à  la  fois  gracieuse, 
»  tendre  et  d'une  étonnante  rapidité.  Il  était  .iu- 
»  dessus  de  tout  ce  qui  avait  paru  de  chanteurs 
»  avant  lui  ;  il  subjuguait  tous  ceux  (jui  Tenten- 
»  daient  ,  les  savants  .  les  ignorants,  ses  amis  et 
»>  ses  ennemis.  »  Le  célèbre  Père  Martini,  en  par- 
lant île  ce  chanteur  extraordinaire  ,  se  sert  a  peu 
près  des  mêmes  expressions. 

XIV. 


F  AH  161 

enthousiasme  général,  mais  où  il  trou- 
va un  redoutable  adversaire;  c'était 
Gaffarelli.  Ces  deux  célèbres  chan- 
teurs jouaient  sur  deux  différents  théâ- 
tres. Pour  mieux  juger  de  leurs  ta- 
lents, on  les  réunit  dans  une  seule 
salie,  en  les  faisant  chanter  dans  une 
même  pièce.  Dans  cette  pièce  Cafïà- 
rclti  représentait  un  tyran  farouche,  et 
Farinelii  un  héros  malheureux  courbé 
sous  le  poids  de  ses  chaînes.  Caffa- 
relli  d'abord  obtint  tous  les  suffrages; 
mais  quand  le  morceau  de  Farinelii 
arriva  ,  le  premier  fut  tellement  saisi 
de  plaisir  et  d'admiration  ,  qu'oubliant 
tout-à-fait  son  rôle,  il  courut  à  sou 
prisonnier  et  l'embrassa  tendrement. 
Les  effets  étonnants  que  produisait, 
ainsi  que  nouslc  verrons  dansla  suite, 
la  voix  de  Farinelii  sur  tous  les  audi- 
teurs, rendent  assez  vraisemblables 
ceux  qu'on  raconte  des  musiciens  de 
l'antiquité;  et  on  ne  doit  plus  douter 
que  Timothée  et  Terpandre  n'aient  pu, 
par  le  charme  de  leur  musique,  arra- 
cher des  larmes  aux  cœurs  les  plus 
endurcis.  Farinelii  quitta  enfin  Lon- 
dres, comblé  d'éloges  et  de  pré- 
sents^). Le  roi  d'Espagne,  Philippe V, 
se  trouvait  chargé  d'infirmités  depuis 
plusieurs  années;  on  crut  que  le  talent 
de  Farinelii  pourrait  faire  quelque  dis- 
traction à  ses  maux.  Il  fut  appelé  à  la 
cour  de  Madrid;  et  sa  voix  produisit 
plus  d'effet  sur  le  monarque  infirme 
que  n'avaient  fait  jusqu'alors  tous  les 
remèdes  de  l'art.  Devenu  nécessaire  à 
la  santé  de  Philippe ,  on  lui  assigna 
aussitôt  des  appointements  considéra- 
bles. Son  unique  tâche  fut,  pendant 
plusieurs  années ,  de  chanter  tous  les 
soirs  quatre  ariettes ,  constamment 
les  mêmes,  d'après  les  ordres  et  l'u- 
niformité du  goût  du  roi.  Durant  le 
règne  de  Philippe,  les  manières  aima - 

(  1)  On  a  évalué  à  5«oo  liv.  sterl.  la  totalité  d« 
«e  qu'il  y  gagnait  anuuellenu-nt. 

1  I 


i62  FAR 

blcs  elle  talent  de  Farinelli  lui  avaient 
attiré  l'estime  et  la  considération  de 
toute  la  cour;  mais  il  n'exerça  une  vé- 
ritable influence  que  sous  le  règne  de 
son  successeur.  11  la  dut  en  grande 
partie  à  la  faveur  dont  il  jouissait  au- 
près de  la  reine,  lorsqu'elle  n'était 
encore  que  princesse  des  Asturies, 
faveur  qui  augmenta  toujours  quand 
elle  occupa  le  trône.  Non  contente  de 
voir  son  protégé  riche  etbien accueilli, 
elle  voulait  l'élever  ;  l'occasion  ne  tarda 
guère  à  se  présenter.  Le  bon  et  sage 
Ferdinand  VI  avait  hérité  des  infir- 
mités de  son  père.  Dans  le  commen- 
cement de  son  lègue,  surtout ,  il  fut 
tourmenté  d'une  profonde  mélancolie 
dont  rien  ne  pouvait  le  guérir.  Seul , 
enfermé  dans  sa  chambre ,  à  peine  il 
V  recevait  la  reine  ;  et  pendant  plus 
d'un  mois,  malgré  les  instances  de 
celle-ci  et  les  prières  de  ses  courtisans, 
il  s'était  refusé  à  changer  de  linge  et 
à  se  laisser  raser.  Ayant  inutilement 
épuisé  tous  les  moyens  possibles  ,  on 
eut  recours  au  talent  de  Farinelli.  Fa- 
rinelli  chanta;  le  charme  fut  complet. 
Le  roi  ému ,  touché  par  les  sons  mélo- 
dieux de  sa  voix,  consentit  sans  peine 
à  tout  ce  qu'il  voulut  exiger  de  lui.  La 
reine  alors  se  faisant  apporter  une 
croix  deCalatrava,  après  en  avoir  ob- 
tenu la  permission  du  monarque ,  l'at- 
tacha de  sa  propre  ni;iin  à  l'habit  de 
Farinelli.  C'est  de  cette  époque  que 
date  son  influence  à  la  cour  d'Espa- 
gne ,  et  ce  fut  depuis  ce  moment  qu'il 
devint  presque  le  seul  canal  par  où 
roulaient  toutes  les  grâces.  Il  faut  ce- 
pendant avouer  qu'il  ne  les  accorda 
qu'au  mérite,  quelles  n'étaient  pas 
pour  lui  l'objet  d'une  spéculation  pécu- 
niaire ,  et  qu'il  n'abusa  jamau  »le 
son  pouvoir.  Ayant  observe  lYHit 
qu'avait  produit  la  musique  sur  l'esprit 
du  roi,  il  lui  persuada  aisément  d'éta- 
blir un  spectacle  italien  dans  le  palais 


FAR 

de  Ruen-Retiro ,  où  il  appela  les  plus 
habiles  artistes  de  l'Italie.  Il  en  fut 
nommé  directeur  ;  mais  ses  fonctions 
ne  se  bornaient  pas  là.  Outre  la  grande 
prépondérance  qu'il  continuait  à  exer- 
cer sur  le  roi  et  la  reine, Farinelli  était 
souvent  employé  dans  les  affaires  po- 
litiques; il  avait  de  fréquentes  confé- 
rences avec  le  ministre  La  Ensenada, 
et  était  plus  particulièrement  considéré 
comme  l'agent  des  ministres  de  diffé- 
rentes cours  de  l'Europe  qui  étaient 
intéressées  à  ce  que  le  roi  Catholique 
n'effectuât  pas  le  traité  de  famille  que 
la  France  lui  proposait(  Foy.  Ferdi- 
nand VI  ).  Dans  cette  occasion  les 
vues  de  Farinelli  étaient  des  plus  jus- 
tes; ce  traité  ne  pouvant  alors  conve- 
nir à  l'Espagne  ,  uniquement  occupée 
à  cicatriser  les  blessures  que  luiavaient 
causées  les  guerres  de  la  succession. 
Tant  de  grandeur  et  de  bonheur  fu- 
rent cependant  troublés  par  quelques 
nuages.  La  reine ,  la  meilleure  protec- 
trice de  Farinelli,  eut  une  fois  la  fai- 
blesse d'écouter  ses  ennemis.  11  s'en 
aperçut ,  et  n'ayant  pu  trouver  le  mo- 
ment de  l'entretenir,  Farinelli,  par 
l'entremise  d'une  de  ses  dîmes ,  se  fit 
introduire  dans  une  chambre  qui  com- 
muniquait à  celle  de  la  reine;  là,  ac- 
compagné de  sa  guitare ,  avec  des  sons 
touchants  il  expliqua  la  douleur  qu'il 
ressentait  de  l'injuste  courroux  de  sa 
souveraine.  Celle-ci,  attendrie,  ne 
tarda  pas  à  reconnaître  le  musicien 
dont  la  voix  avait  apaisé  tout-a-fiit  sa 
colère.  On  l'écouta,  et  son  innocence 
ayant  été  reconnue,  ce  ne  fut  que 
pour  céder  à  ses  instances,  que  la 
reine  consentit  à  pardonner  à  ses  en- 
nemis. Farinelli,  sans  être  précisément 
un  homme  instruit,  avait  cependant 
obtenu  de  la  nature  ce  tact  fin  ,  cet  es- 
prit délicat  et  <  ette  éloquence  simple, 

et  s. mis  apprêt,  qui  tiennent  sou- 
vent lieu  de  science  et  de  talent.  Qu'on 


FAR 

ajoute  à  cela  un  caractère  doux ,  bien- 
faisant, un  ton  noble  et  aise  dans  les 
manières  ,  et  l'on  ne  s'étonnera  plus 
qu'un  simple  chanteur  soit  parvenu  à 
exercer  une  aussi  grande  influence 
dans  une  cour  alors  une  des  plus  flo- 
rissantes de  l'Europe.  Loin  d'écouter 
pour  cela  un  vain  orgueil ,  ce  fut  sa 
modestie  surtout  qui  désarma  ceux 
qui  auraient  pu  être  un  obstacle  à  sa 
fortune.  Sa  déférence  et  son  respect 
pour  les  grands  lui  captivèrent  l'amitié 
de  la  plupart  d'entre  eux.  A  l'égard 
de  ses  ennemis ,  il  ne  cherchait  à  les 
connaît!^  que  pour  les  obliger  :  les 
traits  suivants  développeront  mieux  la 
noblesse  de  son  caractère.  Un  grand 
seigneur  de  la  cour  sollicitait  depuis 
long-temps  une  ambassade  que  le  roi 
n'avait  jamais  voulu  lui  donner*  Fari- 
nel'.i  n'ignorait  pas  que  ce  grand  , 
quoique  doué  des  talents  nécessaires 
pour  occuper  cette  place,  avait  cherché 
à  lui  nuire  dans  plusieurs  occasions. 
Malgré  cela,  oubliant  tout  ressenti- 
ment, il  sut  si  bien  agir  près  du  mo- 
narque en  faveur  de  son  ennemi, 
qu'il  obtint  enfin  pour  lui  la  place  qui 
était  l'objet  de  ses  désirs.  «  Mais  ne 
»  savez-vous  pas ,  dit  le  roi  à  Farinelli , 
»  qu'il  n'est  point  de  vos  amis?  qu'il 
»  parle  mal  de  vous?  —  C'est  ainsi, 
»  Sire,  répondit  Farinelli,  que  je  dé- 
»  sire  me  venger.»  Une  autre  fois,  tra- 
versant une  des  salles  du  palais  pour 
se  rendre  chez  le  monarque ,  il  enten- 
dit un  garde  qui  le  maudissait  à  haute 
voix,  tout  en  plaignant  la  faiblesse  du 
souverain  d'accorder  sa  faveur  à  un 
misérable  musicien.  Farinelli  prit  à 
l'instant  des  informations  sur  ce  garde, 
et  il  apprit  qu'il  servait  depuis  trente 
ans  sans  avoir  pu  obtenir  un  avan- 
cement quelconque.  En  sortant  de 
l'appartement  du  roi ,  Farinelli  lui 
présent.)  un  diplôme  de  colonel  de  la 
paît  de  S.  M.  Le  garde  confus  7  stu- 


FAR  i65 

péfait ,  se  jette  dans  les  bras  de  son 
bienfaiteur  qui,  pour  toute  réponse  à 
ses  expressions  d'excuses,  de  recon- 
naissance ,  lui  dit  :  <;  Un  garde  n'est 
»  pas  assez  riehe  pour  fournir  aux 
»  équipages  d'un  colonel  ;  nous  ar- 
»  rangerons  cela  demain  ,  car  de- 
»  main  je  vous  attends  à  dîner  chez 
»  moi.  »  Quand  on  a  de  si  nobles 
sentiments ,  on  aurait  tort  de  regret- 
ter une  illustre  naissance.  L'anecdote 
que  nous  allons  rapporter  donnera 
une  idée  de  l'affabilité  et  des  manières 
de  Farinelli.  Son  tailleurvint  un  jour 
lui  apporter  de  riches  habits  com- 
mandés pour  un  jour  de  gala  :  Fari- 
nelli lui  demanda  son  mémoire. Le  tail- 
leur hésita  un  peu,  dit  qu'il  ne  l'avait 
pas  ,  mais  que  s'il  daignait  lui  faire 
l'honneur  de  chanter  quelque  mor- 
ceau ,  il  estimerait  celte  faveur  au-delà 
de  toute  récompense.  Farinelli ,  sans 
mot  dire,  le  prit  par  la  main  ,  le  con- 
duisit dans  son  cabinet  de  musique, 
déploya  devant  lui  tous  ses  talents 
comme  il  aurait  fait  devant  le  roi  lui- 
même.  Le  tailleur  extasié  ,  après  bien 
des  remercîments ,  allait  se  retirer; 
Farinelli  l'arrêtant  l'obligea  de  recevoir 
une  bourse  qui  contenait  le  double  de 
ce  que  pouvaient  coûter  les  habits  (i). 
La  mort  de  la  reine  et  du  roi,  arrivée 
dans  l'intervalle  d'un  an  ,  jeta  Fari- 
nelli dans  l'accablement  le  plus  pro- 
fond. Il  quitta  l'Espagne ,  et  se  retira 
en  l'jô'î  à  Bologne, où  il  fit  bâtir  une 
superbe  maison  de  campagne  hors  de 
la  porte  dite  de  Sarragosse.  Là  i!  me- 
nait une  vie  tranquille,  et  recevait  tous 
les  étrangers  de  marque  qui  désiraient 
le  connaître.  Loin  du  tumulte  des  cours, 
ses  principales  occupations  étaient  sa 
harpe  et  la  culturede  son  jardin.  11  en- 
couragea le  Père  Martini  à  écrire  son 

(i)  Cette  anecdote  a  fourni  à  M.  Gonflé  le  sujet 
d'un  joli  opéra  en  un  acte,  intitulé  le Bouffe  et  /« 
'Â'tiiUnur.l  ou*  au  théâtre  des  Variétés  «n  1.80-j. 

I  !.. 


164  FAR 

Histoire  de  la  musique ,  et  l'aida  de 
sa  fortune  à  tonner  ia  plus  belle  col- 
lection d'ouvrages  sur  la  musique  qu'on 
eût  encore  xuc^Foy.  Martini).  Après 
avoir  répandu  des  bienfaits  sur  (ous 
]es  malheureux  qui  l'environn  tient , 
Farinelii  mourut  le  i5  juillet  1782,  à 
l'âge  de  78  ans.  Il  ne  laissa  qu'un  ne- 
veu ,  héritier  de  sa  fortune,  et  c'est 
de  ce  dernier  qu'on  a  appris  (en  1  792) 
les  principaux  faits  de  cet  article  {V. 

DlTTERS  DE  DlTTERSDORF  ).         B S. 

FAB1SSOL  (  Abraham,  fils  de 
Mardochée),  rabin,  plus  connu  sous 
le  nom  de  Peritsol ,  qui  n'est  qu'une 
prononciation  corrompue  de  Farissol , 
comme  Ta  prouve  M.  de'  Kossi ,  na- 
quit à  Avignon ,  vers  le  milieu  du  1 5e. 
siècle.  Il  quitta  sa  ville  natale  vers 
l'année  147  1 ,  et  se  transporta  à  Fer- 
rare  :  il  y  fixa  ,  à  ce  qu'il  paraît,  son 
domicile,  sans  cependant  abandonner 
tout-à-fait  Avignon ,  où  demeurait  sa 
famille,  et  où  on  le  retrouve  en  i5i8. 
Ce  fut  à  Ferrare  qu'il  composa  ses 
principaux  ouvrages,  et  notamment, 
ainsi  qu'il  l'assure  lui-même,  celui  qui 
a  pour  titre  Iggheret  orechot  olam , 
c'est-à-dire,  Petit  Traité  des  che- 
mins du  monde,  et  qui  a  été  publié 
d'abord  en  hébreu,  à  Venise,  en  1  587, 
et  ensuite  eu  hébreu  et  en  latin,  par 
Hyde  ,  à  Oxford  en  1 69 1 .  Il  a  été  de 
nouveau  imprimé  en  hébreu  seule- 
ment à  OfTcinbach,  en  1720  ,  et  à 
Oxford,  en  1767  ,  avec  la  traduction 
et  les  notes  de  Hyde,  dans  le  tome  l". 
du  recueil  intitulé  :  Syntagma  dis- 
sertationum ,  quas  ofim....  Th.  Ih  de 
separatim  edidit.  Ugolini  l'a  aussi  in- 
séré dans  le  tome  YJ!  de  son  Tesoro 
délie  antichità  sacre.  L'édition  de 
Venise,  1587,  wttrè*  raie  Farissol 

composa  cet  ouvrage  en  1  :V»  >  :  il  pa- 
raît s'être  proposé  pour  but  principal 
tic  faire  voir  qu'il  existait  en  dr 
contrées  de  l'Asie  des  communautés 


FAR 

de  juifs,  vivant  sous  leurs  lois  et  sous 
des  princes  de  leur  nation,  et  il  éta- 
blit cette  assertion  sur  des  récits  f»- 
buleux  ou  exagérés ,  ou  enfin  dé- 
tournés de  leur  véritable  sens.  Ce 
traité,  qui  pouvait  avoir  quelque  uti- 
lité pour  les  juifs  à  l'époque  où  il  fut 
composé,  parce  qu'il  rendait  compte 
des  découvertes  faites  deputs  un  demi- 
siècle  par  les  navigateurs  portugais  et 
espagnols,  serait  aujourd'hui  dépour- 
vu de  tout  intérêt,  sans  les  notes  sa- 
vantes que  Hyde  a  jointes  à  sa  tra- 
duction. La  lecture  du  texte  est  peu 
agréable,  à  cause  du  grand  nombre 
de  mots  étrangers  qu'on  y  rencontre, 
et  parce  que  le  style  en  est  assez  sou- 
vent obscur.  Farissol  est  encore  au- 
teur de  divers  ouvrages  :  ce  sont , 
i°.  un  Commentaire  inédit  sur  le  Pen- 
tateuque  ,  intitulé  :  Pirchè  schoscha- 
nim,  ou  les  Fleurs  des  Lis;  2".  un 
Commentaire  sur  Job ,  imprimé  dans 
la  grande  Bible  rabinique  de  Venise, 
1 5 1 7  ,  et  dans  celle  d'Amsterdam, 
1 724  ;  5°.  un  Commentaire  inédit  sur 
l'Ecclésiaste;  4°«  une  Défense  de  la 
religion  juive  contre  les  chrétiens  , 
ayant  pour  titre  :  Maghen  Abrah  un  , 
ou  le  Bouclier  d'Abraham.  M.  de' 
Rossi  ajoute  à  ces  ouvrages  diverses 
lettres  et  dissertations  ,  et  un  abrégé  de 
Ylsagoge  de  Porphyre  et  des  livres 
des  Cathégories  et  de  Y  Interpréta- 
tion d'Aristote.  On  ignore  l'époque 
de  la  mort  de  ce  rabin.  S.  d.  5>  —Y, 
FAHJAT  (  Benoît  ),  graveur,  na- 
quit à  Lyon  en  i()j(>;  il  suivit  à  Rome 
Guillaume  Château,  son  maître,  cp'il 
a  sorpassé  .  ei  se  fixa  dans  cette  ville, 
où  il  épousa  ia  fille  du  Uolognèse.  Ses 
principaux  ouvrages  sont  :  la  Com- 
munion de  S.  Jérôme,  d'apri 
chef-d'œuvre  du  Dominiquin,  le  mê- 
me tableau  que  Fiev  1  gravé;  nnc 
Sainte  Famille,  d'après  Piètre  de 
CortonC;  le  Baptême  de  Jésus -Christ 


FAR 

d'après  C.  Maratte  ;  la  Course  d'Hip- 
pomèneet  d'Atalanle,  d'après  Luca- 
telli  ;  le  Mariage  de  Ste.  Catherine 
et  la  Tentation  de  S.  Antoine,  d'a- 
près Annibal  Carraclie  :  ce  dernier 
sujet  a  été  grave  aussi  par  G.  Audran 
et  Claude  Stella.  On  a  encore  de  Far- 
jat  beaucoup  d'autres  estampes  d'après 
Solimène  ,  Giro-Ferri  ,  J.-B.  Gauli , 
l'Albane  et  autres.  P — e. 

FARMER  (Hugues),  théologien 
anglais  non  conformiste  ,  était  issu 
d'une  très  bonne  famille ,  et  naquit 
en  1714?  Plcs  dc  Shrewsbury.  Il 
termina  ses  études  théologiques  à 
Korthampton  ,  sous  le  respectable 
docteur  Doddridge.  Sa  première  si- 
tuation fut  celle  de  chapelain  d'un 
riche  dissenter  nommé  Coward,  con- 
nu par  les  singularités  de  son  carac- 
tère autant  que  par  sou  zèle  reli- 
gieux. Ce  fut  lui  qui  fit  construire  à 
Walthamstow  un  temple  où  se  réunit 
bientôt  une  congrégation  composée 
des  hommes  les  plus  riches  de  la  secte, 
et  dont  Farmer  fut  nommé  ministre. 
Une  de  ses  bizarreries  était  de  fer- 
mer de  très  bonne  heure  dans  l'après- 
dinée  la  porte  de  sa  maison  ,  et  de  ne 
plus  l'ouvrir  à  qui  que  ce  fût  jusqu'au 
lendemain  matin.  Son  chapelain  ayant 
un  jour  oublié  l'heure  fixée,  fut  obli- 
gé d'aller  chercher  un  gîte  ailleurs.  Il 
le  trouva  chez  un  M.  Snell ,  solliciteur 
et  homme  de  mérite,  et  depuis  ce  mo- 
ment n'eut  pas  d'autre  domicile  pen- 
dant plus  de  5oans. Farmer  fut  nom- 
mé en  1761  l'un  des  prédicateurs  d'une 
congrégation  de  dissenters ,  à  Lon- 
dres. Son  caraclère  tt  son  éloquence 
lui  acquirent  une  grande  réputation  , 
quîs'sccrut  encore  par  la  publication 
de  ses  ouvrages.  C'est  en  1761  que 
parut  sa  Recherche  sur  la  nature 
et  le  but  de  la  tentation  de  Notre 
Seigneur  dans  le  désert ,  où  il  s'at- 
tache à  démontrer  que  cette  teutalioii 


FAR  i65 

n'eut  lieu  que  dans  une  vision  qui 
présenta  au  Sauveur  la  vue  des  tra- 
vaux de  son  ministère  futur.  On  re- 
marqua dans  cet  ouvrage  une  pro- 
fonde connaissance  de  la  littérature 
sacrée  et  profane,  un  jugement  sain, 
beaucoup  de  clarté  et  de  force  de  rai- 
sonnement. L'auteur  y  ajouta  de  nom- 
breux arguments  dans  une  seconde 
édition  qu'il  en  donna  en  1  ^65.  Il 
publia  en  1771  une  Dissertation  sur 
les  miracles  ,  qui  a  pour  objet  de 
prouver  quils  sont  les  arguments 
d'une  interposition  divine  et  des 
preuves  absolues  de  la  mission  et 
de  la  doctrine  d'un  prophète.  Il  fut 
accusé  d'avoir ,  dans  la  composition 
de  cet  ouvrage,  profité  ,  sans  en 
faire  l'aveu  ,  d'un  traité  sur  le  même 
sujet ,  publié  par  Lemoine  ;  mais 
cette  imputation  était  très  injuste, 
comme  on  en  put  juger  par  V Examen 
de  ce  traité ,  qu'il  fit  imprimer  en 
1772.  Farmer  donna  en  1775  un 
Essai  sur  les  démoniaques  du  Nou- 
veau -  Testament ,  où  il  cherche  à 
prouver  que  les  maladies  attribuées  à 
des  possessions  du  démon  sont  l'effet 
de  causes  naturelles,  et  non  de  l'ac- 
tion de  quelque  malin  esprit.  Cet 
essai  fut  attaqué  avec  chaleur  par  un 
théologien  anglican ,  le  docteur  Guil- 
laume Worthington  ,  dans  sa  Recher- 
che impartiale  au  sujet  des  démonia- 
ques de  V Evangile  y  etc.,  1777. 
Farmer  y  répondit  en  1  778  ,  par  ses 
Lettres  au  docteur  Worthington. 
L'ouvrage  ayant  été  également  atta- 
qué avec  habileté ,  mais  avec  beau- 
coup d'aigreur ,  par  un  non  confor- 
miste ,  le  docteur  Fell ,  dans  un  traité 
intitulé  les  Démoniaques,  1779,  Far- 
iner ,  en  y  répondant  d'une  manière 
indirecte  dans  le  eours  de  son  dernier 
ouvrage,  The  P  revalence,  etc.,  c'est- 
à  -  dire  ,  l'opinion  de  la  croyance 
universelle  de  l'adoration  des  w 


jG6  FAR 

prits  humains  chez  les  anciennes  na- 
tions païennes ,  établie  et  démontrée , 
traita  ce  théologien  avec  une  sévérité 
qui  parut  excessive  aux  yeux  du  pu- 
blic. Fcll  répliqua  en  publiant ,  en 
1785  ,  Y  Idolâtrie  de  la  Grèce  et  de 
Rome ,  distinguée  de  celle  des  au- 
tres nations  païennes  ,  dans  une 
lettre  au  révérend  Hugues  Farmer. 
Fanner,  qui  n'aimait  pas  la  contro- 
verse, ne  reprit  point  la  plume.  Il  ré- 
signa successivement  ses  fonctions 
ecclésiastiques ,  après  avoir  été  qua- 
rante ans  pasteur  de  la  Congrégation 
de  Walthamstow.  Il  mourut  dans  ce 
hameau  ,  le  0  février  1  787  ,  et  fut 
enseveli  dans  le  même  tombeau  que 
son  ami  Snell.  Hugues  Farmer  unis- 
sait aux  qualités  éminentes  qui  distin- 
guent ses  ouvrages  ,  les  qualités  aima- 
bles qui  brillent  dans  le  monde  et  font 
rechercher  la  société.  On  ne  lui  a  re- 
proché qu'une  réserve  déplacée  dans 
l'aveu  de  ses  opinions  religieuses. 
Tous  ses  ouvrages  avaient  pour  but 
commun  d'établir  que  l'univers  est 
gouverné  par  Dieu  seul ,  et  ils  pas- 
sent pour  les  meilleurs  qui  aient  éié 
publiés  dans  le  même  but.  Il  avait 
laissé  un  grand  nombre  de  lettres  ,  de 
sermons  et  autres  manuscrits  de  sa 
composition,  qui  furent  livrés  aux 
flammes  après  sa  mort,  conformé- 
ment à  ses  désirs.  Ils  lurent  long- 
temps regrettés;  mais  il  ne  paraît  pas 
qu'on  y  ait  beaucoup  perdu,  s'il  faut 
en  juger  par  quelques  extraits,  tels 
qu'un  fragment  de  Dissertation  sur 
l'histoire  de  tialaam,  qui  ont  été 
publiés  en  i8or>,  a  la  suite  de  IMé- 
juoii  <  s  sur  la  vie  et  lei  <;<ii!>  dr  Hll 

gués  Farmer,  par  un  de  ses  amis, 
Michel  Dodson.  8 — u 

FARMER  (  KicuAnn),  célèbre 

tique  anglais,  né  en  1  7  » "»  .  était  filf 
d'un  bonnetier  de  Leicestcr;  il  com- 
mença sou  éducation  dans  l'école  pu- 


FÀ1 

blique  de  son  pays  natal,  et  vint  l'a- 
chever au  collège  Emmanuel  de  l'uni- 
versité de  Cambridge.  Il  se  fanait  re- 
marquer par  la  douceur  de  sou  ca- 
ractère ,  son  application  à  l'étude  et 
la  vivacité  de  son  esprit  ;  il  montra 
même  dans  sa  jeunesse  quelque  talent 
pour  la  poésie.  11  obtint  en  1 760 
l'emploi  d'instituteur  particulier  dans 
son  collège  ,  emploi  auquel  il  était 
plus  propre  par  son  savoir  que  par 
son  exactitude.  Il  desservait  en  même 
temps  la  cure  de  Swavesey ,  à  huit 
milles  de  Cambridge.  La  société  des 
antiquaires  de  Londres  le  reçut  au 
nombre  de  ses  membres  en  1765.  En 
1766  il  fit  paraître  le  prospectus  de 
V  Histoire  et  les  Antiquités  de  la  ville 
deLeicesler,recuei\\ics  originairement 
par  Thomas  Staveley.  Cet  ouvrage  de- 
vait être  publié  par  souscription,  sur  le 
manuscrit  de  l'auteur,  avec  des  addi- 
tions ,  etc. ,  par  Richard  Farmer;  mais 
d'autres  occupations,  et  plus  encore 
sou  amour  pour  le  repos  ,  favorisé 
par  l'aisance  dont  il  jouissait,  l'em- 
pêchèrent de  mettre  la  dernière  main 
à  cet  ouvrage,  qu'il  avait  déjà  com- 
mencé de  livrer  à  l'impression  :  ce 
ne  fut  qu'eu  1789  qu'il  y  renonça 
entièrement ,  et  il  remboursa  aux 
souscripteurs  l'argent  qu'ils  avaient 
déposé.  Les  matériaux  ont  été  depuis 
remis  à  M.  Jean  Nichols,  qui  a  dû  en 
faire  usa-e  pour  la  composition  de 
son  Histoire  du  comté  de  Leiee-ter. 
Fariner  donna  en  i^><>,  tO  un  vol. 
iu-8".  de  8 1  pag.  seulement,  son  Essai 
sur  térudttkm  de  Shakespeare ,  l'un 
des  meilleurs  morceaux  de  critique 
que  possède  la  littérature  anglaise ,  et 
qui  a  décidé  une  longue  et  vive  dis- 
on  qui  s'était  <:..\ce  sur  la  me- 
sure des  connaissances  que  le  barde 
de  l'Avon  avait  acquise-*  par  la  l<e- 
tuie.  Fanner  pense  que  Shakespeare 
avait  fort   peu  de   ce  qu'on  appelle 


FAÏt 

proprement  érudition  ;  qu'il  ne  con- 
naissait l'histoire  et  la  mythologie  des 
anciens  que  par  des  traductions  an- 
glaises de  leurs  ouvrages  ,  et  il  re- 
trouve même  dans  ses  pièces  des  ex- 
pressions et  des  bévues  de  ces  tra- 
ductions. 11  prouve  que  Shakespeare 
ne  savait  pas  mieux  le  français  et  l'ita- 
lien, et  qu'enfin  son  talent  était  presque 
uniquement  l'ouvrage  de  la  nature. 
Cet  essai  est  d'un  homme  profondé- 
ment versé  dans  l'ancienne  littérature 
dramatique  de  l'Angleterre  ,  d'un  es- 
prit plein  de  sagacité ,  heureux  dans 
ses  recherches  comme  dans  ses  con- 
jectures. Il  fut  réimprimé  l'année  sui- 
vante (1767),  et  l'a  été  depuis  en 
1789,  en  1793,  dans  l'édition  de 
Shakespeare,  donnée  par  Stevens , 
en  i5  volumes,  et  en  i8o3,  dans 
celle  de  Reed,  en  i\  volumes,  toutes 
deux  in-8°.  Il  lui  procura ,  ainsi  que 
«on  attachement  aux  principes  du 
ministère,  des  protecteurs  puissants 
et  zélés.  En  1 769  le  docteur  Terrick, 
e'vêque  de  Londres ,  choisit  Farmer 
pour  un  des  prédicateurs  de  la  cha- 
pelle royale  à  Whitehall  ;  il  fut  nom- 
mé en  1775  principal  du  collège  Em- 
manuel, l'année  suivante  vice-chan- 
celier, et  en  1778  principal  biblio- 
thécaire de  l'université ,  dont  il  con- 
tribua beaucoup  à  améliorer  l'état, 
ainsi  que  celui  de  la  ville  de  Cam- 
bridge. Il  obtint  de  l'université,  en 
1780  ,  la  place  de  chancelier  de 
Lichtfield  et  Coventry  ;  en  1782,  une 
prébende  dans  l'église  de  Cantorbery, 
que  lui  fit  obtenir  le  lord  North ,  et 
qu'il  échangea  ensuite  pour  un  cano- 
nicat  de  l'église  de  St.-Pau!.  Il  mou- 
rut à  son  collège  le  8  septembre  1 797. 
Farmer  était  d'un  naturel  extrême- 
ment indolent ,  qui  a  nui  beaucoup  à 
ses  intérêts  et  à  ceux  de  la  littéra- 
ture, qu'il  encourageait  dans  les  au- 
tres ,  mais  qu'il  aurait  pu  enrichir  lui- 


FAR  1C7 

même.  Son  extérieur  était  fort  né- 
gligé ,  et  ses  manières  peu  polies  ;  il 
fut  cependant  étroitement  lie  avec  le 
célèbre  poète  Gray ,  connu  par  la 
recherche  de  ses  manières,  et  qui  por- 
tait le  soin  de  sa  toilette  jusqu'à  la  fa- 
tuité. Sa  plus  douce  récréation  était  sa 
pipe;  l'avantage  de  pouvoir  se  livrer 
plus  eu  liberté  à  son  goût  pour  le  spec- 
tacle et  pour  la  taverne ,  le  décida 
à  refuser  l'épiscopat  qui,  dit -on, 
lui  avait  été  offert  deux  fois  par 
M.  Pitt ,  dont  il  était  un  des  plus  ar- 
dents admirateurs.  Il  avait  une  sorte 
de  passion  pour  les  livres  rares,  sui- 
tout  pour  les  livres  gothiques ,  ce 
qui  lui  a  valu  une  place  dans  la  Bi- 
bliomanie  de  M.  Dibdin.  On  disait  de 
lui,  qu'il  aimait  également  le  porter 
vieux ,  les  vieux  habits  et  les  vieux 
livres.  Mais  des  ridicules  personnels  _, 
quelques  singularités  de  caractère  , 
suite,  à  ce  qu'il  paraît,  d'un  dérange- 
ment d'esprit  que  lui  avait  causé  autre- 
fois un  amour  contrarié,  ne  peuvent  lui 
ravir  l'estime  que  méritaient  son  zèle 
actif  pour  le  bien,  sa  libéralité,  le 
charme  de  sa  société ,  attesté  par  des 
hommes  du  plus  grand  mérite,  parti- 
culièrement par  le  docteur  Parr,  qui 
professait  cependant  des  principes  po- 
litiques absolument  opposés  aux  siens. 
Ou  doit  regretter  qu'il  ait  écrit  ou  pu- 
blié si  peu;  car  on  n'a  guère  de  lui, 
après  son  Essai  sur  Shakespeare, 
que  quelques  poésies  et  autres  écrits 
de  peu  d'étendue,  dont  nous  ne  cite- 
rons que  des  directions  pour  étudier 
V histoire  d'Angleterre,  im primées 
dans  KEuropean  magazine  de  1 791 , 
et  dans  un  Recueil  publié  par  M. 
Sward ,  sous  le  ûlveàeBiographiana. 
On  lui  a  attribué,  sans  doute  par  er- 
reur ,  des  Remarques  faites  à  la 
hâte  sur  l'édition  de  Shakespeare 
publiée  par  Edmond  Malone ,  1792, 
iu-8'\  X— s\ 


i6S  FAR 

FARNABY  ou  FARNÀBIE  (  Tho- 
mas) ,  célèbre  maître  d'école  anglais, 
fils  d'un  charpentier  du  pays  de  Cor- 
DOtiaiiles  ,  mais  dont  la  famille  était 
originaire  d'Italie,  naquit  à  Londres 
vers  \5"5,  et  fut  d'abord  attache 
comme  serviteur  au  collège  de  Mcrton 
d'Oxford;  il  abandonna  bientôt  et  son 
paye  et  sa  religion,  passa  en  Espagne, 
et  fut  reçu  dans  un  collège  de  jésuites; 
mais  la  discipline  sévère  de  cet  ordre 
ne  put  l'y  retenir  long-fcmps.  Après 
avoir  accompagné  sir  Francis  Droke 
et  sir  John  Hawkins  dans  leur  der- 
nière navigation  en  iopS,  il  prit  du 
service  comme  volontaire  dans  les 
Pays-lias.  De  retour  en  Angleterre,  il 
continua  d'errer  pendant  quelque 
temps  sous  ic  nom  de  Thomas  Dain- 
raf ,  anagramme  de  son  propre 
nom.  Il  se  fixa  enfin  à  Martock ,  dans 
le  comté  de  Sommersct,  où  l'indigence 
le  réduisit  à  tenir  une  école  de  petits 
enfants;  il  vint  ensuite  à  Londres,  y 
ouvrit  également  une  école  qui  acquit 
une  telle  vogue  ,  qu'on  y  vit  à  la  fois 
plus  de  trois  cents  élèves.  S'étant  fait 
connaître  dans  le  même  temps  par 
des  ouvrages  de  critique  ,  il  prit  des 
grades  dans  les  universités  d'Oxford 
et  de  Gimbridge;  en  iG56,  les  ma- 
ladies fréquentes  qui  régnaient  dans 
la  capitale,  l'engagèrent  à  aller  s'éta- 
blir à  Sevenoaks  dans  le  comté  de 
Kent.  Il  acheta  des  terres  dans  ce 
comté,  ainsi  que  dans  le  comté  de 
Sussex  ,  continuant  néanmoins  de  se 
Iivk  r  à  renseignement  auquel  il  avait 
dû  sa  fortune.  Pendant  !a  guérie  ci- 
vile, il  M  rendit  suspect  au  parle- 
ment pour  avoir  dit  a  l'occasion  du 
Ferment  de  protestation,  qu'il  valait 
mieux  avoir  un  roi  que  d'en  avoir 
cinq  cents.  Soupçonné  ensuite  d'avoir 
favorisé  le  soulèvement  qui  eut  lieu 
aux  environs  de  Ton  bridge  en  laveur 
du  roi,  il  fut  renfermé  à  Newgate  eu 


FAR 

1 643 ,  et  transféré  de  là  à  Ely-house , 
où  il  demeura  plusieurs  années.  11 
mourut  le  12  juin  1647  >  ^&e  ^e 
"•1  ans.  On  a  de  lui  quelques  ou- 
vrages de  critique  et  de  grammaire  : 
I.  Index  rheloricus  scholis  accommo- 
daius ,  1  ( i  1 5  ,  auquel  on  a  joint  par 
la  suite  ,  Fonnulœ  oratoriœ  et  Index 
poëticus.  II.  Florilegium  epigram- 
maium  grœcorum ,  eoriunque  latino 
versu  à   variis  redditorum  ,  1 6-29. 

III.  Sjstema  grammaticum,  1 64 »  ; 

IV.  Phrasœologia  anglo-lalina.  V. 
Tabula*  linguœ  grœcœ.  Mais  il  est 
beaucoup  plus  connu  par  les  notes  ou 
commentaires  qu'il  a  donnes  sur  un 
grand  nombre  d'auteurs  classiques. 
Son  Juvenal  fut  publié  pour  la  pre- 
mière fois  eu  1 6 1  *2 ,  avec  Perse  ;  Sé- 
nèquele  tragique  en  161a,  Martial 
en  !  6 1 5 ,  Lucain  en  1618,  Virgile 
en  i654,  etc.  11  a  aussi  commenté  les 
Métamorphoses  d' Ovide ,  et  les  qua- 
tre premières  comédies  de  Térence. 
Ce  dernier  travail  a  été  continué 
par  Meric  Casaubon ,  qui  a  publié 
l'ouvrage  entier  à  Londres  en  i65t. 
Les  Commentaires  de  Farnaby  ontéîé 
très-souvent  réimprimés;  ils  sont  re- 
commandes par  Maillet  et  par  Baylc  , 
comme  pouvant  être  utiles  aux  étu- 
diants; mais  Saxius,  d'après  les  meil- 
leurs philologues  modernes,  l'appelle 
Criticus  minorum  çentium.  X — s. 

FAKNESE ,  maison  illustre  d'Italie 
que  le  pape  Paul  111  a  élevée  avant  le 
milieu  du  i(>  .  Siècle  à  la  souveraineté 
de  Parme  et  de  Plaisance.  Sa  géo 
gie  est  connue  dès  le  milieu  du  1  V. 
siècle;  elle  possédait  à  cette  époque 
le  château  «le  Farncto,  dans  le  terri- 
toire d'Orvièle;  elle  a  donné  quelques 
généraux  à  l'Eglise  et  à  la  république 
florentine,  avant  de  produire  Alexan- 
dre Farnèse  qui  fut  pape  sous  le  nom 
de  Paul  II!.  S.  S— 1. 

FARNESE  (  Piekre)  ,  général  des 


FAR 

Florentins  au  quatorzième  siècle. 
Simple  gentilhomme  d'Orvieto  ,  il 
avait  acquis  ,  dans  les  guerres  de  l'E- 
glise ,  la  réputation  d'un  bon  capi- 
taine, lorsque  les  Florentins  firent 
choix  de  lui ,  au  printemps  de  1 565  , 
pour  commander  l'armée  qu'ils  en- 
voyaient contre  Pise.  Farnèse  livra 
bataille  aux  Pisans  le  1 1  mai  ;  il  les 
vainquit,  et  fit  prisonnier  leur  gé- 
néral avec  la  plus  grande  partie  de 
leur  armée;  mais  le  19  juin  suivant  il 
fut  atteint  delà  peste  qui  désolait  alors 
la  Toscane,  et  il  mourut  la  même 
nuit.  11  fut  vivement  regrette  par  les 
Florentins.  S.  S — 1. 

FAR3NESE  (Pierre-Louis  ),  fils 
du  pape  Paul  III ,  premier  duc  de 
Parme  et  de  Plaisance  où  il  régna  de 
i5/p  à  1547.  Pierre-Louis  était  né 
d'Alexandre  Farnèse,  avant  que  ce- 
lui-ci eût  reçu  la  pourpre  ,  en  i4<P  ? 
des  mains  d'Alexandre  Vï.  Ce  cardi- 
nal ,  ayant  été  fait  pape  en  1 554  »  ^  'a 
mort  de  Clément  VII ,  s'occupa  dès- 
lors  avec  passion  du  soin  d'agrandir  sa 
famille.  Pierre-Louis  fut  en  i557 
nommé  gonfalonier  de  l'Eglise,  sci- 
gneurde  Népi  et  duc  de  Castro.  Il 
avait  cinq  enfants  de  sa  femme  Hié- 
ronime  Orsini  ;  le  pape  s'efforça  de 
les  pourvoir  tous  richement.  11  ac- 
corda, dès  le  18  décembre  i554,  le 
chapeau  de  cardinal  à  l'aîné,  Alexan- 
dre ,  quoiqu'il  fût  à  peine  âgé  de  qua- 
torze ans  ;  il  fit  épouser ,  en  1 538  ,  au 
second,  Octave,  Marguerite  d'Autri- 
che ,  fille  naturelle  de  Charles-Quint, 
çléjà  veuve  du  duc  de  Florence,  et  en- 
suite gouvernante  des  Pays-Bas.  En 
même  temps  il  obtint  pour  Octave  la 
ville  de  Novare  avec  le  litre  de  mar- 
quisat; l'année  suivante  il  lui  donna 
aussi  le  duché  de  Camerino  ,  sur  le- 
quel il  avait  acheté  les  droits  d'Hercule 
Varano.  Le  troisième  fils,  Horace, 
épousa  ,  en  1 547  ?  Diane  ?  ^e  nalu- 


FAR  i6<> 

relie  de  Henri  II ,  roi  de  France ,  et 
fut  en  même  temps  nommé  duc  de 
Castro;  le  quatrième  ,  Ranuce,  fut  fait 
cardinal  à  i'âp;e  de  quinze  ans,  et  Vic- 
toire, sœur  de  ces  princes,  futmariée 
au  duc  d'Urbin.  Mais  c'était  surtout 
Pierre-Louis  que  Paul  III  désirait  pla- 
cer au  rang  des  souverains  ;  il  ne  se 
laissait  point  rebuter  par  les  vices 
odieux  de  cet  homme  farouche  qui , 
par  ses  mœurs  infimes,  son  orgueil 
et  sa  cruauté ,  s'attirait  la  haine  uni- 
verselle. Pierre-Louis,  avec  un  mé- 
lange inouï  de  la  plus  honteuse  dé- 
bauche et  de  la  plus  scandaleuse  pro- 
fanation ,  avait  enlevé  l'évêque  de 
Fano  ,  en  1 557 ,  de  son  siège  episco- 
pal ,  et  lui  avait  fait  violence  dans  ses 
habits  pontificaux  ;  il  lui  avait  ainsi 
communiqué  d'affreuses  maladies  dont 
l'évêque,  âgé  seulement  de  vingt-qua- 
tre ans ,  mais  renommé  pour  sa  sain- 
teté, était  mort  au  bout  de  quarante 
jours.  Pierre  -Louis  fut  chargé  ,  en 
i54o,  de  soumettre  Pérouse,  qui  s'é- 
tait révoltée  contrôle  pape;  il  dévasta 
son  territoire,  et  se  rendit  maître  de 
la  ville ,  où  il  bâtit  une  forteresse , 
tandis  qu'il  fit  périr  par  différents 
supplices  les  citoyens  les  plus  consi- 
dérés. Pendant  ce  temps,  Paul  III 
s'efforçait  de  lui  faire  adjuger  par 
Charles-Quint  le  duché  de  Milan,  dis- 
puté entre  l'empereur  et  la  France ,  et 
que  ni  l'une  ni  l'autre  de  ces  puissan- 
ces ne  voulait  céder  à  la  puissance  ri- 
vale. Paul  III  fit  un  voyage ,  en  1 543, 
auprès  de  l'empereur  pour  le  sollici- 
ter; il  lui  offrit  des  sommes  énormes 
pour  prix  de  cette  acquisition  ;  mais 
voyant  enfin  que  Charles  ne  voûtait 
pas  se  dessaisir  de  cet  état,  même  en 
faveur  de  son  gendre  et  de  sa  fille,, 
Paul  III  résolut  d'ériger  en  duché 
les  deux  états  de  Parme  et  de  Plai- 
sance ,  que  Jules  II  avait  conquis 
sur  le  duché  de  Milan  pendant  les 


170  FAR 

guerres  de  la  ligue  de  Cambrai.  Pour 
déterminer  le  sacre'  collège  à  con- 
sentir à  cette  aliénation,  il  réunit  à 
la  chambre  apostolique  les.  duchés 
de  Camerino  et  de  Nepi ,  qu'il  avait 
auparavant  donnés  à  son  fils;  il  greva 
Parme  et  Plaisance  d'un  tribut  annuel 
de  neuf  mille  ducats;  et,  après  avoir 
acheté  le  suffrage  de  plusieurs  des  car- 
dinaux ,  il  créa ,  au  mois  d'août  1 545, 
son  fils ,  Pierre-Louis  Farnèse ,  duc 
de  Parme  et  de  Plaisance.  En  même 
temps  il  envoya  deux  de  ses  petits- 
iils  avec  un  corps  nombreux  de  trou- 
pes, pour  combattre  la  ligue  de  Smal- 
calde,  afin  de  mériter  ainsi  la  protec- 
tion de  l'empereur.  Pierre-Louis  Far- 
nèse s'établit  à  Plaisance  où  il  fit  bâtir 
une  citadelle.  Il  chercha  de  bonne 
heure  à  faire  plier  sous  le  joug  la  no- 
blesse de  ses  nouveaux  états,  que  l'E- 
glise avait  laissé  jouir  d'une  grande 
indépendance.  II  enleva  aux  nobles 
leurs  armes,  limita  leurs  privilèges, 
et  les  contraignit  à  venir  habiter  la 
ville,  sous  peine  de  confiscation  de 
leurs  biens  :  donnant  un  effet  rétroac- 
tif à  ses  lois,  il  rechercha  dans  leur 
conduite  tout  ce  qu'il  y  avait  eu  de 
réprébensible  avant  l'époque  de  son 
gouvernement ,  pour  les  en  punir  par 
des  amendes  ou  des  confiscations.  Les 
chefs  de  la  noblesse  de  Plaisance ,  les 
Pallavicini,  Landi,  Ànguissola  et 
Confalonieri ,  ne  pouvant  supporter 
davantage  le  joug  odieux  de  ce  tyran  , 
s'entendirent  avec  don  Ferdinand  de 
Gonzague,  gouverneur  de  Milan,  qui 
détestai!  aussi  Farnèse.  Trente-sept 
conjurés  ,  avec  des  armes  cachées  sous 
leurs  habits,  s'introduisirent  l'un 
après  l'autre  dans  la  citadelle  de  Plai- 
sance, le  10  septembre  i5/J7  ,  comme 
pour  faire  leur  com  au  dm  -,  et  .s'élant 
emparés  des  principaux  pasatC  s  da 
palais,  Jean  Anguissola  entra  dans  la 
chambre  du  duc,  et  le  poignarda , 


FAR 

sans  que  celui-ci ,  qui  était  rendu  im- 
potent par  ses  honteuses  maladies  , 
pût  faire  un  mouvement  pour  se  dé- 
fendre. Les  conjurés  ayant  par  deux 
coups  de  canon  averti  Ferdinand  de 
Gonzague  de  leur  succès ,  celui-ci  leur 
envoya  aussitôt  un  renfort,  et  vint 
bientôt  après  lui-même  prendre  pos- 
session de  Plaisance  au  nom  de  l'em- 
pereur. S.  S — 1. 

FARNESE  (  Octave  )  ,  second 
duc  de  Parme  et  de  Plaisance,  fils  et 
successeur  de  Pierre-Louis,  était  à 
Permise ,  auprès  de  Paul  II  J,  lorsqu'il 
apprit  que  son  père  avait  été  assassiné 
à  Plaisance,  le  10  septembre  1 547  » 
que  Ferdinand  de  Gonzague,  lieute- 
nant de  l'empereur  à  Milan  ,  avait  pris 
possession  de  Plaisance  au  nom  de 
Charles-Quint,  qu'il  avait  promis  de 
réformer  les  abus  du  gouvernement , 
de  diminuer  les  impôts ,  et  de  pardon- 
ner à  tous  les  coupables;  enfin  que  les 
forteresses  de  San-Donnino,  Val-di- 
Taro,  et  Castel-Gueifo  s'étaient  ren- 
dues à  lui.  D'autre  part,  cependant  , 
les  Parmesans  avaient  proclamé  pour 
duc  Octave  Farnèse:  celui-ci  accourut 
au  milieu  d'eux  avec  l'année  du  pape; 
mais  se  sentant  trop  faibie  pour  atta- 
quer Plaisance,  il  fut  contraint  «à  si- 
gner une  trêve  avec  Gonzague,  en 
même  temps  qu'il  négociait  avec  Henri 
II  pour  s'assurer  l'appui  de  la  France. 
Cependant  Octave  Farnèse,  gendre 
de  l'empereur  et  petit-fils  du  pape,  se 
voyait  également  dépouillé  par  tous 
deux.  Gonzague  faisait  à  Milan  des 
préparatifs  pour  attaquer  Parme;  et 
Paul  III ,  pour  mieux  défendre  cette 
ville,  résolut  de  la  réunir  de  nouveau 
au  domaine  immédiat  de  l'Eglise.  11 
rappela  son  petit -fils  à  Rome  eu 
1549,  <l  '1  ^  occuper  P.. une  pat- 
Camille  Orsini ,  général  de  l'Eglise.  En 
donnant  cette  nouvelle  à  Octave,  il 
lui  annonça  qu'il  lui  rendrait  le  duclui 


FAR 

de  Camerino,  dont  il  l'avait  précé- 
demment investi,  mais  auparavant  il 
voulait  terminer  des  négociations  com- 
mencées soit  avec  l'empereur,  soit 
avec  le  roi  de  France.  Le  pape  était  fort 
vieux ,  et  Octave  courait  risque  de 
le  voir  mourir  tout  à  coup  sans  avoir 
pourvu  à  son  sort.  Il  le  pressa  long- 
temps de  se  décider,  puis  marchant 
sur  Parme  à  l'irnproviste ,  il  essaya 
de  surprendre  cette  ville  ,  afin  d'être 
nanti  de  quelque  chose.  N'ayant  pu  y 
réussir  ,  il  entra  en  traité  avec  Ferdi- 
nand de  Gonzague  pour  recouvrer  la 
faveur  de  l'empereur;  mais  Paul  III 
conçut  tant  de  douleur  de  ces  demain 
ches  précipitées,  qu'il  en  mourut  le 
i o  novembre  1 549.  Octave,  dépouillé 
de  tous  ses  états,  et  privé  de  l'appui 
de  son  grand-père,  paraissait  perdu 
sans  ressources;  mais  Paul  III,  pen- 
dant un  pontificat  de  seize  ans ,  ayant 
créé  soixante-dix  cardinaux ,  avait  as- 
suréà  sa  famille  un  parti puissantdans 
le  sacré  collège.  Le  pape  Jules  III  fut 
à  peine  consacré,  que  pour  témoigner 
sa  reconnaissance  au  parti  Farnèse , 
il  fit  rendre  Parme  avec  tout  le  duché 
à  Octave,  le  'i!\  février  1 55o  ;  il  le  créa 
gonfalonier  de  l'Eglise,  tandis  qu'il 
confirma  son  frère  Horace  dans  la 
charge  de  préfet  de  Rome.  Jules  111 
avait  cru  être  agréable  à  l'empereur 
en  rendant  un  état  à  son  gendre;  m  is 
les  généraux  de  Charles-Quint  haïs- 
saient Farnèse,  et  voulaient  le  ruiner. 
Celui-ci  fut  obligé  de  recourir  cà  la 
protedion  de  la  France,  et  le  traité 
qu'il  signa,  le  27  mai  i55i  ,  avec 
Henri  II  ,  attira  sur  lui  l'indignation 
du  pape  et  de  l'empereur  ;  ses  fiefs 
furent  confisqués ,  les  cardinaux  ses 
frères  furent  obligés  de  sortir  de  Home; 
cependant  il  se  défendit  avec  coura- 
ge ,  et  au  bout  de  deux  ans ,  il  obtint 
une  trêve  honorable.  Sur  ces  entre- 
faites ,  Horace  Farnèse,  duc  de  Castro 


FAR  1 7  r 

et  frère  du  duc  de  Parme,  fut  tué  le 
18  juillet  i553  en  défendant  Hesdin, 
contre  les  impériaux;  c'était  lui  qui 
avait  rapproché  la  maison  Farnèse  de 
la  France.  Comme  il  mourait  sans  en- 
fants ,  Octave  recueillit  sa  succession  , 
et  chercha  en  même  temps  à  se  récon- 
cilier avec  la  maison  d'Autriche.  Son 
traité  avec  Philippe  II  fut  conclu  le 
i5  septembre  i556.  Les  villes  de 
Plaisance  et  de  Novarc  lui  furent  ren- 
dues; le  monarque  espagnol  s'en  ré- 
serva cependant  les  forteresses  ,  et  il 
ne  restitua  celle  de  Plaisance  que  trente 
ans  après.  Quant  à  Novare ,  cette  ville 
avait  servi  de  dot  à  Marguerite  d'Au- 
triche, et  ne  passa  point  à  la  maison 
Farnèse.  La  réconciliation  de  Farnèse 
avec  Philippe  II  fut  consolidée  par  les 
services  que  sa  femme ,  Marguerite 
d'Autriche  ,  et  son  fils  Alexandre  ren- 
dirent à  la  monarchie  espagnole  dans 
les  Pays-Bas.  Marguerite  ne  paraît  pas 
avoir  désiré  vivre  avec  son  époux. 
Philippe  II  la  nomma, en  1 55g,  gou- 
vernante des  Pays-Bas  ;  et  cette  prin- 
cesse, par  sa  modération  et  sa  dou- 
ceur ,  aurait  probablement  conservé 
ces  riches  provinces  aux  Espagnols  , 
si  Philippe  avait  écouté  ses  conseils 
plutôt  que  de  suivre  son  propre  génie 
soupçonneux  et  cruel.  Il  la  rappela  , 
en  1067,  lorsqu'il  envoya  en  Flandre 
leducd'Albe.  Marguerite,  après  avoir 
rendu  une  visite  à  son  mari  à  Parme , 
se  retira  dansl'Abruzze ,  où  elle  mou- 
rut au  mois  de  février  i586.  Son  fils 
Alexandre  avait  habité  en  Flandre 
avec  elle;  il  y  fut  rappelé  en  1577 
pour  prendre  le  commandement  que 
Philippe  II  avait  ôté  au  duc  d'Albe; 
il  y  était  toujours  ,  et  s'était  déjà  illus- 
tré par  les  exploits  les  plus  glorieux  , 
lorsque  son  père  Octave  Farnèse  mou- 
rut le  18  septembre  i58G.  Octave 
Farnèse  avait  joui  pendant  les  trente 
dernières  années  de  sa  vie  d'une  paix, 


1^ 


FAR 


non  interrompue;  il  en  avait  profite 
pour  réparer  les  desordres  des  admi- 
nistrations précédentes  ,  et  soigner  le 
bonheur  des  peuples  qui  lui  étaient 
soumis.  Il  fit  prospérer  les  deux  du- 
chés de  Parme  et  de  Plaisance,  et  sa 
mémoire  a  été  long-temps  chère  aux 
habitants  de  ce  pays.        S.  S  — i. 

FARNÈSE  (  Alexandre),  général 
de  Philippe  II,  en  Flandre,  troisième 
duc  de  Parme  et  Plaisance ,  était  le 
fils  aîné  d'Octave  Farnèse  et  de  Mar- 
guerite d'Autriche.  Il  accompagna  sa 
mère  en  Flandre,  lorsqu'elle  tut  nora- 
Inée  gouvernante  des  Pays-Bas,  et  il 
y  épousa,  le  18  novembre  i565, 
Marie  ,  nièce  du  roi  Jean  de  Portugal. 
ïl  n'était  cependant  encore  âgé  que  de 
dix  ans.  Il  fit  ensuite  ses  premières 
armes  sous  don  Juan  d'Autriche  ,  et  il 
se  distingua  à  la  bataille  de  Lepante  , 
le  iG  septembre  îS^i.  Dès-lors,  il  se 
consacra  uniquement  à  l'éinde  de  l'art 
militaire ,  et  comme  il  joignait  un  cou- 
rage brillant  et  beaucoup  de  présence 
d'esprit  à  la  vigueur  du  corps,  à  l'a- 
dresse, et  à  toutes  les  qualités  qnyieu- 
Vent  plaire  aux  soldats ,  i!  se  fit  bientôt 
un  nom  parmi  les  milices  espagnoles. 
A  la  fin  de  l'année  1377  ,  Philippe  II 
l'appela  de  l'Abruzze,  où  il  était  auprès 
de  sa  mère,  pour  ramener  en  Flandre, 
h  don  Juan  d'Autriche ,  les  troupes  es- 

Sagnolcs  que  celui-ci  avait  été  obligé 
e  renvoyer.  Alexandre  trouva  la  santé 
de  don  Juan  presque  détruite,  et  en 
effet,  il  mourut  le  1".  octobre  de  l'an- 
née suivante.  Les  affaires  du  roi  d'Es- 
pagne, dans  les  Pays-Bas  ,  semblaient 
ruinées,  et  les  insurgés  avaient  par- 
tout le  dessus.  La  victoire  de  Gem- 
blours  ,  rcmpoitee  en  1  >8  ,  par 
Alexandre,  .sous  les  ordres  de  don 
Juan,  qui  vivait  encore,  commença 
à  rétablir  la  répntatio!  ignols. 

Alexandre  Farnèse  fut  investi  par  Phi- 
lippe 11  ,  après  la  mort  de  don  Juan  , 


FAR 

du  gouvernement  des  Pays-Bas;  ce 
prince,  après  avoir  pris  Maastricht  et 
plusieurs  autres  villes,  entra  en  négo- 
ciation avec  les  insurgés;  il  sut  profiter 
habilement  des  dissentions  que  la  reli- 
gion excitait  entre  eux,  et  il  engagea  , 
en  i58o ,  presque  tous  les  catholiques 
à  se  réconcilier  avec  Philippe  II ,  tan- 
dis que  les  protestants  conclurent  en- 
tre eux  la  fameuse  union  d'Utrecht. 
Les  Provinces-Unies,  se  voyant  trop 
faibles  pour  résister  au  prince  de 
Parme,  appelèrent  en  i58i  un  nou- 
veau défenseur,  le  duc  d'Anjou,  frère 
de  Henri  III  de  France;  celui-ci,  avec 
une  armée  de  vingt-cinq  mille  hommes, 
força  Farnèse  à  lever  le  siège  de  Cam- 
brai; mais  il  ne  sut  pas  tirer  parti  de 
la  supériorité  de  ses  forces,  et  dans 
la  même  année,  Alexandre  prit Breda, 
St.-Ghilain  et  Tonrnay.  11  eut  de  nou- 
veaux succès  l'année  suivante,  et  il  en 
eut  plus  encore  après  1 585  ,  lorsque 
le  duc  d'Anjou  eut  aliéné  les  états- gé- 
néraux, par  son  entreprise  sur  Anvers. 
Dunkerque,  Bruges,  Ypres,  Gand  et 
Anvers,  ouvrirent  leurs  portes  au 
prince  de  Parme,  après  autant  de  siè- 
ges par  lesquels  il  enseigna  le  premier 
à  l'Europe  que  les  plus  fortes  places 
doivent  toujours  finir  par  succomber 
devant  un  habile  ennemi.  Ce  fut  au 
milieu  de  ces  triomphes,  qu'Alexan- 
dre Farnèse  reçut  la  nouvelle  de  la 
mort  de  son  père,  survenue  ■  Parme 
le  18  septembre  1 586.  Il  demanda 
aussitôt  ou  congé  au  roi  catholique 
pour  venir  prendre  le  gouvernement 
de  ses  étala;  mais  n'ayant  pu  l'obte- 
nir, il  continua  la  guerre  en  Flandre; 
et  il  ne  revit  jamais  le  pays  dont  il 
était  devenu  .souverain.  Il  semblait 
sstblequcles  Provinces-Uni 
nilusscnt  pas  lorsque  tout* 
1  de  la  monarchie  espagnole 
étaient  dirigées  par  un  général  aussi 
habile  que  Farnèse,  Ujii  s:.\ait  secon- 


FAR 
cilier  l'amour  des  peuples,  en  même 
temps  qu'il  remplissait  ses  ennemis  de 
terreur ,  mais  les  guerres  civiles  de 
la  France  firent  le  salut  des  Hollan- 
dais. Le  prince  de  Parme  entra  en 
France  en  i5go,  pour  forcer  Henri  IV 
à  lever  le  siège  de  Paris,  et  il  atteignit 
son  but,  tout  en  refusant  de  livrer  ba- 
taille. A  son  retour  en  Flandre ,  il  y 
trouva  Maurice  de  Nassau ,  qui ,  for- 
tifié par  son  absence ,  avait  enlevé 
plusieurs  places  aux  catholiques.  Les 
soldats  d'Alexandre  Farnèse  s'étaient 
mutinés  phis  d'une  fois ,  faute  de  paie, 
le  roi  Philippe  ne  faisant  jamais  arri- 
ver les  subsides  au  moment  où  ils 
étaient  promis.  Cependant  Farnèse  te- 
nait en  échec  en  même  temps  les  deux 
plus  habiles  généraux  de  son  siècle , 
Maurice  de  Nassau  et  Henri  lV,cti!  for- 
ça encore  ce  dernier  à  lever, en  1 592, 
le  siège  de  Rouen  (1).  A  son  retour 
de  cette  expédition  il  fut  blessé  au  bras 
devant  Caudebec  ,  et  le  'i  décembre 
1 5gi ,  il  mourut  dans  Arras  à  l'âge  de 
quarante-sept  ans  ,  des  suites  de  cette 
blessure  qu'il  avait  trop  négligée.  Il 
laissa  deux  fils ,  Ranuce  qui  lui  succéda 
et  Ed  uiard ,  que  le  pape  Grégoire  XIV 
avait  créé  cardinal  en  1  5gi .  S.  S — 1. 
FARNÈSE  (Ranuce  Ir.),  qua- 
trième duc  de  Panne  et  de  Plaisance, 
fils  aîné  d'Alexandre  Farnèse ,  était  en 


(1)  Le  duc  de  Parme  ayant  ru  l'imprudence  de 
se  laisser  enfermer  dans  le  pays  de  Caux,  aurait 
été  infailliblement  obligé  de  mettre  bas  les  armes, 
si  ,  par  une  manœuvre  hardie  ,  et  conduite  avec 
toute  la  prudence  possible  ,  i!  ne  se  fut  tire-  de  ce 
mauvais  pas  ,  en  faisant  passer  la  Seine  à  son  ar- 
mée à  la  vue  du  roi,  qui,  trompé  par  une  nouvelle 
ruse,  ne  put  jamais  l  entamer  Farnèse,  à  sou  ar- 
rivée devant  Rouen  ,  avait  Lissé  échapper  l'occa- 
sion de  prendre  le  monarque  f  rane.iis  .  qui  s'expo- 
sait témérairement.  Comme  on  lui  reprochaitdans 
la  suite  cette  faute  ,  il  répondit:  «Je  la  ferais  en- 
»  eore  ,  parce  que  )'ai  cru  avoir  affaire  a  un  géné- 
y>  rai ,  et  non  a  un  carabin.  »  Le  roi  ,  piqué  de  ce 
jugement,  dit:  «  (1  est  bien  aisé  au  duc  de  i'arme 
»  d'être  prudent,  pnree  qu'il  ne  risque  que  de  ue 


fai 


des  conquêtes   dont  il  peui  se  pa 


»  au  lieu  que  moi  je  défends  ma  couronne  .  et  il 
»  est  bien  naturel  que,  rebuté  d'une  si  longue 
»  Kuerre ,  je  prodigne  mon  sanj;  et  hasarde  tout 
«  pour  en  voir  ia  tiu.i» 


FAR  i73 

Flandre  auprès  de  son  père,  et  il  lui 
servait  de  lieutenant,  lorsque  ce  grand 
général  mourut  en  i5g2*,  mais  quoi- 
qu'il eût  montré  de  la  bravoure  dans 
les  combats,  il  n'avait  hérité  d'aucune 
des  qualités  héroïques  de  son  père  ;  il 
était  sombre,  sévere,  avare  et  défiant*' 
Il  ne  voulait  inspirer  à  ses  sujets  que 
de  la  terreur  ;  mais  celte  terreur  se 
changea  bientôt  en  une  haine  achar- 
née. Ranuce  Farnèse  remarquant  le 
mécontentement  de  la  noblesse,  l'ac- 
cusa d'avoir  conjuré  contre  lui  :  les 
chefs  des  familles  Sati  Vitali ,  Simo- 
netta ,  Coreggio ,  Mazzi  et  Scoli ,  après 
avoir  été  soumis  à  un  procès  secret , 
eurent  la  tête  tranchée  le  19  mai 
1612,  et  leurs  biens  furent  confis- 
qué^ un  grand  nombre  de  leurs  clieas 
et  de  leurs  domestiques  furent  pendus 
comme  complices  de  la  prétendue  con- 
juration. Cependant  Ranuce  s'aperçut 
bientôt  que  personne  en  Italie  ne 
croyait  à  la  réalité  du  complot  qu'il 
avait  puni.  Pour  convaincre  Cosme  II, 
grand  due  de  Toscane  ,  il  lui  envoya 
une  copie  du  procès  qu'il  avait  fait  ins- 
truire ,  mais  celui-ci  pour  toute  ré- 
ponse fît  compiler  un  prétendu  pro- 
cès criminel  contre  le  ministre  de  Far- 
nèse ,  duquel  il  résultait  que  ce  minis- 
tre, qui  n'avait  jamais  été  à  Livourne  , 
y  avait  commis  un  mcurlre  de  sa  pro- 
pre main;  lui  donnant  ainsi  à  enten- 
dre que  les  dépositions  écrites  de  té- 
moins secrets  prouvent  la  volonté  du 
juge  et  non  le  crime  de  l'accusé.  Le 
duc  de  Mantoue  était  lui-même  impli- 
qué dans  ce  procès,  et  il  témoigna 
hautement  son  mécontentement  de 
cette  accusation  injurieuse.  Une  guerre 
paraissait  inévilabîe  entre  les  deux 
états  ,  mais  Vincent  de  Gonzague ,  et 
son  fils  François ,  moururent  la  même 
année,  et  le  cardinal  de  Mantoue,  qui 
leur  succéda,  fut  détourné  de  sa  que- 
relle avec  Farnèse  par  ses  différents 


J74  FAR 

avec  le  duc  de  Savoie.  Ranuce  Farnèse 
avait  épousé,  en  1600,  Marguerite 
Aldobrandini ,  petite  nièce  du  pape 
Clément  VIII.  Une  brouillerie  entre 
les  deux  époux  les  tint  long-temps  sé- 
parés l'un  de  l'autre,  et  l'on  croyait 
que  ce  mariage  demeurerait  stérile.  A 
cette  époque ,  Ranuce  voulait  appeler 
à  la  succession  son  bâtard ,  Octave 
Farnèse,  mais  Marguerite  lui  ayant 
ensuite  donné  plusieurs  enfants ,  le 
duc  de  Parme  ne  sentit  plus  pour  son 
bâtard  que  de  la  haine  ou  de  la  jalou- 
sie :  il  voyait  que  ses  qualités  bril- 
lantes lui  avaient  gagné  l'amour  de  la 
noblesse  et  du  peuple ,  et  de  peur  qu'il 
ne  troublât  Tordre  de  la  succession ,  il 
]e  fit  enfermer  dans  l'affreuse  prison 
de  la  Roquette  à  Parme,  où  Octave 
périt  misérablement  au  bout  de  quel- 
ques années.  Ranuce  mourut  au  com- 
mencement de  mars  1622,  laissant 
cinq  enfants ,  Alexandre ,  qui  se  trou- 
vant sourd  et  muet ,  fut  écarté  du  trône 
ducal;  Edouard  qui  succéda  à  son 
père  ;  François  -  Marie  ,  qui  fut  car- 
dinal ,  et  deux  filles  qui  toutes  deux 
furent  duchesses  de  Modène.  Ce  fut 
pendant  le  règne  de  Ranuce  Ier. ,  que 
le  fameux  théâtre  de  Parme  fut  cons- 
truit par  l'architecte  Jean  -  Baptiste 
Aleotti ,  sur  le  modèle  des  théâtres 
romains.  Ranuce,  malgré  la  férocité 
de  son  caractère,  avait  du  goût  pour 
les  lettres  et  les  arts,  et  il  accorda  sa 
protection  ;mx  savants.        S.  S — I. 

FARNESE  (Edouard),  cinquième 
duc  de  Panne  et  de  Plaisance,  second 
fils  de  Ranuce  Ier.,  auquel  il  suc- 
céda en  1033  ,  avait  un  esprit  sa- 
iinque  et  mordant,  beaucoup  d'élo- 
quence, mais  plus  de  présomption 
encore;  il  voulait  tout  faire  par  lui- 
même,  et  il  demandait  à  ses  mi- 
nières de  la  soumission  non  des  con- 

(  )n  l'empêcha  cependant  de  pren- 
dre part  à  lu  guerre  pour  la  succession 


FAR 

de  Mantoue  ;  mais  impatient  de  se  si* 
gnaler  par  les  armes,  pour  lesque'Ics 
il  croyait  être  fait,  il  s'allia  en\635 
aux  Français  contre  les  Espagnols  ,  et 
il  fit  ,  avec  peu  de  succès ,  sur  Va- 
lenza  et  sur  Crémone ,  des  entreprises 
qui  attirèrent  les  représailles  des  en- 
nemis dans  l'état  de  Parme,  et  qui 
l'épuisèrent  d'hommes  et  d'argent.  Les 
Espagnols  ,  de  leur  côté  ,  n'avaient 
plus  ni  énergie  ni  persévérance ,  et  ils 
lui  accordèrent  la  paix  en  1657  ,  dès 
que  Farnèse  consentit  à  la  demander. 
Pour  ces  entreprises  guerrières ,  Far- 
nèse avait  emprunté  à  Rome  de  grau- 
des  sommes  d'argent ,  qu'il  avait  hy- 
pothéquées sur  les  duchés  de  Castro 
et  Ronciglione.  Son  irrégularité  dans 
le  paiement  des  intérêts,  lui  attira  une 
nouvelle  guerre  avec  le  pape  Urbain 
VIII  (  Voj  \  Barberini).  Edouard, 
dans  cette  guerre,  qui  éclata  en  164 1, 
signala  de  nouveau  son  caractère 
aventureux  et  inconsidéré,  tandis  que 
les  Barberini,  neveux  du  p.ipe,  don- 
nèrent des  preuves  de  leur  lâcheté  ; 
mais  le  duc  de  Parme  après  avoir  fait 
trembler  le  pape  dans  Rome ,  se  laissa 
désarmer  par  de  trompeuses  négocia- 
tions. Les  ducs  de  Toscane,  de  Mo- 
dène et  les  Vénitiens  ,  prirent  cepen- 
dant la  défense  de  Farnèse,  et  lui  pro- 
curèrent en  1644  une  paix  qui  le  ré- 
tablissait dans  les  limites  qu'il  avait 
avant  la  guerre.  Une  extrême  corpu- 
lence rendait  Edouard  Farnèse  peu 
propre  au  inéii»  r  des  armes,  qu'il  ai- 
mait avec  tant  de  passion.  Il  transmit 
à  ses  ralenti  cette  constitution  deve- 
nue ensuite  fatale  à  la  maison  Farnèse. 
Il  mourut  âgé  de  quarante  ans ,  le  11 
septembre  i<>i<>,  laissant  quatre  fils 
et  deux  filles ,  de  Marguei  ite  de  Médi- 
as, fille  de  Cosme  H. L'aîné  de  ses  en- 
fants, Kanuce  11,  lui  succéda.  S.S — 1. 
FARNESE  (Kamh  II),  sixième 
duc  de  Parme  et  de  Plaisante ,  liis  et 


FAR 

successeur  d'Edouard  Farnèse,  ré- 
gna de  1646  à  i6(j/|.  Il  n'était  point 
féroce  comme  son  aïeul  ou  présomp- 
tueux comme  son  père;  mais,  faciie 
et  faible,  il  se  laissait  gouverner, 
et  se  confia  plus  eTirte  fois  à  d'in- 
dignes favoris.  Un  maître  de  langue 
française,  nommé  Godefroi,  devint 
son  premier  ministre,  et  reçut  de  lui 
le  titre  de  marquis.  Cet  aventurier  en- 
gagea lf  duc  dans  une  guerre  avec  la 
cour  de  Rome,  en  faisant  assassiner 
en  1649,  'e  nouvel  évêquede  Castro, 
que  Farnèse  ne  voulait  pas  recon- 
naître. Le  pape  Innocent  X,  indigné 
de  cet  attentat,  fit  raser  Castro,  et  ne 
laissa  qu'une  colonne  avec  une  inscrip- 
tion, au  milieu  des  ruines  de  cette 
ville.  L<'  marquis  Godefroi  qui  con- 
duisait contre  Rome  une  armée ,  fut 
battu  dans  le  Bolonais.  Ses  ennemis 
profitèrent  de  son  absence  pour  le  per- 
dre dans  l'esprit  de  sou  maître.  Ra- 
nuceà  son  retour,  lui  fit  trancher  la 
tête,  et  confisqua  tous  ses  biens.  11  fut 
ensuite  obligé,  pour  faire  sa  paix  avec 
l'Eglise ,  de  lui  céder  les  deux  états  de 
Castro  et  de  honciglionc.  Ranuee  II 
e'pousa  en  1 660  Marguerite  de  Savoie  ; 
après  la  mort  de  celle-ci,  il  épousa 
Isabelle  d'Esté,  et  enfin  Marie,  sœur 
de  la  dernière.  L'aîné  de  ses  fiis, 
Edouard ,  mourut  avant  lui ,  le  5  sep- 
tembre iGçp  ,  suffoqué  par  son  exces- 
sif embonpoint.  Le  fils  de  celui-ci, 
Alexandre,  mourut  aussi,  mais  sa 
fille  Elisabeth,  née  le  25  octobre  1690, 
fut  ensuite  reine  d'Espagne,  et  c'est 
elle  qui  a  transmis  l'héritage  des  Far- 
nèse à  la  maison  de  Bourbon.  Ra- 
nuee II  mourut  le  1  »  décembre  1694, 
laissant  deux  fils ,  François  et  Antoine, 
qui  tous  deux  régnèrent  après  lui. 
S.  S— 1. 
FARNÈSE  (  François  ) ,  7  .  duc 
de  Parme  et  de  Plaisance,  ayant  suc- 
cédé à  Rajiuce  II  son  père,  le  1 1  dé- 


FAR  i75 

cembre  1694»  épousa  Dorothée  de 
Neubourg,  veuve  d'Edouard  Farnèse, 
son  frère  aîné;  mais  il  n'en  eut  point 
d'enfants  ,  et  son  embonpoint  exces- 
sif lui  laissait  peu  d'espérance  d'eu 
avoir.  Le  duc  de  Parme  s'efforça  de 
maintenir  sa  neutralité  pendant  la 
guerre  pour  ia  succession  d'Espagne. 
Il  se  mit  sous  la  protection  de  l'Église 
dont  il  était  feudataire;  mais  les  Im- 
périaux ,  mécontents  du  pape  Clé- 
ment XI ,  ne  voulurent  pas  recon- 
naître Parme  et  Plaisance  pour  fiefs  de 
l'Eglise,  et  violèrent  plusieurs  fois  ce 
territoire.  Le  16  septembre  171^,  Phi- 
lippe V,  roi  d'Espagne,  épousa  Elisa- 
beth Farnèse ,  fille  d'Edouard  et  nièce 
de  François,  duc  de  Parme.  Comme 
on  pouvait  déjà  prévoir  que  ce  dernier 
n'aurait  pas  d'enfants,  les  premières 
puissances  de  l'Europe ,  pour  éviter 
que  sa  succession  n'occasionnât  une 
guerre,  disposèrent  d'avance,  en  1  720, 
de  l'héi  itage  de  la  maison  Farnèse  en 
faveur  d'un  fils  de  Philippe  V  et  d'E- 
lisabeth Farnèse,  qui  ne  fût  pas  roi 
d'Espagne.  Le  même  fils  devait  re- 
cueillir aussi  l'héritage  de  la  maison 
de  Médicis ,  également  sur  le  point  de 
s'éteindre.  Cependant  François  Far- 
nèse, qui  voyait  ainsi  régler  sans  le 
consulter  sa  succession  de  son  vivant 
par  la  quadruple  alliance,  évitait  les 
regards  du  peuple  et  les  occasions  de 
se  montrer  en  public.  Il  était  bègue, 
et  il  avait  de  lui-même  une  défiance 
méritée;  néanmoins  on  vantait  sa  pru- 
dence et  sa  justice.  Il  mourut  le  26  fé- 
vrier 1  727  ,  âgé  de  quarante-neuf  ans. 
Son  frère  don  Antoine,  qui  était  d'une 
année  plus  jeune  que  lui,  lui  succéda. 
S.  S— 1. 
FARNÈSE  (  Antoine  ),  8e.  duc  de 
Parme  et  <ie  Plaisance,  frère  et  suc- 
cesseur de  François,  régna  de  1727 
à  f  751.  11  n'avait  jamais  pu  obtenir 
de  son  frère,  un  revenu  suffisant  pour 


176  FAR 

pouvoir  se  marier;  il  le  fit  enfin  lors- 
qu'il lui  eut  succède.  Il  épousa,  eu  fé- 
vrier 1728,  Henriette  d'Esté,  5'.  fille 
du  duc  de  Modène  ;  mais  son  âge  et 
son  extrême  corpulence  ne  lui  permi- 
rent point  d'en  avoir  d'enfants.  Le  rè- 
gne d'Antoine  fut  une  période  d'humi- 
liations et  de  dépendance.  Les  puis- 
sances étrangères  disposaient  de  ses 
états,  de  ses  biens,  de  ses  affaires  de 
famille;  on  exigeait  déjà  qu'il  reçût 
garnison  dans  Parme ,  et  l'infant  d'Es- 
pagne don  Carlos  devait  venir  se  mon- 
trer à  lui  comme  son  héritier.  La  mort 
d'Antoine  Farnèse ,  survenue  le  20 
janvier  1701,  délivra  ce  prince  de  ces 
humiliations.  En  mourant,  il  crovait 
sa  femme  grosse  ,  et  celle-ci  continua 
jusqu'au  mois  de  septembre  de  se  flat- 
ter qu'elle  donnerait  un  héritier  à  la 
maison  Farnèse;  mais  elle  fut  enfin 
obligée  de  reconnaître  qu'elle  s'était 
trompée,  et  six  mille  Espagnols  vin- 
rent au  nom  de  don  Carlos  prendre 
possession  de  Parme  et  de  Plaisance. 

FAKNÈSE  (  Elisabeth  ) ,  reine 
d'Espagne.  Voy.  Elisabeth. 

FARlNEWORTH  (  Ellis  ),  ecclé- 
siastique anglais,  né  à  ce  qu'on  croit 
à  Bonteshall ,  dans  le  comté  de  Der- 
by, était  recteur  de  Carringlon  lors- 
qu'il mourut  dans  la  misère,  Je  25 
mars  1  765.  On  lui  doit  des  traduc- 
tions anglaises  de  quelques  ouvra- 
ges italiens:  I.  Fie  du  pape  Sixte 
F,  de  Grégorio  Leti,  avec  une  pré- 
face ,  des  prolégomènes ,  des  notes 
tt  un  appendix,  1754,  in-lb!.;  II. 
Histoire  des  guerres  civiles  de  Fran- 
ce ,  de  Davila,  1757,  2  vol.  in-4°.J 
III.  la  Traduction  des  OEuvres  de 
Machiavel,  eclaircie  par  des  notes, 
des  dissertations ,  et  quelques  plana 
nouveaux  sur  l'art  de  la  guerre,  1  761, 
a  vol.  in-4°.,  et  1775,  4  vol.  in  -S  ., 
avec  des  corrections  ,  et  le  portrait  et 
la  vie  de  Machiavel.  X — s. 


FAR 
■'  FARON  (  S.  ),  ou  BURGUNDO- 
FARO,  e'vêque  de  Meaux,  passa  ses 
premières  années  à  la  cour  du  roi 
Théodebert  1 1 ,  et  ensuite  du  roi  Thier- 
ri,  son  frère  et  son  successeur;  puis 
il  s'attacha  en  61  5  à  Clotaire  II.  Ce 
fut  Stc.  Fare,  sa  sœur,  qui  le  déter- 
mina à  se  consacrer  à  Dieu,  en  se 
séparant,  avec  un  consentement  mu- 
tuel, de  sa  femme,  et  renonçant  au 
monde.  Il  devint  en  626  évêque  tic 
Meaux,  et  assista  au  concile  qui  se 
tint  à  Sens  en  65o.  S.  Faron  mourut 
le  28  octobre  672,  âgé  de  près  de 
quatre-vingts  ans.  L — P — e. 

FARQUHAR  (  George  ) ,  naquit 
en  1678  à  Londonderry,  en  Irlande, 
où  il  paraît  que  sa  famille  était  assez 
connue.  Cette  famille  était  trop  nom- 
breuse pour  être  riche  ;  ensuite  que 
ses  parents  ne  purent  lui  donner  au- 
tre chose  qu'une  bonne  éducation,  il 
fut  élevé  ta  l'université  de  Dublin  ; 
mais,  incapable  de  songer  à  s'y  avan- 
cer par  la  lente  et  régulière  progres- 
sion des  degrés  de  l'université,  il  choi- 
sit une  autre  carrière  plus  conforme 
à  ses  goûts  :  il  se  fit  comédien.  Sa  fi- 
gure, son  esprit,  son  talent  devaient 
lui  assurer  des  succès  de  plus  d'un 
genre  dans  une  profession  à  laquelle 
n'est  point  attachée  en  Angleterre  , 
comme  en  France,  cette  espèce  de  dé- 
faveur que  peut  à  peine  ellaccr  un 
grand  talent;  mais  sa  voix  et  ses  ma- 
nières trop  douces  ne  convenaient  pas 
au  genre  d'effet  que  demande  le  théâ- 
tre anglais,  et  un  accident  l'en  dé- 
goûta pour  jamais.  Jouant  une  tragédie 
(le  Drydon,  l'Empereur  indien,  où 
le  personnagcqu'il  représentait,  Guyo- 
mar,  tue  un  général  espagnol,  il  ou- 
blia dTémousser  son  épéc;  le  pauvre 
général  pensa  è;re  tué  tout-a-fait j  il 
fut  du  moins  dangereusement  blessé, 
et  Farqubar  tellement  frappe  de  ce 
ma  heur,  qu'il  ne  put  se  résoudre  à 


FAR 

s'y  exposer  de  nouveau.  Mais  cet  es- 
sai avait  achevé  de  développer  son 
goût  et  son  talent  pour  la  littérature 
dramatique.  D acteur,  Farquhar  de- 
vint auteur ,  et  s'étant  rendu  à  Lon- 
die>,  il  y  donna  avec  succès,  en 
1 698,  sa  première  comédie,  Love  and 
a  Bottle  (  V Amour  et  le  Vin  ).  A 
peu  près  dans  le  même  temps,  le 
comte  Orrery ,  de  qui  Farquhar  était 
déjà  connu  par  ses  talents  littérai- 
res et  estimé  pour  son  caractère , 
lui  donna  une  commission  de  lieute- 
nant dans  son  régiment,  alors  en  Ir- 
lande. Farquhar  put  alors  se  livrer 
sans  obstacle  à  son  talent,  à  son  goût 
pour  le  plaisir  et  surtout  pour  la  so- 
ciété, où  l'aménité  de  ses  manières ,  la 
douceur  de  ses  mœurs  le  faisaient  ai- 
mer et  rechercher.  Plusieurs  comé- 
dies, données  dans  l'espace  de  quelques 
années ,  nous  attestent  ses  travaux , 
et  le  recueil  de  ses  lettres,  la  plupart 
adressées  à  une  maîtresse,  que  l'on 
croit  être  la  célèbre  inistriss  G'dfields , 
qu'il  avait  contribué  à  faire  recevoir  au 
théâtre  »  l'âge  de  16  ans,  nous  prou- 
vent que  le  travail  n'avait  pas  été  sa  seu- 
le occupation.  L'amour  ,  à  ce  qu'il  pa- 
raît ,  tenait  une  grande  place  dans  sa 
vie,  du  moins  si  l'on  en  croit  un  por- 
trait qu'il  a  laissé  de  lui ,  où  l'on  voit 
en  même  temps  qu'il  s'était  arrangé 
pour  vivre  commodément  avec  un  hôîe 
si  familier  chez  lui  :  «  Je  suis,  dil-il , 
»  tics  réservé  à  promettre,  surtout 
»  sur  le  grand  article  de  la  constance, 
»  d'abord  parce  que  je  n'ai  jamais  es- 
»  sayé  mes  forces  à  cet  ép;ard ,  et  que 
»  je  crois  en  second  lieu  qu'un  homme 
»  ne  peut  pas  plus  répondre  de  sa  oons- 
»  tance  que  de  sa  santé.»  On  croit  qu'il 
s'est  peint  sous  les  traits  d'un  person- 
nage reproduit  dans  deux  de  ses  co- 
médies,  sir  Harry  Wildair,  gai,  lé- 
ger, insouciant.  Ce  serait  donc  ainsi 
qu'il  faudrait  se  le  représenter  ;  si  l'on 
xiv. 


FAR  177 

!»  'avait  lieu  de  penser  que,  pour  rendre 
le  personnage  plus  à  la  mode  et  en 
même  temps  plus  comique ,  il  a  char- 
gé les  traits  d'extravagance,  et  di- 
minué le  fond  de  sensibilité  et  de  bon- 
té qui  faisait  le  charme  du  carac- 
tère de  l'auteur*  Ce  mérite  et  ces  agré- 
ments lui  coûtèrent  bien  cher  :  une 
jeune  femme  qui  s'était  prise  de  pas- 
sion pour  lui,  voulant  l'épouser,  n'en 
imagina  pas  de  meilleur  moyen  que 
de  se  faire  croire  fort  riche  ;  elle  était 
aimable,  belle,  et  Farquhar  trouva 
qu'une  grande  fortune  n'y  gâtait  rien. 
Il  l'épousa  ,  et  lorsqu'il  s'aperçut  qu'on 
l'avait  trompé,  trop  heureux  de  ne 
l'être  que  sur  la  fortune  ,  ou  trop  bon 
et  trop  paresseux  pour  se  fâcher,  il 
n'eu  vécut  pas  moius  très  bien  avec 
elle  ;  mais  l'économie  lui  était  incon- 
nue, la  contrainte  impossible.  Jeté 
dans  des  embarras  pénibles ,  il  ne  sut 
d'autre  moyen  pour  y  p3rer  que  de 
vendre  sa  commission,  sur  la  pro- 
messe que  lui  fît  un  homme  de  la  cour 
de  ses  amis  de  le  pourvoir  plus  avan- 
tageusement. Celui-ci  ayant  manqué  à 
sa  parole,  Farquhar  succomba  au  cha- 
grin de  sa  position  ,et  mourut  en  avril 
1707,  n'ayant  pas  encore  trente  ans. 
Sa  dernière  comédie ,  the  Beaux's 
stratagem  (  la  ftuse  du  petit-maître), 
ne  fut  jouée  que  peu  de  jours  avant  sa 
mort,  et  il  n'eut  guère  que  le  temps 
d'en  apprendre  le  succès.  Cette  pièce 
est  regardée  comme  son  chef-d'œuvre. 
Il  a  laissé  un  nom  dans  le  théâtre  an- 
glais, par  l'amusante  vivacité  de  ses 
intrigues,  assez  naturellement  condui- 
tes, quoique  fondées  presque  toutes 
sur  des  suppositions  invraisemblables 
et  romanesques  ;  par  la  çaité  de  son 
dialogue,  où  l'on  trouve  moins  d'es- 
prit qui*  dans  celui  de  Congrève,  mais 
peut-être  un  peu  moins  de  recherche, 
quoiqu'il  y  en  ait  encore  beaucoup. 
Il  semblerait  que  le  ton  d'hommes  de 

12 


i78  FAE 

plaisir  et  de  société,  comme  Farquhar 
et  Congrève,  occupés  seulement  à  se 
laisser  aller  aux  jouissances  de  la  vie , 
dût  être  le  naturel  et  la  facilité;  mais 
ce  n'est  pourtant  point  ce  caractère 
qui  se  fait  remarquer  chez  les  écri- 
vains les  plus  adonnés  aux  plaisirs 
oisifs  de  la  société.  La  recherche  des 
mots  est  une  affaire  que  se  fait  l'es- 
prit quand  il  n'en  a  pas  d'autre,  et 
la  simplicité  est  un  fruit  de  la  réflexion 
qui  met  aux  choses  leur  véritable  prix. 
Le  ton  des  personnages  de  Farquhar 
et  de  Congrève  paraît  avoir  été  celui 
de  la  société  du  temps  ;  on  le  retrouve 
jusque  dans  les  lettres  de  Farquhar  à 
sa  maîtresse  :  ainsi ,  il  a  donc  dans  ses 
comédies  une  vérité  relative.  Quant  à 
celle  des  caractères,  Farquhar  n'y  a 
pas  pensé  :  il  n'imagine  pas  de  les 
peindre  par  ces  tiv.its  d'où  sort  le  co- 
mique, il  lui  suffit  qu'annoncés  une 
fois,  ils  puissent  servir  à  l'intrigue  et 
au  mouvement  de  sa  pièce  ;  et ,  comme 
un  fond  d'honnêteté  qui  perce  partout 
à  travers  les  détestables  mœurs  qu'il 
nous  peint,  lui  permet  rarement  de 
finir  une  comédie  sans  conversion  , 
cette  conversion  arrive  quand  on  n'a 
plus  besoin  des  travers  ou  des  vices 
dont  il  a  fait  les  ressorts  de  son  ac- 
tion. C'est  au  reste  dans  Farquhar, 
plus  que  dans  aucun  autre  poète  co- 
mique du  temps,  qu'on  peut  le  mieux 
voir  l'influence  qu'avaient  alors  les 
modes  et  les  mœurs  françaises  sur  la 
société  de  Londres.  Outre  ses  lettres 
et  ses  comédies,  au  nombre  de  huit, 
qui  se  montrent  encore  avec  avantage 
au  théâtre,  il  a  laissé  quelques  poé- 
sies, quelques  essais  et  un  discours 
iur  la  comédie  dramatique ,  où  il 
s'élève  fortement  contre  l'assnjétis- 
Mincnt  aux  règles,  et  soutient  qu'une 
j  ièce  décente  et  ennuyeuse ,  est  beau- 
coup plus  contraire  aux  mœurs  que 
la  comédie  la  plus  licencieuse ,  parce 


FAR 

qu'elle  laisse  aux  spectateurs  beaucoup 
plus  de  temps  pour  s'occuper  de  leurs 
voisins. Nous  ne  croyons  pas  les  précep- 
tes de  Farquhar ,  en  fait  de  comédie  , 
beaucoup  meilleurs  à  suivre  que  ses 
exemples;  mais  ils  prouvent  également 
un  grand  fonds  d'esprit  et  d'originalité. 
Ses  œuvres  ont  été  imprimées  pour  la 
dixième  fois  en  1772  à  Londres,  en 
2  vol.  in-12.  S — d. 

FAKSETTÏ,  famille  noble ,  origi- 
naire de  Luni,  dont  une  branche  s'é- 
tabliî  d'abord  à  Massa  di  Carrara, 
puis  a  Florence,  et  l'autre  branche  à 
Venise.  Toutes  deux  ont  fourni  des 
hommes  distingués.  —  Philippe  Far- 
setti  ,  né  à  Massa  ,  fut  un  des  bons 
poètes  latins  du  16e.  siècle.  — Cosme 
Farsetti  ,  jurisconsulte ,  né  le  1 7  mai 
16 19,  à  Massa,  qui  formait  encore 
alors  une  principauté  indépendante, 
fut  conseiller  intime  du  duc,  et  son 
ambassadeur  auprès  de  la  république 
de  Venise,  de  celle  de  Lucques ,  du 
gouvernement  de  Milan  et  du  grand- 
duc  Ferdinand  II.  Cette  dernière  am- 
bassade lui  fournit  l'occasion  de  se 
fixer  à  Florence,  où  il  fut  revêtu  par 
Ferdinand  et  par  Cosme  III,  son  suc- 
cesseur ,  des  premiers  emplois  de  la 
magistrature.  11  y  mourut  le  23  fé- 
vrier 1689.  N  na  laissé  que  quelques 
ouvrages  sur  des  questions  particu- 
lières de  jurisprudence,  écrits  en  la- 
tin et  im primés.  —  André  Farsetti, 
son  fils ,  né  à  Massa ,  le  jo  novembre 
i655  ,  après  avoir  été  professeur  de 
droit  civil  à  Pise,  suivit  à  Florence  la 
même  tanière  (pie  son  père,  et  lui 
suecéda  dans  ses  emplois.  L'estime 
dont  il  jouissait  esl  attesta  par  une 
médaille  frappée  en  son  honneur,  qui 
M  tniuve  duis  le  musée  de  Ma/zu- 
clielli;  elle  l'est  aussi  par  le  choix  que 
le  célèbre  Magiiabeeeoi  fit  de  lui  pour 
cire  sou  exécuteur  testamentaire;  mais 
Farsetti  ne  put  pas  remplir  entière- 


FAR 

ment  celte  honorable  fonction;  le  tes- 
tament de  M  igliabecchi  était  du  mois 
de  mai  1774 ,  et  il  mourut  le  12  fé- 
vrier de  Tannée  suivante.  Ce  qu'on  a 
de  lui  se  borne  aussi  à  quelques  ou- 
vrages de  sa  profession.  En  lui  finit  la 
branche  masculine  de  Massa  ;  celle  de 
Venise  a  jeté  plus  d'éclat  dans  les 
lettres  et  dans  les  arts.  —  L'abbé  Phi- 
lippe Farsetti,  qui  était  fort  riche, 
fit  le  plus  noble  emploi  de  sa  fortune. 
Avec  des  dépenses  dignes  d'un  souve- 
rain, il  fit  mouler   en  plâtre,  dans 
leur   grandeur    naturelle  ,  les  chefs- 
d'œuvre  de  sculpture  antique  et  moder- 
ne qui  se  trouvaient  à  Rome,  à  Floren- 
ce ,  à  Naples ,  et  dans  d'autres  villes 
d'Italie.  Plus  heureux  que  Louis  XIV, 
dont  il  imitait  en  quelque  sorte  la  ma- 
gnificence, il  obtint  à  Home ,  sans  ex- 
ception ,  toutes  les  copies  qu'il  avait 
demandées ,  et  prit  la  sage  précaution 
qu'avait  négligée  le  monarque ,  de  con- 
server les  moules  de  toutes  les  statues, 
groupes  ou  autres  monuments ,  pour 
pouvoir ,  en  cas  d'accident,  faire  tirer 
de  nouvelles  copies.  Il  rassembla  un 
grand  nombre  de  bronzes  des  meil- 
leurs maîtres  ,  de  modèles  des  plus  fa- 
meux sculpteurs,  et  d'esquisses  des 
plus  grands  peintres.  Il  fit  construire 
en  liège  et  en  pierre  ponce ,  des  mo- 
dèles de  tous  les  arcs  de  triomphe  et 
des  temples  antiques  de  Rome,  et  fit 
copier,  par  d'habiles  mains,  les  pein- 
tures de  Raphaël  dans  les  loges  du 
Vatican,  d'Annibal  Carrache  dans  la 
galerie  Farnèse,  et  d'autres  morceaux 
de  la  première  réputation.  Il  y  joignit 
un  nombre  infini  de  monuments  pré- 
cieux des  arts  du  dessin ,  et  il  fit  pla- 
cer à  Venise,  dans  son  palais,  toute 
cette  riche    et  immense  collection  , 
pour  la  jouissance  des  amis  des  arts  , 
et   surtout    pour  l'élude  des   jeunes 
élèves,  qui  pouvaient  ainsi  s'instruire 
par  l'imitation  de  l'antique  et  de  chefs- 


FAR  179 

d'œuvre  des  grands  maîtres  dans  tous 
les  genres  ,  sans  voyager  hors  de  leur 
patrie.  Ce  Muséum  acquit  une  grande 
célébrité ,  surtout  lorsque  l'abbé  Las- 
tesio ,  ou  Dalle  Laste ,  eut  écrit  à  ce 
sujet  une  savante  Lettre  latine  à  l'aca- 
démie de  Cortone,  et  l'eut  fait  impri- 
mer à  Venise  en  1 764 ,  in-4°.  (  Voy. 
Lastesio).  La  poésie  contribua  aussi 
à  en  étendre  la  renommée:  —  Le  bailli 
Joseph-Thomas  Farsetti,  comman- 
deur de  l'ordre  de  Malthe  ,  cousin  de 
Philippe,  et  celui  qui  a  donné  au  nom 
de  Farsetti  le  plus  d'illustration  litté- 
raire ,  fit  un  appel  à  tous  les  poètes  qui 
florissaient  alors ,  et  leur  proposa  de 
composer  chacun  sur  un  ou  plusieurs 
des  chefs-d'œuvre  de   l'art  qui  for- 
maient cette  collection,  une  pièce  de 
vers  italiens  ou  latins.  Il  donna  lui- 
même  l'exemple  ,   et  fit  trois  de  ces 
pièces  en   latin  et  deux   en  italien. 
Cette  espèce  de  concours  produisit  un 
bon  nombre  de  morceaux  d'une  grande 
élégance  dans  les  deux  langues,    et 
quoiqu'ils  ne  fussent  point  imprimés 
en  recueil ,  comme  on  en  avait  d'abord 
eu  le  projet,  l'Italie  entière  retentit  des 
éloges  du  Muséum  et  de  son  proprié- 
taire. Le  bailli  Farsetti,  livré  dans  sa 
jeunesse  au  goût  des  lettres,  s'appli- 
qua surtout  à  la  poésie  latine,  et  forma 
son  style  sur  celui  de  Catulle  et  des 
autres  poètes  du  bon  siècle.  Après 
avoir  fait  les  caravanes  prescrites  par 
les  statuts  de  l'ordre  de  Malte,  où  il 
était  entré,  il  vova^ea  pendant  quel- 
ques années ,  et  publia  pour  la  pre- 
mière fois  ses    vers  latins  à  Paris, 
1  755 ,  in  8".  Il  en  envoya  un  exem- 
plaire au  P.  Desbillons,  jésuite,  dont 
il  estimait  la  personne,  le  goût  pur  et 
l'excellente  latinité.  Le  fabuliste  lui  ré- 
pondit :  «  J'ai  trouvé,  en  général,  beau- 
»  coup  de  délicatesse  dans  1rs  pièces 
»  qui  composent  ce  recueil  ;  il  y  en  a 
»  quelques-unes  qui  pourraient  soute- 

12.. 


i8o  F  An 

»  nir  le  parallèle  avec  les  meilleures 
»  de  celles  qui  nous  restent  des  poètes 
)>  légers  du  siècle  d'Auguste,  surtout 
»  de  Catulle  et  de  Properce.  »  Farsetti 
de'dia  ce  recueil  à  son  cousin  Philippe, 
et  le  fit  réimprimer  à  Venise,  i  763 , 
in-8%  en  même  temps  qu'il  y  fit  pa- 
raître ses  œuvres  italiennes  en  prose 
et  en  vers  ,  dédiées  à  l'acade'raie  de  la 
Crusca ,  dont  il  e'tait  membre.  Parmi 
•  les  morceaux  de  prose ,  on  remarque 
dans  ce  volume  un  discours  académi- 
que contenant  la  réfutation  des  ide'es 
de  Fontenelie  sur  la  nature  de  l'Eglo- 
gue.  Les  poésies  italiennes  consistent 
en  deux  trage'dies  et  en  trois  petits 
poèmes,  dont  le  meilleur  est  une  très 
jolie  fable  allégorique  sur  l'origine  de 
Venise,  intitulée  la  Trasformazione 
d'Adria.  La  première  des  deux  tra- 
gédies est  la  Mort  d'Hercule ,  tra- 
duite des  Trachiniennes  de  Sopho- 
cle, qu'il  avait  d'abord  fait  paraître 
séparément,  Venise,  1758,  in-12. 
Le  sujet  de  la  seconde  est  l'aventure 
tragique  du  troubadour  Guillaume  de 
Cabeslaing  et  de  la  femme  de  Raimond 
de  Castel  Roussillon  ,  que  l'abbé  Mil- 
lot  a  racontée  dans  la  vie  de  Cabes- 
laing, Ilist.  litt.  des  troubadours , 
tom.  I,  et  qui  ressemble  tellement  à 
celle  de  Raoul  de  Couci  et  de  Ga- 
briclle  de  Vergy,  qu'il  faut  nécessai- 
rement que  l'une  ait  servi  d'original  à 
l'autre.  Farsetti  l'a  traitée  à  la  maniè- 
re des  tragiques  grecs  et  latins.  Il  a 
fait  du  comte  Raimond  un  roi ,  de  la 
comtesse  Marguerite,  qu'il  nomme 
Sormonde ,  une  reine  ;  il  leur  donne 
un  conseiller,  une  nourrice,  et  y 
ajoute  un  messager,  un  devin  et  le 
chœur.  C'est  la  Jalousie  sous  la  forme 
d'une  ombre  qui  fait  le  prologue.  Ou 
est  seulement  averti  que  le  lien  de  la 
scène  est  une  ville  de  Provence.  Le 
style  de  ces  deux  pièces  est  tic-,  bon 
t-t  très  pur.  Il  parut  une  iccoude  edi- 


FAR 

tion  de  ce  volume  à  Venise,  1 567  , 
in-8°.  Pailoni ,  BibL  de'  Volg. ,  attri- 
bue aussi  à  Farsetti  une  traduction  du 
Philoctète  de  Sophocle,  imprimée  à 
Venise  (  con  alcune  rime),  1767,111- 
8°.  Il  peut  d'abord  paraître  singulier 
que  l'auteur,  ayant  donné  cette  année- 
là  même  et  dans  la  même  ville  une 
seconde  édition  de  ses  Opère  volga- 
ri ,  n'y  ait  pas  fait  entrer  son  Phi- 
loctète et  ses  autres  poésies  italien- 
nes ;  mais  le  titre  de  celte  seconde 
édition ,  que  nous  avons  sous  les 
yeux ,  porte  les  mots  tomo  primo  , 
qui  n'étaient  point  sur  celui  de  la  pre- 
mière ,  et  quoique  le  simple  mot  fine 
termine  ce  premier  volume  ,  il  est 
probable  que  le  Philoctète  et  les  poé- 
sies citées  par  Paitoni ,  en  forment  un 
second.  Farsetti  traduisit  aussi  en  vers 
non  rimes ,  sciolti ,  les  églogues  de 
Nemesien  et  de  Calpurnius.  La  Bu- 
colica  di  Nemesiano  e  di  Calpurnio 
volgarizzata,  \enise,  1761  ,  in-8°. 
Il  dédia  celte  traduction  à  Muie.  du 
Boccage,  qu'il  avait  beaucoup  vue 
pendant  son  séjour  à  Paris.  Nous  ap- 
prenons dans  son  épître  dédicatoire, 
que  Nemesien  était  traduit  depuis 
long-temps,  et  que  ce  fut  à  la  priera 
de  cette  aimable  française  qu'il  y  joi- 
gnit plusieurs  années  après  Calpur- 
nius. La  troisième  églogue  de  Neme- 
sien, intitulée  Pane,  parut  pour  la 
première  fois  l'année  précédente  dans 
les  Quattro  egloghe  rusticali ,  \  e- 
nise ,  1 760,  in-8°.  Les  poésies  latines 
de  Farsetti  ont  été  réimprimées  plus 
d'une  fois,  entre  autres  à  Parme,  par 
Bodoni,  177G.gr.in-8'.,  etàLeyde, 
1785,  in-8 ■'.  11  laissa  en  manuscrit  un 
grand  nombre  d'ouvrages ,  dont  les 
plus  importants  étaient  relatifs  à  l'his- 
toire d'Italie.  Il  en  publia  une  Notice 
raUonnce,  sous  le  litre  de  Bibliotheca 
manuscrilta,  Venise,  1771  ,  ii- 
et  Lcbrct  en  donne  un  extrait  daus 


FAR 
son  Magazin ,  4e.  et  5e.  part.  (Ulm , 
1 77  i  et  années  suivantes ,  in-8\ ,  en 
allemand).  Joseph  -  Thomas  Farsetti 
était  aussi  rccommandable  par  Ja  dou- 
ccur^de  son  caractère  et  la  pureté  de 
ses  mœurs ,  que  par  ses  talents.  Il 
avait  recueilli  dans  ses  voyages  en  Ita- 
lie et  à  l'étranger ,  une  bibliothèque 
nombreuse  et  parfaitement  bien  com- 
poste. Elle  était  ouverte  aux  hommes 
studieux,  comme  le  Muséum  de  Phi- 
lippe l'était  aux  amateurs  et  aux  élèves 
des  arts.  Il  avait  un  frère  nommé  Da- 
niel, et  une  sœur  appelée  Eugénie , 
qu'il  eut  la  douleur  de  perdre;  il  dé- 
plora leur  mort,  et  surtout  celle  de 
sa  sœur,  dans  une  Elégie  touchante 
qu'on  lit  dans  la  dernière  édition  de 
ses  poésies  latines.  Il  mourut  lui-même 
à  Venise  dans  un  âge  assez  avancé. 
Adelung  fixe  l'époque  de  sa  mort  vers 


FAS 


181 


j77:>. 


G— E. 


FARULLI  (  George  -  Ange  ) ,  ca- 
maldule  de  la  maison  de  Ste.-Marie- 
des-Anges  à  Florence,  où  il  mourut  en 
17*28,  ne  s'est  guère  acquis  de  la  cé- 
lébrité que  par  l'extrême  fécondité  de 
sa  plume.  Dans  l'éloge  que  consacrè- 
rent à  sa  mémoire  les  PP.  Mittarelli  et 
Costadoni  ?  dans  les  Annales  camal- 
dulenses ,  on  se  borne  à  dire  qu'il 
avait  publié  ,  tant  sous  un  nom  em- 
prunté que  sous  le  sien  propre ,  un 
très  grand  nombre  d'ouvrages,  pres- 
que tous  écrits  sans  style  et  sans  mé- 
thode ,  dont  plusieurs  étaient  remplis 
de  choses  oiseuses,  mais  dans  lesquels 
cependant  on  pouvait  en  trouver  beau- 
coup d'utiles.  Les  plus  remarquables 
des  Œuvres  du  P.  Farulli ,  sont  :  I. 
Storia  cronologica  del  nobile  ed  an- 
tico  monastero  degli  Angioli  di  Fi- 
renze  ,  delV  ordine  Camaldolese , 
dalla  fondazione  sino  al  présente 
giorno,  con  la  série  de*  Beau,  20 
vol.  in  -4°. ,  Lucques  ,  1  700  ;  II.  An- 
nali  e  Memorie  deW  antica  e  nobile 


città  di  S.  Sepulcro ,  etc. ,  vol.  in- 4°. , 
Foligno,  1 7 ï 3;  III.  Annali ,  ovvero 
notizie  sloriche  delV  antica ,  nobile  e 
valorosa  città  di  Arezzo  in  Tosca- 
na ,  dal  suo  principio  siîio  alV  anno 
1 7 1 7  ,  Foligno  ,  in  -  4°.  ;  IV.  Fila 
délia  B.  Elisabetta  Salviati,  Bassano 
(  Florence  ) ,  1 723 ,  in-4°.  Cet  ouvrage, 
ainsi  que  les  précédents ,  parut  sous  le 
nom  de  l'abbé  Pet.  Farulli;  les  deux 
suivants  furent  publiés  sous  le  nom  de 
Fr.  Masseti  ;  V.  Notizie  sloriche  délia 
città  di  Sienna  in  Toscana,  Lucques, 
1722,  in-4°«,  suivies  d'un  supplé- 
ment imprimé  aussi  à  Lucques,  ea 
1725;  VI.  Teatro  storico  del  sacro 
eremo  di  Camaldoli^  e  dei  monas- 
terj  di  S.  Salvadore,  di  S.  Maria 
degli  An  poli,  di  S.  Felice  inpiazza 
e  di  S.  Benedetto  di  Firenze,  tutti 
delV  ordine  Camaldolese  ,  con  la 
notizia  de*  monasteri  di  monache  di 
S.  Pietro,  etc._,  del  medesimo  ordine 
di  Francesco  Masetti ,  Lucques ,  in- 
4°.  ;  VIL  Cronologia  délia  famiglia 
de'  Canigiani  di  Firenze  ,  Sienne , 
1  722 ,  in-4°«,  sous  le  nom  de  Nicolas 
Caslruzzi,  ainsi  que  le  suivant  ;  VIII. 
Cronologia  degliuomini  insigni  délia 
famiglia  de'  Giugni  di  Firenze  , 
Lucca ,  1  72-3 ,  in  -  4°«  ?  IX.  Cronisto- 
ria  delV  Abbadia  di  S.  Croce  délia, 
fonte  delV  Avellana  nelV  Umbria  , 
Siena,  1720,  in-4°.  de  i6pag.  Voy. 
Cinelli ,  Biblioleca  volante.    G— n. 

FASCII  (  Augustin-Henri),  né  à 
Arnstadt,  en  Thuiïr.ge  ,  le  19  février 
i63g,  termina  dans  cette  ville  son 
cours  d'humanités  ,  puis  se  rendit  à 
l'université  de  Iéna ,  pour  y  étudier  la 
médecine.  Il  suivit  de  préférence  les 
leçons  du  célèbre  Rolfink,  qui  présida 
sa  première  thèse  :  Ordo  et  methodus 
cognoscendi  et  curandi  causum  , 
1664.  Reçu  docteur  en  i667?Fasch 
obtint  en  1 670  la  chaire  de  botanique^ 
et  bientôt  après  celles  de  chirurgie  et 


lS2 


VAS 


d'anatomie.  Son  temps  fut  absorbe  par 
les  travaux  de  l'enseignement  ,  par 
une  pratique  très  étendue ,  et  par 
l'emploi  de  médecin  de  l'électeur  de 
Saxe,  de  manière  qu'il  ne  signala  par 
aucun  ouvrage  sa  carrière  professo- 
rale ,  qui  pourtant  fut  de  dix  sept  an- 
nées. Fascb  mourut  le  22  janvier  1690, 
ne  laissant  à  ia  république  littéraire 
que  le  faible  souvenir  des  disserta- 
tions ,  du  reste  fort  multipliées ,  dé- 
fendues sous  sa  présidence.  La  plus 
renommée  est  sans  contredit  celle 
que  soutint  le  5i  décembre  1681,  l'il- 
lustre Fiédéric  Hofman,  qui  a  été  plu- 
sieurs fois  réimprimée  :  Dexvzoyjipix. 
Parmi  les  autres ,  il  suffira  d'en  distin- 
guer un  petit  nombre  :  I.  De  morbo 
dominorum  et  domino  morborum , 
1670;  II.  De  vesicatoriis ,   1675; 

I I I .  De  myrrhd,  resp.  Baker,  1 67  7  ; 

IV.  De  casloreo ,  16775V.  De  ova- 
rio  mulierum,  resp.  Bertuch,  1681  ; 
VI.  av5pa£  pestilens ,  resp.  Slevogt  _, 
1681  ;  VII.  nzfjtoTiozçpIi)  siologicè  et 
■palhologicè  considérâtes ,  resp.  Ger- 
ber ,  1 685  ;  VIII.  De  amore  insano, 
resp.  Backhaus,  1686;  IX.  Ventri- 
culi*  scilicet  naturœ  coqui ,  cura 
circà  sustentanda  humani  corporis 
organa  et  viscera,  1 687  ;  X.  Defebre 
amatorid,  1690.  Jean  -  Guillaume 
Laier  a  publié  le  Programma  funèbre 
de  Auguste-Henri  Fasch,  Iéna,i69o, 
in-fol.  C. 

FASEL  (  Jean-Frederic  ) ,  né  le 
^4  juin  1 72 1 ,  à  Berka ,  dans  le  duché 
de  Weimar ,  étudia  la  médecine  à  l'u- 
niversité de  Iéna,  devint  un  des  disci- 
ples les  plus  distingués  du  savantChar- 
les-Frédéric  Kaltschmidt,  qui  présida 
sa  dissertation  inaugurale  :  De  san- 
çuinis  in  venam  portarum  congesii 
verd  naturd,  1 75 1 .  Fasel  m  crut 
point ,  comme  la  plupart  des  jeunes 
docteurs  ,  avoir  terminé  ses  études 
médicales.  Il  ne  vit  dans  son  diplôme 


FAS 

que  le  droit,  à  la  vérité  bien  précieux, 
de  joindre  la  pratique  à  la  théorie. 
Domine  en  1758  professeur  extraor- 
dinaire, et  en  1761  professeur  or- 
dinaire de  médecine,  il  remplit  ho- 
norablement ces  fonctions  jusqu'à  sa 
mort,  arrivée  le  16  février  1767.  Ses 
ouvrages ,  ou  plutôt  ses  opuscules , 
sont  en  très  petit  nombre.  Parmi  les 
thèses  défendues  sous  sa  présidence , 
il  en  est  une  non  moins  remarquable 
par  son  étendue  (  120  pages  iu-j".  ) 
que  par  la  méthode  lumineuse,  bien 
qu'un  peu  trop  scholastique,  et  par 
les  sages  réflexions  dont  elle  est  en- 
richie; mais  Fasel  prévient  lui-même 
qu'elle  a  été  composée  par  le  candidat 
Jérémie-Daniel  Brebis  :  De  morbis 
arteriarum ,  cum  suis  causis,  ejjec- 
tibus  ,  atque  signis  tam  diagnoslicis 
quant  prognoslicis  ,léna,  4  juin  1 757. 
IJneautre  dissertation, beaucoupmoins 
volumineuse  et  moins  intéressante,  se 
rattache  à  la  précédente ,  dont  elle  est 
en  quelque  sorte  le  complément  :  De 
arteriis  non  sanguiferis  ,  resp.  C.  F. 
C.  Cappe,  6  avril  1 765.  On  pourrait 
encore  citer  quelques  thèses  sur  la 
structurée  et  les  usages  des  poumons , 
sur  les  nerfs  exhalants ,  sur  l'absorp- 
tion ,  sur  l'éternuement  ;  sept  pro- 
grammes sur  l'ouraque ,  quatre  sur  les 
remèdes  cordiaux,  etc.  Fasel  donna 
en  1 764  une  édition  estimée  des  lus- 
litutiones  medicinœ  legalis  de  Teich- 
meyer.  Il  avait  rédigé  un  opuscule 
sur  la  même  matière,  qui  fut  public 
par  Chrétien  Rickmann  :  Elementa 
medicinœ forensis  prœlectionibus  ac- 
commodata,  léna,  1767,  in-.'i". , 
tiad.  en  allemand  par  Chrcticn-Gode- 
fioi  Lange,  Leipzig,  «7(>8,  in-8".  ; 
Wui/.ltourg,  1770,  in-S".         C. 

FàSOLO  (Jean),  en  latin  Fa- 
seolus ,  né  à  Padoue  dam  le  16'.  siè- 
cle, étudia  avec  succès  les  langues  et 
la  littérature  anciennes,  Il  commença 


FAS 
yers  i55a  à  donner  des  leçons  d'élo- 
quence à  l'université  ;  niais  il  ne  fut 
nomme'  professeur  en  titre  qu'en 
i5t>7 ,  après  la  mort  de  Robortcl , 
célèbre  humaniste.  Le  jour  de  son 
installation  il  voulut ,  suivant  l'usage , 
prononcer  un  discours  de  remercî- 
mcnt.  Apres  avoir  adressé  quelques 
compliments  à  l'assemblée,  la  mé- 
moire lui  manqua.  11  fit  de  vains  ef- 
forts pour  se  rappeler  son  discours  , 
et  fut  obligé  de  descendre  de  la 
chaire  sans  en  avoir  pu  dire  un  seul 
mot.  Cet  accident  l'exposa  aux  rail- 
leries de  ses  élèves ,  et  ils  s'en  per- 
mirent de  sanglantes.  Cependant  il 
ne  se  découragea  point ,  et  que/que 
temps  après  il  prononça  une  allocu- 
tion publique,  dans  laquelle  il  se  jus- 
tifia de  son  défaut  de  mémoire  par 
l'exemple  des  plus  grands  orateurs 
anciens  et  modernes.  Fasolo  mourut 
à  Padoue  au  mois  de  décembre  1571 
dans  un  âge  peu  avancé.  On  lui  doit 
la  première  traduction  latine  des 
Commentaires  de  Simplicius  sur  le 
traité  de  l'ame  d'Aristote,  Venise, 
i545,  in-fol.  Papadopoli  (Hist.  de 
Vuniv.  de  Padoue)  cite  encore  de 
Fasolo  trois  Lettres  latines  écrites  , 
dit-il ,  avec  autant  de  politesse  que 
d'élégance.  W — s. 

FASSONI  (Libérât  ) ,  savant  re- 
ligieux, mort  à  Rome  en  1767  ,  fut 
tellement  renfermé  dans  les  devoirs 
de  son  état  qu'on  ne  le  connaît  que 
par  les  charges  qu'il  remplit  et  les 
ouvrages  qu'il  a  publiés.  C'était  dans 
l'ordre  des  clercs  réguliers  des  écoles 
Pies  qu'il  avait  embrassé  la  vie  reli- 
gieuse. En  1754  il  était  professeur  de 
théologie  et  de  littérature  grecque 
dans  le  collège  de  Siniga^lia,  et  en 
même  temps  dans  le  séminaire  de 
cette  ville.  11  fut  ensuite  appelé  à 
Rome,  où  il  remplit  en  1755  et  1756 
la  chaire  de  théologie  dans  le  uou- 


FAT  i83 

veau  collège  que  les  piaristes  venaient 
d'y  obtenir.  Eu  1757  il  commença  à 
prendre  a  Romo  même  le  litre  de 
professeur  eméiite  ,  et  en  1758  il 
était  membre  de  la  congrégation  des 
Conciles  et  associe  de  l'académie 
étrusque  de  Cortone.  Ce  que  nous 
avons  pu  connaître  de  ses  innom- 
brables productions  consiste  dans  les 
Dissertations  suivantes:  I.  De  Leib- 
nitiano  rationis  prîncipio ,  in-fol., 
Sinigaglia ,  1  754  ;  IL  De  grœcd  sa- 
crarum  litterarum  editione  à  LXX 
interpretibus .  in-4'\,  Urbin,  17^4, 
réimprimé  à  Rome  avec  des  correc- 
tions et  des  additions  en  1758;  III. 
De  miraculis ,  adversus  Ben.  Spino- 
sam;  la  2P.  édition  augmentée  parut 
à  Rome,  in-fol.,  en  1755  ;  IV.  De 
voce  Homousion  ,  in  -  4%  Rome  , 
1755.  Il  y  fait  voir  que  ce  mot  ne 
fut  point  rejeté  ou  proscrit  par  le 
concile  d'Antioche;  V.  De  cidlu  Je- 
sui-  Christo  à  Magis  adhibito ,  ad' 
versus  Rich.  Simonium  et  Sam, 
Basnagium,  in-fol.,  Rome,  i"]56; 
VI.  De  puellarum  monasteriis  ca- 
none  38  Epaonensis  concilii  ce- 
lebratis,  1 767  ,  in-fol,;  VIL  De 
cognitione  S.  Joannis-Baptistœ  in 
matris  utero  exsultantis ,  adversàs 
Sam.  Basnagium,  Rome,  1757  ,  in- 
4°.  J  VIII.  De  veritaie  alque  divi- 
nitate  historiée  Magorum,  quœ  est 
apud  Malhœum ,  cap.  '2 ,  v.  1  - 1 3 , 
adversus  Collinsium,  Rome,  1758, 
in-fol.,  etc.  G — n. 

FATAH  (  Abou-Nasr  ),  fils  de  Mo- 
hammed ,  écrivain  arabe  d'Espagne  ou 
d'Afrique ,  s'adonna  avec  ardeur  à  l'é- 
tude des  belles-lettres  et  de  l'histoire 
littéraire,  voyagea  beaucoup,  et  fut  tué 
à  Maroc  en  5^9  de  l'hégire  (  1 1 55  de 
Jésus-Christ) ,  ou  plutôt  535  (  1  i4o- 
4i  ),  par  Tordre  d'Ali  ben  Yousef, 
roi  de  cette  ville.  Tels  sont  les  faibles 
renseignements    biographiques    que 


184  FAT 

Pou  possède  touchant  cet  auteur; mais 
nous  connaissons  mieux  ses  oui  i 
En  roi<  i  la  nomenclature  :  I.  Catiud 
tlt'if)  an ,  (colliers  et  or).  Ci  M  unehi* 
littéraire  d'Espagne  écrite  d'un 
itj  <•  relevé  ,  et  qui  se  divise  en  quatre 
parties.  La  première  esl  cens  ten 
princes  c»pagnols»musulmauj  qui  ont 
cultivé  la  poésie;  la  a*.,  iut  retirs, 
aux  grands,  aux  6t  riraini  ,  <  t  sus 
hommes  éloquent!  ;  la  5  . ,  aux  ea- 
dhis,  .ni\  jurisconsultes,  aux  oniV- 
mas  e\  auxsékls;]a  j  .,  aux  hommes 
de  lettres  ef  eux  poètes  les  plus  distin- 

I  .1   i'ultl.  miji.  possède  d<  u\  1:11 

uuscritsdc  cet  01  iris  donne4 

J.i  lisic  des  personnages  qui  j  occupent 
une  place  (  BibL  ar,  hisp,  t  II  .  Fa- 
i,ih  Sonne  ordinairement  de  long 

.  de  IV.  rirain  dont  il 
parle;  et  comme  ses  extraits  ton!  bits 
de  ^oût,  son  ouvrage  <st 
très  estimé  des  Arabes,  et  serait  très 
mile  pour  une  histoire  «le  ta  littérature 
arabe  -  espagnole!  IL  Dlouihmik 
mlanfom  ,  i  record  des  mt 
une  autre  histoire  littéraire  qui  m  di- 
vise en  trois  livres*  \.r  i".  traite  des 

i  n  i\.iiiis    et   (1rs    lioiniiK s   eloi|e<  nts  ; 

.  des  Gadhta  1 1  des  oulémas:  le 

r>'.  des  hommes  de  lettres.  Ibn  Kl:il- 
i  «ii  «  t  ll.iil)v  Kli.iir.i  (lisent  qu'il  existe 

trois  edilions  de  wtte  histoire  :   une 

le,  une  moyenne  <  t  une  petite) 

qu'elles  sont  très  eues,  (.es  011- 

i  font  honneur  su  ^oùt ,  A  la 
l'espril  de  Fata|u  J  — n, 
i  \  l  rUMÊQ  p  fille  unique  du  |  rc 
phèie  M  ihomet,  naquit  .i  la  M 
jv.ntt  que  K  t  imposteur  ne  mani  estât 
tendue  missipndii  ine<  L'an  i  de 
npèr<  i"  maria 
ion  cousin ,  (pu  fui  lepui 
i  e  était  alors  âgée  de  quim 
•don  les  unt,  on  de  d*\  huit  lelon  les 

.  Si  dot  :.'  i  dm  nis  on 

pièces  ^l'aigcnt,  dont  un  lien  lui  liuc 


FAT 

en  arpent  comptant,  on  tien  en 
mates  ou  senteurs ,  et  l'autre  tfc  i 
nippes  eten  meubles.  Quelques  auteurs 
disent  cependant  que  cette  dot  se 
composait  liroplemenl  de  donxe  onces 
de  plumes  d'autruches.  De  télés  mu- 
sulmans,  roulant  relever  l'excellence 
de  la  fille  de  leur  législateur,  racontent 
que  le  jour  ou  elle  fut  conduite  •>"  lit 
nuptial ,  le  marche  était  ainsi  dispo- 

tfabomet  mart  bail  le  premier, 
Fathimen  le  suivait ,  droite 

Taupe  Gabriel,  i  m  be  l'ange 

Michel,  lesquels  étaient  accompagnes 

i\,mte-ili\  mille  anges ,  qui,  <lis- 

tiilnies   en   plusii  nis   i  lueurs  ,   '  ban- 

taienl  les  louanges  de  Dtexk  Ali  eut 

trois   fils   (le   cette  cjiouse,    11- 

n  et  IMolisen  ,  mort  en  ba 
et  ne  prit  point  d'antre  femm 
qu'elle  vécut.  C'est  par  Pan  de  tes  Gis 

(jne   prétendait   descendre    de    l'.iîln- 

ineh  ,  l.i  dynastie  célèbre  <im  ■  |(,'k"^ 
en  Afrique  et  menu-  en  Syru  ,  al  dont 

les  princes  BOnl  connus  sous   le  nom 

de  kli.ilsles  Fathémites , d'après  !<"»• 
origine,  Kn  général ,  presque  : 
les  dynasties  qui  se  sont  établie! 
|*Isl  imisme,  et  que  nous  appelons 
alides  ou  chérifs,  Font  remonter  leur 
origine  à  l'un  des  fils  de  Fathiméh. 
G  tic  femme  célèbre  mourut  I  Me> 
dine,  six  mois  après  son  père,  dans 

un  .ire  |i»  n   i\  .niée.  .1 — N. 

I   UIOM.DI  III  I  B 

géomètre  ,  naquit  i   Bâlc  le  iti 

Mit  i     i()(i',.    Il    lut    (l(  \e   .i    (.(  Iie\e  , 

«i  reçu  bourgeois  de  »< ttc  ulie  en 
1678.  Il  demeure  quelque  i<  npa  « 
Paru  <  t  I  la  H  1  enauue  « 

Londres,  et  adopta  l'Angleterre  pour 
l'.iti ie.  Fatio  donna  de  bonne  I 

dis  |hi  n\(  s  d'un  génie  fécond  (  I  mu  • 

rond  :  i  dix-sept  ans.  il  écrivit  i 

m  une  lettrequî  renfermait  I 

d'une  tbéOI  ie  pOUf  la   ><  cliuclie  de  l.t 

distance  du  soleil  t  II  '  i  G  nue 


FAT 
hypothèse  pour  expliquer  les  appa- 
i  île  l'anneau  de  Saturne.  11  avait 

à  peine  vingt-quatre  ans  quand  la  so- 
ciété royale  de  Londres  lui  ouvrit  ses 
portes;  ei  il  aurait  été  académicien 

français  beaucoup  plus  jeune  encore, 

.si  sa  religion  ne  s  y  fût  opposée,  et 
si  Colbcrt,  Pabbé  Nicaise  et  l'abbé 
Catalan  eussent  pu  obtenir  de  vaincre 
l'obstacle  qui  ['éloignait  de  l'académie. 
Fatio  était  bon  mathématicien  ;  il  ai  -  *  î  r 
:  ic  propre  aux  découvertes  et  à 
l'invention.  Il  s'occupade  la  dilatation 
dois  prunelle  et  de  sou  resserrement} 
et  démontra  les  libres  de  l'uvée  anté- 
rieure ei  de  la  choroïde,  dans  une 

lettre  à   Manoîte,  du   i  ~>  avril   i(i8/|. 

Il  trouva  une  manière  de  travailler  les 

Verrei  des  télescopes,  un  moyen  de 

mesurer  la  vitesse  d'nn  vaisseau,  nu 

moyen   de  percer  les  rubis  et  de  les 

faire  concourir  au  perfectionnement 
des  montres  ;  indiqua  comment  «>u 
pourrait  profiter  du  mouvement  des 
«•aux  ,  occasionné  par  le  sillage  du 
vaisseau,  pour  moudre  le  blé,  scier, 

leur  les  ancres,  hisser  les  vcigucs, 
«te  Il  ima:  in.i  une  chambre  d'ob<  r- 
Vation  tellement  suspendue,  qu'on  pût 

facilement  observer  les  astres  dans  un 
vaisseau.  Fatio  a  mesuré  géométrique- 
ment  les  montagnes  qui  environnent 
Genève,  en  déterminant  leur  hauteur 
au-dessus  du  niveau  du  lac.  11  avait 

projeté  une  carte  du  lac  l.èman  ;  tous 

les  matériaux  <  n  étaient  prêts  ,  mais  il 

ne  l'a  pas  exécutée.  Fat  m  est  le  prin- 
cipal auteur  d'une  querelle  fameuse 
dans  l'histoire  des  mathématiques,  Le 

calcul  différentiel  venait  de  naîlre  : 
LéibnitZ  et  Newton,  par  l'entremise 
d'Oidetbbourg  ,  avaient  entretenu  un 

commerce  épistolaire  dans  lequel  ils 
s'étaient  communiqués  leurs  découver- 
tes respectives  ;  la  morl  d'(  Hdcmbourg 
avait  nus  (in  à  la  correspondance, 
mai*.  |es  deux  illustres  savants  nV 


FAT  iP>5 

raient  pas  cessé  de  s'estimer.  Ils  ne 
songeaient  point  à  se  disputer  une  dé- 
couverte qoi  deva$l  les  immortali- 
ser; Léibnitz  en  recueillait  paisible- 
ment tous  ies  honneurs,  tandis  «pie 
Newton  ,  préférant  son  repos  a  sa 

gloire  ,  semblait  oublier  les  droits  que 
SS  méthode  des  /huions  lui  donnait. 
Quelques  lettres  cuites  en  Angleterre, 

dans  lesquelles  Léibuitz  paraissait  s'at- 
tribuer exclusivement  l'invention  de 

son  calcul,  réveillèrent  l'attention dea 
savants  anglais.  Léibnitz  \  proposait 
encore  des  problèmes  difficiles,  et 

nommait  les  savants  dont  il  m  atten- 
dait la  solution  Fatio,  dit-on,  pique  de 
ne  pas  troim  r  son  nom  dans  la  listOj 
donna  le  signal ,  et  vengea  son  amour- 
propre  offensé,  en  élevant  des  doutes 

sur  la  propriété  que  Léibuitz  avait  au 
calcul  différentiel  :  il  déclara  haute- 
nu  m  que  ce  qu'il  possédait  de  cette 
nouvel!)  science  ne  lui  venait  pas  de 

LéibnitZ,  et  qu'il  reconnaissait  New- 
un  pour  en  être  le  p«<  mier  inventeur* 

LéibnitZ,  inculpe  SI  gravement,  sYu 

plaignit  à  la  société  ion  aie  de  Lon* 

dret  Les  journalistes  dé  Leipzig  pri- 
rent le  parti  de  leur  compatriote,  et 
attaquèrent  Newton  sans  ménagement. 
Keil  répliqua  avec  autant  de  mala- 
dresse que  d'injustice.  Les  plaintes  M 

renouvelèrent  à  la  société  i  ovale;  New- 
ton ,  toujours  tranquille  spectateur  de 

ce  qui  SC  passait ,  descendit  enfin  dans 
l'arène;  les  partis  se  prononcèrent , 
et  l'incartade  de    l\itio  eut  ainsi  des 

conséquences  qui  fixèrent  l'attention 

de  l'Europe  savante,  l'atio  jouissait 
de  l'«  Itime  de  tons  les  savants  de  son 
temps.  Il  avait  prouve  par  (les  travaux 
distingues  qu'il  n'en  était  pas  indigne, 
et  il  continuait  à  se  rendre  utile  SUX 
sciences,  quand  tout  à  coup  son  es- 

fuit  changea  de  direction  ,  et  moulu 
ecote  faible  par  lequel,  trop  souvent, 
l'homme  que  nous  avons  admire,  finit 


186  FAT 

par  exciter  notre  compassion.  î!  se 
déclara  zélé  partisan  des  Cnmisards 
ou  fanatiques  des  Cevennes  réfugies 
à  Londres,  qui  avaient  publie  le  re- 
cueil des  prédictions  de  leurs  prophè- 
tes. Ils  avaient  même  promis  de  res- 
susciter un  mort  :  le  miracle  manqua  , 
ce  qui  commença  à  les  discréditer  ; 
mais  ce  qui  acheva  de  ruiner  leur 
parti ,  ce  fut  le  ridicule  que  Shaftes- 
bury  répandit  sur  eux  dans  sa  Lettre 
sur  l'enthousiasme.  La  police  mit  fin 
à  ces  folies  en  septembre  î  707  :  Fa- 
tio ,  qui  s'était  fait  le  secrétaire  de  ces 
prophètes,  et  qui  avait  écrit  en  leur 
faveur,  fut  pris  avec  deux  autres  fa- 
natiques, et  ils  furent  tous  les  trois 
condamnés  au  pilori ,  quoi  qu'en  dise 
Sénebier  ,  exposés  debout  deux  jours 
différents ,  pendant  une  heure,  sur  un 
éehafaud ,  avec  cet  écriteau  attaché  au 
chapeau  :  Nicolas  Fatio  convicted 
for  abbeting  and  favouring  Elias 
Marion,  in  his  wicked  and  coun- 
trefait  prophéties,  and  causing  them 
to  be  printeg  and  published ,  to  ter- 
rify  the  que  en  s  people.  Redevenu 
libre,  Fatio  cessa  toutes  ses  études; 
il  se  mit  en  tête  de  convertir  l'uni- 
vers ,  et  entreprit  à  cet  effet  un  voya- 
ge en  Asie  pour  y  commencer  sa  ré- 
forme. De  retour  en  Angleterre,  il 
vécut  dans  l'obscurité,  et  mourut  dans 
le  comté  de  Worcester,  en  1753,  âgé 
de  près  de  quatre-vingt-dix  ans,  et  sans 
être  revenu  de  son  enthousiasme  pour 
les  prophètes.  On  a  trouvé  dans  son 
portefeuille  des  écrits  sur  la  mécani- 
que, l'astronomie,  l'alchimie,  la  ca- 
bale ,  les  inspirations,  etc.  Fatio  a  pu- 
λlié  :  I.  Lettre  à  Cassini ,  sur  une 
umière  extraordinaire  qui  paraît 
dans  le  ciel  depuis  quelques  années, 
in-8". ,  Amsterdam,  îGHf)  :  il  s'agit 
de  la  lumière  zodiacale;  11.  EpistOUt 
de  Mari  œneo  Salomonis ,  ad  Ber- 
iiardum,  in  qud  ostenditur  geometriœ 


FAT 

satisfieri  posse  mensuris  quœ  de  Ma- 
ri œneo  in  sacra  scriplurd  habentury 
Oxford,  1688;  IIÎ.  :  mit  Walls  im- 
proved ,  iu-4  .,  Londres,  169g.  Hôh- 
mer  lui  attribue  cet  ouvrage  anonyme 
qui  propose  une  nouvelle  espèce  de 
terrasses  ou  murs  inclinés  à  l'horizon 
pour  la  culture  des  fruits  en  espalier  ; 

IV.  Lineœ  brevissimè  descensûs  in- 
vestigatio  geometrica  duplex  ,  cui 
addita  est  investigatio  geometrica 
solidi  rotundi  in  quod  minima  fiet 
resistentia ,  in-4°. ,  Londres,  1^99; 

V.  la  Navigation  perfectionnée  ,  in- 
8".,i  728.  L'auteur  y  considère,  mieux 
qu'on  ne  l'avait  fait  encore ,  le  pro- 
blême pour  trouver  la  latitude  par 
deux  observations  de  la  hauteur  du  so- 
leil et  le  calcul  du  temps  écoulé  en- 
tre elles;  VI.  Excerpta  ex  sud  res- 
ponsione  ad  excerpta  ex  litteris  J. 
Bernoulli,  dans  les  Acta  Lipsiensia , 
1700;  VIL  Epistola  Nie.  Facii  ad 
Joh.  Christoph.  Facium  qud  vindi- 
cat  solutionem  problematis  de  inve- 
nlendo  solido  rotundo  seu  tereti  in 
quo  minor  sit  resistentia  (  Transact. 
phil.  ,1713).  On  trouve  dans  presque 
tous  les  numéros  du  Gentlemen  s  ma- 
gazine ,  pour  les  années  1737  et 
1 738,  des  écrits  intéressants  de  Fatio. 
Il  y  en  a  sur  la  parallaxe  du  soleil , 
sur  la  réfraction  causée  par  l'atmos- 
phère de  la  lune,  sur  la  gravitation 
universelle,  sur  les  orbites  stéréogra- 
phiques,  les  centres  de  gravité  et  l'hor- 
logerie. Il  eu  est  un  surtout,  dans  le 
N".  d'avril  1  738  ,  curieux  par  son  ob- 
j(t.  L'auteur  imagine  que  les  mouve- 
ments célestes  se  font  à  rebours  ;  il 
donne  un  système  rétrograde  du  mon- 
de, et  montre  ses  usages  pour  II  11.1- 
vigation  »t  l'astronomie. —  Fatio 
(Jean-Christophe),  géomètre,  frère 
aîné  du  précédent,  fut  aussi  membre 
de  la  société  royale  de  Londres.  Il 
eut  le  savoir  que  donne  le  travail  et 


FAT 

l'application;  et,  prive  du  génie  qui 
crée,  il  fut  obligé  de  suivre  les  routes 
tracées,  sans  pouvoir  s'en  ouvrir  de 
nouvelles.  Jl  a  fait  quelques  observa- 
tions sur  l'histoire  naturelle  des  en- 
virons du  lac  de  Genève;  elles  sont  à 
la  suite  de  l'histoire  de  cette  ville,  par 
Spon  (i),  encore  dit-cn  que  son  frère 
y  a  une  grande  part.  N — t. 

FATOUVILLE  ( de  ) ,  natif 

de  Normandie,  conseiller  au  parle- 
ment de  Rouen,  vivait  à  la  fin  du 
dix  -  septième  siècle  ,  et  a  travaille' 
pour  l'ancien  théâtre  italien.  Il  y 
donna  successivement,  de  1682  à 
1692  :  Arlequin  Mercure  galant  ; 
la  Matrone  d'Ephese ,  ou  Arlequin 
grapignan  ;  Arlequin  Lingère  du 
Palais  ,  Arlequin  Proihée  (  conte- 
nant une  parodie  de  Bérénice  );  Ar- 
lequin Empereur  dans  la  lune  (  pièce 
qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  Arle- 
quin Roi  dans  la  lune ,  de  M.  Bo- 
dard)  ;  Arlequin  Jason ,  ou  la  l'oi- 
son d'or  conquise;  Arlequin  Che- 
valier du  soleil;  Isabelle  médecin  ; 
le  Banqueroutier  ;  la  Fille  savante; 
Colombine  Avocat  pour  et  contre; 
la  Précaution  inutile  ;  le  Marchand 
dupé ,  et  Colombine  femme  vengée. 
Toutes  ces  comédies  étaient  en  trois 
actes  :  les  quatre  dernières  sont  in- 
sérées en  entier  dans  le  Théâtre  ita- 
lien de  Gherardi  ,  1700  ,  G  vul. 
in- 12.  Le  même  recueil  comprend  les 
scènes  ies  plus  remarquables  des  dix 
autres  comédies  de  Fatouville,  qui  au 


(1)  11  y  rapporte  (pag.  458  de  l'édit.  iu-4°.  )  tine 
mesure  : ri{<  numétrique  de  la  distance  de  son  châ- 
teau de  Ouillicr,  au  sommet  du  Mont-Blauc,  connu 
alors  a  Gcuève  sous  le  nom  de  montagne  maudite. 
Il  trouva  cette  di;.  lance  de  4'-  o5A  toises,  et  d' An- 
ville  a  fait  usage  de  cette  détermination  dans  son 
Analyse  géographique  de  l'Italie.  Fatio  évalua 
la  hauteur  du  Mont-Blanc  «  a  2000  toises  de  France 
»  pour  le  moins  ,  pardessus  le  niveau  de  la  surface 
»  du  lac,  »  et  il  est  remarquable  que  cette  évalua- 
tion, grossière  en  apparence,  et  la  plus  ancienne 
qui  ait  été  faite  ,  n'est  qoe  de  278  toises  au-dessous 
de  celle  de  Sausmre  ,  et  se  rapproche  encore  da- 
yaatage  des  calcul*  plus  récents. 


F  AU  187 

reste  n'a  pas  mis  son  nom  à  ses  ou- 
vrages. Gherardi,  en  tête  des  mor- 
ceaux qu'il  nous  a  conservés  ,  n'a  mis 
que  l'ini.ialeD.  La  seconde  des  pièces 
de  Fatouville  a  été  imprimée  à  part 
sous  le  titre  de  Grapinian  ou  Arle- 
quin procureur ,  \&6^,'m-\'i.  Cette 
pièce  eut  un  tel  succès  dans  le  temps, 
que  Bayle  ne  dédaigna  pas  d'en  par- 
ler dans  ses  Nouvelles  de  la  répu- 
blique des  lettres  ,  avril ,  1684  >  ar~ 
ticle  7  (  ou  OEuvres  diverses ,  tom.  1 , 
pag.  5ç)  ).  Du  Gérard,  auteur  des  Ta- 
bles alphabétique  et  chronologique 
des  pièces  représentées  par  V ancien 
théâtre  italien  (  1760,  in-8°.  ),  at- 
tribue à  un  anonyme  qu'il  désigne  par 
l'initiale  D,  le  Marchand  dupé,  la 
Fille  savante  et  la  Précaution  inu- 
tile ;  mais  il  n'hésite  pas  à  nommer 
Fatouville  comme  auteur  des  onze  au- 
tres pièces.  A.  B — t. 

FATTORE  (le).  Voy.  Penni. 

FAU  (  Jean  -Nicolas),  en  latin 
Fagius ,  religieux  minime,  né  à  Be- 
sançon vers  la  fin  du  16e.  siècle, 
fut  nommé  provincial  de  son  ordre 
en  Allemagne,  passa  ensuite  avec  le 
même  litre  dans  la  Gastille,  et  de  là 
à  Naples,où  il  mourut  le  16  juillet 
1 655.  Il  est  auteur  de  plusieurs  ou- 
vrages ascétiques  en  vers  latins,  dans 
lesquels  on  trouve  assez  de  facilité  et 
d'élégance  pour  faire  regretter  qu'il 
n'ait  pas  employé  son  talent  à  des 
compositions  d'un  intérêt  plus  géné- 
ral. Parmi  les  ouvrages  du  P.  Fan  on 
citera  les  suivants  :  I.  Spéculum  vi- 
gilantium  ,  memoria  dormientium  , 
seu  funebris  poesis  ad  instar  of- 
ficiijidelium  defunctorum  ,  Prague , 
i64o,  in- 12.  C'est  un  petit  poëine 
dont  toutes  les  parties  sont  calquées 
sur  celles  de  l'office  des  morts  ;  II. 
S.  Maria  lïberatrix  ,  causa  nos~ 
trœ  lœlitiœ  seu  pacifica  poësis  can~ 
tans  officium  parvum  S.  Mariœ  x 


i88  F  AU 

Munich,  i644*  in- 12,  Gg.  de  Sade- 
ïcr;  III.  Florida  corona  boni  mi- 
litis  seu  encomia  P.  Gasparis 
Boni  ord.  Minim.  provincialis,  Mu- 
nich ,  1602,  in  -8".  Ce  volume  ren- 
ferme l'éloge  des  quinze  vertus  pra- 
tiquées principalement  par  le  P.  Bon. 
A  la  suite  de  chaque  discours  est 
un  hymne  sur  le  même  sujet  et  une 
prière  «à  J,-G.  Le  frontispice  qui  dé- 
core le  volume  est  gravé  par  Sade- 
ler.  W— s. 

FAUCCI  (Charles),  né  à  Flo- 
rence en  1729,  alla  s'établir  à  Lon- 
dres ,  où  il  a  travaillé  long -temps 
pour  Boydell.  On  a  de  lui  une  Bac- 
chanale et  un  Couronnement  de  la 
Vierge  d'après  Rubens  :  ce  dernier 
sujet  est  le  même  qui  avait  été  gravé 
par  Pontius  ;  une  Naissance  de  la 
Vierge  et  une  Adoration  des  ber- 
gers d'après  P.  de  Cortone;  un  Mar- 
tyre de  S.  André  d'après  Carlo 
Dolce.  Avant  de  passer  en  Angle- 
terre ,  cet  artiste  avait  gravé  à  Flo- 
rence plusieurs  morceaux  du  re- 
cueil de  la  galerie  du  marquis  de 
Gerini.  P — e. 

FAUCHARD  (Pierre),  chirur- 
gien-dentiste ,  né  en  Bretagne  à  la 
fin  du  17e.  siècle,  mort  à  Paris  le 
v.i  mai  1761.  Il  étudia  son  art  sous 
Alexandre  Potcleret ,  chirurgien-ma- 
jor des  armées  navales ,  et  s'établit  à 
Nantes,  où  il  acquit  une  réputation 
qui  le  fit  appeler  à  Paris.  Des  talents 
supérieurs  dans  une  branche  de  l'art 
de  guérir  abandonnée  aux  ignorants 
et  aux  charlatans,  le  placèrent  bientôt 
an  premier  rang  et  le  rendirent  cé- 
Jèbre  dans  la  capitale.  L'habitude  de 
l'observation  que  Fauchard  av.:i t  <  on- 
tractée  dès  sa  jeunesse,  lui  ayant  bit 
réfléchir  que  jusqu'à  lui  la  M  ienec  du 
dentiste  ne  s'était  transmise  ,  pour 
ainsi  dire,  que  par  tradition  orale  et 
par  l'expérience  manuelle,  il  entre* 


F  AU 
prit ,  sur  îa  théorie  des  maladies  des 
dents  et  des  opérations  qui  leur  con- 
viennent, un  ouvrage  ex  professo, 
publié  pour  la  première  fois  en  1718 
sous  ce  titre:  Le  Chirurgien- Den- 
tiste ,  ou  Traité  des  Dents ,  où  Von 
enseigne  les  moyens  de  les  entrete- 
nir propres  et  sames,  de  les  embel- 
lir, d'en  réparer  la  perte  et  de  re- 
médier à  leurs  maladies ,  à  celles 
des  gencives  et  aux  accidents  qui 
peuvent  survenir  aux  autres  parties 
voisines  des  dents ,  avec  !\i  plan- 
ches en  taille-duuce,  'i  vol.  in- 12. 
Ce  livre  a  été  réimprimé  en  i74G,et 
après  la  mort  de  l'auteur,  en  1 786.  Il 
obtint,  lorsqu'il  parut ,  l'approbation 
des  anatomistes,  des  médecins  et  des 
chirurgiens  les  plus  instruits ,  et  sou- 
tient encore  aujourd'hui  sa  grande 
réputation.  Les  imperfections  qu'on 
y  rencontre  attestent  les  progrès  de 
l'art  ,  et  l'ouvrage  néanmoins  sera 
consulté  avec  avantage  par  tous  ceux 
qui  voudront  être,  comme  Fauchard, 
de  bons  chirurgiens-dentistes.  Avant 
cet  auteur  il  n'existait  aucun  écrit  qui 
enseignât  la  manière  de  limer,  tail- 
ler, plomber  les  dents;  sur  l'art  d'en 
fabriquer  d'artificielles,  d'exécuter  des 
dentiers  simples  ou  doubles  ,  et  de 
placer  des  obturateurs  au  palais.  Il 
en  a  imaginé  cinq  différents,  qu'il 
employait  et  qui  s'emploient  encore 
avec  succès.  Fauchard  a  décrit  avec 
exactitude  les  abcès  qui  attaquent  la 
substance  intérieure  des  dents  sans 
en  altérer  la  substance  corticale.  On 
peut  regarder  ce  chirurgien  comme 
le  créateur  de  l'art  du  dentiste. 
M.  Suc  le  jeune,  dans  son  éloge  de 
Detaintjdit  que  cet  habile  écrivain 
ne  fut  pis  inutile  à  Fauchard  dans 
la  rédaction  de  son  ouvrage.  Celte 
assertion ,  fût  -  elle  même  prouvée  , 
ne  diminuerait  en  rien  le  mérite  de 
Fauchard  comme  inventeur.  F — a* 


FAU 
FAUCHER  (  Denis  ) ,  bénédictin , 
ftaquit  à  Arles  en  1487.  Il  embrassa 
Ja  vie  religieuse  au  monastère  de  Po- 
linore  eu  Italie ,  et ,  ayant  acquis  par 
ses  talents  et  sa  conduite  l'estime  de 
ses  supérieurs ,  fut  envoyé'  pour  éta- 
blir la  réforme  dans  les  maisons  de 
l'ordre  situées  en-deçà  des  monts.  11 
mourut  à  l'abbaye  de  Lerins  en  1 56a , 
dans  un  âge  très  avancé.  On  a  de  lui  : 
I.  Ecloga  de  Laudibus  insulœ  Le- 
rinensis.  Elle  a  été  imprimée  à  la 
«uite  du  poëme  de  Grégoire  Gortese  , 
De  situ  et  Laudibus  sacrée  insulœ 
Lerinœ ,  Paris ,  1 597 ,  in  -8°. ,  et  dans 
la  Chronique  de  cette  abbaye,  par 
Barrai.  II.  De  contemptu  morlis  ele- 
gia ,  imprimée  à  la  suite  du  précé- 
dent ;  III.  La  Préface  du  Traité  de 
S.  Eucher ,  De  Laudibus  eremi ,  et 
celle  de  l'Instruction  de  S.  Faust ,  ad 
Monachos,àans  i'édition  de  ces  deux 
ouvrages,  Paris,  1578,  in-8^.  ;  IV. 
Annalium  Provinciœ,  libri  V.  L'ori- 
ginal de  cette  histoire  de  Provence  se 
trouvait  dans  la  bibliothèque  du  mar- 
quis d'Aubais;  mais  la  vanité  en  avait 
fait  altérer  plusieurs  passages  et  ajouter 
d'autres.  Plusieurs  personnes  pensent 
que  cet  ouvrage  n'est  pas  de  Faucher, 
par  la  raison  que  Barrai  n'en  a  fait 
aucune  mention  daus  la  vie  de  ce  re- 
ligieux. V.  Quelques  pièces  de  vers 
peu  intéressantes.  Dom  Jean-Augustin 
Gradenigo ,  bénédictin  de  la  Congré- 
gation du  Monl-Cassin ,  a  inséré  des 
Mémoires  en  italien  sur  la  vie  de 
Denis  Faucher,  dans  la  Nova  Rac- 
colta  d'opuscoli  scientijici  de  Calo- 
gerà,  Venise,  1759,  in-12. 

W—  s. 
FAUCHER  (  Jean  ) ,  médecin  ,  né 
à  Mîmes  en  iôoo,  ne  se  livra  pas  ex- 
clusivement à  l'exercice  de  sa  profes- 
sion: il  cultiva  en  même  temps  la  scien- 
ce de  l'antiquité  et  la  belle  littérature, 
et  acquit  dans  Tune  et  dans  l'autre 


FAU  189 

des  connaissances  profondes.  II  savait 
parfaitement  non-seulement  le  grec  et 
le  latin ,  mais  aussi  l'hébreu  et  l'arabe. 
Il  traduisit  de  cette  dernière  langue 
en  latin  les  Cantica  Avicenni ,  et  pu- 
blia cette  version  avec  un  commen- 
taire et  des  notes  qui  déposent  de  sa 
vaste  érudition.  Estimé  des  savants 
de  son  temps ,  il  dut  à  son  mérite  la 
protection  spéciale  et  l'amitié  du  car- 
dinal d'Armagnac ,  qui  fut,  comme  on 
sait,  l'appui  des  gens  de  lettres  dignes 
de  cette  faveur.  V.  S — l. 

FAUCHET  (  Claude  ) ,  historien , 
naquit  à  Paris  en  1529.  Il  s'appliqua 
de  bonne  heure  à  l'étude  de  nos  an- 
ciennes chroniques ,  et  en  fit  des  ex- 
traits dont  la  publication  lui  paraissait 
devoir  répandre  un  grand  jour  sur  les 
premiers  temps  de  la  monarchie.  On 
ignore  la  plupart  des  circonstances  de 
la  vie  de  Fauchet  ;  mais  on  est  certain 
qu'il  habitait  Marseille ,  puisqu'il  y 
avait  transporté  une  partie  de  ses  li- 
vres et  de  ses  manuscrits  qui  furent 
pillés  dans  une  émeute ,  de  sorte  qu'il 
perdit  en  un  instant  le  fruit  des  tra- 
vaux de  son  plus  bel  âge.  Il  s'attacha 
ensuite  au  cardinal  de  Tournon  ,  qui 
l'emmena  en  Italie  en  i554  :  il  le  dé- 
pêcha plusieurs  fois  au  roi  pour  lui 
porter  des  nouvelles  du  siège  de 
Sienne.  Cette  circonstance  le  fit  con- 
naître à  la  cour  ;  il  y  trouva  des  pro- 
tecteurs, et  il  obtint  enfin,  par  leur 
crédit ,  la  place  de  premier  président 
de  la  chambre  des  monnaies.  Il  reprit 
alors  des  études  pour  lesquelles  il  avait 
toujours  conservé  un  goût  très  vif; 
il  rassembla  ses  notes  éparses  ,  rem- 
plit les  lacunes  qui  s'y  trouvaient  en 
s'aidant  de  sa  mémoire  et  des  livres 
qu'il  avait  recouvrés ,  et  publia  suc- 
cessivement plusieurs  petits  ouvrages 
qui  eurent  assez  de  succès.  Il  avait 
grand  soin  d'en  décorer  le  frontispice 
du  nom  du  roi  ou  de  quelques  grands 


i,,o  F  AU 

seigneurs  dont  il  espérait  en  retour 
quelque  libéralité;  mais  ce  moyen  ne 
lui  réussit  pas  ,  puisqu'il  se  vil  obligé, 
en  i5()9,  de  vendre  sa  charge  pour 
payer  ses  dettes  ;  il  était  alors  â^é  de 
soixante-dix  ans.  Lelong  rapporte  que 
Fauchet  étant  allé,  cette  année-là,  à 
Saint  -  Germain  j  pour  présenter  à 
Henri  IV  un  exemplaire  de  la  nou- 
velle édition  de  ses  antiquités  gau- 
loises ,  le  roi  le  remercia  froidement , 
et  lui  dit  par  moquerie  ,  qu'il  avait 
fait  placer  son  buste  en  pierre  dans 
une  des  niches  du  nouveau  bâtiment. 
Fauchet ,  de  retour  à  Paris ,  adressa 
à  Henri  IV  un  placet  qui  commence 
ainsi  : 

J'ai  trouvé  dedans  Saint-Germain 
De  mes  longs  travaux  le  salaire  ; 
Le  roi  île  pierre  m'a  fait  faire. 
Tant  il  est  courtois  et  humain; 
S'il  pouvait  aussi  bien  de  faim 
Me  garantir  'me  mon  image  , 
Oliî  que  j'aurais  fait  bon  voyage!  (i) 

Le  roi  rit  beaucoup  de  celte  plaisan- 
terie, et  accorda  à  Fauchet  une  pen- 
sion de  six  cents  écus ,  avec  le  titre 
d'historiographe  de  France.  11  n'en 
jouit  pas  long-temps ,  étant  mort  a 
Paris  vers  la  fin  de  l'année  1601. 
Fauchet  est  un  historien  impartial  et 
d'une  fidélité  scrupuleuse  :  ses  ou- 
vrages contiennent  des  faits  impor- 
tants ,  et  qu'on  chercherait  vainement 


(T  Lamare  ,  cité  par  Joly  dans  ses  Remarquer 
sur  Bar  le,  rapporte  autrement  cette  anceiloïc  ; 
il  prétend  que  Faucbet  ayant  f.iil  circuler  so.i 
buste  en  marbre  par  un  sculpteur  de  Paris  .  il  ne 
ir  trouva  pas  eu  elnt  «le  le  |>  yer.  et  <|iie  le  roi , 
qui  1  lier»  hait  des  curiosités  pour  S-iul-Ger  m.i  in  , 
ayant  va  celte  télé  vénérable  et  île  belL 
tentaliun,  I  acheta  el  la  (il  metlie  avec   d'autre* 


dans  ses  jardi 


t  comme,   ajoute  Lamare,   le 


iuanclial  de  bouilli. n   invita   un  jour   le  roi  »  faire 

du  bien  a  Faut  bel  ,  el  île  se  souvenir  de  lin 

v  tre-iaiiit-^rii .  «lit  Himiii  IV.  ]<-   m'en    su^ 

n  un      je  Pi  1  l.ill  meure   liai. s  mou  j    rdin  d< 

,  (.•  nu  »  »  •  1    1.  Ce  que  Faut- lie:  ayant  mi  .  il  coapco 

les  vers  qu'on   a  «iies  plus  baol    Mail  m  Kavcbel 

avait  lait  rléf    I      I  "ii  buste  en  iti.i i  l>r.-, 

il  n  aurait  pas  dit  que  |ni  l'avait  lait 

U  y  aurait  eu  il 'aillei.it  lui  n  île  la 
ni,   homme  .iui»i   pain  re  .j 

ne   son    buit      euil  Savoir  s'il 
t   le  payer.   Cet   raisons   non 
lire.it    de    Jti.in^,   «Jorjl    ti.utev    lei    i  ir.  "UlUUCC* 

k  Ufreutd  ailleurs  rien  que  de  très  naturel. 


FAU 

ailleurs  ;  mais  il  manque  de  goût  et  de 
critique,  et  son  style  est  grossier, 
même  pour  le  temps  où  il  a  écrit. 
On  sait  que  Louis  XIII  fut  tellement 
rebuté  par  les  OEuvres  de  Fauchet , 
que  depuis  ce  temps-là  il  n'ouvrait 
plus  de  livre  qu'avec  une  extrême  ré- 
pugnance. Si  cette  anecdote  prouve 
qu'on  choisissait  mal  les  lectures  de 
ce  prince,  elle  peut  prouver  aussi  de 
quelle  estime  jouissaient  les  OEuvres 
de  Fauchet ,  puisque  les  précepteurs 
du  roi  lui  en  conseillaient  l'étude.  La 
liste  de  ses  ouvrages  complétera  cet 
article  :  I.  les  antiquités  gauloises 
et  francoises  ,  contenant  les  choses 
advenues  en  Gaule  depuis  Van  du 
monde  33^9,  jusqu'à  Clovis ,  Paris , 
1 579,  in-4°.*,  2e.  édition ,  augmentées 
de  3  livres ,  contenant  les  choses  ad- 
venues jusqu'à  Van  "jSi  ,  et  de  la 
Fleur  de  la  maison  de  Charlemu- 
gne,  contenant  les  faits  de  Pépin 
et  ses  successeurs  jusqu'à  Van  840 , 
Paris,  1 599  et  1 60 1 , 2  vol.  in-8  \;  Dé* 
clin  de  la  maison  de  Charlemagne, 
contenant  les  faicts  de  Charles- 
'le -Chauve  et  ses  successeurs,  de- 
puis Van  840  jusqu'à  Van  987  , 
Paris ,  1 602 ,  in-8°.  Ce  volume  est 
une  suite  nécessaire  des  deux  précé- 
dents. II.  Recueil  de  l'origine  de  la 
langue  et  poésie  francoises ,  ryme 
et  romans  ;  plus ,  les  noms  et  som- 
maires des  OEuvres  de  127  poètes 
francois  vivants  avant  Van  1 3oo  , 
Paris  ,  Pâtisson  ,  1  58i  ,  in-4". ,  édi- 
tion rare  et  recherchée  d'un  ouvrage 
très  curieux.  Duverdier  en  a  inséré* 
bien  <!<••>  articles  dans  sa  Bibliothèque 
fninroise.  111.  Delà  ville  de  Paris, 
et  pourquoi  les  rois  l'ont  choisie 
pour  leur  capitale,  Parts,  |5qo  et 
i<)(>7  ,  in-.j'  .  ;  IV.  Origine  des  di- 
gnités et  magistrats  de  France , 
Parts,  1600  ,  in-8". ,  édition  rare; 
V.  Origine  des  chevaliers,  armoi- 


FAU 

ries  et  lier  aux  ,  Paris ,  1600  ,  in-8°. 
rare.  Cet  ouvrage  se  trouve  ordi- 
nairement réuni  au  précédent.  VI. 
Traité  des  libertés  de  l'église  gal- 
licane ,  Paris  ,  1608;  in-8'.  Fauchet 
avait  composé  cet  ouvrage  en  i5qi  , 
pour  répondre  aux  bulles  fulminées 
par  Grégoire  XIII  contre  Henri  IV 
et  les  Français  qui  l'avaient  reconnu 
pour  leur  souverain  légitime.  11  est 
mal  digéré ,  dit  Lelong ,  mais  plein  de 
choses  curieuses.  Les  ouvrages  qu'on 
vient  d'indiquer  ont  été  réunis  sous 
le  titre  d' OEuvres  de  jeu  Claude 
Fauchet,  Paris,  161  o,  1  vol.  in-4°. 
Cette  édition  a  été  contrefaite  à  Ge- 
nève en  161 1  ;  mais  on  ne  trouve 
pas  dans  cette  contrefaçon  le  Recueil 
de  V origine  de  la  poésie  françoise. 
VII.  tes* OEuvres  de  Tacite,  trad.  en 
français ,  Paris ,  1 582  ,  in-fol.  ;  1 583, 
in-4°.  ;  1 584  ?  in  8°.  Les  cinq  pre- 
miers livres  des  Annales  ont  été  tra- 
duits par  Laplanche  (  ^.Laplanche). 
Huet  dit  que  Fauchet  l'emporte,  par 
la  fidélité  et  l'intelligence  du  texte, 
sur  tous  les  traducteurs  qui  l'avaient 
précédé.  VIII.  Dialogue  des  Ora- 
teurs (attribué  à  Tacite  ou  à  Quin- 
tilicn  ) ,  nouvellement  mis  en  fran- 
çois ,  Paris .  1 585  ,  in-8".  Fauchet 
annonçait  une  suite  à  son  Histoire 
de  la  poésie  françoise  ;  mais  ce  pro- 
jet est  resté  sans  exécution.  Il  avait 
terminé  en  i584  ,  suivant  Lacroix 
du  Maine  ,  un  Traité  du  duel  ou 
combat  singulier,  qui  n'a  point  été 
publié.  W — s. 

FAUCHET  (Claude),  né  dans  le 
Nivernais  en  1744?  embrassa  l'état 
ecclésiastique  ,  et  fut  d'abord  pré- 
cepteur des  enfants  du  marquis  de 
Choiseul ,  frère  du  ministre  ;  il  entra 
ensuite  dans  la  communauté  des  prê- 
tres de  Saint-Roch ,  à  Paris.  Une  aven- 
ture qui  eut  quelque  éclat  dans  le 
temps ,  lui  attira  uu  interdit  de  l'ar- 


FAU  191 

chevêque  de  Paris;  mais  celte  dis- 
grâce ne  nuisit  point  à  sa  fortune. 
Ayant  eu  l'honneur  de  prêcher  devant 
le  roi,  il  obtint  l'abbaye  de  Mont- 
fort,  et  devint  grand  vicaire  de  Bour- 
ges ,  sous  M.  de  Phelipeaux.  Il  pro- 
nonça l'oraison  funèbre  de  ce  prélat, 
mort  à  la  fin  de  1 786 ,  et  cclie  de 
M.  îe  duc  d'Orléans,  Louis-Philippe  , 
petit-fils  du  régent.  On  a  de  plus  de 
lui ,  et  à  la  même  époque ,  un  Dis- 
cours sur  les  mœurs  rurales.  La  ré- 
volution vint  lancer  Fauchet  sur  un 
plus  grand  théâtre.  11  en  adopta  les 
principes  avec  enthousiasme;  ardent, 
doué  de  plus  d'imagination  que  de  ju- 
gement et  de  prudence,  il  se  jeta  dans 
le  tourbillon.  Il  prononça  en  1789 
et  les  deux  années  suivantes,  des  dis- 
cours où  l'on  trouve  quelquefois  d'as- 
sez beaux  morceaux,  et  des  vérités 
assez  fortes  à  côté  des  plus  graves 
erreurs.  Son  Discours  sur  la  religion 
nationale  est  de  ce  genre  :  il  y  pro- 
fesse sur  l'autorité  de  l'église,  relati- 
vement au  mariage ,  des  principes 
assez  sains.  Trois  Discours  sur  la, 
liberté ,  un  autre  sur  l'accord  de  la 
religion  et  de  la  liberté,  une  Orai- 
raison  funèbre  de  l'abbé  de  VEpée, 
un  Eloge  civique  de  Franklin ,  mon- 
trent de  plus  en  plus  le  progrès  des 
idées  révolutionnaires  dans  la  tête  de 
l'auteur.  Dans  l'éloge  de  l'abbé  de 
l'Epée,  prononcé  à  Saint-Etienne-du- 
Mont  ic  i5  février  1790  ,  il  détaille 
assez  bien  les  procédés  et  les  services 
du  célèbre  instituteur  des  sourds- 
muets;  mais  on  pourrait  trouver  qu'il 
n'a  pas  toujours  séparé  avec  justesse 
ce  qu'il  y  avait  de  louable  dans  cet 
homme  bienfaisant,  de  ce  que  l'église 
avait  droit  de  reprendre  en  lui.  ÏE~ 
loge  civique  de  Franklin  est  encore 
plus  répréhensible,  et  Fauchet,  qui 
avait  mérité  d'être  membre  de  la  com- 
mune de  Paris,  y  oublie  trop  fré- 


i9*  F  AU 

quemment  les  principes  de  la  reli- 
gion dont  il  était  le  ministre.  Sous 
prétexte  de  combattre  le  fanatisme  et 
la  superstition,  il  mène  son  lecteur 
à  l'indifférence  pour  la  croyance  ,  et 
pour  louer  Franklin  sans  restriction  , 
il  dénature  renseignement  de  l'église. 
Cet  éloge  fut  prononcé  le  1 i*  juillet 
1 790.  Fauchet  figurait  alors  dans  les 
clubs ,  et  rédigeait  un  journal  (  la  Bou- 
che de  Fer  )  tout-à-fait  dans  le  sens 
révolutionnaire,  travestissant  l'Evan- 
gile pour  le  ployer  aux  idées  dé- 
magogiques. Son  zèle  méritait  une  ré- 
compense. La  constitution  civile  du 
clergé  vint  lui  en  offrir  une,  et  le 
département  du  Calvados,  où  per- 
sonne ne  le  connaissait,  le  choisit 
pour  son  évêque.  11  fut  sacré  en 
cette  qualité  le  ier.  mai  1791.  On 
dit  qu'il  se  signala  dans  son  dépar- 
tement par  des  extravagances.  Ap- 
pelé à  l'assemblée  législative  qui  sui- 
vit la  constituante  ,  il  y  vota  pour 
qu'on  ne  fît  aucun  traitement  aux 
prêtres  insermentés ,  attendu,  disait- 
il  ,  qu'on  ne  doit  pas  payer  ses  en- 
nemis. Le  6  avril  1792,  lorsqu'un 
décret  fut  rendu  pour  supprimer  tout 
costume  ecclésiastique  ,  Fauchet  se 
hâta  de  déposer  sur  le  bureau  sa  ca- 
lotte et  sa  croix,  et  ses  confrères  imi- 
tèrent son  exemple;  c'était  le  Ven- 
dredi-Saint. Cependant  il  paraît  que 
lorsque  Fauchet  vit  la  chute  du  trône, 
et  qu'il  ne  put  plus  se  méprendre  sur 
le  but  du  parti  dominant  contre  la  re- 
ligion .  il  prit  une  marche  un  peu  ré- 
trograde. Il  se  déclara  contre  le  ma- 
riage des  prêtres  par  un  mandement 
public.  Son  discours  lors  du  procès 
de  Louis  XVI,  est  courageux  pour 
le  temps  où  il  a  été  prononcé.  Il 
combattit  fortement  ceux  gui  vou- 
laient la  mort  du  roi ,  et  leur  dit  des 
vérités  assez  hardies,  qu'il  entre- 
mêla pourtant  des  phrases  alors   en 


F  AU 

usage  contre  le  tyran  et  la  tyrannie. 
Dans  les  différents  appels  nominaux 
qui  terminèrent  ce  procès  mons- 
trueux, il  vota  toujours  pour  le  parti 
le  plus  favorable.  Sur  cette  question  : 
Louis  est-il  coupable  ?  il  répondit  : 
«  Oui ,  j'en  suis  convaincu  ,  com- 
»  me  citoyen  ;  je  le  déclare  comme 
»  législateur  ;  comme  juge ,  je  n'en 
»  ai  pas  la  qualité,  je  ne  prononce 
»  rien.»  Il  admit  l'appel  au  peuple,  le 
sursis,  vota  pour  la  détention  et  le 
bannissement  à  la  paix,  et  soutint 
son  opinion  avec  courage  dans  le 
Journal  des  Amis ,  qu'il  rédigeait 
alors  Depuis ,  Fauchet  s'éloigna  de 
plus  en  plus  du  parti  dominant  ;  il  s'at- 
tacha aux  fédéralistes  et  succomba  avec 
eus.  On  l'accusa  de  complicité  avec 
Charlotte  Corday,  qu'il  n'avait  fait 
qu'introduire  dans  les  tribunes  des 
séances  de  la  Convention  (  V.  Cor- 
day ).  Envoyé  à  la  Conciergerie  ,  il  y 
trouva  un  prêtre  vertueux  ,  dont  les 
entretiens  le  firent  rentrer  en  lui- 
même.  Voici  ce  qu'on  lit  à  son  égard 
dans  les  Annales  catholiques  ,  tom. 
IV,  pag.  169  :  «  Pour  Fauchet,  je 
»  peux  vous  dire  positivement  qu'il  a 
»  abjuré  non  seulement  ses  erreurs 
»  sur  la  constitution  civile  ,  mais  aussi 
»  ce  qu'il  a  prêche*  dans  le  temps  à 
»  l'église  Noire-Dune,  ce  qu'il  a  dé- 
»  bité  dins  son  club  dit  la  Bouche  de 
»  fer  sur  la  loi  agraire  ,  !^  »  rmon  de 
»  Franklin,  etc. ,  qu'il  a  fait  abjuration 
»  do  ;  1  erreurs:  qu'il  révo- 

»>  quait  son  serment  impie  et  son  in- 
»  trnsion,  après  avoir  ûil  sa  profes- 
»  non  «le  foi;  ce  qui  occasionnait  de» 
1  murmures  entre  le»  gendarmes  qui 
»  étaient  présents,  qui  me  disaient 
»  tout  haut  que  je  serais  an  premier 
»  jour  guillotiné  comme  loi.  L'abbé 
»  Fauchet,  après  s'être  « 
»  entendu  lui-même  Mlle  ry  en  eonfes- 
»  siuu.  »    (  Extrait  d'une  lettre  de 


FAU 

l*abbé  Lolhringer,  du  27  juillet  1797, 
dans  le  journal  ci-dessus.)  Traduit  au 
tribunal  révolutionnaire  avec  vingt 
autres  députés,  Fauchet  y  fut  con- 
damné, et  exécuté  Ie5i  octobre  1793. 
Ses  écrits  ne  sont  pas  dépourvus 
de  talent ,  mais  on  y  remarque  sou- 
vent le  défaut  de  goût,  la  prétention  , 
le  néologisme  et  l'exagération. 

FAUCON  (Jean),  ou  FALCON, 
né  à  Sarinena,  bourg  du  royaume 
d'An  agon ,  étudia  la  médecine  à  l'uni- 
versité de  Montpellier,  y  reçut  le  doc- 
torat, obtint  une  chaire  en  i5o2,  fut 
nommé  doyeu  en  i5f2Q,  et  mourut  en 
i55'2.  Faucon  n'a  produit  aucun  ou- 
vrage original  ;  il  s'est  borné  au  rôle 
de  commentateur.  I.  Aàditiones  ad 
practicam  Antonii  Guainerii,  Pàvie, 
i5i8,in-4°.,  Lyon,  i5'.*5,  in-4°.  ; 
If.  Notabilia  suprà  Guidonem^Lyon, 
i559  ,  iii-4  '•  Ce  commentaire,  publié 
après  la  mort  de  l'auteur  par  sa  veuve, 
est  écrit  moitié  en  latin,  moitié  en  fran- 
çais, et  a  plusieurs  fois  été  réimprimé 
dans  celte  dernière  langue;  il  forme  un 
volume  aussi  gros  et  plus  obscur  que 
l'ouvrage  de  Gui  deChauliac,  si  l'on 
en  croit  Aslruc,  bon  juge  en  pareille 
matière.  C. 

FAUGERES  (Marguerite  Bleec- 
rer,  femme),  naquit  en  1771,  et 
fut  élevée  dans  un  village  auprès  d'Al- 
bany  ,  dans  les  Etats-Unis.  Elle  perdit 
sa  mère  de  bonne  heure  ,  et  son  père 
alors  alla  s'établir  à  New-Yorck.  Une 
union  mal  assortie  sema  de  maux  la 
vie  de  Marguerite.  Elle  épousa  un  mé- 
decin de  celte  ville,  qui  dissipa  sa  for- 
tune, au  point  qu'en  1796  M""".  Fau- 
gère^  languissait  dans  on  grenier  avec 
son  époux.  Ce  dernier  mourut  en 
1  798  .  de  la  lièvre  jaune,  et  sa  veine 
se  consacra  à  l'éducation  des  person- 
nes du  sexe  :  elle  ne  survécut  que  trois 
ans  à  son  muri7  et  termina  ses  jours 

XIV. 


F  AU  19S 

en  1801.  On  trouve  d'elle  de  nom- 
breuses Poésies  dans  le  Muséum  amé- 
ricain et  dans  le  Magasin  de  New- 
Forck.Eu  1 790  elle  publia  les  œuvres 
de  sa  mère ,  précédées  d'une  Biogra- 
phie de  cette  dame  ,  éérirè  par  sa  fille  , 
et  accompagnées  de  plusieurs  pièces 
de  sa  composition.  En  1  795  elle  don- 
na une  tragédie  de  B  élis  aire ,  qui  eut 
quelque  succès.  Eile  a  laissé  de  nom- 
breux manuscrits  dont  on  promettait 
la  puh'icdtion.  Z. 

FAULCON  et  non  FALCONI  (  Ni- 
colas ) ,  ué  en  Poitou  dans  le  1 5  .  siè- 
cle ,  fut  secrétaire  de  Jean  Hayton ,  de 
la  famiile  royale  d'Arménie  (  Voyez 
Hayton  )  ;  il  écrivit  sous  sa  dictée  en 
ioo5  ,  une  Histoire  de  V  Orient  en 
langue  vulgaire,  et  la  traduisit  en  la- 
tin deux  ans  après.  Cette  traduction 
resta  long-temps  cachée  dans  la  pous- 
sière des  bibliothèques  ;  mais  Jean 
Molther  s'en  étant  procuré  une  copie , 
la  publia  à  Haguenau  en  1 5'2Ç) ,  in-4°; 
el!efut  ensuite  insérée  dans  le  Recueil 
de  Gryiiaeus  (  Novi  orbis  ) ,  Baie , 
1 552-1 555,  in -fol.  Remeccrâs  en 
donna  une  bonne  édition  ,  avec  des 
notes,  Helrastadt,  i585,  in-4°«,  à  la 
suite  de  l'ouvrage  de  Marc  Polo,  De 
regionibus  orientalibus .  Enfin  André 
Muller  fit  réimprimer  ce  recueil  avec 
des  corrections  dans  le  t<  xte  et  des 
additions  importantes  ,  Berlin ,  1G7  r, 
in-4°.  L'ouvrage  de  Hayton  est  estimé 
par  les  faits  curieux  qu'il  renferme , 
et  surtout  pour  l'exactitude  des  détails 
géographiques;  il  a  été  traduit,  d'a- 
près la  version  de  Faulcon ,  en  fla- 
mand, en  italien,  en  fiançai'  et  en 
anglais.  On  indiquera  ces  différentes 
traductions  à  l'art.  Hayton.  Le  tra- 
ducteur latin  est  ma!  nommé  Falconi 
dans  quelques  ma n usais;  La  Cioix; 
du  Maine,  d.«ns  sa  Bibl.  franchise , 
le  nomme  Falcoin.  Molther  Vossius, 
Mulicr ,  etc.  le  nomment  Falconi;  mais 
j3 


JOi  F  AU 

Fabricins  a  très  bien  prouvé  que  son 
Véritable  nom  est  celui  qu'un  iri  donne 
au  commencement  de  cil  article.  La 
famille  Fauîcon  subsiste  encore  à  Poi- 
tiers, etaprodutt  des  imprimeurs  dis- 
tingues dans  leur  art.  W  — s. 

FAULCONNIER  (Pierre)  ,  grand- 
bailli  héréditaire  de  !a  viileel  territoire 
de  Dunk<  rque ,  président  de  la  cham- 
bre de  commerce ,  mort  dans  cette 
ville,  sa  patrie,  le  2.6  septembre  1  ^55, 
a  laisse  une  Desciijition  historique 
de  Dunkerq  e ,  Bruges,  1700,  1 
vol.  in- fol.  Cet  ouvrage,  divisé  en  dix 
livres ,  donne  l'Histoire  de  Dunker- 
qne  jusqu'en  1718.  L'auteur  attri- 
but la  fondation  de  la  ville  à  St.  Eloi 
qui ,  étant  venu  en  6^0  prêcher  la 
foi  aux  Diabintes,  bâtit  une  église 
dans  les  dunes  ;  et  c'est  des  noms  fla- 
mands Dune-Kcrcke{  église  des  Du- 
r.es  ) ,  qu'il  tire  l'eiymologie  de  Dun- 
kerque.  L'ouvrage  est  orné  de  petites 
cartes  et  de  planches  qui  représentent 
soit  des  monuments,  soit  des  hommes 
ce  èbres  ,  tels  que  Michel  Jacopsen  , 
Jacques  Colaeit,  le  maréchal  de 
Kantxau,  Jean  Bart,etc;  la  plupart 
de  ces  entes  et  planches  sont  impri- 
mées sur  la  même  feuille  que  le  texte. 
A.B— t. 

FAULHABEK  (  Jean),  mathéma- 
ticien allemand,  né  à  Ulm  en  i58o  , 
dans  la  classe  des  ouvriers,  et  mort 
dans  la  même  vile  en  i635,  ensei- 
gnât les  mathématiques  avec  distinc- 
tion dans  sa  patrie,  où  il  avait  la 
charge  d'ingénieur,  lorsque  Descaites, 
alors  simple  oificier  volontaire  dans 
les  troupes  françaises  en  Allemagne 
«1  passant  a  Lan,  lui  fit  une  visite. 
Le  professeui  jugea  d'abord ,  a  la  mi- 
ne et  aux  d  me  officier 
français ,  que  c'était  un  avantageux  qui 
ne  doutait  de  rien  ,  surtout  lorsqu'il  le 
vit  lui  promettre  pour  le  lendemain 
U  solution  d'une  question  qui  partit* 


FAU 

sait  de  la  plus  grande  difficulté.  Quelle 
fut  sa  surprise  de  voir  en  effet  le  len- 
demain son  problême  résolu  de  la  ma- 
nière la  plus  élégante  !  Celte  petite 
aventure  établit  entre  eux  des  liai- 
sons d'amitié ,  dans  lesquelles  ,  dit 
Montucla,  Descartes  ne  joua  pas  le 
rôle  de  disciple.  A  l'assurance  avec  la- 
quelle Fanlhaber  ne  cessait  de  propo- 
ser aux  géomèties  de  son  temps  des 
problèmes,  qu'il  prétendait  insolubles 
par  toute  autre  méthode  que  par  celles 
dont  il  se  croyait  seul  inventeur,  on 
serait  tenté  de  croire  que  si  son  nom 
ne  figure  pas  à  la  suite  de  ceux  de 
Cardan  et  de  Tartaglia  ,  parmi  ceux 
d<s  mathématiciens  auxquels  on  doit 
le  perfectionnement  de  l'algèbre,  cet 
oubli  ne  vient  que  de  ce  qu'il  n'a  écrit 
qu'en  allemand,  à  une  époque  où  tous 
les  savants  n'écrivaient  qu'en  lalin. 
Mais  quand  on  voit  son  Academia 
algebrœ  se  terminer  par  un  calcul  hé- 
rissé de  signes,  de  chiffres  et  de  let- 
tres, dont  le  résultat  est  l'explication 
du  nombre  mystérieux  6(i()  de  VA- 
pocalj yse ,  on  regrette  qu'un  talent 
réel  ait  été  si  mal  employé  (  V,  Klau- 
sing,  De  Mathesi  sacra  non  sacra , 
Sdt  abusu  mathematum  in  sacris , 
Wisraar ,  1 707  ,  in- 4°.  de  5a  pages  ). 
Faulhabc  r  a  perfectionné  la  construc- 
tion de  plusieurs  instruments  de  ma- 
thématiques ,  et  a  publié  en  alle- 
mand divers  ouvrages  qui  eurent  de 
la  vogue  dans  leur  tempes;  son  Arith- 
métique a  été  souvent  réimprimée, 
et  l'on  recherche  encore  son  Ilimmlis- 
clie  geheimde  Maçia,  oder  Kunst- 
imd-  ïf'undtr-  Bechnung  von  Gog 
wul  Magog,  Ulm,  i(ii5,  in  -  4°- 
C'<  st  un  1  ecuc  il  de  récréations  mathé- 
matiques, curieux  comme  étant  l'un 
des  plus  anciens  ouvrages  de  ce  genre. 
L'auteur  y  annonce  avec  emphase  plu- 
sieurs découvertes  merveilleuses  dont 
il  se  réservait  k  secret.  Jean  Rcmiuc- 


FAU 

lin  ,  ayant  résolu  quelques  uns  de  ces 
problèmes ,  eu  publia  la  solution  (  eu 
allemand  )  sous  ce  titre  pompeux  : 
Victor  Sphyngis  oderEntdeckung, 
etc.  (  Découverte  du  nouvel  art  ca- 
balistique de  Gog  et  Magog  de  J. 
Faulhaber),  Augsbourg,  1619,  in- 
4°.  Parmi  les  autres  ouvrages  de  Faul- 
haber, nous  citerons  seulement  les 
suivants  :  I.  Mathematîci  tractatus 
duo,  nuper  germanicè  editi,  con- 
tinentes, prior,  novas  geomelricas  et 
opticas  aliquot  singularium  instru- 
mentorum  inventiones  ,  posterior  , 
usum  instrumenti  cujusdam  belgœde 
novo  excogitalum ,   dimetiendis  et 

describendis  rébus  aptum latine 

versi  per  Joh.  Remmelinum ,  Franc- 
fort, in-4°.,  fig.  :  la  date  n'est  in- 
diquée que  par  le  chronogramme  Do- 
MlnVs  tlbï  prospICIet  (1610).  Il 
y  décrit  une  machine  assez  ingénieuse 
pour  dessiner  la  perspective;  II.  Mi- 
racula  arithmetica,  etc. ,  Augsbourg, 
1622,  in-4%  en  allemand  :  c'est  un 
supplément  à  son  Arithmétique.  Il  y 
compare  les  procédés  arithmétiques 
de  chaque  problême  avec  la  méthode 
algébrique  dont  il  faisait  usage;  III. 
Mechanische  Verbesserung  ,  etc.  , 
Ulm ,  1626,  in-40«  ?  avec  2  planches  : 
c'est  la  description  d'un  moulin  à  ma- 
nège ,  inventé  par  Uamelli  ,  auquel 
Faulhaber  fit  divers  perfectionne- 
ments ;  IV.  Deuxième  continuation 
du  miroir  mathématique,  etc.,  Ulm, 
1626,  in-4°.,  fig» :  c'est  une  descrip- 
tion de  diverses  machines  assez  ingé- 
nieuses, d'une  planchette  perfection- 
née, d'un  compas  de  réduction  à  trois 
branches,  d'un  moulin  à  bras  ou  à 
cheval ,  etc.  ;  V.  Geheime  kunstkam- 
mer,  etc.  (  Cabinet  secret  de  curio- 
sités contenant  toutes  sortes  de  stra- 
tagèmes de  guerre ,  de  secrets  inouïs 
et  autres  machines  admirables  ) , 
Ulm ,  1628,  iu-4°»  ?  il  n'y  donne  crue 


FAU  195 

le  catalogue  de  ces  secrets  merveilleux , 
au  nombre  de  cent,  mais  sans  des- 
cription ni  figure;  VI.  Academia, 
algebrœ ,  etc.  (  ou  Continuation  des 
inventions  miraculeuses  dans  cette 
science  ),  Augsbourg,  i65i  ,  in-4°.  : 
il  y  développe  sa  méthode  qu'il  avait 
déjà  annoncée  dès  l'an  1604,  dans 
son  Arilhmetische-  Cubiccossische- 
Lustgarden  (ou  Parterre  algébrique). 
Voyant,  dit-il,  qu'aucun  mathémati- 
cien n'avait  pu  résoudre  ses  problèmes 
ni  répondre  aux  défis  qu'il  leur  avait 
faits  depuis  quinze  ans  dans  ses  di- 
vers ouvrages  d'algèbre,  il  fait  voir 
que  la  méthode  de  Cardan,  ni  aucun* 
autre  méthode  connue  jusqu'alors,  ne 
pouvait  donner  cette  solution  ;  VII. 
Inventions  pour  le  tracé  des  redou- 
tes (  pasteyen  )  et  fortifications  , 
etc.,  Francfort,  1610,  in- 4".;  VIII. 
Description  d'un  nouveau  compas 
de  proportion ,  pour  Vusage  des  for- 
tifications ,  Ulm,  161 7,  in-4".  ;  IX. 
l'Ecole  de  l'ingénieur ,  Francfort, 
1610  ;  Nuremberg  ,  1 654  ?  ]657, 
4  parties  in-4°.  —  Christophe  Erhard 
Faulhaber,  né  à  Ulm  en  «  708,  y  fut 
fait  professeur  de  mathématiques  en 
1737,  et  de  théologie  en  1 763  ;  il  mou- 
rut le  16  juillet  1781.  Outre  un  livre 
sur  la  sainte  cène,  en  allemand,  souvent 
réimprimé,  on  a  de  lui  huit  disser- 
tations sur  divers  sujets  de  physique 
et  de  mathématiques.  L'une,  en  al- 
lemand ,  rapporte  les  diverses  opi- 
nions des  savants  sur  les  pluies  de 
sang,  Ulm,  1  y55  ?  in-8°.  ;  les  au- 
tres, en  latin ,  traitent  de  l'effet  des 
lentilles  (  ou  verres  convexes  ) ,  des 
miroirs  ardents,  de  l'incertitude  déjà 
variation  de  l'obliquité  de  l'écliptique , 
de  l'impossibilité  du  mouvement  per- 
pétuel dans  dix  machines  différentes 
proposées  pour  résoudre  ce  fameux 
problème  ,  etc.  —  Albert  -  Frédéric 
f  auwuber,  médecin  en  titre  de  la 
ï3« 


tçfi  FAU 

Tille  d'UIm  ,  sa  patrie,  y  mourut  le 
26  juin  1770,  âgé  de  trente-deux 
ans.  Il  a  traduit  du  latin  en  allemand 
la  Nouvelle  méthode  de  traiter  la 
petite-vérole,  par  J.-F.  Clossius , 
Ului,  1769,  in-8°.  —  Eiic-Mathieu 
Fàulhàber,  frère  du  précèdent,  né 
à  Ulm  en  1742,  y  fut  fait  professeur 
de  mathématiques  en  1767,  de  phy- 
sique en  1770,  de  théologie  <fn  1779, 
et  y  mourut  le  28  mai  1794.  Il  n'a 
publie'  que  deux  dissertations  peu  im- 
portantes ,  quelques  almanachs  ,  et 
quelques  articles  dans  le  Journal 
théologico-litiéraire  de  Seiler,  depuis 
3  777-  Foy.  les  Notices  sur  les  sa- 
vants  d'UIm  par  Weyermanu,  pag. 
200-2 17  (en  allemand  ).    C.  M.  P. 

FAULKNER  (George),   impri- 
meur irlandais  du  i8p.  siècle,  est  le 
premier  qui  ait  exerce  sa  profession 
en  Irlande  avec  quelque  réputation. 
Après  avoir  fait  son  apprentissage  à 
Londres  sous  le  célèbre  Bowyer,  il 
vint  vers  1727  s'établir  imprimeur- 
libraire  à  Dublin ,  où  il  se  fit  connaître 
par  différentes  publications  utiles.  11 
était  l'imprimeur    de    confiance    du 
doyen  Swift,  et  fut  lié  avec  le  comte 
deChesterfield,  qui  lui  a  adressé  des 
lettres  ironiques  fort  piquantes  où  il  le 
compare  à  Atticus.  Ces  lettres,  ainsi 
que  d'autres    adressées   au    docteur 
Mnrsuen,  furent  imprimées  en  1777, 
in-4°.  Sa  crédulité  le  rendait  souvent 
l'objet  des  mystifications  des  beaux- 
esprits  qu'il  recevait  à  sa  table.  Ayant 
eu  le  malheur  de  se  casser  la  jambe 
en  fuyant,  selon  son  propre  aveu,  la 
fureur  d'un   mari   jaloux,  le    poète 
Foote,  qui  n'épargnait  personne,  l'in- 
troduisit ,  sous  le  nom  de  Peter  Pa- 
rdÇtaphy  dans  sa  comédie  des  Ora- 
teurs *  jouée  à  Dublin  en  176a.  Faul- 
kner intenta   un  pro  nique, 
mais  son  défenseur  lui-même  apprêta 
à  rire  à  ses  dépeus,  eu  le  wmnauut 


FAU 
à  Socrate,  et  son  adversaire  à  Aristo- 
phane. Le  lord  Townscnd  parvint  à 
accommoder  leur  différend.  On  a  con- 
servé de  cet  imprimeur  quelques  let- 
tres où  perce  un  ton  de  pédantisme 
et  une  excessive  vanité  qui  l'a  souvent 
exposé  au  ridicule;  mais  ce  défaut 
était  racheté  en  lui  par  une  délicatesse 
de  procédés  qui  n'est  pas  commune. 
Il  mourut  alderman  de  Dublin  le  28 
août  1775.  On  trouve  dans  les  Mé- 
moires de  Richard  Cumherland  (  2 
vol.  in-4°.  )  des  anecdotes  curieuses 
sur  George  Faulkner.  X — s. 

FAULKON  ,  Voy.  Constance. 
FAULTRIER  (  Joacuim  )  naquit  à 
Auxerre,  en  1626,  d'une  famille  an- 
cienne. Né  avec  des  talents  qu'il  avait 
perfectionnés  par  de  bonnes  études  , 
et  doué  des  qualités  les  plus  recom- 
raandables,  il  embrassa  l'état  ecclésias- 
tique, et  d'abord  se  livra  à  la  profes- 
sion d'avocat.  Sa  probité  et  son  habi- 
leté dans  la  conduite  des  affaires  lui 
valurent  une  brillante  clientelle.  Un 
procès  poui  le  comte  du  Lude  lui  pro- 
cura l'avantage  d'être  remarqué  par 
Louis  XI V  ;ce  prince,  qui  se  connais- 
sait en  mérite ,  crut  que  l'abbé  Faul- 
tricr  pouvait  être  utile  à  son  service, 
et  le  donna  à  Louvois  qui  l'employa 
dans  différentes  négociations;  il  les  ter- 
mina heureusement,  et  s'y  acquit  une 
grande  réputation  de  sagesse ,  de  pi  u- 
dence  et  d'intégrité.  L'intendance  du 
Hainautlui  ayant  été  confiée,  il  admi- 
nistra cette  province  avec  tant  d'habi- 
leté, qu'il  sut  se  concilier  également 
l'estime  du  souverain  et  rattachement 
des  administrés.  Il  était  pourvu    en 
commande  de  l'abbaye  d'Ardennes  , 
près  Caen,  ordre  de  prémonti 
de  celle  de  Saint-Loup  de  Ti  .v<  s  ;  ré- 
compenses sans  doute  de  les  travaux  et 
de  m 

à  avancer,  et  fatigué  des  affaires  ,  1!  se 
démit  en  îGStf,  avec  la  permission 


*       FAU 
an  roi ,   de  l'intendance  du  Hainauf, 

C'est  alors  que,  se  trouvant  libre  de     violente  pour  un  seigneur  anglais;  et, 
toute  autre  occupation ,  il  résolut  de 


FAU  197 

cette  ville,  elle  conçut  une  passion 


consacrer  son  loisir  à  la  culture  des 
lettres  qu'il  avait  toujours  beaucoup 
aimées.  H  avait  commencé  à  former 
mm  bibliothèque;  il  mit  ses  soins  à 
l'augmenter  et  à  la  compléter ,  et  par- 
vint à  en  faire  un  monument  digne  de 
son  amour  pour  les  sciences  et  la  lit- 
térature. On  a  le  catalogue  de  cette 
précieuse    bibliothèque    dressé    par 


séduite  par  ses  promesses  ,  le  suivit  à 
Londres.  Trahie  par  son  amant ,  elle 
se  trouva  réduite  à  subsister  du  pro- 
duit de  ses  ouvrages  ,  dont  quelques- 
uns  eurent  un  instant  de  succès.  On 
ignore  l'époque  de  sa  mort,  mais  on 
sait  qu'elle  vivait  encore  à  Londres  en 
1777,  et  qu'elle  s'y  faisait  appeler 
Mme.  Fauque  de  Vaucluse.  Lady  Cra- 
ven  (  aujourd'hui  margrave    d'Ans - 


Prosper  "Marchand ,  qui  l'a  fait  préce-     pach  )  la  chargea  d'enseigner  le  fran 


der  d'un    Elo^e  de  l'abbé  Faultrier. 
(  f.  Marchand  ).  Le  roi  avait  donné  à 
l'abbé  Faultrier  un  logement  à  l'Ar- 
senal; il  y  passa  paisiblement  le  reste 
de  sa  vie  à  coté  de  ses  livres ,  et  en- 
touré de  ses  amis.  Le  prince  lui  con- 
serva son  estime ,  l'admettait  souvent 
à  l'honneur  de  son  entretien  ,  et  vou- 
lait bien  quelquefois  prendre  ses  con- 
seils.    Cet   homme    recommandai)! e 
mourut  le   12  mars    1709,  âgé  de 
85  ans  ,  et  regretté  de  tous  les  gens 
de  bien.  On  a  de  lui  une  Lettre  en  ré- 
ponse à  l'abbé  de  Rancé ,  qui,  en 
écrivant  la  vie  d'un  de  ses  religieux, 
ancien  militaire,   y  avait  inséré  des 
choses  peu  avantageuses  àcet  état. 

L— Y. 

FAUQUE  (  Mlle.),  née  au  com- 
mencement du  181.  siècle,  dans  le 
comtat  d'Avignon ,  fut  forcée  par  ses 
parents  d'embrasser  la  vie  religieuse 
dans  le  couvent  où  elle  avait  été  élevée. 
Douée  d'une  a  me  ardente  et  que  les 
difficultés  n'étaient  point  capables  de 
rebuter,  elle  essaya  de  faire  parvenir 
ses  plaintes  aux  supérieurs  ecciésiasti 


çais  a  ses  filles.  Le  célèbre  sir  Wil- 
liam Jones  reçut  aussi  d'elle  des  le- 
çons de  cette  langue,  et  lui  rendit  en 
retour  quelques  bons  offices  pour  la 
composition  de  plusieurs  de  ses  ou- 
vrages. On  a  de  Mlle.  Fauque  :  I.  Le 
triomphe  de  V Amitié,  Londres  (  Pa- 
ris), 1 75 1 ,  in- 1 2.  Le  style  de  cet  ou- 
vrage ne  manque  pas  de  naturel,  et  on 
y  trouve,  dit  madame  Briquet,  des 
pensées  qui    naissent    du    sujet.   IL 
Abassdi ,  histoire  orientale ,  Paris, 
1  753  ,  in-12 ,  trad.  en  anglais  ,  Lon- 
dres, 1759,  2  vol.  Ce  roman,  dit  le 
même  auteur,  est  semé  de  réflexions 
justes,  fines  et  ingénieuses.  III.  Côn- 
tes  du  sérail ,  traduits  du  turc  ,  La 
Haye,  1755  ,111-12;  ils  sont  très  in- 
férieurs à  ceux  de  M*e.  d'Aulnoy ,  de 
MUe.de  Lr.bert,  et  de  la  plupart  des 
dames  qui  se  sont  exercées  dans   le 
même  genre;  IV.  Les  Préjugés  trop 
bravés  et  trop  suivis,  Londres  (Paris), 
j  755,  in-i  2  ,  réimprimé  sous  ce  titre  : 
Danger  des  préjugés  et  Mémoires  de 
JWUc.  dJ  Or  an  ,  Paris,    1774?  lli- l  '■>■  • 
Y.  La  dernière  Guerre  des  Bétes , 


ques,  et  au  bout  de  dix  ans  elle  ob-    fable  pour  servir  à  l'Histoire  du 


tint  un  bref  qui  annuliait  ses  vœux 
Sa  famille  refusa  de  la  recevoir,  et 
elle  se  décida  à  venir  à  Paris,  où  elle 
comptait  se  faire  une  ressource  de  la 
facilité  qu'elle  se  sentait  pour  écrire. 
Peu  de  temps  après  son  arrivée  dans 


siècle ,  Londres  (  Bruxelles  ), 
1758,  in-S°. ,  traduit  en  anglais  la 
même  année.  VI.  Frédéric  le  Grand 
au  temple  de  V immortalité,  Londres  j 
1758,  in-8°.,  trad.  en  anglais.  "VIL 
Les  ZelindienSy  in-i2j  VIII.  Les 


I$B  F  AU 

Vizirs,  ou  le  Labyrinthe  enchanté, 
conte  oriental  (  en  anglais  ),  i  vol.  ; 
il  est  précédé  d'une  introduction  qu'on 
attribue  à  sir  William  Jones.  Il  se 
pourrait  que  ce  roman ,  que  Mme. 
Fauque  présentait,  comme  étant  son 
premier  essai  dans  la  langue  anglaise , 
ne  fût  que  la  traduction  d'Abassaï. 
IX.  la  Belle  Assemblée  anglaise , 
ou  les  Amusements  de  la  bonne 
compagnie ,  entremêlés  d'histoires 
intéressantes  et  dJ  anecdotes  authen- 
tiques ,  qu'on  suppose  avoir  été  ra- 
contées par  différentes  personnes  de 
qualité  retirées  du  cercle  brillant  du 
beau  monde ,  1774»  en  anglais.  X. 
Dialogues  moraux  et  amusans ,  en 
anglais  et  en  français,  Londres  ,1777, 
in- 12;  l'élégance  et  la  correction  du 
style  de  la  partie  anglaise  de  ces  dia- 
logues ,  pourraient  étonner  si  Ton  ne 
savait  que  sir  William  Joncs  s'était 
chargé  de  l'épurer.  Un  critique ,  qu'on 
ne  soupçonnera  pas  d'être  favorable  à 
JYÏ1  .  Fauque,  l'abbé  Sabathier,  dit 
qu'on  ne  peut  lui  refuser  de  l'esprit  et 
du  talent  pour  écrire ,  mais  que  dans 
ses  ouvrr.ges  elle  a  plus  consulté  l'ima- 
gination que  la  nature.  Elle  a  laissé  en 
Angleterre  la  réputation  d'une  femme 
aussi  aimable  que  spirituelle. 

W— s  et  X— s. 

FAUH,    V.  PllîRACetSAINT-JORRY. 

FACJRE  (  Charles  ),  abbé  de  Ste.- 
Geneviève  et  premier  supérieur  géné- 
ral des  chanoines  réguliers  de  la  con- 
grégation de  France ,  était  né  à  Lu- 
ciennes,  près  de  Saint-Germain-en- 
Layc  ,  en  1 5()4,  d'une  famille  noble, 
originaire  d'Auvergne.  D'une  humeur 
douce,  d'un  esprit  docile,  d'un  cœur 
sensible  et  généreux,  le  jeune  Faure 
montra  dès  son  enfance  des  inclina- 
lions  vertueuses  et  un  penchant  natu- 
rel vers  la  piété,  qui  le  faisait  se  plaire 
aux  offices  et  aux  cérémonies  de  l'égli- 
se. Il  c'avait  guère  que  huit  ans  lors- 


FAU 

que  le  tonnerre  tomba  sur  lui  j  on  le 
vit  tout  environné  de  flammes,  et  cène 
fut  pas  sans  surprise  qu'on  trouva  qu'il 
n'avait  reçu  aucun  mal.  Son  père,hom- 
me  vertueux  et  instruit,  fut  son  pi  emier 
maître.  On  l'envoya  ensuite  à  Bourges 
étudier  chez  les  jésuites.  Il  y  fit  une 
partie  de  ses  humanités ,  et  revint 
dans  la  maison  paternelle.  Dans  la  sui- 
te, il  alla  les  achever  à  la  Flèche.  II 
était  à  peu  près  dans  l'âge  où  l'on 
songe  à  prendre  un  état,  lorsque  son 
père  mourut,  ne  laissant  point  une 
fortune  considérable.  La  mère  du  jeune 
Faure  crut  favoriser  ses  inclinations 
et  en  même  temps  pourvoir  à  son  sort, 
en  le  faisant  entrer  dans  l'abbaye  de 
St.-Vincent  de  Senlis;  il  y  prit  l'ha- 
bit de  chanoine  régulier.  Il  fit  pro- 
fession le  icr.  mars  161 5.  Cette  ab- 
baye ,  comme  beaucoup  d'autres  ,  par 
suite  des  guerres  civiles  et  par  l'intro- 
duction de  la  commende ,  était  tombée 
dans  un  grand  relâchement.  Le  jeune 
Faure,  extrêmement  pieux  ,  ne  tarda 
point  à  s'en  apercevoir.  Sa  piété  et 
sa  régularité  contrastaient  avec  la  con- 
duite de  presque  tous  les  religieux  de 
cette  maison,  et  semblaient  les  condam- 
ner. Il  n'est  pas  douteux  qu'il  n'eût 
été  renvoyé,  si  les  religieux  n'avaient 
pas  craint  de  déplaire  à  leur  abbé,  ami 
particulier  de  la  mère  du  jeune  reli- 
gieux. Heureusement  pour  le  frère 
Faure,  il  fut  encouragé  et  soutenu 
dans  ses  bons  desseins  par  un  res- 
pectable ecclésiastique  du  diocèse  de 
Beauvais,  nommé  M.  Ransson ,  qu'on 
,i\  ait  appelé  dans  la  maison  pour  avoir 
soin  des  novices  ;  circonstance  qui 
seule  fait  voir  combien  cette  maison 
était  dénuée  de  bons  sujets,  puisqu'on 
1  lit  pas  trouvé  un  religieux  qui 
pût  ou  voulût  se  charger  d'un  emploi 
dont  le  premier  devoir  est  de  donner 
le  bon  exemple.  Ce  M.  Ransson  lui- 
même  fut  l'objet  de  beaucoup  de  per- 


FAU 

séditions.  Au  mois  d'octobre  suivant , 
le  frère  Finie  se  rendit  à  Paris  pour 
y  faire  sa  philosophie  et  sa  théologie 
dans  l'université.  Il  se  logea  au  col- 
lège du  Mans,  alors  dirigé  par  M.  Bour- 
doise(  V.  Bourdoise).  Le  jeune  cha- 
noine régulier  mena  dans  cette  maison 
la  vie  la  plus  édifiante  et  la  plus  péni- 
tente, partageant  son  temps  entre  les 
exercices  de  piété  et  l'étude.  A  près  avoir 
pris  le  degré  de  bachelier  en  théolo- 
îogie ,  on  le  sollicita  de  faire  son  cours 
de  licence  pour  prendre  ie  bonnet  de 
docteur;  mais  ,  soit  humilité,  soit  que 
des  soins  plus  importants  le  rappe- 
lassent dans  son  abbaye,  où  il  sou- 
haitait ardemment  que  la  régularité  se 
rétabît,  il  s'y  refusa.  11  s'v  était  fait 
de  grands  changements  et  bien  con- 
formes aux  vœux  du  P.  Famé.  Le 
zèle ,  l'exemple  ,  les  sages  conseils  de 
M.  Ransson  n'avaient  pasété  sans  fruit. 
Ils  avaient  fait  une  furte  impression 
sur  deux  religieux  de  l'abbaye  de  St.- 
"Vincent,  les  PP.  Baudouin  et  Bran- 
che. Ils  avaient  sincèrement  repris  l'es- 
prit de  leur  état  ,  et  souhaitaient 
qu'une  bonne  réforme  s'établît  dans 
leur  maison.  Le  prieur  et  tous  ceux 
qui  s'opposaient  à  ce  pieux  dessein  , 
comme  par  un  coup  de  la  Providence, 
étaient  morts  dans  le  courant  d'une 
année.  Le  P.  Baudouin  fut  élu  prieur, 
et  le  P.  Faure  contribua  beaucoup 
à  son  élection.  Lui-même  fut  nommé 
sous-prieur  et  maître  des  novices.  Tous 
deux  mirent  la  main  à  l'œuvre.  Bien- 
tôt la  maison  changea  de  face,  et  de- 
vint aussi  régulière  qu'auparavant  elie 
l'était  peu.  On  travaillait  alors,  par  or- 
dre de  Louis  XIII ,  à  la  réforme  des 
différents  ordres  religieux  ;  plusieurs 
congrégations  s'étaient  déjà  réformées. 
Le  cardinal  de  la  Rochefoucauld  avait 
été  chargé  par  le  roi  de  ce  qui  con- 
cernait les  maisons  de  chanoines  ré- 
guliers, et  dès  l'au  1622,  il  avait  ob- 


FAU  TQ9 

tenu  de  Rome  un  bref  qui  l'autorisait 
à  introduire  la  réforme  dans  les  mai- 
sons qui  en  avaient  besoin,  il  con- 
naissait le  zèle  du  P.  Faure ,  et  se  ser- 
vait de  lui  avec  succès.  Déjà ,  à  l'exem» 
pie  de  St. -Vincent,  plusieurs  mai- 
sons de  chanoines  réguliers  s'étient 
réformées.  On  tirait  de  cette  abbave 
des  religieux,  pour  porter  l'esprit 
de  régularité  dans  celles  où  il  s'é- 
tait affaib'i.  Le  cardin .il  nomma  le 
P.  Faure  visiteur  et  supérieur  des 
maisons  réformées.  Le  projet  de  cettô 
éminence  était  de  prendre  quarante 
maisons  de  celles  qui  étaient  les  moins 
éloignées  de  Paris,  et  de  les  réunir 
sous  chapitre  général,  avec  la  déno- 
mination de  congrégation  parisienne; 
mais  le  roi  l'ayant  nommé  à  l'abbaye 
de  Sfe.  Geneviève  avec  l'intention  que 
la  réforme  y  fût  introduite,  le  plan 
du  cardinal  s'agrandit.  Il  résolut  de 
faire  de  cette  abbaye  le  chef-lieu  de 
la  congrégation  ,  en  lui  agrégeant  des 
maisons  de  toutes  les  provinces  du 
royaume  ,  et  de  lui  donner  le  nom  de 
congrégation  de  France.  Cependant 
douze  religieux  de  St.  Vinc  nt  <  t  quel- 
ques autres  tirés  des  maisons  réfor- 
mées, avaient  éîé  introduits  dans  l'ab- 
baye de  Ste.-Geneviève  et  en  avaient 
pris  possession  le  17  avril  1 6^4.  Le 
zèle  du  P.  Faure  ne  se  relâchait  en 
rien  :  en  sa  qualité  de  visiteur  et  de 
vicaire-général ,  il  p  ,rcoi:rait  les  mai- 
sons, faisait  des  règlements,  insti- 
tuait des  séminaires»  veillait  soigneu- 
sement à  l'observation  de  la  règ'e,  et 
chaque  année  la  congrégation  se  gros- 
sissait de  nouvelles  maisons  qui  de- 
mandaient, à  s'y  réunir.  D'un  autre 
cô'é,  on  sollicitait  à  Rome  la  bul!e 
d'érection  de  la  congrégation  ;  elle 
fut  expédiée  !e  5  février  1  f>54-  Par 
les  dispositions  de  celte  bulle  ,  l'ab- 
baye de  Ste.-Geneviève  devait  avoir 
un  abbe  régulier  après  la  démission. 


!2oo  F  AU 

du  cardinal.  Jusque-là ,  l'abbé  élu  n'é- 
tait que  son  cividjuteur ,  et  il  exerçait 
sur  la  congrégation  la  supériorité  gé- 
nérale pindant  son  triennat.  Le  i  7 
octobre  de  la  même  année ,  le  chapi- 
tre-général s'assembla  a  Ste.-Gene- 
viève  pour  l'élection  d'un  supérieur- 
général.  Tous  les  vœux  se  réunirent 
sur  le  P.  Faure.  Il  fut  élu  abbc-coad- 
juteur  de  Sle.-Geneviève  et  supérieur- 
général  de  la  congrégation.  Trois  ans 
après,  cette  dignité  lui  fut  continuée 
dans  un  second  chapitre-général;  mais 
comme  ,  par  les  dispositions  de  la 
bulle ,  on  ne  pouvait  pas  être  élu  trois 
fois  de  suite ,  quelques  instances  que 
fissent  les  religieux  pour  que  le  P. 
Faure  fût  encore  continué,  il  dut  se 
démettre  après  ce  deuxième  triennat. 
On  élut  à  sa  place  le  P.  Boulart.  Mcan- 
ïnoins,  un  acte  du  ebapitre  général 
conserva  au  P.  Faure  des  pouvoirs  si 
e'tendus,  que  le  P.  Boulart  lui-même 
ne  pouvait  rien  faire  que  de  son  con- 
seil. Le  triennat  du  P.  Boulart  étant 
écoulé,  le  P.  Faure  fut  de  nouveau 
élu,  pour  la  troisième  fois,  à  l'una- 
nimité. C'est  au  commencement  de  ce 
troisième  généralat  triennal ,  qu'épuisé 
avant  l'âge  par  les  fatigues  et  les  aus- 
térités, cet  exeelleut  religieux,  dans 
le  cours  de  ses  visites,  tomba  malade 
d'une  manière  inquiétante.  On  le  ra- 
mena de  Chartres  à  Paris.  Quel  que  fût 
son  état ,  il  continua  ses  travaux  pen- 
dant deux  mois  que  dura  sa  maladie, 
et  eut  le  courage  de  mettre  la  derniè- 
re main  à  ses  constitutions;  il  dres- 
sa même  des  mémoires  et  des  ins- 
tructions sur  des  objets  importants.  11 
expira  le  4  novembre  1 6\  4 ,  àjié  de 
cinquante  ans.  L'ardeur  de  son  zèle 
l'avait  porté  à  étendre  le  bien  de  son 
institut  jusqu'en  Irlande.  L'année  mê- 
me de  sa  mort,  il  avait  admis  à  la  pro- 
fession sept  jeunes  irlandais ,  qui  rc- 
iQurncrcM  dans,  leur  navs  prêcher  la 


FAU 

foi,  et  dont  quelques  uns  reçurent  la 
palme  du  martyre.  Les  ouvrages  du 
P.  Faure  sont:  I.  ses  Constitutions, 
«  ouvrage  admirable  et  tout  rempli  de 
l'esprit  de  Dieu,  »  dit  son  historien  ; 
IL  le  Directoire  des  Novices ,  plu- 
sieurs fois  réimprimé,  et  que  le  P. 
Adam  Schirmbech,  jésuite  allemand , 
a  traduit  en  latin  et  publié  à  Munich , 
nous  le  titre  de  Pnlestra  religiosa  ; 
111.  différents  Traités  manuscrits, 
dont  un  de  la  persévérance,  et  un  au- 
tre intitule  :  Idées  des  choses  qui  ser- 
viront à  conserver  l'esprit  de  piété 
dans  la  congrégation;  IV.  Samuel 
christianus ,  Paris,  i658,  livre  com- 
posé pour  les  séminaires  de  la  con- 
grégation ;  V.  des  Exhortations  et  des 
Dissertations  sur  divers  sujets;  VI. 
des  Lettres  inédites  en  grand  nombre, 
où  il  est  traité  des  matières  les  plus 
importantes  du  salut  et  de  la  per- 
fection religieuse.  Il  y  a  une  Fie  du 
P.  Faure ,  i  vol.in-4". ,  Paris,  1698. 
Il  paraît  que  ie  P.  Lallemant,  prieur 
et  chancelier  de  Stc.-Gcnevièvc ,  en 
avait  ramassé  les  matériaux  et  l'avait 
commencée.  Le  P.  Chartonnet,  aussi 
prieur  de  Ste.-Gencviève,  y  a  mis  la 
dernière  main  et  l'a  publiée.  On  y 
trouve  l'histoire  des  chanoines  régu- 
liers, dont  le  P.  Faure  a  été  le  prin- 
cipal supérieur.  L — Y. 

FAUME  (François),  évè  pie  d'A- 
miens ,  était  né  le  8  novembre  lÔlQ  , 
à  Ste.-Quiiiere,  près  d'Angonléfne,  11 

annonça  dès  son  enfance  un  goût  très 
vif  pour  la  retraite,  et  à  peine  eut-il 
terminé  ses  études,  qu'il  sollicita  sou 
admission  dans  l'ordre  des  Coi  délias. 
Les  épreuves  du  noviciat  ne  le  rebu- 
tèrent point,  et  il  prononça  ses  vœux 
à  l'âge  de  dix-sept  ans.  Le  jeune  Faure 
était  doué  d'un  esprit  vil  et  agréable, 
il  parlait  avec  facilité  et  paraissait  éga- 
lement propre  à  réussir  dans  les  siiin- 
ces  ou  dans  les  affaires.  Ses  supérieurs 


FAU 

jugèrent  à  propos  de  l'envoyer  à  Paris, 
faire  son  cours  de  théologie.  Il  soutint 
ses  thèses  pour  le  doctorat,  de  ma- 
nière   à    confirmer   l'opinion   qu'on 
avait  de  son  mérite.  Le  cardinal  de 
Richelieu  voulut  entendre  un  homme 
dont  chacun  lui  parlait  d'une  manière 
si  avantageuse;  il  fut  satisfait  de  la  sa- 
gesse de  ses  réponses ,  et  se  déclara 
son  protecteur.  Après  la  mort  du  car- 
dinal ,  la  reine  Anne  d'Autriche  se 
ckargea  de  la  fortune  de  Faure,  et  !e 
ht  nommer  sous-précepteur  de  Lou;s 
XIV.  Les  preuves  de  reconnaissance 
et  de  dévouement  qu'il  donna  à  cotte 
princesse  pendant  les  troubles  de  la 
minorité ,   lui  valurent    1  evêché   de 
Glandeves,  d'où  il  fut  transféré  cà  celui 
d'Amiens  en  1 654;  Faure  se  montra 
jaloux  de  maintenir  et  d'accroître  l'é- 
tendue de  sa  juridiction.  Il  eut  à  ce 
sujet  une  dispute  très  vive    avec  le 
doyen  de  St.  -  Florent  de  Roye  ,  qui 
prétendit  pouvoir  se  passer  de  l'ap- 
probation de  l'évêijr.c  pour  adminis- 
trer les  sacrements  ,    puisqu'il  était 
nommé  par  le  chapitre.  L'affaire  ,  dé- 
battue dans  plusieurs  mémoires  ,   fut 
portée  au  conseil  d'état  ,  q  ù  ne  la  ju- 
gea   point    définitivement.    L'évêque 
d'Amiens  assista  à  plusieurs  assem- 
blées du  clergé  ,  et  fut  presque  tou- 
jours chargé  d'en  présenter  les  délibé- 
rations à  l'approbation  du  roi.  Ii  con- 
serva la  faveur  de  la  cour  jusqu'à  sa 
mort ,  qui  arriva  ta  Paris,  le  1 1  mai 
1687.  11  était  âgé  de  soixante-quinze 
ans.  Son  corps  fut  transporté  à  Amiens 
et  inhumé  dans  la  cathédrale.  Les  ou- 
vrages que  Faure  a  publiés  sont  fort 
au  -  dessous  de  sa  réputation  ,  et  lui 
avaient  attiré ,  de  son  vivant ,  des  épi- 
grammes  assez  piquantes.  On  a  de  lui  : 
un  Recueil  de  statuts  synodaux  pour 
le  diocèse  d'Amiens;  une  Censure 
des  Lettres  provinciales  ;  une    Or- 
donnance contre  le  Nouveau  Testa- 


FAU  20 1 

ment  de  Mons  ,  réfutée  par  Lenoir, 
théologal  de  Séez;  un  Panégyrique 
de  Louis  XIV,  Paris,  1680,  in-4°. 
et  des  Oraisons  funèbres  de  la  reine 
Anne  d'Autriche,  sa  bienfaitrice  , 
d'Henriette  Marie ,  reine  d'Angleterre, 
et  de  Gaspard  IV  de  Colignv. 

W— s. 
FAURE  DE  FONDAMENTE 
(François  de),  conseiller  au  parle- 
ment de  Toulouse,  né  à  Mrues,  de 
parents  protestants,  avant  le  milieu 
du  17e.  siècle,  fit  son  délassemeut  de 
la  culture  des  lettres.  Son  goût  et  ses 
lumières   lui   acquirent   l'estime  des 
beaux-esprits  de  son  temps.  Pélisson, 
qui  lui  était  d'ailleurs  uni  des  nœuds 
du  sang  et  de  l'amitié,  lui  dédia  son 
Histoire  de  V Académie  françoise. 
11  fut  un  des  premiers  membres  que 
les  fondateurs  de  celle  de  ISîmes  s'ad- 
joiguirent,  avant  même  que  cette  so- 
ciété eût  une  existence  légale.  Il  reçut, 
avec  un  de  ses  collègues,  la  mission 
d'aller  solliciter  les  lettres  patentes  qui 
devaient  consolider  cet  établissement. 
Ses  rapports  avec  Péiisson,  et  d'au- 
tres  hommes    de  lettres  non  moins 
considérés,  facilitèrent  le  succès  de 
ses  soins.  Il  fut  moins  heureux  lors- 
qu'on le  chargea  ensuite  de  négocier 
l'association  de  la  nouvelle  académie 
avec  l'académie  française  :  ii  réussit  à 
intéresser  à  ce  projet ,  Pélisson ,  Char- 
pentier ,  le  duc  de  Saint  •  Aignan  et 
l'abbé  Fléchier  ;    mais  leur  zèle  fut 
impuissant  contre  les  obstacles  que 
suscitèrent  alors  un  grand  nombre  de 
leurs  confrères.  11  était  réservé  à  Flé- 
chier d'en  triompher  quelques  années 
plus  tard  ,  lorsque  ,  devenu  évêque  de 
ÎNîmes  ,  et  protecteur  de  l'académie  de 
cette  ville ,  il  voulut  se  montrer  digne 
de  ce  dernier  titre.  Faure  n'a  publié 
aucun  ouvrage  ,  mais  on  sait  qu'il  en 
avait  composé  un  sur  la  Science  des 
Médailles;  qu'il  s'occupait  d'une  Tra« 


302  F  A  U 

duction  de  Quivtilien ,  et  qu'il  avait 
aussi  traduit  YEpilre  d'An'slenètc  , 
sur  le  luxe  et  la  mauvaise  humeur 
des  Femmes.  On  ignore  l'époque  pré- 
cise de  sa  mort  ;  mais  ou  voit,  par  les 
registres  de  l'académie  de  Nîmes  ,  que 
son  éloge  fut  prononcé  dans  le  sein  de 
cette  compagnie ,  par  M.  Guiran,  le 
9  août  1686.  V.S— l. 

FAUST.  Fojr.  FUST. 

FAUST  (Jean),  ne  vers  le  com- 
mencement du  16  .  sièc'e,  était  fils 
d'un  paysan  de  Wcimar,  d'autres  di- 
sent d<  Kund'ing.  Il  fut  élevé  par  un 
de  ses  oncles  ,  qui  le  fit  étudier  en 
théologie.  Malgré  son  penchant  à  la 
débauche,  Faust  termina  son  cours  et 
se  fit  recevoir  docteur.  Mais  bientôt  il 
se  dégoûta  de  cette  science,  cultiva 
la  médecine,  l'astrologie,  et  se  livra 
surtout  à  la  magie.  De  ce  moment , 
ses  historiens  ne  sont  plus  que  d'in- 
sipides romanciers  ,  qui  débitent  mille 
absurdités  sur  son  compte.  Ils  le  font 
conjurer  le  diable,  s'asservir  un  es- 
prit infernal,  nommé Méphostophité, 
avec  lequel  il  fit  un  pacte  de  vingt- 
quatre  ans,  descendre  aux  enfers, 
Î)arcoui  ir  les  sphères  célestes  ,  toutes 
es  contrées  de  ce  monde  sublimai- 
re,  s'entourant  partout  d<-  prestiges, 
jouant  des  tours  dignes  d'un  écolier , 
ayant  commerce  avec  la  fameuse  Hé- 
lène, femme  de  Menélas  ,  fusant  ap- 
paraître Alexandre-  le -Grand  devant 
les- Quint,  et,  pour  terminer 
convenablement  la  scène  ,  ayant  le 
col  tordu  par  le  diable,  à  l'expiration 
de  son  pacte.  Bien  plus  infaillible  en- 
core qw  l'illustre  Malin  u  Laen>bei'.r, 
Faust  débitait  tous  les  ans  <-n 
magne  des  Almanaehs  qui ,  dictés  par 
Befeebtith,  ne  pouvaient  manquer 
d'avoir  un  grand  snccès.Tets  sont  les 
faits  merveilleux  que  rapporte  Geor- 
çe-Rodolphe  Widman  ,  qui  publia  à 

l'i  ancfort ,  1 687 ,  in-8". ,  L'histoire  de 


FAU 

J.  Faust  et  de  Christophe  Wagnerf 
son  valet.  Cette  histoire,  ou  plutôt  ce 
roman,  réimprimé  à  Berlin,  i5go, 
et  à  Francfort,  1  5q  i  ;  reparut  à  Ham- 
bourg, 1598*1600,  in-Z|°.,3  vol., 
avec  des  commentaires  historiques, 
physiques  et  moraux  ,  et  souvent  de- 
puis ,  mais  avec  plus  ou  moins  de 
mutilations ,  disent  les  pubHcateurs 
àe?,  éditions  corrigées.  Ces  commen- 
taires sont  le  comble  de  l'ignorance  et 
de  la  bêtise.  L'histoire  de  Faust  fut 
traduite  en  anglais,  en  hollandais, 
1 592  ,  in-8".  ;  1 G87  ,  1  vol.  ;  1608 , 
in  4'.;  et  en  français,  par  Victor 
Palnia  Cayet ,  Pans,  i6o5;  Rouen, 
1 6o4  ;  Paris,  1  f  j-p  ;  Cologne  (  Bruxel- 
les), 171 '2,  in-i2,  etc.  Adeiung  a 
consacré  un  article  à  Jean  Faust  à  la 
fin  du  dernier  volume  de  son  His- 
toire des  Folies  humaines..  On  y 
trouve  les  Conjurationes  Fausti  , 
auxquelles  il  ne  manque  que  les  figu- 
res mystérieuses  qui  doivent  y  être 
jointes  ,  pour  que  le  lecteur  puisse 
opérer  les  mêmes  prodiges  que  le  ma- 
gicien de  Wcimar.  Les  Allemands  , 
assez  amis  du  merveilleux,  ont  sou- 
vent mis  sur  la  scène  la  descente  du 
docteur  Faust  aux  enfers.  De  ce  nom- 
bre semt  'c  célèbre  Goethe,  Klinger 
et  J.  F.  Sehii.k.  Tritheme,  le  plus 
ancien  de  tous,  J.Man'ius,  Sehaller, 
Wier,  Del  Rio,  et  même  Caméra  ri  us 
et  Gessner,  eml  parlé  plus  ou  moins 
longuement  de  Faust  ri  de  ses  enchan- 
tements; bien  plus,  Pie  rre-  Frédciic 
Arj  e  a  donné  le  catalogue  de  ses  ou- 
vrages  magiques.  Maigre  le  témoi- 
gnage de  ce*  écrivains,  beaucoup 
d'autres,  et  peut-être  avec  raisem  , 
regardent  ce  personnage  comme  en- 
tièrement imaginaire,  son  histoire, 
comme  un  roman  fait  à  plaisir.  Quel- 
ques uns,  entre  autres  Conrad  Dur« 
rius ,  se  semt  ai  i  oire  que  la 

légende  de  Faust  cat  une  satire  fabri- 


FAU 
tjuee  par  les  moines  contre  Jean  Fust, 
un  des  inventeurs  de  l'imprimerie  , 
irrités  qu'étaient  ces  cénobites,  d'une 
découverte  qui  leur  enlevait  les  utiles 
fonctions  de  copistes  de  manuscrits. 
Plusieurs  auteurs  ont  réfuté  cette  opi- 
nion peu  fondée.  Zeituer  avait  com- 
posé sur  ce  sujet  :  Schediasma  de 
Fausto  prœstigiatore  ex  Joanne 
Fausto  à  quibusdam  jicto.  On  peut 
encore  consulter  sur  Faust ,  Struv  us , 
dans  son  ïnlrod.  in  not.  rei  lill. ,  et 
dans  sa  Bibl.  antiq.,  ainsi  que  J. 
George  Neumaun ,  qui  a  publié  Dis- 
sertatio  historié  a  de  Fausto  prœsti- 
giatore ,  Wittemberg ,  1 683 ,  i  6q$  , 
i7ii,in-4°.  D.  L. 

FAUST  (Jfan- Frédéric),  histo- 
rien ,  né  à  Aschaffen bourg  en  Fran- 
conie,  daas  le  16  .  siècle,  n'est  connu 
que  par  l'ouvrage  suivant  :  Limbur- 
genses  fasti,  sive  fragmentum  Chro- 
nici  urbis  et  dominorum  Limbur- 
gensium  ad  Loheram  è  manuscrip- 
tis  codicibus,  Hcidelberg,  16 19, 
in-fol.  Cette  Chronique  est  peu  esti- 
mée. —  Un  autre  écrivain  du  même 
nom  et  de  la  même  famille ,  et  qu'Ade- 
lung  croit  fils  du  précédent ,  a  publié 
en  allemand,  la  Chronique  de  la  ville 
de  Francfort  -  sur-  le  -  Mein ,  1 660 , 
in- 12.  11  s'était  adonné  à  l'étude  de  la 
langue  hébraïque ,  et  mit  en  vers  la- 
tins la  partie  du  Talmud  ,  qui  est  rela- 
tive aux  mariages.  Son  ouvrage  ano- 
nyme parut  sous  ce  titre  :  Traclatus 
de  contraclibus  judœorum  matrimo- 
nialibus  Talmudicus ,  latinis  dona- 
tus  musis  ,  Baie,  1699,  in  -4°. — 
Maximilien  Faust,  d'Aschaffenbourg, 
avocat  et  sindic  à  Francfort ,  publia  en 
i(>4i  ,  daus  la  même  ville,  ses  Con- 
silia  pro  œrario ,  in-fol.  C'était  le 
fruit  de  vingt  ans  de  travaux  et  de  re- 
cherches. W — s. 

FAUSTINA  (  Signora  ).  V.  Hasse. 

F  A  U  S  T 1 N  E  (  Aiwia  -  Galeria- 


FAU  ioj 

Faustina),  naquit  l'an  1^0,  d'An- 
nius'Verus,  qui  avait  e'té  trois  fois 
consul ,  et  qui  faisait  remonter  son 
origine  à  INuma.  Au  lieu  de  conserver 
pur  ce  beau  titre  de  gloire  qu'elle  re- 
levait encore  par  son  mariage  avec 
Antonin-Ie-Pieux ,  Faustine  suivit  la 
pente  naturelle  quVlle  avait  pour  le 
plaisir,  et  le  plaisir  la  conduisit  au 
vice.  Assise  sur  le  trône  des  Césars, 
Faustine  le  souilla  par  ses  débau- 
ches ,  autant  que  son  époux  l'illustra 
par  ses  vertus.  Autonin  gémissait  de 
ses  débord,  ments  ,  mais  le  caractère 
de  douceur  et  de  modération  de  ce 
prince  lui  faisait  fermer  les  yeux  sur 
la  conduite  de  l'impératrice.  Cet  excès 
d'indulgence,  qui  aurait  ramené  à  sou 
devoir  un  cœur  moins  corrompu  ,  ne 
fut  pour  Faustine  qu'une  espèce  d'en- 
couragement au  libertinage.  Sure  de 
l'impunité,  elle  s'y  livra  sans  retenue. 
Elle  vécut  constamment  au  milieu  des 
dérèglements  les  plus  honteux,  et  tel 
était  l'aveuglement  du  prince,  qui  to- 
léra ses  débauches  pendant  sa  vie, 
qu'il  la  fit  placer  après  sa  mort  au  rang 
des  déesses.  Il  lui  fit  élever  des  autels 
et  des  temples,  et  voulut  que  ses  sta- 
tues fussent  portées  dans  la  procession 
des  jeux  du  Cirque,  avec  celles  des 
divinités  de  l'empire.  Un  grand  nom- 
bre de  médailles  nous  ont  conservé  les 
traits  de  cette  princesse.  Antonin  ne 
manqua  pas  de  lui  donner  encore,  sur 
celles  qu'il  fit  frapper  après  sa  mort, 
le  titre  de  Diva.  Elles  font  mention  de 
la  dédicace  du  temple  qui  fut  construit 
en  son  honneur,  et  dont  on  voit  en- 
core aujourd'hui  à  Rome  de  belles  rui- 
nes, à  l'église  de  St.-Laurent  in  Mi- 
randa.  Une  des  plus  précieuses  de 
ces  médailles  est  celle  qui  rappelle 
l'institution  des  filles  Faustiniennes, 
et  qui  a  pour  légende  :  Puellœ  Faus- 
tinianœ.  Faustine  avait  épousé  Anto- 
nin avant  qu'il  eut  été  adopté  par 


an'»  F  AU 

Adrien  ,  et    (lie  mourut  à  l'âge  fie 
trente -six  ans,  trois  ans.  après  qu'il 
eut  été  crée  Auguste.  Elle  avait  eu  d'eux 
fils ,  qui  périrent  fort  jeunes.  Les  mo- 
numents seuls  nous  ont  transmis  leurs 
noms.  L'un  se  nommait  Marcus  Ga~ 
ierius  Antoninus  ,  dont  nous  possé- 
dons une  belle  médaille  grecque  au  re- 
vers de  la  tête  de  sa  mère.  Les  ins- 
criptions nous  donnent  le  nom  du  se- 
cond(  Aurelius  Fulvius  Antoninus  ), 
et  celui  d' Aurélia  Fadilla,  sa  sœur , 
qui  mourut  aussi  de  bonne  heure.  Le 
seul  enfant  qui  lui  survécut  îul  Faus- 
tine jeune  ,  épouse  de  Marc  -  Aurèle. 
—  Faustise  jeune  (  Annia  Fausiina), 
surpassa  sa  mère  par  la  dissolution 
de  ses  mœurs.  Commode  son  fils ,  pas- 
sait pour  être  le  fruit  de  ses  amours 
adultères;  souvent  elle  choisissait  ses 
amants   dans  la  classe  du  peuple  la 
plus  obscure.  Si  Messaline  n'avait  pas 
vécu  avant  elle,  ce  seraitFaustine  qui 
aurait  conservé  le  honteux  privilège 
de  prêter  son  nom  aux  femmes  im- 
pudiques. On  engagea  souvent  Marc- 
Aurèlc  à  la  répudier  :  «  Il  faudra  donc 
lui  rendre  sa  dot,»  disait  ce  prince  trop 
indulgent,  et  cette  dot  était  l'empire. 
3Sous  ne  retracerons  point  ici  toute 
l'infamie  de  sa  conduite  ,  les  nom- 
breux excès  auxquels  elle  se  livrait 
n'échappèrent  pas  à  la  raillerie  et  à  la 
censure  des  Romains;  son  époux  seul 
ne  l'en  punit  point.  On  blâme  Mirc- 
Aurèle  de  cette  faiblesse  ;  peut-être  a 
t-il  ignoré  une  partie  de  ces  désordres, 
ou  craint  d'imprimer  une  tache  à  la 
dignité  impériale.  En  punissant  les 
tra\<  rs  de  l'impératrice  ,  il  eut  justifié 
les  bruits   populains  qui  la   flétris- 
saient.  Faiîstine  fut  accusée  d'avoir 
contribué  à  la  mort  de  Lueius  Ycius, 
son  gendre,  pour  qui  elle  a\ 
des  complaisances  criminelles,  et  qui 
s'en  était  vanlé.  On  lui  repiorln 
«lavoir  excité  Avidius  Cassius  à  la  ré- 


FAU 

volfe.  (  Voy.  Avidius  Cassius  );  mai» 
puisque  les  auleurs  anciens  n'établis- 
sent pas  ce.fait  comme  constant ,  nous 
sommes  bien  moins  en  état  de  l'éclair- 
cir  aujourd'hui.  Nous  savons  au  con- 
traire ,  par  une  lettre  de  Marc-Aurè'e, 
qu'elle  avait  engagé  ce  prince  à  punir 
sévèrement  les  complices  de  Cassius. 
Faustine  accompagna  l'empereur  eu 
Asie,  vers  l'an  i"J\ ,  et  mourut  su- 
bitement en  Cappadoce,  dans  un  vil- 
lage nommé  Halala  ,  situé  auprès  du 
munt  Taurus.  Marc  -  Aurèle  pleura 
cette  princesse  comme  s'il  avait  perdu 
la  femme  la  plus  vertueuse;  il  fonda 
dans  le  lieu  où  elle  mourut ,  une  ville 
à  laquelle  il  donna  le  nom  de  Fausti- 
nopolis  ,  et  rendit  à  sa  femme  les 
mêmes  honneurs  qu'Antonin  avait 
rendus  à  la  sienne.  On  peut  voir  dans 
Dion  et  Capitolin  ,  jusqu'où  fut  portée 
à  cet  égard  la  faiblesse  de  Marc-Aui  èio. 
Sur  ses  médailles  ,  elle  fut  appelée  de 
son  vivant  Mater  Castrorum  (  Mère 
des  Armées  ).  C'est  la  première  fois 
qu'on  v  voit  paraître  ce  titre,  dont  plu- 
sieurs impératrices  se  décorèrent  a  j»i  es 
elle.  Mais  rien  n'est  plus  étrange  que 
d'y  trouver  la  légende  Pudicilia.  MA- 
gré  tous  les  honneurs  qui  lui  fuient 
décernés  par  Marc- Aurèle,  on  ne  con- 
naît encore  jusqu'ici  aucune  médaille 
en  or  de  Faustine  ,  frappée  api 
mort.  Les  autres  cependant  nous  font 
voir  qu'elle  fut  mise  au  rang  des 
Dieux,  et  Capitolin  nous  apprend  que 
Marc-Auièle  lui  dédia  un  nouvel  éta- 
blissement des  filles  Faustjniej 
Faustine  eut  plusieurs  enfants  de 
Marc-Aurè'e,  Vibia  Aurélia,  Sabina 
et  Fadilla,  dont  les  inscriptions  pu- 
bliées par  (irntcr  et  Murateri,  nous 
ont  conservé  les  noms  ;  J.ucile ,  qui 
épousa  Lucius  VérilS  I  l'eoi- 

piie  par  Marc  -  Aurèle;  deux  fils  ju- 
meaux, Commode  qui  Six 
père ,  et  qui  hérita  de  tous  les  vices 


FAU 

3e  sa  mère,  elAntoninus  qui  mourut 
fort  jeune  ;  enfin  e!!e  fut  mère  d'An- 
mus  Férus,  déclaré  César  à  Page  de 
sept  ans  ,  et  qui  mourut  peu  de  temps 
après.  Jl  nous   reste  de  ce  dernier 
prince  quelques  médailles  et  médaiî- 
ions  grecs  et  romains ,  sur  lesquels  il 
porte  le  titre  de  César,  et  qui  sont  de 
la  plus  grande  rareté. — Les  médailles 
seules  nous  font  connaître  le  nom  d'u- 
ne autre  Faustine  (  Annia  Faus- 
tina  ) ,  épouse  de  l'empereur  Çlaga- 
bale,   qui   ne   semblait  choisir   une 
épouse   que   pour    la   répudier.  Le 
nombre  de  ses  divorces  égala  celui 
des    mariages  que    son  caprice   lui 
faisait  contracter.  Annia  Fauslina  des- 
cendait de  Marc- Aurèle  :  mariée  à 
Pomponius  Bassus ,  elle  résista  long- 
temps aux  sollicitations  d'Eiagabale, 
qui  prit  le  parti  de  faire  assassiner  le 
vertueux    Bassus,    pour  épouser  sa 
femme,  aussi  célèbre  par  sa  beauté 
que  par  sa  naissance  et  ses  belles  qua- 
lités.  Les  historiens  qui   parlent  de 
cette  princesse,  sans  nous  faire  con- 
naître son  nom  ,  ne  sont  pas  d'accord 
sur  l'époque  où  elle  devint  épouse 
d'Eiagabale.  Dion  veut  qu'elle  ait  été 
sa  première  femme,  Hérodien  au  con- 
traire la  désigne  comme  la  dernière. 
Les  écrivains  modernes  sont  d'après 
cela    demeurés    partagés    d'opinion  ; 
mais  l'abbé  Beîley,   qui  a  rendu   à 
l'histoire  et  à  la  numismatique  tant 
de  services  importants ,  a  enfin  éclair- 
ci    d'une   manière    victorieuse,    par 
le  secours   des   médailles,  ce   point 
de  Chronologie ,   en  établissant  que 
Coruelia  Paula  avait  été  la  première 
femme   d'Eiagabale,  Aquilia   Severa 
la   seconde,    que  celle-ci  avait   été 
répudiée   pour  faire   place    à  Faus- 
tine, renvoyée  à  son  tour  pour  voir 
Aquilia  venir  reprendre  le  titre  d'é- 
pouse auprès  de  ce  sybarite  insensé. 
Les  médailles  de  Paula ,  d'Aquilk  et 


FAU  ao5 

d'Annia  Fauslina,  frappées  en  Egypte, 
avec  les  dates  de  chaque  année  du 
règne  d'Eiagabale,  sont  les  monu- 
ments dont  l'abbé  Bclley  s'est  servi 
dans  sa  dissertation  (i  ).  Les  médailles 
d'Annia  Faustina  sont  fort  rares  ;  c'est 
par  cette  raison  que  les  faussaires  se 
sont  plu  à  les  reproduire  souvent  : 
plusieurs  coins  modernes,  qui  avaient 
été  placés  avec  confiance  dans  certains 
cabinets ,  en  ont  été  exclus  à  mesure 
que  les  connaissances  numismatique» 
se  sont  agrandies.  T — n. 

FAUSTLNUS  (  Perisaule)  ,  de 

est  auteur  de  deux  poèmes  latins,  in- 
titulés l'un  :  De  honesto  appetitu  , 
l'autre  :  De  triumpho  stultitiœ,  impri- 
més sans  date  à  Rimini ,  chez  Jérôme 
Soncino.  Ce  livre  est  d'une  extrême 
rareté.  L'exemplaire  qu'en  possède  la 
bibliothèque  Mazarine  ,  n°.  21 256, 
porte  sur  le  titre  qu'il  est  d'uue  seconde 
édition  (itérant  excusa  )  ;  il  est  in-8°. 
caractères  italiques  très  menus,  feuil- 
lets non  chiffrés,  mais  signatures  de- 
puis A  jusqu'à  H  inclusivement.  Le 
premier  poème  s'étend  jusqu'au  feuil- 
D.  iiij  recto.  11  semblerait,  d'après 
Maittairè ,  tome  Ier.  de  son  Index  an- 
nal, tfpogr.,  pag.  5q5,  que  lesRu.s- 
coni  de  Venise  auraient  imprimé  après 
coup  leur  nom  et  la  date  de  1 5i^  sur 
quelques  exemplaires  ;  mais  rien  de 
cela  ne  paraît  sur  l'exemplaire  de  la 
bibl.  Mazarine.  Soncino  a  dédié  le  pre- 
mier poëmc  à  Gorns  Gerius,  évêq«  e 
de  fano ,  et  vice-légat  de  Bologne.  Le 
sujet  de  ce  poërne  est  la  modération 
dans  les  désirs  :  l'autre ,  partagé  en 
trois  livres ,  peint  les  folies  du  premier 


(i>  La  première  médaille  de  Julia  Paula  que  cite 
l'abbé  Belley  dans  sa  dissertation ,  porte  la  date 
de  l'an  trois  du  règne  d'Eiagabale.  Nous  en  possé- 
dons une  qui  est  inélite,  avec  la  date  de  l'an 
deux;  ce  qui  pourrai t  faire  remonter  de  queli 
ques  mois  l'époque  du  mariage  de  cette  ririn* 
cesse  ,  telle  qu'elle  est  fixée  par  l'abbé  Belley. 
Voyez  Mémoire  de  V Académie  des  inscriptions 
«C  bilUs-lttlres  ,  Hiiloire,  pag,  6w  ,  to».  ^%, 


2oG  F  A  U 

âge  ,  colles  de  l'âge  raûr  et  celles  de  la 
vieillesse.  Le  style  et  la  versification 
sont  médiocres.  Il  est  peu  de  portraits 
moins  flattes  de  la  femme,  que  celui 
que  trace  l'auteur.  11  a  été'  transcrit 
par  un  médecin  de  Padoue,  nommé 
Antoine  Ulmus,  dans  son  singulier 
ouvrage ,  intitulé  Phjsiologia  barba; 
humanœ,  où  Ton  peut  le  voir  p.  1 54 
et  1 55  de  la  iQ.  édition  de  Bologne, 
i6o5,  in-fol.  M — on. 

FAUSTO  (  Sebastien  )  ,  savant 
italien,  surnommér/a  Longiano,  d'une 
petite  ville  de  la  ftomague ,  où  il  na- 
quit de  parents  obscurs ,  vers  le  com- 
mencement du  16e.  siècle,  passa  ses 
premières  années  dans  sa  patrie.  On 
ignore  le  lieu  où  il  fit  ses  études  et 
les  détails  de  sa  jeunesse.  Il  était  en 
153*2  attaché  au  comte  Gui  Kangone 
de  Modène,  généreux  protecteur  des 
lettres  ;  il  le  fut  ensjite  au  comte 
Claude  de  la  même  famille ,  et  fut  char- 
gé de  l'éducation  de  son  fils.  On  ne 
peut  le  suivre  en  quelque  sorte  dans 
ses  nombreux  déplacements ,  qu'au 
moyen  des  dédicaces  et  des  préfaces 
de  ses  ouvrages  ;  on  le  voit  en  i  544 
auprès  du  marquis  Jérôme  Pallavici- 
no  ;  en  i556  a  Vicence,  où  il  fut  reçu 
de  l'académie  des  Costanti;  en  1 558 
à  Ferrare  :  on  voit  même  qu'il  entra 
dans  un  eomplot  que  firent  cette  an- 
née-là les  Espagnols  pour  s'emparer 
de  cette  ville.  Il  était  eu  i55q  à  la 
petite  cour  du  seigneur  de  Piombino. 
Peu  de  temps  auparavant,  il  était  pas- 
sé dans  l'île  de  Corse ,  d'où  il  était 
revenu  à  Cènes,  chargé  par  le  gou- 
verneur d'annoncer  qu'en  dix  jours  il 
avait  délivré  Dastia  ,  qui  était  assiégé 
par  les  Français.  Quand  Emmanuèt- 
1  hilibert,  duc  de  Savoie,  eut  recou- 
vré ses  états,  Fausto  fut  appelé  à  sa 
cour  en  i. ">()<>.  L'année  précise  <le  Ù 
moi  test  inconnue,  comme  celle  de  M 
naissance.  Malgré  les  boarreiief  de 


FAIT 

sou  caractère  et  un  excès  d'amour* 
propre  qu'il  prenait  peu  le  soin  de 
cacher,  il  était  lié  avec  plusieurs  hora- 
mes  célèbres  de  son  temps.  Il  le  fut 
surtout  avec  Pierre  Arétiu  ,  qu'il  était 
digne,  par  ces  défauts  mêmes,  d'a- 
voir pour  ami.  On  trouve  cinq  de  ses 
lettres  parmi  celles  de  différents  au- 
teurs à  l'Arétin.  Il  s'y  vante  lui-même 
avec  une  franchise  ridicule  ;  mais  il 
y  vante  aussi  excessivement  son  ami. 
11  lui  dit,  entr'autres  choses,  qu'il 
avait  un,  frère ,  moine  et  prédicateur, 
lequel  avait  déclaré  à  la  fin  d'un  de  ses 
sermons  que  si  la  nature  et  Dieu  vou- 
laient réformer  la  race  humaine,  ils 
ne  pouvaient  rien  faire  de  mieux  que 
de  produire  plusieurs  Pierre  Arétin. 
Fausto  a  laissé  un  assez  grand  nombre 
d'ouvrages;  les  plus  estimés  sont  des 
traductions  :  1.  Dioscoride  fatto  di 
Greco  in  italiano ,  Venise,  i542, 
in-8'.  A  la  fin  de  cette  traduction  de 
Dioscoride ,  Fausto  a  mis  celle  du  petit 
traité  de  Paul  Eginète  sur  les  poids 
et  les  mesures;  11.  Epistole  dette  le 
famigliari  di  Marco  Tullio  Cicéro- 
ne, Venise,  1 544  ?  i555,  in-8°. ; 
III.  Le  orazioni  di  Marco  Tullio 
Cicérone  di  latine  Jatte  italiane  ,  e 
divise  per  U  generi  in  giudiciali,  de- 
liber ative  e  dimostratwe  ,  Venise, 
i556,  5  vol.  in-8\  D'autres  auteurs , 
tels  qu'Ocfavien  Zara ,  Sébastien  Ca- 
vallo,  etc.,  contribuèrent  à  cette  tra- 
duction; celle  des  Philippiques ,  con- 
tre Marc-Antoine ,  est  tonte  de  Fausto, 
et  forme  un  des  trois  volumes,  dont 
on  trouve  des  exemplaires  a  part.  Il 
avait  puise  dans  Cicéron  même  les  iè- 
gtes  tic  l'ait  de  traduire,  qu'il  publia 
sons  la  forme  du  dialogue;  IV.  Dia- 
logo  del  modo  de  lo  tradurre  d'una 
in  ultra  liiiçna ,  secondo  le  regole 
mostrate  da  Cicérone,  \  enise, 
in-8  '.  Plusieurs  de  ses  ouvrages  don- 
nèrent lieu  à  deb  querelles  liuéiuùes2 


PAU 

ou  à  des  accusations  de  plagiat  et  d'im- 
posture ;  V.  son  traité  intitule  :  // 
Duello  regolato  aile  leggi  dell'ono- 
re,  Venise,  i552,  in-8°.,  lui  attira 
uneciitique  amere,  intitulée  laFaus- 
tina,  de  la  part  du  Muzio,  qui  avait 
aussi  écrit  sur  le  duel;  Fausto  y  op- 
posa une  Défense,  et  cette  guerre  se 
prolongea  pendant  plusieurs  années  ; 
Vï.  il  publia  en  italien,  Venise,  1 543, 
in-B". ,  une  traduction  de  la  Sfor- 
ciade ,  ou  de  X Histoire  du  duc  de 
Milan,  François  Sforce,  écrite  en 
latin  par  Sirnonetta,  frère  du  célèbre 
ministre  de  ce  duc;  et  n'ayant  point 
nommé  dans  son  titre  l'auteur  latin , 
on  i'accusa  d'avoir  donné  cette  tra- 
duction comme  un  ouvrage  original. 
Apostolo  Zeno  a  fort  bien  répondu 
dans  ses  notes  sur  Fontanini ,  que  si 
le  nom  de  Simonetta  n'est  pas  au  titre 
du  livre ,  il  est  dans  le  privilège  du 
sénat  accordé  à  rimprimeur(  i  ).  11  pou- 
vait ajouter  qu'une  première  traduc- 
tion de  la  même  histoire  avait  été 
faite  et  publiée  par  Landino,  plus  de 
cinquante  ans  auparavant ,  Milan  , 
1 490,  in-fol.,  ce  qui  rend  l'accusation 
de  plagiat  tout-à-fait  absurde;  VII. 
Fausto  donna  sous  le  nom  de  son  vé- 
ritable auteur  une  vie  du  fameux  ty- 
ran de  la  Romagne,  Ezzelino  :  Fita  è 
gesli  di Ezzelino  III  da  Romano,  di 
Pietro  Gerardo  padovano  suo  con- 
temporaneo  ,  Venise,  i5{4>  in-8J. , 
et  l'on  prétendit  que  ce  nom  d'auteur 
était  supposé,  et  que  Fausto  n'avait 
publié  sous  ce  voile  que  la  traduction 
d'une  vieille  chronique  latine.  Apos- 
tolo Zeno  vient  encore  ici  à  son  se 
cours ,  avec  un  ancien  manuscrit  de 
cette  vie,  lequel  porte  en  tête  et  à  la 
fin  le  nom  de  Pietro  Gerardo  ,  qui 
se  déclare  auteur  de  l'ouvrage  et  con- 

(1)  Ce  privilège  porte  en  effet  expressément  : 
l' Historié  iforzerche  del  Sunorteta^  traduite 
fer  Seùatlian.  Faïuta. 


FAIT  407 

temporain  d'Ezzclino.  Fausto  n'avait 
fait  qu'en  réformer  le  style  et  le  pur- 
ger des  expressions  lombardes  dont  il 
était  rempli.  Il  en  publia  une  seconde 
édition  ,  avec  de  nouvelles  corrections 
et  même  plusieurs  additions  :  In  mol- 
li luoghi  accresciuta  doue  mancava 
nella  prima ,  Venise ,  1 552 ,  in-8°.  ; 
VIII.  dans  un  Commentaire  sur  Pé- 
trarque ,  qu'il  publia  en  i55f2,  Ve- 
nise, in-4°. ,  on  l'a  accusé  d'avoir  mis 
à  contribution  celui  de  Gesualdo ,  tan- 
dis que  ce  dernier  ne  parut  pour  la 
première  fois  que  l'année  suivante, 
Venise,  i533,  in-40.;  IX.  on  a  en- 
core du  même  auteur  un  traité  des 
mariages  des  anciens  :  Délie  nozze , 
trattato  incui  si  leggono  iriti,  i  cos- 
tumi,  l'inslituti ,  le  cerimonie  e  le 
solennità  di  dwersi  popoli  antichi , 
Venise,  1 554  »  in_4J'5  un  Essai  sur 
l'éducation  du  fils  d'un  prince,  depuis 
l'âge  de  dix  ans,  injino  agli  anni 
délia  discrezione ,  Venise,  i54*, 
in-8\ ,  et  quelques  autres  écrits  sur 
différents  sujets.  G — e. 

FAUSTUS  DE  UYZANCE,  en 
arménien  Piouzant  P'hosdos ,  his- 
torien arménien ,  qui  naquit  à  Cous- 
tantinopie  vers  l'an  5io.  Il  fut  d'abord 
évêque  dans  la  Gappadoce,  alla  eu- 
suite  en  Arménie  ,  et  s'attacha  à  l'é- 
glise de  cette  nation,  remplit  diverses 
fonctions  auprès  du  patriarche,  qui 
le  chargea  de  l'administration  des 
bâtiments  consacrés  à  l'habitation  des 
pauvres.  Il  fut  ensuite  évêque  du 
pays  possédé  par  le  prince  de  la  fa- 
mille Sahazhouni,  et  mourut  vers  la 
fin  du  4e«  siècle.  Il  a  laissé  une  His- 
toire écrite  en  arménien,  intitulée 
Piouzantazan  badmouthioun  (His- 
toire byzantine)  ;  elle  a  été  imprimée 
à  Constantinople,  n5o,  1  vol.  in- 
4°.  Gelte  histoire  était  dans  l'origine 
composée  de  six  livres;  les  deux 
premiers  sont  perdus  ;  les  quatre  der- 


ao8  F  A  V 

iiiers  contiennent  le  re'cit  des  événe- 
ments qui  se  sont  passés  eu  Arménie 
depuis  Tan  54o  jusque  vers  l'an  590 
île  notre  ère ,  sous  le  règne  des  rois 
Khosrou  II ,  Dinrn  II,  Arschak  H, 
JBab.  Varaztad,  Arschak  III,  Vag- 
Jiarschak  II  et  Khosrou  III.  Cet  écri- 
vain est  très  prolixe.  Son  style  dur 
jet  barbare  fait   connaître  facilement 
que  la  langue  arménienne  n'était  pas 
sa  langue  naturelle.  Il  contient  une 
très  grande  quantité  de   faits   qu'on 
lie  pourrait  trouver  ailleurs.  S.  M — n. 
FAUVEAU  ou  FULVIUS  (Pierre), 
poète  latin,  naquitàNoailléen  Poitou, 
dans  le  16e.  siècle.  Il  ne  vit  dans  la 
culture  des  lettres  qu'une  occupation 
«igrcable  ,  et  ne  chercha  point  à  se 
faire  de  son  talent  un  moyen  d'acqué- 
rir de  la  fortune  et  de  la  réputation.  Il 
était  lié  d'unc-amitié  très  étroite  avec 
Muret  et  Joachim  du  Bellay.  Scévole 
de  Ste.-Martbe  rapporte  que  ces  trois 
poètes  ayant  établi  entre  eux  un  con- 
cours ,  le  prix  en  fut  adjugé  à  Fan- 
veau  ,  par  Macrin.  II  avait  composé 
des  poésies  dans  le  goût  antique,  dont 
on  vantait  la  pureté  de  style  et  la  fi- 
nesse des  pensées  ,  et  des  tragédies 
dont  Sénèquc  lui  avait  fourni  le  sujet  ; 
mais  que  ses  amis  trouvaient  supé- 
rieures à  son  modèle.  On  n'a  conservé 
des  ouvrages  de  Fauveau  que  quelques 
petites  pièces  recueillies  d'abord  par 
Roland  Betaulaud,  son  contemporain  , 
et  insérées  ensuite  dans  le  tome  Ier.  des 
Deliciœ  poétarum    Gallorum  ,    de 
Ciiutcr.  Fauveau  mourut  à  Poitiers  en 
t56a,  non,  connue  ou  l'a  répété  d'après 
Ste.- Marthe,  du  saisissement  que  lui 
causa  la  vue  des  désordres  commis 
par  les  calvinistes,  mais  d'une  maladie 
qui  est  la  suite  ordinaire  du  d< 
ment  des  mœurs.  \\ — l. 

LD'OUDEAUYILLE.  V. 

MANEL. 

FAUYELET  DU  TOC  (Antoine), 


FAU 

secrétaire  des  finances  de  Monsieur  f 
frère  de  Louis  XIV,  a  publié  :  I.  V  His- 
toire des  secrétaires  d 'estât ,  con." 
tenant  l'origine ,  les  progrès  et  réta- 
blissement de  leurs  charges  ,  Paris, 
1668,  in-4  .  ;  elle  commence  à  l'an- 
née 1 J47  >  où  Henri  II  partagea  l'ad- 
ministration du  royaume  entre  quatre 
secrétaires  ,     qui     furent  Iiocbetel  % 
Gausse,  de  TÂubepisne  et  Dulhicr; 
mais  on  sait  que  ce  ne  fut  que  sous  le 
règne  de  Charles  IX  que  les  secré- 
taires d'état  commencèrent  à  signer 
pour  le  roi.  Il  y  a  des   recherches 
dans  cet  ouvrage,  et  des  particularités 
qu'on  ne  trouve  pas  ailleurs  ;  II.  His- 
toire de  Henri  ,  duc  de  Rohan ,  Pa- 
ri?, 16G6,  Cologne,  16G7,  in  -  12. 
Fauvclct  a  retouché  le  style  de  cet  ou» 
vrage ,  et  en  a  signé  l'épître  dédica- 
toire  j  mais  il  en  existe  des  manus- 
crits portant  des  initiales  qui  cachent 
le  nom  du  véritable  auteur ,  que  l'on 
n'est  pas  encore  parvenu  à  découvrir. 
W—  s. 
FAVART  (  Charles  -  Simon  ) ,  au- 
teur dramatique  ,  né  à  Pari-;  le  1  5  no- 
vembre 1710,  était  fils  d'un  pâtissier 
en  renom,  qui  se  glorifiait  d'avoir  in- 
venté les  échaudés ,  et  qui,  dans  ses 
moments  de  loisir,  s'amusait  à  chan- 
tonner les  mœurs  du  temps.  Favatt 
fit  une  partie  de  ses  études  au  collège 
de  Louis-!e-Grand ,  et  commença  de 
bonne  heure  à  Caire  d<  s  vers.  Sou 
coup  d'essai  ,  intitulé  :  Discours  sur 
la  difficulté  du  réussir  en  poésie , 
était  loin  d'annoncer  un  talent  capable 
de  surmonter  cette  difficulté;  mais  il 
réussit  un  peu  mieux  d  im  son  poème 
<le  la  France  délivrée  par  la  Puceilc 
d' Orléans ,  ouvrage  oui  loi  valut  un 
prix  a  l'académie  des  jeui 

1 1  ,    tout,  fois  ,    n'eut    (!<•   glands 
s  qu'au  théâtre,  particulièrement 
à  l'opéra-comique  et  aux  italien 
il  donna  plus  de  soixante  pièces  p 


FAV 

presque  toutes  remplies  d'esprit  ,  de 
délicatesse  et  de  gaîté.  On  dislingue 
parmi  ces  jolies  productions ,  la  Cher- 
cheuse d'Esprit  ,  Acajou ,  la  Fête 
du  Château,  A miette  et  Lubin  (il 
composa  cette  pièce  si  connue  et  si 
spirituelle  en  société  ,  avec  Mme.  Fa- 
vart et  M.  Lourdet  de  Santerre  ) ,  XAs- 
trologue  de  Pillage  ,  Ninette  à  la 
Cour,  Bastien  et  Bastienne,  Isa- 
belle et  Gertrude ,  la  Fée  Urgèle , 
les  Moissonneurs,  V Amitié  à  l'é- 
preuve ,  la  Belle  Arsène ,  les  Rêve- 
ries renouvellées  des  Grecs ,  etc 

Sa  comédie  de  Soliman  II ,  ou  les 
Trois  Sultanes ,  qui  fut  long  -  temps 
jouée  aux  Italiens  ,  et  qui  est  mainte- 
nant au  répertoire  du  théâtre  Français, 
prouve  qu'il  était  en  état  de  s'élever  au- 
dessus  du  genre  de  l'Opéra -Comique. 
Ce  n'est  pas  que  cet  ouvrage  ne  se  res- 
sente un  peu  du  goût  qu'on  avait  alors 
pour  le  jargon  des  boudoirs;  mais  ce 
léger  défaut ,  bien  moins  sensible  dans 
les  Trois  Sultanes ,  que  dans  les  au- 
tres pièces  représentées  à  la  même 
époque  ,  se  trouve  racheté  par  une 
grande  intelligence  de  la  scène,  par 
des  situations  piquantes  traitées  avec 
art,  et  surtout  par  l'enjouement  qui 
règne  dans  tout  le  dialogue,  étince- 
lant  de  traits  ingénieux.  On  en  peut 
dire  autant  de  sa  comédie  de  l'Anglais 
à  Bordeaux  (  en  un  acte  et  en  vers 
libres),  composée,  ou  plutôt  impro- 
visée à  l'occasion  de  la  paix  de  1763. 
Favart,  dont  la  fécondité  était  prodi- 
gieuse ,  voulut  aussi  s'élever  au  çenre 
du  grand  opéra  ;  il  refit,  pour  l'Acadé- 
mie royale  de  musique ,  une  de  ses 
anciennes  pièces ,  intitulée  Cjthère 
assiégée  ;  mais  malgré  tout  le  talent 
de  Gluck ,  à  qui  il  s'était  associé,  cette 
allégorie ,  d'un  genre  un  peu  libre , 
n'eut  pas  le  succès  qu'il  en  attendait. 
Le  théâtre  de  l'Opéra-Comiquc ,  dont 
Favart  était  le  plus  ferme  soutien  ; 

XlY. 


F  A  V  209 

ayant  porté  ombrage  aux  Italiens ,  fut 
supprime  en  1745,  et  l'auteur  delà 
Chercheuse  d  Esprit,  se  trouva  trop 
heureux  d'obtenir  la  direction  de  la 
troupe  ambulante  qui  suivait  en  Flan- 
dre le  maréchal  de  Saxe.  «  J'étais 
»  obligé,  dit-il,  dans  une  de  ses  lettres, 
»  de  suivre  l'armée,  et  d'établir  mon 
»  spectacle  au  quartier  -  géuc'ral.  Le 
»  comte  de  Saxe,  qui  connaissait  le 
»  caractère  de  notre  nation ,  savait 
»  qu'un  couplet  de  chanson ,  une  plai- 
»  santciïe,  faisaient  plus  d'effet  sur 
»  l'ame  ardente  du  Frauçais,  que  les 
»  plus  belles  harangues.  11  m'avait  ins- 
»  tit ne  chansonnier  de  l'armée  ;  et  j'é- 
»  tais  chargé  d'en  célébrer  les  événe- 
»  inents  les  plus  intéressants.  »  11  fau- 
drait trop  d'espace  pour  rappeler  ici 
les  impromptus  de  tous  genres  que 
Favart  eut  occasion  de  faire  pendant 
cette  campagne,  tantôt  pour  annoncer 
aux  officiers  de  l'armée  qu'ils  allaient 
attaquer  l'ennemi  ;  tantôt  pour  féli- 
citer ces  braves  des  lauriers  dont 
ils  venaient  de  se  couvrir.  «  A  Ton- 
»  grès,  la  veille  de  la  bataille  de  Ro- 
»  coux,  dit  l'auteur  des  Anecdotes 
»  Dramatiques ,  le  maréchal  de  Saxe 
»  donna  ordre  à  M.  Favart ,  directeur 
»  de  sa  comédie,  de  faire  un  couplet 
»  de  chanson  pour  annoncer  cet  évé- 
»  nement  comme  une  bagatelle  dont 
»  le  succès  n'était  pas  même  douteux. 
»  Ce  couplet  fut  fait  tout  de  suite  , 
»  entre  les  deux  pièces ,  et  chanté  par 
»  une  actrice  fort  aimable,  sur  l'air  : 
»  de  tous  les  Capucins  du  Monde  : 

Demain  nous  donnerons  relâche, 
Quoique  le  directeur  s'en  fâche. 
Vous  voir  comblerait  nos  désirs  ; 
On  doit  céder  tout  à  U  gloire  f 
Nous  ne  songeons  qu'à  vos  plaisir!  , 
Vouj,  ue  songez  qu'à  la  victoire. 

»  Ensuite  on  annonça ,  pour  le  surlen- 
»  demain ,  le  Prix  de  Cylhère  et  les 
»  Amours  grivois  ,  qu'on  représenta 
»  effectivement  comme  un  prélude  des 
»  réjouissances  publiques ,  ce  qui  fil 

4 


aïo  FAV 

»  dire  au  camp  que  le  maréchal  avait 
»  préparé  le  triomphe  avant  la  vie- 
il) toire.  »  Ce  fut  à  cette  époque  que 
l'illustre  vainqueur  de  Fontenoy  et  de 
Rocoux,  épris  d'amour  pour  madame 
Favart ,  essaya  tous  les  moyens  de 
vaincre  les  scrupules  de  celte  char- 
mante actrice,  er  alla  même  ,  dit  la 
chronique  .jusqu'à  quelques  abus  d'au- 
torité. Madame  Favart  fit  d'abord ,  à 
ce  qu'il  paraît  ,  uue  résistance  hé- 
roïque. En  vertu  d'une  lettre-de-ca- 
chet, on  la  sépara  de  son  mari,  qui 
prit  la  fuite,  et  on  la  renferma  dans 
un  couvent  de  province,  où  elle  lesta 
plus  d'une  année  : 

Mais  l'ame  la  plu»  ferme  a  ses  jours  de  faiblesse. 

Cette  intéressante  captive  obtint  la  li- 
berté de  se  rendre  à  Paris  ;  les  persé- 
cutions dirigées  contre  l'honnête  Fa- 
vart cessèrent  aussitôt;  et,  loin  de  s'en 
féliciter  ,  il  n'en  conçut,  avec  raison , 
que  plus  d'inquiétudes.  De  retour  dans 
la  capitale,  où  il  se  fixa,  il  se  voua  en- 
tièrement à  la  culture  de  l'art  drama- 
tique. L'abbé  de  Voisenon  ,  avec  le- 
quel il  se  lia  (et  qui  devint  chez  lui 
Y  Ami  de  la  Maison  ) ,  s'associa  à 
quelques-uns  des  ses  travaux.  On  ne 
peut  nier  que  cet  abbé  n'ait  réellement 
eu  part  à  l'Amitié  à  V épreuve,  et  au 
Jardinier  supposé;  il  lit  de  légers 
changements ,  il  ajouta  quelques  vers 
de  sa  façon,  à  la  jolie  pièce  des  Mois- 
sonneurs, ainsi  qu'a  la  Fée  Urgèle  ; 
mais  ce  fut  à  tort  qu'on  voulut  dans  le 
monde  lui  faire  honneur  des  meilleurs 
ouvrages  de  son  ami.  «  Favart,  dit 
»  Laharpe,  trait  beaucoup  plus  d'es- 
»  prit  que  l'abbé  de  Voisenon;  mais  il 
»  se  laissait  bonnement  protéger  par 
»  celui  qui,  dans  le  fond,  lui  devait 
»  sa  petite  réputation.  »  Ce  ne  fui  qu'à 
la  longue  que  l'on  s'aperçut,  en  com- 
parant les  ouvrages  imprimés  de  l'un 
et  de  L'autre,  que  ceux  de  Favart  étaient 


FAY 

tous  de  la  même  main  et  du  même 
goût,  c'est-à-dire  faciles,  délicats,  na- 
turels, tandis  que  les  productions  de 
Voisenon  n'étaient  guère  remplies  que 
de  jeux  de  mots  ,  de  jargon  et  de  faux 
esprit.  En  17G9,  la  Comédie  italienne 
offrit  à  Favart  une  pension  annuelle 
de  800  fr. ,  en  lui  imposant  l'obli- 
gation de  donner  au  moins  deux  piè- 
ces par  an  ,  et  de  renoncer  à  tra- 
vailler pour  les  autres  spectacles. 
Blessé  d'une  proposition  qui  ressem- 
blait plus  à  l'offre  d'un  marché  qu'à 
un  témoignage  de  reconnaissance ,  il 
la  refusa  noblement  en  disant  :  a  L'hon- 
»  ncur  m'est  plus  cher  que  l'argent  ; 
»  je  ne  sais  pas  vendre  ma  liberté.  » 
Les  comédiens ,  un  peu  confus ,  lui 
accordèrent  alors  ,  sans  condition  , 
cette  faible  rente,  dont  il  jouit  tout  le 
reste  de  sa  vie.  11  mourut  le  12  mai 
1792,  des  suites  d'un  catharre  pul- 
monaire. De  tous  les  auteurs  qui  ont 
travaillé  pour  l'Opéra  •  Comique ,  Fa- 
vart est,  sans  contredit,  celui  qui  a 
peint  avec  le  plus  de  vérité  et  de  sen- 
timent les  amours  de  village ,  et  qui  a 
le  plus  constamment  uni  la  fraîcheur 
des  idées,  l'élégance,  la  flexibilité  du 
style  à  la  connaissance  de  la  scène.  11 
n'était  pas  moins  estimable  par  ses 
qualités  sociales  que  par  son  talent  ; 
et  l'extrême  bonté  avec  laquelle  il  se 
laissait  injustement  dépouiller  d'une 
partie  de  sa  gloire  littéraire,  fait  assez 
l'éloge  de  sa  modestie.  On  a  publié 
en  1809  le  Théâtre  choisi  de  Fa" 
vart ,  5  vol.  in-8°. ,  et  l'on  a  eu  soin 
d'y  donner  la  liste  chronologique  de 
tousses  ouvrages  dramatiques.  Ses  piè- 
ces de  théâtre  ont  été  réunies  en  1  76 3 
(ii  y,  volumes  in-8°.  avec  un  frontis- 
pice imprimé  pour  chaque  volume,  et 
en  177*1  par  le  même  moyen,  on 
forma  les  tomes  IX  et  X  de  cette  col- 
lection.—  Son  fils,  Charles-Nicolas- 
Joseph-Justiu  Favart,  né  en  1 7 4«^> 


FAV 

mort  le  Ier.  février  i3o6,  acteur  du 
theâlre  italien ,  a  donné  aussi  quelques 
pièces  :  le  Diable  boiteux,  opéra  co- 
mique en  un  acte (1782);  le  Démé- 
nagement d'Arlequin ,  comédie  en 
prose,  mêlée  de  vaudevilles  (1783); 
la  Famille  réunie,  1 791  ,  111-8*.;  les 
Trois  Folies,  1786;  le  Mariage 
singulier ,  1 787  ;  les  trois  premières 
au  moins  sont  imprimées.  Il  a  aussi 
composé  quelques  poésies  fugitives. 
En  1808,  M.  A.  P.  C.  Favart,  son 
petit  -  fils ,  et  M.  H.  F.  Dumolard , 
publièrent  un  ouvrage  en  3  volumes 
in-8°. ,  intitulé  :  Mémoires  et  Cor- 
respondance littéraire  ,  dramati- 
que et  anecdotique ,  de  C.  S.  Fa- 
vart. On  y  trouve  des  détails  qui  ont 
de  l'intérêt  ;  mais  les  éditeurs  n'ont 
peut-être  pas  été  assez  difficiles  dans 
le  choix  des  poésies  posthumes  qu'ils 
y  ont  fait  entrer.  MM.  Barré,  Radet 
et  Desfontaines  ont  fait  représenter  le 
26  juin  1793  ,  une  petite  comédie  in- 
titulée :  Favart  aux  Champs-Ely- 
sées et  son  apothéose.      F.  P — t. 

FAVART  (Marie- Justine -Be- 
noîte Duronceray  )  ,  épouse  de 
Charles -Simon  Favart,  dont  il  vient 
d'être  parlé,  était  une  actrice  célèbre 
par  les  grâces  de  son  esprit  et  par 
l'extrême  variété  de  ses  talents.  Elle 
naquit  à  Avignon  le  i5  juin  1727, 
et  fut  élevée  à  Lunéville.  Son  père  et 
sa  mère  étaient  attachés  à  la  musique 
du  roi  de  Pologne  Stanislas.  On  dit 
que  ce  prince,  protecteur  éclairé  des 
arts,  eut  la  bouté  de  contribuer  lui- 
même  à  l'éducation  de  la  jeune  Du- 
ronceray, qui  avait  annoncé  de  bonne 
heure  les  plus  heureuses  dispositions. 
Cette  jolie  personne  vint  à  Paris  avec 
sa  mère  en  1744?  et  débuta  l'année 
suivante  à  l'Opéra -Comique,  dont  Fa- 
vart était  directeur.  (Elle  se  faisait 
appeler  alors  M,le.  Chantilly,  et  elle 
prenait  le  litre  de  première  danseuse 


FAV  *  A 

du  feu  roi  de  Pologne);  ses  succès 
furent  très  brillants.  On  ne  savait  ce 
qu'il  fallait  le  plus  admirer  eu  elle,  de 
son  talent  pour  la  déclamation,  ou  de 
la  beauté  de  son  chant,  ou  des  grâces 
piquantes  de  sa  danse.  Jaloux  de  la 
vogue  prodigieuse  qu  elle  procurait  à 
l'Opéra-Comique ,  les  grands  théâ- 
tres obtinrent  la  suppression  de  ce 
spectacle,  et  Mlle.  Chantiliy  se  vit 
réduite  à  ne  plus  jouer  que  la  panto- 
mime ;  mais  telles  étaient  les  res- 
sources de  son  talent  qu'au  lieu  de 
perdre  tous  ses  avantages  dans  un 
genre  extrêmement  ingrat  et  borné , 
cette  actrice  y  augmenta  sa  réputa- 
tion. Ce  lut  environ  à  cette  époque 
qu'elle  devint  l'épouse  de  Favart. 
Peu  de  temps  après,  celui-ci  ayant  pris 
la  direction  d'une  troupe  de  comé- 
diens dont  le  maréchal  de  Saxe  se 
faisait  accompagner  à  l'armée  de 
Flandre,  Mme.  Favart  ne  tarda  pas 
à  rejoindre  son  mari,  dont  elle  était 
tendrement  aimée  et  qu'elle  payait 
de  retour.  Ce  voyage  eut  des  suites 
fâcheuses  pour  les  deux  époux.  On 
peut  voir  à  l'article  précédent  avec 
quel  courage  la  femme  d'un  direc- 
teur de  comédie  résista  pendant  près 
d'un  an  aux  poursuites  amoureuses 
et  aux  persécutions  d'un  illustre  ma- 
réchal de  France....  Enfin  Mme.  Fa- 
vart débuta  aux  Italiens  (le  5  août 
1749);  elle  fut  reçue  au  mois  de  jan- 
vier 1752,  et,  peu  de  mois  après,  elle 
obtint  une  part  entière.  C'était  sur- 
tout dans  le  rôle  de  Roxelane  (de 
Soliman  II,  ou  les  trois  Sultanes), 
que  le  talent  souple  et  brillant  de  cette 
actrice  charmait  ou  plutôt  enivrait 
le  public.  Ce  fut  Mme.  Favart  qui ,  la 
première,  osa  sacrifier  l'éclat  de  la 
parure  à  l'exacte  observation  du  cos- 
tume. Avant  elle  les  soubrettes  et  les 
paysannes  paraissaient  sur  la  scèue 
avec  de  grands  paniers ,  la  tête  char- 

.4.. 


ai*  FAV 

gce  de  diamants  et  gantées  jusqu'au 
coude. Dans  Bastiemie  elle  parut  avec 
un  habit  de  laine  rayée,  une  cheve- 
lure plate,  une  croix  d'or,  les  bras 
nus  et  des  sabots ,  en  un  mot  exacte- 
ment telle  qu'une  simple  villageoise. 
Cette  nouveauté',  approuvée  par  les 
uns,  fut  vivement  critiquée  par  les 
autres;  mais  l'abbé  de  Voisenon  ayant 
dit  que  «  ces  sabots-là  vaudraient  de 
»  bons  souliers  aux  comédiens  »  ,  la 
publicité  donnée  à  ce  prétendu  bon 
mot  acheva  f  utile  révolu'ion  que  l'ac- 
trice avait  commencée.  Uu  des  ta- 
lents particulier*  à  M"*.  Favart ,  était 
d'imiter  eu  perfection  l'accent  de  tous 
les  étrangers  et  leurs  diverses  ma- 
nières d'estropier  le  français.  On  ra- 
coute  que  s'étant  un  jour  présentée 
aux  barrières  de  Paris  avec  plu- 
sieurs robes  de  Perse,  dont  l'entrée 
était  alors  interdite,  elle  contrefit  si 
bien  le  baragouin  d'une  dame  étran- 
gère que  les  commis  la  prirent  pour 
telle,  et  en  cette  considération  la  lais- 
sèrent entrer  sans  payer.  Mme.  Fa- 
vart mourut  le  20  avril  1772  (âgée 
de  quarjnte-cinq  ans)  des  suites  d'une 
maladie  longue  et  douloureuse  qu'elle 
avait  supportée  avec  une  force  d'..me 
et  une  sérénité  extraordinaires.  On 
rapporte  que  quelques  instants  avant 
l'heure  fatale  elle  avait  composé  elle- 
même  son  épitaphe,  et  qu'elle  l'avait 
mise  en  musique.  Celte  femme  si  vi- 
vement regrettée  n'était  pas  seule- 
ment une  actrice  du  premier  ordre , 
elle  oignait  à  cette  qualité  celles  d'une 
femme  pleine  d'esprit  et  de  saine  phi- 
losophie. Sa  bienfaisance  (tait  inépui- 
sable comme  sa  g.nié.  Ou  a  mis  sous 
son  nom  le  cinquième  volume  des 
OEuvrcs  de  son  mari ,  ee  qui  fait  que 
beaucoup  de  personnes  la  regardent 
réellement  comme  l'auteur  à'Annetlê 
elLubin,  de  Baslien  et  Bas  tienne, 
de  la  Fétu  de  V Amour r  etc.,  11  n'ebt 


FAV 

pas  vrai  pourtant  qu'elle  ait  compose 
à  elle  seule  ces  jolis  ouvrages;  elle 
y  a  seulement  travaillé  avec  Favart. 
L'abbé  de  Voisenon  entrait  aussi  dans 
cette  communauté;  en  sorle  que ,  des 
ouvrages  faits  entre  eux  trois  ,  on  ne 
savait  pas  trop  dans  le  public  ce  qui 
devait  demeurer  à  chacun.  11  ne  se- 
rait pourtant  pas  difficile  d'en  faire 
la  répartition.  Selon  toutes  les  appa- 
rences, la  conception  ,  les  caractères  , 
le  style  et  le  fonds  du  dialogue  de- 
vaient être  du  mari  ;  les  saillies  de 
gaîté,  les  traits  naïfs  et  délicats  vien- 
nent de  la  femme,  et  l'on  ne  peut 
guère  reconnaître  la  part  de  l'abbé* 
qu'à  la  recherche  des  jeux  de  mots  et 
au  clinquant  du  bel-esprit.  MÎVI.  Mo- 
reau  et  Dumolard  ont  donné  un  vau- 
deville intitulé:  Madame  Favart, 
i8o6,in-8°.  F.P— t. 

FAVART  D'HERBIGNY  (JNico- 
las-Remi),  général  de  division  dans 
le  corps  du  génie,  né  à  Reims  en 
1755,  et  mort  à  Paris  le  5  mai  1800. 
Admis  dans  le  corps  du  génie  en  1  756, 
il  était  employé  au  Port  -  Louis  en 
1761  ,  lorsque  les  Anglais  avec  une 
flotte  considérable  et  deux  cents  bâti- 
ments de  transport  chargés  de  trou- 
pes et  de  munitions  assaillirent  Bclle- 
lsle.  Plusieurs  ingénieurs  de  diffé- 
rents grades  reçurent  ordre  d'es- 
sayer d'y  passer;  la  communication 
était  tellement  interceptée  qu'aucune 
tentative  ne  réussit.  Favart  seul ,  avec 
cette  perspicacité  qui  lui  était  parti- 
culière, imagine  de  s'embarquer  à 
l'île  de  Groix,  de  gagner  le  large  dans 
une  chaloupe  de  pécheurs  .  et  avec 
un  de  ses  camarades  il  aborde  sur  la 
côte  de  ia  mer  Sauvage.  1'  tut  la  plus 
glinde  part  a  l'exécution  des  ou- 
extérieurs  qui,  malgré  le  dé- 
sagrément qu'il  éprouva  de  les  voir 
abandonner  lâchement  quelques  jours 
après,  arrêtèrent  cepeudaut  l'ennemi 


FÀV 

plus  long  temps  que  la  place  elle- 
même.  11  se  trouva  à  presque  toutes 
les  sorties  ;  blessé  grièvement   à  la 
mâchoire ,  ne  prenant  aucun  aliment 
solide,  les  ordres  de  son  comman- 
dant ne  purent  lui  faire  garder  qu'un 
jour  la  casemate.  Dans  cette  défense 
les  inge'nicurs  étaient  de  service  tous 
les  jours ,  et  n'avaient  de  repos  que 
de  àeu^.  nuits  l'une.  Enfin  ,  après  deux 
mois  de  ce  service  glorieux  et  péni- 
ble, Favart sortit  par  la  brèche,  ainsi 
que  toute  la  garnison  et  du  canon.  Le 
tout  fut  ramené  sur  le  continent  avec 
les  honneurs  de  la  guerre.  A  la  paix 
on  l'envoya  en  Amérique,  et   il  a 
servi  pendant  plusieurs  années  à  la 
Martinique.  De  retour  en  Europe  il 
fut  chargé  de  la  construction  du  fort 
de  Château-Neuf;  il  connaissait   les 
inconvénients  de  ce  poste,   qui    ne 
pouvait  être  que  d'une  médiocre  uti- 
lité pour  nous  ,  et  très  avantageux 
aux    ennemis    s'ils    en   étaient     les 
maîtres.  Cependant  forcé   d'obéir  à 
des  ordres  supérieurs  ,  il  développa 
dans  l'exécution  ies  vrais  principes 
de  l'art  de  fortifier.   En    1782   on 
l'employa  à  la  petite  expédition  de 
Genève;  il  fut  chargé  de  tracer  et  de 
faire  exécuter  une  parallèle  appuyée 
d'un  côté  au   lac  et   de   l'autre   au 
Rhône.  Pendant  qu'on  faisait  cet  ou- 
vrage ,  ou  construisait  des  batteries 
de  brèche  et  de  ricochet.  Ce  déve- 
loppement  d'ouvrage   fit    une    telle 
frayeur  aux  assiégés  qu'on  fut  heu- 
reusement dispensé  de  leur  faire  du 
mal.  Leurs  portes    nous  furent  ou- 
vertes sans  coup  férir.  Dans  la  révo- 
lution il  s'est  toujours  montré  vrai , 
mais  sage  patriote.  On  ne  peut  l'ac- 
cuser d'aucun  excès ,  ni  lui  reprocher 
aucune  faiblesse.   Au  mois  de  juin 
1792    il  se  trouvait  commander  la 
place  de  Neuf  -  Brisac  et  le  camp 
qui  était  sur  le  glacis.  Il  y  eut  une  in- 


FAV  2i5 

surrection  affreuse;  le  gênerai  Favart 
rétablit  l'ordre ,  sauva  la  vie  de  plu- 
sieurs personnes  en  exposant  la 
sienne.  Nous  ne  parlerons  point  de 
ses  différents  travaux  dans  les  places , 
ni  de  la  manière  dont  il  a  mis  en 
état  de  défense  toutes  celles  de  l'Al- 
sace ;  nous  nous  bornerons  à  dire 
qu'il  possédait  toutes  les  connais- 
sances relatives  à  son  art,  et  qu'il 
mettait  dans  l'exécution  autant  de 
promptitude  que  d'intelligence.  11  a 
laissé  des  Mémoires  sur  la  défense 
des  côtes  et  sur  les  reconnaissances 
militaires.  Un  de  ses  vœux  était  do 
voir  réaliser  dans  le  corps  l'usage  des 
plans  nivelés  par  des  cotes ,  mé- 
thode si  utile  pour  mettre  sous  les 
yeux  d'un  ingénieur  le  rapport  des 
différentes  hauteurs  de  tous  les  points 
d'un  terraiu,  au  lieu  de  ces  profils 
qu'il  appelait  de  longs  rouleaux  de 
papier,  vraie  pâture  des  ignorants.  11 
avait  du  goût  et  des  connaissances  en, 
littérature  ,  dans  tous  les  arts  dépen- 
dants du  dessin  et  en  histoire  natu- 
relle. C'est  par  erreur  que  le  Diction- 
naire universel  historique  lui  attribue 
un  Dictionnaire  d'histoire  naturelle 
qui  contient  les  testacées  ,  Paris  , 
177.5,  5  vol.  petit  in-8".  Cet  ouvrage 
est  de  son  frère  (  Christophe  -  Elisa- 
beth Favart  d'Herbigny  ),  chanoine 
de  Reims ,  mort  le  4  septembre  1793, 
âgé  de  soixante-six  ans.  J — b. 

FAYELEÏ  (  Jean  -  François  ), 
célèbre  professeur  en  médecine  à  l'uni- 
versité de  Louvain  ,  naquit  au  fort  de 
Perle,  près  d'Anvers,  en  1674.  A 
l'âge  de  sept  ans  il  perdit  son  père  et 
sa  mère,  qui  ne  lui  laissèrent  pour 
toute  fortune  que  de  vieux  titres  de 
noblesse.  Heureusement  un  ecclésias- 
tique, son  parent,  le  recueillit ,  et  prit 
soin  lui-même  de  sa  première  éduca- 
tion. Il  l'envoya  ensuite  au  collège  et 
k  l'université,  où  le  jeune  Favelet  jns~ 


2i4  FAV 

tifia  tant  de  soins  par  d'éclatants  suc- 
res. A  la  fin  de  son  cours  de  méde- 
cine, l'université  de  Louvain  lui  con- 
féra le  titre  de  fisc-doyen ,  distinction 
particulière  à  celle  université,  et  qui 
ne  s'y  obtenait  qu'après  qu'un  étu- 
diant avait  triomphe  pendant  trois 
mois  de  tous  ses  adversaires ,  dans 
des  disputes  publiques  et  solennelles. 
Le  privilège  attaché  à  cette  charge 
était  de  présider ,  pendant  trois  mois 
de  suite,  à  toutes  les  thèses  publiques 
défendues  devant  l'université.  Après 
ce  triomphe  ,  Favelet  ayant  achevé 
ses  études  théoriques ,  se  livra  tout 
entier  à  celles  de  la  pratique  de  l'art 
de  guérir;  et  ce  ne  fut  qu'après  avoir 
fréquenté  pendant  plus  de  quatre 
ans  les  hôpitaux  ,  qu'il  soutint  sa 
thèse  de  licencié.  Son  zèle  pour  l'é- 
tude semblait  s'accroître  à  mesure 
qu'il  augmentait  ses  connaissances.  Sa 
renommée  lui  valut  la  confiance  pu- 
blique, et  lui  fit  obtenir  successive- 
ment dans  l'université  la  chaire  de 
botanique,  celle  d'anatomic  et  de  chi- 
rurgie, et  enfin  l'une  des  deux  pre- 
mières chaires  de  médecine.  Favelet 
était  consulté  par  tout  ce  qu'il  y  avait 
de  considéra bie  dans  le  rirabant.  Il 
était  le  médecin  de  l'archiduchesse 
Elisabeth ,  gouvernante  des  Pays-Bas. 
L'académie  des  sciences  de  Paris  le 
comptait  parmi  ses  associés.  Favelet 
professait  avec  beaucoup  d'éloquence, 
et  faisait  les  opérations  anatomiques 
et  chirurgicales  avec  une  grande  ha- 
Lileté.  Ce  médecin  était  aussi  recom- 
mandablc  par  ses  vertus  que  par  m  s 
talents.  Naturellement  bienfaisant ,  il 
obligeait  avec  une  grâce  <  t  une  délica- 
tesse toutes  partie  uiiiTo  les  pertonnej 
qui  réclamaient  ses  services  ou  sa 
bourse.  Favelet  était  rempli  de  cha- 
rité pour  les  pauvres  ,  auxquels  il 
1  l'aumône  et  donnait  les  v  < 

de  son  art  avec  un  zèle  qui  ne  t>  cm 


FAV 

jamais  démenti.  Il  mourut  à  Louvain. 
le  5o  juin  174^,  laissant  après  lui 
une  réputation  d'habileté  qui  s'est 
conservée  plutôt  par  tradition  que  par 
des  ouvrages  importants.  Ce  médecin 
n'a  guère  écrit  que  sur  des  questions 
de  controverse,  qui  sont  aujourd'hui 
dénuées  d'intérêt.  I.  Prodromus  apo- 
logies fermentationis  in  animali- 
bus,  instruclus  aliquot  animadver- 
sionibus  in  librum  de  digestione  nu- 
per  editurn  per  clariss.  virum,  D. 
Hecqnelium,  Louvain,  1721  ,  in- 
11;  il.  Novarum  ,  quœ  in  medi- 
cind  à  paucis  annis  repulluldrunt , 
hypotheseon  Lydius  Lapis,  Aix-la- 
Chapelle,  17^7,  in- 12.  On  a  réuni 
à  la  fin  de  ce  traité  plusieurs  écrits 
polémiques  de  Favelet,  adressés  à  de 
Villcrs,  son  collègue.  Ce  sont  des  cri- 
tiques vives  et  piquantes  contre  des 
professeurs  de  Louvain.        F — R. 

FAVENTLNUS  (Paul-Marie), 
religieux  dominicain,  né  a  Facn/.i(i) 
dans  le  16.  siècle,  fut  envoyé  par 
ses  supérieurs  en  Arménie  ,  où  il  ren- 
dit d'un  portants  services  à  la  religion. 
Ses  talents  lui  méritèrent  un  accueil 
favorahle  du  roi  de  Perse,  et,  avec 
l'agrément  de  ce  prince ,  il  établit  de 
nouvelles  missions  chrétiennes  ,  fit 
construire  des  églises  et  les  pourvut 
de  tous  les  objets  nécessaires  au 
culte,  qu'il  racheta  des  Maliométans, 
Sa  vie  exemplaire  et  ses  discours  opé- 
rèrent mi  grand  nombre  de  conver- 
sions. Après  un  séjour  de  cinq  ans 
dans  l'Arménie,  il  revint  à  borne  vers 
.  et  fut  nommé  l'un  des  supé- 
1  ieui  s 'les  missions  de  son  ordre  dans 
l'Orient.  On  ignore  la  date  de  la  mort 
d.-  Faveutiuus.  I  e  .<  publié 

deux  ouvrages  spécialement  destinés 
aux  nouveaux   convertis.  Ce  sont  : 

:i.a  .  ru  latin  Faventia,  d'où  CM  religieux 


n  m  Je  I  or#nfj 

ii  ivA  IUUGU. 


le  «eut  .u.ii  !• 


FAV 

ï.  Dottrina  cristiana  ove  catechis- 
mo;  II.  Miracoli  per  mezzo  délia 
santissima  eucarislia  et  del  Ro- 
sario  délia  Madona  operati.  Il  avait 
rédige  le  Journal  de  son  voyage 
dans  l'Orient ,  et  il  en  présenta  des 
copies  au  pape  et  au  supérieur  de  son 
ordre}  mais  cet  ouvrage  n'a  point  été 
imprime'.  W — s. 

FAVEREAU  (  Jacques  ) ,  conseil- 
ler à  la  cour  des  aides,  naquit  eu 
i5go  à  Cognac  ,  de  parents  nobles  , 
-et  qui  ne  négligèrent  rien  pour  son 
éducation.  Il  fit  ses  premières  études 
à  Paris,  sous  la  surveillance  d'Etienne 
Pasquier,  l'ami  de  sa  famille.  Après 
qu'il  eut  achevé  ses  humanités  ,  ou 
l'envoya  suivre  les  cours  de  l'univer- 
sité de  Poitiers.  Favereau  avait  mon- 
tré dès  son  enfance  un  goût  très  vif 
pour  la  poésie,  et  il  y  consacrait  tous 
les  moments  qu'il  pouvait  déro- 
ber à  ses  devoirs.  En  i6i3  on  dé- 
couvrit une  statue  de  Mercure  dans 
les  fondations  du  palais  du  Luxem- 
bourg, et  cet  événement,  qu'on  re- 
marquerait à  peine  aujourd'hui,  ex- 
cita la  verve  de  Favereau  et  de  plu- 
sieurs de  ses  camarades.  Ils  compo- 
sèrent sur  ce  sujet  un  grand  nombre 
d'épigrammes  grecques  ,  latines  et 
françaises,  que  Favereau  réunit  en  un 
volume,  qu'il  dédia  à  Pasquier.  Après 
avoir  pris  ses  grades  il  vint  exercer 
à  Paris  la  profession  d'avocat,  et 
s'acquit  en  fort  peu  de  temps  la  ré- 
putation d'un  homme  également  in- 
tègre et  savant.  11  fut  pourvu  en  1617 
d'une  charge  de  conseiller  à  la  cour 
des  aides ,  continua  de  partager  son 
temps  entre  l'étude  des  lettres  et  ses 
devoirs,  et  mourut  au  mois  de  mai 
i638  ,  âpjé  seulement  de  quarante- 
huit  ans.  Favereau  était  lié  avec  l'abbé 
de  Maro'.les,  et  il  lui  donna  l'idée  des 
Tableaux  du  temple  des  Muses.  Il 
&vait  fait  graver  des  estampes  pour 


FAV 


2i5 


cet  ouvrage  par  les  plus  habiles  maî- 
tres de  son  temps,  et  voulait  les  ac- 
compagner de  sonnets  au  nombre  de 
cent ,  pour  appeler  ce  livre  l'ouvrage 
de  cent  sonnets,  faisant  allusion  au 
mot  sansonets.  Je  ne  sais  pourquoi , 
continue  naïvement  Marolles,  car  il 
montrait  de  l'esprit  dans  tout  ce  qu'il 
faisait.  On  a  de  lui  :  I.  Mercurius 
redivivus  sive  varii  lustis  de  mer  eu- 
rii  loculos  manu  prœferentis  simu- 
lacro ,  Poitiers,  161 5,  in-4°.  C'est 
le  recueil  dont  on  a  parlé  plus  haut; 
II.  La  France  consolée,  épitha- 
lame  pour  les  noces  de  Louis  XIII f 
Paris,i 6-25,  in-8'.;  111.  Icon  Lu- 
dovici  XIII,  i655,  ad  eundem 
protrepticon  ,  i634,  in  -  4°. ,  et 
dans  le  recueil  intitulé  :  Palmœ  re- 
gice  Ludovico  régi  chrislianissimo 
erectee;  IV.  le  Gouvernement  pré" 
sent,  ou  Eloge  de  son  éminence  (  le 
cardinal  de  Richelieu),  in-8'\  de 
66  pages.  Cette  satire ,  que  l'on 
nomme  aussi  la  Miliade ,  parce 
qu'elle  est  composée  de  mille  vers , 
fut  imprimée  pour  la  première  fois 
vers  l'année  i655.  Il  y  en  a  une  se- 
conde édition,  dont  le  frontispice  an- 
nonce des  changements  et  des  correc- 
tions ,  Paris,  i643,  in  -  8°.  Enfin 
elle  a  été  insérée  dans  le  Tableau 
de  la  vie  et  du  gouvernement  des 
cardinaux  de  Richelieu  et  de  Ma- 
zarin,  Cologne,  1694,  in -\i.  Gui 
Patin  affirme  que  Favereau  est  l'au- 
teur de  cette  pièce  ;  mais  malgré  son 
assertion  quelques  personneslacroient 
de  d'Estelan,  fils  du  maréchal  de  St.- 
Lu(.  W— s. 

FAVIER  (Nicolas),  né  à  Troyes, 
dans  le  16e.  siècle,  succéda  à  son 
père  dans  la  place  de  conseiller  au 
parlement  de  Paris,  et  obtint  dans  la 
suite  la  direction  des  monnaie*  du 
royaume.  On  ne  peut  indiquer  l'épo- 
que de  sa  mort,  et  c'est  seulement 


2l6 


FAV 


par  conjecture  qu'on  la  place  vers 
1 5ç)o.  F«ivier  est  auteur  des  ouvrages 
suivants  :  I.  Figure  et  exposition  des 
pourtraicts  et  dictons  contenus  es 
médailles  de  la  conspiration  des 
rebelles  de  France  ,  opprimée  et 
éteinte  par  le  roi  le  il\  août  1 5 7 2 , 
Paris ,  1572,  in-8°.  Ce  volume  est 
rare  et  curieux.  On  y  trouve  l'em- 
preinte de  la  médaille  frappée  par 
l'ordre  de  Charles  IX,  pour  perpé- 
tuer le  souvenir  de  la  St.-Barthélcmi. 
Elle  a  pour  légende  ces  mots  :  Virtus 
in  rebelles  ;  et  ceux-ci  :  Pietas  ex- 
citavit  justidam.  II.  Discours  sur 
la  mort  de  Gaspard  de  Colignjr , 
qui  fut  amiral  de  France,  et  de  ses 
complices  ,  1572,  in-8".  Cette  pièce , 
qui  est  écrite  en  vers  ,  contient  l'apo- 
logie du  meurtre  de  Coligni.  III.  Re- 
cueil pour  l  histoire  de  Charles  IX , 
avec  l'histoire  abrégée  de  sa  vie , 
Paris,  i575,  in-8°.  C'est ,  dit  Len- 
glct  Dufresnoy,  plutôt  un  panégyrique 
qu'une  histoire.  Il  y  a  dans  le  même 
volume  des  pièces  de  Belleforest  et  de 
Sorbin.  On  remarquera  que  Favier, 
qui  montrait  tant  de  zèle  contre  les 
protestants,  avait  deux  neveux  con- 
seillers au  bailli-ige  de  Troycs,  qui 
furent  chassés  de  cette  ville  en  j  58t)  , 
pour  avoir  laissé  voir  quelques  peu- 
chants  aux  opinions  dont  leur  on- 
cle était  l'ennemi  si  déclaré.  —  Fa- 
vier (Claude),  poète  français,  qu'où 
croit  de  la  même  famille  que  le  pré- 
cédent ,  est  auteur  d'un  poème  in- 
titulé :  l'Adonis  de  cour,  divinisé  par 
douze  Nymphes ,  Paris ,  1 G 1 4-.  in-ia. 
C'est  une  allégorie  à  la  louange  de  Gas- 
ton, frère  de  Louis  XIII;  il  y  a,  dit-on, 
de  l'invention  d«ns  cet  ouvrage,  et 
quelques  morceau  écrits  agréable- 
ment. —  Faviek  (  Nicolas  ),  a*J 
en  qua'.ité  de  procureur  du  roi ,  à  la 
conférence  de  Courtray  ,  qui  irait 
pour  objet  de  fixer  les  limitu  de  la 


FAV 

France ,  d'après  les  bases  arrêtées  an 
congrès  de  JNimègue.  Malingrcau , 
procureur  du  roi  d'Espagne,  ayant 
publié  un  écrit  dans  lequel  il  préten- 
dait prouver  que  la  France  exigeait 
au-delà  de  ce  qui  lui  avait  été  promis , 
Favier  lui  répondit  avec  beaucoup  de 
force,  et  obtint  ce  qu'il  demandait. 
Les  actes  de  la  conférence  de  Cour- 
tray, imprimés  en  1681  ,  in-12  ,  con- 
tiennent plusieurs  autres  pièces  de 
Favier.  Il  a  laissé  en  manuscrit  un 
Traité  de  la  Régale  ,  conserve'  à  la 
Bibliothèque  impériale.        W — s. 

FAVIER,  célèbre  publiciste  ,  né  à 
Toulouse  vers  le  commencement  du 
18".  siècle,  succéda  à  son  père,  dès 
l'âge  de  vingt  ans,  dans  l'emploi  de 
secrétaire  -  général  des  élats  de  Lan- 
guedoc; mais  les  désordres  de  sa 
jeunesse^  l'ayant  bientôt  conduit  à 
la  perte  de  sa  fortune ,  l'obligèrent  à 
vendre  une  charge  aussi  honorable  que 
lucrative.  Forcé  alors  de  se  livrer  à 
l'étude,  il  s'appliqua  surtout  à  l'his- 
toire et  à  la  politique,  et  comme  il 
était  doué  d'une  mémoire  prodigieuse, 
il  acquit  en  peu  de  temps  une  par- 
faite connaissance  des  traités ,  des  al- 
liances, de  la  généalogie,  des  droits  et 
des  prétentions  de  toutes  les  mai- 
sons souveraines.  Nommé  secrétaire  de 
M.  de  la  Chétardie,  ambassadeur  à  la 
cour  de  Turin ,  il  porta  plus  loin  ses 
connaissances  sous  les  auspices  de  cet 
habile  diplomate,  et  il  ne  tarda  pas 
a  être  initié  dans  tous  les  secrets  de 
l'ancienue  politique  européenne.  M.  de 
la  Chétardie  étant  mort,  Favier  fut 
distingué  par  M.  d'Argcuson,  pour  le- 
quel ii  rédigea  avec  un  rare  talent 
divers  mémoires  de  la  plus  haute  im- 
portance. Ce  ministre  lui  rendit  à  son 
tour  de  très  grands  services  ,  et  , 
plein  de  confiance  dans  son  patrio- 
tisme ,  il  lui  dévoila  tout  entier  l'anei(  D 
système  politique  de  la  France  contre 


FAV 

celles  (les  puissances  de  l'Europe, 
qu'elle  devait  regarder  comme  ses  en- 
nemis naturels.  L'imagination  de  Fa- 
vier  fut  vivement  frappée  d'une  telle 
communication  ;  il  embrassa  avec  pas- 
sion les  vues  du  comte  d'Argenson,  et 
il  rédigea  aussitôt,  d'après  ses  instruc- 
tions ,  un  mémoireintitulé  :  Réflexions 
contre  le  traité  de  1766  (  entre  la 
France  et  l'Autriche  ).  Cet  ouvrage  est 
l'un  des  meilleurs  qui  aient  paru  sur 
la  diplomatie  de  ce  temps-là ,  et  il  doit 
encore  être  consulté  par  tous  les  hom- 
mes d'état.  11  attira  de  nombreux  en- 
nemis à  l'auteur,  et  lorsque  d'Argen- 
son quitta  le  ministère ,  Favier  ne  put 
conserver  son  emploi,  ou  du  moins  il 
cessa  d'être  employé  ostensiblement. 
îl  remplit  différentes  missions  secrè- 
tes en  Espagne  et  en  Russie  sous  le 
ministère  de  M.  de  Choiseul.  Le  comte 
de  Broglie,  chargé  alors  par  Louis  XV 
de  suivre  une  correspondance  secrète 
avec  les  ambassadeurs  de  France  au- 
près des  différentes  cours ,  lui  lit  com- 
poser plusieurs  mémoires,  dans  les- 
quels il  développa  de  profondes  cou- 
naissances  ;  mais  de  tels  services  ren- 
dus au  souverain  contre  le  système  et 
les  instructions  ostensibles  du  minis- 
tère, exposèrent  Favier  à  de  ti  es  grands 
dangers.  Pressé  un  jour  par  le  mi- 
nistre ,  qui  avait  surpris  quelques  piè- 
ces de  sa  correspondance,  le  roi  si- 
gna contre  lui  un  ordre  d'arrestation; 
mais  ce  prince  eut  à  peine  cédé  aux 
instances  des  ennemis  de  Favier,  qu'il 
lui  écrivit  de  s'enfuir  et  de  mettre  ses 
papiers  en  sûreté.  Favier  se  rendit  en 
Angleterre  et  en  Hollande  ,  où  il  vécut 
dans  la  société  des  hommes  les  plus 
distingués  par  leur  esprit  et  par  leur 
rang.  A  la  Haye ,  il  vit  beaucoup  le 
prince  Henri  de  Prusse ,  et  il  paraît 
qu'il  lui  fit  des  ouvertures  importantes 
sur  son  système  et  sur  ses  missions 
diplomatiques.  Quelque  éloigné  qu'il 


FAV  217 

fût  alors  du  foyer  des  grandes  in- 
trigues, il  était  loin  de  les  avoir  perdues 
de  vue.  On  prétend  même  que,  se- 
condé par  quelques  cours  étrangères , 
il  contribua  beaucoup  à  éloigner  du 
ministère  le  duc  de  Choiseul ,  qu'il  re- 
gardait comme  la  principale  cause  de 
sa  disgrâce.  Mais  il  ne  put  obtenir  de 
rentrer  en  France ,  et  il  fut  même  en- 
core poursuivi  dans  l'étranger  par  1» 
haine  des  puissances  contre  lesquelles* 
il  avait  écrit.  On  l'enveloppa  dans  une. 
conspiration  fabuleuse  avec  le  baron» 
de  lion,  Ségur  et  Dumouriez;  il  fut 
enlevé  à  Hambourg  et  conduit  à  Paris- 
comme  perturbateur  de  la  paix  de 
l'Europe.  Sa  correspondance  avec  le 
prince  Henri  de  Prusse  fut  considérée* 
comme  coupable ,  et  on  l'enferma  à  la- 
Bastille ,  où  il  resta  plusieurs  années. 
Cependant  le  comte  de  Broglie  voyant 
dans  les  fers  un  défenseur  aussi  zélé' 
des  véritables  intérêts  de  la  France, 

écrivit  au  roi  en  1775  :  «  Tant 

»  d'esprit  et  tant  de  pauvreté,  tant 
»  de  talents  et  tant  de  haines  étran- 
»  gères ,  prouvent  l'état  de  notre  ca- 
»  binet;  ils  rappellent  ce  que  fut  jadis 
»  votre  majesté,  et  où.  ses  alliés  l'ont 
»  conduite....  »  Le  comte  de  Broglie 
ajoutait  à  une  défense  aussi  courageuse, 
cet  aveu  encore  plus  remarquable  de 
la  part  d'un  homme  de  cour  :  «  Si , 
»  dans  le  dernier  ouvrage  que  j'ai 
»  adressé  à  V.  M. ,  il  se  trouve  quel- 
»  ques  observations  utiles,  elles  ap- 
»  partiennent  à  un  homme  actuelle- 
»  ment  destitué,  proscrit  et  empri- 
»  sonné.  »  Favier  ne  tarda  pas  à  ob- 
tenir sa  liberté;  mais  il  ne  put  rentrer 
dans  les  emplois  dont  son  goût  ex- 
trême pour  la  dépenselui  faisait  un  im- 
périeux besoin.  Dès-lors  il  vécut  libre 
et  indépendant,  n'ayant  pour  subsis- 
ter d'autres  ressources  que  ses  talents. 
Connu  de  tous  les  hommes  en  place, 
il  composait  des  mémoires  sur  les  af- 


*i8  FAV 

foires  du  temps,  et  dissipait  le  fruit  de 
son  travail  aussitôt  qu'il  l'avait  reçu. 
L'argent  épuise' ,  il  revenait  à  l'e'tude  ; 
et  ce  fut  ainsi  qu'il  passa  la  plus  grande 
partie  de  sa  vie,  dans  une  perpétuelle 
alternative  de  misère,  d'aisance,  de 
privations,  d'études  et  de  dissipation. 
A  l'avènement  de  Louis  XVI ,  le  comte 
de  Vergennes,  qui  avait  apprécié  son 
mérite,  lui  fit  donner  4o>ooo  francs 
pour  payer  ses  dettes ,  et  une  pension 
de  deux  mille  écus.  Comme  l'âge  avait 
amorti  ses  passions ,  il  mena  dès-lors 
mie  vie  plus  réglée ,  ne  conservant  de 
ses  anciens  goûts  que  celui  des  plaisirs 
de  la  table.  11  avait  été  distingué  dans 
sa  jeunesse  par  une  belle  figure ,  une 
taiile  avantageuse  et  une  force  de  corps 
extraordinaire.  Dans  ses  dernières  an- 
nées, il  devint  fort  gros  et  il  man- 
geait prodigieusement.  Sentant  les  dan- 
gers d'une  pareille  méthode  et  menacé 
a  chaque  instant  de  mourir  d'apo- 
plexie, il  disait  en  se  levant,  surpris 
et  charmé  d'avoir  encore  un  jour  à 
vivre  :  a  Voilà  une  gratification  ex- 
»  traordinairc.  »  Outre  ses  connais- 
sances politiques  ,  Favier  avait  une 
immense  littérature  et  un  talent  dis- 
tingué pour  la  poésie.  Il  fit ,  entre  au- 
tres, des  vers  très  piquants  contre 
Diderot  et  ses  opinions  philosophi- 
ques, c  11  était  né  plaisant  et  railleur, 
»  dit  M.  Senac  de  Meilhan  ,  et  aucun 
»  danger  ne  pouvait  retenir  l'intem- 
■»  pérance  de  sa  langue.  »  Le  baron 
de  ***  lui  dit  un  jour  dans  une  ex- 
plosion d'ambition  :  «  Quand  dans  mon 
»  métier  on  n'est  pas  ministre  d'état  à 
»  quarante  ans,  il  faut  se  brûler  la 
»  cervelle.  »  Le  lendemain  dans  un 
grand  dîner  le  même  personnage  ayant 
été  amené  dans  la  conversation  à  dire 
<  i"il  avait  quarante  ans  moins  un 
mois,  Favier  lui  cria  d'un  bout  de  la 
t  ible  à  l'autre  :  «  Monsieur  le  baron  , 
»  ainorCi  z\  »  Vu  antre  jour  il  lc  Irou- 


FAV 

Ta  à  l'audience  de  Malesherbes,  charge' 
de  la  direction  de  la  librairie.  Le 
livre  de  Y  Esprit  venait  de  paraître; 
et  l'on  sait  que  Malesherbes  parta- 
geait alors  les  opinions  philosophiques 
d'Hclvétius.  «  Il  est  temps,  dit  ce  ma- 
»  gistrat,  d'éclairer  le  monde.  »  Fa- 
vier se  retournant  vers  un  de  ses  amis, 
lui  dit  :  a  Ce  n'est  pas  avec  un  bout 
»  de  chandelle.  »  Après  son  retour  de 
Chanteloup,  M.  de  Choiseul  l'ayant 
rencontré  dans  la  galerie  de  Versailles, 
lui  dit  très  haut  et  assez  sèchement  : 
«  Favier,  vous  avez  écrit  contre  moi. 
»  —  Cela  est  vrai ,  M.  le  duc,  reprit-il 
»  aussitôt ,  mais  vous  étiez  encore  en 
»  place.  »  Favier  est  mort  à  Paris  le 
2  avril  i  784.  M.  de  Ségur  a  recueilli 
une  partie  de  ses  œuvres  dans  l'ou- 
vrage intitulé  Politique  de  tous  les 
Cabinets  de  l'Europe  pendant  les 
règnes  de  Louis  XV  et  de  Louis 
X^'7,  in-8°. ,  1795,  2  vol.;  id.  5 
vol.,  1802,  3e.  édition,  avec  beau- 
coup de  notes  et  observations  de  l'é- 
diteur. On  y  trouve  entre  autres  les 
Conjectures  raisonnées  sur  la  situa- 
tion actuelle  de  la  France  dans  le 
système  politique  de  V Europe ,  etc. , 
ouvrage  dirigé  par  le  comte  de  Bro- 
glie,  exécuté  par  Favier  et  remis  à 
Loui<;  XV  dans  les  derniers  mois  de 
son  règne  (  16  avril  1773  ).  Ce  tra- 
vail a  terminé  la  fameuse  correspon- 
dance secrète  de  Louis  XV  ;  c'est  le 
seul  monument  qui  en  reste  avec  les 
Pièces  authentiques  imprimées  dans 
la  même  collection.  La  plupart  des 
écrits  de  Favier  ont  été  publiés  sans 
nom  d'auteur  :  I.  le  Spectateur  lit- 
térairc  sur  quelques  ouvrages  nou- 
veaux ,  Paris,  1746,  in-  12;  IL 
Essai  historique  et  politique  sur 
le  gouvernement  présent  de  la  Hol- 
lande, Londres  (  Paris  ),  171 
vol.  in- 12;  III.  le  Poète  reformé , 
ou  Apologie  pour  la  Sétniramis  <&» 


FAV 

Voltaire,  Amsterdam,  1 748,  in-8'\  ; 
IV.  Mémoires  secrets  de  milord  Bo- 
lingbroke,  traduits  de  l'anglais  avec 
des  notes  historiques,  Londres  (Pa- 
ris), 1754,  3  vol.in-8°.;  V.  Doutes 
et  questions  sur  le  traité  de  Fer- 
s  ailles,  entre  le  roi  de  France  et 
l'impératrice  -  reine  de  Hongrie  , 
Londres  (  Paris  ),  1778,  in-8°. ,  réim- 
prime' en  1791  avec  le  nom  de  l'au- 
teur ;  VI.  Lettres  sur  la  Hollande , 
La  Haye ,  1  780  ,  2  vol.  in- 1 2.  Enfin 
il  a  concouru  avec  Fréron ,  J.- J.  Rous- 
seau ,  l'abbé  Arnaud  ,  M.  Suard  et  au- 
tres ,  à  la  rédaction  au  Journal  étran- 
ger. M — d  j. 

FAVIER  DU  BOULAY  (Henri), 
né  à  Paris  en  1670  ,  après  avoir  ter- 
miné ses  études,  entra  dans  l'ordre 
de  S.  Benoît  de  la  Congrégation  de 
Gluny.  Son  talent  pour  la  chaire  l'ayant 
fdit  connaître  d'une  manière  assez 
avantageuse  ,  ses  supérieurs  le  firent 
revenir  à  Paris ,  où  il  prêcha  plusieurs 
fois  dans  des  circonstances  remarqua- 
bles. L'impossibilité  où  il  était,  à  rai- 
son de  ses  études,  de  suivre  exacte- 
ment la  règle  de  son  ordre ,  lui  fit 
demander  sa  sécularisation  ;  il  l'ob- 
tint, et  fut  pourvu  presque  en  même 
temps  du  prieuré  de  Sainte-Croix  de 
Provins.  L'abbé  Favier  mourut  à  Paris, 
le  5i  août  1755,  à  l'âge  de  quatre- 
vingt-trois  ans.  On  a  de  lui  :  I.  Lettre 
d'un  abbé  à  un  académicien ,  sur  le 
Discours  de  Fontenelle ,  relatif  à 
la  prééminence  entre  les  anciens  et 
les  modernes  ,  Paris  ,  1699;  2e.  édi- 
tion ,  Rouen  ,  1700,  in-12  ;  IL  Orai- 
son funèbre  du  duc  de  Berry,  Paris , 
171  l,  iu-4°«J  de  Louis  XI F,  pro- 
noncée à  la  cathédrale  de  Metz;  Metz, 
1715,  in-4°.  ;  et  dans  le  Becueil  des 
Oraisons  funèbres  de  ce  prince  ,  Pa- 
ris ,  1716,2  vol.  in- 1 2.  III.  Epitres 
en  vers  à  Racine  fds ,  au  sujet  de 
son  poème  de  la  Grâce ,  Paris,  17^0, 


FAV  219 

in-8°.  ;  IV.  Trois  Lettres  au  sujet 
des  choses  surprenantes  arrivées  a, 
St.-Médard  ,  en  la  personne  de  V 'ab- 
bé Bcscher 'and ,  1  *^5  t  ,  in-4".  ;  V. 
V Histoire  universelle  de  Justin,  tra- 
duite en  français,  Paris,  1753,  a 
vol.  in- 12.  Le  succès  de  cette  traduc- 
tion s'est  long-temps  soutenu  j  cepen- 
dant l'abbé  Paul ,  qui  en  a  donné  une 
plus  récente,  dit  que  celle  de  Favier 
est  incorrecte  ,  traînante  et  peu  fi- 
dèle en  bien  des  endroits.    \V — s. 

F  AVI  LA,  roi  des  Asturies  et  de 
Léon,  fils  de  don  Pelage,  monta  sur 
le  trône  en  707.  Loin  d'imiter  les  ver- 
tus de  son  père  et  d'avancer  ses  con- 
quêtes sur  les  Maures  ,  il  ne  dut 
la  tranquillité  de  ses  états ,  peu  af- 
fermis encore ,  qu'a  la  division  qui  ré- 
gnait parmi  ces  derniers.  11  ne  fut 
qu'un  fantôme  de  roi,  ne  s'occupant 
que  de  plaisirs,  dans  lesquels  il  me- 
nait la  vie  la  plus  désordonnée.  Fa- 
vila  aimait  passionnément  l'exercice 
de  la  chasse.  Il  y  trouva  la  mort.  Un 
jour,  s'étant  écarté  de  sa  suite ,  il  fut 
attaqué  et  dévoré  par  un  ours.  Les 
Espagnols  regardèrent  cet  événement 
comme  une  punition  du  ciel  due  aux 
excès  qui  l'avaient  rendu  méprisable  à 
ses  propres  sujets.  11  ne  régna  que 
deux  ans.  N'ayant  pas  laissé  d'enfants, 
don  All'onso ,  son  beau-frère ,  dit  le 
Catholique ,  lui  succéda  en  ^q. 
B— s. 

FA  VIN.  Fqr.FAVYN. 

FAVOLI  (  Hugues  ) ,  né  a  Middel- 
bourg,  en  1 523,  d'un  père  pisan,  d'une 
mère  zélandaisc,  après  avoir  fini  ses 
basses  classes  dans  sa  ville  natale ,  fut 
envoyé  continuer  ses  études  à  Padoue , 
et  s'y  appliqua  à  la  philosophie  et  à 
la  médecine.  En  :545,  il  voyagea  à 
Rome  et  à  Venise,  et  rencontra  dans 
Ja  dernière  de  ces  villes  l'ambassa- 
deur que  Charles -Quint  envoyait  au- 
près de  la  Porte-Othomane.  Celui-ci  y 


2?.o  F  A  V 

emmenait,  comme  son  secrétaire  de 
légation ,  Mathieu  Laurin .  de  Bruges , 
ancien  condisciple  de  Favoii.  Laurin 
obtint  de  l'ambassadeur  L'admission 

de  Favoii  au  voyage  de  Constantino- 
ple.  Favoii,  en  s'en  retournant,  visita 
quelques  îles  de  la  Grèce ,  et  revint 
l'hiver  suivant  à  Venise,  d'où  ii  se 
rendit  dans  les  Pays  -  Bas.  La  ville 
d'Anvers  le  nomma  son  médecin  pen- 
sionnaire vers  i563,  et  ii  y  mourut 
en  1 585  ,  âgé  de  soixante  -  deux  ans 
moins  deux  jours.  L'épitaphe  en  trois 
distiques  latins  qu'il  s'était  faite  dans 
sa  dernière  maladie,  fut  gravée  sur  sa 
tombe ,  dans  le  cimetièi  e  de  la  cathé- 
drale. A  côté  de  la  médecine ,  Favoii 
cultivait  avec  affection  les  Muses  la- 
lines.  Son  principal  ouvrage  est  une 
Description  en  vers  latins  de  son 
voyage  à  Constantinople ,  sous  le  titre 
de  Hodoeporici  Bj  zantini,  libri  III ; 
il  l'a  dédié  au  cardinal  de  Granvelle  , 
Louvain  ,  1 565  ,  in-S  \  ;  la  facture  des 
vers  n'est  généralement  pas  mauvaise. 
Celte  relation  se  trouve  réimprimée, 
avec  quelques  retranchements,  dans  le 
recueil  de  voyages  en  vers  latins  ,  que 
Nicolas  Reusner  a  publié  à  Baie ,  en 
i58o,  in-8°.  On  a  encore  de  Favoii: 
Enckiridion  orbis  terrarum,  carminé 
illuslratiuu  ,  Anvers  ,  1 585  ,  in-4°«  > 
et  une  brochure  où  il  examine  quo- 
modo  deus  locutus  sil  cum  prophelis. 

M ON. 

FAVORINUS  (  Varinus  ou  Gua- 
rino,  plus  connu  sous  le  nom  de  ), phi- 
lologue et  lexicographe  du  iO1".  siècle, 
était  né  dans  un  château  de  la  par.  issc 
de  Favera  ,  près  de  Gtmérino,  ville 
capitale  de  l'Umbrie,  et  c'est  par  allu- 
sion au  nom  de  sa  patrie,  qu'il  prit 
celui  de  Favorinus  ,  pour  se  distin- 
guer des  Guarino  de  Vérone.  Quant 
au  .surnom  de  Camevs  ,  qu'il  mettait 
lui-même  en  tête  de  ses  ouvra 
que  l'on  a  pris  pour  ton  nom,  il  pa- 


FAV 

ratf  une  simple  abréviation  de  Came- 
rinensis ,  ou  plutôt  que  c'est  C amers, 
CamertiSyCt  non  Camerinensis,  qui 
signifie  en  latin  un  homme  né  à  Ca- 
merino.  Ce  savant  fut  disciple  de  Jean 
Lascaris  et  d'Auge  Polilien;  il  entra 
fort  jeune  dans  la  corgiégationde  St.- 
Silvestre,  de  l'ordre  de  St.- Benoît, 
obtint  en  i5i2,  la  direction  de  la 
bibliothèque  des  Médicis  à  Florence, 
et  fut  nommé  en  1 5 1 4 ,  à  Pévêché  de 
Nocéra  ,  qu'il  occupa  jusqu'à  sa  mort , 
arrivée  en  1557. 11  avait  été  l'un  des 
précepteurs  de  Jean  de  Médicis ,  qui 
devint  pape  depuis,  sous  le  nom  de 
Léon  X,  et  la  gloire  d'avoir  contri- 
bué à  une  pareille  éducation  ,  n'est 
pas  le  litre  le  moins  honorable  de  Fa- 
vorinus. Son  principal ouvrageest  inti- 
tulé: Magnum  aeperulile  Dicliona- 
rium  quocl  quidem  Varinus  Phavo- 
rinus  Camers  nueerinus  episcopus 
ex  multis  variisque  auctoribus  in  or- 
dinem  alphabeli  collegit.  La  première 
édition  qui  parut  à  Rome  en  i5i3, 
chez  Zacharie  CiHiergi ,  est  la  plus 
recherchée  des  curieux  ,  quoiqu'elle 
soit  la  moins  complète.  Celle  de  B;ile 
i538  <  est  corrigée  de  quelques  fautes 
et  enrichie  de  deux  Index.  La  meil- 
leure de  toutes  a  été  publiée  à  Venise, 
en  1  nia, in- fol., avec  de  nombreuses 
augmentations ,  faciles  à  faire  dans  l'é- 
tat où  étail  parvenue  dès- lors  la  lexi- 
cologie grecque.  Ce  livre,  très  utile 
sans  doute  à  une  époque  on  l'on 
n'avait  pour  se  diriger  dans  cette  par- 
tie des  éludes  littéraires  que  deux  ou 
trois  compilations  fort  imparfaites  des 
anciens,  a  perdu  quelque  chose  de  son 
importance  depuis  que  la  science  s'est 
perfectionnée  ;  mais  il  est  loin  de  mé- 
riter le  mépris  qu'en  a  fait  Maussac  , 
contre  l'opinion  de  Ganter  et  de  Ca 
ratios.  Favorinus  avait  coopère*  avec 
Ange  Polilien  ,  son  maître ,  Charles 
Aulinoii,  Urbain    Bolzano  et   Aida 


FAV 

Manuce  l'Ancien ,  à  l'édition  du  Thé- 
saurus cornucopiœ  et  horti  Âdonidis 
que  ce  dernier  donna  à  Venise  en 
1496.  On  lui  doit  aussi  une  traduc- 
tion latine  des  sentences  ou  Apoph- 
thegmes  de  Stobée,  imprimée  pour  la 
première  fois  à  Rome,  i5rc),  in -8°., 
souvent  réimprimée,  selon  Fabricius, 
et  particulièrement  à  Cracovie,  avec 
des  corrections  de  Wenceslas  Sobes- 
laviensis.  Il  est  probable  que  cette 
traduction  fut  faite  sur  un  manuscrit; 
l'édition  princeps  de  Stobée  n'étant 
pas  antérieure  de  plus  d'un  an  à  la 
mort  de  Favorinus.  N — r. 

FAVRAS  (Thomas  Mahi,  marquis 
DE  ),  né  à  B!ois  en  174$  ,  entra  au 
service  dans  les  mousquetaires ,  et  (it 
avec  ce  corps  la  campagne  de  1 761  ; 
il  fut  ensuite  capitaine  et  aide-major 
dans  le  régiment  de  Belsunce,  puis 
lieutenant  des  suisses  de  la  garde  de 
Monsieur,  frère  du  roi;  il  se  démit 
de  cette  charge  en  1 775 ,  pour  se  ren- 
dre à  Vienne  où  il  fit  reconnaître  sa 
femme  comme  fille  unique  et  légitime 
du  prince  d'Anhalt-Schauenbourg.  I! 
commandait  une  légion  en  Hollande  , 
lors  de  l'insurrection  contre  le  stat- 
houder,  en  1787.  Avec  une  tête  ar- 
dente et  fertile  en  projets,  Favras  ne 
cessait  d'eu  proposer  dans  toutes  les 
circonstances  et  sur  tous  les  objets.  Il 
en  avait  présente' un  grand  nombre  sur 
les  finances  ;  et ,  au  moment  de  la  ré- 
volution ,  il  en  présenta  sur  la  politi- 
que qui  le  rendirent  suspect  au  parti 
révolutionnaire.  On  sait  que  dans  l'état 
d'exaltation  où  se  trouvaient  alors  les 
esprits,  il  suffisait  aux  meneurs  de 
designer  une  victime  pour  qu'il  lui  de- 
vînt impossible  d'échapper  à  la  fureur 
populaire.  Favras  fut  accusé ,  dans  ie 
mois  de  décembre  1789,  «  d'avoir 
»  tramé  contre  la  révolution;  d'avoir 

•  voulu  introduire  la  nuit  dans  Paris 

•  des  gens  armés ,  afin  de  se  défaire 


FAV  22i 

»  des  trois  principaux  chefs  de  l'ad- 
»  ruinist ration;  d'attaquer  la  garde  du 
»  roi;  d'enlever  le  sceau  de  l'état,  et 
»  même  d'entraîner  le  roi  et  sa  famille 
»  à  Péronuc.  »  Arrêté  par  ordre  du 
comité  des  recherches  de  rassemblée 
nationale,  il  fut  traduit  au  Ghâteletoù 
il  se  défendit  avec  beaucoup  de  calme 
et  de  présence  d'esprit,  repoussant 
avec  force  les  accusations  portées  con- 
tre lui  par  les  sieurs  Morel,  ïurcatti 
et  Marquié.  Ces  témoins  déclarèrent 
avoir  reçu  de  lui  la  communication  de 
son  plan ,  qui  devait  être  exécuté  par 
12,000  Suisses  et  12,000  Allemands 
qu'où  devait  réunira  Montargis  pour 
de  là  marcher  sur  Paris  ,  enlever  le 
roi,  et  assassiner  MM.  Baiily,  La- 
fayette  etNceker.  Il  nia  la  plupart  de 
ces  faits,  et  déclara  que  les  autres 
n'avaient  de  rapport  qu'à  la  levée 
d'une  troupe  destinée  à  favoriser  la 
révolution  qui  se  préparait  dans  le 
Brabant.  Les  mêmes  témoins  ayant 
dit  qu'il  devait  se  servir  des  chevaux 
des  écuries  du  Roi  pour  monter  un 
corps  de  cavalerie,  il  déclara  «que  se 
trouvant  à  Versailles  le  5  Octobre , 
il  s'était  rendu  à  l'œil  de  bœuf,  et 
que  voyant  l'abattement  dans  lequel 
tout  le  monde  était  sur  la  nouvelle 
qu'il  arrivait  des  femmes  de  Paris 
avec  du  canon  ,  il  avait  proposé  à 
M.  de  St.-Priest  de  lui  donner  des 
chevaux  des  écuries  du  Roi ,  afin  de 
les  distribuer  aux  zélés  serviteurs  de 
sa  majesté,  et  aller  avec  eux  enlever 
les  canons  de  ces  femmes  ;  que  M.  de 
St.-Priest ,  étant  entré  dans  l'apparte- 
ment du  Roi,  le  fit  attendre  long- 
temps, et  vint  onCin  lui  dire  que  tout 
cela  était  inutile  ,  que  M.  de  La 
Fayette  arrivait  de  Paris  au  secours 
du  château  avec  six  mille  hommes.  » 
L'exactitude  de  ce  récit  fut  constatée 
par  M.  de  S'.-Priest.  Le  rapporteur 
ayant  refusé  a  Favras  de  lui  faire  cou- 


m  FAV 

naître  son  dénonciateur,  il  s'en  plai- 
gnit à  l'assemblée,  qui  passa  à  l'ordre 
du  jour.  Sa  mort  était  évidemment 
devenue  inévitable.  Pendant  tout  le 
temps  que  dura  la  procédure ,  la  po- 
pulace ne  cessa  de  menacer  les  juges 
et  de  crier  :  A  la  lanterne  ;  il  fallut 
même  que  des  troupes  nombreuses  et 
de  l'artillerie  fussent  constamment  en 
bataille  dans  la  cour  du  Cliâtelet.  Les 
juges  qui  venaient  d'acquitter  M.  de 
Besenval  dans  une  affaire  à  peu  près 
semblable,  craignirent  sans  doute  les 
effets  de  cette  fureur.  Cependant  l'ac- 
cusé ,  d'après  l'un  des  journalistes  de 
ce  temps-là ,  dont  le  témoignage  à  cet 
égard  ne  peut  être  suspect  (  Pru- 
homme  ) ,  «  parut  devant  ses  juges 
»  avec  tous  les  avantages  que  donne 
»  l'innocence,  et  qu'il  sut  faire  valoir; 
»  parce  qu'à  un  esprit  orné  il  joignait 
»  la  facilité  de  s'exprimer  aveegrâce; 
»  ses  paroles  avaient  même  un  charme 
»  dont  il  était  difficile  de  se  défendre. 
»  Il  avait  de  la  douceur  dans  lecarac- 
»  tire,  de  la  décence  dans  le  main- 
»  tien;  il  était  d'une  taille  avantageuse, 

»  d'une  physionomie  noble Dans 

»  tout  le  cours  de  sa  défense,  il  ne 
»  perdit  jamais  cette  attitude  qui  con- 
»  vient  à  L'innocence,  et  il  répondit  à 
»  toutes  les  questions  avec  netteté  et 
»  sans  embarras.  »  Les  juges  ayant 
refusé  de  faire  entendre  ses  témoins 
à  décharge,  il  les  compara  au  tribu- 
nal de  l'inquisition.  La  principale 
charge  coivtre  lui  fut  une  lettre  d'un 
M.  de  Foucault,  qui  lui  demandait  : 
a  Où  sont  vos  troupes?  Par  quel  côté 
»  entreront-elles  à  Paris?  Je  désirerais 
»  y  être  employé.  »  Monsieur,  frère 
du  roi ,  étant  désigné  dans  le  public 
comme  ayant  pris  part  à  ce  complot, 
<t  s'en  venant  même  accusé  posjt i\c - 
mciitdans  un  écrit  très  répandu,  se  crut 
obligé  de  se  rendre  à  l'Ilotcl-dr-uHr 
pour  déclarer  qu'il  y  était  tout-à-fait 


FAV 
étranger.  Favras  fut  condamné  à  faire 
amende  -  honorable  devant  la  cathé- 
drale, et  à  êcre  pendu  en  place  de  Grè- 
ve. Il  entendit  cet  arrêt  avec  un  calme 
admirable,  et  il  dit  à  ses  juges  :  «  Je 
»  vous  plains  bien,  si  le  témoignage  de 
»  deux  hommes  vous  suffit  pour  con- 
»  damner.  »  Le  rapporteur  lui  ayant 
dit  :  «  Je  n'ai  d'autres  consolations  à 
»  vous  douner  que  celles  que  vous 
»  offre  la  religion.  »  Il  répondit  avec 
»  noblesse  :  «  Mes  plus  grandes  con- 
»  solations  sont  celles  que  me  donne 
»  mon  innocence.  »  Ce  jugement  fut 
exécuté  le  19  février  1790.  Favras 
arrivé  devant  l'église  Notre- Dame  , 
prit  son  arrêt  des  mains  du  greffier, 
et  il  en  fit  lui-même  lecture  à  haute 
voix.  Lorsqu'il  fut  à  l'hôlel-de-ville ,  il 
dicta  une  déclaration  dont  voici  les 
phrases  les  plus  remarquables:  «  Prêt 
»  à  paraître  devant  Dieu ,  je  pardonne 
»  aux  hommes  qui ,  contre  leur  con- 
»  science,  m'ont  accusé  de  projets  cri- 
»  minels...  J'aimai  mon  roi ,  je  inour- 
»  rai  fidèle  à  ce  sentiment  ;  mais  il  n'y 
»  a  jamais  eu  en  moi  ni  moyen  ni  vo- 
»  lontéd'empioyer  des  mesures  violen- 
»  tes  contre  l'ordre  des  choses  nouvel  - 
»  lement  établi....  Je  sais  que  le  peuple 
»  demande  ma  mort  à  grands  cris  :  eh 
»  bien  !  puisqu'il  lui  faut  une  victime  , 
»  je  préfère  que  le  choix  tombe  sur 
»  moi,  plutôt  que  sur  quelque  inno- 
»  cent  faible  peut-être,  et  que  la  pré- 
»  sente  d'an  supplice  non  mérité  jet- 
»  terait  dans  le  désespoir.  Je  vais 
»  donc  expier  des  crimes  que  je  n'ai 
»  pas  commis.  »  Il  parla  vaguement 
d'une  mission  que  l'un  des  grands 
seigneurs  de  la  cour  lui  avait  donnée 
pour  surveiller  le  faubourg  St. -An- 
toine ,  déclarant  qu'il  ayait  rerudece 
grand  seigneur  une  somme  de  100 
louis;  mais  1!  refusa  de  le  nommer.  Il 
corrigea  ensuite  .1  up  de  sang- 

froid  tes  fautes  d'orthographe  faites  par 


FAV 

le  greffier,  et  dit  adieu  à  ceux  qui  l'en- 
touraient. Le  juge  rapporteur  l'ayant 
invité  encore  une  fois  à  déclarer  ses 
complices ,  il  répondit  :  «  Je  suis  in- 
»  nocent  ;  j'en  appelle  au  trouble  où 
»  je  vous  vois.  »  Lorsqu'il  fut  sur  l'é- 
chelle, il  se  tourna  vers  le  peuple  et 
s'écria:  «  Citoyens!  je  meurs  innocent; 
»  priez  pour  moi  le  Dieu  de  bonté.  » 
Et  s'adressant  au  bourreau  ,  il  lui  dit  : 
»  Faites  votre  office.  »  L'avocat  Thi> 
lorier  qui  le  défendit  avec  beaucoup  de 
chaleur,  a  publié  deux  Mémoires  dans 
le  cours  de  Ja  procédure.  Favras  a 
laissé  des  Mémoires  relatifs  aux  trou- 
bles de  Hollande.  Son  testament  écrit 
de  la  manière  la  plus  touchante ,  et  sa 
correspondance  avec  sa  femme  pen- 
dant sa  détention  ,  furent  publiés  peu 
de  temps  après  sa  mort,  et  ils  pro- 
duisirent une  vive  sensation.  Les  con- 
trefacteurs s'en  emparèrent,  et  ils 
commirent  dans  leur  édition  contre- 
faite des  fautes  et  des  falsifications 
dont  Mme.  de  Favras  fut  obligée  de  se 
plaindre  dans  les  journaux ,  n'avouant 
que  l'édition  annoncée  chez  le  libraire 
Gattey.  Celle  dame ,  qui  avait  été  ar- 
rêtée pendant  le  procès  de  son  mari , 
fut  mise  en  liberté  aussitôt  après.  Le 
fermier-général  Augeard ,  qui  se  trou- 
vait alors  dans  les  prisons  de  l'Abbaye, 
réussit  à  lui  faire  tenir  des  billets  de 
son  mari,  de  manière  que  les  inter- 
rogatoires des  deux  époux  ne  présen- 
tèrent aucune  contradiction.  Mme.  de 
Favras  adressa  le  i5  mai  1791  ,  à 
Bailly,  maire  de  Paris  ,  une  lettre  qui 
fut  insérée  dans  quelques  journaux  ,  et 
où  elle  se  plaignait  avec  une  extrême 
violence  d'avoir  été  taxée  pour  une 
contribution  patriotique.  «  La  veuve 
»  du  marquis  de  Favras  ,  disait -elle  , 
»  a  des  titres  particuliers  qu'il  semble 
»  que  M.  Bailly  ,  déjà  si  coupable  en- 
»  vers  elle  ,  ne  devrait  pas  oublier. 
»  Comment  peut  -  il  être  assez  cuivre 


FAV  223 

»  parles  fumées  d'une  élévation  éphé- 
»  mère ,  pour  me  mettre  dans  le  cas 
»  de  lui  rappeler  ce  que  je  ne  perdrai 
»  jamais  de  vue;  qu'il  a  eu  l'audace 
»  de  me  faire  enlever  de  chez  moi 
»  pendant  la  nuit ,  et  l'atrocité  de  me 
»  tenir  pendant  vingt-six  jours  au  se- 
»  cret,  sans  qu'il  y  eût  contre  moi  ni 
»  décret  ni  plainte;  qu'il  m'a  ôtétous 
»  les  moyens  de  servir  mon  mari ,  en 
»  prolongeant  ma  captivité,  jusqu'a- 
»  près  l'assassinat  de  cette  immortelle 
»  victime  ?  Comment  a-t-il  assez  peu 
»  de  pudeur  pour  ne  pas  sentir 
»  que  le  sang  innocent,  versé  par 
»  des  mains  sacrilèges ,  est  une  con- 
»  tribulion  si  abominablement  pa~ 
»  triotique,  que  d'une  part  elle  ne 
»  peut  cesser  de  crier  vengeance ,  et 
»  que  de  l'autre  elle  doit  assurer  à  la 
»  famille  qui  a  payé  cet  horrible  tri- 
»  but,  les  droits  les  plus  sacrés  comme 
»  les  plus  étendus  à  la  vénération  pu- 
»  blique?  »  Z. 

FxAVRE  (  Pierre  ) ,  jésuite,  le  pre- 
mier des  compagnons  de  St.  Ignace  , 
naquit  en  1 5o6 ,  au  hameau  du  Vil- 
laret,  paroisse  du  Grand-Bornand,  au 
diocèse  de  Genève.  Employé  dans  son 
enfance  à  garder  les  troupeaux,  la  vi- 
vacité de  son  esprit  détermina  ses  pa- 
rents à  lui  faire  apprendre  le  latin  aux 
écoles  de  la  Roche,  et  son  ardeur 
pour  l'étude  croissant  toujours  ,  il  se 
rendit  à  Paris  en  i5$7 ,  fut  reçu  par 
charité  au  collège  de  Ste. -Barbe,  et 
s'y  distingua  tellement,  qu'on  le  donna 
pour  répétiteur  à  Ignace  de  Loyola  , 
qui  vint  y  faire  sa  philosophie,  après 
avoir  achevé  ses  humanités  au  collège 
de  Montaigu.  Ignace,  sous  un  tel  maî- 
tre, fit  de  rapides  progrès,  soit  dans 
la  piété  soit  dans  ses  études,  et  se 
lia  de  la  plus  étroite  amitié  avec  Favre 
et  avec  François  Xavier ,  qui  habitait 
la  même  chambre.  11  leur  découvrit 
son  projet  de  fonder  un  nouvel  ordre 


<n4  FAV 

religieux,  consacré  spécialement  à 
convertir  les  infidèles  et  à  combattre 
les  nouvelles  erreurs.  Favre  embrassa 
Ignace,  et  lui  promit  de  le  suivre  jus- 
qu'à la  mort,  ne  lui  demandant  que 
le  temps  de  revoir  auparavant  sa  pa- 
trie et  ses  parents.  Il  vint  donc  rece- 
voir la  bénédiction  paternelle  ,  et  se 
rendit  ensuite  avec  St.  Ignace  et  ses 
cinq  premiers  compagnons  ,  n  l'église 
de  Montmartre,  où  ils  firent  leurs 
premiers  vœux  le  i5  août  1 554  :  de 
Jà,  ils  allèrent  à  Rome,  où  le  pape 
Paul  III  retint  le  P.  Favre  pour  en- 
seigner la  théologie  au  collège  de  la 
Sapienee.  Après  avoir  exercé  la  même 
fonction  à  Parme,  il  fut,  en  i54i,  en- 
voyé à  la  diète  de  Ratisbonne,  fit  avec 
le  plus  grand  succès  diverses  missions 
en  Allemagne,  fonda  des  collèges  de 
son  ordre  à  Cologne  (  1 544  )  >  *  Coïrn- 
bre  et  à  Valladolid  (  1 54^  ) ,  et  reçut 
à  Salamanque  les  témoignages  les  plus 
flatteurs  de  l'estime  des  professeurs  de 
cette  célèbre  université  ,  dont  plu- 
sieurs l'avaient  connu  à  Paris.  Phi- 
lippe II  voulait  le  retenir  dans  son 
royaume  ;  le  roi  de  Portugal  désirait 
nu  contraire  l'envoyer  travailler  à  réu- 
nir les  Abyssins  à  i'églisc  romaine,  et 
sollicitait  Paul  III  de  le  nommer  pa- 
triarche d'Ethiopie  ;  mais  ce  pape 
avait  d'autres  vues  sur  lui,  et  le  fit 
venir  pour  assister  au  concile  de 
Trente,  comme  son  premier  théolo- 
gien. Le  P.  Favre  se  rendit  donc  à 
Rome ,  mais  excédé  de  fatigues  et  de 
travaux  ,  il  y  expira  entre  les  bras  de 
St.  Ignace,  le  Ier.  août  i546.  On 
trouve  de  lui  quelques  Lettres  impri- 
mées parmi  celles  du  P.  Canisius.  Ou- 
tre le  grec  et  le  latin  ,  qu'il  possédait 
dans  une  rare  perfection  ,  le  P.  Favre 
parlait  l'italien,  l'aliemand  ,  le  portu- 
gais et  l'espagnol ,  et  il  prêchait  dans 
ces  diverses  langues  avec  autant  de  fa- 
cilité qu'en  français.  Dans  tous  les  pays 


FAV 

qu'il  parcourut,  son  zèle ,  son  humi- 
lité et  son  désintéressement,  donnèrent 
la  plus  haute  idée  de  l'institut  des  jé- 
suites ,  et  contribuèrent  beaucoup  à  la 
rapide  propagation  de  cet  ordre.  Il 
s'appliquait  surtout  à  toucher  et  à  con- 
vertir les  ecclésiastiques  scandaleux  et 
les  moines  corrompus,  qu'il  regardait 
comme  les  plus  dangereux  ennemis 
de  l'église.  Ses  austérités  pourraient 
paraître  incroyables  :  étant  encore  à 
Ste.  Barbe,  il  passa  une  fois  six  jours 
entiers  sans  prendre  aucune  nourri- 
ture, et  aurait  poussé  ce  jeûne  jus- 
qu'au huitième  jour,  si  St.  Ignace  ne 
s'y  fût  opposé.  St.  François  de  Sales 
qui  le  regardait  comme  un  saint,  ra- 
conte avec  complaisance  ,  dans  son 
Introduction  à  la  Vie  dévote  (chap. 
xvi  ),  qu'il  eut  la  consolation  de  con- 
sacrer un  autel  sur  la  place  même  où 
le  P.  Favre  avait  reçu  la  naissance. 
Le  P.  d'Outreman  rapporle  qu'il  s'y 
faisait  force  miracles ,  et  que  le  con- 
cours des  dévots  y  était  si  nombreux 
qu'en  1619  on  y  compta  à  Noël  cent 
et  vingt  curés  des  villages  voisins,  qui 
s'y  étaient  transportés  en  procession 
suivis  de  leurs  paroissiens.  Une  belle 
table  de  bronze ,  contenant  l'abrégé  de 
sa  vie,  y  fut  placée  en  1620  par  le  mar- 
quis de  Val-Uomay.  Nicolas  Orlandini 
a  écrit  la  vie  du  P.  Favre ,  dans  la  1 rc. 
partie  de  YHisloria  Societatis  Jesu  , 
home  ,  1 61 5 ,  in-foJ. ,  et  on  l'a  réim- 
primée à  part  à  Lyon ,  1617,  in  -8 ".  , 
orné  d'un  beau  portrait  de  ce  saint  re- 
ligieux ,  au-dessous  duquel  ou  lit  ces 
deux  vers  : 

Piitor  ,  virgo,   piui  ;  pavit,  domuit ,  coluitque, 
Fronde ,  lame  ,  votif  ,  agmina ,  meaibra  ,  Dcum. 

Cette  Vie  a  été  traduite  en  italien  par 
le  P.  Térence  Alciat,  jésuite,  sous  le 
nom  à'Emilio  Tacito,  Rome,  ifog, 
in-8".  Voyez  aussi  les  Tableaux  des 
personnages  signalez  de  la  Campa- 


FAV 
plie  de  Jésus  (par  le  P.  d'Outreman), 
Douai,  i622,in-8°.         C.  M.  P. 

FAVRE  (Antoine),  Tua  des  plus 
grands  jurisconsultes  du  commence- 
ment du  17e.  siècle,  naquit,  le  4  oc- 
tobre i557  ,  à  Bourg-en-Bresse,  pro- 
vince qui  était  alors  sous  la  domina- 
tion des  ducs  de  Savoie.  Issu  d'une 
ancienne  famille  de  robe  (1) ,  et  des- 
tiné à  suivre  la  même  carrière ,  il  fit 
son  cours  de  droit  à  Turin ,    après 
avoir  fait  d'excellentes  études  à  Paris 
dans  le  collège  des  Jésuites.  Le  grec 
et  le  latin  lui  étaient  devenus  si  fami- 
liers, au  rapport  d'Anastase  Germo- 
nio ,  qu'il  lui  est  arrivé  plusieurs  fois 
à  Turin,  au  sortir  de  sa  leçon ,  de  la 
réciter  ou  de  l'écrire  en  latin  ,  et  de  la 
dicter  en  grec  eu   même  temps.  11 
consacrait  alors    à  l'étude    quatorze 
heures  et  même  jusqu'à  seize  heures 
par  jour.  Dès  cette  époque  il  conçut  le 
lan  des  grands  ouvrages  qui  ontéta- 
li  sa   réputation;  il  les  menait   de 
front ,  pour  ainsi  dire ,  et  ne  les  pu- 
bliait qu'en  parties  détachées,  se  flat- 
tant qu'ils  opéreraient  une  espèce  de 
révolution  dans  la  jurisprudence,  et 
que  son  plan  étant  une  fois  bien  connu, 
d'autres  jurisconsultes  pourraient  con- 
tinuer et  achever  ceux  de  ses  livres 
qu'il  n'aurait  pu  terminer.  Doué  d'un 
esprit  libre  et  dégagé  de  préjugés, 
il  pratiqua  ,  bien  avant  Descartes  et 
Locke ,  la  maxime  de  ne  jamais  ju- 
rer in  verba  magistri.  Il  n'avait  que 
vingt-trois    ans    lorsqu'il    publia  les 
trois  premiers  livres  Conjecturarum 
juris  avilis  (  Lyon ,  1 58o,  in~4°.  ) , 
dans  lesquels,  sous  le  titre  modeste 
de  Conjectures  ,    il   développe   une 
connaissance  approfondie  de  l'esprit 
des  lois  romaines,  puisée,  non  dans 
les  opinions  des  jurisconsultes,  mais 
dans  la  comparaison  des  lois  entre 

(1)  Voye»   Guichenon,   7/i*f.   ae   Bresse^  3e. 
part. ,  p.  itio. 

XIV. 


fi 


F  A  V  225 

elles,  Malgré    quelques  idées   para- 
doxales ,  cet  essai  fit  une  grande  sen- 
sation ,  et  annonça  ce  que  l'on  pour- 
rait attendre  de  l'auteur.    On  assuro 
que  Cujas  disait  à  cette  occasion  :  «  Ce 
»  jeune  homme  a  du  sang  aux  ongles; 
»  s'il  vit  âge  d'homme,  il  fera  bien  du 
»  bruit.  »  Le  duc  de  Savoie  (  Charîes- 
Einanuel   Iep.  ),  informé  du  mérite 
de  ce  jeune  avocat,  le  nomma  en  i58i 
juge-maje   de  Bresse  ,     quoiqu'il  fût 
loin  d'avoir  l'âge  de  trente  ans  exige 
pour  cette  charge;  et  trois  ans  après  le 
rappela  pour  être  sénateur  au  sénat  de 
Savoie,  dontil  devint  ensuite  premier 
président  en    1610.  Les    nombreux 
devoirs    de  ces B différents  emplois, 
dont  il  s'acquitta  toujours  avec  la  plus 
scrupuleuse  exactitude,  et  les  diverses 
commissions  dont  il  fut  chargé  par  sa 
compagnie,  ou  dont  l'honora  la  con- 
fiance de  son  souverain,   ne  lui  lais- 
saient plus  que  bien  peu  de  temps 
pour  ses  études  chéries;    mais  il  le 
mettait  tout  à  profit.  Dans  un  voyage 
qu'il  fit  à  Aix  en  Provence,  par  com- 
mission du  sénat,  en  i5gi,  il  y  corn- 
posa  en  six  semaines  son  traité  De 
variis  nummariorum  debitorum  so- 
lutionibus  ;  et    c'est    à   Rome  qu'il 
écrivit  une  grande  partie  de  sa  Ju- 
risprudentia  papinianea  ,   ouvrage 
capital,  qui  avait  pour  but  de  réduire 
dans  un  ordre  méthodique  et  régulier 
toute  la  science  du  droitromain,qui  of- 
fre tant  de  confusion  dans  les  cinquân- 
te  livres  des  Pandectes.  Il  adopta  le 
plan  et  la  distribution  des  Inslitutes 
de  Justinien  ;  mais  il  ne  put  en  ache- 
ver que  le  premier  livre.  Cet  ouvrage 
lui  tenait  fort  au  cœur,  et  c'est  sui- 
vant ce  plan  qu'il  enseigna  le  droit  à 
l'aîné  de  ses  fiis  auquel  il  donnait  lui- 
même  une  leçon  tous  les  matins  ,  se 
flattant  que  ee  fils  pourrait  après  lui 
terminer  cet  important  travail  ;  mais 
une  main  plus  heureuse  reprit  Tou- 


22G  FAV 

vragc  par  les  fondements ,  et  ce  fut 
Douiat  qui  eut  la  gloire  de  donner  les 
Loix  civiles  dans  leur  ordre  naturel. 
Les  recherches  d'érudition  et  l'étude 
approfondie  de  l'antiquité  avaient  ap- 
porté dans  la  jurisprudence  un  per- 
fectionnement réel  ;  Alciat  et  Cujas  l'a- 
vaient surtout  introduit  dans  les  uni- 
versités: Favre  résolut  de  l'appliquer 
aux  tribunaux.  Jl  fit  voir,  dans  ses 
cent  décades  De  erroribus  pragma- 
ticorum  et  inlerpretum  juris ,  qu'il 
faut  chercher  le  sens  des  lois  romaines 
dans  l'esprit  même  de  la  jurispru- 
dence de  ce  peuple,  et  non  dans  les 
opinions  des  commentateurs  qui,  pour 
être  fréquemment  citées  et  répétées , 
ne  sont  cependantjamais  que  des  opi- 
nions. Cet  ouvrage,  dont  la  première 
partie  parut  en  1 5g8  (  Lyon  ,  in-4°.  ), 
excita  de  vives  réclamations  ,  quoique 
les  paradoxes  y  fussent,  généralement 
parlant,  moins  fréquents  que  dans  les 
livres  des  Conjectures.  Mais  Favre 
eut  souvent  la  satisfaction  d'en  voiries 
principes  adoptés  par  les  tribunaux  , 
même  dans  les  pays  étrangers.  Il  vou- 
lait proscrire  du  barreau  l'autorité  des 
interprètes  du  droit,  et  en  dédiant  à 
l'empereur  Rodolphe  II  le  premier 
livre  de  ses  Balionalia ,  on  voit  qu'il 
l'engage  à  défendre  par  une  loi  ex- 

Î>ressc  de  citer  les  commentateurs  dans 
es  plaidoieries;  mais  l'abus  devait  du- 
rer encore  quelque  temps ,  et  cette  dé- 
fense ne  fut  portée  que  par  le  roi  de 
Sardaigne  en  i  *}%Q ,  et  par  le  roi  de 
Prusse  en  174&  Le  livre  De  er- 
roribus pragmalicorum  fut  attaqué 
par  Vincent  Cabot,  Pierre  Gilkeo, 
Martin  LykJama,  etc.,  et  surtout, 
après  la  moi t  de  Favre,  parAacfcov 
le  (ils,  sous  ce  titre  :  Exercitationes 
ad  partent  posleriorem  chiliados 
quant  tic  erroiïiws  interpretum  Fa- 
ber  falso  inscripsit,  Francfort  1  <>  l u{  , 
in-fol.  Mais  Schiferdecker,  juriscon- 


FAV 

suite  silésien  (mort  le  1 7  mars  i63i), 
prit  vivement  sa  défense  dans  ses  Dis- 
putationes  foreuses  ,  Strasbourg  , 
1 6 1  o ,  in-fol.  (  le  troisième  et  dernier 
livre  ne  parut  qu'en  161 5.  )  Il  avait 
fait  exprès  le  voyage  d'Aiineci  pour 
voir  Favre  et  lui  dédier  son  ouvrage. 
Non  content  de  critiquer  tous  les  com- 
mentateurs qui  l'avaient  précédé  , 
Favre  résolut  d'effacer  leurs  travaux 
par  un  commentaire  d'un  genre  abso- 
lument neuf,  daus  lequel,  sans  citer 
aucun  interprète  ,  on  chercherait  le 
sens  et  le  motif  des  lois  dans  l'esprit 
même  de  la  législation  romaine.  Tels 
sont  ses  Rationalia  in  Pandectas , 
dont  il  publia  la  première  partie  en 
1 604,  Saint-Gervais  (^Genève),  in-fol., 
auxquels  il  ne  cessa  de  travailler  le  reste 
de  sa  vie ,  mais  qu'il  ne  put  pousser 
que  jusqu'au  titre  De  pr œ s criptis  ver- 
bis  (  liv.  XIX,  tit.  5  ).  Un  fragment  de 
la  4e.  partie,  contenant  les  titres  De 
pignoribus  et  hjpothecis ,  ne  parut 
qu'après  sa  mort,  en  1624  ,  et  l'on  y 
réunit  les  fragments  des  titres  1  et  2 
du  Liv.  XXVIII  (sur  les  testaments) , 
trouvés  parmi  ses  papiers,  dans  l'édi- 
tion de  Lyon ,  i663  ,  tom.  V  ,  in-fol. 
Cet  excellent  ouvrage,  s'il  était  ter- 
miné ,  pourrait  en  effet  dispenser  de 
recourir  à  tout  autre  commentaire.  II 
prend  l'un  après  l'autre  chaque  titre 
du  digeste  ;  après  l'explication  de 
chaque  loi  ,  de  chaque  paragraphe 
même ,  l'on  y  trouve  séparément  Ra- 
tio dubitandi  et  ratio  decidendi  ; 
ce  qui  a  Col  donner  à  l'ouvrage  le  titre 
de  Rationalia.  Ce  livre  fut  reçu  avec 
plus  d'applaudissement  encore  que 
les  précédents;  mais  on  y  trouva  la 
même  d illusion,  le  stvle  de  l'auteur 
manquant  en  général  de  précision  et 
d'énergie  :  les  grandes  «flaires  dont  il 
(tut  comme  accablé  ne  lui  permirent 
jamais  de  s'attacher  à  le  polir.  Le  plus 
important  de  ses  ouvrages,  celui  que 


FAV 

Ton  consulte  le  plus  souvent ,  est  son 
Codex  Fabrianus ,  dans  lequel ,  en 
suivant  l'ordre  des  matières  du  code 
Justinien,  il  rapporte,  avec  les  motifs 
raisonnes ,  toutes  les  décisions  du  sé- 
nat de  Savoie,  qui  avaient  été  rendues 
de  son  temps,  et,  pour  ainsi  dire, 
sous  ses  yeux ,  quelquefois  contre  sou 
opinion;  car  il  était  forcé  de  souscrire 
à  l'avis  de  la  majorité,  invita  pler uni- 
que non  modo  scientid  ,  sed  etiam 
conscientid,  comme  il  le  dit  lui-même. 
Le  code  Fabrien,  divisé  en  neuf  li- 
vres, formait  une  des  sources  du  droit 
suivi  dans  les  états  de  Savoie,  et  était 
souvent  cité  comme  une  autorité  d'un 
grand  poids  dans  tous  les  pays  qui 
suivaient  le  droit  romain.  La  première 
édition   parut  en    1606,    Genève, 
Chouet(i),  in-fol;  il  a  souvent  été  réim- 
primé. L'édition  de  Leipzig,   1706, 
in-fol.  est  augmentée  de  notes  relatives 
aux  usages  particuliers  suivis  en  Alle- 
magne. Ce  bel  ouvrage  fut  composé  à 
Anneci  où  Favre  avait  été  envoyé  en 
1 5g6,  sur  la  demande  du  duc  de  Ne- 
mours ,  pour  être  président  du  con- 
seil de  Genevois.  Il  s'y  lia  de  la  plus 
étroite  amitié  avec  saint  François  de 
Sales    auquel  il  dédia,  la  même  an- 
née, le  XI L.  Livre  de  ses  Conjec- 
tures. Ces  deux  illustres  personna- 
ges ,  aussi  zélés  pour  le  progrès  des 
bonnes  études  que  pour  le  maintien 
da  la   foi    catholique  ,   y   érigèrent, 
en  1606,  une  académie  à  l'instar  de 
celles  qui  se  formaient  à  cette  époque 
dans  presque  toutes  les  villes  d'Italie. 
Celle  d* Anneci,  établie  dans  la  maison 
du  président  Favre  et  sous  la  protec- 


(O  Le  conseil  de  Genève  n'ayant  pas  voulu  per- 
mettre ,  <1  ms  cette  ville  .  l'impression  «lu  titre  1er. 
(  De  fiimmâ  trinilale  et  Jide  valholicd)  ,  où  il 
est  question  des  p.-mes  eucourues  par  les  héréti- 
ques, l.i  |)-emière  feuille  de  l'ouvrage  fut  impri- 
mée à  Lyon  par  Cardon  ,  qui  réimprima  aussi  le 
titre  ,  ce  qui  produit  une  variété  dans   les  exem- 

rlaires    O.:  peut  juyer  par-là  de  la  liberté    dont 
a   presse  jouissait  alorj   dans  celte  république. 
(.  fV.LMT.) 


FAV  227 

tion  du  duc  de  Nemours,  reçut  le 
nom  d'académie  Florimontane ,    et 
eut  pour  symbole  un   oranger  avec 
cette  devise  :  Flores fructusque  pe- 
rennes.  La  théologie,  la  philosophie, 
les  mathématiques,    les   beaux-arts, 
tout  était  du  ressort  de  cette  institu- 
tion qui,  pour  la  forme,  se  rappro- 
chait assez  de  nos  athénées  modernes, 
et  dont  Ch.  Aug.  de  Sales  rapporte 
tout  au  long  les  statuts  au  commence- 
ment du  7e.  liv.  de  son  Histoire  du 
B.  François  de  Sales  (  Lyon ,  1 634  > 
in-4'. ,  pag.  067-570  ).  On  lui  avait 
nom